Bonjour à tous, on se retrouve donc aujourd'hui sur la nouvelle version de Golden Prince (d'où le 2.0 du résumé).
Le personnage de Rhyddid Aarch est la propriété de Shadow of Samhain
.
.
Javier était un homme parmi d'autres dans la foule. Un pirate parmi tant d'autres venant assister au trépas d'un individu qui méritait son respect. Ils n'avaient fait que se rencontrer brièvement dans la course folle de ce fou furieux vers le sommet de la Grand Line, mais cela avait été suffisant pour se reconnaître pour ce qu'ils étaient l'un et l'autre. Des D.
Certes, en revenant à Baterilla, son fichu oncle Bruno avait eu des histoires à raconter sur cet homme qui aujourd'hui était sur le point de perdre la vie, mais cette mort ne le touchait pas plus que ça, malheureusement. Un homme qu'il avait respecté, et qui comme bien d'autres avant lui, trouvait la mort.
Sous la pluie qui commençait à tomber sur cette affreuse journée, il soupira en entendant la question d'un curieux au sujet du trésor de Gol D. Roger. Au moins, cela eut le mérite de faire rire pour la dernière fois le condamné.
- Mon trésor ? répéta Roger. Je vous le laisse, si vous voulez. Trouvez-le ! Je l'ai laissé quelque part dans ce monde !
Et il se tût pour l'éternité avec un grand sourire sur ses lèvres.
Le pirate blond eut un vague geste de salut et se détourna. Son navire et son équipage l'attendait. Et il serait peut-être temps de rentrer en South Blue. Sa fille devait retourner à l'école après tout et sa sœur lui manquait.
Ses pas vers le quai étaient calmes, contrairement aux fous qui avaient senti une flamme s'allumer dans leur cœur à l'entente du discours du défunt pirate. Une vraie ruée vers l'or. Des amateurs. Ils mourraient pour la majorité avant d'avoir pu atteindre la première île. Il rabattit la capuche de son manteau sur sa tête et termina de quitter les rues trempées et bourrées de monde de Loguetown.
Il n'aimait pas tant que ça East Blue. L'océan sentait l'hypocrisie. Pire que Baterilla. Le souci avec son île natale était qu'il était un Portgas et qu'en tant que tel, il était piégé dans le cercle vicieux qui avait pris la vie de bien trop de monde pour la terre maudite. Un cercle qu'il avait cherché en vain à briser, à fuir. Mais comme toute sa famille, il y retournait encore et toujours.
- Capitán, salua le géant à la peau d'albâtre et aux yeux de rubis qui attendait près d'un navire prêt à lever l'ancre.
- Pedro. On rentre.
Le colosse s'inclina devant l'homme fin sous le manteau et le suivit à bord du navire.
- Votre sœur a appelé, annonça l'homme avec sa voix aussi profonde que si elle venait des entrailles de la roche.
- Ah ? Que voulait Rouge ?
- PAPA !
Javier s'accroupit à temps pour récupérer la petite blondinette qui se jeta dans ses bras avant de la hisser à son cou pour l'enlacer. Amelia, du haut de ses six ans, était une boule de joie et câline. Son trésor, son bijou. Il l'embrassa sur la tempe avant de la reposer sur le pont de son navire.
- Alors ? Que voulait ma petite-sœur pour m'appeler pendant l'exécution ? se renseigna Javier.
- Elle était étrange au denden. C'est tout juste si elle ne pleurait pas. Cela ne sert à rien de l'appeler, capitán, elle a dit qu'elle allait couper les communications pendant un moment.
Le blond s'arrêta sur sa route pour rejoindre sa cabine et se tourna vers Pedro.
- Elle a dit qu'il y avait beaucoup de mouvements de la Marine dans South Blue. Ils semblent chercher quelque chose, et pas avec la meilleure des méthodes. Elle pense que cela sera dangereux pour ta fille. Elle dit qu'elle peut gérer, mais qu'elle serait plus tranquille si elle n'avait pas besoin de s'en faire pour sa nièce.
Le blond cligna de ses yeux de cendre avec perplexité. Un sentiment d'inquiétude lui tordait les entrailles. D'un côté, il voulait rentrer en South Blue pour en savoir plus, mais de l'autre, il voulait faire confiance à sa sœur et ainsi garder Amelia à l'abri. Il sentait quelque chose dans l'air.
- Papa ? Quelque chose ne va pas ? demanda Amelia en prenant la main de son père.
- Je ne sais pas. J'espère que ce n'est qu'un mauvais pressentiment…
Il resserra la main de sa fille avant de crier les ordres pour prendre la mer. Les voiles furent déployées et un étendard noir se déroula du haut du mât, dévoilant le Jolly Roger de l'équipage. Une tête de mort sur deux machettes entrecroisées et un hibiscus rouge sang dessiné sur le front du crâne entre deux cornes démoniaques.
