Mes petits chats,
Aujourd'hui, publication de la douzième partie de "L'homme de la plage" dans laquelle Bucky et Steve/Chris commencent à danser un pas de deux ensemble… :)
J'espère qu'elle vous plaira et que ce moment dans leur relation sera à la hauteur de vos attentes. J'ai essayé de faire quelque chose de réaliste, de plausible mais difficile parfois de ne pas tomber dans le cliché… Ce moment reste quand même un lieu commun de l'écriture de fan fiction :)
J'ai relu un peu rapidement, pressée par le temps et un emploi du temps chargé. N'hésitez pas à me faire remonter les coquilles (ou grosses fautes) que vous remarquerez. Je vous en remercie par avance.
Avant de vous laisser, quelques notes explicatives très succinctes ci-dessous. A tous, je vous souhaite une agréable lecture et vous retrouve bientôt pour la suite :)
Bien à vous,
ChatonLakmé
Doritos est une marque américaine de biscuits apéritifs fondée en 1964. Spécialisée dans les tortillas assaisonnées (biscuits de forme triangulaire d'origine mexicaine), elle produit aussi des boules apéritives aromatisées.
Pour rappel, KMUD est une station radio locale dont le siège est installé à Garberville. Ses ondes desservent notamment le comté d'Humboldt.
L'acupression (dite aussi digitopuncture ou réflexologie) est une technique de massage inspirée de la médecine traditionnelle chinoise. Pratiquée soi-même ou par un tiers, elle vise à stimuler des points précis du corps par pression douce et répétée. Cette pratique rétablirait l'équilibre des énergies et soulagerait les symptômes du corps provoqués par leur déséquilibre. Les points sollicités sont les mêmes que ceux utilisés en acuponcture (pression avec des aiguilles). L'acupression peut être utilisée pour lutter contre les nausées, la migraine, le stress etc.
L'homme de la plage
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Douzième partie
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Mi-octobre
Bucky étire les bras au-dessus de sa tête, faisant craquer son dos et sa nuque.
Il grogne si bruyamment de contentement que Sandy, allongée non loin de lui, relève la tête avec inquiétude. Le brun recommence pourtant avec un plaisir non dissimulé. Son nouveau fauteuil de bureau est une bénédiction. Chris a eu raison de le conduire de force au grand magasin de meubles sur 5th Street pour choisir un nouveau modèle. Bucky devait vraiment faire peur à voir ou à entendre tant il jurait entre ses dents serrées.
Maintenant, c'est fini. Ce fauteuil ergonomique ajustable est son meilleur achat de l'année.
Pour le plaisir, le brun s'étire une nouvelle fois et il soupire de plaisir.
Tant pis pour les affaires de son kinésithérapeute, il va pouvoir arrêter de se traîner jusqu'à son cabinet. Et Chris va cesser de froncer les sourcils d'inquiétude quand il le dépose devant parce que même conduire le pick-up devenait inconfortable.
Les yeux mi-clos, Bucky termine de lire les dernières lignes de son document informatique avant de l'enregistrer. Il a fait du bon travail et il l'envoie immédiatement par mail à Tony, annoté d'un court message poli. Juste le temps de vérifier que le mail a bien été envoyé à son destinataire et le brun éteint son ordinateur.
Il esquisse un sourire tandis qu'il range son bureau.
Son second deuxième meilleur achat de l'année sera de faire équiper la maison d'une meilleure connexion internet.
Cela ne le dérange pas vraiment mais Chris peste adorablement dans le salon contre ce que Bucky considère être une ode respectable à la lenteur. Une lenteur que la frénésie de l'activité professionnelle du blond ne lui permet pas d'apprécier à sa juste valeur. Pourtant, le jeune homme adore l'entendre ronchonner dans sa barbe, trépigner du pied et pianoter du bout des doigts sur la table basse parce que rien ne va assez vite. C'est distrayant. Au moins autant que le voir fusiller du regard le modem caché dans la bibliothèque comme s'il était personnellement responsable. Ou de passer une main dans ses cheveux pour calmer sa frustration.
Bucky aime vraiment ça.
Le jeune homme termine de ranger sa table de travail et ses livres avant de quitter le bureau, Sandy sur les talons. Il est presque dix-neuf heures, son colocataire ne va pas tarder à rentrer. Il commence à sortir les assiettes et les couverts pour mettre la table dans la cuisine et réfléchit au menu du soir. Bucky se sent d'humeur à cuisiner quelque chose d'un peu compliqué et de délicieux.
Il se demande distraitement où il a rangé le livre de recettes de Winnifred Barnes quand son portable sonne. Plongé dans sa réflexion, il décroche distraitement.
— «Allô ? »
— « Bucky ? C'est Chris. »
Le brun fronce légèrement les sourcils. Il gratte Sandy derrière les oreilles pour apaiser la chienne qui jappe doucement en reconnaissant la voix de son ami. Parfois, Bucky pense que Sandy est une super-héroïne. Chris parle dans le combiné mais il y a un brouhaha désagréable autour de lui.
— « Est-ce que tu peux répéter ? Je t'entends très mal. Est-ce que tout va bien ? Tu es en voiture ? »
Un léger rire lui répond et après quelques secondes, le brun entend le son régulier d'un clignotant, le bruit d'un moteur qui ralentit puis que l'on coupe. Chris s'est probablement garé sur le bas-côté.
— « Je viens de m'arrêter, tu m'entends mieux ? On dirait que la qualité du réseau entre Eureka et Kneeland est aussi mauvaise qu'à la maison… »
— « Tu peux en venir au fait s'il te plaît ? », grogne le brun.
Chris rit chaudement à son oreille. Bucky s'appuie contre le plan de travail derrière lui, il ne se lassera jamais d'entendre ça.
— « Je t'appelle pour te prévenir que je rentrerais tard ce soir. Je suis désolé amis je dois me rendre en urgence à Lone Star Junction. sur le chantier du cottage. Un locataire a appelé David, il dit qu'il y a des fuites dans deux pièces au premier étage. C'est peut-être lié à l'intervention de l'entreprise. Il y a un récupérateur d'eau de pluie sur la toiture terrasse. »
— « Il fait presque nuit. Tu penses que c'est prudent de monter sur un toit maintenant ? », fait remarquer le brun en jetant un regard vers la baie vitrée.
— « L'entrepreneur est déjà sur place et le locataire dit qu'il remplit des seaux de trente litres alors je dirai que c'est assez urgent. »
Bucky se mord les joues. Lone Star Junction est à plus d'une heure de voiture d'Eureka. Il y a des années, David y a investi dans un splendide cottage haut de gamme pour faire de la location saisonnière aux randonneurs qui arpentent les réserves naturelles voisines. C'est loin – trop loin, son vieil ami n'a jamais réitéré l'expérience – et il fait presque nuit. Le brun ne veut pas être peureux mais imaginer Chris monter sur un échafaudage à plusieurs mètres du sol, seulement éclairé par la lampe de son portable, lui tord l'estomac.
Il frotte distraitement sa paume sur sa cuisse. Elle est un peu sèche.
— « Mr Grahamson a du matériel pour nous permettre de monter en toute sécurité. Je serai prudent. »
— « D'accord. »
— « Je ne sais combien de temps je vais devoir rester sur place mais je ne serai pas rentré pour le dîner. »
Bon sang, c'est tellement domestique et ça sonne si bien. Bucky a déjà faim mais il sourit doucement.
— « Ce n'est pas grave, je t'attendrais », répond-il sans hésitation.
— « Ne te sens pas obligé, ça va durer au moins deux heures. »
Le brun ricane légèrement.
— « Il fera nuit bien avant et tu ne me feras pas croire que toi et Mr Grahamson pourrez faire une déclaration de sinistres alors que toutes les assurances du pays sont fermées. Ni quoi que ce soit de constructif sur le toit sans y voir correctement », se moque-t-il gentiment. « Si tu te sens coupable, dis-toi que Sandy et moi allons patienter en prenant un très long apéritif. Nous serons seulement en train de terminer quand tu rentreras. »
— « Entendu. … Je suis désolé Bucky. »
— « Il ne s'agit que d'un dîner », se moque gentiment le brun en roulant des yeux.
— « Le restaurant chinois sur S Street est ouvert jusqu'à minuit, je m'arrête pour acheter quelque chose en rentrant alors ne prépare rien. »
Tant pis pour la recette de ragoût de viande et de légumes épicés à laquelle le brun songeait avec gourmandise. Il sourit affectueusement.
— « Excellente idée, j'adore leurs nouilles sautées. » Du bruit dans le combiné lui indique que Chris vient d'accrocher le portable sur son support et de redémarrer la Mercedes. « Sois prudent quand tu seras là-bas et quand tu rentreras. Je t'attends plus que jamais avec le dîner. »
— « Ne t'endors pas. Je t'envoie un message quand je quitte Lone Star Junction. À plus tard Bucky. »
Le jeune homme raccroche mais il entend encore un instant le moteur de la voiture qui gronde et recommence à avaler les kilomètres. Il n'a jamais rien exigé de Chris, jamais rien demandé mais son colocataire le tient naturellement informé du moindre changement de son emploi du temps. Il est d'une remarquable célérité quand il s'agit de le prévenir d'un retard ou d'un bouleversement quelconque de leur soirée à passer ensemble. Toujours.
…Les deux hommes n'habiteraient pas ensemble ?
