Petit mot de l'auteure : c'est le plus long texte de ce SV31 (enfin, pour l'instant)


Jour 9 : Soulagement

Contexte : UA


Il y avait bien longtemps que Cersei avait cessé vouloir se marier.

Petite, elle rêvait du jour où elle rentrerait dans le Septuaire, parée de milles feux, pour épouser l'homme de sa vie – Jaime, bien évidemment. Mais depuis, elle avait comprit que ce vœu ne pourrait jamais se réaliser. Parce que Jaime et elle avaient la malchance de naître jumeaux, elle ne pourrait jamais connaître son amour au grand jour. Dès l'instant où elle l'avait comprit, toute volonté de mariage avait disparue – si elle ne pouvait épouser Jaime, elle n'épouserait personne.

Bien évidemment, Tywin Lannister n'était pas de cet avis et, malheureusement pour Cersei, il parvenait souvent à ses fins. C'est pour cela que Cersei se trouvait devant le Septon, à réciter des vœux qu'elle ne pensait pas, à poser sa main sur celle d'un homme dont elle ignorait pratiquement tout. Elle n'en connaissait que le nom – Bronn – et la raison pour laquelle elle se retrouvait à devoir l'épouser – Tywin avait promis de donner la main de sa fille au premier homme capable de sauver son fils Jaime des griffes du dragon Aerys. Contre toute attente, c'était un fils de personne, pas même chevalier, qui y était arrivé. Cela n'avait pas enchanté Tywin mais il avait tenu sa promesse, sans se soucier de ce que pourrait bien en penser Cersei. La seule chose qui lui permettait de tenir était le fait que son frère avait pu rentrer auprès d'elle.

Se fut d'ailleurs à ses yeux qu'elle se raccrocha toute la soirée, particulièrement lorsque vint le moment redouté du coucher. Comme elle aurait voulu être ailleurs en cet instant ! Mais Cersei était une lionne, alors elle supporta sans broncher la tradition répugnante consistant à la dévêtir. Ce fut ainsi aussi nue que le jour de sa naissance qu'elle se retrouva dans la chambre nuptiale, où l'attendait son nouvel époux, lui aussi dévêtu. Alors qu'elle serrait les dents en songeant à ce qui allait arriver, Bronn la surprit en se rhabillant.

- Je ne veux pas consommer ce mariage sans vous connaître un peu.

- Vraiment ? S'étonna Cersei avec une familiarité qui ne lui été pas habituelle.

- Et bien... coucher le premier soir, ça ne me dérange pas vraiment. Mais quand c'est le cas, c'est toujours parce que tout le monde a envie d'être là. Et je n'ai pas l'impression que vous ayez envie d'être là. Je me trompe ?

- Non, admit Cersei. Je... je ne me sens pas vraiment à l'aise.

- Ouais. Alors bon, je me suis dit que ça serait peut-être bien qu'on apprenne deux ou trois choses sur l'autre avant de commencer à baiser.

La vulgarité du mot la choqua et ne manqua pas de lui rappeler la condition d'origine de son mari. Mais cela ne la dérangea pas autant qu'elle l'aurait cru – elle préférait un époux de basse extraction mais qui se comportait comme un être humain décent plutôt qu'un monstre. Ce fut donc avec un grand soulagement qu'elle se rhabilla également, et qu'elle commença à discuter avec lui.

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Plusieurs mois étaient passés, et Cersei était plutôt contente. Certes, elle n'était pas au comble de la joie – elle en voulait toujours terriblement à son père de l'avoir vendue comme une jument et elle était amère d'être mariée à un autre que Jaime – mais les choses étaient nettement plus positives que ce qu'elle avait craint. Bronn la laissait faire sa vie, ne la forçait en rien et, excepté les vulgarités sans nom qu'il pouvait dire, avait une conversation plutôt sympathique.

Elle se serait bien vu continuer leur vie ainsi, mais encore une fois, son père en avait décidé autrement : sans enfant à l'horizon et se doutant de l'absence de consommation, il avait décidé de faire pression sur eux. Cette dernière avait été si forte que Cersei et Bronn avaient décidé de s'atteler à leur devoir, mais rien à faire. La blonde était trop crispée, malgré les nombreuses tentatives du brun pour la détendre. Cersei avait beau lui dire d'y aller quand même, il refusait de lui faire mal.

- J'ai bien combattu un dragon, je peux vaincre ton père s'il a quelque chose à redire, répondait-il à chaque fois.

La phrase ne manquait pas de la faire sourire. Malgré tout, le temps avançait toujours, et l'enfant manquait.

Ce fut finalement Bronn qui eut la solution.

- J'ai une idée. Un peu bizarre. Mais laisse moi finir de l'expliquer avant de dire non, ok ?

Cersei se retint de lui dire que ce qui lui faisait bizarre, c'était qu'il la tutoie – encore une marque de leurs différences sociales – et acquiesça à la place.

- Jaime, dit alors Bronn, le plus sérieusement du monde.

- Qui ça ?

- Ton frère. Tu sais, celui avec qui t'as partagé un ventre ? Le...

- Très drôle, leva-t-elle les yeux au ciel. Je voulais dire, qu'est-ce que Jaime vient faire dans toute cette histoire ?

- J'ai vu comment tu le regardais, et comment lui te regardais. Être avec lui pourrais peut-être te mettre à l'aise.

- Je ne...

- S'il te plaît, ne me ment pas. Je sais que vous vous aimez. Et cela ne me dérange pas, je ne dirai rien. Si tu ne me crois pas, laisse moi te révéler un secret. J'aime les hommes. Alors être avoir Jaime ne me dérangera pas non plus.

- C'est pour cela que tu n'as jamais voulu me toucher ? Demanda Cersei après un silence.

- Non. Comme je te l'ai dit, je ne touche personne si tout le monde n'a pas envie d'être là. Enfin... tu en penses quoi de mon idée ?

- Si Jaime est d'accord... je suis d'accord.

Au final, il s'averra que Jaime fut d'accord. Les trois s'engagèrent alors dans une relation, d'abord timidement, avant que de tendres sentiments ne naquissent. L'amour entre les jumeaux n'était pas nouveau ; en revanche ce fut une agréable surprise de voir Jaime et Bronn tomber amoureux l'un de l'autre.

Et c'est ainsi que, quelques mois après le début de l'accord, il se retrouvèrent sous le ciel neigeux de Castral Roc, dans le bois sacré qui y avait été installé. Celui-ci était désert, puisque tous les habitants du châteaux étaient dans des septuaires pour célébrer Noël. Cersei, Bronn et Jaime avaient profité de cette tranquillité pour se réunir devant l'arbre sacré. Et ce furent là qu'ils se prirent tous la main, en se jurant amour éternel, récitant les vœux du mariage. Après les avoir récité, les deux hommes embrassèrent Cersei, chacun sur une joue, une main sur son ventre arrondit.

Tout comme la réelle paternité de cet enfant à venir, ce mariage de Noël resterait un secret entre eux trois. Mais cela leur allait très bien ; leur amour était si puissant qu'il n'avait pas besoin d'être connu de tous pour être éternel.