- Les Démons reprennent la mer, muchachos ! cria Javier en allant à la barre.
- ¡ Sí señor !
Une main tenant encore celle de sa fille, l'autre se posa sur la barre qui fit tourner l'ancien navire. Comme leur hacienda à Baterilla, le Demonio était transmis de génération en génération dans la famille depuis Roja la Flor de Fuego. Un bijou, un souvenir, une relique dont ils prenaient tellement soin qu'il avait l'air tout juste sorti d'un chantier naval, aussi solide qu'au premier jour.
Les Démons de South Blue fendirent les eaux, apportant dans leur sillage le souvenir des étés chauds de leur océan natal et leur férocité. Ici, en East Blue, ils étaient comme des lions au milieu de lapins. Mais ils resteraient ici. Parce qu'ils avaient une petite à protéger. Amelia était peut-être la fille du capitaine, mais ils étaient une famille, une meute et la petite blonde était leur perle sacrée à tous. Leur force et leur point faible. Et ils savaient que s'ils n'étaient pas en South Blue, ils avaient toujours une oreille et un œil là-bas. Rouge, la petite-sœur de leur capitaine, était le nœud du réseau d'information de leur océan. Alors, si elle jugeait que revenir chez eux était dangereux, alors, ils resteraient au loin. Au pire, ils pouvaient toujours monter tranquillement dans les premières îles de la Grand Line. Ou alors, ils iraient en West ou North Blue. Le monde ne demandait qu'à se faire découvrir pour leur petite perle. Et peut-être bien lui offrir une chance de fuir leur île et son cercle vicieux.
.
.
Cela faisait des mois qu'ils n'avaient pas eu de nouvelles de South Blue ni de Rouge. Et pour en rajouter, Javier avait l'impression que sa sœur avait bloqué son réseau d'information pour qu'il ne sache rien de ce qu'il se passait au sud. Cela laissait tout le monde dans la peur et le noir. Raison pour laquelle il avait été décidé unanimement de descendre de nouveau dans le Sud pour rejoindre Baterilla. Il y avait toujours eut un Portgas à Baterilla. Il y en aurait toujours un jusqu'à ce que la famille s'éteigne ou que l'île disparaisse. Ils n'étaient plus que trois, et avec Javier avec sa fille au large, c'était sa petite-sœur Rouge qui se retrouvait moralement enchaînée à la terre des olives rouges qui faisait fureur en tant que produit de luxe sans que personne, outre les natifs de cette île, ne sache l'histoire sanglante derrière.
L'équipage alla faire escale à Tijuana, dernière île de South Blue avant l'entrée de la Grand Line. C'était surtout une zone de non-droit où il était facile de prendre la température de la totalité de l'océan du sud.
Et c'est là qu'ils saisirent que quelque chose s'était passé sans qu'ils ne le sachent. Quelque chose de gros qui charriait avec lui une odeur de sang, de massacre et de pourriture. L'odeur du Gouvernement Mondial.
Tijuana, point névralgique de South Blue, avait été anéanti.
Les rares survivants luttaient à s'en sortir dans une ville quasi fantôme entourée de fosses communes, faîtes car ils manquaient de temps et de mains pour faire des tombes individuelles à tous les morts. Ce qu'ils dirent fit un nœud dans l'estomac à la totalité de l'équipage. La Marine et le Gouvernement Mondial avaient fait une opération conjointe pour trouver la maîtresse de Gol D. Roger et leur possible descendance. Javier avait vu quelques opérations de ce genre dans East Blue, mais ce n'était que des incidents isolés et à petite échelle. Pas… pas un massacre de la quasi-totalité d'une île.
Raison pour laquelle l'équipage ne s'attarda pas plus. Il n'était de toute façon pas possible de refaire des provisions sur Tijuana dans l'état actuel des choses. Ils reprirent donc rapidement la mer pour rejoindre Baterilla. Il fallait prier pour que tout aille bien.
En arrivant le lendemain dans les eaux de l'archipel auquel leur île appartenait, ils furent accueillis comme toujours par la milice qui faisait office de protection contre les pirates puisqu'ils n'appartenaient pas un Gouvernement Mondial pour profiter du soutien de la Marine. Le Demonio et son équipage furent reconnus et on les laissa passer sans difficulté, avec juste un tir de canon au large pour leur souhaiter un bon retour chez eux. Javier leur en foutrait de ces bons sentiments. Il devait voir sa sœur. Il devait savoir qu'elle allait bien, qu'il s'était fait des cheveux blancs pour rien, qu'elle n'avait pas coupé son réseau d'information pour rien.