Quel mensonge il a tenté de faire croire à Sam. Ils se comportent déjà comme un couple. Bucky a partagé sa chambre en résidence universitaire à l'université d'État d'Humboldt pendant deux ans. Jamais il n'a fait ça avec ses colocataires successifs. Pas plus qu'eux ne se préoccupaient de lui demander son avis quand ils ramenaient une fille dans la petite chambre aux lits jumeaux. Le brun avait passé des soirées à la bibliothèque en entendant des bruits suspects provenir de derrière la porte. Sans compter l'odeur de sueur et de sexe quand il rentrait.
Ça l'avait un peu blessé quand il habitait avec Jeremiah Collins parce que ce garçon lui plaisait. Alors Chris qui l'appelle pour s'excuser de rentrer tard, c'est trop adorable pour ne pas faire l'effort de tenir bon jusqu'à son retour.
Sandy tourne autour de lui et se frotte contre ses jambes en gémissant doucement. Bucky s'accroupit et, prenant sa tête en coupe, il caresse affectueusement ses joues.
— « Chris sera là un peu plus tard que d'habitude Sand', il a du travail. Je te propose de partager quelques boules au fromage en attendant son retour. »
La chienne penche légèrement la tête sur le côté. Elle s'agite de plaisir quand le brun sort une bière du frigo et les biscuits apéritifs d'un placard. Comme toutes les super-héroïnes, Sandy a ses faiblesses. … De nombreuses faiblesses.
Bucky traverse le salon pour aller s'installer sur la terrasse, un plaid et un livre dans les bras. Le bois est encore agréablement tiédi par le soleil généreux d'octobre mais la fraîcheur tombe plus vite le soir.
Il déplie la couverture sur ses genoux, les pieds appuyés sur la table basse et Sandy va se coucher sous la petite tente. Le brun n'a qu'à tendre la main pour que la chienne vienne cueillir dans ses doigts les boules au fromage. C'est paresseux. Sandy lèche délicatement sa peau avec gourmandise, la bière est à la parfaite température. C'est bien.
Bucky enfonce légèrement sa tête entre ses épaules et prend son livre sur ses genoux. Il pioche distraitement dans le paquet de Doritos tout en regardant les vagues crénelées d'écumes qui roulent sur l'océan. Il s'assure que son portable est bien à côté de lui pour ne manquer aucun message, aucun appel de Chris puis reprend la lecture de son roman fantastique.
Le brun frotte distraitement son nez contre les mailles du plaid qu'il a remonté jusqu'à son menton.
C'est celui que son colocataire lui a offert, anthracite et blanc avec des franges. Au début, il sentait la même odeur que son ami. Maintenant, il sent la maison. Il s'autorise à respirer plus franchement le coton épais. Il peut, il est seul à la maison. Jamais Sandy ne rapportera cet écart de conduite un peu sentimental.
Peut-être est-ce parce qu'il a passé sa journée à traduire Anna Karénine avec une parfaite célérité ou juste parce qu'il est envahi d'une agréable torpeur un peu dolente mais Bucky dodeline un peu de la tête. Cachée sous le plaid, Sandy a de gros soupirs de bien-être, si semblables aux siens qu'il rit doucement. Il est sûr que les miettes de biscuits apéritifs vibrent au bout de ses moustaches.
Une humidité un peu poisseuse monte de l'océan et le brun s'enroule un peu plus dans le plaid. La nuit est tombée, seul un délavé un peu violet et pourpre subsiste au loin du côté de Samoa Beach.
Agréablement alangui, et le ventre peut-être rempli de boules au fromage, Bucky a un peu oublié la sensation de faim. Ses membres sont lourds, sa tête un peu cotonneuse et il pense qu'il a dû s'assoupir un instant. La plage est silencieuse, seulement troublée par le roulis paresseux des vagues. Les grands oiseaux de mer se sont tus aussi. L'air est empli de senteur de sel et de marée, elle pique un peu son nez et colle à sa peau.
Le brun se frotte distraitement le visage et jette un regard au salon par-dessus son épaule.
La maison est plongée dans le noir, comme Manila Beach. Chris n'est pas encore rentré. Il lit l'écran de son portable. Vingt-deux heures bien entamées. Il s'est endormi un instant. Le brun se demande à partir de quand il pourrait raisonnablement s'inquiéter de son absence. Bon sang, il était question d'un toit, d'échafaudage, de fuites d'eau et de tuiles à observer pendant la nuit.
Bucky se mord les joues. Chris n'a pas envoyé de message et les pages de son livre ont commencé à se gondoler légèrement sous l'effet de l'humidité. Le brun songe qu'il est temps de rentrer au chaud dans la maison pour continuer à l'attendre. Aussi patiemment que possible.
Il baille dans sa main, frotte une dernière fois son nez dans les franges du plaid quand soudain, Sandy dresse la tête. Le corps tendu en avant, les muscles frémissant, elle pointe sa fine tête intelligente en direction de le sud. Vers la route.
Bucky n'a pas le temps de l'interroger du regard, le moteur puissant de la Mercedes résonne dans la nuit. Il soupire discrètement de soulagement. Enfin.
Le ronronnement se précise alors que la voiture se rapproche. Un dernier grondement grave et mécanique puis le bruit s'éteint, juste de l'autre côté de la maison.
Sandy se relève rapidement et bat joyeusement de la queue alors qu'une portière claque. La chienne jaillit de dessous le plaid et se précipite dans la maison, ventre à terre. Ses griffes crissent sur le parquet.
Bucky se tourne paresseusement pour l'observer.
Assise dans l'entrée, Sandy gémit doucement et se tortille d'excitation devant la porte d'entrée. Son enthousiasme se transforme en furie quand les marches du perron craquent doucement et qu'une clé tourne dans la serrure. Elle couine de bonheur.
Le brun roule des yeux et se réinstalle confortablement sur le canapé, bien au chaud sous le plaid.
La porte s'ouvre, il y a un terrible crissement de sacs en plastique, un peu de chahut puis Chris rit tandis qu'il allume la lumière du salon.
— « Doucement ma fille, tu vas me faire tomber. Oui, tu m'as manqué aussi. Où est Bucky ? »
La chienne jappe et le brun l'imagine sans peine en train de tourner sur elle-même, de se jeter dans les jambes du jeune homme pour obtenir des caresses. Chris babille encore un peu alors qu'il va dans la cuisine pour déposer leur dîner sur l'îlot central.
Bucky est encore sur la terrasse mais les odeurs de légumes sautés et de viande marinée viennent agréablement chatouiller son nez. Son ventre commence à gronder avec un timbre d'enfer. Bon sang, ça a l'air vraiment délicieux et il est affamé.
Un sourire aux lèvres, il ne bouge pas quand Sandy revient vers lui, pose sa truffe humide contre sa cuisse et gratte le plaid pour le prévenir du retour de Chris. Par jeu, Bucky décide de rester immobile, comme profondément endormi. Cette malice lui plaît.
La chienne gémit plaintivement et gratte plus fort. Le brun la repousse doucement d'un geste, elle va abîmer le plaid.
Dans la maison, Chris s'active toujours. Bucky entend des froissements de vêtements, le parquet qui craque sous ses pas, une vieille chanson de crooner que le blond fredonne. La lumière allumée dans le salon projette de grandes nappes dorées sur la terrasse, entrecoupées d'ombres mouvantes. Bucky les observe sous ses paupières mi-closes. Il est sincèrement heureux d'avoir attendu.
Soudain, le bruit de ses pas se rapproche. Le brun continue à feindre le sommeil, il cache son sourire dans les plis du plaid remonté jusqu'à son menton. L'air s'est encore rafraîchi.
Sandy gémit plaintivement à côté de lui. Elle enfouie son museau dans la couverture, trouve sa main et mordille doucement le bout de ses doigts.
— « S'il te plaît Sandy, sois gentille. »
Bucky se retient d'ouvrir les yeux. Chris est déjà près de lui et il devine son ombre projeté sur lui.
— « Ne le réveille pas. Rentre dans le salon, nous allons bientôt dîner », reprend le blond à voix basse.
Bucky fait la même chose mais c'est tord toujours quelque chose dans son ventre quand il entend Chris parler avec Sandy. Le jeune homme rit doucement, le brun devine qu'il s'accroupit devant elle.
— « Tu as les babines pleines de miettes », pouffe-t-il tendrement en les essuyant parce que Bucky sait que c'est ce qu'il ferait. « Pas de poulet sauté aux cacahuètes pour toi ce soir, tu vas être malade. »
Le jeune homme se retient au dernier moment d'acquiescer. La récréation gustative de Sandy est terminée et il n'a pas réellement envie de partager son repas avec elle. Il y a un grand bruit humide suivi d'un léger cri de dégoût, la chienne a réussi à lécher le visage de Chris. Il enroule ses doigts dans le plaid. Il a tellement envie de rouvrir les yeux et de rire.
— « Sand', c'est dégoûtant », grogne le blond en se redressant. « Rentre maintenant et va te coucher dans ton panier, je vais fermer la baie vitrée. »
Sandy jappe doucement mais Bucky l'entend trottiner sur le parquet avant d'aller s'affaler dans son grand panier posé dans le salon.
Il ferme un peu plus fort les yeux quand il sent Chris se rapprocher de lui.
Les épaules crispées, il s'attend à une facétie digne de Sam, quelque chose comme lui pincer la joue ou le nez pour rire. Il se prépare. Mais le blond ramasse seulement sa bière et le paquet de Doritos vide. Il le froisse en essayant de faire le moins de bruit possible pour ne pas le réveiller et c'est mignon. Un peu inutile parce que le papier d'emballage fait un bruit d'enfer mais mignon.
