Bonjour ! Merci d'être au rendez-vous pour ce nouveau chapitre et encore désolée pour le retard. Mais pour le coup, je vous laisse aujourd'hui avec un chapitre qui a... touché ma bêta, puisqu'apparemment, ce chapitre lui a confirmé que cette réécriture serait "angoissante" par rapport à celle d'origine. Et oui, clairement, on aura moins de conneries de cour de maternel dans les environs. Ce qui est compréhensible, parce que le manga a vieille, j'ai vieilli et le monde change, donc, forcément, mon écriture change avec. Mais ce n'est pas pour autant que je ne compte pas vous embarquer dans une grande aventure.

Alors, apprécier ce chapitre et à bientôt !

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La première partie de la Grand Line était une épreuve en soit. Une épreuve qui permettait très certainement de faire le tri. Combien cette première journée de navigation avait donc envoyé par le fond ? Combien avait-elle désespérée au point qu'ils souhaitent faire demi-tour ? Ou qui en était tombé malade ? Aucune idée, mais pour le coup, le jeune équipage pirate, tout juste affublé de leur première prime, qui venait de quitter le cap jumeau et Crocus, était prêt à relever le défi. Ils courraient partout sur le pont. Il fallait d'un côté s'assurer qu'ils ne se feraient pas emporter par le fond à cause de la météo instable, les faisaient passer au calme plat, à la tempête de neige, puis à l'ouragan et ainsi de suite. De l'autre, il y avait aussi le fait qu'ils devaient garder le cap pour rejoindre la première île. C'était Robb, montagne de muscles ambulante, qui était à la barre et qui obéissait aux ordres d'Ace qui aidait les trois autres hommes à gérer les voiles.

C'est là que la porte menant à la cabine d'Ace (qu'il avait partagée avec l'elfette puisqu'elle était la seule fille de la bande et qu'elle avait plus que droit à son intimité) s'ouvrit avec violence, faisant trembler les fenêtres du reste des zones de vie. La femme avait une silhouette fine et famélique vêtu d'un long cardigan gris sans manche à capuche, le tout sur une simple brassière noir et un saroual gris. Avec un pas sec, une peluche de chat noir pendouillant de sa main le long de son corps, elle traversa le pont sans parler ou regarder quiconque. Arrivée au milieu du navire, elle s'arrêta et frappa littéralement le ciel avec son poing.

Woosh

Ce fut comme si une épaisse couette de neige venait de leur tomber dessus, laissant derrière un ciel bleu avec son soleil couchant et un très léger vent arrière. Elle laissa retomber son bras et ne bougea plus.

Silence.

Bam

Ace glissa de l'espar et atterrit royalement par terre suite à une crise de narcolepsie.

Cela réveilla le reste de la bande mais pas le malade.

- T'AURAIS PAS PU FAIRE CA AVANT !

La demoiselle s'accroupit juste un instant pour récupérer sa peluche offerte par Ace à Loguetown qu'elle avait laissé s'échapper et retourna dans la cabine qu'elle referma violemment derrière elle. La fenêtre de la porte de la salle de navigation juste à côté trembla, puis tomba sur le pont où elle se brisa proprement.

Le silence revint.

- Euuuh…

- Si c'est un des trucs qu'elle peut faire quand elle est en pleine possession de ses moyens, je peux comprendre qu'elle ait fait suffisamment peur pour qu'on veuille la droguer pour la garder docile, marmonna Patrick en se frottant la nuque.

Il rentra la tête dans les épaules quand Chris lui adressa un regard empli de reproches. Puis, tout le monde observa le capitaine assoupi qui ronflait comme un bienheureux entre eux sur la neige qui fondait vite au contact de son logia. S'ils ne l'avaient pas déjà vu se battre, le voir, là, comme ça, dormir en étoile de mer sur le plancher du navire, aurait fait remettre en doute le fait qu'il soit un pirate avec une tête mise à prix. Avec la subite apparition de la fille de Roger, les faits d'armes de leur équipage passaient presque à la trappe. Presque parce que le médecin du phare avait prit Ace à part pour lui tirer les oreilles en privé (comment ils se connaissaient restait une question sans réponse) et un gars du nom de Ravière, qui avait obtenu on ne savait comment leur numéro de denden (pourtant récemment acheté), avait engueulé Ace au sujet de sa prime.

- On le réveille ?

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Ace perçut le léger murmure lui répondre quand il toqua à la porte de la cabine ce soir-là avec un plateau du dîner contre la hanche. Il ouvrit la porte en s'aidant de son coude et de son pied. Il entra et referma la porte avec son dos. L'elfette ne se tourna pas vers lui, toujours assise en tailleurs sur une des deux couchettes de la pièce, montrant son dos à son capitaine.

- Alors, la miss ! Je pense que tu veux manger, non, après ton coup d'éclat ? sourit le jeune homme en s'approchant du lit.

La tête encapuchonnée se tourna à peine vers lui, avant de fixer à nouveau ce qu'elle avait sur ses genoux croisés sur le lit.

- Je peux m'asseoir ?

Elle hésita puis doucement, fit glisser une de ses mains pour la mettre en vue du brun. Ses ongles étaient devenus de longues griffes qui, pour le coup, doublaient la taille de sa main. Doucement, Ace posa le plateau sur la table de chevet et vint s'asseoir à côté d'elle. Les deux mains étaient touchées, mais elle arrivait à faire assez délicatement des manipulations pour qu'elle ait réussi à prendre son grimoire et l'ouvrir sans l'abîmer. Cependant, il remarqua un bout de cheveux blanc dépassant de la capuche grisâtre.