Malheureusement, en arrivant en ville, ils réalisèrent que Baterilla n'avait pas l'air d'avoir été épargné si on en jugeait les tenues de deuils des habitants. Dès que le navire jeta l'ancre, Agustín, le maire de leur ville, était sur le port avec un air solennel sur le visage.
- Señor Portgas, salua avec une voix sombre le maire.
- Agustín… combien sont morts ? demanda doucement Javier.
Le vieil homme ouvrit la bouche, puis la referma et secoua la tête. Il montra alors d'un bras tremblant le monument aux morts de leur île. L'ange de marbre était toujours autant couvert de fleurs fraîches mais il était clair qu'on avait ajouté quelque chose à la tablette qu'il tenait entre ses mains. Avant même de le lire, Javier s'était douté du nom en question, mais le voir, là, dans la roche, lui brisa les jambes. C'était dans la logique, dans le cycle après tout. Il tomba à genoux devant le monument qui disait très justement quel était le prix de la liberté et de l'indépendance de cette île. Liberté qui avait pris une autre vie en paiement.
Portgas D. Rouge.
Le hurlement qui sortit de la gorge du pirate ressemblait au cri d'un animal à l'agonie. Amelia avait couru à la hacienda à l'écart de la ville pour se prouver que c'était faux, que sa tante était toujours en vie, mais les faits étaient là. Pour protéger leur terre du massacre, Rouge avait perdu la vie.
Ils s'étaient promis de briser le cercle, de s'en sortir, de parvenir à laisser leurs sentiments derrière avec les chaînes de la conscience. Et cela n'arriverait jamais. Baterilla avait réclamé à nouveau le sang d'un Portgas. Baterilla lui avait pris sa sœur. Sa toute petite-sœur.
Il resta là, prostré devant le monument, pleurant comme un fou, s'arrachant presque les cheveux. Il ne vit même pas que Pedro était allé chercher une Amelia hystérique pour la ramener au navire.
Javier détestait cette île. Tous les Portgas avaient détesté cette île. C'était leur conscience qui les avait enchaînés à cette terre hypocrite.
- Elle est morte pour nous, nous mourrons pour elle, dit simplement Agustín.
Qu'est-ce que le pirate en avait à faire ! Cela ne lui rendrait pas sa petite-sœur ! Rouge avait à peine vingt et un ans et la vie devant elle ! Et on pensait qu'il en avait quelque chose à foutre que l'île verserait son sang en compensation !
Rouge était morte.
Il se rappelait du sourire lumineux de sa petite-sœur assise au bord de la fontaine du patio de leur vieille hacienda. Cette maison si grande et si vide qu'ils se transmettaient au fil des générations. Une maison qui venait de perdre encore un de ses habitants. La façon dont le soleil donnait cette teinte rosée à la cascade blonde de ses cheveux. Si jeune, si belle, si pleine de vie… morte avant d'avoir eu le temps de profiter de l'existence. Rouge avait sacrifié sa vie pour l'aider à tirer Amelia du cercle. Pour que la petite ne soit pas condamnée à périr par la malédiction qu'était Baterilla.
Et aujourd'hui, il le regrettait parce que sa petite Rouge était morte sans même avoir la chance de vivre.
Quelques-uns des hommes de Javier aidèrent leur capitaine sur pied et le ramenèrent au navire, comprenant que ça serait trop pour lui de retourner à la hacienda dans ces circonstances. Ils laissèrent le père et la fille dans leur cabine, à essayer de s'en remettre, pendant qu'ils se renseignèrent sur les circonstances de la mort de la jeune femme qui avait été l'une des leur sans qu'elle ne soit pourtant un membre d'équipage. Rouge avait une place importante dans la vie des Demonios. Ils la connaissaient depuis des années, l'avaient vue passer de la jeune adolescente intenable à jeune femme retorse. Si on disait qu'elle était morte pour l'île, c'est que ce n'était pas une mort naturelle ou accidentelle. On l'avait aidée à passer l'arme à gauche.
Alors, ils la vengeraient.
Ils trouveraient le ou les responsables qui avaient coupé si court la vie de la jeune femme. Et ils la vengeraient.
.
.
Cinq ans.
Trouver le qui avait été rapide. Agustín leur avait clairement dit qu'un navire de la Marine était venu et qu'un homme avec un masque de bulldog était allé passer quelques jours à la hacienda pour repartir un soir, comme une ombre, au point qu'on ne remarqua son départ qu'au matin suivant. Sa description (un gigantesque gorille avec la tenue de vice-amiral) et celle de son navire n'orientait qu'à une cible : Genkotsu no Monkey D. Garp.
C'était une grosse cible juteuse. L'un des Héros qui avait brisé les Rocks et, tout récemment, mené jusqu'à l'échafaud Gol D. Roger.