Chris retourne dans la cuisine, Bucky s'autorise à papillonner un instant des paupières avant de les refermer. Il a envie de savoir jusqu'où il peut tenir le jeu. Si Chris ne pense pas comme Sam, rien ne l'empêche lui-même de faire la plaisanterie de se réveiller brusquement pour le faire bondir. C'est puéril mais c'est la fin de la journée et elle a été longue. Alors pourquoi pas.
Depuis la cuisine, il entend que son colocataire jette les emballages puis qu'il commence à vider les sacs plastiques du restaurant. Il y a des tintements de vaisselle, des tiroirs et des placards que l'on ouvre et que l'on ferme. Chris est probablement en train de mettre la table autour de l'îlot central. Cela devient finalement un jeu assez distrayant d'imaginer les actions du blond seulement à l'ouïe. Il connaît très bien sa maison et les bruits qu'elle peut faire, il connaît aussi très bien Chris mais il a quand même des doutes. Parfois. Le blond recommence à fredonner discrètement, cette fois c'est un titre à la mode. Il a dû écouter KMUD sur le chemin du retour pour meubler le silence dans la Mercedes et la route un peu solitaire.
— « Bucky ? »
Chris est à nouveau à côté de lui. Il se penche. Le blond est suffisamment près pour que Bucky puisse sentir son parfum qui envahit son nez et la tiédeur agréable de son genou qui heurte maladroitement le sien dans la manœuvre. Le jeune homme touche doucement son épaule et la secoue.
— « Bucky ? Réveille-toi », murmure-t-il.
Bucky ne cille pas. Il frissonne légèrement quand il sent Chris se pencher encore un peu plus vers lui. Une pression dans son dos lui indique qu'il s'est appuyé contre le dossier de la banquette et la manche de son polo frôle sa joue. Il est encore plus près.
— « Il fait froid, tu devrais rentrer. »
La chaleur de Chris irradie agréablement contre lui. L'odeur de son déodorant est étourdissant, c'est comme si Bucky avait le nez plongé dans son torse, tout contre sa peau. Son souffle lent effleure délicatement son front. Le mouvement de sa cage thoracique fait imperceptiblement bouger son bras qui frotte un peu plus contre son visage.
Le dossier de la banquette craque doucement dans son dos. Chris s'y appuie de plus en plus et Bucky sent qu'il se penche vers lui. Il manque de sursauter quand soudain le blond paraît si près de lui qu'il se demande si son nez ne va pas toucher son torse. Ou si, le pensant endormi, son ami ne va pas le prendre dans ses bras pour le ramener dans le salon. … Non. Ce serait ridicule. Bucky n'a plus cinq ans.
Il est sans doute temps de mettre fin au jeu.
Les sourcils légèrement froncés, le brun ménage son effet mais sa respiration se bloque dans sa gorge. Une main vient d'effleurer son front. C'est si léger qu'il pense avoir rêvé. Mais Chris recommence. Ses doigts se posent à peine sur sa peau avant de dégager les mèches sombres qui couvre son visage. Ils s'y perdent un instant et restent juste là, le brun sent leur légère pression sur son crâne. Merde.
— « Bucky… ? »
L'appel de Chris est un petit souffle discret, un murmure presque délicat. Personne ne pourrait être réveillé par une voix aussi basse. C'est presque intime.
Bucky frissonne légèrement.
La main de son ami est pourtant brûlante sur lui. Elle caresse sa tempe, court le long de la ligne de sa mâchoire, effleure la naissance de son cou.
Bordel.
Le brun doit vraiment tout arrêter avant que ça ne devienne trop étrange, avant que Chris ne fasse définitivement quelque chose de stupide comme Sam et lui criant « Surprise ! » Mais son ami continue. Sa respiration est toujours lente, tranquille. Tout comme le chemin de son doigt sur sa peau. Puis c'est son pouce qui se rapproche de ses lèvres, qui retrace à peine l'ourlet de sa lèvre inférieure.
Bucky ne peut pas s'en empêcher, il entrouvre légèrement la bouche. Il exhale un souffle un peu tremblant. Incrédule. Qu'est-il est train de se passer au juste ?
Le dossier de la banquette craque plus fort. Le brun sent que Chris le recouvre de son corps. Son genou heurte un peu plus fort le sien. Il semble se mouler dans ses creux et ses reliefs. Une fusion. Puis sa cuisse qui…
Oh Seigneur.
Bucky a l'impression de voir ses points blancs derrière ses paupières fermées.
Pas de hasard. Pas d'hésitation.
Chris le touche.
Vraiment.
Il caresse son visage avec une douceur infinie, il retrace le modelé de ses lèvres. Comment Bucky est-il sensé être raisonnable quand, un peu stupidement, il a l'impression que le blond fait quelque chose de presque indécent à sa bouche ? Comme une étreinte brûlante ?
Merde. Merde !
La respiration de son colocataire a un raté, c'est infime mais Bucky le ressent presque dans sa chair. Son pouce presse doucement la pulpe de ses lèvres comme pour en sentir la matérialité. C'est vraiment le moment de tout arrêter. Attraper son doigt dans sa bouche, le couvrir de salive avant de rire aux éclats à la bonne plaisanterie. Sauf qu'il n'est pas certain de l'expression qui ornerait le visage de son ami. Bucky a chaud. Ses mains le démangent de sortir du plaid pour s'enrouler autour des poignets de Chris. Fort. Pour l'attirer ou le repousser ? Il ne sait pas.
Le sang bat à ses tempes, il sent les pulsations de son cœur résonner dans sa boîte crânienne.
— « Bucky… »
Cette fois, ce n'est plus un appel, justement son prénom prononcé avec un petit quelque chose qui le rend incroyablement précieux.
Il peut encore le faire.
Se redresser brusquement, faire tomber maladroitement Chris contre lui et l'enlacer en riant toujours aux éclats parce que la plaisanterie est bonne.
Puis soudain, le blond s'éloigne lentement de lui. Bucky a l'impression de respirer un peu mieux mais c'est toujours le bordel dans sa tête. Son ventre gronde bruyamment et le bruit semble se répercuter dans toute la maison silencieuse.
D'accord. Aller, c'est vraiment la fin maintenant.
Le jeune homme bouge imperceptiblement sous le plaid, il se prépare à ouvrir les yeux et s'étirer en saluant Chris d'un sourire endormi. Est-ce qu'il saura faire ça, un sourire endormi ? Il trouvera comment faire semblant encore un peu. Et non, il n'aura rien perçu de ce moment très étrange qui vient de se passer.
Mais Chris est à nouveau contre lui. Sa respiration chaude effleure son visage mais pas comme avant.
Bucky expire distraitement, son souffle est avalé parce qu'il y a une bouche pressée contre la sienne.
Chris l'embrasse.
Oh. Oh.
Un frisson violent descend le long de son dos, vrille quelque chose dans ses reins. Dans son aine. Il serre distraitement les cuisses. Il hoquette maladroitement.
Les lèvres de son ami sont douces, elles sont une caresse timide mais incandescente sur les siennes. L'angle n'est pas très bon, contraint par leur position respective, l'inclinaison pourrait être meilleure et l'emboîtement de leurs bouches plus parfait. Ça pourrait être le cas mais Bucky a déjà l'impression d'être en train de brûler.
La chose qu'il garde bien serrer dans son cœur, tous ces sentiments pour Chris, explose soudain et s'enflamme comme une super nova dans sa poitrine. Ça enfle, ça dévore, ça ressemble à un nouveau Big Bang parce que, merde, l'homme dont il est éperdument amoureux est en train de l'embrasser.
C'est très chaste et ça ne dure qu'une seconde mais le goût est indescriptible.
Le blond s'éloigne. Même si c'est mal, ça a un goût de trop peu. Bucky papillonne des paupières, il ne parvient plus physiquement à faire semblant. Il y a trop d'informations à enregistrer, trop de tout.
Il entrouvre les yeux mais Chris l'embrasse une nouvelle fois, un peu plus fort. Un peu plus longtemps.
— « Bucky… »
Le brun inspire brusquement. Son ami se retire rapidement. Il cligne des yeux, l'air profondément perdu. Bucky le voit car il s'est réveillé.
Les deux hommes s'observent un instant en silence.
Le brun ne peut s'empêcher de se lécher légèrement les lèvres. Il a la gorge sèche, la bouche comme engourdie alors qu'un volcan crache de la lave en fusion dans son ventre. Les prunelles bleues de Chris s'assombrissent brièvement avant qu'il ne fasse brusquement un pas en arrière. La lumière n'est pas allumée sur la terrasse, il n'y a que celle du salon qui sort à flot par la baie vitrée.
Suffisante pour voir son ami se décomposer, le visage blême et les yeux légèrement écarquillés.
— « … Je suis rentré », souffle-t-il d'un air un peu stupide. « Et j'ai ramené le dîner. »
Chris passe une main fébrile dans ses cheveux. Bucky le voit crisper presque douloureusement les doigts dans les mèches un peu longues avant de se mettre à gratter furieusement la cicatrice sur sa tempe. Le brun sent sa gorge se serrer. Son ami a l'air véritablement bouleversé.
— « J'ai mis la table dans la cuisine », ajoute le blond d'une voix hachée. « Si tu as faim, tu peux venir. »
Le souffle court, il serre légèrement les poings. Bucky n'a pas le temps d'ajouter quoi que ce soit, Chris s'est déjà engouffré dans le salon sans un regard derrière lui.
