Bonsoir à tous !

Je suis très heureuse de voir la réception de cette réécriture de la fiction. C'est un réel plaisir de vous voir tous au rendez-vous et surtout, avec des choses si positives à me dire. Cela me donne encore plus envie de faire quelque chose de grandiose !

Donc, ce soir, on reprend l'aventure ! Nous avons un nouveau Portgas dans le tableau, il est temps de le gérer.

Je vous remercie tous et toues pour les follows et favs, et surtout, pour les reviews. Je vous fais de gros bisous à tous et à toutes, et on se revoit en Mars. Byyyye !

Evanae : Calmos la fangirl, garde ta cervelle intact, on t'attend au tournant pour Sabo. / J'avoue que ça fait tout drôle de voir le chemin parcourut depuis tout ce temps. / J'ai eu l'idée d'agrandir la famille Portgas avec une autre fic, et bon, elles ont toutes tendances à déteindre les unes sur les autres *montre Iro, King et Kali du doigt* / J'espère que tu aimeras le personnage. Et il en a dans ses placards des choses./ Ta tête d'ange ne change rien aux faits, j'ai appris à ne pas tout publier d'un coup pour ne pas me faire avoir même si j'ai de l'avance. / JE VEUX la V2 de Sabo ! Tout comme je veux la V2 de Tami, Toki et de tout le monde ! / j'ai pire que le journal, j'ai l'intégral de Mafalda. 600+ pages de BDs avec "L'Emotional Damage" qui va avec le personnage.

Neko chan 124 : Je suis ravie qu'on puisse voir la différence juste avec ce premier chapitre. / Le bouton d'arrêt est cassé depuis trop longtemps, pas moyen que je m'arrête. Même morte, je continuerais à écrire.

Eilime7 : Oui, je plaide coupable pour l'influence, mais elle est cool, donc, on l'accepte (et elle vient de se lancer dans ma playlist en plus)/ C'est presque deux histoires différentes que je vais faire, pour le coup, vu les différences que je prépare. / je ne dirais rien sur la Red Line, on a encore du temps.

Keleren : Je ne voulais pas faire un copier-coller de la première version. Y'a toujours des choses à rajouter, à revoir, améliorer, donc, voilà. / C'est en forgeant qu'on devient forgeron. C'est ce que j'ai fait. BEAUCOUP. / Le Lore, il va continuer à s'étoffer. Je vais en rajouter pour beaucoup. / Les fics parrallèles, on est plusieurs dessus, donc, c'est facile, mais on a chacun un rythme de travail différent. Golden, c'est un squelette et les autres font ce qu'ils veulent.

Mimi76lh : Disons qu'on peut se mettre dans les chaussures de Javier, mais bon, voilà quoi./ Oui, les frères sont choupis à leur âge. / Pour l'instant, je garde l'ancienne version.

Yuwine : Tu es toute excusée, me fait juste pas peur en faisant la fangirl. / Javier est cool, surtout dans sa relation conflictuel avec Bruno. (au plaisir pour la chanson) / C'est son destin, malheureusement. Elle a sacrifié sa vie pour quelque chose de précieux./ Ouiiii ! Bébé Ace et Luffy sont adorables :3 / Javier... dessin ? Vraiment nécessaire ? Meh. C'est pas avec mon talent inexistant que je vais le faire, en tout cas.

Sur ce, à bientôt !

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Javier ne savait que dire ou faire. Il était pour le coup reconnaissant de l'invitation à boire quelque chose et à s'asseoir dans le salon. Il avait juste passé un rapide coup de fil à Pedro, toujours à bord, pour lui dire que tout allait bien et que ça allait prendre plus de temps que prévu. C'est pour ça qu'il se retrouva en pantalon et chemise dans le grand salon, assis sur le canapé. Face à lui, Rayleigh s'était assis sur le tapis pour rester à proximité du petit Luffy qui avait décidé de jouer avec une balle dans la pièce en l'envoyant régulièrement à Ace, lui-même assis par terre. Si le plus vieux des deux enfants n'appréciait pas cette sollicitation quand il se passait quelque chose d'important le concernant, il faisait quand même l'effort de renvoyer doucement le ballon quand le tout petit le lui envoyait. Garp restait debout, près de la porte, les bras croisés et un air blasé.

- Pour un homme connu pour avoir l'un des meilleurs réseaux d'informations reconnu à ce jour, c'est un comble, nota le marine quand Javier posa son café sur la table basse.

- Rouge était un rouage principal de mon réseau, dit simplement le pirate blond en joignant ses mains entre ses genoux. On a hérité du réseau de notre mère, qui le tenait de son père, etc… et on l'a développé ensemble. Elle voulait que je sois dans le noir et elle savait comment faire. Et à côté…

Il regarda d'abord Rayleigh, puis Garp. Ce qu'il pensait se comprenait parfaitement. Lui, le frère, avait été gardé dans le noir, alors qu'eux, ils avaient su.

- Roger me l'a demandé à Impel Down, informa Garp. Il m'a dit avoir demandé à Rayleigh, mais il voulait être certain que son gosse ne subirait pas le contrecoup de ses actes. En arrivant à Baterilla, j'ai trouvé Rouge qui cachait sa grossesse et la repoussait au maximum pour protéger Ace.

La façon dont le gamin regarda Garp et Rayleigh à la mention de protection disait à Javier qu'il ne savait certainement pas pour le massacre qu'il y avait eu en South Blue. Et c'était peut-être mieux ainsi. Qu'il garde son innocence encore longtemps.