Un homme redoutable qu'il ne fallait pas attaquer comme un idiot, même si le sang chaud et le désir de vengeance leur brûlaient les veines. Cet homme leur avait pris Rouge. Ils le feraient souffrir. Ils le tortureraient lentement et avec délice pour lui faire payer la mort de la jeune femme. Ils avaient tous en tête le corps pâle dans sa robe blanche reposant dans le lit d'hibiscus qui l'avait accompagné dans son bûcher mortuaire. Les Portgas ne vivaient pas longtemps, mais ça faisait toujours mal de perdre un proche, de savoir que désormais, la jeune femme si lumineuse et charmante reposait avec les ancêtres, au fond d'une urne, dans la crypte de la famille sous leur île.
C'est pour ça que Javier prit son temps pour traquer l'homme. Pour le faire se sentir menacé, poursuivi, en danger. Les araignées étaient patientes dans leur chasse et ce n'était pas que pour son réseau d'information qu'il était appelé la Araña. Il prendrait Garp dans sa toile, et il lui ferait payer la mort de sa sœur partie trop tôt.
- J'ai la fleur, papa, annonça Amelia du haut de ses onze ans.
- Parfait. Le glas tombera bientôt sur lui, je sais où le piéger. On vengera Rouge, mon ange. On vengera sa mort.
Il glissa la fleur d'hibiscus que lui donna sa fille dans le courrier qu'il plia avec précaution pour l'envoyer au bureau de Garp à Marine Ford. Ce n'était qu'une phrase, un simple « tu le paieras » avec la fleur, mais c'était suffisant. Suffisant pour mettre la pression sur l'homme.
.
.
La lettre termina entre les mains du vice-amiral Monkey D. Garp. Comme cela était prévu. La menace, l'ancien la reconnut. Il en recevait régulièrement, cela allait avec le grade et le métier. Il en avait peut-être à peine plus que la moyenne à cause de son comportement. Cependant, la présence de la fleur dans le courrier le fit tiquer. Pourquoi ça lui semblait important ?
Jugeant que voir si on avait en interne quoique ce soit pouvait l'éclaircir sur la provenance de la menace, il alla voir le chef des enquêtes internes, le vice-amiral Rhyddid Aarch, dit Aarch aux Griffes Pourpres, à cause de ses yeux rouges au milieu de son visage basané et de son zoan mythique du griffon.
- Aarch. J'ai reçu une lettre de menace, annonça de but en blanc le grand mastodonte qu'était Garp.
Le vice-amiral Rhyddid leva le nez des dossiers devant lui pour regarder son aîné dans la Marine avant de renifler son café par précaution. Non, le fou des morgues n'avait pas testé de poison hallucinogène sur lui, Garp avait bien épargné les murs de son bureau pour une fois.
- Garp... Tu as cassé le mur de qui ?
- Si je le savais. Je viens de recevoir ça.
Le vieux déposa sur le bureau de son collègue le simple mot plié qui contenait la fleur séchée.
- Pas que j'en ai quelque chose à faire des menaces, anonyme ou non, mais je n'arrive pas à me débarrasser d'un étrange pressentiment.
Aarch attrapa avec une pince l'un après l'autre puis renifla alors la fleur.
- Hibiscus.
Garp ne s'y connaissait pas énormément en fleurs, mais celle-ci, il la connaissait, il n'avait pas besoin de son camarade pour le savoir.
- Et qu'est ce qui te fait dire qu'il y a un souci ?
Le vieux D. se contenta de hausser les épaules.
- Les tripes. Et peut-être l'impression que j'ai vraiment quelqu'un qui cherche à avoir ma peau. J'ai pas de preuves, c'est juste…
Il se mit à claquer des doigts, une grimace montrant qu'il cherchait un mot ou une façon de dire son ressenti, avant de renoncer avec un soupir défaitiste.
Aarch s'étira.
- Un mauvais pressentiment, répéta le zoan.
Il revint à la lettre, relisant la simple phrase dessus.
- Le style est impersonnel. Pas de possibilité de trouver donc par le style. Le papier ? Eh ben, c'est un service de Marine Ford. Attends.
Le griffon regarda celui-ci à la lumière et siffla.
- Un s'est vraiment donner du mal pour piquer celui de Sengoku. On a le relief du papier du Big Boss. Un qui a un message à faire passer, tu as raison. Si je lis entre les lignes... Il te dit qu'il peut t'avoir sans que tu le voies.
- Un gars assez tordu pour m'envoyer des menaces en prenant le papier de Senny ? répéta d'un ton dubitatif Garp.
Il aurait bien pensé que c'était un fait de Rayleigh, mais ils se toléraient. Le menacer de cette façon serait aller contre l'accord qu'il avait avec l'ancien second de Roger. Et surtout, pourquoi diable un hibiscus ? Ou même le lui dire par lettre. S'il en voulait à Garp pour une raison, il pouvait attendre qu'il revienne à Fussha pour le lui dire en face.