- Je peux ? demanda-t-il en posant une main sur ce qui masquait le crâne de l'elfe.

Elle haussa simplement des épaules.

Avec délicatesse, il retira la capuche, laissant cascader une crinière neigeuse. Longue, trop longue par rapport à ce qu'elle avait habituellement sur le crâne. Si longue que finalement, s'entasser sur le lit n'était plus possible et la masse capillaire finit par tomber sur le sol. Comment cela avait donc pu être contenu par la capuche qui avait déjà du mal avec la crête de plume dorée qu'elle avait allant du front au sommet de la tête ?

Avec autant de douceur qu'Ace utilisait avec ses frères quand ça n'allait pas, il lui caressa le crâne, puis, lui passa une mèche de cheveux derrière l'oreille, dégageant le visage pour montrer les veines gonflées qui s'étaient tordues pour déformer les quelques écailles de serpent qui parsemait sa peau en un maquillage permanent. On aurait dit des marques cabalistiques à présent.

- Qu'est-ce qu'il t'arrive ?

- Je suis une arme défectueuse, dit-elle simplement.

- On n'a pas déjà eu cette conversation ?

- Je suis une arme vivante, Ace. Ces déformations physiques sont dues au fait que j'étais en train de m'activer.

Comme douée d'une vie propre, une de ses mèches de cheveux se souleva et s'enroula sur elle-même pour former un pieu mortel alors qu'il ne s'agissait de base que de cheveux. Et pour prouver son efficacité, la mèche alla se planter dans un coussin du lit, faisant voler des plumes partout, avant de se défaire et retrouver sa passivité attendue de cheveux classiques.

- Je suis un homme-feu, miss, rappela Ace d'un ton blasé. Je serai la dernière personne à dire que je le contrôle totalement et que ça fait de moi un truc inoffensif.

Elle eut une mimique lui accordant le point.

- Qu'est-ce qui fait que tu t'es activé ? se renseigna le logia avec un rictus agacé sur le mot.

- Magie.

Le brun haussa un sourcil dubitatif.

- Ma race… les Aen Undod, ou les elfes, étudiaient la magie et les sciences génétiques et militaires. Ils ont modifié les femmes de notre race des générations durant pour qu'elles s'activent au contact de magie. Mais je suis défectueuse. Une mutante. Je suis née avec de la magie, comme le prouve mes yeux particuliers.

Ace écoutait sans rien dire. Son amie avait l'air frustrée et à bout de nerf.

- Alors, mes activations sont incontrôlables. Il suffit que je fasse de la magie un peu trop poussée, comme tout à l'heure, pour que je commence à perdre le contrôle… et je sais que si je m'enfonce trop, il n'y aura plus de machine arrière et il faudra me tuer.

Elle prit la main d'Ace qui lui caressait toujours les cheveux et la reposa sur la cuisse de son propriétaire. Ses griffes se serrèrent un instant sur la peau du brun avant de s'éloigner, laissant une trace sanglante sur les phalanges du logia. Le D. regarda les marques. Il connaissait la sensation du Haki et du kairoseki, mais ce n'était ni l'un ni l'autre.

- Mais ils m'aident, dit-elle doucement en revenant au livre sur ses genoux.

- Ils ?

La demoiselle posa une main délicate sur le grimoire.

- J'avais sept ans quand mon frère m'a fait fuir. Il… il n'était pas très présent, ni très affectif. Il était un soldat, un sujet test, quelque chose d'unique. Il ne pouvait pas toujours me soustraire ou me protéger, mais le fait qu'il réalise que ce qu'il se passait était mal, était en soit un miracle. Et il préparait ma fuite depuis longtemps. Au moins deux ans, si j'en crois mes souvenirs où je le voyais travailler sur ce grimoire. Son erreur a été de ne pas se renseigner plus sur le monde hors de notre île et peut-être le choix du navire sur lequel il m'a fait monter en passagère clandestine.

L'humidité envahit les yeux améthystes de la jeune fille qui déchargeait une partie de son histoire en la première personne qui lui avait offert un peu d'affection et de bonté sans rien demander en échange.

- Il m'a donné ce livre avant de fermer la caisse de fruits où il m'avait cachée. Il avait noté tout ce que je devais savoir sur la magie en moi, comment la contrôler et l'utiliser en sécurité. Et je l'espère, comment renverser le processus.

- Je vois. Ton frère est l'exemple même de l'adage qui dit que l'enfer est pavé de bonnes intentions. Il voulait t'aider mais n'a pas prévu les ennuis qui allaient suivre.

- Dans un sens, ce à quoi j'ai échappé est pire que ces années en tant que mule et prostituée. Rien que songer à Silv…

Un frisson la secoua et Ace se rapprocha pour la prendre dans ses bras et la rassurer.

- Qui est-ce ?

- … le frère de mon géniteur.

Elle s'accrocha à la chemise du brun en quête de protection, toujours tremblante.

- Tu veux en parler ?

Elle ouvrit plusieurs fois la bouche, avant de secouer la tête.

- Si un jour, tu veux qu'on aille te venger ou en parler…

- Cela serait du suicide. Retire cette idée de ton crâne.

- D'accord, d'accord. Et donc… tu as dit ils. Qui d'autre t'aide ?

