Bonjour bonsoir !
Au chapitre précédent, nos deux fauves terminaient leur randonnée en arrivant à l'onsen. On vous laisse découvrir les lieux avec eux.
Bonne lecture !
Aomine grimpe les quelques marches du perron qui craquent sur son passage, puis entre dans l'établissement. Le petit comptoir qui sert d'accueil est vide. Il tend l'oreille mais seul le silence lui répond. Il se penche un peu pour jeter un œil dans la salle commune de restauration. Il n'aperçoit que deux clients. En attendant les propriétaires, il regrette vaguement de ne pas avoir réservé. Il aura l'air malin s'il n'y a plus de place... Son regard croise celui du carmin et il lui offre un léger sourire avant de se délester de son sac qu'il dépose à ses pieds dans un soupir de soulagement.
Kagami fait de même, roulant des épaules pour les soulager après la journée de marche, qui a été plutôt sportive. Il balaie les alentours du regard, dansant d'un pied sur l'autre – la patience n'a jamais été son fort – et s'imprègne de l'atmosphère des lieux. Ça sent la cire et le bois de pin, une odeur qui lui rappelle un chalet dans lequel son père l'a emmené en vacances, plus jeune.
Dès qu'il entend des pas feutrés venant du couloir derrière Kagami, Aomine reconnait la démarche légère de madame Takahashi. Il devine même qu'elle les a repérés lorsqu'elle accélère. Elle s'excuse en se plaçant à son poste et il est aux premières loges lorsqu'elle redresse le visage et le reconnaît enfin. Un immense sourire quelque peu édenté lui mange le visage, et il ne peut s'empêcher de le lui rendre.
« Daïki ! Quel plaisir de te voir mon petit ... on était inquiet de ne pas t'avoir vu cette année. Ken sera ravi de te voir ! Tu restes cette nuit n'est-ce pas ? »
Il ricane sous l'assaut de question et s'incline devant la vieille dame en guise d'excuses.
« Je sais, ça fait longtemps. S'il vous reste de la place, oui nous aimerions rester », confirme-t-il.
Le visage bienveillant semble seulement remarquer Kagami. Elle plisse un peu les yeux et finit par lui sourire chaleureusement.
« Enchanté, c'est un plaisir de rencontrer un ami de Daïki. Je vous souhaite la bienvenue. »
Kagami lui rend son sourire et hoche la tête poliment. Malgré sa timidité naturelle, il est apaisé par l'aura de gentillesse qui se dégage de cette femme.
« Merci madame. Daiki m'a dit beaucoup de bien de votre auberge... Je suis vraiment content de m'y arrêter pour la nuit. »
L'aubergiste reporte son attention sur lui, ravie.
« Ta chambre habituelle n'est pas disponible, mais il m'en reste une. Tu aurais dû nous prévenir, je me serais organisé autrement !
— Tout s'est décidé rapidement, ne vous embêtez pas on va prendre celle qui reste, tente-t-il de la rassurer.
— Très bien, très bien. C'est celle du fond, qui donne sur le jardin. Je vous compte pour dîner ? »
Aomine n'a pas encore eu l'occasion de tester cette chambre. Ce sera une autre première. Dans leurs provisions, ils n'ont plus grand chose à part le fond d'un sachet de guimauve... Et il ne dira jamais non à la cuisine de madame Takahashi. Mais il se tourne tout de même vers Kagami, les yeux brillant pour avoir son avis.
Kagami, affamé, hoche la tête vigoureusement. Il espère qu'ils prévoient les quantités larges, ici. Il a hâte de découvrir l'endroit où ils vont passer la nuit, aussi... L'endroit lui semble... plutôt propice au romantisme.
Le brun échange encore quelques instants pour satisfaire la curiosité de son hôte, et apprend que son mari ne devrait pas tarder à revenir de la pêche. Il l'adore, mais préfèrerait s'éclipser avant de le croiser. Si non, il n'est pas près de voir la couleur de leur chambre, et maintenant qu'il est là, il sent le contre coup de la fatigue accumulée. Stratégique, il recule doucement en promettant de la voir plus tard et avant qu'elle ne lui pose une autre question il lui tourne le dos et embarque Kagami à sa suite.
Il entend se dernier ricaner derrière lui et lui adresse une œillade mi-dépitée, mi-complice. Il passe devant plusieurs portes dans le couloir en bois fraîchement ciré, dont "sa" chambre, celle que son père avait l'habitude de leur réserver, avec un léger pincement au cœur. Il suit le corridor et tourne à gauche, dans la partie la plus récente de l'édifice. Devant la dernière porte, il en fait coulisser le battant, impatient de découvrir les lieux.
Kagami lui emboîte le pas à l'intérieur et découvre une chambre plutôt spacieuse et lumineuse, avec de grandes portes vitrées donnant sur un jardin zen, ombragé par de grands pins aux silhouettes élancées.
« C'est super joli... » commente-t-il, charmé.
Le mur qu'ils ont choisi d'ouvrir offre une vue spectaculaire. Un jardin traditionnel en prolongement de la terrasse et les montagnes en arrière-plan. En contre bas, la rivière qu'ils ont traversée, alimentée par la même source que les bassins qu'il a hâte de retrouver.
« C'était encore en travaux la dernière fois que je suis passé... c'est incroyable », souffle-t-il en approchant de la baie vitrée pour l'ouvrir.
Kagami le suit et contemple la vue, splendide et apaisante. Il passerait bien des vacances entières ici.
« Yeah... C'est vraiment beau. » Il pose une main sur l'épaule d'Aomine et la presse doucement. « Merci. Je suis vraiment content de rester ici cette nuit... avec toi... » ajoute-t-il dans un murmure.
Aomine frissonne au contact et à ces mots. Il ne peut s'empêcher d'y entendre un sous-entendu, ou alors c'est son imagination... Il sourit, heureux lui aussi. Il hoche la tête à son intention et passe un bras autour de sa taille, admirant encore la vue.
Kagami laisse un sourire étirer ses lèvres, son cœur battant trop fort dans sa poitrine. Il tourne la tête et pose un baiser dans les cheveux du brun.
« Je sens qu'on va bien dormir ici. Plus de confort qu'en campant... Mais le même silence... »
Daïki se surprend à frémir. Sensible à ce geste tendre. Il se demande vaguement si c'est par manque d'habitude ou si venant de quelqu'un d'autre ça lui procurerait le même effet... Il secoue la tête pour lui-même avec l'image de sa sœur à l'esprit, persuadé que non.
« Ouais, c'est assez reposant comme endroit. Impossible de ne pas faire de grasse matinée ici... » Lui confirme-t-il en souriant.
Finalement il se détache de Kagami pour inspecter la chambre plus en détail et repère un panier de fruits sur la table. Il pique une pomme qu'il croque avec gourmandise puis inspecte un placard. Le fruit coincé entre ses dents il sourit en mettant la main sur ce qu'il cherchait. Un peignoir moelleux à souhait qu'il s'empresse d'enfiler, appréciant le confort d'abandonner ses vêtements sales pour la tenue décontractée par excellence.
Kagami s'efforce d'éviter de trop le regarder tandis qu'il se change, tâchant de se plonger à la place dans la contemplation du jardin. Le soleil est encore assez haut dans le ciel, définitivement ils ont fait vite aujourd'hui, la faute à sa fébrilité et à toute son énergie à évacuer.
Avec un soupir d'aise, Aomine revient sur la terrasse. Il s'assoit près de Kagami et lui tend une banane avec un sourire en coin, se doutant qu'il doit avoir un creux lui aussi.
« Tu préfères aller aux bains avant ou après manger ? »
Le rouge pèle son fruit et lui jette un regard de côté.
« Hm... Ça dépend. À quelle heure c'est le dîner ? »
Aomine cale ses mains derrière lui et réfléchit, creusant dans ses souvenirs.
« Pas avant deux bonnes heures j'dirais.
— C'est long, grogne Kagami. Bain avant, alors ! Et faudra que tu me réexpliques tout ce rituel compliqué qu'il faut faire avant de rentrer dans l'eau aussi... Je comprends rien aux onsens... »
Aomine l'observe en haussant les sourcils. Il a souvent tendance à oublier que Kagami n'a pas grandi ici et que certaines coutumes lui sont donc étrangères. Il comprend un peu mieux sa réserve à venir ici quand il lui a proposé. Il aurait dû y penser. Alors il lui adresse un sourire qu'il veut rassurant.
« Ouais bien sûr. Tu n'es pas venu souvent j'imagine...
— Non. La dernière fois, c'était au lycée... J'y suis allé avec mon équipe de basket, et tout le monde s'est bien fichu de moi parce j'étais en maillot de bain ! »
Kagami secoue la tête en marmonnant. Au final l'expérience avait été assez cool, mais plutôt étrange pour lui.
Aomine plaque une main sur sa bouche, refreinant son rire moqueur mais un gloussement s'échappe malgré ses efforts.
« Oh merde ! T'as dû en entendre parler longtemps !
Kagami lui lance un regard de côté, mais le laisse rire à ses dépens. Il soupire :
« Tu m'étonnes... En plus je m'étais pas lavé avant non plus... Mais personne fait ça aux USA ! On se baigne sales et habillés ! »
Cette fois s'en est trop, il laisse éclater son rire en imaginant la scène. S'il avait fait partie des spectateurs, il ne l'aurait pas lâché non plus, c'est certain ! Il s'essuie le coin de l'œil une fois son fou rire passé et lui presse l'épaule, encore amusé.
« J'aurais adoré voir ça, vraiment... mais comme j'adore venir ici, on va faire les choses bien. Je voudrais pas non plus que tu te fasses virer, ce serait dommage... » admet-il dans un dernier rire.
Kagami grogne encore pour la forme, mais l'hilarité du brun ne le dérange pas. Il aime l'entendre rire... Alors il peut mettre sa susceptibilité en veilleuse. Et puis... C'est vrai qu'avec le recul, cette histoire est assez drôle.
« Ouais, j'aimerais autant éviter aussi. En plus t'as une réputation à protéger ici !