- T'as pas une petite idée ? Parce que des ennemis, j'en ai des tas, donc, je nage un peu. Ce gars est pas n'importe qui s'il a réussi à avoir le papier de Senny sans qu'on en entende parler.
Aarch regardait toujours la fleur d'hibiscus puis il eut un tressaillement de sourcil. Sa queue de lion se manifesta, s'agitant avec inquiétude.
- Garp... Rassure moi. T'as pas emmerdé Bruno-sensei et sa famille ?
- Tu n'es pas au courant ? Bruno est mort y'a une dizaine d'années, suite à la maladie qu'il a contractée à cause de sa blessure qui l'a mis à la retraite.
Pourquoi il lui parlait du vieux Bruno ? Le pauvre homme avait donné sa vie pour la Marine et la Marine l'avait jeté quand il s'était avéré qu'il ne pouvait plus la servir.
- Garp ! Je sais qu'il est mort. Mais il a de la famille ! Il a deux neveu et nièce. Portgas D. Rouge et Portgas D. Javier. T'as emmerdé lequel des deux !?
Merde. C'était la seule chose dans le crâne de Garp à cet instant. Oui, Rouge lui avait dit que Bruno était son défunt oncle, mais elle ne lui avait jamais dit avoir un frère. Il se passa la main sur le visage. Bon sang, tout s'éclaircissait. Ce "Javier" avait dû apprendre pour la mort en couche de sa sœur et le tenait pour responsable. Ou un truc du genre. À moins qu'il ne sache qu'il cachait le petit Ace. Dans tous les cas, il comprenait un peu mieux la menace. Mais qui était ce Javier pour être arrivé à ce prodige pour une simple menace ?
- T'es certain que ce sont les Portgas ?
Aarch attrapa son visage d'un ton exaspéré.
- Oh le con, il a réussi à emmerder les Portgas. Et il n'y a que Javier qui aurait pu faire ce tour de force avec le papier. L'hibiscus est leur façon de dire "tu vas crever douloureusement". C'est une forme de promesse dans le sang. Un peu comme si je te disais, moi, que je sèmerai ton corps aux quatre vents.
- Je vois. Donc, ce Javier est connu. Je vais consulter son dossier. En attendant…
Il récupéra la lettre qu'il déchira méticuleusement avant de la jeter dans la corbeille à papier du griffon.
- Pas un mot sur ça, s'il te plaît. Après tout, qui ne reçoit pas de lettres de menaces dans ce métier !
Le sourire de Garp sonnait faux, mais il ne voulait pas qu'on s'enfonce plus dans cette affaire et qu'on découvre la cause de la mort de Rouge et ainsi, l'identité d'Ace.
- Garp, c'est fou comme tu penses me prendre pour un idiot pour le coup. Assis. Sinon, je fourre mon nez dans le dossier des Portgas.
- Justement, je vais y mettre mon nez. Pour une fois qu'un adversaire se promet un minimum prometteur sans être un des anciens de Xebec ou de Roger !
- Bah, je vais appeler la hacienda. Je dois avoir encore le numéro quelque part pour éviter que tu déclenches une guerre dans South Blue. On a besoin de ça, tiens.
Il allait devoir se pencher sérieusement sur ce qu'il savait des Portgas si Aarch, qui était quand même l'élève du vieux Portgas D. Bruno, pouvait dire que s'il leur arrivait quelque chose, cela pouvait mener à une guerre en South Blue. Bruno n'était pas surnommé The Quiet One pour rien. S'il parlait, ça relevait du miracle. Voir avec Senny ? Non, son camarade lui en voulait déjà de ne pas intervenir sur l'affaire de Dragon ou de ne pas s'être débarrassé de Luffy dès qu'il avait été mis à sa garde. S'il apprenait pour Ace, ça serait une toute autre chose, surtout s'il avait connaissance du fait qu'il cachait à contre-cœur le Mei-ô... Dans tous les cas, Aarch ne risquait pas d'avoir quelqu'un à l'autre bout pour lui répondre. Rouge avait eu l'air de vivre seule à la hacienda, il doutait que ce Javier revienne, surtout après la mort de sa sœur.
Il allait récupérer le dossier de l'homme en question, puisqu'il avait l'air d'être connu, puis descendre en East Blue. Rien ne disait que ce Javier ne chercherait pas à s'en prendre aux enfants pour l'avoir lui, alors, il allait mettre en garde Rayleigh.
.
.
Île de Dawn, East Blue.