- J'ai perdu du temps à chercher une planque pour le gosse et moi, soupira Rayleigh en retirant ses lunettes pour les nettoyer. Quand je suis arrivé à Tijuana, Crocus m'a dit que Garp venait de rejoindre East Blue. C'est ici que je l'ai intercepté.

Le Mei-ô adressa un regard sombre à Garp.

- Il voulait confier Ace a des maraudeurs de montagnes. Je suis intervenu et j'ai réussi à m'imposer pour élever ici Ace, avant qu'il ne décide de me confier Luffy, son petit-fils, quelque temps après. Histoire de me rendre utile, comme il dit.

Javier se leva d'un bond et attrapa la cravate du marine, ses yeux de cendre virant à l'argent meurtrier.

- Moi vivant, on ne laissera pas un Portgas à la charge de maraudeurs !

- C'était la meilleure façon d'en faire un marine fort et puissant ! Et voilà que non seulement j'ai Silvers pour me mettre les bâtons dans les roues et maintenant toi ! Vous voulez en faire des pirates de ces enfants ! s'agaça Garp.

- Je ne veux pas être un marine ! protesta Ace.

- Si ! Tu seras un marine !

Garp leva le poing pour en coller une au gosse.

Luffy cessa de jouer pour regarder avec inquiétude le poing alors qu'Ace filait se cacher derrière Rayleigh. Cependant, Javier colla un coup à Garp en échange.

- Ne t'avise pas de lever la main sur mon neveu, espèce de…

Il se retint juste à temps pour ne pas être vulgaire devant les enfants.

- Je ne fais que l'endurcir !

- Ce n'est pas parce qu'à ton époque, la maltraitance infantile était cautionnée que ça en fait quelque chose d'acceptable ! Et on s'étonne que Dragon ait coupé les ponts !

- Comment tu sais pour Dragon ?

- Peut-être parce que je suis connu pour avoir un des meilleurs services d'informations et renseignements ?

Javier se tourna vers Ace qui avait à moitié disparu sous la cape de Rayleigh pour se protéger des coups de Garp.

- Tu peux sortir, il ne te touchera pas.

Un œil de cendre effrayé apparut de derrière les jambes de l'ancien second de Roger, puis un second, avant que l'enfant ne sorte totalement de sa cachette, gardant quand même une main sur la cape de son parrain, même si toute son attention était sur Javier.

- Concernant le futur de cet enfant… continua Javier.

- D'une, il n'est pas question que je laisse Silvers ou toi en faire un pirate et de deux, tu n'as pas voix au chapitre, coupa Garp. Ace est sous notre responsabilité ! Pas la tienne !

- C'est son oncle, intervint Rayleigh. Sauf si Ace ne le veut pas dans sa vie, il est bien plus légitime que nous deux. Il est d'ailleurs en droit de demander à ramener son neveu avec lui.

- Non, je ne ferais pas ça, dit Javier.

Il nota la déception dans le regard du garçon alors il alla attraper Luffy qui eut un rire en se faisant soulever avant d'être reposé sur le tapis devant Ace.

- Première chose, c'est ton petit-frère, n'est-ce pas ? Même si vous n'avez pas de sang en commun, tu l'aimes comme si, je me trompe ?

- Même s'il m'embête, j'adore Luffy, confirma le fils de Roger.

- ACE ! s'écria le tout petit.

Et sur ses petites jambes, il courut donner un câlin à son aîné qui le lui rendit.

- Partir avec moi voudrait dire vous séparer. Et j'en suis incapable. Il a besoin de toi autant que tu as besoin de lui. Si je suis en droit de réclamer ta garde, je n'ai aucun pouvoir pour celle de ce petit bonhomme. Tu comprends ?

- ...oui.

- Ensuite… On va dire que la vie à Baterilla est… pas joyeuse pour les Portgas, contrairement à ce que l'on peut penser. C'est un cercle vicieux de plusieurs siècles auquel ta mère a réussi à t'exclure en cachant ton existence. J'ai lutté en vain pour que ma propre fille puisse en sortir. Te mener là-bas serait une mauvaise chose. Mais si tu veux un oncle, je peux venir te voir. Je ne te laisserai pas derrière.

Javier tendit une main à son neveu qu'il avait découvert.

- La question est plutôt… est-ce que tu veux un autre oncle ? Est-ce que tu veux me laisser faire ta connaissance ? Me laisser faire partie de ta famille ?

- On n'est pas déjà une famille ? demanda le petiot sans bien comprendre.

- Tu es encore jeune pour comprendre, mais ça viendra avec le temps et tu sauras que le sang ne vaut rien. Ce sont les choix et les actes qui comptent. Je peux partir sans me retourner, ne jamais revenir, mais malgré le sang, ça ne fera pas de moi ton oncle. Ou comme le fait Silvers, je peux essayer de veiller sur toi et ton petit-frère, même si j'ai des obligations en South Blue qui font que je ne serai pas tout le temps là. C'est toi qui décides.

- J'ai déjà assez d'un pirate ici, il n'est pas question que je demande à Woop d'en tolérer un autre, avertit Garp.

- Lave-toi les oreilles, Monkey, il vient de parler de visites, pas de déménagement, intervint Rayleigh avec un regard noir pour le marine.

- Et je n'ai pas l'intention de le pousser à la piraterie, précisa Javier en tournant la tête vers le marine. La seule école de l'île est à Goa, de l'autre côté de la jungle et du bidonville. Avec ce que je sais de toi, Monkey, je suppose que tu ne l'enverras pas en classe.