- Mon zoan. Il me parle à nouveau maintenant que je ne suis plus sous l'emprise de cette… horreur.

Un rictus dévoila les crochets de serpent de la demoiselle.

- Et qu'est-ce qu'il te dit ? demanda avec intérêt le brun.

Il avait un petit soupçon de la dénomination du fruit, mais rien de certain.

- Il… il sait des choses. Bien des choses. Surtout sur la magie. Alors, il m'apprend, il m'éduque, il m'enseigne.

- Remercie-le pour moi, veux-tu ?

La tête contre l'épaule de son ami, elle eut juste un petit bruit de gorge.

- Tu te sens de manger ? Je suis pas le meilleur cuisinier du monde, mais avoir un truc dans l'estomac, ça te fera du bien, non ?

- Un peu plus tard, si mes griffes sont d'accord.

- Tu veux que je reste avec toi en attendant ?

Il se pencha sur le lit et rattrapa dans la masse capillaire neigeuse la peluche de chat noir qu'il posa sur le livre de son amie. Avec précaution, elle récupéra l'animal en peluche et le serra contre sa poitrine en quête de réconfort.

- Donne-moi un instant pour moi, s'il te plaît.

Ace se leva et ouvrit la porte pour laisser entrer Iro qui sauta à la place qu'occupait avant Ace pour s'allonger en ronronnant contre la demoiselle. Il allait lui donner l'espace qu'elle voulait, mais il voulait qu'elle se sente entourée et soutenue.

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Outre quelques marines suicidaires et des pirates stupides, jusqu'à présent, la remontée de la Grand Line n'offrait comme obstacle que sa météo lunatique. En dépit de cela, juste pour naviguer sur un océan colérique avec cette bande de délurés, cela valait pas mal de sacrifices. Certes, Ace essayait de garder quelques distances avec eux, histoire de ne pas se faire démasquer comme étant la personne derrière le bandeau de la fille de Roger, mais il appréciait cette compagnie.

A cet instant, il était assis sur des caisses devant une boutique, à lire le journal. Dans les pages internationales, on faisait un portrait, à défaut d'une interview, de la tête derrière les Marches Tempêtes. Rhyddid Carmen, native d'East Blue. Ace n'y croyait pas. Elle devait servir d'homme de paille à la tête de l'ONG. Ou alors, elle avait hérité de celle-ci. Les Marches Tempêtes existaient depuis trop longtemps pour ça. La preuve en est que lorsqu'ils étaient venus les sauver, ses frères et lui, dans le Grey Terminal, cette Carmen devait être tout juste majeure, alors qu'ils étaient implantés depuis plus longtemps. Il passerait un coup de téléphone à son oncle pour avoir son avis.

- On est là, interpella un des mecs de son équipage en s'arrêtant devant Ace avec d'autres.

- Parfait, aidez-moi à ramener tout ça à bord.

Dire qu'il y a quelques années en arrière, il aurait pu porter tout ceci sans difficulté. Aujourd'hui, il avait besoin de gros bras pour porter les provisions. Il rangea le journal dans son sac et enfila celui-ci à l'épaule, avant de s'accroupir pour récupérer une des caisses. Quand il commença à la soulever, une douleur familière lui traversa le dos de l'épaule jusqu'au bas de la colonne. Il serra les dents et les paupières.

- File, intervint Rodd en récupérant la caisse en question.

- Navré, s'excusa Ace en lui laissant le chargement.

- Meh. Tu soulèves peut-être pas des masses, mais tu frappes le mieux et le plus fort, sans compter que t'es celui qui cuisine le mieux du groupe.

- Non, c'est faux, c'est Haiiro.

- Si on veut tous mourir d'empoisonnement, certainement. Je suis certain qu'elle cracherait dans nos plats son venin pour nous mettre tous entre quatre planches, grommela un autre gars.

- Il lui faut du temps, c'est tout, c'est pas la mort. Elle finit par devenir moins froide, rassura Patrick.

Il se reçut des regards dubitatifs du reste de la bande outre Ace qui, mystère mystère, n'avait pas le droit à la froideur et à l'animosité de leur elfe de poche. Hiken, comme on commençait à l'appeler, nota Iro poussant une caisse assez large de la tête. Comprenant le message, le logia s'en saisit. C'était à la limite de ce qu'il pouvait porter.

- Va pas te paralyser, s'inquiéta Chris.

- Le risque est toujours là, mais je ne suis pas aussi impotent que dans les premiers temps. Imagine comment je me suis senti quand avant, je ramenais seul des ours pour le repas à la maison et du jour au lendemain, juste soulever mon arme était une épreuve.

- Un peu dur de t'imaginer soulever un ours quand tu galères avec le ravitaillement, maugréa Patrick.

- Et tu veux savoir le pire ?

Ace avait un sourire nostalgique en regardant son camarade alors qu'il hissait avec précaution son fardeau sur l'épaule opposée à celle où son sac était accroché.

- Je n'avais qu'une dizaine d'années à l'époque.

Tout le monde s'arrêta pour le regarder avec des bouche béantes alors qu'il prenait la route vers leur navire.

- TU TE FICHES DE NOUS !