— Disons que si tu me fais le même coup, je risque d'en entendre parler aussi. » Il le bouscule légèrement avec un sourire collé aux lèvres puis entreprend de lui expliquer : « C'est tout simple... Une fois passé les vestiaires, tu n'as le droit plus qu'à une serviette. Avant d'entrer dans l'eau, il faut bien se laver. Ensuite tu peux rejoindre le bassin, mais en deux temps. On n'entre pas d'un coup pour s'habituer à la température et on doit s'immerger que jusqu'au cou. La tête c'est interdit. Pour ce qui est de la sortie, pas de rinçage, tu t'essuies juste. »
C'est vrai que c'est un rituel qui peut paraître intimidant, mais ce ne sont que quelques règles simples. Il ne doute pas une seconde que Kagami va réussir à s'en sortir cette fois-ci.
« Hm... OK. Ça devrait pas être trop compliqué. »
Il adresse un sourire nerveux à Aomine. Pas parce qu'il appréhende tout ce petit rituel, mais parce qu'il est à la fois intimidé et impatient de vivre ce moment avec le brun. Ça va être dur de ne pas laisser son regard dériver... et de rester calme...
« Bon... Alors on y va ? »
Aomine hoche la tête. Pourtant en se redressant, il a soudain comme un doute. Kagami et lui ne seront pas seuls si l'auberge est pleine. Et même s'il sait que personne ne leur prêtera attention, son ventre se noue. Un souvenir désagréable l'envahit et lui fait serrer le poing sans qu'il ne s'en aperçoive. Il ne sait pas encore s'il est prêt à plus que d'embrasser Kagami, pourtant il s'était fait à l'idée qu'un jour il passerait le cap. Et réaliser qu'il va découvrir sa nudité pour la première fois en présence d'inconnus, en même temps qu'eux l'agace profondément. Son impatience en prend un coup et il se rassure comme il peut. Personne ne fera attention à eux, c'est normal dans ce genre d'endroit... Ils auront le temps de se découvrir ailleurs...
Ils quittent la chambre et traversent l'établissement en direction des vestiaires. Le stress envahit Kagami qui a soudain envie de se défouler pour faire passer cette désagréable anxiété fourmillant dans ses nerfs. Il s'intime au calme, ce n'est qu'une baignade à l'onsen, c'est quelque chose de banal somme toute. Et en plus, c'est censé être relaxant.
Aomine inspire un grand coup en rangeant son peignoir dans un casier. Sa serviette sur l'épaule il attend Kagami à l'entrée du bassin, nerveux. Il se ronge l'ongle du pouce en comptant le nombre de personnes présente, l'air de rien. Lorsqu'il sent la présence de son compagnon derrière lui, son pouls s'accélère, et il ose à peine lui adresser un regard par-dessus son épaule pour l'inviter à le suivre vers les tabourets où ils sont censés se laver.
Kagami ne peut pas s'en empêcher. Il baisse les yeux, juste un instant, et son regard tombe sur le fessier du brun, délicieusement musclé et tanné. Il se mordille la lèvre inconsciemment et se hâte de détourner le regard.
« Je te suis ! » lance-t-il, la voix un peu étranglée alors qu'il tente de passer en revue les choses les moins excitantes du monde pour se refroidir. Pas grand-chose ne lui vient à l'esprit, mais il se reconcentre. Maintenant, il s'agit de se laver. Ça lui occupera les mains, c'est parfait.
D'un pas sûr, le brun se dirige vers l'espace prévu pour la toilette. Il s'installe sur un tabouret et commence à se mouiller. Il ose enfin couler un regard à côté de lui pour s'assurer que Kagami a pris place et l'imite mais s'efforce de ne pas le regarder plus que nécessaire. Il se sent complètement idiot de ne pas avoir pensé à ce petit détail, en lui proposant de venir ici. Il a beau être habitué à cette pratique et être à l'aise avec sa nudité, il est vrai aussi qu'il n'était jamais venu avec quelqu'un qui lui plaisait ! Alors il se maudit en silence tout en frottant minutieusement chaque recoin de sa peau avec le savon à sa disposition. Il prend bien son temps, profitant aussi de ce moment pour essayer de se détendre et délasser ses muscles endoloris par l'effort de ces deux derniers jours.
De son côté, le regard rivé droit devant lui, Kagami se concentre aussi sur les gestes simples, tâchant de retrouver un peu de sérénité dans ce rituel. Heureusement, l'atmosphère des lieux l'y aide : tout est calme et tranquille, les quelques personnes dans le bassin ne font pas un bruit, le silence des montagnes règne autour d'eux et il a toujours l'impression de se trouver loin du monde, loin de son quotidien. Alors peu à peu, il retrouve son calme, même si son regard glisse de temps en temps vers le brun, capturant des aperçus de sa silhouette terriblement séduisante. Si proche, et si inaccessible. Il a souvent eu cette impression avec Aomine, mais cette fois, ça ne fait plus aussi mal. Parce qu'ils ont déjà entamé leur chemin l'un vers l'autre, et surtout parce que le brun lui a donné un véritable espoir.
Une fois lavé et débarrassé de toute sa sueur, Aomine se rince puis s'approche du bassin. La lumière de jour commence doucement à étirer les ombres mais l'écrin de verdure dans lequel ils sont suffi à donner une impression d'intimité. L'eau est limpide, attirante et fumante. La vapeur qui s'en dégage lui donne un aspect presque mystique et il peut déjà en ressentir tous les bienfaits sur son corps en tension. Il attend que Kagami soit à ses côtés pour lui souffler en guise de rappelle de s'immerger d'abord jusqu'à la taille, et sans plus attendre il entre dans l'eau avec un soupir d'aise. La différence de température le fait tressaillir mais il s'habitue assez vite.
Au début, Kagami trouve ça trop chaud, mais il accepte la sensation sans lutter, et bientôt la chaleur se répand dans ses membres en détendant ses muscles. Il avance peu à peu dans le bassin, prenant bien garde à ne pas s'immerger la tête comme Aomine l'a recommandé. Et il remercie la vapeur d'eau de rendre les contours un peu moins nets, le mettant un peu plus à l'aise avec sa nudité.
Aomine fait quelques pas en se mouillant le haut du corps puis se laisse glisser dans le bain jusqu'à la nuque. La chaleur l'enrobe et l'engourdit, comme si elle venait le délester de son propre poids. Il sait que bientôt il aura cette sensation étrange de faire partie de l'élément aquatique. Repérant un coin tranquille à l'opposé des autres usagers, il pose sa serviette sur le bord et s'en sert de coussin pour caler sa nuque. Ainsi amarré, il cherche brièvement Kagami du regard non loin de lui puis se laisse aller et ferme les yeux de plénitude, savourant le silence.
Le rouge le rejoint silencieusement et s'installe de la même manière, observant le ciel au-dessus de lui à travers les volutes de vapeur. Il n'a pas vraiment l'habitude se poser à rien faire et la sensation est étrange, presque dérangeante. Il doit lutter contre la fébrilité qui agite ses nerfs et se forcer à l'immobilité. Il ferme les yeux et se focalise sur la pression de l'eau sur son corps, l'enveloppant et le retenant tout en le faisant se sentir plus léger. Il inspire lentement, relâche graduellement la tension dans ses muscles. Il n'est pas sûr de pouvoir tenir longtemps comme ça, mais au moins il fait de son mieux pour se détendre.
La respiration profonde de son voisin le fait sourire. Aomine ouvre un œil et remarque qu'il s'est approché. Ce n'est pas pour lui déplaire, mais ça l'empêche d'être complètement serein. Bien trop conscient de sa présence, de leur proximité et... de leur nudité. Ce simple fait emballe son rythme cardiaque alors qu'il avait réussi à entrer dans un état méditatif, sans s'attarder sur aucune pensée en particulier. Le plus bas possible pour n'être entendu que de son compagnon il brise le silence.
« Ça fait du bien hein ? »
Kagami entrouvre les paupières en entendant la voix du brun et lui jette un coup d'œil à travers la vapeur qui les isole dans leur coin de bassin.
« Yeah... C'est plus chaud que je pensais... Mais c'est plutôt agréable. »
Aomine laisse un soupir de contentement lui répondre avant d'ajouter dans un demi sourire.
« J'pourrais m'endormir ici je crois.
— Mais non ! s'alarme Kagami tout à coup en se redressant. Tu risques de te noyer ! On t'a jamais dit que fallait pas s'endormir dans son bain ?! »
L'expression inquiète qu'il découvre sur le visage du carmin lui arrache un gloussement. Cette façon de crier en chuchotant est désopilante et il doit pincer les lèvres pour ne pas rire et risquer de déranger les autres.
« J'en n'ai pas l'intention Baka ! C'est juste trop bon.
— Hmpf... »
Kagami l'observe d'un air suspicieux, avant de finalement détourner le regard et se laisser aller de nouveau contre le bord du bassin.
« Je me méfie avec toi... reprend-il. T'as l'air de vraiment beaucoup aimer dormir... »
Cette fois ça lui échappe. Percé ainsi à jour il ricane. Il se redresse pour vérifier qu'on ne l'a pas entendu et tourne le visage vers Kagami avec un air narquois.
« Je plaide coupable. C'est mon deuxième passe-temps favori.
— Le premier étant le basket j'imagine... Et le troisième ? » demande Kagami, curieux.
Aomine lui adresse un sourire entendu tandis qu'il réfléchit. Son regard se voile en faisant défiler mentalement toutes les activités qu'il aime. Soudain, il revient se perdre dans les prunelles de feu posées sur lui et souffle la seule réponse qui pourrait faire comprendre à Kagami que c'est surtout ce qu'il fait en sa compagnie plus qu'une activité en particulier qui l'anime.
« Les aventures... »
Le cœur de Kagami se serre un peu face à ce sourire qui le réchauffe et fait vibrer une corde sensible en lui. Un sourire doux éclaire son visage tandis qu'il répond au brun :
« Je vois... C'est vrai que c'est plutôt cool. Même si j'ai pas l'impression d'en avoir vécu beaucoup jusqu'à maintenant... Mais aux côtés d'un aventurier, ça va forcément changer ! »
Aomine fronce un peu les sourcils. Il estime qu'il n'y a pas besoin d'escalader une montagne ou de partir à la recherche d'un troupeau de dinosaures ou il ne sait quelle relique historique pour parler d'aventure.
« Je suis sûr que si... commence-t-il. Chaque fois que tu sors de chez toi sans savoir ce qui t'attend, c'est une aventure. Comme ce que tu as entrepris en marchant sur les pas de ta mère... Venir tout seul au Japon, te lancer dans l'e-sport... On est loin de l'archéologue je te l'accorde, mais de mon point de vue t'es aussi un aventurier. »
Kagami rit doucement à ce portrait flatteur que peint Aomine, mais il comprend son argument.