- Il n'en a pas besoin pour devenir un marine.

- Et on s'étonne de l'état du monde si ceux qui nous protègent ne sont même pas capable de lire le code civil et pénal, soupira avec lassitude Rayleigh avant de revenir vers Javier. Je comptais les éduquer à la maison.

- Ma fille passe plus de temps à bord qu'à terre, donc, elle a des cours majoritairement par correspondance, avec seulement sa présence requise de temps à autre pour des petits contrôles de connaissance. Je peux m'assurer que les jeunes aient la même chose. Et rencontrer d'autres enfants, ne serait-ce que de temps à autre, ce serait bon pour eux.

Javier regarda à nouveau Ace.

- Et c'est une façon comme une autre de visiter South Blue, à défaut d'y vivre et comprendre, avec le temps, à quoi il échappe. Mais encore une fois, c'est à toi de décider, jeune homme.

Ace regarda la main toujours tendue de Javier, puis leva les yeux vers Rayleigh, cherchant à savoir quoi dire ou faire.

- C'est à toi de voir, bonhomme, sourit tendrement l'ancien pirate. C'est à toi de décider ce que tu veux, Ace, pas à moi. Il l'a dit, il ne sera pas tout le temps avec toi, comme moi, mais il fera ce qu'il faut pour compenser.

Ace hocha doucement la tête puis regarda son petit-frère, puis Javier avant de poser sa main dans celle de son oncle nouvellement rencontré.

- Je suis ravi de ta décision, Portgas D. Ace. Je suis très heureux de t'avoir dans ma famille. Très heureux. Tu me laisses te prendre dans mes bras ?

- Câliiiiiiin ! cria Luffy en se jetant joyeusement dans les bras de Javier qui le réceptionna en riant.

Le petit eut droit à un gros câlin de la part du blond qui ouvrit ensuite un autre bras et Ace accepta l'étreinte. Javier serra les deux enfants contre lui, retenant clairement ses larmes. Sa sœur avait sacrifié sa vie pour donner une chance à cet enfant. Il ferait tout en son pouvoir pour que la volonté de sa sœur soit respectée. Et de toute façon, les deux autres hommes n'avaient pas grande expérience dans le devoir de parent (surtout Garp, suffisait de voir Dragon pour le comprendre), alors, il avait tout intérêt à mettre son grain de sel dans cette affaire.

- Merci, les enfants.

- Eh bien, merci d'avance pour ton aide dans l'éducation de ces petits monstres, sourit Rayleigh.

- J'ai une fille, donc, je pense que oui, je vais être assez utile pour l'occasion.

- Oi ! Oi ! J'ai un gosse moi aussi ! protesta Garp.

- Et où est-il ? demanda froidement Rayleigh. Non, parce que si tu avais fait un bon job dans son éducation, il n'aurait pas laissé Luffy sans rien dire, Garp. Cela prouve, à mon sens, que tu n'as pas fait correctement ton boulot.

- On va bien s'entendre, Silvers, nota Javier en se relevant.

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Ace était debout sur le bord de plage à regarder le navire disparaître au large. Il avait encore du mal à croire qu'il avait un oncle. Pendant tout ce temps, on lui avait dit qu'il était seul, qu'il était le dernier, et là, il se découvrait de la famille. C'était tout bonnement incroyable. Il leva la tête sur le côté en sentant Rayleigh lui poser la main sur l'épaule. Son parrain lui sourit alors qu'il tenait Luffy dans son autre main pour qu'il n'aille pas crapahuter partout pour faire des bêtises.

- Tu voulais partir avec lui, Ace ?

- Un peu, avoua l'enfant. Je me disais…

- Tu te disais ?

- Ben… on a pas arrêté de me dire que j'étais le dernier et là, je découvre que j'ai un oncle et une cousine, alors… alors peut-être…

- Peut-être ?

- …peut-être qu'on s'est trompé pour maman aussi. Qu'elle est toujours vivante. Je… j'aurais voulu la voir… Je me disais…

Il baissa la tête et essuya frénétiquement son visage. Si Garp arrivait et le voyait pleurer, il allait en prendre pour son grade.

- Ace… appela doucement Luffy.

Il s'accrochait à son grand-frère à présent, le regardant avec ses grands yeux noirs. L'aîné l'enlaça avec un souffle tremblant pour essayer de reprendre son self-control. Rayleigh s'accroupit et prit les deux enfants dans ses propres bras, les serrant contre lui.

- Tu as le droit de pleurer, Ace. Personne ne peut t'en vouloir.

- Garp…

- Ne te dira rien. Je peux te l'assurer. Et s'il dit quelque chose, je le ferai taire. Tu as le droit de pleurer les gens qui ne sont plus là, Ace. Surtout quand c'est de ta mère dont il est question.

Rayleigh resserra son étreinte sur les enfants, les yeux dans le vague, conscient que son filleul s'était accroché un peu plus fort à lui pour pleurer.

- Elle est toujours avec toi, ne l'oublie pas. Elle a donné sa vie pour toi, pour que tu sois heureux et libre, alors, ne pense jamais un seul instant qu'elle ne t'aimait pas et qu'elle ne veille pas sur toi, d'accord, Ace ?