Resté seul sur la terrasse, le brun jure entre ses dents. La ligne crispée des épaules de Chris, les plis soucieux sur son front restent gravés dans son esprit. Le tintement de la vaisselle dans la cuisine devient frénétique.
Il se mord douloureusement les joues. Il a été tellement stupide. Il a reproché à son ami d'avoir joué avec lui dans la salle de bain mais il n'a pas fait autre chose à cet instant. Excepté que Chris a été plus courageux et qu'il l'a embrassé. Bucky effleure ses lèvres. Il l'a embrassé. Merde.
Le cœur gros, les membres gourds, il s'étire maladroitement et plie le plaid. Il entre à son tour dans la maison. Quand il dépose la couverture sur le canapé, Sandy relève la tête avec intérêt et le jeune homme la caresse distraitement entre les oreilles. La chienne le regarde de son beau regard velouté et Bucky soupire, un sourire tordu aux lèvres. Le jeune homme se redresse, il esquisse un geste pour fermer la baie vitrée. L'humidité fraîche et poisseuse entre désagréablement dans la pièce.
— « Laisse-la entrouverte. S'il te plaît », lui demande Chris.
Le blond lui tourne le dos, l'air très affairé en cuisine. Bucky s'exécute, le cœur serré. Il ne la pousse qu'à moitié pour laisser une ouverture. L'illusion d'une échappatoire depuis la cuisine pour fuir si les choses se détérioraient.
Le brun rejoint lentement Chris, traînant des pieds sur le parquet.
Et maintenant ?
La table est mise, les plats du restaurant déjà déballés. Il tire doucement un des tabourets pour s'asseoir. Les pieds raclent bruyamment sur le sol et la tension soudain dans les épaules de Chris fait ressembler ses trapèzes à des élastiques prêts à rompre. Le jeune homme prend une bouchée de beignet à la crevette mais il remarque à peine le goût délicieux sur sa langue. Bucky ne quitte pas du regard la nuque de son ami qui garde la tête soigneusement penchée sur ce qu'il est en train de faire. Peu importe ce dont il s'agit.
— « Tu as l'air d'avoir acheté tous les plats de la carte du restaurant », dit-il doucement en contemplant leur table abondamment servie.
— « J'ai pris ce qui restait, la cuisine allait fermer. Il n'y avait plus ce que tu commandes d'habitude, j'ai hésité alors j'ai pris de tout. »
Bucky se mord les joues. Le ton du blond est un peu sec mais surtout si empli de malaise qu'il en est presque palpable. Il passe une main dans sa nuque.
— « … Merci. J'aime aussi beaucoup leurs beignets et les rouleaux de printemps. Tu as bien choisi. »
Le jeune homme tente d'être un peu badin, de ne pas donner l'impression que ce baiser est un drame national mais il n'y parvient pas. Chris se contente de hausser légèrement les épaules. Et surtout de ne pas le regarder. Presque de l'ignorer et ça, ça fait mal.
Il repose son beignet entamé, un peu moins affamé.
Il a l'impression d'être revenu deux semaines en arrière quand il boudait contre sa frustration et sa maladresse. Que Chris marchait sur des œufs pour ne pas lui déplaire et pouvoir continuer à parler avec lui.
À cet instant, cela semble la dernière chose dont son ami a envie.
Il est tellement tendu que Bucky ne sait même pas comment continuer la conversation. Tous les sujets semblent être devenus explosifs et il ne veut pas le faire exploser. … Parler de ce baiser serait donc sans doute la pire des idées même s'il en meurt d'envie tant les questions se bousculent dans sa tête. Bon sang, il en a légitimement le droit ! Chris l'a embrassé pour l'amour de Dieu ! Et dans son sommeil ! Il préfère éluder le fait que c'était sur la terrasse, la nuit, avec le bruit des vagues et la lune en arrière-plan, il a déjà l'impression d'entendre Sam éclater de rire.
Bucky fixe la nuque de son ami et pianote nerveusement des doigts à côté de son assiette. Un baiser volé. Peut-être qu'il lui en veut un peu aussi car, si Bucky dormait vraiment, il n'en aurait rien su alors que cette idée hante ses nuits.
Il a souvent rêvé de Chris et lui faisant l'amour ces derniers temps, comme si parler à ses amis de ses sentiments avait fait céder quelque chose en lui. Se réveiller seul dans sa chambre, le sexe à moitié dur et le matelas froid à côté de lui, est devenu un peu douloureux.
Ça fait mal aussi de voir le blond aussi mal à l'aise au point d'avoir l'air de vouloir le fuir.
La maison est devenue la leur, ils vivent ensemble.
Bucky a l'impression d'être dans une colocation qui foire après avoir merveilleusement bien fonctionné. Le brun termine sans envie le beignet et se lèche les doigts. Il a voulu jouer. Il a perdu. C'est aussi simple que cela.
Un bruit de verre brisé le fait sortir de ses pensées moroses et il relève la tête. Chris lui tourne toujours le dos mais le jeune homme voit les débris d'un verre à côté de lui sur le plan de travail, les arêtes tranchantes tachées d'un peu de sang. Merde.
Bucky s'empresse de contourner l'îlot central pour le rejoindre.
— « J'ai cassé un verre. Je suis désolé », dit-il un peu stupidement.
Chris évite toujours son regard, le brun n'y prête pas attention. Le jeune homme tient sa main gauche au-dessus de l'évier pour ne pas salir autour de lui. Le sang goutte doucement depuis sa paume et le long de ses doigts. Bucky a un peu la nausée. Il trouve que la plaie saigne beaucoup. Il ouvre un tiroir et prend un torchon propre.
— « Ne te préoccupe pas de ça, tu t'es coupé », dit-il en prenant sa main abîmée dans la sienne.
Il l'enveloppe soigneusement dans le linge mais Chris lutte un peu pour se dégager.
— « Ce n'est rien. »
— « Tu saignes vraiment alors c'est important », grogne Bucky en resserrant imperceptiblement le torchon sur la plaie. « Ne bouge pas ou tu vas te salir. Ce serait dommage, c'est ta chemise préférée. »
Il tente un sourire malicieux mais il sait que ça ressemble à une grimace franchement tordue. Chris lui répond, ce n'est pas beaucoup plus beau.
Le brun tamponne avec soin la coupure, observe les bords en se demandant si des points de suture sont nécessaires. Il n'est pas médecin et il envisage sérieusement d'appeler Sam pour s'en assurer. Devant lui, Chris garde les yeux soigneusement levés vers le plafond pour ne pas voir le sang. Bucky sourit affectueusement.
— « Est-ce que tu veux t'asseoir ? », lui propose-t-il gentiment.
— « Ce n'est qu'une petite coupure, je ne vais pas m'évanouir. Tu es un peu vexant », maugrée le blond en lui jetant un rapide regard en coin.
Bucky ricane. Il se penche un peu plus sur la main de son ami. Le torchon est taché de sang mais le saignement ne semble pas s'aggraver. Il hoche la tête, un peu rassuré. Le silence dans le salon est lourd et épais, à couper au couteau. Le brun fronce les sourcils. Un problème urgent à la fois.
— « La plaie n'a pas l'air très profonde, je ne pense pas que tu aies besoin de points de suture. Tu veux que je demande l'avis de Sam pour être sûr ? » Chris secoue la tête. « Je vais aller chercher ce qu'il faut dans la pharmacie pour nettoyer et faire une compresse. »
Le blond hoche mollement la tête. Bucky se penche à nouveau sur la plaie, effleure le pourtour et Chris siffle d'inconfort.
— « Excuse-moi, c'était pour vérifier s'il y avait des morceaux de verre à l'intérieur. »
— « Ce n'est pas grave », marmotte le blond en gardant les yeux fixés sur le plafond. « … Comment fais-tu pour regarder ça avec autant d'attention? Ça saigne beaucoup… »
Chris esquisse une vraie grimace de dégoût. Bucky referme soigneusement les pans du torchon sur sa main et les attache par un nœud lâche.
— « Je le fais parce que tu t'es blessé et que je m'inquiète. Et tu serais surpris du nombre de fois où Sandy s'est fait mordre ou pincée par une bête sur la plage », lui répond-il. « Tu vois la petite cicatrice qu'elle a à côté de la truffe ? C'est un crabe qui l'a attrapé quand elle avait quatre mois. Sam m'a appris comment soigner les petites plaies du quotidien et crois-moi, tu ne veux pas savoir le reste de ses péripéties chez le vétérinaire. Va t'asseoir sur le canapé, je reviens. »
Chris acquiesce. Tenant sa main serrée contre son torse comme s'il s'agissait d'une blessure de guerre, il gagne le salon d'un pas un peu raide.
Bucky monte les escaliers quatre à quatre jusqu'à la salle de bain. Dans la trousse à pharmacie, il récupère du désinfectant, des compresses stériles et de la bande adhésive avant de redescendre. Sandy s'est levée et renifle avec intérêt la main blessée du blond qui tente de la repousser gentiment. Le jeune homme l'attrape par son collier et la ramène d'une main ferme jusqu'à son panier où elle se recouche et leur tourne le dos. Bucky dépose le tout sur la table basse.