Cela faisait longtemps qu'ils attendaient cette occasion. Cet instant parfait, de tuer Garp sur son île natale, devant les siens, lui faire ressentir tout ce que Rouge avait dû ressentir dans ces derniers moments. Et pour cela, Javier avait fait ce pourquoi il était doué. Prendre un rôle et l'incarner jusqu'au bout des ongles. Le rôle d'officier de la Marine était quelque chose qu'il faisait régulièrement. Avec un costume de vice-amiral, il avait laissé l'équipage du Demonio caché dans une crique, puis, il avait pris la route de la jungle pour rejoindre le petit village de Fussha. Dans d'autres circonstances, il n'aurait pas laissé des civils témoins d'actes de violences qui pourraient les traumatiser, mais là, il était question d'une vengeance. Il était question de sa petite-sœur. Une sœur partie trop tôt dont il n'arrivait pas à faire le deuil. Une fois qu'il aurait ramené à Garp le coup du Karma, il pourrait commencer à soigner la plaie qui le tiraillait en permanence dans la poitrine.
Dans le petit patelin, il s'arrêta.
Ce n'était pas prévu, ça. Son Haki ne percevait pas une grosse puissance qui correspondrait à Garp, mais deux. Certes, elles étaient éloignées l'une de l'autre, mais si ça tournait à l'affrontement, Javier ne voulait pas qu'on vienne l'interrompre. Il arrangea la casquette sur son crâne qui masquait son visage et se redressa, arpentant le chemin de terre comme s'il était vraiment un marine en visite. C'est avec un certain intérêt qu'il nota que si on le saluait avec bonne humeur, on avait une certaine nervosité à son attention. Un souci avec la présence d'un officier ou Genkotsu no Garp avait-il fait une connerie récemment qui rendait les locaux nerveux en présence de l'uniforme ?
Finalement, il trouva l'homme qu'il cherchait, assis devant la taverne à rire comme un idiot alors qu'un homme ridé, coiffé avec une canne et un air maussade semblait se plaindre à lui. Le rire cessa cependant et Javier nota une certaine nervosité chez le Héros en le voyant.
- Officier, j'ignorais qu'on envoyait quelqu'un me voir. Qui me réclame ? Senny ? Tsuru ?
- Monsieur, j'ai de biens mauvaises nouvelles pour vous, j'en suis navré, lui dit le blond en franchissant la distance.
Avant que Garp ne puisse réagir, il se retrouva avec une machette contre la gorge. Étant assis par terre, il était à la parfaite hauteur pour être menacé par la lame empoisonnée du pirate. Et avant que le civil ne puisse bouger une oreille, la seconde main de Javier avait sorti un flingue de sous le manteau.
- Je suis ici pour Monkey. Tirer sur un civil n'est pas quelque chose que j'apprécie particulièrement, alors, tu te la boucles et tu restes assis. Je suis ici pour cet homme, pas pour toi. Et c'est une affaire personnelle.
Garp regarda la lame contre sa gorge, puis l'homme qui la tenait, sans peur.
Alors, Javier retira sa casquette de Marine, dévoilant son visage en amande au front large avec deux mèches blondes tombantes devant ses yeux en s'échappant du catogan qu'il portait. Deux yeux d'argent assassin qui illuminaient un visage basané parsemé de taches de rousseur. Derrière l'oreille gauche, il avait une fleur rouge de tatouée. En petit, certes, mais assez grande pour être identifiée comme un hibiscus.
- Je dois me présenter ? demanda froidement le blond en fixant Garp droit dans les yeux.
- Javier, dit la Araña, le pirate actuellement le plus recherché de South Blue, dit simplement Garp avec une étrange émotion dans la voix.
- Tu sais pourquoi je suis là, n'est-ce pas ? Alors, dis-moi. Pourquoi ma sœur ? Pourquoi l'as-tu tuée ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Elle s'est refusée à toi, assez vieux pour être notre père, et tu as prit ombrage pour la tuer dans l'instant, par simple égo ? Ou alors, t'as vraiment gobé ces conneries sur la descendance de Gol D. Roger sur notre océan et tu t'es dit que c'était elle sa maîtresse ?
- Garp… commença le civil.
- Laisse, Woop. C'est un malentendu, coupa Garp sans peur.
- Un malentendu ? Je rentre chez moi pour apprendre que ma petite-sœur est morte ! Et tu es la dernière personne à l'avoir vue en vie ! s'énerva Javier. Pire ! Tu as pris la fuite comme un voleur avant qu'on ne trouve son corps ! Ose me dire que ça ne te dépeint pas comme un coupable !
- Les apparences sont contre moi, je l'admets…
- Non, vraiment ! ironisa le pirate. Pourquoi Rouge ?!
- Rouge ? répéta le civil. C'est pas…
Il ne termina pas sa phrase, mais il regardait Garp en fronçant les sourcils.
- Tu ne sais pas, je suppose, soupira le marine avec lassitude.
- Savoir quoi ? Qu'est-ce que tu manigances, Monkey ?! Je veux savoir pourquoi tu as tué ma sœur !