Iro et Ace les regardèrent d'un air agacé avant de se remettre en marche. Même la panthère avait sa propre charge. Bientôt, le reste du groupe le suivi. En chemin, ils trouvèrent la présence féminine de l'équipage (officielle, parce que la part « féminine » d'Ace était un petit secret inavoué). Celle-ci sortait d'une herboristerie, avec un gros sac en papier entre les mains. Elle glissa le restant de l'argent qu'on lui avait confié dans le sac à l'épaule de son capitaine et en silence, masqué par la capuche de laine de son par-dessus, suivit le groupe qui échangeait sympathiquement et tranquillement sur les dernières affaires et les curiosités de la ville.

Jusqu'à ce qu'un frisson malsain ne remonte sur dans l'échine d'Ace.

Iro vira au bleu nuit pour la même raison.

- Ace-san ? demanda Chris en s'arrêtant au niveau de son collègue.

- AAAAAAAAAAAAAAAAACEEEEEEEEEEEEEEE ! JE SAIS QUE TU ES ICI ! MONTRE-TOI ! hurla une voix avec la puissance d'une corne de brume.

Tout le monde regarda en direction de la voix avec un brin de surprise et d'appréhension. Ace déglutit de son mieux et refila son chargement à Robb, le faisant protester.

- Shhh ! Il va nous entendre ! siffla entre ses dents le capitaine.

- Qu'est-ce qu'il se passe ? se renseigna Patrick.

- Genkotsu no Garp. On va dire qu'on se connaît assez lui et moi pour qu'il soit capable de me choper par le col et parvenir envers et contre tout à me forcer à intégrer la Marine que cela me plaise ou non, expliqua tout bas le D. en se retenant de trembler. On se retrouve à l'île suivante, je vais faire diversion.

- On se retrouve sur l'île suivante ? Comment ça ?

- Ce gars serait capable de traverser une Calm Belt à la nage et il fait des exercices de boxe contre des montagnes qu'il réduit en poussière. Vous croyez qu'il va faire quoi pour m'avoir ? s'énerva le logia à voix basse. Vous prenez le navire et vous suivez le log jusqu'à l'île suivante. Moi, je vais le faire tourner un peu en bourrique pour vous laisser assez de temps pour…

- AAAAAAAAAAAACEEEE !

La voix de Garp se rapprochait.

- Je fais diversion, on se retrouve à l'île suivante, coupa court le logia en blanchissant. Iro, tu vas avec eux, je ne veux pas que tu te prennes un coup perdu. Je me démerderai seul pour cette fois, même si je n'aime pas qu'on se sépare.

- Cela reviendrait à te le prendre en retour, puisque c'est ton familier, pointa Haiiro.

Tout le monde la regarda sans comprendre.

- On a pas le temps, on verra ça plus tard. On se retrouve vite, lever l'ancre, ne m'attendez pas, je vais me démerder.

Et sans attendre de réponse, le jeune disparut en courant, devenant une tâche orange éphémère à cause de son chapeau.

Pendant un petit bout de chemin, Ace se faufila aussi discrètement que possible dans les ruelles, avant de tomber dans un cul de sac encombré de benne à ordure. Ne percevant plus Garp dans les environs, il retira son sac de son épaule et sa chemise avec.

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Marco prenait un café paisiblement assis à une terrasse. Quiconque le regardant aurait eu du mal à reconnaître le blond qui servait de bras droit à l'une des légendes de l'Histoire de la Piraterie. Il était là, dans sa chaise en fer forgé, regardant le petit matin se lever.

S'il était descendu aussi bas sur la Grand Line, c'était non seulement parce qu'il y avait une conférence médicale à laquelle il voulait assister, mais aussi prendre des nouvelles de sa filleule. Il reposa sa tasse et se saisit de sa coupelle d'ananas en morceaux. Il préférait le manger entier, mais certains médisants l'accusait de cannibalisme dans ces moments-là ou lui rappelait que les gens civilisés retiraient l'écorce avant de consommer le fruit.

Il leur en foutrait autant à l'un qu'à l'autre, là, il le consommait ainsi parce que le petit café où il prenait son petit-déjeuner en retard l'avait servi tel quel.

Et il le regretta quand il manqua d'avaler de travers et donc, de s'étouffer, en voyant un boulet de canon humain traverser la placette devant lui pour finir plus bas dans la rue, brisant un mur au passage. Le boulet de canon se remit debout immédiatement, dévoilant une personne qui commençait à faire parler d'elle pour une raison simple, c'était la seule enfant connue de ce bon vieux Gol D. Roger : Gol D Anabela, dit "Ann la Kaizoku Hime".

Malgré ses yeux bandés, elle ne semblait pas le moins du monde handicapé. Elle avait un parfait équilibre et une très bonne position quand elle se remit en garde. Cela ne servit cependant pas à grand-chose contre l'homme au sourire fou qui venait vers elle, le visage à moitié dissimulé par son masque de chien.

Genkotsu no Garp.

- Toi et moi, on va avoir une petite discussion ! grogna le vieux marine.

- Et la marmotte, elle met le chocolat dans le papier d'allu', rétorqua la brune en lui tirant bien la langue.

Elle se roula en boule sur elle-même pour encaisser le revers de la main géante de Garp qui lui vint dessus. Revers qui envoya le boulet de canon droit sur le café. Pour le coup, Marco se retrouva les quatre fers en l'air, après avoir traversé plusieurs murs, sans déguisement, quelque peu amoché et surtout, une jolie jeune femme avachie sur lui puisqu'elle l'avait percuté de plein fouet.

- MERDE ! Désolée ! Vous allez bien !? s'inquiéta la jeune femme en se redressant.