L'enfant hocha doucement la tête contre son oncle alors qu'il pleurait toutes les larmes de son petit corps. Rayleigh le tint plus fort dans ses bras en soufflant par le nez. Dans un sens, l'arrivée de Javier dans leur vie n'était peut-être pas une bonne chose, mais Ace était attaché à l'image de sa mère, une personne que Garp n'avait connu que brièvement et que lui-même ne connaissait pas. Une personne dont ils étaient incapables de lui parler. Javier le pouvait, lui. Mais cela, c'était au prix fort. Réveiller une blessure profonde, pour le petit bout d'homme que le vieux pirate élevait comme son fils, n'était pas un prix qu'il aurait souhaité payer pour ça. Mais c'était déjà fait.

Il ne restait que le futur pour passer la pommade.

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Lorsque Javier s'infiltrait dans la Marine, il prenait toujours le même manteau et donc, le même grade. Et ce, malgré le fait qu'il soit l'un des plus haut et donc, qu'il y en ait le moins, faisant qu'il avait plus de risque de se faire repérer, ce n'était pas par fierté, orgueil ou autre. Il pensait pragmatique, après tout, il avait déjà le costume adapté à sa taille en utilisant le vieil uniforme de son oncle Bruno, même si ça le rendait malade à chaque fois.

Il leva une main et tira sur la casquette de l'uniforme qu'il avait sur le crâne pour saluer un soldat qu'il croisa en cachant innocemment son visage à l'homme qui se mit au garde à vous. Il continua sa marche dans les couloirs. Il avait quelque chose à faire.

Il s'arrêta devant la porte du bureau du chef des enquêtes internes et toqua.

Et comme il s'y attendait, il entendit un vague « entrez » de l'autre côté de la porte. Il ouvrit le battant et nota immédiatement l'absence de clef sur la serrure à l'intérieur. Bon, il allait devoir gérer autrement.

- J'ai un dossier à vous remettre, monsieur, dit-il de sa voix la plus neutre et la moins accentuée possible.

Aarch releva la tête vers lui puis lui montra un coin de son bureau encombré.

- Posez-le là.

- Bien, monsieur.

Avec calme, Javier s'approcha du bureau, le visage toujours partiellement masqué par la casquette. Il priait pour que le zoan mythique ait oublié l'odeur de son oncle ou que celle-ci ne soit plus sur le manteau depuis le temps. Mais cela n'empêchait pas l'homme d'être suspicieux en le regardant.

- Que puis-je pour vous, vice-amiral ? demanda le griffon en le fixant de ses yeux rouges.

Javier hésita un instant, puis tira sa machette de sa taille pour la déposer en signe de paix sur le bureau de son hôte, avant de tourner les talons pour prendre la chaise.

- Je viens parler.

Il se retourna en entendant une lourde patte se poser sur le bureau. Oui, il s'était fait griller, le marine avait saisi qu'il n'en était pas un. Mais la façon dont la patte de griffon reprenait son apparence humaine disait que l'officier acceptait la rencontre pacifique.

- C'est une surprise, je dois dire, soupira le soldat. J'écoute.

Javier coinça la porte avec la chaise.

- Pour qu'on ne nous dérange pas. Ce que j'ai à demander est important.

Il revint vers le bureau en retirant sa casquette, plantant ses yeux gris cendre cerné dans ceux de l'ancien élève de son oncle. Alors, l'officier porta un doigt à ses lèvres pour lui faire signe de garder le silence, avant de prendre son denden et de composer un court numéro.

- Je suis en réunion, faites en sorte que je ne sois pas dérangé.

« Oui monsieur. »

Et Aarch raccrocha avant de croiser les mains devant la machette toujours sur son bureau.

- Je suis surpris de voir la Araña en personne ici. Cela doit être important pour que tu poses même ton arme.

- Dawn, East Blue, ça te parle, je suppose ? demanda simplement Javier.

- Assez, j'ai un pied à terre sur cette mer. Mais tu le sais déjà.

- Je veux que tu t'assures que tout rapport concernant la présence du Demonio et de ses hommes dans les environs de cette île soit perdu. Et comme je ne suis pas salaud, je t'ai apporté deux trois trucs intéressants pour tes affaires internes avec toutes les excuses du monde sur comment tu aurais pu l'apprendre sans passer par moi.

Du pouce, il montra le dossier qu'il avait déposé sur le bureau en arrivant.

- Tu sais qu'accepter un pot de vin, quel qu'il soit, reste de la trahison. Et j'ai un sens de l'honneur.

Aarch regarda longuement Javier.

- Mais je dois beaucoup à Portgas D. Bruno, alors... donne-moi une vraie raison de le faire.

- Là où tu vois de l'honneur, je ne vois qu'un échange de service. Et puisque tu dois tant que ça à Bruno…

Un rictus déforma son visage à la mention de son défunt oncle dont il portait pourtant le manteau.

- …je demande de la discrétion. Je ne veux pas entrer dans les détails, ça serait contre-productif avec ce que je cherche à faire alors que j'ai déjà le Buddha et Genkotsu en épée de Damoclès sur le sujet. Je veux du temps et de la paix. Il n'y aura aucun incident de ma part là-bas, je veux juste que les yeux soient ailleurs que sur cette île. Est-ce si difficile à accepter ? Qu'est-ce qu'il te faut de plus ?

- Portgas, si j'ai besoin de tes services, je me déplace pour te les demander contre paiement. Là, tu veux que je planque des papiers et des informations sans être très explicite à part que tu as les deux idiots aux crackers sur le coin du crâne à ce sujet. Ce que je veux ? Savoir si c'est pour une bonne raison. Surtout que tu as menacé Garp.