« Hm... Ouais, je suppose que t'as raison. Ce que j'aime c'est me donner des défis à relever. Ça peut être faire une tarte aux pommes ou gagner un tournoi d'e-sport. Ou te suivre tout en haut d'une montagne ! »
Le brun lui sourit, amusé.
« Tu vois ! Tu dis jamais non, t'as le gout du risque, tu aimes expérimenter... Aventurier ! Pourquoi tu crois que je t'ai demandé de venir ? » conclut-il avec tout le sérieux du monde.
Kagami acquiesce, un léger sourire aux lèvres tandis que son regard se perd dans les volutes de vapeur qui montent du bassin, brouillant les contours et les isolant un peu du reste des baigneurs. Il commence à s'habituer à sa propre nudité, mais reste très conscient de celle d'Aomine. Au moins, la chaleur de l'eau lui donne un bon prétexte pour avoir le rouge aux joues.
« C'est vrai que je crois... qu'on a un peu la même philosophie des choses », souffle-t-il finalement.
Et quelque part, c'est rassurant. Car si vraiment la relation qu'il espère nouer avec le brun aboutit... Alors avoir des désirs compatibles sera très certainement un plus. Alors qu'il se projette ainsi, il se sent rougir un peu plus. Il ne devrait pas déjà penser à tout ça, mais il ne peut pas empêcher son esprit de divaguer un peu.
Un énième sourire taquine les lèvres d'Aomine à cette conclusion. Il acquiesce en silence et s'installe de façon à pouvoir observer le ciel dont le bleu s'approfondit lentement. Il sent son cœur battre dans sa poitrine à un rythme lent, alourdi par la chaleur qui dilate ses veines. C'est une sensation étrange mais il finit toujours par l'apprécier, prenant la pleine conscience qu'il est bien vivant. Son corps est en apesanteur, il arrive presque à s'en détacher complètement, focaliser sur les sons et les sensations qui l'entourent. La respiration régulière et profonde de Kagami à ses côtés le berce et chaque fois que son voisin bouge, les remous de l'eau viennent chatouiller ses reins. Une sensation loin d'être désagréable que son esprit associe à des caresses qui font pulser son sang sensiblement plus vite. Dans un élan d'audace, sans le toucher il vient le caresser de la même façon, en créant un léger courant dans sa direction.
Kagami frémit alors que l'eau vient laper son dos, son corps s'éveillant alors qu'il émerge de sa rêverie. De nouveau il songe au corps d'Aomine étendu près du sien, si près... S'il regardait dans sa direction il pourrait discerner ses contours sous l'eau. Et pourtant il lui est aussi inaccessible que s'il se trouvait à l'autre bout du bassin. Il a presque les mains qui vibrent dans son effort conscient pour rester immobile et s'empêcher de toucher le brun. Trop vite son esprit s'emplit de visions troublantes. Il s'imagine plaquer Aomine contre le bassin et presser son corps contre le sien, chercher ses lèvres tandis qu'il agripperait ses cuisses...
Il rouvre les yeux soudain et déglutit, cherchant dans le ciel sombre de quoi refroidir ses ardeurs. Définitivement, ce petit séjour à l'onsen n'est pas de tout repos.
Aux vagues plus fréquentes qui réussissent à atteindre sa nuque, le brun se doute que Kagami est agité. Il ne sait pas trop depuis combien de temps ils font trempette, mais connaissant un peu l'énergumène, il se dit que c'est déjà un exploit de l'avoir gardé immobile jusque-là. Il se délecte d'un nouveau frisson qui parcours sa colonne vertébrale quand une bulle d'air vient lui lécher la peau et ouvre un œil avant de s'attarder sur l'image un peu trop explicite s'imprimant derrière ses paupières. C'est lui ou il fait plus chaud ?
En tournant la tête pour s'assurer que tout va bien, il croise le regard de Kagami. Une lueur qu'il a déjà pu apercevoir les fait briller et cette fois il pense être en capacité de la nommer... Il en perd le souffle une seconde, réalisant avec une certaine déception que ce n'est ni le moment, ni l'endroit pour y répondre.
Kagami se sent percuté comme par un poing dans le sternum alors qu'il accroche le regard d'Aomine, sombre dans la lumière déclinante, et un instant il croit déceler le reflet de la même lueur qui doit habiter le sien. Il détourne rapidement les yeux, tentant de dissimuler son trouble.
« Je meurs de faim... dit-il d'une voix plus rauque qu'il ne l'aurait voulu. On y va ? »
Un peu hagard après ce moment suspendu, Aomine se râcle la gorge – qu'il s'étonne de trouver très sèche tout à coup – avant de répondre.
« Ouais bonne idée... Je commence à être tout fripé de toute façon.»
Intérieurement, il se fout une claque pour son commentaire débile. Super, bravo Daïki... La précision était-elle vraiment essentielle !? Il lève les yeux en balayant la voix de sa conscience et grimace déjà à l'idée du choc thermique qu'il va devoir encaisser.
Kagami se lève et s'extrait du bassin d'une traction des bras, se dépêchant de retrouver sa serviette pour dissimuler l'effet que lui fait le brun. Soulagé de pouvoir se couvrir au moins un peu, il se hâte en direction des vestiaires pour achever de se cacher.
Feignant de le suivre, le brun marque un temps d'arrêt lorsque les fesses de Kagami s'offrent à sa vue. Il en reste pantois et se sent rougir violemment. Heureusement que son compagnon à l'air pressé de regagner les vestiaires... Il secoue la tête pour se ressaisir, et inspire profondément pour calmer son palpitant qui cogne un peu trop fort contre ses côtes. À bonne distance, il évite de s'attarder sur sa silhouette et rejoint la sortie d'un pas qu'il espère nonchalant.
Une fois rhabillé, Kagami retrouve un peu de son calme. Mais il se sent encore fébrile, d'autant que la faim qui le taraude ne fait rien pour arranger sa nervosité. Quand il retrouve Aomine, il lui adresse un sourire qui tremble un peu.
« J'espère que c'est l'heure du dîner ! » s'exclame-t-il.
Le brun sursaute presque. C'est à peine s'il ose le regarder, de peur que cette électricité ne revienne hérisser tous ces poils et tirailler son ventre. Le moment de détente et la fatigue qu'il sent peser sur lui le rendent plus sensible, plus conscient de son corps. Ce soir plus que jamais, Kagami le trouble. Il espère que le repas fera diversion et l'aidera à reprendre contenance, mais avant, il aimerait bien se changer. Le peignoir finalement... il n'est pas sûr.
« On doit pas en être loin. T'as qu'à y aller pour nous choisir une table, j'te rejoins. Je... j'vais mettre autre chose », explique-t-il moins serein qu'escompté.
Kagami baisse les yeux sur sa propre tenue, se demandant soudain s'il ne devrait pas se changer aussi. Mais il y renonce et acquiesce :
« Ok, à tout à l'heure. »
Il se détourne et s'éloigne, il a la sensation qu'Aomine est troublé également et les questions se bousculent dans sa tête. Est-ce que ça fait peur au brun ? Est-ce que ça lui plaît ? C'est difficile de savoir ce qui se passe dans sa tête et il a peur, une nouvelle fois, de s'emballer, ou de se laisser dépasser par ses propres émotions. Et pourtant... une autre part de lui veut les accueillir, les assumer. Il n'a pas à se cacher... Mais ça reste délicat, avec le brun qui est avant tout un ami, et un ami qui vient de se découvrir de possibles nouvelles attirances...
Il arrive à la salle du restaurant et choisit une table dans un coin, près de la fenêtre. La vieille dame qu'il a vue en arrivant ne tarde pas à venir à sa rencontre, et il lui demande une bière, en prenant une aussi pour le brun. Mais il ne l'attend pas avant d'y plonger les lèvres, rasséréné par la boisson fraîche et familière.
Seul dans leur chambre, Aomine arrive à se calmer un peu. Il fouille au fond de son sac pour trouver son jogging qu'il avait prévu pour le retour demain, et un t-shirt propre à manche longue. Une fois couvert, il prend le temps pour se remettre les idées en place. Les images qui lui sont passées par la tête ne l'ont pas vraiment dérangé. Il a accepté le fait d'être attiré par Kagami. Ce qui le déroute en revanche c'est cette envie de plus en en plus tenace et puissante qu'il a de le toucher. D'être touché... Rien que d'y penser, ça lui tord les tripes. À croire que c'est quelque chose de plus fort que lui qui commence à prendre le contrôle de son corps au fur et à mesure qu'il l'accepte. Ça l'effraie un peu de découvrir cette intensité qu'il n'a jamais ressenti auparavant, mais d'un autre côté, il la trouve grisante. Comme si tout était nouveau et qu'il découvrait ses sensations pour la première fois.
Avant de sortir de sa cachette, il respire un bon coup, se rappelant de profiter de l'instant et de ne pas trop anticiper, au risque de devenir trop nerveux et de tout gâcher. D'abord, manger. Reprendre des forces. Ensuite... ils verront bien.
En apercevant son complice au fond de la salle, il se surprend à sourire. Il s'installe face à lui en le remerciant pour la bière et fait tinter sa chope contre la sienne avant d'en avaler une longue gorgée.
Kagami est un peu soulagé de voir qu'Aomine semble plus détendu et confiant. Il avale une autre gorgée de bière, son regard balayant la salle aux lumières tamisées et à l'atmosphère calme et chaleureuse.
« Bon... Je suis content de maîtriser les codes de l'onsen, dit-il finalement avec un demi sourire. Maintenant, je pourrai même y aller tout seul. »
Aomine relève le visage vers lui, étonné. Sa première pensée est "non, surement pas." Mais il se retient à temps. À la place il ravale son commentaire déplacé et lui sourit en retour.
« Tu vois, j'te l'avais dit, c'est pas si compliqué.
— Ouais... Espérons juste que je me mélange pas les pinceaux la prochaine fois que je vais à la piscine... Sinon je suis bon pour te faire une visite surprise au poste. »
La remarque a le don de le faire rire et de finir de le détendre. En effet, ce serait plutôt cocasse !
« Je donnerais cher pour voir ça tien ! Personne ne croira ton excuse, assure-t-il dans un ricanement.
— Même toi ? Tu me mettrais en garde à vue ? demande Kagami, un peu taquin.
