Mes petits chats,
Je vous adresse tous mes vœux pour cette nouvelle année 2024. J'espère qu'elle vous sera belle, douce, remplie de projets, de réussites, de bonne santé et de tout ce dont vous avez besoin/envie etc. Très bonne année ! (trompettes, cotillons et confettis).
J'inaugure les publications 2024 par la quatorzième partie de "L'homme de la plage". Bon retour à Steve/Chris et à Bucky :)
Ce chapitre, et les suivants, seront plus courts que les derniers publiés. Corriger plus de trente pages est fatiguant et je trouve que la lecture est aussi moins agréable. Merci à celles et ceux qui m'ont fait un retour sur la question, je saurai que j'ai une marge de manoeuvre :)
Pour les curieux, quelques notes explicatives ci-dessous et à tous/toutes, je vous souhaite une agréable lecture. J'espère qu'elle vous plaira.
Bien à vous,
ChatonLakmé
Le sensitive reader (relecteur de sensibilité, litt.) est un nouveau métier du monde de l'écriture et de l'édition, apparu au début des années 2020. Sollicité par un auteur ou une maison d'édition, il a pour mission d'examiner une œuvre littéraire avant sa publication afin d'identifier tous les contenus qui pourraient être perçus comme offensant ou porteurs de stéréotypes par le lecteur. Plus développée dans le monde anglo-saxon qu'en Europe, il vise par exemple à supprimer et/ou à réécrire dans un texte ce qui pourrait heurter les membres d'une minorité (monde LGBTQIA+, populations immigrées, communauté religieuse etc.). L'anecdote concernant l'éditeur Puffin et la réédition de l'œuvre de Roald Dahl (l'auteur de littérature enfantine) est authentique, la maison d'édition l'a annoncé en février 2023. Le travail de Ian Fleming (le créateur de James Bond), celui d'Agatha Christie ou encore de Jane Austen ont aussi fait l'objet de relecture posthume.
Kitty Stcherbatska est la jeune belle-sœur d'Oblonski, le frère d'Anna Karénine.
L'homme de la plage
o0O0o o0O0o
Quatorzième partie
Fin octobre
Assis à son bureau, Bucky appuie son menton dans sa paume d'un air de profond ennui.
Depuis vingt minutes, il ne fait même plus semblant de participer à la conversation, il se contente d'écouter et surtout, de ne pas s'attacher au moindre mot que le Pr Chemay prononce. Juste esquisser un rictus quand elle l'interpelle, lever un sourcil qui ne cache rien de sa désapprobation mais ne pas se sentir concerné.
Sur l'autre moitié de l'écran de son ordinateur dans la vignette Skype, Tony semble au bord de l'implosion.
Le brun assiste en spectateur détaché à l'affrontement poli mais glacial de son patron avec la jeune femme. Il l'a dit, il ne s'attache pas.
Bucky tapote distraitement du bout de son crayon sur son carnet et continue d'écouter. Il préfère se concentrer sur quelque chose de plus important, comme le fait qu'il rattrape son retard dans la traduction du roman et qu'aujourd'hui, Chris doit rentrer plus tôt.
C'est ça, penser à des choses agréables.
Oublier l'invective du Pr Chemay quand elle a opposé une fin de non-recevoir à ses notes de recontextualisation en bas des pages du chapitre XXXI.
Il est juste fatigué et puisque Tony est de son côté sans même essayer de ménager la jeune femme, alors il laisse faire. Qu'il s'épuise donc à essayer de lui faire entendre raison. Lui ne s'attache pas.
Ou plutôt, il abandonne.
Un peu lâchement.
— « Vous ne pouvez pas comprendre Mr Stark, vous n'êtes pas une femme. »
Bucky esquisse un sourire moqueur dans sa paume. Il commence à dessiner un chien dans la marge de son carnet. Quelque chose qui y ressemble en tout cas, il n'a jamais été très bon en dessin.
— « Cela n'a rien à voir avec mon sexe ou – »
— « Cela a tout à voir au contraire ! (Le Pr Chemay lève les yeux au ciel) Vous pensez que votre traducteur fait du bon travail mais c'est normal, vous parlez la même langue. Vous voyez les mêmes choses et vous considérez comme acquis les mêmes préceptes patriarcaux. »
Le brun étouffe un rire narquois. Il n'est même plus ce « Mr Barnes » prononcé avec une pointe de commisération, il est simplement devenu « le traducteur ». Charmant.