Javier posa ses deux mains sur le bureau du griffon, ses yeux de cendre virant à l'argent.

- Dis-moi, qu'est-ce que tu comprendrais si Garp venait voir ta fille sans raison légitime, qu'il parte comme un voleur en pleine nuit et qu'on la découvre morte au petit matin ?

Aarch sourit alors sombrement

- Eh bien, on avance un peu, à ce que je vois. Après Garp et sa réaction bizarre lorsque je parle des Portgas, et toi à présent. Pour te répondre, je pense que je le charcuterais simplement pour avoir des réponses.

Le vice-amiral se frotte néanmoins les yeux

- Donc, ça touche bien les tiens. F... Bon ... Un accord est un accord, on a dit ? Je vais... enterrer les dossiers. En échange, j'ai un service à demander. J'ai deux cons qui font la merde dans South Blue. Tu me donnes leur merde. Et je ferme les yeux sur tes aller-retours.

- Si tu avais fermé ta grande gueule et accepté l'échange dès le départ, on n'aurait pas perdu tout ce temps. Tu les as là, tes cons de South Blue.

Javier prit le dossier qu'il avait ramené pour presque le jeter à la figure d'Aarch par exaspération avant de récupérer son arme et de se recoiffer.

- Au plaisir de ne plus jamais devoir faire affaire avec toi, Rhyddid.

- C'est ça. Au fait, Javier. Passe par la putain de fenêtre. Je sens Akainu approcher de mon bureau.

Avec un bref sourire, Javier retira la chaise de la porte et l'ouvrit, ignorant royalement Aarch qui regarda le plafond avec exaspération.

- Bon courage, monsieur, et merci encore pour vos conseils.

Il fit quelques pas dans le couloir et s'arrêta en notant en effet la présence de l'amiral Sakazuki dans celui-ci. Immédiatement, il se rangea sur le côté, bien droit, au garde-à-vous, claquant parfaitement des talons, s'étant reglissé dans le rôle de soldat comme dans une belle chemise.

- En espérant que vous les écouterez un jour. Amiral Sakazuki, vous tombez bien, j'ai une information sur l'un de vos subalternes qui aurait bloqué des plaintes de harcèlement. Vous pouvez venir en discuter.

Par derrière le bureau, une queue de lion apparut pour faire signe à Javier de s'en aller avant que Rhyddid ne se décide d'enfin donner l'alerte. Sakazuki referma la porte du bureau sur lui et Javier tourna les talons, satisfait. Il n'aimait pas Rhyddid. C'était de la jalousie, il le savait, mais il ne le supportait pas. Parce qu'il représentait ce qu'il avait espéré avoir avec son oncle si celui-ci n'avait pas décidé de jouer dans le camp ennemi durant toutes ces années en rejoignant la Marine, même si c'était pour l'espionner de l'intérieur. Mais peu importait à présent. Il avait ce qu'il voulait. Il pouvait aller voir son neveu sans craindre que ses mouvements n'alertent les autorités.

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Rayleigh lisait le journal tranquillement installé dans le bar/auberge du petit village tranquille de Fussha. La vie était toujours aussi paisible ici, si on excluait les idées stupides de Garp quand il venait en visite. Heureusement, ce n'était que deux à trois fois par an, pour pas plus de deux semaines. Mais c'était assez pour traumatiser les garçons.

À côté, il y avait Javier. Le vieux pirate avait craint que le blond ne tienne pas sa parole et disparaisse après cet épisode dramatique. Mais il avait tenu sa promesse. L'homme était revenu, en paix, demandant aux villageois l'autorisation de laisser ses hommes à terre et la possibilité de refaire ses provisions, avant de venir à la rencontre des deux garçons à la charge du Mei-ô pour leur présenter enfin sa fille, Amelia. Elle devait avoir treize ans à présent, si Rayleigh avait bien saisi. Et elle avait été ravie de se découvrir un petit cousin. Ou plutôt, deux petits cousins. Ace et Luffy étaient plus proches qu'on ne pouvait le croire pour deux jeunes n'étant pas des frères de sang. L'un n'allait pas sans l'autre. L'un donnerait tout pour l'autre, surtout Ace qui avait enregistré une chose sur laquelle Garp et Javier étaient d'accord : la famille, c'est ce qu'il y a de plus important et on la protège. Et protéger son frère, à sept ans, ça, Ace savait le faire.

Garp avait rapidement donné quelques-unes de ses manies aux gosses, dont celle d'aller chasser et de se battre comme des brutes avec les animaux de la jungle. Ce faisant, les deux gamins avaient rapidement développé une force peu commune pour des enfants de leur âge. C'était loin du niveau d'adultes entraînés, mais contre des brigands comme la bande de Dadan, c'était bien assez pour se défendre. Cela impliquait malheureusement des blessures. Luffy était un esprit libre, curieux comme une pie suivant un objet qui brille. Et souvent, malheureusement, cela le menait à se mettre en danger. Si régulièrement, il s'en sortait sans trop de bobos, régulièrement, il fallait qu'Ace intervienne pour s'assurer qu'il ne meure pas stupidement. Et plus d'une fois, Rayleigh avait dû foncer dans les bois pour leur sauver la peau. Il avait beau leur interdire certaines zones de la jungle, mais Ace voulait, semblerait-il, se prouver quelque chose, allant au-devant du danger dans un geste que l'ancien n'arrivait pas à comprendre. Et comme l'un ne va pas sans l'autre, Luffy suivait l'exemple du grand-frère et allait lui aussi se jeter volontairement dans trop gros pour lui.

