Petit mot de l'auteure : ma main me gratte.
Jour 8 : Règle
Contexte : UA dresseurs de dragons
Lorsque ses supérieurs avaient annoncé à Bronn qu'il allait travailler avec Jaime Lannister, on ne pouvait pas vraiment dire qu'il avait sauté de joie. Provenant d'une longue lignée de dresseurs de dragons, possédant prestige et argent, Jaime était aussi plutôt doué dans sa discipline. En temps normal, Bronn aurait donc été ravi de former un binôme avec lui. Mais voilà. Le blond était connu de tous sous l'appellation peu flatteuse de « Régicide ». Il avait en effet dérogé à la règle numéro 1 de la profession, la seule qui comptait vraiment : il avait tué son dragon.
S'occuper de créatures aussi dangereuses n'était pas une tâche aisée. De nombreux dresseurs s'étaient blessés en tâchant de mener leur mission à bien, et les morts, bien que peu courantes, n'étaient toutefois pas exclues malheureusement. Tous les apprentis dresseurs étaient conscients de ces risques en s'engageant. Ils prêtaient serment de tout faire pour éviter les dégâts pour eux-même – ne pas s'exposer inutilement au danger, par exemple – mais ils juraient aussi de donner la préférence au dragon si leurs deux vies était en jeu. Le dressage ne devait jamais blesser, et encore moins tuer, ces précieuses créatures qui faisaient la richesse de Westeros.
Et pourtant, Jaime Lannister n'avait pas hésité à déroger à cette règle fondamentale. Il n'avait pas tué n'importe quel dragon, en plus ; il avait abattu Aerys, qui n'était rien de moins que le roi des dragons. Et il ne s'en était tiré qu'avec un blâme... tout ça parce qu'il était le fils de.
Ce favoritisme débectait Bronn presque plus que le régicide en lui-même. Bien sûr, il tâchait de ne jamais exprimer cette opinion, ses collègues dresseurs de dragons n'auraient jamais comprit son ressentit. Mais le brun n'était pas vraiment comme tous ces enfants de seigneurs. Sa famille à lui n'avait rien à voir avec le dressage. Il avait été recruté par son seul talent, car du talent, il en avait. Mais cela ne changeait rien au fait que si il avait agit comme Jaime, lui aurait été directement envoyé au Mur... Il n'avait pas vraiment d'importance dans la boucle hiérarchique. Et une nouvelle preuve s'il en fallait était le fait qu'il l'avait mis en binôme avec le Régicide, l'homme avec qui tous gens importants refusaient une attribution pour leur enfant.
Ce fut donc légèrement grinçant que Bronn rencontra Jaime. Il fut même complètement impoli, ne lui faisant pas la faveur de lui demander en retour comment il allait, mais il s'en fichait bien. Tout ce qui lui importait, c'était le bien-être des dragons dont ils auraient la charge. Depuis l'assassinat d'Aerys, il avait été en effet décidé que les dresseurs travailleraient à deux ; officiellement pour créer du lien, officieusement pour éviter un nouveau drame, ce que ne se gêna pas de faire remarquer Bronn.
- Tu leur fait mal, je te tue.
Le brun s'attendait à ce que Jaime le fusille du regard, se moque de lui, essaye de se défendre. Mais à la place, il le regarda droit dans les yeux.
- Tout pareil.
- Comment ça ?
- Tu leur fait du mal, je te tue.
Et, n'attendant pas sa réponse, le blond se dirigea vers l'enclôts où leur deux dragons se trouvaient. Bronn courut pour le rattraper et voulu lui dire qu'il était plutôt mal placer pour vouloir défendre un dragon ; à moins que les tuer était sa vision des choses ? Mais il vit alors Aelor et Aelora, les deux protégés qu'ils avaient à éduquer, et se tut. Il était trop fasciné pour parler.
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Plusieurs semaines s'étaient passées, plutôt bien par ailleurs.
Certes, le travail était difficile, mais ce n'était rien d'inhabituel. Bronn ne s'était ainsi que cassé le nez une fois, ce qu'il estimait être un nombre de blessure plutôt raisonnable. Jaime avait eu quelques égratignures mais là encore, rien de dramatique. Leur travail leur avait permit de créer une relation de confiance avec leurs dragons et ils pouvaient maintenant s'approcher d'eux sans aucun danger. Jaime était ainsi en train de nettoyer Aelora. Le souffle du dragon, très paisible, permettait à Bronn de savoir qu'elle était parfaitement détendue, se fiant aveuglement à son dresseur.
Comme à chaque fois qu'il voyait Jaime doux et professionnel avec Aelora, il se demanda comment il en était venu à tuer Aerys. D'habitude, il se retenait de poser toute question. Mais cette fois-ci, il ne put pas se contenir.
- Pourquoi t'as tué ton ancien dragon ?
La question figea le blond, qui se mit à rire. Cette réaction scandalisa Bronn au plus au point.
- Tu avais si peu de respect pour lui ?
- Tu veux connaître un secret ? Personne ne m'avait jamais posé la question. Ils se sont contenté de tous me juger. Et c'est toi, le pequeneau qu'ils traitent tous de haut car pas né noble, qui a la présence d'esprit de m'interroger. C'est pour ça que j'ai rigolé.
Bronn ne savait pas très bien comment prendre sa phrase. Il n'eut de toute façon pas à y réfléchir bien longtemps puisque Jaime, redevenu sérieux, avait commencé à parler.
- Les dragons sont comme les hommes. Ils ne sont pas tous bons.
Le brun entendit alors des choses qui le firent frémir : comment Aerys avait peu à peu perdu la raison, comment il blessait tout le monde qui s'approchait de lui, comment il avait failli arracher la tête du père de Jaime. Et surtout, comment il avait pris son envol pour brûler tout le monde sur son chemin, humains mais aussi dragons... Car fou de pouvoir et de haine, il avait voulu éliminer tous ceux qu'ils considéraient comme ses ennemis.
Ainsi, Jaime avait tué son propre dragon pour sauver tous les autres.
C'était un acte brave et désintéressé, un choix horrible. Alors lorsque des larmes vinrent couler à la fin de son récit, Bronn n'hésita pas une seconde. Il prit Jaime dans ses bras, et le laissa pleurer sur son épaule.