— « Je trouve qu'il fait du bon travail parce que c'est du bon travail. Le Pr Garnier de l'université de Boston a commencé à travailler sur sa préface et il est enchanté par ce qu'il a déjà lu. »
— « Il ne vous aura pas échappé qu'il est aussi un homme Mr Stark. C'est normal. »
Il est aussi un spécialiste en littérature européenne mondialement réputé, très apprécié de ses collègues et admiré par ses étudiants qui ne cessent de défendre son ouverture d'esprit, y compris aux questions les plus contemporaines.
Le Pr Chemay a dû oublier ce léger détail.
Elle claque sa langue contre son palais d'agacement. Bucky a remarqué qu'elle fait souvent ça, il trouve ce tic insupportable.
— « Vous m'avez sollicité pour faire une analyse féministe de cette nouvelle édition d'Anna Karénine. J'ai accepté mais j'ai demandé quelque chose de très simple en échange. La traduction devait être la première de son genre, dépourvue de tout regard masculin et faisant la part belle à la sororité. »
Bucky dodeline légèrement de la tête.
Oui oui, entre autres exigences.
Il ne répétera pas qu'il trouve intellectuellement très malhonnête de plier ainsi le texte original de Tolstoï à l'analyse littéraire de la jeune femme.
Le brun ne jure pas, ne s'énerve pas. Il est au-dessus de tout ça. Tony peut bien se faire un ulcère à l'estomac pour eux deux. Lui a déjà donné.
— « Je vous ai suggéré d'embaucher un sensitive reader avant l'impression. Vous ne m'avez pas dit ce que vous en pensez. »
Le brun relève les yeux de son carnet gribouillé de croquis. Il pensait être au-dessus de tout ça mais là, il cligne des yeux d'un air d'incompréhension parfaite. Quoi ? Bucky jette un regard à Tony qui s'excuse d'un sourire maladroit. Il a l'air nerveux.
— « Je me laisse encore le temps de la réflexion. »
— « C'était il y a plus d'un mois, je pensais que vous vous seriez déjà rangé à mon avis Mr Stark. Je vous rappelle que je connais une jeune femme très bien à Phoenix, elle serait ravie de collaborer avec nous sur ce projet. Je lui en ai déjà parlé à demi-mots, elle n'attend qu'un signe de Stark Publishing. »
Cette fois, c'est trop fort.
Tony s'étrangle bruyamment et le micro de l'ordinateur le traduit en un horrible borborygme humide.
Bucky pose son crayon qui roule sur le bureau et tombe sur le parquet. Il ne le ramasse pas, stupéfait. Pour lui, c'est une insulte. Et une forme de censure insupportable.
Le brun se redresse sur son fauteuil de bureau, les épaules raides et les dents serrées.
Sur l'écran, il voit Tony passer une main fébrile dans ses cheveux et les ébouriffer sauvagement. Il y a même un léger épi au-dessus de son oreille droite. Un désordre que son éditeur ne corrige pas. Il doit réellement être hors de lui.
Bucky déglutit.
— « Vous ne pouvez pas faire ça », dit le brun d'un ton défait.
— « Vous êtes réellement en train de m'interdire de faire quelque chose ? Je vous avais dit que nous ne pouvions pas nous comprendre. »
— « Vous déformez complètement ma pensée. Je me moque complètement du fait que vous êtes une femme », grogne Bucky. « Je suis indigné par le procédé et que vous, une universitaire, vous cautionnez ce genre de censure. Tony ? »
Le jeune homme soupire lourdement et passe une main sur son visage.
— « … Je n'ai effectivement pas créé Stark Publishing pour ce genre de contrefaçon intellectuelle. »
Bucky sait que cette prise de position lui coûte et il le remercie d'un sourire, un peu soulagé d'être soutenu dans son indignation.
Tony lui répond d'une grimace. La jeune femme se contente de renifler avec dédain. Un autre tic que le brun trouve aussi insupportable que répugnant.
— « Puffin est en train de faire sur l'oeuvre de Roald Dahl et vous n'êtes pas à leur niveau d'excellence. »
Bucky et elle se défient du regard par écran interposé mais le brun ne flanche pas. C'est trop important pour son activité professionnelle et les valeurs auxquelles il croit.
Le jeune homme pense brièvement à Winnifred Barnes. À sa place, elle serait déjà partie en croisade pour faire ravaler ses mots à la jeune femme et cela le conforte dans son choix.
Le Pr Chemay claque une nouvelle fois sa langue contre son palais et croise les bras sur sa poitrine.