- Je ne l'ai pas tuée. Elle est morte d'épuisement.
- AH OUAIS !?
- Laisse-moi te montrer quelque chose avant que tu ne fasses l'erreur de m'exécuter. En souvenir de ton vieil oncle Bruno.
- ¡ NO SE HABLA DE BRUNO !
Son flingue, qu'il avait dévié pour retirer sa casquette, se braqua sur un nouveau venu qui se cachait sous une cape laineuse grise avec une large capuche et qui s'arrêta dans sa marche en voyant l'arme sur lui. C'était de lui qu'émanait la seconde puissance de l'île. Une menace sombre, sournoise.
- On vient de me dire que tu avais besoin d'aide, Monkey, nota l'inconnu d'un ton perplexe. Tu es pourtant assez puissant pour t'en sortir dans cette situation.
- Cet homme est Portgas D. Javier, dit simplement le Marine comme si cela expliquait tout.
En tout cas, cela eut un effet d'électrochoc pour les témoins.
- Il n'est pas censé être le dernier ?! s'énerva Woop.
- Je le pensais aussi jusqu'à ce que Javier ci-présent ne m'envoie une lettre de menace.
- Oh misère… souffla le nouveau venu comme s'il préparait une migraine.
Il leva ses deux mains et laissa tomber sa capuche vers l'arrière, montrant un visage vieillissant avec des cheveux blond grisonnant et une barbe déjà grise. Javier connaissait cet homme, il avait déjà vu la prime. Prime sur laquelle il avait un regard et un sourire malicieux, alors que là, il avait l'air grave, et triste.
- Tiens donc, si je m'attendais à tomber nez à nez sur Silvers Rayleigh en personne en venant réclamer vengeance… grinça Javier.
- Et je pense que cela aurait été une rencontre intéressante dans d'autres circonstances, dit Rayleigh. Je pense, cependant, qu'il vous manque une information importante. Très importante qui explique la triste mort de votre sœur.
La main de Javier trembla sur son flingue et ce n'est que le Haki qui sauvait Garp d'une coupure empoisonnée par la machette contre sa gorge.
Rayleigh se tourna partiellement vers la rue et pointa le chemin vers la campagne hors du village d'un geste de la main.
- Si ce que j'ai à vous montrer ne vous plaît pas, je vous aiderai à accomplir votre vengeance, assura Rayleigh. Mais vous êtes sur le point de commettre une erreur et nous avons des explications à vous donner. Alors, suivez-nous. Cela fait longtemps que votre rage bouillonne pour rien, je pense qu'il est temps qu'elle trouve sa véritable justification.
Javier rapporta son attention sur Garp.
- Il ne fuira pas. S'il est descendu ici, c'était pour me mettre en garde suite à votre menace, capitán Portgas, informa Rayleigh. Il ne craint pas pour sa vie, il est prêt à partir, il n'échappera pas à son châtiment. Il est venu pour que je mette en sécurité ce que votre sœur a protégé au prix de sa vie.
Javier hésita, puis avec un geste de sa machette, il fit comprendre à Garp de se lever. L'arme ne fut plus dans son cou, mais au niveau de ses côtes. Le message était clair. Si on le menait en bateau, ça se saurait.
- Vous êtes certain de ce que vous faîtes ? demanda Woop.
- Cette situation est liée à un défaut de communication, informa calmement Rayleigh. Ma présence ici, au grand dam de Monkey, est la preuve que Roger était prêt à tout pour le mettre en sécurité. S'il avait su pour notre visiteur actuel, il aurait sauté sur l'occasion.
C'était très rare quand ça arrivait, mais à cet instant précis, Javier avait l'impression de louper quelque chose d'important. Il était à la tête d'un gros réseau d'informateurs, il savait trop de choses pour qu'il se retrouve dans une situation dans le noir. C'est pour cette raison plus qu'autre chose qu'il accepta de suivre le duo improbable qu'était Monkey le marine et Silvers le pirate. À la retraite précisa l'ancien bras-droit du roi des pirates. Chose étrange, parce que Javier savait qu'il courtisait une ancienne Kuja. La logique aurait voulu qu'il reste à proximité de la femme avec qui il cherchait à lier quelque chose, pas se perdre dans son océan natal.
Ils s'éloignèrent du village sous le regard inquiet de badauds avant que Woop n'interpelle les curieux pour leur expliquer ce qu'il se passait.
Le trio, de leur côté, marcha quelques minutes en silence. Garp avait l'air blasé et Rayleigh absolument détendu. Deux réactions qui n'aidaient pas Javier à savoir dans quoi il mettait les pieds. Puis, ils arrivèrent devant une grande maison paisible que l'on devait réparer régulièrement si on en croyait la présence de sacs de ciment pas loin de l'entrée.