— « Redonne-moi ta main. »
— « Je peux le faire seul », proteste Chris. « C'est ma main gauche et je suis droitier. »
— « Et tu veux vraiment le faire ? » Le brun lui jette un regard lourd de sens. « Aller, laisse-moi m'en occuper. »
Son ami acquiesce avec réticence. Quand Bucky retire une nouvelle fois le torchon souillé, Chris siffle et tourne la tête sur le côté, comme pour s'enfuir. Le brun juge préférable de ne pas rire. Cela pourrait le vexer. Il étend la partie propre du linge sur ses cuisses et pose doucement la main de son ami, paume ouverte vers lui. Chris cille imperceptiblement mais il ne s'éloigne pas.
— « Ça va bien se passer », dit gentiment le brun en déchirant l'emballage d'une compresse. « Je l'ai déjà fait, tu ne sentiras rien. »
Bucky voit avec satisfaction le corps crispé de Chris se détendre un peu et sa main s'abandonner sur ses cuisses. Bien, ils vont y arriver. Le jeune homme tressaute quand même nerveusement de la jambe. Le brun enroule ses doigts autour de son poignet.
— « Arrête de t'agiter s'il te plaît ou je vais faire du mauvais travail. »
Le jeune homme s'immobilise. Bucky tend la main pour tirer un coussin à lui et le lui mettre dans le dos. D'une pression sur son épaule, il l'invite à se pencher en arrière pour s'appuyer confortablement contre. Chris obtempère mais il garde la tête tournée de l'autre côté. Bucky sait que ce n'est pas uniquement pour ne pas voir sa paume abîmée. C'est aussi pour ne pas le regarder lui et merde, ça fait mal.
Il commence à soigner sa main avec application. Le silence du salon devient à couper au couteau, franchement malaisant.
Après un long moment entrecoupé du son du spray antiseptique et des emballages des compresses, Chris soupire lourdement. Il s'avachit un peu plus contre le coussin et passe une main sur son visage.
— « Je suis désolé. … C'était vraiment maladroit de ma part », souffle-t-il.
Bucky relève rapidement les yeux de sa tâche pour l'observer. Chris gratte distraitement sa cicatrice sur sa tempe droite. Ça n'a rien à voir avec ce verre. Le brun déglutit.
— « À propos de quoi es-tu en train de t'excuser exactement ? », lui demande-t-il doucement.
— « …Pour le torchon et le verre. Tu l'aimais beaucoup. »
Oh le menteur. Il se retient de dire que ce n'est qu'un verre et qu'un morceau de tissu, l'ensemble acheté pour moins de trois dollars chez WinCo. Le brun repousse une mèche sur son crâne d'un revers de main.
— « Dieu soit loué, les allées du WinCo regorgent de l'un et de l'autre. Ne te préoccupe pas de ça, nous pourrons en racheter la prochaine fois que nous allons faire des courses à Eureka. »
Chris ne réagit pas. Il ne le regarde pas non plus.
Bucky retourne à sa tâche, le cœur un peu gros.
Le blond n'est pas courageux, lui non plus mais bon sang, cette chose qui plane entre eux lui donne l'impression d'étouffer. Le jeune homme dépose devant lui une autre compresse souillée de sang avant de laisser la plaie à l'air libre pour faire sécher l'antiseptique. Il garde les yeux rivés sur la main de Chris et le jeune homme voit que son ami a plus qu'envie de la retirer de ses cuisses. Quand il esquisse un geste en ce sens, Bucky serre fort son poignet.
— « Je n'ai pas encore fini Chris. Ne t'enfuis pas. »
Lui aussi peut parler par métaphore. Il la maîtrise plutôt bien même.
Les deux hommes restent assis l'un à côté de l'autre, silencieux et un peu gênés. C'est vraiment désagréable.
— « … Je suis désolé pour ce que j'ai fait », reprend pudiquement le blond.
— « Est-ce que tu parles toujours du verre ? »
— « Tu sais bien que non. »
Bucky tâte doucement la plaie pour vérifier qu'elle est sèche et Chris siffle de douleur. Il fait un geste brusque pour s'éloigner mais le brun le retient fermement, une main sur son coude.
— « Reste là », répète-t-il d'une voix grave.
Chris frotte frénétiquement sa cicatrice. Bucky regrette de n'avoir que deux mains pour le faire cesser. Son ami semble tellement mal à l'aise, tellement troublé que sans cette blessure, il serait prêt à le laisser se réfugier dans sa chambre. Il ne pourrait pas le juger s'il préfère choisir la fuite. La situation est tellement inconfortable.
Le brun caresse distraitement sa peau de son pouce, une tentative de l'apaiser. Il sent presque la tension irradier du corps de Chris.
— « Bucky… S'il te plaît… », chuchote son ami.
Ça ressemble à une supplique, quelque chose comme « S'il te plaît, arrête » ou « S'il te plaît, laisse-moi partir. » Oui, avec un mot de politesse parce que Chris est un homme adorablement poli.
Bucky fronce les sourcils.
— « Je n'arrêterai pas si ça signifie que tu t'enfuies. Tu n'as pas à fuir Chris, tu n'as rien fait de mal. »
— « Mais j'ai – »
— « Tu n'as rien fait de mal. Ce n'est qu'un verre cassé et un torchon en coton irrécupérable. »
Le blond se raidit. Pour la première fois depuis qu'ils se sont assis sur le canapé, il tourne la tête vers lui et Bucky trouve que c'est une victoire même si elle a un goût un peu amer.
— « Tu fais celui qui ne comprend pas », grogne Chris d'un air sombre.
— « Je comprends très bien mais puisque tu sembles ne pas avoir du tout envie d'en parler, je ne vais pas te forcer. »
Le blond soupire d'agacement et ébouriffe ses cheveux d'un geste fébrile. Il se mordille les lèvres et Bucky louche inconsciemment sur sa bouche. Celle qui l'a embrassé un peu plus tôt.
Le silence, inconfortable et poisseux, envahit à nouveau le salon.
Chris donne l'impression de vouloir disparaître dans le canapé, comme s'il était possible de se fondre avec lui s'il se recroquevillait de la bonne manière.
Le brun commence à avoir mal au dos à force de se pencher sur la main de son ami. Il se tortille légèrement pour attraper un coussin et le mettre dans son dos. Son mouvement fait trembler l'assise et renverse le désinfectant qu'il avait posé à côté de lui. Bucky jure et s'empresse d'éloigner la bouteille. La couverture du magazine qu'il a utilisé comme plateau est trempée de produit et l'encre commence à délaver. Chris jette un regard en coin vers lui.
— « Je ne l'avais pas encore lu… »
— « Ce n'est que la couverture, les pages sont à peine gondolées », proteste le brun en l'agitant devant lui pour tenter de le faire sécher. « Tu pourras toujours le feuilleter quand tu en auras assez de Anna Karénine. À quel chapitre es-tu ? »
Le blond le regarde d'un air un peu interdit. Il se renfonce contre le dossier du canapé, plus petit que jamais. Bucky se demande ce qu'il a encore fait de mal.
— « … Alors tu ne veux vraiment pas en parler ? », souffle Chris. « … Je comprendrais que tu préfères faire comme si rien n'était arrivé. On peut faire ça et tout recommencer comme avant. »
Le jeune homme se retient de soupirer à son tour. Son ami souffle le chaud et le froid, fait un pas en avant pour deux en arrière et c'est un peu difficile à suivre.
Bucky se penche à nouveau sur sa main pour vérifier que la peau est bien sèche.
— « Je veux ce qui ne te fera pas me fuir Chris. J'aimerais juste que tu arrêtes de regarder en direction de ta chambre avec l'intention évidente de t'y réfugier. C'est toi qui donnes l'impression de ne pas vouloir en discuter », répond-il.
Que de figures de style compliquées pour désigner leur malaise à tous les deux.
Bucky ouvre une nouvelle compresse stérile et la pose sur la plaie. Il enroule ensuite autour de sa main une bande de gaze pour tenir l'ensemble. Assez serrée pour protéger la peau abîmée mais pas trop non plus pour qu'elle puisse respirer et cicatriser correctement. Le brun a bien appris ses leçons. Chris se crispe légèrement à chaque fois qu'il effleure sa blessure.
— « Je te l'ai dit, tu n'as rien fait de mal », répète Bucky.
Jamais. Dieu qu'il a aimé ce baiser. Les lèvres du blond étaient parfaites contre les siennes et il le désire depuis si longtemps.
Il jette un regard à Chris. Le jeune homme a les sourcils froncés, sa jambe tressaute nerveusement mais ses épaules sont basses. Il semble écrasé par la culpabilité et le doute. Bucky hausse un sourcil. La situation est sans doute inattendue mais ils sont deux hommes adultes, ils peuvent surmonter ça. Il ne s'agit que d'un baiser bouche contre bouche, à peine humide et sans langue. Le brun embrassait comme ça quand il avait douze ou treize ans. Il en a vingt de plus à présent.
— « Tu as tort », reprend finalement Chris d'un ton un peu amer. « Je me suis mal conduit avec toi, je n'aurais pas dû faire ça. Tu étais endormi et tu ne pouvais pas me repousser. Dans certains États, c'est considéré comme une agression sexuelle. »
Bucky écarquille les yeux de surprise. Stupéfait, il en arrête même de déplier le rouleau de gaze et ce qu'il a déjà fait se détend un peu. Il cligne des yeux.
— « Chris, s'il te plaît, ne commence pas à te rendre malade en pensant à un truc pareil. Ce n'était qu'un baiser. »
— « … Ouais, qu'un baiser. » Le blond esquisse une grimace en guise de sourire et c'est vraiment moche. « Je ne voulais pas… ça. »
— « … Tu ne voulais pas… »
Bucky sent sa poitrine se serrer un peu. S'il ne voulait pas, alors pourquoi l'avoir fait ? Pour voir ? Pour tester ? Le brun a une vision fugace de Chris dans la salle de bain, abandonné et les yeux mi-clos fixés sur lui. Il peine à croire à une cruauté de sa part mais…
Le jeune homme soupire doucement. Tout est tellement en bordel.