Sa longue queue de cheval glissa de son épaule alors qu'elle se redressait, aussi fluide que de la soie, en parfait contraste avec la moitié basse de son crâne parfaitement rasé. Elle avait ce parfum… ce parfum de cendre, d'hibiscus et d'embrun marin. Cela mettait presque son zoan en overdrive. Doucement, il se redressa. Il venait de la rencontrer pour la première fois, mais c'était tout ce qu'il fallait pour que l'oiseau en lui se réveille de sa léthargie et lutte pour prendre le contrôle.

- Tu sais très bien que jouer à cache-cache ne sert à rien avec moi ! appela Garp en se rapprochant.

Il n'avait pas encore vu où le duo avait atterri, alors, Marco reprit le contrôle. Il se saisit de la main de la jeune femme et en se relevant, il l'attira avec lui pour fuir au travers les ruelles.

- EEEP !

- On ne reste pas là. Écoute, je sais que la confiance, c'est une denrée rare sur les océans, mais là, va falloir que tu me suives, yoi, siffla entre ses dents le blond en continuant de la tirer derrière lui. Alors, je te recommande de courir.

Aussitôt dit, aussitôt fait, elle cessa de lutter contre sa prise pour l'accompagner dans sa course. Et il lui accordait qu'elle avait de bonnes jambes

Ils louvoyèrent entre les habitations et les échoppes, cherchant à mettre autant de distance entre eux et les cris monstrueux de Garp.

- Tu as un navire ? Quoique ce soit pour fuir ? demanda Marco.

Après tout, le log pose au poignet de la demoiselle indiquait qu'elle naviguait d'elle-même et qu'elle n'était pas aveugle.

- Il est parti avant moi, répondit la brune. On doit se retrouver sur la prochaine île du log.

- D'accord, je te dépose.

La brunette pila et tira fortement pour récupérer sa main, faisant travailler son bras plutôt que son dos pour se défaire de la prise du blond.

- Pourquoi ?

- On a pas le temps pour les questions, yoi.

- Garp est un mal que je connais, pas toi. Pourquoi je devrais faire confiance à un homme mâture que je ne connais ni d'Eve, ni d'Adam ? Je ne suis peut-être pas la personne la plus malchanceuse du monde, mais je connais assez des horreurs rampantes pour savoir que justement, je risque gros en t'accordant ma confiance.

- Je te demanderais bien si j'ai l'air d'un salaud, mais tu as un bandeau sur les yeux, donc… Tu veux que je te dise quoi, yoi ? Je te demande juste de m'accorder ta confiance, le temps de faire la traverser. Toi et moi, et crois-moi, je n'aurais strictement pas le temps de te faire du mal pendant le voyage, yoi.

Elle hésita clairement, avant de rendre les armes.

- C'est quoi ton plan ?

- Je suis un zoan aviaire, je suis un ancien de la Grand Line, donc, aller d'une île à l'autre sera simple avec un passager sur le dos, yoi.

- Et tu veux quoi en échange ?

- Un merci sera suffisant et peut-être un désolé pour m'avoir quasi traité de salaud une fois à destination. De toute façon, je devais remonter, ce fou ne fait qu'accélérer le processus.

Elle fit jouer sa mâchoire et finalement, hocha la tête.

- Allons plus loin, alors. Tu peux me suivre sans que je te tienne la main ou pas, yoi ?

- Je peux me démerder

- Alors, on s'y remet.

Et il reprit la course au travers l'île avec la demoiselle juste derrière lui, avant d'arriver à une falaise où il lui dit de s'arrêter bien avant qu'ils ne se retrouvent dans le vide. La ville était derrière et malgré la distance, on entendait toujours les hurlements de Garp qui venait vers eux.

- Grimpe sur mon dos.

Anabela hésita à nouveau, avant de tendre un bras vers lui en avançant à petit pas. Le blond prit le poignet avec délicatesse pour ne pas la mettre plus sur les nerfs, puis lui tourna le dos en posant la main sur son épaule. Puisqu'elle arrivait à le localiser mieux à présent en dépit du bandeau épais sur ses yeux, elle se rapprocha de lui et passa son autre bras autour de son cou quand elle le sentit se pencher vers l'avant afin qu'elle puisse grimper sur son dos. Un petit saut et ses genoux se resserrèrent autour de la taille du pirate qui assura au mieux sa position.

- Prête pour un baptême de l'air ?

- Je suis une Adrénaline Junkie, avertit la D. avec amusement.

- Je suis assez vieux pour avoir rencontré et parlé plus d'une fois à Roger, donc, je ne suis pas du tout surpris, yoi. On décolle. Évite juste de resserrer le bras autour de ma gorge.

Et il plongea dans le vide dans un saut de l'ange. Il s'embrasa dans un puissant feu bleu turquoise et or, avant de devenir un oiseau immense dont la queue dorée flotta dans le vent pendant qu'il frôlait l'écume avant de remonter en tourbillonnant.

- Marco des Shirohige, c'est ça ? demande doucement la demoiselle sur son dos.

- Tout juste, yoi. Comment m'as-tu identifié ?

- La chaleur des plumes et leur sensation m'ont permis de reconnaître le zoan. Navrée pour tout à l'heure… et merci pour le coup de main.

Un sourire fit son apparition sur le coin du bec du zoan alors qu'il rasait les flots pour rester le plus discret possible pendant qu'ils s'éloignaient de l'île.