Parfois, Rayleigh se disait que ses cheveux blancs, il les devait à ces deux garçons. Quand il avait dit ça à Javier, l'homme plus jeune que lui pourtant lui avait tapoté sur l'épaule avec un sourire en lui souhaitant la bienvenue dans le monde des parents célibataires. Rayleigh avait très peu apprécié le trait d'humour.

En soupirant, l'ancien tourna la page après avoir jeté un regard sur les deux enfants attablés dans un coin de la taverne, travaillant sérieusement sur leurs devoirs.

Pour ça aussi, Javier avait tenu parole. Il avait inscrit les deux garçons à des cours par correspondance. Pour l'instant, le niveau était tel qu'on n'exigeait pas qu'ils viennent sur une île de South Blue pour passer des tests de contrôle des connaissances et vu l'acharnement du pirate Portgas, Rayleigh se disait qu'il allait finir par trouver un moyen pour que les tests en question aient lieu ailleurs qu'à Baterilla. Il avait laissé entendre plusieurs fois qu'il ne souhaitait pas qu'Ace mette un pied là-bas et vu qu'il cherchait une école sur Goa pour sa fille, ce n'était pas un geste contre le gamin très curieux qui était tout de même blessé par le refus de son oncle maternel de pouvoir voire l'île où il avait vu le jour.

« Tu as ton olivier, mais il n'est pas question que je laisse cette île te mettre en laisse. »

Le regard triste de Javier quand il disait ça à Ace ramenait régulièrement Rayleigh au défunt oncle du blond, et pour le coup, le grand-oncle de son filleul (la ressemblance entre les deux était d'ailleurs incroyable, Ace avait tout intérêt à se raser de prêt s'il ne voulait pas qu'on le confonde soit avec son père, soit avec l'ancien marine). Bruno avait toujours un regard triste en songeant à sa terre natale.

En soupirant, l'ancien replia son journal et alla rejoindre les deux enfants concentrés pour voir s'ils s'en sortaient. Voir qu'ils recevaient une éducation soulageait Rayleigh. Cette possibilité des enfants d'avoir un maximum de clefs en mains pour choisir leur futur et ne pas devenir des jeunes manipulables à souhait, c'était un poids en moins sur ses épaules.

Il les embrassa sur le crâne en souriant.

Quand il voyait ses garçons, il regrettait presque l'absence de Shakky ou son incapacité à avoir des enfants lui-même. Mais sa compagne avait compris ses motivations et avait même accepté de l'aider, à son niveau, depuis Shaboady. Par elle, il conservait un œil sur les anciens ennemis de Roger, s'assurant qu'aucun ne descendait en East Blue, que ce soit côté pirate que côté Marine. Javier lui avait peut-être assuré avoir fait le nécessaire de son côté pour garder un œil sur les mouvements de la Marine, mais on n'est jamais assez prudent. Il restait l'un des hommes les plus recherchés à ce jour, et pourtant, il était là, vivant une petite vie paisible en East Blue, sous le nez de tous, à élever les deux garçonnets dont la vie dépendait de leur anonymat. Ace n'était pas le seul à risque des deux. Luffy portait le sang de Dragon, et même si l'homme avait des idées qu'il approuvait, Rayleigh savait que le mouvement avait des ennemis. Il ne savait pas les motivations de Dragon pour avoir laissé son fils comme ça, sans un mot à Garp, mais il savait que beaucoup ne serait pas contre la peau du fils unique du leader de la révolte. Et ne parlons pas des nombreux ennemis du vieux Marine. Tant que les garçons n'étaient pas reliés à leur famille, tout irait bien. Ace savait de qui il était le fils, et c'était en partie à cause de Garp et de son envie de départ de confier les enfants à cette vieille Dadan. La femme avait été mise au courant de l'ascendance particulière du gamin, pour le coup, quand elle avait un coup dans le nez de trop, il n'était pas rare qu'elle n'hésite pas à insulter le gamin quand ils se croisaient dans les bois. Rayleigh avait finalement fait passer l'envie à la femme de redescendre de sa cabane dans la colline. Luffy, pour l'instant, était épargné, mais pour combien de temps... Rayleigh ne voulait que protéger les garçons, ses garçons. Alors, les voir poursuivis pour le crime de leurs parents, ce n'était pas dans ses intentions. Javier était du même avis.

Le denden de la taverne sonna et Makino répondit, avant de hocher sérieusement la tête et de le tendre vers Rayleigh qui se redressa pour le réceptionner.

- Rayleigh, j'écoute.

« Le Buddha descend. Quand il sera là, je l'ignore, mais je viens d'avoir l'info, » dit gravement Javier de l'autre côté du denden.

- Je vois. Tu es en East Blue ?

« Non, sur la Grand Line, mais je descends. Je doute d'être assez rapide, cependant. »

- Je vois. Je vais les cacher. Merci pour l'avertissement.

Les deux pirates raccrochèrent et Rayleigh se tourna vers ses enfants d'adoptions.

- Ramassez vos affaires.

- Pourquoi ? demanda Luffy en levant le nez de son cahier d'écriture.

- Pas le temps. Venez.

Il avait fait une cache, au cas où, dans la jungle, pas loin du Grey Terminal. Il allait y conduire les garçons avant de revenir.

