A Sheppard26, merci encore pour ton commentaire de la semaine passée. ça a fait ma journée et m'a donné une patate d'enfer. Comme chaque reviews en fait. C'est toujours bon de savoir son travail apprécié.^^
Merci encore à tous ceux qui prennent le temps d'un petit mot!


«Hey, le nabot !»
En un geste instinctif, Zen'kan se baissa, esquivant de peu la lourde plaque d'armure qu'on venait de lui lancer. L'objet s'écrasa avec un bruit mat sur le sol.

«Putain, la balafre, la prochaine fois préviens avant de lancer ! » siffla-t-il en retour, allant la récupérer.

L'intéressé eut un rictus amusé.

« Et rater l'occasion de t'amocher ? Jamais ! »
« Crétin ! »

« Oui ? » s'enquit un autre guerrier, ses protections mal ajustées pendant bizarrement sur son corps.
« C'est pas à toi que je causais, la limace. » nota Zen, enfilant son plastron.

« Ah. » opina sobrement l'intéressé, avant de retourner à son laborieux équipement.

Zen'kan ne s'était jamais senti aussi intelligent que depuis qu'il fréquentait les jeunes guerriers, dont la moitié devaient avoir les capacités de réflexion d'un ours. Et à peu près les mêmes centres d'intérêt.
Ses protections enfilées, il récupéra son arme d'entraînement du jour – un fusil énergétique tout à fait standard. Puis, il vint se placer en rang avec ses congénères déjà prêts, et attendit que toute la troupe ait terminé.

Aujourd'hui, ils étaient censés affronter une troupe mixte de soldats wraiths et humains entraînés sur Oumana. De ce qu'il avait entendu dire de ces troupes, que ce soit par son frère – qui avait fait partie du premier peloton – ou par sa mère – qui avait participé à sa mise sur pied –, ils allaient avoir affaire à forte partie.

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« Mademoiselle, vos pauvres griffes... Pourquoi vous infliger cela ? » demanda Azur qui, lui ayant passé un bracelet d'argent fourni par Delleb, examinait ses mains avec consternation.

Ilinka verdit.

« Je les lime. Sinon, c'est affreux... »
La femme fit la moue.

« Princesse, pardonnez ma franchise, mais c'est ce que vous infligez à vos griffes qui est affreux. »
« Mais ils sont tellement épais et noirs... On dirait ces horribles ongles de vieux qui ont des mycoses ! »

Avec un soupir, la servante s'accroupit à côté du tabouret sur lequel elle était assise devant la coiffeuse cachée dans le mur de la salle de bain.

« Mademoiselle Ilinka, vous êtes wraith. Il est normal que vos griffes ne ressemblent pas à des ongles humains. Il serait très inquiétant qu'ils soient aussi fins et pâles que les miens ! » expliqua-t-elle, tendant ses mains pour appuyer son propos.

« Mais je ne veux pas de griffes ! C'est moche, et je ne veux pas faire du mal aux gens dès que je les touche...»
La femme eut un sourire doux.

« Vous n'êtes pas obligée de les aiguiser. Ni même de vraiment les laisser devenir pointus, mais par pitié, arrêter de les limer dans leur épaisseur. (Elle lui saisit les mains, les serrant dans les siennes, douces et chaudes malgré leur paume caleuse.) Vos mains sont précieuses, Princesse. Ne les abîmez pas. »
Baissant le regard, Ilinka fixa ses mains, si vertes et si inhumaines dans celles d'Azur.
Elle ne put retenir un petit rire sombre. Ce qu'elle pouvait haïr ses mains. Et surtout ces maudites fentes, si riches d'abominables promesses, en leur centre !
Ayant perçu son trouble, la femme serra plus fort ses paumes.

« Mademoiselle, s'il vous plaît, regardez-moi. »
Se mordillant les lèvres, malheureuse, Ilinka obéit.

« Princesse, je sais que vous craignez de grandir. Mais je peux vous promettre une chose : le pouvoir que recèlera bientôt vos mains, n'est que ce que vous choisirez d'en faire. C'est un don de vie ou de mort, il n'est intrinsèquement ni bon, ni mauvais. Vos mains, comme celles de tout être, qu'il soit wraith ou non, n'ont aucune volonté propre. Mais ce n'est pas pour autant que vous devez les malmener ainsi. »
« Quel bien pourrais-je bien faire avec des mains pareilles ? A part tuer ? » demanda-t-elle, s'extrayant de la douce poigne de la servante pour contempler ses paumes et les schiitars encore fermés.
« Malheureusement, je ne suis pas la personne la plus indiquée pour répondre à votre question, mais je sais que c'est de sa main que mon noble maître a fait de moi qui je suis aujourd'hui. S'il ne m'avait pas marqué comme sa servante personnelle, je ne serais pas devant vous aujourd'hui. Je ne serais probablement même plus en vie. » nota Azur, entrouvrant son col pour révéler le haut d'une cicatrice rosâtre entre ses deux seins.
« C'est le commandant Zil'reyn qui vous a fait ça ? » demanda l'adolescente, choquée.
Des cicatrices similaires, quoique moins nettes, elle en avait déjà vues. Sur Rosanna et Milena.