— « Dans ce cas, nous avons un réel problème. Puisque vous avez refusé de changer votre traducteur pour une traductrice, nous ne serons jamais d'accord sur le contenu de ce roman. »
— « Il n'y a pas à être d'accord sur quoi que ce soit », s'indigne Bucky en serrant les poings de colère. « Il y a juste un texte en russe que je suis en train de traduire en anglais, c'est aussi simple que ça. Je ne cautionne ni votre démarche ni vos méthodes et je ne le ferais jamais. »
— « Vous ne comprenez rien à ce roman. »
— « Je le comprends suffisamment bien pour savoir qu'il s'agit d'une fresque historique et sociale sur la Russie de la fin du XIXe siècle et du portrait d'une femme qui devient libre par l'amour », assène-t-il avec assurance. « Il y a évidemment beaucoup à dire sur la place accordée aux femmes dans le récit et les préjugés masculins à cette époque mais vous ne pouvez pas en faire autre chose que ce qu'ils sont, des constructions sociales complètement dépassées et insupportables aujourd'hui. »
— « Tolstoï était un horrible conservateur, un foutu représentant du patriarcat et – »
— « C'est vrai », admet Bucky même s'il l'aurait dit d'une autre manière. « C'est vrai et le texte original se suffit à lui-même pour le faire sentir. Tout le reste serait mentir au lecteur. »
Tony hoche imperceptiblement la tête. En face de lui, le Pr Chemay vitupère, plus en fureur que jamais. Le brun pianote du bout des doigts sur son grand bureau en verre avant de croiser les mains devant lui.
— « … Je suis d'accord avec Mr Barnes. J'ai lu ce roman quand j'étais au lycée et il m'a marqué pour exactement les mêmes raisons. Et j'étais un peu amoureux de Kitty mais c'est une autre histoire. Je veux que les lecteurs ressentent la même émotion que moi quand je l'ai terminé et cela implique de respecter le texte tel que l'a écrit l'auteur. »
— « C'est ridicule. »
— « Peut-être mais c'est honnête. Je ne ferais pas appel à votre amie pour la relecture et j'aimerai qu'à l'avenir, vous ne preniez plus ce genre d'initiatives. Vous ne dirigez pas la ligne éditoriale de Stark Publishing et vous ne signez pas non plus les chèques pour votre contribution à ce projet. »
— « Est-ce que c'est une menace ? »
Le Pr Chemay plisse les yeux et ça la rend assez laide. Tony soupire d'un air las.
— « Je vous en prie, c'est parfaitement absurde… Si la situation vous est à ce point insupportable, je suis prêt à revoir avec vous votre contrat et vous en libérer pour la raison qui vous plaira. L'atmosphère délétère de ces réunions commence à me peser alors que Mr Barnes avance mieux que jamais sur une traduction qui enthousiasme toute l'équipe éditoriale. Le Pr Garnier m'a fait part en aparté de son regret de ne pouvoir collaborer au-delà de sa préface car il adore ce roman. Il n'est sans doute pas trop tard pour trouver un arrangement. »
La jeune femme écarquille les yeux de surprise tandis que Bucky hausse un sourcil surpris. C'est vraiment audacieux de la part de son patron.
Le Pr Chemay se mord nerveusement les joues, passe une main dans ses cheveux courts et fronce les sourcils.
— « … Je vous recontacte. »
Elle coupe la communication en marmonnant une vague politesse.
Bucky se penche pour ramasser son crayon toujours sur le parquet. En se redressant, il jette un regard stupéfait à Tony.
— « Tu vas vraiment le faire ? J'apprécie ta prise de position mais je ne veux pas te mettre en difficulté. »
— « Tu veux que je cède à une relecture sensible de ton travail ? (Bucky s'assombrit). Elle ne rompra pas son contrat. Sans vouloir me vanter, Stark Publishing a une belle réputation dans le monde de l'édition et – »
— « Tu es tout sauf modeste, il suffit de voir la taille de ton bureau », sourit Bucky.
— « Un grand bureau impose le respect à des auteurs parfois trop arrogants et c'est une pièce de créateur suffisamment hors de prix pour les obliger à m'écouter. … Le Pr Chemay a publié des articles savants mais elle n'a pas encore collaboré à un projet grand public. Son nom reste confidentiel. Elle sait très bien ce que notre collaboration lui apportera en visibilité et comme elle souhaite se voir briller en haut des plus grandes ventes sur le continent, elle saura très bien où se trouve son intérêt. »
Bucky se renverse légèrement contre le dossier de son fauteuil de bureau.
— « … Tu te moques d'elle ? »
— « Pas du tout. J'admire sincèrement sa ténacité et la vie universitaire est plus compliquée pour une femme que pour un homme mais ce qu'elle te demande… Je ne peux pas l'accepter. … Tu as eu raison de me le rappeler. »
Tony lui adresse un sourire un peu contrit que Bucky élude en ricanant. Il se sent incroyablement serein et soutenu. Une nouveauté par rapport aux tergiversations passées de son patron mais il préfère ne pas insister.