Il ne laisserait jamais Sengoku s'approcher des garçons. Peu importe ce que dirait Garp, Rayleigh s'en était fait le serment, et il avait fait cette promesse à Roger. Plus loin les deux garçons resteraient de cet homme, plus longtemps ils seraient en sécurité, et ne risqueraient pas de de se retrouver à Impel Down, coupables pour leur père respectif, avant d'avoir fait leur dixième anniversaire.

Il embarqua les deux enfants une fois qu'ils eurent rangé leurs affaires. Sans perdre un instant de plus, il les ramena à la maison pour préparer leur sac, sans répondre aux questions, pour ensuite, les conduire au travers la jungle.

- Si on vient, si on frappe, si quelqu'un arrive, vous ne vous manifestez pas tant que ce n'est pas moi qui vous le dis. Au besoin, prenez la fuite. Mais ne laissez personne vous toucher. Je compte sur vous ?

- Oui, mais…

- On en discutera plus tard.

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Quelques jours plus tard, le navire de la Marine était dans le port. Rayleigh ne chercha pas à se cacher. Il était là pour accueillir le Buddha, les mains dans les poches en dépit de la présence de son arme à sa taille. Le vieux pirate n'avait pas l'intention de se faire courir après par l'Amiral en Chef. Cela aurait été une excuse pour le zoan de faire des garçons des "dégâts collatéraux" en prétextant un accident durant le combat et la poursuite. Rayleigh s'assurerait de le garder en place.

- Bonsoir, Buddha.

- Mei-ô. Tu sais pourquoi je suis là.

- M'envoyer à Impel Down ? C'est un peu trop tôt à mon goût. Tu ne veux pas me laisser une petite dizaine d'années ?

- Je suis ici pour l'engeance de Roger et celle de Dragon.

- Ils ont des enfants ? s'étonna le pirate en levant un sourcil.

- Ne me prend pas pour un idiot, Silvers.

- Sengoku, je suis ici pour me mettre au vert. Je rends même service en gardant le coin tranquille. Tu as eu des rapports d'activités pirates dans les environs ? Je suis certain que si Monkey ne l'avait pas ouverte, tu n'aurais même pas su que j'étais ici.

- Ne joue pas à ce jeu avec moi, Silvers.

- Je ne joue à aucun jeu. Je ne sais pas qui tu cherches, ni ce que tu veux. Ce que je sais, c'est que tu as eu mon capitaine et que moi, je suis à la retraite. Juste pour l'incident de God Valley, tu pourrais au moins me laisser le plaisir de finir mes jours en paix. Tu as trainé un mourant à l'échafaud, cela ne te suffit pas ?

- Je t'offrirai une cellule de taille familiale à Impel Down avant de t'envoyer toi aussi à l'échafaud.

- Je vois que la paix n'est pas une langue que tu comprends.

Rayleigh tira son arme avec regret qu'il pointa ensuite vers son adversaire. Il se battrait jusqu'au bout pour les garçons. Il ne laisserait pas la Marine, non, le monde, condamner ses garçons pour leur sang.

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Cela faisait des jours qu'ils se cachaient dans cette cabane recouverte de plantes et de feuillage. Si Ace avait fini par comprendre de quoi ils se cachaient, ce n'était pas le cas de Luffy. Il ignorait même pourquoi Luffy devrait être mis à l'abri. Il y avait trop de choses qui lui échappait. Et ça ne lui plaisait pas.

Javier avait dit que les informations, c'était une tradition familiale chez les Portgas. Vu que son oncle ne semblait pas partant pour le laisser renouer avec cet aspect, il devrait peut-être voir avec Amelia pour combler ses lacunes. Tout le monde avait une longueur d'avance et cherchait à les garder dans le noir. Et le fils de Roger détestait ça.

- Ace… y'a des gens qui viennent… et ils ont des chiens… souffla Luffy qui surveillait la jungle depuis l'une des ouvertures qui servait de fenêtre sur les arbres autour d'eux.

L'aîné écarta son petit-frère de celle-ci et l'embarqua vers la porte. À ce stade, se cacher dans les arbres serait la chose la plus intelligente à faire. S'ils restaient ici, ils seraient faits comme des rats. En s'entraidant, ils se hissèrent dans l'arbre le plus proche et de là, ils sautèrent sur la branche d'un autre. Ils devaient avancer, s'éloigner. Ils n'avaient pas le choix. Si Rayleigh leur avait dit de fuir et de ne faire confiance à personne, sauf lui, c'était pour une bonne raison.

Sauf que dans la direction où ils allaient, les arbres se faisaient rares. Ils se rapprochaient un peu trop du Grey Terminal. Ils n'avaient plus le choix.

- Tu prends le chien, je prends le gars, siffla l'aîné à son petit-frère alors qu'ils voyaient un marine escalader l'arbre dans lequel ils étaient.

Le petit hocha la tête en se déplaçant sur la branche alors que le plus vieux se rapprochait du tronc. Un simple regard et les deux jeunes sautèrent. Luffy tomba comme une tonne de briques sur le chien qui aboyait sous la branche, l'assommant proprement. Ace quant à lui se rattrapa au fusil dans le dos de leur harceleur. La lanière céda alors qu'ils tombaient tous les deux au sol. Comme le leur avait appris Rayleigh, les deux enfants se rattrapèrent, même si la chute resta douloureuse. Se prenant par la main, ils filèrent dans les déchets du bidonville alors que le marine se relevait en jurant. L'avantage du terrain était du côté des deux frères D. qui étaient venus régulièrement ici avec Rayleigh. Mais ce n'était pas pour autant que le marine ne gagnait pas du terrain. Lui, il avait l'avantage d'avoir de grandes jambes.