« Oui. Cette marque signifie que je lui appartiens, et que me porter atteinte, c'est lui porter atteinte. »
« Ma mère en a une aussi... A cause des dons de vie... » marmonna-t-elle.

« Bien sûr. Mon maître m'a marquée pour que tous sachent que je suis à lui, ce qui est un immense honneur, mais le plus grand de tous les honneurs, est celui d'être choisi par un seigneur pour partager sa force vitale. Votre noble mère est des plus dignes de recevoir cet honneur ! »

« Donc... à part tuer, je peux... marquer des gens comme... étant mes serviteurs... » murmura-t-elle, horrifiée par cette seule pensée.

« Absolument. Et vous pourrez sauvez un de vos semblables, si vous le désirez. Et prendre la vie de vos ennemis. Et tellement d'autres choses que malheureusement, Mademoiselle, j'ignore. »
Ce n'était pas très réjouissant, bien qu'Azur eût l'air de penser le contraire.
Ilinka se força à sourire.

« Merci, dame Azur. Si vous m'expliquiez comment utiliser ces... peignes ? Je doute que Delleb me laisse plus d'une demi-heure pour ça... » proposa-t-elle, tant pour changer de sujet que pour effectivement revenir à la tâche qui leur avait été confiée – lui apprendre au moins une manière de se coiffer en utilisant une paire de peignes argentés que la régente avait exigé qu'elle porte avec sa robe du jour.
La servante bondit sur ses pieds, l'air soudain épouvanté.

« Vous avez raison, Votre Majesté ! Allons-y. »

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Les mains dans les poches, Tom s'approcha d'elle. Milena le salua d'un geste de la tête, continuant à surveiller le déroulement de la rencontre qui avait commencé dans la salle d'entraînement en contrebas.

« Troupe mixte contre la dernière portée de Silla... Intéressant. Qui gagne ? » s'enquit-il.

Elle soupira.

« A ton avis ? »
« Les mixtes. »
Elle opina. Bien sûr. Même avec moins d'années d'entraînement derrière eux, ils étaient plus préparés. La plupart avait déjà vécu des vrais combats. De vraies batailles. Pas juste des exercices. Et les méthodes d'entraînement des troupes mixtes encourageaient la collaboration. Ce qui n'était pas le cas pour les jeunes guerriers.

« J'ai appris que tu avais tiré sur Zen'kan. Tu aurais pu me prévenir. » lâcha Tom après quelques instants.

« Pourquoi, tu aurais aussi voulu t'en prendre une? »
« Non. Mais j'aurais adoré lui tirer dessus... »

Faisant la moue, elle jeta un regard en biais à son aîné. Bien sûr qu'il aurait adoré faire feu sur son cadet ! Elle haussa les épaules.

« Si tu veux, prends Liu et descends là-dedans. Tu pourras lui tirer dessus tout ce que tu veux. »
« Et me faire tirer dessus en retour ? Non merci. On me prend déjà bien assez pour cible quand je suis en mission, pour que j'aille pas en plus jouer les pigeons d'argile dans mon temps libre ! »

Le silence revint, seulement brisé par le double grincement qu'ils émirent lorsque, avec un craquement audible jusqu'à leur poste d'observation, un des jeunes guerriers s'écrasa au pied de l'espèce de tour qu'il tentait d'escalader quand il s'était fait assommer par un de ses adversaires.
D'un geste du menton, Milena envoya un des gardes en poste non loin récupérer le jeune mâle, afin qu'il reçoive des soins avant que sa jambe ne cicatrice avec cet angle étrange.

« Comment il s'en sort ? » s'enquit Tom, lorsque le guerrier fut ressorti de l'arène par une porte latérale, son fardeau inconscient sur le dos.

« Il s'accroche. C'est dur d'être tout seul dans un monde dont tu ignores presque tout. Mais il est courageux. Et fort. Il va s'en sortir. »
« Tu le penses, ou tu essaies de t'en convaincre ? » s'enquit-t-il, lui coulant un regard inquiet.

Milena ne répondit pas, inspirant et se redressant, feignant d'être absorbée par le spectacle devant elle. Si elle n'en était pas convaincue, qui le serait ?
« J'en suis convaincue. »

Tom la fixa encore quelques instant, puis se redressant aussi, il se retourna vers l'arène.