— « Qu'est-ce qu'il se passe pour la suite ? »
— « Tu continues à travailler sans te préoccuper de rien d'autres, je gère la partie désagréable. »
Bucky n'insiste pas, cela lui convient parfaitement.
Derrière lui, Sandy gratte doucement à la porte de son bureau et il sourit sans pouvoir s'en empêcher. Chris est rentré.
Le brun s'étire, rassemble ses affaires.
Quand il ferme son carnet, il remarque qu'il a dessiné des points noirs reliés entre eux par un trait. Le dessin abstrait ressemble un peu à la constellation de grains de beauté qu'il a remarqué il y a quelques jours sur la hanche nue de son compagnon, révélé par son jersey de sport qu'il a retiré après une sortie sur la plage. Depuis, Bucky a douloureusement envie de l'embrasser à cet endroit, peut-être aussi parce que l'endroit lui semble un peu sexy.
Tony se racle la gorge, l'air un peu las.
— « Est-ce que tu as quelque chose à dire au Pr Chemay ?
— « Uniquement des choses que je regretterai et que je tairai », ricane Bucky en haussant les épaules. « Une fois encore, nous avons tourné en rond pendant cette réunion et j'en ai assez de perdre mon temps. Si tu n'as pas besoin de moi, j'aimerais ne plus y assister. »
— « Nous y parlons de ton travail. »
— « Nous parlons de la manière de déconstruire mon travail et je suis fatigué de devoir sans cesse me justifier d'être ce que je suis. »
— « Un Apollon gay ? »
— « Un homme. »
Il lève les yeux au ciel tandis que Tony s'esclaffe bruyamment. On fait retomber la pression comme on peut.
Sandy gratte plus fort et gémit doucement depuis le salon et Bucky sourit de plaisir. Lui sait exactement ce qui lui fait du bien et il le rejoint de ce pas.
— « Chris vient de rentrer, je vais te laisser Tony », dit-il en posant déjà sa main sur sa souri. « Bonne journée et bon courage. »
— « Ouais, il va m'en falloir. Cette fille est insupportable… »
Bucky adresse un signe de main un peu désolé à son éditeur et les deux hommes coupent la communication en même temps.
Il se renverse lourdement dans son fauteuil.
Foutue réunion. Foutue perte de temps. Foutue professeur.
Ces derniers temps, le brun a presque envie de claquer la porte de tout ce bordel pour se sentir un peu moins sale et un peu moins en colère. Il n'est coupable de rien mais ces passes d'armes avec le Pr Chemay le fatigue et ses propos le mettent de plus en plus mal à l'aise. Il n'a pas signé pour ça. Puis il voit le visage de Tony sur Skype, aussi défait que le sien, aussi agacé et il reprend confiance.
Les baisers de Chris l'aident beaucoup aussi quand il rumine dans son coin d'un air sombre.
Ça et ses mains qui cajolent tendrement ses hanches ou ses reins.
Dans ces moments, il a l'impression qu'il pourrait aller au bout de sa traduction en quelques jours à peine. L'amour donne des ailes et des neurones à son cerveau.
Sandy aboie fort derrière la porte.
Bucky sourit.
Il éteint son ordinateur, glisse son portable dans la poche de son jean. Chris est rentré plus tôt, le brun décide de s'autoriser une après-midi loin d'Anna Karénineet de ses problèmes sentimentaux.
Il récupère l'exemplaire de Winnifred Barnes aux pages hérissées de signets. Chris le lui a rendu il y a quelques jours alors qu'il travaillait sur un passage particulièrement ardu et qu'il souhaitait relire les notes de sa mère. Les marque-pages indiquent les passages préférés de son compagnon, ceux dont ils parlent ensuite ensemble. Il s'avère que Chris aime les grands moments passionnés et les déclarations d'amour vibrantes. C'est très mignon.
Il vérifie le bureau d'un coup d'œil et quitte la pièce. Personne dans le salon mais il entend des voix depuis la terrasse.
Bucky se sert un verre d'eau et traverse le salon, ses pieds nus frottant sur le parquet. Le Pr Chemay parvient à lui rendre la bouche sèche, comme les paroles peu amènes dont elle le gratifie. Foutue foutue professeure.
Le brun sort sur la terrasse.
En bas de l'escalier, sur la plage, Sandy court vers la maison et s'amuse follement avec Stubs. Juste derrière eux, l'ombre large et solide de Chris se détache sur le sable. Il donne le bras à Susan qui s'appuie doucement sur lui. La vieille dame tient ses chaussures d'une main et marche d'un pas lent et prudent sur le sol meuble.
Susan lève la tête et plisse légèrement les yeux avant de lui adresser un geste de la main.
— « Mon lapin ! Je te ramène ton petit-ami ! », s'exclame-t-elle en gloussant légèrement.