— Et comment ! Ne serait-ce que par devoir, pour calmer les parents des pauvres enfants traumatisés ! Commence-t-il plus ou moins sérieusement. Mais si tu veux passer du temps avec moi au poste, t'es pas obligé d'aller aussi loin hein... » conclu-t-il moqueur.
Kagami rit un peu :
« Ouais j'ai pas vraiment de bonnes raisons non plus... J'ai déjà porté plainte pour mes visiteurs indésirables et j'ai pas d'autres ennuis à signaler... »
Toujours amusé, il reporte son attention sur sa boisson. Alors qu'il imagine différents motifs pour enfermer Kagami en garde à vue, un homme s'approche d'eux pour le saluer chaleureusement. Il en avait presque oublié où ils se trouvent... Il s'incline poliment devant monsieur Takahashi et lui présente Kagami, avec plus de fierté que d'angoisse cette fois.
« Je vous présente Kagami Taïga, un ami. Il a bien mérité son passage ici vous savez.
— Ravi de l'apprendre ! Et de vous compter parmi nous. Il vous a fait dormir au col ? demande le vieil homme à son compagnon de route.
— Oui... répond Kagami en souriant. L'endroit est à couper le souffle... Je n'étais jamais venu... Mais je reviendrai !
— Profitez en les jeunes... Mes vieux os ne me permettent plus de grimper là-haut, mais je n'ai jamais oublié... »
Aomine hoche la tête en souriant avant d'ajouter à l'intention de Ken qu'il sait amateur de pêche.
« Je lui ai même appris à ferrer un poisson. On a fait de belles prises pour la saison.
— Oh je vois... La prochaine fois que vous passez dans le coin, il faudra me montrer vos talents, jeune homme. »
Kagami rit en rougissant un peu :
« Oh c'est lui l'expert de la pêche... Moi mon truc c'est plutôt de les cuisiner, les poissons...
— Je crois comprendre pourquoi Daïki vous a choisi pour l'accompagner. C'est un vrai gourmand, et ma femme n'a jamais réussi à lui apprendre quoi que ce soit !
— Hé ! » s'indigne faussement Aomine.
La vérité c'est que le sourire chaleureux et les souvenirs évoqués par Takahashi le font rire. Et puis... ce n'est pas comme s'il avait tort non plus, le bougre. C'est donc officiel, la vieillesse est bien synonyme de sagesse...
« Alors je vous en dirai des nouvelles... parce que moi aussi, j'ai relevé le défi de lui inculquer quelques bases culinaires ! s'exclame fièrement Kagami.
— Bon courage dans ce cas ! Ce gosse passait plus de temps à gouter les ingrédients qu'à les mélanger...
— J'ai plus dix ans je vous signale, j'ai fait des progrès ! » s'exclame Aomine en croisant les bras sur sa poitrine.
Kagami rit en entendant ça, il n'a aucun mal à imaginer le Aomine d'aujourd'hui chiper un peu de tout dans les diverses préparations, et il sait qu'il devra tout surveiller avec attention.
« Il faut un peu de discipline, mais être gourmand c'est fondamental pour savoir cuisiner », assure-t-il en jetant un coup d'œil amusé au brun.
Il note la tentative de sauvetage de Kagami, mais visiblement ces deux-là s'entendent un peu trop bien sur son cas. Takahashi leur sourit, le regard pétillant de malice et il ne peut se résoudre à bouder plus longtemps.
« Bon, je vais vous laissez. Je vous souhaite bon appétit, et si jamais les recettes de ma femme vous plaisent jeune homme, n'hésitez pas à les lui demander. Elle en sera ravie. Daïki, toujours un plaisir de te voir. »
Il lui offre un sourire entendu, décidément heureux d'être passé par ici avant de retrouver le reste du monde. N'ayant pas connu les siens, les Takahashi sont pour lui ce qui se rapproche le plus de grands-parents.
Quand le vieil homme s'éloigne, Kagami reporte son attention sur Aomine et sourit :
« Ça se voit qu'ils te connaissent bien. »
Aomine roule des yeux, feignant de ne pas savoir de quoi il parle et se cache dans sa bière.
Kagami rit devant cette attitude enfantine. Aomine fait souvent ça, bouder ou réagir comme un gamin qui fait un caprice, et le rouge trouve ça étrangement craquant. Il autorise son regard à s'attarder sur lui, et puisque cette bière n'est pas très efficace pour le cacher, il étudie son visage et l'admire sans chercher à être particulièrement discret.
Sentant son insistance, Aomine se racle la gorge et consent à lui en dire un peu plus. Peut-être que ça l'empêchera de rougir sous le regard brûlant de Kagami.
« Disons que j'ai passé pas mal de temps en leur compagnie. Avant que mon père puisse m'emmener avec lui, des fois on venait ici avec ma mère pour l'attendre. Et comme il n'y avait pas de terrain de basket, il fallait m'occuper autrement... »
Kagami éclate de rire en entendant ça et se mord la lèvre, réprimant son envie de prendre sa main.
« Okay... Donc ils te filaient à bouffer, c'est ça ? Alex faisait ça avec moi quand j'étais particulièrement grognon. Ça marchait presque toujours. »
Il protesterait bien mais se serait mentir. Et puis le rire de Kagami lui chatouille l'estomac. Alors il lui offre un demi sourire de bonne grâce. Rassuré tout de même d'apprendre qu'il était un peu pareil.
« Ouais... entre autres. Je testais les recettes, à défaut de savoir les faire. Et Ken m'a souvent emmené pendant ses parties de pêche. Je m'occupais des écrevisses avec mon épuisette », raconte-t-il avant de demander curieux : « Et elle faisait quoi si la bouffe ça marchait pas ?
— Hm... Elle m'emmenait au bord de la mer et on prenait une glace. Ça, ça marchait à tous les coups. La mer, c'est... Je sais pas, si on regarde les vagues assez longtemps, on a juste le cœur qui devient plus léger. Enfin... ça marche pour moi en tout cas », ajoute-t-il en baissant les yeux, rougissant un peu à cette confession.
Le brun ne manque pas une miette du changement de couleur sur ses joues. Et ça aussi, ça lui chatouille l'estomac. Ou alors, il a vraiment trop faim, assez pour avoir envie de manger du tigre... À cette idée il déglutit et s'empourpre à son tour. Pas mécontent que Kagami ne le regarde plus pour voir ça. Pour tenter de chasser son trouble il se force à réfléchir à ce qu'il vient de lui confier, repensant à leur sortie surf.
« Je crois que c'est l'effet que ça me fait la hauteur. Ça m'aide à remettre les choses en perspective, à leur place. La mer s'est tellement grand, tellement puissant. C'est comme regarder les étoiles la nuit, on finit par se sentir tout petit. »
Kagami relève les yeux et acquiesce :
« Yeah... Ça fait relativiser... Et puis... Même si je tiens jamais bien longtemps en place, des fois j'aime me poser un peu, et juste regarder le paysage. »
Il marque une pause, réfléchissant le regard perdu dans sa bière, puis reprend avec un sourire :
« Alors j'imagine que ça nous fait un autre point commun... Cette façon dont on peut se ressourcer. »
Aomine lui sourit en retour, satisfait de cette conclusion. Il se surprend à compter ça comme un bon point, comme s'il avait un match à gagner, ou que s'ils remplissaient un certain quota, il gagnerait quelque chose. Amusé par l'idée et sachant son complice joueur, il demande pour vérifier :
« Tu les comptes ?
— Yeah... C'est une évaluation ! Pour l'instant, tu t'en sors bien », réplique Kagami, finissant sa chope de bière.
Évidemment, dans cette 'évaluation', Aomine marque tous les points et a déjà remporté le match. Mais il faut bien ménager le suspense.
Cette fois c'est à Aomine d'éclater de rire. Qu'est-ce qu'il disait... Kagami se laisse rarement démonter et il adore leurs petites joutes verbales. Il secoue la tête en ricanant, content d'avoir vu juste. Car ça leur en fait un de plus...
« Oh je vois, ravi de l'apprendre ! J'avais rarement de bonnes notes pourtant à l'école... lance-t-il avec un clin d'œil.
— Moi non plus, acquiesce le rouge. Mais il s'avère que finalement tu es bon élève. Le premier de la classe, même ! »
Il rit encore. Il a l'habitude d'être le premier, mais ça n'était jamais arrivé en classe. Pourtant, ça le réjouit tout particulièrement pour ce qui est de celle-ci. En espérant bien-sûr être le seul élève...
« Ah ouais ? Je m'en sors plus que bien alors... le taquine-t-il. Faut croire que mes anciens prof' n'étaient pas assez sensibles à mes charmes... remarque tu me diras, heureusement... j'aurais pu avoir des problèmes. »
Kagami secoue la tête en laissant échapper un rire.
« C'est surtout les profs qui auraient eu des problèmes. Mais je serai ton prof en cuisine et j'assume tous les ennuis que je pourrai récolter en faisant du charme à mon élève », ajoute-t-il d'une voix plus basse, les yeux brillants, guettant sa réaction.
À cette déclaration, son cœur s'emballe, et il ne sait pas trop si c'est d'appréhension ou d'excitation. Il reprend son geste qu'il a laissé en suspens sous l'effet de la surprise et avale le fond de sa bière avant de reporter son attention sur lui. Il le scrute un instant le temps de comprendre ce que ça lui fait. Puis un rictus étire le coin de sa lèvre lorsqu'il réalise qu'il est curieux, et qu'en réalité il a même hâte de voir comment il compte s'y prendre. Ce n'est pas dans ses habitudes de se faire draguer en dehors des œillades insistantes et des sourires enjôleurs, et l'idée que Kagami s'y essaie lui plait bien.
« C'est bon à savoir... Peut-être que c'est une méthode d'apprentissage qui pourrait m'intéresser, admet-il sur le ton de la confidence.
— C'est bien ce que je pensais », triomphe Kagami en croisant les bras sur sa poitrine.
Il continue à fixer le brun, sourire aux lèvres, quand leurs plats arrivent, et son attention est aussitôt détournée sur la nourriture dont le fumet délicieux vient chatouiller ses narines.
Contrairement à son compagnon, il ne parvient pas à détourner le regard. Il s'amuse de le voir humer avec gourmandise les volutes qui se dégage de son assiette et la façon qu'il a de détailler le plat de son œil expert. Il commence à connaître son rituel pré-dégustation et il guette l'arrivée de sa moue appréciatrice sur son visage, faisant office d'approbation avant d'entamer son repas.