- Monkey, tu peux éviter de faire ton cirque habituel ? demanda Rayleigh en posant la main sur la poignée de la porte.
- Je n'ai pas l'intention de rendre la situation plus difficile que ça, assura Garp.
Ignorant la machette qui avait déjà entaillé son manteau, le marine s'éloigna un peu de l'immense porte clairement apte à laisser passer la stature importante de l'officier. Clairement, la taille de la baraque était pensée plus pour des habitants à l'échelle de Garp, si ce n'est plus grand, que par hubris. Javier lui jeta un regard noir, mais vu qu'il ne s'éloignait pas, il laissa couler.
Alors, Rayleigh ouvrit l'un des battants de la porte et passa la tête dans le couloir derrière.
- Ace ? Viens un instant s'il te plaît, mon grand.
- Et Luffy ? demanda une petite voix un peu plus loin.
En entendant la voix d'un enfant en bas âge, Javier rangea ses armes. Sa machette retrouva son fourreau à sa ceinture, empli de poison. Pas question de recourir à la violence avec des enfants pas loin.
- Tu te sens de le porter ? se renseigna l'ancien pirate.
- OUI !
- Tu fais attention et tu prends ton temps, d'accord ?
- OUIIII !
- Qu'est-ce que ça signifie ? siffla Javier. Si je veux voir des enfants, j'ai ma propre fille.
- Laissez-lui le temps d'arriver.
Bientôt, avec de petits pas prudents, un petit garçon brun arriva avec un poussin aux grands yeux noirs. Poussin que Garp récupéra avec précaution dans ses propres bras.
- Mon petit-fils, Luffy. Mais ce n'est pas pour lui que tu es là, dit simplement Garp en regardant le garçonnet de deux ans contre lui avec un petit sourire.
Rayleigh passa derrière le petit garçon qui avait apporté le poussin.
- Voici mon filleul. Dis bonjour, Ace. Javier est un capitaine pirate très connu dans le South Blue et il est venu nous rendre visite pour toi.
- Pour moi ? s'étonna le petit en levant la tête vers l'ancien.
- Oui, pour toi.
Alors, l'enfant se tourna vers Javier. Un visage en amande avec un front large et deux yeux de cendre cerclé d'ébène coupé par deux mèches noires. Des tâches de rousseurs parsemaient un visage osseux aux pommettes hautes.
- Bonjour ! Je suis Portgas D. Ace ! Je suis ravi de faire votre connaissance capitaine Javier !
Le garçonnet de pas plus de cinq ans s'inclina poliment devant Javier avant de lui adresser un grand sourire. Un sourire lumineux, aveuglant, qui coupa le souffle du blond. Puis, le sourire devint une moue perplexe et le petiot se tourna vers les deux autres adultes en montrant le visiteur du doigt.
- On dirait qu'on a les mêmes yeux !
- On ne montre pas du doigt, Ace, reprocha gentiment Rayleigh en lui faisant baisser la main.
Le petit avala ses lèvres en cachant ses mains dans son dos.
- Tu as un peu de noir, que tu tiens de ton père, mais le reste, c'est comme lui, oui, confirma avec lassitude Garp.
Le gamin se tourna à nouveau vers le pirate qui avait l'air d'avoir été frappé par la foudre.
- Pourquoi êtes-vous venu de South Blue pour moi, capitaine Javier ? demanda le petiot avec une mine curieuse.
Dans un petit bruit, Javier tomba à genoux devant l'enfant.
Il avait cru à de la paranoïa mal placée, mais devant la preuve physique, il ne savait que penser. Surtout quand cette preuve le fixait avec cet air qui lui rappelait tant sa petite-sœur quand elle était enfant. Avec des mains tremblantes, il prit doucement le visage de l'enfant entre ses mains, buvant chaque détail.
Au prix de sa vie, au prix de la vie de centaines d'innocents de South Blue, Rouge avait vécu sa vie. Elle avait aimé. Était aimée. Et elle avait gardé le secret jusqu'à la tombe, même de son propre frère. En faisant cela, elle avait réussi là où ils avaient échoué pour Amelia. Elle avait brisé le cercle. Elle avait brisé les chaînes qui retenaient leur famille.
Au prix de sa vie, encore une fois.
Il embarqua l'enfant interdit dans ses bras en sanglotant.
- Tu… tu…. Tu lui ressembles tellement…
- Je ressemble à qui ? demanda Ace sans comprendre.
Javier resserra sa prise sur lui alors qu'il pleurait toute la peine et la haine qu'il gardait en lui depuis la mort de sa sœur. Un barrage venait de céder en lui pour tout balayer, le laissant devant les faits.
Rouge et Roger avaient eu un enfant. Et cet enfant était là, devant lui, dans ses bras.
- Pourquoi vous pleurez, capitaine ?