Bucky lui rend paresseusement son salut avant de passer une main un peu lasse sur son visage. Il est heureux de revoir son compagnon et sa vieille amie.
Le brun pose son verre vide sur la table basse et descend les marches pour les rejoindre. Il salue Sandy et le petit bichon blanc d'une caresse derrière les oreilles. Le regard de Susan lui brûle le visage tandis qu'il s'approche du couple, appuyé l'un contre l'autre. Son amie tend immédiatement la main vers lui, Bucky presse ses doigts autour des siens avant d'embrasser affectueusement sa joue.
Susan sourit, elle arrange machinalement le col de son polo comme lorsqu'il avait douze ans et jette un regard en coin à ses orteils nus sur le sable. Certaines choses ne changeront jamais.
— « J'étais en visio avec Stark Publishing et Tony ne voyait pas mes pieds », se justifie-t-il avec malice.
— « C'est quand même un peu négligé mon lapin », lui rétorque son amie avant de sourire largement. « Je disais donc que je te ramène ton petit-ami. Figure-toi que nous nous sommes rencontrés sur la plage quand je promenais Stubs, nous avons fait un petit bout de chemin ensemble. »
— « Quel hasard incroyable en effet. » Bucky lève les yeux au ciel. « … Tu es très loin de chez toi Susan. »
— « À peine trois kilomètres et je suis en excellente santé, merci bien. »
La vieille dame hausse légèrement les épaules tandis que Chris jette un regard un peu contrit au brun.
— « J'ai suggéré qu'on fasse demi-tour plusieurs fois », précise-t-il.
— « Ta-ta-ta mon grand. J'ai passé la journée à la maison et je voulais prendre l'air. David a très bien fait de te ramener avec lui », marmotte Susan en agitant la main devant elle.
Bucky hausse un sourcil. C'est exact, il n'a pas entendu la Mercedes rentrer. Il interroge son compagnon d'un regard.
— « La voiture est chez le garagiste, elle a refusé de démarrer. David est resté avec moi jusqu'à ce que la dépanneuse l'emporte et il m'a raccompagné à Manila. Je ne voulais pas qu'il fasse un détour, il m'a juste déposé chez lui », explique rapidement le blond.
— « Où ton arrivée a été des plus appréciées », renchérit vigoureusement Susan.
Le brun l'écoute distraitement. Chris article silencieusement qu'il ne s'agit de rien de grave et il sourit. Son compagnon lui a manqué.
Il sent son amie serrer sa main dans la sienne. Bucky la regarde. Susan le contemple avec gourmandise, ses yeux clairs pétillant de malice.
— « … Mon lapin, tu ne salues pas ton petit-ami » ?, demande-t-elle en souriant.
Le jeune homme se mord les joues. Il hésite un instant mais à quoi bon. Bucky se rapproche de Chris et l'embrasse doucement sur les lèvres.
— « À part ce petit incident, tout c'est bien passé ? », demande-t-il.
Il est impossible qu'il ait entendu son amie, si digne, couiner de contentement à son geste. Ou soupirer de plaisir.
Chris rosit un peu et pose sa main sur sa taille pour l'attirer à nouveau à lui et lui rendre son baiser.
— « Ça a été. Et ta visio avec Tony ? », l'interroge-t-il à son tour avec affection.
Son pouce caresse distraitement sa hanche, c'est très agréable mais Bucky s'assombrit imperceptiblement. Foutue, foutue, foutue professeure.
Chris l'embrasse une nouvelle fois, un peu plus longtemps et fort. Susan semble immensément ravie.
— « Je vois, ce n'est pas un sujet pour le moment. »
— « Pas un sujet du tout », acquiesce le brun.
Son compagnon sourit tendrement. Il relâche sa hanche, pose sa main sur celle de la vieille dame avant de la guider pour qu'elle prenne le bras de Bucky.
— « Je te confie aux bons soins de Bucky, je vais récupérer les chiens pour les faire rentrer. »
Le brun chercher machinalement Sandy et Stubs du regard. Le duo s'est considérablement éloigné d'eux dans leurs jeux. Il remercie son compagnon d'un sourire et, le bras de Susan crocheté au sien, il l'entraîne gentiment vers l'escalier de la terrasse.
— « Tu as l'air fatigué », note-t-il en l'aidant à monter. « Je peux comprendre que tu aies des questions infinies à me poser mais je serais venu te rendre visite prochainement. Tu ne penses pas que tu aurais pu éviter de courir jusqu'ici ? »
Susan s'appuie lourdement contre la rambarde. Elle garde le silence jusqu'à ce qu'ils soient arrivés à l'étage, son souffle un peu court et rauque. Bucky se mord les joues. C'est vraiment déraisonnable.