- Tu es toute excusée. Même si ce n'était pas le moment, je peux comprendre. Évite juste de te pencher sur les côtés, qu'on ne finisse pas à l'eau, yoi. Je doute que tu veuilles nager en devant me soutenir en même temps.

La demoiselle ne répondit pas. Il entendait néanmoins un léger rire. Une profonde inspiration et un soupir, comme si elle était soulagée, détendue.

- Il faut normalement deux à trois jours pour rejoindre l'île suivante. Avec mes ailes, on y sera en fin de journée, yoi.

- Cela peut être très court comme très long.

- Si tu as des questions, des trucs à raconter, je suis ouvert à la discussion, sourit le zoan avec un clair amusement. Sinon, le silence n'est pas quelque chose qui me dérange, yoi.

Tout pour ne pas perdre la tête de nouveau dans ce parfum qui lui retournait les entrailles.

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La journée avait été longue, surtout qu'à un moment donné, Ann avait eu une crise de narcolepsie sur le dos de son taxi pour l'île suivante. Heureusement que c'était durant un des silences étrangement confortables, pour le coup, Marco n'avait rien réalisé. Arrivés à la nouvelle île qui s'avérait être hivernale, elle l'avait invitée à dîner en remerciement. D'une, elle commençait à avoir faim et de l'autre, c'était la moindre des choses. Bien heureusement, personne n'avait fait de commentaire sur sa présence (si on l'avait reconnu) et Marco n'avait rien eu à lui redire contre son énorme appétit. Lui-même mangeait pas mal, même si c'était dû au fait qu'en tant qu'oiseau, il dépensait plus d'énergie que les autres et qu'il avait aussi le désavantage d'être un oiseau de feu. Il avait juste normalement l'habitude de grignoter un peu tout au long de la journée plutôt que de faire des gros repas, sauf quand il avait fait un gros effort. Et voler rapidement demandait de l'énergie.

Dans tous les cas, ils avaient passé un bon moment.

Elle appréciait sa compagnie. Elle riait de ses blagues un brin datées qu'elle arrivait à trouver drôle et lui-même appréciait sa naïveté sur certains sujets voire même compensait avec pragmatisme sur les mauvaises visions qu'elle avait sur d'autres.

Les choses avaient dérapé après ça.

Cela lui était venu naturellement, elle l'avait embrassé sur la joue pour le remercier de l'avoir déposé et tenu compagnie tout ce temps. Clairement, le geste avait brisé le self control du blond puisqu'il l'attrapa par la base nue de son crâne pour approfondir le baiser.

Son premier baiser.

Si elle n'avait pas eu son bandeau sur les yeux, tout le monde aurait vu qu'ils étaient sur le point de tomber de ses orbites. Il avait rapidement avorté le geste, en se fendant en excuses. Ann ne voyait pas l'expression de son visage, mais le ton de sa voix montrait clairement qu'il s'en voulait énormément de ce qu'il avait fait. Elle avait juste cette voix dans son crâne qui lui réclamait plus. Alors, elle avait attrapé le visage de celui-ci pour lui rendre le baiser. Baiser approfondi.

Elle en voulait plus. Elle ne comprenait pas le pourquoi du comment, mais elle avait le sentiment que si elle se détachait de lui, elle ne pourrait plus respirer, que le feu en elle allait mourir.

Et c'était un semblant de suite logique qu'ils finissent ensemble dans une chambre d'hôtel.

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Marco était un homme simple. Avec des goûts simples. Des désirs simples. Déflorer une jolie fille était quelque chose qu'il n'avait jamais eu l'occasion de faire jusqu'à présent (généralement, les jolies filles, il les payait pour un moment avec elles, quand elles ne demandaient pas son aide pour le remercier avec un baiser sur la joue et basta). Le fait qu'elle ait insisté pour conserver les yeux bandés aurait pu le vexer un brin si elle n'avait pas dit savoir à quoi il ressemblait grâce à ses primes, ce qui excluait la possibilité que son physique puisse la rebuter. Clairement, le bandeau cherchait plus à masquer son visage à elle qu'autre chose, outre peut-être faire croire à ses adversaires qu'elle était aveugle et donc, se faire sous-estimer par eux. Elle avait des secrets qu'elle tenait à conserver farouchement. Que ce soit son visage ou ses bras puisqu'ils étaient tous deux recouverts de bandage du poignet à l'épaule, et il l'accepta. Mais il avait vu assez pour savoir qu'il était accroc. Pour le coup, se réveiller au matin en voyant la jolie demoiselle se tromper de chemise et porter la sienne, ça lui faisait quelque chose dans les entrailles. Une chaleur dans la poitrine. Un sentiment qu'il n'avait pas ressenti depuis un moment. Et le rire joyeux qu'elle eut quand il lui demanda si elle ne voulait pas revenir au lit fit battre un peu plus fort son cœur. Surtout quand elle revint avec enthousiasme pour un nouveau round.

Malheureusement, toutes les bonnes choses ont une fin.

Deux jours de bonheur paisible et à l'aube du troisième, elle le réveilla avec un baiser, un sourire triste et un remerciement.

Cela avait duré ce que ça avait duré, mais ils appartenaient à la Grand Line en premier lieu. A l'océan. Et quand il appelait, ils lui répondaient, peu importait le reste. C'était ainsi qu'était faite leur vie. Un dernier échange passionné suffisamment intense pour qu'elle marque de ses ongles son dos et laisse son parfum dans les draps de leur chambre d'hôtel et elle s'était rhabillée avec son aide. Dernier baiser, et elle était partie, le laissant seul assis dans le lit défait à regarder comme un chien abandonné la fenêtre ouverte par laquelle la belle était partie.