Et la moue ne tarde pas à apparaître, puisque son plat lui semble terriblement tentant, et il n'attend pas plus longtemps avant de s'y attaquer voracement.
Aomine meurt de faim et son ventre gargouille, réanimé par l'odeur alléchante, pourtant il tient inexplicablement à voir si Kagami aime ce qu'il mange. Comme si c'était l'ultime case à cocher dans l'évaluation de ce séjour avec lui et que toute possibilité de réitération en dépendait. C'est que maintenant qu'il sait être le premier de la classe, il a très envie de le rester. Question de fierté...
Kagami se sent observé et relève les yeux, amusé en découvrant le brun qui semble guetter sa réaction. Il déglutit sa bouchée et sourit :
« À me regarder comme ça, on dirait que c'est toi qui as cuisiné ! Mais j'adore, en tout cas. »
Un brin gêné d'avoir été démasqué, il secoue la tête pour se ressaisir et s'attelle à son plat dont il savoure la rondeur et les souvenirs qu'il ravive.
« Tant mieux... » marmonne-t-il entre deux bouchées.
Kagami garde son sourire aux lèvres, il sait que c'est important pour Aomine qu'il apprécie son séjour, qu'il se sente bien dans cet endroit où il a de beaux souvenirs. Et c'est le cas. Aussi, il le rassure :
« Je suis content qu'on soit venus... J'appréhendais un peu l'onsen et tout, mais l'endroit est super chaleureux... On s'y sent accueilli. »
Aomine relève les yeux. Parfois il trouve ça un peu effrayant cette façon qu'ils ont de deviner leurs pensées, mais ça a aussi quelque chose de rassurant. Ils se comprennent bien, ce qui est plutôt important lui semble-t-il pour la suite, si leur relation doit passer à un autre stade. Heureux que son enthousiasme soit partagé, il lui sourit.
« Content que ça te plaise... C'est un peu ma deuxième maison ici.
— Ouais, je comprends... Les endroits où on a plein de souvenirs, on s'y sent toujours ramené d'une façon ou d'une autre. Ils font un peu partie de nous, j'imagine », conclut Kagami en reprenant une bouchée.
Il acquiesce en silence, profitant de son repas en bonne compagnie. Il n'avait pas fait attention jusque-là, mais la salle à manger s'est remplie d'autres clients et l'ambiance familiale et détendue qui se dégage des lieux ne font qu'ajouter du poids à ces propos. Comme toujours, il apprécie la générosité des portions de madame Takahashi mais il la soupçonne de leur en avoir mis le double, pour être sûre. Si bien que sur la fin, c'est de la pure gourmandise qui l'incite à enchainer les cuillérées.
Kagami est ravi qu'il puisse manger à sa faim sans avoir à demander un deuxième plat identique. Cela dit, il va certainement se laisser aussi tenter par un petit dessert.
Quand monsieur Takahashi vient emporter leurs assiettes, il transmet ses compliments à la cheffe, et demande aussi si elle pourra lui noter la recette. Il a vraiment aimé son plat, et en plus, s'il peut rappeler ce lieu de repos à Aomine quand ils seront rentrés à Tokyo, c'est tout bénef.
Le brun est repu, mais il ne peut décemment pas refuser les mignardises de sa grand-mère d'adoption. Déjà parce qu'elle s'inquièterait de son état de santé s'il n'en mangeait pas, et puis parce que ce serait un sacrilège de ne pas engloutir au moins trois wagashi avant de repartir d'ici, au minimum !
Quand Ken revient d'ailleurs avec toute une assiette de ces pâtisseries traditionnelles multicolores, il ne sait pas lesquelles choisir.
Kagami s'émerveille devant cet assortiment délicat et gourmand et se retrouve aussi pris d'hésitation devant tout ce choix. Finalement, il prend sa décision et tend la main pour s'emparer d'un mochi, sauf que le brun tente de capturer la même proie au même moment et leurs mains se heurtent. Il éclate de rire :
« Sorry... Vas-y prends-le ! »
Aomine ricane aussi et s'apprête à décliner pour le lui laisser mais une meilleure idée lui vient. Il attrape le mochi et croque dedans de façon à en laisser la moitié qu'il tend à Kagami dans une proposition silencieuse, fier de lui.
Kagami sourit et prend la moitié de mochi qu'il engloutit en marmonnant un remerciement au brun. Il grogne d'approbation en découvrant la saveur légèrement sucrée et régressive de la douceur, et enchaîne aussitôt avec un autre dessert, heureux de si bien manger ce soir.
Ce sera finalement quatre petites pâtisseries – et demi ! – qu'il aura réussi à engloutir. Tout ça, juste pour ne pas renvoyer un plat à peine entamé bien évidemment. Kagami qui n'est pas censé aimer le sucré de son propre aveu s'est aussi fait plaisir sur le dessert. Si ce n'est pas la preuve qu'ils sont exceptionnels ici...
« Humm... j'en peux plus ! C'était trop bon... » déclare-t-il en s'étirant tel un chat.
Kagami l'observe d'un œil, sexy alors que dans son geste, son vêtement se soulève, laissant apercevoir son ventre d'un brun doré si tentant. Le rouge a terminé, mais il a clairement envie d'un autre dessert... Il détourne le regard et se renfonce au fond de son siège, soupirant de satisfaction.
« Yeah... Et ces desserts étaient vraiment extra.
— Pas vrai ? » demande Aomine sans vraiment attendre de réponse.
Là maintenant tout ce dont il a envie c'est de s'allonger quelque part où il peut voir le ciel pour digérer tout ça. Et si Kagami était d'accord pour s'allonger près de lui, il trouverait ça encore mieux... Mais peut être que son compagnon a envie d'autre chose.
« Tu as encore faim ? Si tu veux y a de quoi faire du thé dans la chambre mais si tu préfères rester ici, on peut. »
Kagami lui jette un coup d'œil et rit un peu :
« Nan, j'ai plus faim. Et puis... Je commence à me sentir bizarre à me balader en peignoir. Retournons dans la chambre. »
Aomine ricane, comprenant son point de vue. Il se lève et adresse un signe de la main à Ken toujours au service sur le chemin de leur chambre. Maintenant qu'il a l'estomac plein et qu'il a pu relâcher le gros de la tension latente en riant avec Kagami, il se sent moins nerveux à l'idée de retrouver l'intimité de la pièce où ils vont passer la nuit. Même s'il ne peut pas s'empêcher d'anticiper et de faire tourner son imagination, il se sent plus serein quant à sa façon de réagir.
Alors qu'ils traversent le couloir faiblement éclairé, Kagami se surprend à avoir de nouveau cette étrange sensation d'irréalité. Il n'aurait jamais cru se trouver ici, dans ces circonstances, avec Aomine. Ça a quelque chose de déroutant et d'enivrant, et ce soir il ne laisse pas ses peurs le rattraper. Il veut vivre le moment, se laisser un peu aller, découvrir le brun autrement.
En entrant dans la chambre, Kagami s'éclipse dans la salle de bain pour enfiler un jogging et un t-shirt, soulagé de retrouver des fringues plus normales dans lesquelles il est à l'aise. Il se regarde quelques instants dans le miroir, le cœur battant, presque effrayé de cette nouvelle intimité qu'il partage avec Aomine, ici dans ce cadre où ils sont moins isolés que la nuit dernière dans leur tente au bord du lac. Il inspire un grand coup, puis quitte la salle de bain pour rejoindre le brun.
Maintenant qu'ils sont seuls, Aomine ne sait pas trop quoi faire de lui-même. Alors il s'occupe les mains en préparant un peu de thé sur le réchaud à leur disposition. Il laisse son regard se perdre dans la nuit qui est tombée en prenant conscience de la sensation qui pèse sur sa poitrine et le laisse fébrile, presque tremblant. Il a beau respirer profondément, elle ne se dissipe pas. Et quand il se retourne pour voir Kagami sortir de la salle de bain, il en comprend immédiatement la raison.
C'est cette foutue électricité qui est revenue et semble l'attirer vers lui comme un aimant. Cette force d'attraction à laquelle ce soir il se sent incapable de résister.
Kagami s'approche et s'assoit près de la table basse, à côté d'Aomine. Ils font face à la baie vitrée que le brun a entrouverte, et le clair de lune baigne la chambre, si bien qu'ils n'ont même pas allumé la lumière. Il apprécie cette pénombre qui semble les envelopper et les protéger. Il regarde le profil d'Aomine se détachant des ombres, et son cœur cogne plus lourdement dans sa poitrine. Puis, il se penche pour poser un baiser sur son épaule avant de se redresser pour regarder les jardins ourlés de lumière argentée.
« On a une nuit magnifique... On se rend jamais vraiment en compte en ville... De la lumière de la lune... »
Malgré le tissu entre sa peau et les lèvres de Kagami, Aomine en a senti la chaleur. Ce simple geste accélère la course de son cœur, si bien qu'il entend à peine ce que Kagami lui raconte. Il ne sait pas si c'est la fatigue, l'effet de l'onsen, sa proximité avec lui depuis deux jours entiers ou un mélange de tout ça à la fois, mais force est de constater qu'il est particulièrement sensible et réceptif ce soir.
Il serre un peu sa tasse entre ses doigts pour s'ancrer à quelque chose et suit le regard de Kagami pour ne pas répondre totalement à côté.
« Elle est presque pleine en plus, on a de la chance. »
Kagami peut entendre la nervosité, et peut-être autre chose qu'il n'est pas sûr d'identifier, dans la voix d'Aomine. Il reste immobile pendant quelques instants, profitant du silence et respirant les parfums humides qui montent du jardin. Puis, il passe un bras autour de la taille du brun, le serrant légèrement contre lui tandis que sa main se referme sur sa hanche. Il se sent mieux ainsi, s'assurant de la réalité du moment, s'ancrant dans ses sensations, et il laisse ses émotions s'épanouir sans chercher à les dompter. Il se sent heureux à cet instant, effrayé aussi, surpris, un peu incrédule... Il aime la façon dont ce mélange le déroute, il a envie de s'égarer dans cette nuit qui semble regorger de mystères et de promesses.
Le contact presque possessif du bras de Kagami autour de son corps lui provoque un frisson bien trop délicieux pour être assimilé à autre chose que du plaisir. Il peut sentir sa chaleur irradier au travers de son t-shirt et ça l'apaise autant que ça lui donne envie de plus.