Ce n'était plus le moment de réfléchir. Les autres gagnaient du terrain, ils entendaient d'autres aboiements. Alors, le garçon de sept ans arma le fusil et se dressa devant son petit-frère. Quand le marine chargea vers eux au travers les déchets, le gosse appuya sur la gâchette.

La tête explosa, déversant de la cervelle et du sang sur les deux enfants déjà sales par ces quelques jours passés dans les bois à se cacher et leur cavalcade dans les ordures.

Le cœur d'Ace battait fort dans sa poitrine, au point de remonter dans sa gorge, lui donnant envie de le vomir. Il respirait fort, très fort et il entendait Luffy derrière lui qui haletait tout autant. Ils sursautèrent quand ils entendirent quelqu'un glisser dans les ordures.

Un enfant. Un petit blond vêtu de vêtement troués, mais propres, qui n'était pas sans rappeler les nobles avec la redingote bleu qu'il portait, le haut de forme sur le crâne et enfin, le foulard ascot blanc qu'il avait au cou un peu troué.

Les trois enfants se fixèrent. De la peur pour les deux frères et stupéfaction pour le blondinet. Compréhensible quand il découvrait deux enfants recouverts de sang.

Un aboiement résonna tout proche avec des cris d'adultes.

Faisant fit de toute logique, le blond saisit les deux frères et les tira derrière lui.

- Vite ! leur dit-il.

Et il les tira avec lui alors qu'on entendait leurs poursuivants se rapprocher. Le cerveau des deux frères étaient en autopilote, alors, ils suivirent le garçon qui semblait assez bien connaître le Grey Terminal, en tout cas, un peu mieux qu'eux vu comment il se faufilait entre les montagnes de déchets. Ils foncèrent plus d'une fois sur les habitants des lieux, sans remords, dans l'espoir de gagner un peu de temps, avant d'arriver jusqu'à la haute muraille qui ceinturait Goa.

- Venez, je connais une entrée dérobée, on pourra les semer à l'intérieur.

Le blond regarda néanmoins l'arme qu'Ace serrait toujours, mais la poigne du garçon ne se défit pas du canon. Cette arme l'avait sauvé avec son frère, pas question qu'il s'en débarrasse. Chose que le blondinet dû comprendre puisqu'il ne fit aucun commentaire et les embarqua par le trou. Ils avaient à peine un peu de temps avant que les Marines ne puissent justifier leur entrée dans la ville.

- On va passer par la place centrale, c'est jour de marché, on devrait pouvoir mettre le bazar en reversant des étals et en libérant les volailles.

- C'est une bonne idée, souffla Luffy en serrant la main d'Ace toujours silencieux.

Ils passèrent derrière un buisson pour voir un trou proche du sol. Pour les enfants, c'était un passage très juste, mais ils y arrivèrent, traversant un mur épais d'un bon mètre, avant de finir de l'autre côté, derrière une statue à moitié couverte de lierre. Le blondinet leur fit signe de le suivre et il les mena au travers la ville, droit vers le marché dans les quartiers inférieurs.

Ils en étaient à la lisière quand ils entendirent à nouveau les aboiements. Alors, ils mirent leur plan B en action : ils renversèrent les étals, brisant des objets sur leur passage, libérant volailles et autres bestiaux. Luffy renversa un stand d'épices quand Ace fit un saccage dans celui d'un vendeur d'olives et d'huiles, avant qu'ils ne se remettent à courir quand leur guide leur fit signe. Profitant de la confusion, ils disparurent dans une ruelle à la suite de la redingote bleu trouée. Ils coururent encore un instant avant de passer dans un soupirail, haletant, la poitrine et les jambes brûlantes après la course qu'ils avaient faite pour leur vie.

Ils se laissèrent glisser au sol, épuisés.

Ace finit par se recroqueviller autour du fusil, le regard vide, tremblant et Luffy se leva difficilement pour aller s'asseoir contre lui, le tenant dans ses bras.

- Qu'est-ce…. Qu'est-ce qu'ils ont après vous ? demanda le blond.

- Sais pas, souffla Luffy avec une voix rauque. Tonton… tonton nous a dit y'a quatre jours de nous cacher dans la jungle… il nous a apporté tout ce qu'il fallait… mais à midi ils… ils sont arrivés… et…

Le petit déglutit sans finir sa phrase. Le blond hocha la tête, semblant comprendre.

- Moi, c'est Sabo.

- Luffy. Mon frère, c'est Ace.

- Restez ici, je vais revenir avec de l'eau, de la nourriture et des vêtements propres. Par contre faîtes pas trop de bruits, que le propriétaire ne vous remarque pas. Je reviens vite.

Et il escalada des caisses contre le mur de béton de la cave où ils étaient réfugiés pour passer par le soupirail qui leur avait servi d'entrée.

Ils ne pouvaient qu'attendre à présent. Comment est-ce qu'ils arriveraient à dire à Rayleigh qu'ils étaient vivants, c'était une bonne question, mais pour l'instant, il fallait qu'ils se calment et qu'ils puissent réfléchir à ce qu'il se passait. Se rassurer sur le fait qu'ils soient en sécurité.

Luffy se blottit un peu plus contre Ace et renifla pour se retenir de pleurer.

Attendre était leur unique option. Attendre que la tension redescende et que la traque s'arrête.