Il regretta d'avoir laissé son maigre sac sur l'île d'avant, il y avait un paquet des cigarettes maisons aux herbes relaxantes de Carmen dedans. Il en aurait bien besoin.

Il tourna la tête vers la table de chevet sur laquelle reposait un denden. En soupirant, il l'attrapa et composa le numéro de l'homme qu'il avait fini par considérer comme un grand-frère au fil des années.

- C'est moi, souffla-t-il quand il entendit la salutation de l'autre homme.

« Marco ? Ça va, le Phénix ? »

Le blond ne répondit pas. Que dire ? Que son zoan lui avait mis le crâne à l'envers ? Qu'il s'était amouraché d'une fille dont il avait l'âge d'être le père et qu'il ne reverrait certainement jamais ? Qu'il s'était attaché à elle comme un con alors qu'il savait depuis le début qu'elle ne resterait pas ?

« Marco ? P'tite plume ? Qu'est-ce qu'il se passe ?... »

- Je crois… non, j'en suis certain… j'ai fait une erreur massive. Une erreur monumentale. Et la seule chose que je regrette, c'est son résultat.

« Marco... Qu'est-ce que tu as fait exactement ? » demanda l'homme à l'autre bout en prenant un ton de voix calme et patient.

- Est-ce que tu t'es déjà trouvé devant une personne capable de mettre ton zoan dans tous ses états ? Dont le seul parfum entêtant te rende fou alors qu'il n'est pas censé pouvoir se sentir aussi fort, yoi ? demanda doucement le blond en laissant tomber son crâne contre le bord de la tête de lit.

Il eut un silence contemplatif à l'autre bout, avant que ne vienne la réponse :

« ... Yenna. Yenna m'a presque rendu fou. Les senteurs des pins au matin, mélanger avec les douces herbes des tisanes qu'elle préparait. Un savant mélange entre le sel de la mer et les forêts des îles. Ça me prenait au cœur quand elle agitait ses cheveux. ... Carmen dans une moindre mesure. Ma fille, c'est plutôt la famille, la horde, le clan. Quelque chose de précieux à protéger. »

Marco ferma les yeux.

Il s'en était douté.

- Et merde.

Il se mordit une lèvre. Il ne la connaissait quasiment pas, mais la sensation que lui faisait ressentir son zoan lui faisait parvenir une douleur digne d'une amputation sans anesthésie.

« Dois-je comprendre alors, dans ton éloquente réponse, qu'une personne a attiré le phénix ? Félicitations, Marco. Tu es tombé pour quelqu'un, » nota d'un ton désabusé l'homme à l'autre bout.

- Une fille que je ne reverrai jamais. Genkotsu avait envie de lui donner une leçon et l'a balancée sur moi sans me remarquer. Elle m'a percuté de plein fouet.

Il croisa les jambes sous le drap, le combiné entre ses deux mains jointes sur ses chevilles pendant qu'il fixait le vide.

- Elle… elle devait juste passer sur l'île suivante pour retrouver son moyen de transport et continuer sa remontée de la Grand Line. Alors, je l'ai aidée.

« Ce qui est galant de ta part. Après, on sait tous les deux comment est Garp. Bref... Continue ? »

- Deux jours. Deux jours de bonheur et d'idylle parfaite. Et elle vient de partir. Je le savais, elle me l'avait dit, mais ça fait mal. Et je sais que je ne la reverrai pas. Je me suis attaché alors que ça ne servait à rien. Mais j'ai toujours son odeur dans mes narines. Cette odeur de cendre, de fleur et d'embrun marin…

« Merde est le bon mot... Tu es sur le Paradis, n'est-ce pas ? »

- Ouais.

« Je descends te rejoindre, p'tite plume. Mais sinon, tu as au moins un nom pour la demoiselle ? Un équipage ? Un numéro de Denden ? »

- Elle est littéralement dans les pages d'actualités du SEKEI, si ce n'est à la Une. Ce qui me fait réaliser que j'ai l'âge d'être son père.

C'était parfait pour s'enfoncer un peu plus.

« ... Gol D. Ann, » soupira son interlocuteur. « Jolie, pour le coup. Tu sais que le phénix est censé être immortel ? Ne te tente pas à tester en pratique avec ceux de L'Oro Jackson. »

Cela fit grogner le blond. Dieu qu'il n'avait pas envie d'avoir Silvers et Shanks sur le dos à cause de ça. Encore moins Crocus.

« Et non, j'ai l'âge d'être son père. A la limite, t'as l'âge d'être son oncle. T'es à peine plus ancien que le Roux. »

Cela revenait plus ou moins au même. Elle ne devait pas avoir plus de la vingtaine, soit, bien la moitié de son âge. Donc, oui, il pouvait tout à fait être son père.

« Second point, rien ne t'empêche de la revoir. »

Marco aimerait le croire, mais rien n'était moins sûr. Elle avait clairement un but en tête, un objectif. Elle n'était pas de celles qui attendaient le retour de leur galant.

« Bref, tu veux que je descende te rejoindre, Marco ? J'ai une bouteille avec moi de whisky de soixante ans d'âge. »

- T'as pas un rendez-vous en South Blue avec un pirate à qui tu dois mettre un poing dans la figure, sous peu ?