Par moment, il aimerait que son compagnon soit plus entreprenant, qu'il ne lui laisse pas d'autre choix que de le suivre dans ses envies qu'il devine parfois au fond de ses yeux. Mais Kagami est un ange. Il lui a demandé du temps, alors il lui en donne. Sauf que pour une obscure raison, il a le sentiment d'arriver à cours de ce temps. Que bientôt tout ce qui lui passe par la tête ne sera plus si simple et évident que maintenant. Il a encore une fois l'impression d'être au bord d'un précipice et qu'il doit sauter dans le vide. Comme lorsqu'il a embrassé Kagami la veille. Mais il a tellement aimé la chute... pourquoi devrait-il avoir peur de celle-ci ?
Fort du souvenir de ce challenge réussi, il se détend un peu et laisse son poids peser sur Kagami. Il parvient même à poser son front sur son épaule où il soupir de satisfaction.
Kagami sourit dans le noir en le sentant se détendre un peu, et il relâche sa hanche pour remonter dans son dos en une douce caresse. Il aime la sensation du tissu léger glissant sous ses doigts tandis qu'il le froisse dans son sillage. Il tourne la tête pour respirer l'odeur de ses cheveux et il se laisse aller à l'envie d'y poser des baisers. Il adore son parfum, sa présence qui a une façon intime et singulière de le bouleverser. Une nouvelle fois, les mots qu'il a envie de lui dire restent bloqués dans sa gorge. Il ne veut pas les lui dire maintenant, mais il les sent résonner dans son cœur.
La tendresse dans les gestes de Kagami lui noue la gorge. Il se fait l'impression d'un chien de refuge qui n'aurait jamais connu de caresses de sa vie. La douceur, c'est pas trop son truc. Enfin c'est ce qu'il croyait... Dans l'intimité qu'il a fugacement partagée avec ses conquêtes féminines, il n'en n'était pas vraiment question. Le désir prenant le pas sur le reste. Avec lui c'est différent. Il s'agit d'abord de ça avant tout. De ce lien unique qui les relie. Et des sensations qu'il provoque en lui et qu'il a encore du mal à définir. C'est tellement nouveau, tellement inédit qu'il en vient à se demander s'il a vraiment connu quoique ce soit avant lui. Kagami ne fait que l'effleurer, le serrer paisiblement contre lui sans rien n'attendre, et ça l'émeut tellement que son corps se met à trembler pour de bon. Secoué d'un trop plein d'émotions qu'il peine à contenir.
Lorsqu'il sent ces tremblements, Kagami ne pose pas de question, il n'y en a pas non plus dans son esprit. Il ne pense pas vraiment, il se contente de le serrer contre lui, il veut juste lui prouver qu'il peut s'accrocher à lui, qu'il n'a pas besoin de s'expliquer ou de refouler. Le nez enfoui dans ses cheveux, il l'enlace et continue de caresser son dos, se laissant envahir par des émotions confuses, mais animé par la certitude qu'il est au bon endroit, avec la bonne personne.
Lorsque Kagami raffermit sa prise sans rien dire, il sent sa poitrine déborder. Il se concentre sur ses gestes apaisants, sa respiration dans ses cheveux et tente d'endiguer le flot tant inattendu qu'intense qui le bouleverse. Il pose la main sur l'autre épaule de Kagami pour resserrer leur étreinte et l'agrippe plus qu'il ne l'aurait voulu, froissant son vêtement. D'instinct il se niche plus haut, dans le creux de son cou et s'abandonne à la marée montante. Il la laisse déferler sur lui, et hors de lui sans plus chercher à la maîtriser, puisque ça ne fonctionne pas. Lentement, les spasmes finissent par refluer et s'espacer, laissant son corps tendu et crispé. Les larmes qu'il pensait pourtant si proches n'ont pas coulé, mais le laissent avec le cœur toujours gonflé de ce trop-plein dont il ne sait pas quoi faire. Il n'est qu'une énorme boule de nerf à fleur de peau.
Kagami accueille ce débordement émotionnel sans réfléchir, mesurant l'aspect intime et rare de ce moment. Sa main remonte sur la nuque du brun pour la masser délicatement, se glissant dans ses cheveux avec douceur. Il inspire profondément l'air nocturne qui vient les chatouiller, son regard se perdant dans les ombres tandis qu'il berce le brun dans ses bras. Au bout d'un moment, il brise le silence pour demander dans un murmure :
« You're okay ? »
Maintenant qu'il est de nouveau le maître de lui-même, Aomine hoche la tête et desserre un peu son emprise sans se défaire de lui.
Ainsi pressé contre Kagami, sa main perdue dans ses cheveux, si proche et pourtant si loin aussi, il perd la notion de l'espace-temps. Il a la tête qui tourne, ses idées s'emmêlant dans des tentatives d'analyse. Peut-être que dans son esprit, il a bel et bien accepté son attirance pour Kagami. Pourtant il pressent que tant qu'il n'y aura pas cédé, tant qu'il ne s'y sera pas confronté il ressentira cet encombrement peser sur sa poitrine qu'il identifie à présent comme de la frustration. Il n'y a sûrement pas que ça mais c'est ce qui lui semble le plus évident en cet instant. Il a assimilé la théorie, s'y est habitué, et il a besoin de passer à la pratique.
Malgré ses efforts pour franchir les barrières, s'il a tant de mal à y parvenir c'est peut-être qu'il en a sous-estimé la hauteur, ou qu'il s'y prend mal. Aomine réalise qu'il faut qu'il essaie, qu'il mette de côté tout ce qui le retient pour tester ses limites. Sa pudeur, la bienséance, ses certitudes, tous ces dictats extérieurs dont il est victime et esclave. Il n'y a que de cette façon qu'il pourra les dépasser. En les connaissant. Et il sait déjà qu'être familier avec Kagami en public, l'embrasser lorsqu'ils sont seuls, le laisser le toucher… n'en sont plus vraiment.
Grisé par cette révélation, cette porte ouverte vers l'avant, il n'attend pas d'être paralysé par la peur pour s'y risquer. La voix basse, presque timidement il demande :
« Kagami… est-ce que je peux te toucher … s'il te plaît ? »
Le rouge sourit à cette demande, c'est presque comme s'il devait lui accorder une faveur, alors qu'il ne rêve que de ça. Et d'ailleurs à cette simple évocation, son corps se tend de désir. Son cœur s'accélère alors qu'une montée d'adrénaline semble soudain aiguiser tous ses sens, le rendant alerte et attentif à tout ce qui l'entoure. Il devient plus conscient du poids et de la chaleur du corps d'Aomine contre son sien, de son souffle qui effleure son cou en faisait naître des frissons le long de sa colonne vertébrale. Il tourne la tête et mordille l'oreille du brun avant de répondre :
« Bien sûr que tu peux... »
Les dents joueuses sur son lobe l'électrisent autant que ces mots. Maintenant qu'il a l'autorisation, sa caboche turbine pour trouver la meilleure façon de s'y prendre. Avec une assurance toute relative, il se détache de lui et cherche son regard. Le doux sourire de Kagami l'encourage et accentue le vacarme de son pouls dans ses tempes. Avec précaution il se relève et lui tend la main.
« Lève-toi », chuchote-t'il de peur de déranger le silence.
Kagami s'exécute et se retrouve face au brun dans la pénombre, il peut distinguer sa poitrine se soulever rapidement, en écho au trouble qu'il éprouve. Il pose une main sur le visage d'Aomine, caressant sa joue du pouce tandis qu'il se plonge dans ses yeux noirs comme la nuit. Il attend, l'anticipation faisant palpiter et vibrer tous ses nerfs.
Le brun reste immobile quelques secondes, appréciant la chaleur de la paume sur son visage. Il se prépare en réalité. Il cloisonne hors de cette chambre tout ce qui n'est pas relatif à ses envies. À son besoin. Lorsqu'il est prêt il offre un baiser chaste à Kagami qui ne le quitte pas des yeux puis saisit délicatement le bas de son t-shirt pour le lui ôter. Kagami se laisse faire et l'aide en levant les bras avant de laisser le vêtement tomber au sol.
Il lève la main vers lui et passe d'abord le bout des doigts sur sa peau nue. Il admire les muscles puissants de son corps captant la lumière argentée et les lignes creusées par les ombres. Il effleure les renflements de ses pectoraux, repoussant toutes pensées négatives et jugements critiques. Il s'efforce de se concentrer uniquement sur ce qu'il éprouve, faisant fi de tout ce qui leur est extérieur, se coupant même des réactions de Kagami pour se focaliser sur les siennes. De cette manière, il perçoit alors pleinement la douceur de sa peau, sa fermeté sous la pulpe de ses doigts encore hésitants.
À ce simple effleurement, la peau de Kagami s'embrase. Les doigts du brun parcourent son torse, le découvrent. Dans la pénombre, Aomine a l'air presque concentré tandis qu'il se livre à cette douce exploration. Kagami retient son souffle tandis que sa chair se hérisse de frissons électriques. Pendant quelques instants, il ne bouge pas, laissant le brun prendre son temps, puis, il ne résiste plus à la tentation et glisse ses mains sous son t-shirt pour caresser le creux de ses reins, découvrant à son tour le relief intime de son corps.
Les mains de Kagami le sortent momentanément de sa presque transe, le reconnectant à lui. Sans réfléchir, il se met torse nu pour les mettre sur un pied d'égalité. Accaparé par sa découverte, il ne s'attarde pas sur sa respiration courte et laborieuse, progressant dans son exploration tactile.
Doucement il rejoint son dos dans une caresse plus appuyée, plus sûre, mettant à l'épreuve la tension dans les muscles qu'il parcourt. Il reste incrédule lorsqu'il les sent se contracter sur son passage, accueillant son contact, et sa poitrine se gorge de triomphe lorsqu'il voit un frisson se dessiner sur son épiderme. Il aime l'effet qu'il provoque et le plaisir que ça lui procure d'en donner. En retrouvant les courbes de ses omoplates qu'il a déjà eu le loisir d'étudier, il se fait plus entreprenant encore. Joignant le reste de sa main à son expédition silencieuse et contemplative. Il se souvient de ce qu'il avait ressenti ce jour-là à la plage, et se donne satisfaction en le touchant doucement mais fermement pour faire rouler les muscles entre ses doigts. Il réalise avec étonnement que la pénombre ne le dérange pas, le souvenir de ces lignes étant resté imprimé en lui, sans qu'il ne s'autorise vraiment à s'y attarder comblant les zones d'ombres. Ce soir il ne se prive pas. Il n'écoute que son désir primaire de se connecter à Kagami plus physiquement. Il le palpe, le découvre, le sent à travers ses paumes et réduit la distance qui les sépare sans s'en rendre compte.