— « Je me suis peut-être laissée un peu emporter », admet-elle en essuyant discrètement son front un peu humide.
— « Je pense aussi. Assieds-toi un instant tu veux. »
Le brun la guide jusqu'au salon de jardin où Susan se laisse presque tomber dans un fauteuil. Il récupère sa paire de ballerines et la rechausse soigneusement. La vieille dame glousse légèrement quand il essuie ses orteils couverts de sable, elle est chatouilleuse.
— « Je n'aurai probablement pas dû marcher jusqu'ici mais toi et Chris êtes ensemble », reprend-elle en jouant distraitement avec la fine chaîne en or à son cou. « As-tu la moindre idée de ce que cela m'a fait de l'apprendre par une autre personne que toi ? »
— « Qui a vendu la mèche ? », sourit Bucky en s'asseyant à côté d'elle.
— « Miss Patty, elle m'a dit qu'elle vous a aperçu en train de vous embrasser sur C Street. Selon ses mots, vous étiez tellement… absorbés que le Times Standard aurait tout aussi bien pu en faire un article dans sa rubrique locale. »
Bucky gigote un peu sur les coussins. C'est vrai que c'était un baiser chaud. … Délicieux. Il sourit d'un air un peu stupide.
— « Tu es fâchée contre moi ? Inquiète ? Dubitative ? », lui demande-t-il en coulant un regard en coin vers elle.
Susan est légèrement tournée vers la plage pour observer Chris et les chiens. Sandy semble particulièrement ravie de voir son grand ami se joindre à eux et la vieille dame rit joyeusement aux essais infructueux du blond pour la rattraper.
— « Je t'en voudrai d'être avec cet homme-là ? Mon lapin, je suis tellement heureuse pour toi », répond-elle doucement.
Le visage toujours tourné vers la plage, elle tâtonne un peu sur le côté pour tenter de serrer affectueusement son genou. Bucky prend immédiatement sa main dans la sienne. Que les doigts de Chris s'égarent par erreur sur son aine est une chose, que sa plus vieille amie en fasse de même serait vraiment très gênant.
Le blond parvient enfin à arrêter Sandy par son collier et il revient vers la maison, docilement suivi par Stubs qui trottine à côté de lui.
— « C'est vraiment merveilleux », souffle Susan en se tournant pour le regarder. « J'ai été un peu inquiète mais vous vous aimez, c'est la seule chose dont j'ai besoin pour être rassurée. »
Bucky acquiesce lentement. Elle rit tendrement tandis qu'elle l'attire à elle et embrasse son front. Il ferme les yeux sous la caresse. Il a à nouveau dix ans.
— « Surtout, tu me feras plaisir en continuant à vous aimer le plus fort possible mon lapin », souffle-t-elle.
— « C'est bien mon intention », répond le brun en enroulant ses doigts autour de son poignet.
Susan sourit et se redresse lentement.
Chris monte l'escalier, précédé par Sandy qui grimpe à une allure d'enfer. Il tient Stubs dans ses bras, le petit chien bien calé dans son coude. Bucky est allé chercher un verre d'eau que la vieille dame accepte avec soulagement.
— « Stubby va dormir toute la soirée, il est épuisé. Le chemin jusqu'à la maison va être long », grimace-t-elle en buvant une gorgée.
Chris le dépose soigneusement à côté d'elle sur la banquette. Le petit bichon papillonne un instant des yeux, baille avant de s'enrouler sur lui-même, bien calé contre la cuisse de sa maîtresse. Les deux hommes échangent un regard.
— « Nous allons vous ramener avec le pick-up », dit Bucky et Chris opine immédiatement.
— « Je vais appeler David, vous n'allez pas ressortir pour moi. »
— « Mais tu peux le faire ressortir lui ? » Le brun hausse un sourcil avant de ricaner. « Laisse-nous donc faire. Le Ford roule à nouveau parfaitement bien, nous te raccompagnerons quand tu en auras envie. »
— « Je suis d'accord si toi et Chris restez dîner à la maison », lui rétorque Susan du tac-au-tac.
Inutile d'essayer de lutter, le blond et lui en seront quitte pour quelques questions gênantes en présence de David. Ils devraient y arriver.
Bucky n'a pas eu le temps d'aller faire des courses au WinCo Foods et les placards de la cuisine sont un peu vides. Il se gratte la nuque. Oui, Chris et lui feront avec pour la soirée.
Il se rassoit dans le salon de jardin et observe son compagnon en train d'essuyer soigneusement les pattes de Sandy. Le brun roule des yeux. La chienne a réussi à aller dans l'eau en profitant de leur inattention. Chris s'attelle à la tâche avec célérité avant que Sandy ne décide de se précipiter dans la maison et de mettre du sable partout. Il croise ses mains sur ses genoux.