« Alors moi aussi. » affirma-t-il calmement.

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« Oh, Jade, bonjour. »
« Bonjour, monseigneur. Comment allez-vous ce matin ? » s'enquit la servante, cessant un instant de fouiller une pile de dossiers pour le saluer avec élégance.

« Très bien et vous ? » répondit Rorkalym, venant s'installer derrière la table qui, par la force des choses, était un peu devenue son bureau.

Remettant sa longue chevelure en place d'un geste théâtral, la femme sourit.

« Je vais bien, merci, jeune seigneur. »

Allumant la console incrustée dans le plateau, il parcourut rapidement la liste de documents à traiter qui s'étaient entassés pendant la nuit. Comme d'habitude, il y en avait une tonne. De quoi l'occuper toute la journée.

Ravalant un soupir, il releva le nez.
« Qu'est-ce que vous faites là, Jade ? » s'enquit-il.

La servante personnelle du commandant Jû'reyn ne passait de coutume dans le bureau que pour venir minauder auprès de son maître, et réclamer tantôt qu'une friandises rare lui soit ramenée d'une quelconque planète, tantôt qu'il lui offre une énième robe chatoyante.

« Je suis venue vous prêter main forte, voyons ! Notre sublime maître a exigé que vous ayez fini vos tâches avant ce soir, or il est évident que seul, vous n'y arriverez pas ! »

Fronçant les arcades sourcilières, Rorkalym se retint de grimacer. Avoir la femme dans les pattes ne l'aiderait certainement pas à travailler plus vite. Mais le commandant n'accepterait jamais une telle objection.

Ce serait à lui de trouver comment l'occuper pour qu'elle le gêne le moins possible. Voire, potentiellement, avec un peu de chance, lui soit utile.

« OK... heu... Vous pourriez trier les documents qui sont sur les deux tables là-bas, selon leur provenance ? Par planète ? » s'enquit-il, désignant la montagnes de rapports papier en souffrance qui menaçaient de s'effondrer sous leur propre poids dans un coin de la salle.

« Bien sûr ! Où est-ce que je m'installe ? »
D'un geste vague, il lui fit signe de se débrouiller puis, avec un gros soupir, se plongea dans son propre travail.

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« Bien ! Enfin, vous commencez à ressembler à une vraie princesse ! » s'exclama Delleb, lui tournant autour comme un vautour.

Ilinka grimaça un demi-sourire. Si c'était un compliment, il n'était guère flatteur.

Mais elle devait bien reconnaître qu'elle préférait – et de loin – la robe fluide en mousseline translucide d'un rouge sombre que Delleb lui avait donnée, à toutes les tenues de cuir que Zunnlyn lui avait jamais fait enfiler.

« Au sas dix-huit, un cargo est amarré. Son capitaine prétend qu'une période de repos est due à son équipage. C'est bien entendu faux. Ils ne font que transporter du ravitaillement entre les différents vaisseaux de la flotte. C'est une tâche ni contraignante, ni fatigante. Je vous charge d'aller lui rappeler ses devoirs. Ni moi, ni votre « mère » n'avons le temps de gérer ce genre de caprice. Compris ? » siffla l'ancienne reine.

Ilinka opina, saluant d'une petite courbette avant de s'éclipser.

Elle ignorait où se trouvait le sas dix-huit, mais elle savait à qui demander. Tendant son esprit vers celui d'un des auxiliaires de pont, elle se laissa guider par ses indications, et ne tarda pas à arriver à destination.

Ignorant les drones occupés à décharger le fret, elle obliqua plutôt vers leur meutier.

« Je cherche le capitaine du vaisseau. Pourriez-vous m'indiquez où je peux le trouver ? » s'enquit-elle.

Le mâle, dont le premier réflexe avait été de la chasser, se raidit en réalisant qu'elle était une femelle wraith – et pas une humaine particulièrement irrévérencieuse.

« Il est à bord, princesse. » lâcha-t-il, dissimulant mal sa honte sous une façade neutre.

« Mer... » Un instant, elle hésita. « Merci. »

Laissant le meutier perplexe gérer ses drones soudain devenus chaotiques par manque de supervision, elle remonta vers la passerelle, gardée par un guerrier.

« Bonjour, la grande régente m'a envoyée pour parler au capitaine. Où puis-je le trouver ? » s'enquit-elle.
Le garde eut le regard un instant flou, puis il s'inclina, lui faisant signe d'avancer.