Kagami est on ne peut plus ancré dans le moment présent, éprouvant chaque sensation avec acuité, et pourtant il a l'impression de flotter en plein rêve, alors que pour la première fois, il caresse la peau nue d'Aomine. Tous ces désirs refoulés, minimisés pour sauvegarder leur amitié ressurgissent plus purs, plus intenses, un torrent qui ravage joyeusement sa conscience.
Il a senti le brun s'approcher et fait de même, tandis qu'instinctivement, ses lèvres viennent chercher les siennes pour les happer dans un baiser chaud et qui n'a plus rien de chaste. Il presse son torse contre le sien, perçoit ses tétons durs caressant les siens, provoquant un gémissement rauque alors qu'il garde encore captives les lèvres du brun.
Aomine reçoit et accepte le baiser dans toute sa fougue et ce qu'il note comme une certaine impatience. Ses mains toujours sur son torse, il les fait glisser sur ses hanches pour se maintenir au plus près de lui tandis qu'il enroule sa langue à la sienne avec une témérité retrouvée. Hermétique à tout ce qui l'empêchait d'assouvir pleinement ce besoin, il n'en faut pas plus à son corps pour réagir. Comme si le fait de bloquer son esprit pendant un instant permettait à sa chair de s'exprimer, se révéler. Alors lorsque son sang vient pulser dans son bat ventre, érigeant son sexe, il en éprouve un certain soulagement qu'il exprime dans un soupir. Son attirance pour le tigre dépasse la connexion émotionnelle. Elle dépasse aussi la curiosité et l'attrait de la nouveauté, de l'interdit. Son cœur qui cogne douloureusement contre ses côtés et son érection grandissante lui assure sans demi-mesure qu'il aime ce corps. Il éprouve un réel désir pour ces formes des plus masculines. Il le trouve magnifique, et désirable dans toute sa robustesse et sa virilité. Simplement, il a envie de Kagami.
C'est lorsque, emporté par la chaleur du baiser, Kagami presse instinctivement son bassin contre le sien qu'il perçoit le désir du brun, attisant davantage le feu qui couve en lui. Il crispe ses mains sur ses hanches, ne laissant aucun doute obscurcir la clarté de ce qu'il éprouve et l'évidence dans les gestes du brun, dans sa façon de l'embrasser, de frémir contre lui. Une angoisse sourde nichée tout au fond de son cœur s'évapore soudain, le libérant d'un poids qu'il a porté depuis ce moment où Aomine lui a avoué ses sentiments pour lui. Le désir qu'il a pour lui est réel, écho du sien. Et ce constat ne fait que nourrir cette ardeur en lui, alors que ses mains se font plus aventureuses et descendent sur ce fessier merveilleusement tentant qu'il a aperçu tout à l'heure avant d'entrer dans le bassin d'eau chaude.
L'audace de Kagami lui arrache un grognement de plaisir, découvrant sans trop de surprise qu'il aime autant être touché que l'inverse. Son souffle se fait erratique entre leurs lèvres incapables de se détacher, se quittant uniquement pour mieux se retrouver l'instant d'après. Leurs deux corps collés, il ne peut ignorer plus longtemps le sexe pulsant contre le sien. La sensation lui est étrangère mais il se focalise sur la chaleur qu'elle attise en lui. Dans cette étreinte de plus en plus charnelle, il se sent fondre, son sang brûlant tout sur son passage tel un magma bouillonnant. Se faisant plus ardant lui aussi, dans une sorte de provocation ou d'invitation à plus, il tire un peu sur les cheveux de Kagami et lui mord la lèvre. Endigué depuis trop longtemps, son désir se déverse sans aucune mesure et l'emporte loin de toute conscience. Mais c'est surtout qu'il n'ose plus ralentir, de peur de perdre son élan face à l'obstacle.
Kagami palpe avec gourmandise ces fesses musclées qui durcissent sous ses paumes en se contractant à son toucher. Il est submergé par les sensations enivrantes alors qu'il subit avec délice le baiser mordant et passionné du brun. Lorsqu'il se détache de ses lèvres, il est essoufflé et il a un peu la tête qui tourne. Il jette un coup d'œil aux futons qu'on a déplié pour eux, et entraîne Aomine sur l'un d'entre eux, s'étendant tout contre lui tandis qu'il passe une jambe par-dessus les siennes, se rapprochant d'un coup de reins pour plaquer son bassin au sien, et sans attendre il revient chercher ses lèvres.
Aomine se laisse guider, bloquant avant qu'elle ne s'infiltre en lui l'angoisse de se retrouver allongé dans les bras de Kagami. Sera-t-il capable de coucher avec lui ? C'était une des questions qu'il osait à peine se poser. Craignant d'échouer. Encore maintenant il ne sait toujours pas jusqu'où il est prêt à aller, mais il laisse faire son corps qui s'enroule d'instinct à celui de son compagnon. Sa main gauche se faufilant sur son flanc pour trouver refuge sur ses reins, tandis que la droite est accrochée à sa nuque. Naturellement il suit le rythme plus langoureux que sauvage de Kagami, entièrement sous son emprise, et esclave de l'intensité de ses ressentis.
Kagami savoure l'ivresse de ses lèvres répondant aux siennes, de son corps qui ondule contre le sien, et à chaque effleurement, il se cambre sous l'intensité du désir qui le travaille. Sa main caresse ses hanches à la lisière de son jogging, et doucement ses doigts se glissent sous l'élastique, s'aventurant à caresser son fessier sans l'obstacle du tissu. Il se hisse sur un coude et se penche pour venir mordiller son cou, des frissons de plaisir se coulant dans son dos tandis qu'il savoure sa proie.
Aomine se surprend lui-même en gémissant sous cet assaut. Il se raidit lorsque la paume chaude vient englober sa fesse avec fermeté, mais son attention en est déviée par cette bouche qui traîne sur cette zone qu'il découvre très sensible. Les battements de son cœur s'affolent, il ne sait plus où donner de la tête, assailli par une multitude d'informations que son corps ne reçoit que trop bien, presque douloureusement. Figé, dans l'attente de découvrir où va tomber le prochain baiser il n'ose pas s'aventurer sous le vêtement restant de Kagami. Il s'accroche à lui en lui griffant le bas du dos sans le vouloir, dans une tentative de réfréner de nouveaux tremblements d'excitation.
Les réactions du brun enivrent Kagami, qui remonte le long de sa jugulaire dans un sillage de baisers mordants avant de venir suçoter le lobe de son oreille. Puis, il se redresse et l'examine dans la pénombre. Il observe sans rien dire ses lèvres entrouvertes sur un souffle précipité, ses yeux mi-clos qui accrochent les siens, un peu brumeux et perdus. Doucement, sans le quitter des yeux, sa main se pose sur son sternum et descend sur son estomac, ses abdos, avant de s'accrocher à l'élastique de son jogging qu'il tire juste un peu sur sa hanche avant de s'arrêter, adressant une question muette au brun.
Hypnotisé par son regard luisant dans la pénombre, Aomine sent les doigts curieux glisser sur lui, le laissant frissonnant. Lorsqu'il comprend les intentions de Kagami, son esprit en ébullition a du mal à rester hermétique, une brèche laisse passer un vent de panique et son ventre se contracte d'appréhension. Il déglutit, cherchant à reprendre son souffle. Il se concentre sur le visage bienveillant de Kagami penché au-dessus du sien et s'efforce d'écouter son désir plus que son crâne. Ce qui le fait trembler, ce n'est pas de la peur. C'est de l'adrénaline pure, telle qu'il n'en n'a jamais ressentie. Alors il hoche la tête doucement pour l'inviter à poursuivre, en retenant malgré lui sa respiration.
Kagami sourit, percevant le trouble du brun. Mais il ne croit pas que cette peur soit quelque chose de négatif, et de toute façon, il se fie à ce hochement de tête. Alors doucement il fait glisser le jogging d'Aomine sous ses hanches, revenant capturer ses lèvres entre les siennes pendant qu'il le déshabille. Puis, avant de laisser le brun trop réfléchir, sa main effleure sa queue dressée. Sa respiration se bloque tandis qu'il découvre sous la pulpe de ses doigts cette nouvelle partie de l'anatomie d'Aomine. Il l'empoigne et le serre légèrement, laissant son souffle s'échouer contre les lèvres d'Aomine tandis que l'excitation fait crépiter ses nerfs.
À ce contact, tout son corps se tend et ses doigts s'impriment dans la peau de Kagami. Il gémit de contentement entre les lèvres happant les siennes lorsque sa poigne assurée coulisse sur lui, envoyant une décharge électrique le long de son échine. La paume chaude de Kagami l'enserre entièrement et son pouce se balade à la découverte de ses veines gorgées de plaisir. Il réalise alors qu'il avait vraiment très envie de ça, de ce contact intime et que ça fait longtemps que personne ne lui a octroyé ce plaisir simple qu'il a l'impression de redécouvrir. Sous l'intensité de ses sensations, il saisit la lèvre inférieure de Kagami entre ses dents et ondule du bassin pour en quémander plus.
Le rouge gémit à cette légère morsure et sans hésiter, resserre sa poigne et imprime un mouvement plus franc de va-et-vient, savourant la façon dont sa queue chaude et dure tressaille dans sa paume. Il sent les hanches du brun osciller dans le plaisir et il se laisse gagner par l'ivresse de pouvoir enfin le toucher, le caresser ainsi, lui donner du plaisir et recueillir ses gémissements au creux de ses lèvres. Il ignore sa propre érection gonflant son jogging, tout entier concentré sur le brun, attentif à ses réactions alors qu'il le caresse si intimement.
Vaguement conscient de l'excitation de Kagami contre sa hanche, son plaisir prenant trop de place au point de brouiller le reste, il caresse son torse. Le corps de Kagami contre le sien est bouillant et il peut le sentir frémir lorsqu'il s'attarde sur son mamelon durcissant sous ses doigts. Il apprécie sa façon de lui répondre en le pressant contre lui plus vivement et ça l'encourage à rester moins passif. Savourant toujours ses caresses lascives, lentement, tant pour découvrir les monts et les vallées formés par ses muscles saillants que pour se préparer mentalement, il glisse une main jusqu'à son bas ventre, effleurant le muscle oblique qui plonge sous son jogging comme pour lui indiquer la direction à prendre.