— « Je te l'aurai dit, tu sais », reprend-il après un silence.
— « Sans doute mais bien après que Miss Patty ne m'en ait parlé. … Vous embrassez comme elle me l'a décrit, en pleine rue… C'était audacieux mon lapin », sourit Susan en haussant un sourcil suggestif.
Bucky grommelle et s'affale dans son fauteuil. C'est définitivement gênant. Il n'a pas envie de se lancer dans de longues explications, sur le fait qu'il devait rassurer Chris quant à leur attitude en public, alors il se contente de hausser les épaules. Oui, ils l'ont fait. Sans commentaire, pas même que c'était rudement bon et qu'il est fou amoureux de son colocataire.
Sa vieille amie ricane avant de boire une longue gorgée d'eau.
— « C'est bien, vraiment très bien », acquiesce-t-elle avec joie. « David va être aussi très heureux de l'apprendre. Je le soupçonne d'avoir compris une ou deux choses avant moi, il fréquente plus souvent Chris que moi. Je crois que ton petit-ami n'est pas du genre à savoir faire semblant très longtemps. »
Bucky esquisse un rictus. Si elle savait.
Non loin d'eux, Chris s'est assis sur la terrasse et il retire consciencieusement le sable entre les doigts de Sandy. La chienne est appuyée contre son torse, presque renversée sur lui, assise entre ses jambes écartées. Elle tente de lui lécher régulièrement le visage et le blond rit en la repoussant. Encore et encore.
Le brun sourit. Il est vraiment heureux.
Susan se penche et presse gentiment son genou entre ses longs doigts fins.
— « L'amour te rend vraiment très beau tu sais », souffle-t-elle affectueusement.
— « Susan… », grommelle le brun d'un air gêné.
Ses oreilles et son cou chauffent durement à cet instant. Sa vieille amie rit joyeusement et se réinstalle sur la banquette, le dos bien calé contre les coussins. Elle noue ses mains sur ses genoux.
— « Tu n'as pas besoin de ma bénédiction, tu es sans doute un peu âgé pour ça, mais je vous la donne de bon cœur James. Je n'appréciais pas Camden mais c'est peut-être parce que tu me donnais l'impression d'être moins amoureux de lui que tu ne l'es de Chris. On ne peut pas se rendre heureux avec des sentiments tièdes », reprend-elle avec sagesse.
Bucky hoche lentement la tête. Il ne peut rien répliquer à ça parce que c'est vrai. Il a été attaché à Camden mais peut-être parce qu'il voyait Sam s'installer dans une relation vraiment forte et durable avec Maria. Il approchait lui-même de la trentaine, c'était peut-être ce qu'il devait faire aussi. Ça avait eu un aspect un peu rassurant d'une certaine manière. Un aspect de normalité. Seulement tiède et un peu banale avec un homme qui ne lui correspondait sans doute pas assez. Pas une erreur mais pas le meilleur choix de sa vie non plus.
Il regarde Chris.
— « Chris et moi avons décidé de prendre notre temps, nous en avons besoin. On parle beaucoup, on s'apprivoise encore. » Il sourit. « Si Chris n'avait pas fait le premier pas, je n'aurai jamais su qu'il avait des sentiments pour moi. C'est nouveau alors on se laisse de l'espace et on s'écoute. »
— « Cela m'a l'air d'être un excellent moyen de faire durer votre relation », acquiesce Susan en riant. « Vous dormez ensemble ? »
— « On fait chambres à part pour le moment et c'est tout ce que tu sauras », rougit le brun en lui jetant un regard noir.
— « C'est mignon de ta part mais ce n'était pas un euphémisme pour parler de sexe mon lapin. » Bucky a l'impression d'entendre ses oreilles bourdonner. « C'est une très bonne chose de prendre votre temps. Je sens que vous allez être très heureux ensemble. »
Là non plus, le brun ne peut pas réellement répondre quelque chose. Il n'en a pas envie, ça lui semble être un bon augure et qu'un mot de trop romprait le charme.
Susan tort distraitement ses doigts entre eux, l'air un peu ému. Bucky se glisse à côté d'elle et passe un bras autour de ses épaules pour la serrer contre lui.
— « Tu peux cesser de t'inquiéter pour moi maintenant. J'ai quelqu'un sur qui m'appuyer et je compte pour une personne qui m'aime sincèrement. Je ne suis plus seul », dit-il tendrement.
— « Oui, tu ne l'es plus. » La vieille dame prend sa main dans la sienne sur son épaule et la serre fort. « … Je suis tellement heureuse pour vous. »
— « Moi aussi. »
Susan rit joyeusement et lui pince le dos de la main.