— « Je ne voulais pas que ça se passe comme ça », grince Chris en passant une main fébrile sur sa nuque. « J'avais envie que ça arrive mais pas… J'en avais tellement envie bordel. Bucky, tu es… Juste tout, tu sais. »
Il hoche lentement la tête. Pas vraiment en réalité. Les propos de son ami sont un peu confus, un peu décousus mais Chris a tourné la tête vers lui pour le regarder. Il y a comme une lueur de défi dans ses yeux et Bucky ne comprend pas. Ce n'est pas un affrontement, il n'a jamais été question de ça entre eux.
— « Tu es juste tout », répète lentement le blond.
Bucky est certain de le voir rougir un peu. Sur les oreilles et dans le cou. Il est moins certain pour les joues parce que Chris a encore sa barbe de trois jours sexy. Il déglutit. La bande de gaze est à présent complètement dénouée autour de la main de son ami, il entreprend de la bander à nouveau avec soin. Le regard du blond lui brûle le front.
— « … Ça ne me donnait pas le droit de prendre ce que je… voulais. Tu m'as accueilli chez toi et tu es mon ami, j'aurai dû respecter – »
— « On n'embrasse pas un ami sur la bouche Chris. Ou quand on a bu, ou pour plaisanter. »
Les mots écorchent sa langue. Le blond se crispe brusquement. Il frotte plus fort sa cicatrice.
— « Jamais je n'aurai fait ça pour rire de toi ou… ou moquer. Je… Tu… », ahane un peu son ami.
Bucky lève les yeux sur lui. Chris est pâle, le teint cireux. Son front est barré d'un pli soucieux et le brun reconnaît les symptômes. Il termine rapidement de bander la main du blond et attache la gaze avec une agrafe métallique. Chris respire fort contre lui.
— « Migraine ? », demande-t-il doucement.
Le jeune homme hoche imperceptiblement la tête, les dents serrées. C'est le stress et la crise s'annonce douloureuse. Bucky hésite à peine une seconde. Il se lève du canapé et Chris s'accroche presque désespérément à sa main pour le retenir. Le brun sourit doucement. Son ami plisse déjà les yeux à cause de la douleur. Il appuie gentiment sur son épaule.
— « Allonge-toi, je vais chercher la poche de froid. » Ses doigts se resserrent sur le bas de son polo. « Je reviens Chris, je ne pars pas. »
Son ami opine douloureusement. Il s'étend à moitié sur le canapé.
Quand Bucky revient, il prend ses jambes pour l'obliger à s'allonger correctement et tant pis si Chris porte encore ses chaussures. Il enroule la poche dans un torchon et la pose sur le haut de son visage. Le brun s'assoit à côté de lui sur le parquet. Chris se rend littéralement malade à cause de cette histoire. Si ce baiser le met dans un tel état de nerf, alors le brun doit être raisonnable et dire ce qu'il faut pour l'apaiser et le rassurer. Tant pis s'il souffre de son côté. Il s'avance un peu, pose une main sur son trapèze et appuie avec soin sur le point d'acupression qu'il a découvert sur internet. Chris soupire lourdement mais ça a l'air un peu moins douloureux.
— « Je suis tellement désolé… », chuchote le blond. « Je peux partir si tu veux. Il y a des appartements meublés à louer en centre-ville, je peux aller m'y installer. »
— « Ne parle pas de ça Chris, je ne veux pas que tu t'en ailles de la maison. Tu n'as pas à le faire », dit Bucky en continuant à presser doucement le point. « C'est ce que tu veux ? »
— « Non. Seigneur, non… »
— « Alors le sujet est clôt. »
La voix du blond suinte presque de tristesse, Bucky ne peut pas lui laisser croire que c'est un problème. Bon sang, si Chris quittait Manila, il n'en dormirait plus.
— « Ça va Chris », chuchote-t-il en appuyant son visage sur le canapé, juste à côté de lui. « Tu es quel smiley sur l'échelle de la douleur ? »
— « Ce truc est ridicule », marmotte son ami en secouant imperceptiblement la tête mais Bucky lui tire l'oreille en représailles. « … Jaune, je suis le smiley jaune. »
Bucky hoche la tête. Bien, ça pourrait donc être bien pire. Il sait que Chris lui a dit la vérité, c'est le pacte noué entre eux concernant sa santé. C'est ironique parce que son ami semble lui avoir caché beaucoup de choses sur beaucoup d'autres sujets entre temps et il n'a rien vu.
Le brun continue à travailler le point d'acupression.
— « Tu es tellement stressé », remarque-t-il et Chris exhale un rire un peu étranglé. « Tu sais que tu n'as rien à craindre, n'est-ce pas ? Ce n'est que moi. »
— « … C'est parce que c'est toi Bucky… », souffle le blond. « Je ne veux pas partir parce que ça voudrait dire être séparé de toi et je ne veux pas. Je t'ai embrassé parce que j'en avais tellement envie… »
Le brun hausse un sourcil. La vue cachée par le torchon, comme un peu protégé, son ami semble avoir moins de difficulté à se confier. Merde, il en avait envie. Envie de lui. Et un homme n'embrasse pas un autre homme s'il n'en a pas vraiment envie.
Bucky inspire doucement.
— « … Tu veux encore le faire ? »
— « Bucky… », proteste Chris d'un air gêné.
Non, pas question de céder. Si son ami peut se confesser plus facilement maintenant alors il ne fera pas marche arrière. Plus de pas de deux. Il veut savoir. Il en a besoin.
— « Tu veux encore m'embrasser ? », répète Bucky.
Chris hésite avant d'acquiescer timidement. Le brun a l'impression d'entendre le sang battre à ses tempes, son cœur s'affole. Il déglutit, continue à travailler le point d'acupression pour soulager la douleur. Progressivement, il sent le corps de son ami se détendre et sa mâchoire se desserrer. Un peu. Chris a légèrement tourné la tête vers lui, son menton frôle sa main à chaque fois que Bucky fait un mouvement sur son trapèze. Son souffle chaud effleure sa peau, il a l'air moins pétrifié.
Le brun se redresse lentement sur les genoux. Il pose une main sur le canapé pour se soutenir, ses doigts glissent du muscle jusqu'à la nuque de son ami. Il se penche doucement en avant. Effleure ses lèvres des siennes.
Chris a un petit hoquet adorable contre sa bouche.
Il gigote sur le canapé mais ce n'est pas pour fuir.
Sa main tâtonne un instant dans le vide avant de trouver sa nuque. Il enroule ses doigts dans les mèches sombres et presse doucement pour lui demander de continuer. Plus longtemps, plus fort. Pas d'erreur possible cette fois.
Bucky ferme fort les yeux. C'est aussi chaste que la première fois mais c'est tellement bon. Tellement meilleurs quand c'est partagé. Il se retire lentement et enfouie son visage dans le cou de Chris, le cœur battant. C'était chaste mais ça lui fait comme tourner la tête de bonheur.
— « On n'embrasse pas un ami comme ça », chuchote Chris à son oreille.
Ses doigts jouent encore avec ses cheveux, doux et délicats. Il étouffe un rire contre lui, frotte son nez contre son cou.
— « Je sais. »
— « Mais tu le fais quand même. »
— « Comme toi. » Bucky se mord les joues. « On n'embrasse pas un ami comme ça et je suis d'accord avec ça Chris. Ça me convient. »
Le blond se redresse lentement sur les coudes. Il retire la poche de front de son visage, cligne adorablement des yeux en voyant à nouveau la lumière du salon. Bucky s'assoit sur la table basse, un sourire doux aux lèvres. Les prunelles de Chris sont encore un peu voilées par la douleur mais ce qu'il y lit rend ses jambes un peu faibles. C'était chaste et il a pourtant l'impression de planer à dix mille mètres du sol.
— « Ce n'est pas pour avoir du sexe Bucky », s'empresse de dire Chris.
Le brun éclate de rire. Il recoiffe tendrement un sourcil un peu ébouriffé et le lisse de son pouce.
— « Ça me convient », répète-t-il.
— « … Alors tu le veux vraiment ? »
Chris bascule ses jambes hors du canapé pour s'asseoir en face de lui. Leurs genoux se heurtent doucement, Bucky sait qu'il sourit comme un idiot. Son ami gratte doucement la toile de son jean d'un ongle.
— « Tu n'as pas à te sentir obligé de faire quoi que ce soit. »
— « Tu commences à devenir insultant », grogne Bucky en lui pinçant le genou. « Je ne me force à rien, je veux vraiment de toi Chris. … Tu es devenu beaucoup de choses pour moi tu sais. »
Chris lui sourit d'un air un peu timide. Il hésite un peu avant de tendre la main pour prendre la sienne. Le brun la lui abandonne bien volontiers et les deux hommes restent ainsi, genoux et mains emmêlées, pendant un instant. En silence mais il est très différent de celui qui les étouffait jusqu'à présent.