« Si, tu veux venir admirer le spectacle ? Et puis, il m'a fait chier pendant cinq plombes, je peux bien le faire poireauter un peu. Sans compter que la famille, j'y tiens. »

Un maigre sourire apparut sur le visage de Marco.

- Merci, grand-frère. On se retrouve où ?

« T'es où ? Je suis sur le Bag-noz. »

- A quelques nœuds de Water Seven.

« On se retrouve là-bas, alors. Je suis en train de longer le triangle de Florian. »

- Te fait pas chopper par Moria. A bientôt. Et merci.

« Son stalker est déjà passé. Il doit faire de la chirurgie esthétique actuellement. Et pas de quoi. La famille sert à ça. »

D'un bras lourd, Marco raccrocha le denden et soupira. Il ramena ses genoux contre sa poitrine et les enlaça de ses bras, avant de noter quelque chose par terre. Un collier de grosses perles rouges. Celui d'Ann. Il se leva et alla le ramasser, faisant rouler les perles de bois entre ses longs doigts. Il le porta à son nez, percevant le parfum de sa belle, avec en plus, une forte odeur de poudre qu'il n'avait pas perçue auparavant. Peu importe. C'était le souvenir d'une idylle sans avenir. Une idylle qui le laissait le cœur brisé.

Et son vieil ami lui disait qu'il pouvait toujours la revoir ? Il avait de l'espoir. Un espoir que lui, il n'avait pas. Cette fille était libre comme l'air, la bloquer avec lui serait couper les ailes d'un oiseau, lui retirer sa beauté.

Il soupira et enroula le collier autour de son poignet.

Il était un cas désespéré.

Il se tourna vers son denden pour appeler Shirohige, histoire qu'il ne soit pas surpris s'il ne rentrait pas immédiatement. Il avait besoin de changer d'air.

.


.

- Nous refais plus une peur pareille ! s'énerva Patrick alors que Robb administrait une taloche bien sentit à Ace quand il revint à bord.

- Garp est un mal que je connais, et que je suis apte à gérer. S'il nous avait pris ensemble, cela aurait mal fini, rétorqua d'un ton sec le brun.

Tout le monde le regarda en silence alors qu'il remontait à bord du navire, son chapeau masquant son visage.

- Quelque chose ne va pas ?

- Rencontrer Garp n'est jamais une bonne chose.

Iro s'avança et offrit à Ace son fusil.

- Merci ma belle.

Elle se frotta aux jambes du jeune homme en ronronnant alors que sa fourrure virait au gris.

- Tu le connais bien ? demanda Chris.

- Il se prétend mon grand-père. Si j'avais pas eu mes oncles derrière, il m'aurait refourgué à une maraudeuse soi-disant pour que je sois un marine performant. Si vous le permettez, j'aimerais me retirer. J'ai pas mal en tête et une migraine en formation.

Sans attendre de réponse, il se faufila entre ses membres d'équipage et rejoignit sa cabine qu'il partageait avec Haiiro. Celle-ci n'était pas dedans, ce qui l'arrangeait fortement. Il se laissa tomber sur son lit et enfouit sa tête dans l'oreiller.

Il avait envie de pleurer.

En l'espace de deux jours, il avait tout oublié. Une bulle, une pause, juste lui et un homme sympathique. Un homme doux et agréable. Certes, il devait certainement profiter de lui au départ et de la possibilité d'avoir une partenaire consentante gratuite pour partager son lit, mais c'était un instant sans prix. En soupirant, le jeune homme se redressa juste un instant pour ouvrir son sac à dos. Il avait eu de la chance que ses bandages ne lâchent pas, gardant cachée ses tatouages. Tout comme il était heureux que Marco ne lui demande pas de retirer le bandeau qu'il utilisait quand il était Ann pour rendre plus difficile la possibilité que ses deux identités soient associées.

Au fond de son sac, il trouva la plume qu'il avait rangée là en même temps que son déguisement d'Ann. Il laissa tomber son sac de cuir entre ses pieds, et lissa la plume entre ses doigts pour la défroisser. Elle était douce, avec une chaleur agréable. Il retira l'anneau de kairoseki de son oreille qu'il fourra dans sa poche. La chaleur était toujours là, appelant même son logia à la surface. Ses propres flammes remontèrent de ses entrailles pour danser avec les flammèches éternelles et azurées de la plume.

Des larmes silencieuses roulèrent sur ses joues.

Qu'est-ce qu'il était con.

Il était tombé pour quelqu'un pour qui il n'était ni plus ni moins qu'un simple coup d'un soir.

Il avait donné son premier baiser et sa virginité à un homme qu'il ne verrait pas avant qu'il ne décide de s'attaquer à Shirohige, quand il chercherait à obtenir des informations sur ce que son père avait découvert.

Il referma son poing sur la plume et essuya ses larmes.

Ses réponses et sa vengeance en premier. Il le devait aux morts de South Blue. Cette idylle sans lendemain, il devait passer outre. Il devait s'endurcir.

On toqua à la porte et il inspira profondément en cachant la plume dans le fin fond de sa poche de bermuda.

Il carra les épaules et remit son chapeau sur ses yeux avant de faire un câlin à Iro pour reprendre du courage. Elle lui posa une patte sur le dos en frottant sa tête contre lui.

- Ace ? Tout va bien ? appela Chris.

- Oui, ça va ! Je demande juste un peu de temps, bon sang !