À côté d'eux, Sandy a réussi à couvrir la joue droite de Chris de bave et ce dernier ronchonne en l'essuyant d'un revers de la main.
Bucky ricane d'aise et lui fait de la place à côté d'eux. Le brun se penche spontanément pour l'embrasser mais son compagnon le repousse gentiment.
— « Elle m'a léché le visage Bucky, je ne vais pas t'embrasser maintenant », proteste-t-il avec un air de vague dégoût.
La vieille dame sourit mais le jeune homme sent sa prise sur sa main se relâcher un peu. Elle dodeline légèrement de la tête, les yeux mi-clos.
— « Susan ? »
— « Excuse-moi, je pense que je suis plus fatiguée que je ne le pensais », avoue-t-elle en replaçant une mèche derrière son oreille.
— « J'aurai dû insister et vous ramener », dit Chris. « Nous allons vous reconduire. »
— « Mon grand, tu sauras que tu es né bien trop tard pour m'imposer quelque chose », lui rétorque Susan en claquant sa langue contre son palais. « Mais j'accepte l'invitation avec reconnaissance, je ne pourrais pas rentrer seule. »
Bucky hoche la tête. Il se lève de la banquette et aide sa vieille amie à faire de même. Susan ne proteste pas, elle est vraiment fatiguée.
Chris prend à nouveau Stubs dans ses bras et le petit chien se réveille à peine avant de se lover contre son torse. Le brun récupère leurs vestes, les clés du pick-up et ferme la porte de la maison derrière eux. Sandy est déjà assise à côté du Ford, à sa place. Il y a longtemps qu'elle a accepté de céder le siège passager avant à Chris. Ce dernier aide Susan à grimper à l'arrière, le marchepied est haut, avant de se glisser à côté de Bucky. Le jeune homme démarre et il soupire exagérément de plaisir au ronronnement du moteur bien entretenu et bien huilé. Depuis qu'il l'a récupéré, il a l'impression que son pick-up a rajeuni.
Chris ricane et le brun se penche brièvement vers lui pour embrasser sa mâchoire.
— « J'adore le bruit qu'il fait. »
— « Je sais. … Je suis finalement content que la Mercedes soit en réparation, cela fait longtemps que je ne suis pas monté en voiture avec toi », sourit le blond.
— « Tu te moques de ma conduite ? »
— « Pas du tout. Je te trouve beau quand tu es derrière un volant. »
Chris hausse légèrement les épaules d'un air nonchalant. Bucky l'avale en l'embrassant à nouveau, sur les lèvres et avec insistance. Son compagnon glousse malicieusement contre lui, Susan aussi à l'arrière.
— « Les enfants, est-ce que nous pouvons y aller ? Puisque vous venez dîner ce soir, j'ai une montagne de nourriture à préparer et plus tôt nous serons rentrés, plus vite je pourrais m'y mettre », chantonne-t-elle légèrement.
Chris rit chaudement contre la bouche de Bucky avant de s'éloigner. Alors qu'il engage le pick-up sur la route en terre pour rejoindre New Navy Base Road le brun jette un regard à son rétroviseur intérieur. Susan somnole un peu, la tête penchée sur le côté.
Son compagnon sourit.
— « Une autre intense journée, n'est-ce pas ? », dit-il en pressant son genou.
Bucky opine vigoureusement.
— « La journée n'est pas finie. … Il nous reste moins de deux jours pour trouver le plus parfait cadeau d'anniversaire pour Sam », marmotte-t-il en se mordant les joues.
Le blond hausse un sourcil avant d'éclater de rire. Arrêtés à un feu rouge dans le centre de Manila, il en profite pour lui voler un baiser chaud et malicieux.
Bucky sourit stupidement.
Si David est un peu surpris, et inquiet, de les voir raccompagner son épouse, il est ravi de les voir rester pour le dîner. Le moment gênant pendant lequel les deux hommes se présentent en couple ne dure qu'une fraction de seconde. Le vieil homme leur serre chaleureusement la main en ajoutant qu'il pensait que c'était déjà le cas parce que « Tu sais, ce garçon ne parle que de toi à longueur de temps. Je pensais que c'était une manière discrète de me faire comprendre que vous étiez en couple. Il fait ça depuis des semaines. »
Bucky s'esclaffe, Chris détourne les yeux d'un air un peu gêné.
Le repas est délicieux et le brun, sa main posée sur le dossier de la chaise de son compagnon dont il caresse distraitement la nuque, se sent bien.
Je sens que vous allez être très heureux ensemble.
Ouais, c'est un chouette projet de vie.