— « C'est moi qui devrais me sentir un peu incertain à propos de tout ça », reprend finalement Bucky. « Tu habites avec moi depuis un peu plus de trois mois et tu es – »
— « Si tu sous-entends que je peux me tromper sur ma propre orientation sexuelle à cause de mon amnésie, je peux t'assurer que tu te trompes », le coupe Chris en serrant ses doigts sur les siens. « J'y pense depuis… un moment déjà. Je sais que je ne me trompe pas, Sam m'a dit la même chose. »
— « Tu en as parlé à Sam ? », croasse-t-il.
Bucky blêmit un peu. Son meilleur ami ne laissera jamais ça passer. Il l'entend déjà roucouler malicieusement à son oreille. Il est même surprenant qu'il ne lui ait rien dit jusqu'à présent, ce serait-ce que par allusion.
Le blond se mord les joues d'un air gêné.
— « J'en ai discuté un peu avec lui quand Sam ne faisait pas le poirier dans le jacuzzi de son jardin pendant notre soirée barbecue. Mais c'est resté un peu vague, je ne voulais pas t'embarrasser »
Le jeune homme a envie de l'embrasser devant tant d'adorable naïveté. Comme si Sam n'avait pas déjà tout compris. Ils sont été tellement idiots. Il glisse vers le bord de la table basse pour se rapprocher de Chris. Le blond fait la même chose, leurs genoux s'emmêlent plus que jamais.
— « … Je pensais que tu allais m'embrasser dans la salle de bain ce jour-là et j'en avais tellement envie Bucky. J'ai fait… quelque chose de stupide pour essayer de te faire comprendre que j'étais d'accord. »
C'était donc ça. Une invitation. Pas une plaisanterie ou un test. Bucky se mord les joues. Merde.
— « On était deux dans la salle de bain », lui rappelle-t-il sans méchanceté.
— « Je n'ai pas osé. Bon sang, je t'ai embrassé en pensant que tu étais endormi », grogne le blond en rougissant légèrement.
Le jeune homme rit doucement. Annoncé comme ça, c'est très mignon. Il serre ses doigts sur ceux de Chris.
— « Donc ce n'est pas une manière de tester quelque chose ? D'expérimenter ? »
— « Pas du tout ! », proteste véhément Chris. « Tu ne te souviens pas ? Je t'ai dit que tu étais tout. »
Bucky opine doucement. C'est vrai. Un peu embrouillé mais vrai.
— « Tu ne peux pas savoir combien ça me rend heureux parce que ça fait aussi un moment que j'en ai envie. Bordel, j'en ai tellement envie. » Le brun rit d'une voix un peu hachée. « Mais tu ne connais presque que cette maison et ton travail, c'est peu pour savoir réellement ce qu'il en est. »
— « Tu es obstiné », râle Chris en levant les yeux au plafond.
Bucky glousse doucement pour ne pas faire un truc plus stupide encore. L'assurance, la confiance dans la voix de son ami, le bouleverse un peu. Maintenant qu'ils ont parlé, tout serait si facile ? Il sourit doucement. Ça pourrait mais il a promis.
— « Je dois être raisonnable Chris. Changer les choses entre nous, ce n'est pas uniquement commencer à nous embrasser. C'est tout bouleverser. »
Dans ta vie. Dans ta vie une nouvelle fois, sous-entend-il et il sait que son ami a compris.
— « Tu as probablement raison mais ça serait bien », lui répond le blond en souriant doucement.
— « …Ça serait vraiment bien », admet Bucky.
Il rend un peu les armes. Ça serait même encore mieux que tellement bien. Tellement bon, tellement heureux. Tellement tout. Et ce serait facile parce que depuis le début, c'est comme ça entre eux.
Le brun se mord les joues.
… Tout bouleverser et prendre le risque de perdre bien plus si jamais son ami récupère un jour ce qu'il a perdu.
Bucky crispe inconsciemment sa main sur la sienne. Cette idée serre déjà douloureusement sa gorge. Chris se glisse un peu plus près de lui. S'il continue, son genou va effleurer son entrejambe. Le brun a envie de rire d'un air très hystérique.
— « Mon neurologue n'est pas très optimiste concernant mes souvenirs tu sais. Et je sais que certains patients ne retrouvent jamais la mémoire », dit-il doucement.
— « … Je ne devrais pas être aussi absurdement rassuré par ce que tu viens de dire. »
Bucky grimace et passe une main lourde dans sa nuque. Chris rit doucement. Si facile, bon sang.
— « Même si ça arrivait, je ne t'oublierai pas Bucky. Mes souvenirs passés et présents cohabiteront sans s'altérer, les médecins de Providence me l'ont assuré », reprend le blond avant d'inspirer doucement. « … Je n'oublierai jamais que je suis tombé amoureux de toi. »
Oh. Ah. Uh. Concert d'onomatopées en voyelles majeures.
Le brun cligne lentement des yeux, les ferme. Recommence. Son ami le regarde, les oreilles toujours un peu rouges. Bucky a l'impression que son visage est incandescent. Il ouvre la bouche parce qu'il doit dire quelque chose mais Chris presse ses doigts autour des siens.
— « Je vois que tu réfléchis encore alors je peux t'assurer une nouvelle fois que ce que je ressens pour toi n'est pas une erreur ou une marque bizarre de reconnaissance pour tout ce que tu as fais pour moi », s'empresse-t-il d'ajouter. « C'est juste que… c'est arrivé et je… t'aime. »
Chris lui adresse un sourire un peu timide mais si charmant. Bucky déglutit. Alors, il a vraiment le droit d'avoir tout ça ? L'amitié puis l'amour de ce type incroyable ? Ses oreilles sifflent, son cœur s'agite, son ventre se tord. Il est silencieux et soudain, son ami semble un peu moins serein. Le brun claque sa langue contre son palais d'impatience, l'agrippe par la nuque et pose son front contre le sien.
— « Je t'aime aussi. » Il rit. « Je suis tellement foutrement amoureux de toi Chris. »
Le blond rit aussi contre lui tandis qu'il enroule ses doigts autour de son poignet. Ils sont sans doute un peu ridicules comme ça, à s'accrocher ainsi l'un à l'autre. Chris s'enhardit à tourner légèrement la tête pour embrasser sa pommette. Et merde, Bucky tremble.
— « Mais tu restes anxieux », comprend-il.
Le brun acquiesce lentement. Cette fois, Chris l'embrasse vraiment et il trace un chemin de baisers jusqu'à sa tempe. Sa main court de son poignet à son bras puis à son épaule. Elle l'entoure et l'attire à lui. Bucky le suit et s'assoit à côté de lui sur le canapé. Chris est partout.
— « Tu m'as appris à ne plus avoir peur de moi-même ou de ce qui m'entourait, je peux faire la même chose pour toi si tu veux », sourit malicieusement le blond et Bucky lui pince les côtes. « Tu dois juste accepter de nous laisser une chance d'essayer. S'il te plaît Bucky… »
Le jeune homme hoche la tête. Comme s'il pouvait refuser ce qu'il espère de tous ses vœux depuis des semaines ? Il se sent pousser des ailes et embrasse Chris dans le cou.
— « …D'accord. Nous serons donc le couple le plus gay de Manila, habitant une maison sur la plage avec une chienne mal élevée. »
— « L'avantage d'être sans souvenir est que je suis également sans a priori », ricane le blond dans ses cheveux.
Bucky le bouscule d'un coup de coude, Chris lui répond de la même manière et les deux hommes chahutent. C'est comme avant mais beaucoup beaucoup mieux. Les regards se croisent. Le brun relève légèrement la tête et l'embrasse à nouveau. À moins que ce soit Chris qui l'ait attiré à lui, au fond peu importe. Son ami est chaud et doux contre lui, son parfum enivrant. C'est un peu moins chaste, un peu plus moelleux et sensuel.
Bucky se presse contre lui et glisse une main sur sa nuque pour le tenir plus près. La légère barbe de Chris frotte sur la peau de ses joues à chacun de leurs imperceptibles mouvements tandis qu'ils se goûtent, appréhendent le dessin de leur bouche et la meilleure manière de les fondre l'une contre l'autre. Le brun joue avec les cheveux courts qui balayent sa peau et merde, il a le droit. Il a le droit ! Ça le rend tellement heureux qu'il appuie plus, goûte plus, inspire plus. Plus, plus, plus. À un moment, il fait quelque chose qui fait frissonner Chris contre lui et la sensation se répercute jusque dans ses propres os. Merde, il le fait trembler. Il le fait désirer plus. Plus, plus, plus.
Le blond hoquette légèrement et il s'éloigne de sa bouche.
— « Bucky… », chuchote-t-il.
Le brun rouvre les yeux. Chris a l'air délicieusement perdu. Ses cheveux sont en désordre, ses yeux sont un peu flous et ses lèvres sont rouges et gonflées. Il respire fort, son torse se soulève contre le sien et son souffle est brûlant sur ses lèvres. Il est si beau que Bucky a l'impression de sentir son sexe tressauter joyeusement dans son boxer et se serait vraiment mortifiant de s'exciter aussi facilement.
Le jeune homme se penche pour recommencer à l'embrasser parce que, toute faim oubliée, il se dit qu'il n'a peut-être besoin que de lui pour vivre.
Chris esquive sa bouche au dernier moment et vient embrasser sa tempe, sa pommette.
— « … Est-ce qu'on peut, tu sais… aller un peu doucement ? », lui demande-t-il d'un air un peu gêné. « J'en ai vraiment envie mais c'est un peu nouveau pour moi… »
Bucky rit tendrement et hoche la tête. Il prend le visage de Chris en coupe, plaque un rapide baiser sur ses lèvres avant de se lever souplement.