« Le capitaine va vous recevoir. Il est sur la passerelle. »
« Vous pouvez m'indiquer le chemin, je vous prie ? »
« Je... Oui, bien sûr, mademoiselle. » bafouilla-t-il, la précédant maladroitement dans les coursives.

Le vaisseau était vaste, mais le plus gros de cet espace était occupé par d'immenses soutes de transport, et elle réalisa qu'il lui aurait été impossible de se perdre.

Le guerrier la laissa au seuil de la passerelle, où elle fut accueillie par le capitaine, un fils de Silla à l'air revêche, qui la détailla avec un dédain affiché.

« La grande régente m'a envoyée... » bafouilla-t-elle, mal à l'aise. « Je suis... »
« Je sais qui vous êtes... mademoiselle. » siffla-t-il.

« Heum... parfait... Mais moi, j'ignore qui vous êtes... »
« Je suis le capitaine Gitan'mar de Silla et je commande l'Ipom'na depuis deux millénaires. » grinça-t-il, glacial.

« Oh. Enchantée... »
Il se contenta de la fixer avec hostilité. Pourquoi tant de haine ? Elle n'était que la messagère !
Le mâle finit par soupirer.

« Vous pourrez dire à la grande régente que, bien que je lui sois reconnaissant d'avoir endossé la responsabilité de cette ruche durant l'absence de Madame Gady – qui en est la reine, puisque Delleb a refusé d'en prendre le trône –, maintenant que Sa Majesté est de retour, je n'ai plus d'ordre à recevoir d'elle, et qu'en l'absence de contre-ordre de la part de ma reine, mon équipage va prendre le repos qu'il mérite après avoir enchaîné tant de missions. » siffla-t-il.

« Heu... c'est à dire que... Combien de missions avez-vous enchaînées ? »
« Trente-neuf. » cracha le capitaine.

« Oh. »

L'Utopia n'était pas une référence, mais elle avait cru comprendre que toutes les trois ou quatre missions, Tom octroyait quelques jours de repos hors vaisseau à son équipage.

Mais les missions de l'Utopia duraient de quelques semaines à quelques mois. Peut-être que celles de l'Ipom'na duraient moins longtemps ?
« Et combien de temps dure une mission, en moyenne ? »

« Entre cent et cent-cinquante cycles. »
Entre cent et cent-cinquante jours ? Soit environ quatre mois à chaque fois ? Elle fit rapidement le calcul : cela faisait à peu près treize ans qu'ils n'avaient pas pris de vacances !
Soudain, l'aigreur qu'elle ressentait à l'égard du capitaine se transforma en compassion. Il ne faisait que défendre son équipage ! Treize ans sans réellement quitter leur vaisseau. Une éternité. Il y avait de quoi être furieux.
« Que demandez-vous exactement, capitaine ? » s'enquit-elle.

« Je demande que mon vaisseau reste à quai pendant au moins cinq cycles. Que mon équipage puisse résider à bord de la ruche, et que des ingénieurs de celle-ci prennent le relais de mon équipe technique, afin qu'eux aussi puissent descendre. »
« Cinq cycles... vous voulez dire des mois ? »
« Non, pour quel genre de tire-au-flanc nous prenez-vous ?! Cinq cycles quotidiens, pas plus ! » s'offusqua-t-il.
Éberluée, Ilinka cligna bêtement des yeux. Ça faisait treize ans qu'ils travaillaient non-stop, ils demandaient juste cinq jours, et Delleb refusait de les leur accorder ?!
« Est-ce que la grande régente vous a déjà attribué une nouvelle mission ? »
« Oui. Un ravitaillement d'appoint pour la flotte d'Asimlymn. »
« D'appoint ? Donc, ça pourrait attendre cinq jours ? »
« Absolument. »
« D'accord. Combien de temps pour terminer votre déchargement et charger le ravitaillement ? »
« Quelques heures. » grinça le capitaine.

« Bien. Continuez le transbordement, mais ne décollez surtout pas. Vous avez raison, votre reine, c'est Rosanna, pas Delleb. Je vais aller lui expliquer la situation, et dès que je peux, je vous transmets ses ordres. Est-ce que cela vous convient ? »
Le mâle la fixa de longs instants avec suspicion, puis il opina.

« Je veux bien charger le fret pour Asimlymn, mais je refuse de décoller. Mon équipage mérite ce repos ! »
« Absolument ! Et je vous donne ma parole que je vais tout faire pour que vous l'ayez. Et que vous n'ayez pas à attendre aussi longtemps avant d'avoir le suivant ! » affirma-t-elle, déjà en train de reculer vers la sortie.

Alors qu'elle passait le seuil du pont, le capitaine eut le premier signe aimable à son encontre. Un minuscule salut du menton.

Elle décida de le prendre comme un bon augure.