Le souffle de Kagami se fait plus court tandis que la main du brun trace un sillage de frissons en se déplaçant sur son corps. Il se demande s'il va oser le toucher comme il le fait lui-même, et une bouffée de chaleur lui monte à la tête à cette idée. Quoi qu'il en soit, il n'en perd pas de vue son but premier et continue à masser sa verge à un rythme régulier, son regard s'égarant sur le corps du brun qui se découpe dans le clair de lune, et qu'il cherche à graver dans sa mémoire.
Ses doigts hésitent à la frontière du vêtement et il décide dans un premier temps de le caresser par-dessus. Il écarte la petite voix intérieure qui le traite de lâche en se mordant la lèvre et revient piquer celles de Kagami qui ont le don de lui faire oublier ses interrogations. Il tente de ne pas trop conscientiser ce qu'il fait, préférant se concentrer sur la langue enroulée à la sienne tandis que sa main se presse doucement sur la bosse déformant le jogging de Kagami. Malgré le tissu, il peut sentir sa verge se dresser à son contact et il referme ses doigts dessus avec précaution. Son rythme cardiaque tambourine dans ses tempes tandis qu'il étudie la sensation du membre dure et lourd dans sa main. C'est étrange de tenir ainsi un autre membre, similaire et pourtant différent du sien, mais son ventre se contracte à la réaction de Kagami. Il se raccroche à la satisfaction qu'il éprouve d'être responsable de son plaisir pour oublier un instant son incapacité à lui donner plus.
L'intensité de la sensation arrache un gémissement à Kagami, qui resserre sa poigne et revient sauvagement ravir les lèvres du brun. Son bassin se soulève pour rechercher plus de contact, avide de sentir cette main le toucher. Il ne pense plus à rien, il ne pense pas non plus à ralentir, enivré par les sensations, c'est bon de se laisser porter par le moment, sans se poser de questions.
Les coups de poignets plus francs et dont la cadence s'accélère sur son sexe le font grogner. Il sent le plaisir bouillonner délicieusement au fond de ses reins pour se répandre dans le reste de son corps. Les cheveux sur sa nuque se hérissent et ses hanches trouvent le bassin de Kagami pour suivre son rythme. Emporté par la fièvre, Aomine n'est plus en capacité de réfléchir. Par mimétisme, il empoigne un peu plus fermement sa queue et la masse entre ses doigts, effleurant ses bourses dans la manœuvre. Fébrile, il s'agrippe à son partenaire et ondule contre lui, lui rendant chaque baiser. Lorsqu'entre deux il daigne reprendre son souffle, il ose enfin soutenir son regard, se connectant à lui entièrement.
Kagami se noie dans son regard où il lit cette même fébrilité qui agite son corps et brouille son esprit. Le plaisir se fait plus intense alors qu'il sent le brun réagir fortement à son toucher. Il déglutit et redescend sur terre quelques instants, prenant le temps de s'imprégner du moment, des sensations qui parcourent son corps, de l'intimité de ce qu'ils partagent pour la première fois. Il replie sa jambe passée par-dessus la hanche du brun, le rapprochant de lui jusqu'à ce que leurs mains s'effleurent presque dans leur danse sensuelle.
Le brun soupir d'extase, proche de la rupture lorsque Kagami le regarde de la sorte. Un énième gémissement s'étrangle dans sa gorge nouée par l'émotion soudaine qui s'empare de lui. C'est déroutant de se découvrir de la sorte, si enivré par quelqu'un que ça remet en cause son existence. Alors que jamais auparavant il n'avait soupçonné pouvoir désirer une relation sexuelle avec un autre homme, il se découvre plus excité sous les caresses de Kagami qu'avec aucune femme. Perturbé par son esprit qui reprend l'ascendant il ferme les yeux pour se concentrer sur leurs corps enchevêtrés. Puis il colle sont front moiré de sueur sur celui de son amant et souffle son nom d'une voix rauque, comme pour se convaincre lui-même que c'est bien lui qui lui donne tant de plaisir.
« Kagami... »
Ce dernier frissonne au son bas et vibrant de la voix du brun tandis qu'il prononce son nom. Il ferme les yeux et interrompt un instant sa caresse pour presser son gland du pouce, y récoltant une légère humidité. Il frotte son doigt sur la petite fente, s'enivrant du gémissement qui lui répond, et le taquine quelques instants ainsi avant de reprendre sa masturbation. Il a envie de le faire jouir, sentir son corps se tendre, sa semence se répandre sur ses doigts, l'emmener au bout de son plaisir.
Un râle animal s'extirpe de ses lèvres à cette nouvelle façon de le toucher. Aomine attrape la lèvre du tigre entre ses dents et la suçote pour lui partager le plaisir qui irradie en lui. Dans un élan de passion, il empoigne même sa fesse alors qu'il frotte sa verge avec plus d'assurance, par orgueil de lui rendre la pareille. Mais bientôt, la sensation de vide qui s'étend sous lui est si intense qu'elle l'aspire tout entier et lui fait momentanément oublier ses gestes qui en deviennent de plus en plus désordonnés. Le vertige qu'il éprouve est familier, il peut le sentir enfler, enfler et l'emmener haut dans les sphères du plaisir. Au bord de la faille, le pouce de Kagami revient caresser sur son gland et précipite sa chute. La jouissance le terrasse avec violence, emportant tout son être. Aomine vient étouffer un cri guttural en mordant l'épaule de Kagami sans retenue, tandis que son corps est secoué de spasmes délicieux, drainant son orgasme par vagues successives.
Kagami peut sentir le sexe du brun vibrer dans sa main tandis qu'il sombre dans la jouissance. Il gémit légèrement à sa morsure, tout son corps frémissant en écho à son orgasme. La joie et le plaisir irradient chaudement dans sa poitrine tandis qu'il desserre un peu sa poigne, et quand Aomine se laisse retomber sur le futon, il le relâche finalement et vient poser des baisers le long de sa clavicule avant de descendre jusqu'à son cœur pour le sentir pulser sous ses lèvres. Il caresse son torse et son flanc d'un geste tendre, il aime la sensation de sa peau hérissée de frissons sous ses doigts. Puis, il remonte jusqu'à ses lèvres qu'il embrasse avec délectation.
Perdu dans les limbes de l'extase, Aomine met du temps à retrouver son souffle. Il a vaguement conscience de son corps qui tremble, hyper sensible aux caresses chaudes de Kagami. S'il ne trouve pas la force d'y répondre, elles lui permettent de redescendre en douceur, le maintenant connecté à Kagami qui l'empêche sans en avoir conscience de s'effondrer sous un torrent d'émotions contraires. Encore fébrile et ébranlé par ce qu'il vient de vivre, il glisse sa main dans ses cheveux pour le garder près de lui et savourer ses lèvres. Tant qu'il reste dans son aura protectrice, il se sent capable d'affronter ça.
La main d'Aomine dans sa chevelure fait courir de délicieux frissons dans sa nuque. Il adore qu'il le touche comme ça. Il le laisse reprendre ses esprits, caressant et embrassant son corps avec douceur jusqu'à ce qu'il sente les battements de son cœur se calmer. Puis, il se redresse et tend le bras pour rapprocher l'autre futon. Il place son oreiller tout près de celui du brun et remonte les couvertures sur eux. Tandis qu'il continue de parcourir le torse d'Aomine du bout des doigts, il contemple le jardin et s'imprègne de l'intense silence des lieux, seulement troublé par leurs souffles encore emballés.
Les yeux rivés au plafond, Aomine s'égare. Malgré la fatigue et son corps relâché, ses pensées s'agitent. Il revoit ce qu'il a fait sous le prisme de ce qu'il a tenu cloisonné hors de la chambre et qui revient doucement le saisir alors qu'il baisse les armes. Il tente de se focaliser sur les doigts courant sur son torse, éprouvant un certain réconfort au fait que Kagami ne veuille pas vraiment le lâcher. Il sait que ce n'est pas le moment d'analyser, et qu'en vérité il ne vaudrait mieux pas. S'il se laisse embarquer par l'engrenage qu'il entend s'enclencher dans sa tête, il n'en dormira pas de la nuit. Et la dernière chose qu'il souhaite, c'est regretter. Parce qu'il a beaucoup trop aimé ça pour que ce soit une mauvaise chose. Alors doucement il vient se raccrocher à cette certitude en enlaçant ses doigts avec ceux de Kagami, toujours en silence.
Kagami sourit dans la pénombre en sentant la main du brun rejoindre la sienne. Il presse doucement ses doigts entre les siens et pose un baiser sur son épaule avant de fermer les yeux. Il a beau être un peu frustré physiquement, mentalement il n'a pas connu de tel calme depuis bien longtemps. Il se sent apaisé, de la même façon qu'une douleur chronique s'arrête brusquement, laissant une légère sensation de flottement et d'euphorie. Il se laisse bercer par la respiration du brun, les bruits ténus de la nuit qui lui parviennent, et il laisse son esprit se vider et s'engourdir.
Lorsqu'il sent son souffle régulier s'alourdir sur son épaule et son bras peser plus lourd sur torse, Aomine pivote doucement sur le flanc pour l'observer à la dérobée. Il se fige alors que Kagami remue, mais se détend quand ce dernier se replace contre lui en le serrant un peu plus. Ce simple geste inconscient l'émeut, et il ne résiste pas à l'envie de caresser les mèches rebelles tombant sur son front. Il se revoit esquisser ce geste dans sa voiture lorsqu'il a raccompagné Kagami après leur sortie au bar. Cette pensée lui dessine un vague sourire rassuré sur le visage. Son désir impérieux qui l'a poussé à sauter ce pas de plus n'est pas qu'une pulsion passagère due à l'ambiance où il ne sait qu'elle magie opérée par les lieux. C'est là depuis longtemps. Ce soir, il lui a juste laissé la place de s'exprimer, d'exister. Et même s'il a été surpris par son intensité, dérouté même, il n'a pas envie d'avoir peur de ce désir. Il lui faut juste un peu de temps encore pour l'apprivoiser et le comprendre.
Il ne sait pas combien de temps il reste à observer le profil de Kagami tendrement éclairé par la lueur de la lune, à suivre le cheminement de ses pensées décousues. Mais la présence du tigre le rassure et finit par le laisser somnolent. Il se cale plus contre lui pour profiter de sa chaleur et s'endort apaisé par sa respiration régulière s'échouant sur son torse.