— « Si on allait dîner maintenant ? Je suis affamée », dit-il d'une voix enjouée.
Chris sourit tandis qu'il lui emboîte le pas. La table dressée est juste à côté du canapé, pourtant leurs mains s'effleurent quand ils marchent. Le blond réchauffe les plats au micro-ondes, Bucky rapproche leurs assiettes sur l'îlot central. Les deux hommes s'assoient et leurs genoux se heurtent à nouveau. Ils ricanent d'aise, les yeux brillants.
Le brun pense qu'il mange le meilleur repas chinois de sa vie.
Il y a aussi un peu de maladresses, des sourires à la fois timides et incrédules même si tout est vrai et réel. Chris lui raconte sa visite à Lone Star Junction et Bucky l'écoute avec intérêt. Il remarque aussi que son ami a un peu de sauce à la commissure des lèvres et il tend la main pour l'essuyer naturellement de son pouce. Le blond se fige.
— « Et donc, tu me disais que la fuite vient du récupérateur d'eau, c'est ça ? », le taquine légèrement le jeune homme en léchant son doigt.
Chris hausse un sourcil et lui pince le genou avant de poursuivre. Bucky glousse. Il a l'impression d'avoir à nouveau quinze ans et c'est délicieux.
Quand ils arrivent au dessert, leurs tabourets sont plus proches que jamais et des mains s'égarent, des doigts effleurent, des baisers légers sont échangés. Le premier en appelle d'autres et bientôt, ils mangent le nougat au sésame en se bécotant le visage. Bucky découvre que Chris a un point sensible sur la mâchoire et son ami qu'il est plutôt chatouilleux dans le cou.
Quand leurs assiettes sont vides, ils continuent à discuter et jouent distraitement avec leurs doigts. Rectification. Bucky n'a jamais été comme ça quand il avait quinze ans, c'est plutôt ce qu'il fantasmait dans sa relation idéale avec l'homme idéal.
Le brun débarrasse la table, jette les emballages et fait la vaisselle. Chris essuie diligemment les plats à côté de lui mais il étouffe plusieurs fois un bâillement discret dans le col de sa chemise. Bucky nettoie le pourtour de l'évier, sèche ses mains sur un torchon et sourit gentiment.
— « Nous devrions aller nous coucher. Il est tard et tu te lèves tôt demain matin pour retrouver David au centre-ville. Je vous aime trop tous les deux pour que te voir prendre le volant en n'ayant pas ton compte de sommeil », dit-il.
Chris proteste mais il se frotte les yeux au même moment. Raté. Il se mordille les joues et jette un regard en coin dans direction.
— « Bucky, je – »
— « Je vais terminer de ranger, tu peux aller te coucher », le coupe gentiment le brun.
— « D'accord mais – », hésite un peu blond.
Bucky plie avec soin le torchon humide et effleure tendrement sa mâchoire de son pouce.
— « Va te coucher Chris », répète-t-il gentiment en le regardant dans les yeux.
Le blond le regarde aussi un instant avant de soupirer discrètement de soulagement. Bucky se penche pour l'embrasser délicatement. Oui, il sait. Il s'en doutait. Ils sont amoureux mais tout est chamboulé, ils peuvent prendre leur temps alors la chambre partagée n'est pas encore pour tout de suite.
— « Merci », souffle Chris contre sa bouche. « Tu prendras le petit-déjeuner avec moi demain ? »
— « J'ai rarement fait le contraire depuis que tu as commencé à travailler. Je serai là, encore à moitié endormi, mais je serai là », le taquine le brun.
Son ami pouffe légèrement. Il l'embrasse une dernière fois et monte les escaliers pour aller dans la salle de bain.
Bucky nettoie la table d'un coup d'éponge, commence à ranger la vaisselle propre. Il écoute distraitement le parquet qui grince sous les pas de Chris, l'eau qui coule à l'étage. Ça le fait sourire comme un imbécile heureux. Il fait les choses comme un automate, toutes ses pensées dirigées vers le blond. Fébrile et encore vaguement incrédule.
Chris est tombé amoureux de lui et il veut un eux.
Bucky sourit encore et encore. Même les prochaines taquineries de Sam le font sourire. Et rien ne pourrait le faire arrêter parce que Chris l'aime. Mince alors. Il se demande ce qu'il a bien pu faire pour avoir cette chance.
Le brun s'arrête. Il réalise soudain quelque chose. Quand son ami partira sur le chantier demain matin, il pourra l'embrasser sur le pas de la porte. Ce petit rêve qui le torturait un peu de frustration jusqu'à présent. Il sourit.
Trop excité pour aller dormir, Bucky commence à préparer la table du petit-déjeuner, leurs tasses et les couverts. L'escalier craque à nouveau derrière son dos. Chris apparaît à l'angle du mur, vêtu d'un tee-shirt et d'un lâche pantalon de nuit.
— « Ne fais pas plus, j'aime bien préparer notre table du matin », souffle-t-il en souriant.
Il ne parle que de quelques assiettes mais il y a une telle tendresse dans sa voix que Bucky rosit un peu. C'est vrai, son ami lui a dit qu'il pensait à eux depuis un moment. Il referme le tiroir à couverts et Chris le remercie d'un autre sourire avant d'étouffer un bâillement dans sa main.
— « J'ai fini là-haut, tu peux y aller », dit-il en se frottant les yeux d'un poing. « Bonne nuit Bucky et à demain. »
— « Bonne nuit. »
Les deux hommes se regardent longuement, un peu maladroits. Ils marchent finalement d'un même pas l'un vers l'autre. Bucky veut raisonnablement passer la soirée à embrasser Chris mais le jeune homme l'attire dans une étreinte chaude et douce. Il sourit et referme ses bras autour de lui, enfouie son visage dans son cou. Il respire le parfum de savon de sa peau et puisqu'il le peut, il dépose un léger baiser sur sa clavicule. Les mains de Chris glissent doucement de son dos à ses reins puis à ses hanches. Il s'éloigne, sourit un peu timidement avant de se pencher sur lui.
Bucky accueille sa bouche sur la sienne avec un soupir de plaisir. Il aime embrasser Chris.
Le temps s'étire. I peine plus de petits bruits mouillés mais le brun frissonne. Ses reins chauffent agréablement et il enroule ses doigts dans le tee-shirt de Chris pour l'attirer plus près. Toujours plus près. Bucky l'embrasse chaudement, une main caressant sa nuque et ses cheveux avant de se retirer. Chris cligne adorablement des yeux, les mèches sur son crâne sont légèrement ébouriffées.
— « Tu vas me manquer », dit-il d'une voix rauque.
Bucky rit et frotte tendrement son nez contre sa joue et sa mâchoire.
— « Tu vas dormir et je serai là demain matin », répond-il affectueusement. « Je te regarderai partir en retenant Sandy par son collier parce qu'elle déteste toujours autant quand tu t'en vas. Ce sera exactement comme d'habitude mais juste… bien meilleur. »
Chris hausse un sourcil et sourit. Il embrasse sa tempe d'un geste câlin tandis que ses mains se referment un peu plus sur ses hanches.
— « Ça fait des semaines que je veux t'embrasser quand je pars le matin », avoue-t-il d'un air un peu gêné. « Je comprendrai que tu trouves ça un peu banal mais c'est juste la maison. Tu comprends ? »
Pa vraiment. Un peu, Bucky saisit vaguement l'idée générale. Il rit.
— « Je ne trouverai jamais qu'il y a quoi que ce soit de banal à ton sujet », le taquine-t-il avec malice.
Le blond gronde doucement et l'attire pour un autre délicieux baiser.
— « Je vais vraiment aller me coucher maintenant parce que je meurs d'envie de passer le reste de la nuit ici à t'embrasser », grommelle-t-il.
— « À demain matin Chris. »
Bucky frotte doucement son nez contre sa mâchoire avant de le repousser gentiment. Il a exactement envie de la même chose et ce serait déraisonnable. Lui travaille pendant des heures devant un ordinateur mais Chris est souvent sur la route et il grimpe sur de hauts échafaudages. Ce n'est pas prudent.
Le jeune homme acquiesce mais son regret quand il retire ses mains de ses hanches est si palpable que Bucky doit prendre sur lui pour ne pas envoyer promener sa belle résolution.
Le jeune homme gagne sa chambre, Sandy tout de suite sur les talons. Le brun fait semblant de ne rien voir. Chris laisse sa porte légèrement entrouverte et il y a encore quelques petits bruits étouffés jusqu'à ce qu'il se couche et éteigne la lumière.
Bucky reste encore un peu dans la cuisine puis il traîne dans le salon, seul et désœuvré. Il guette un peu le sommeil de son ami avant de monter se coucher à son tour. La maison plonge dans le silence. Le brun se glisse dans ses draps et croise ses mains derrière sa tête. Ses yeux picotent un peu de fatigue et son corps est lourd, les membres las pourtant il n'a pas vraiment sommeil. Il passe et repasse dans son esprit le dénouement le plus inattendu possible de la journée.
Bucky jette un regard à sa porte fermée et sourit.
Un étage les sépare pourtant Chris et lui n'ont jamais été aussi proche l'un de l'autre qu'à cet instant. … En tout cas jusqu'à ce qu'ils se touchent et fassent l'amour.
Le brun grogne légèrement et s'enroule dans ses draps.
Sur ces mots, clap de fin de la deuxième grande partie de cette histoire, "Amitié."
On se retrouve pour la suite, le début de la partie "Amour" :)
Bonne semaine à tous,
ChatonLakmé
