Chapitre 7 - Ostara ; la contradiction de Granger
La visite suivante de Drago à la maison de Granger pour renouveler les protections fut gâchée par ce qui était, rétrospectivement, une légère erreur de jugement. Comme les semaines passaient et qu'il n'avait fait que peu de progrès dans la découverte de la nature de son projet de recherche, son esprit se tourna vers un certain Objet d'intérêt dans son étude : le grimoire abimé sur son socle. Celui à propos duquel elle avait menacé de se mettre à pleurer.
Et donc, un matin de début mars, alors que Drago se préparait pour sa perpétuelle visite au cottage de Granger, il lui envoya une note indiquant qu'il allait entrer dans sa maison, si elle le permettait, parce qu'il n'avait pas protégé chaque fenêtre individuellement et que ça le tracassait.
Granger acquiesça d'un sec Si tu trouves vraiment ça nécessaire.
Oui, il trouvait ça nécessaire.
Drago choisit l'heure de sa visite pour qu'elle coïncide avec l'un des cours de Granger à Trinity, pour s'assurer qu'il ne serait pas dérangé pendant qu'il fouinait. Quand il arriva, son chat - sentant peut-être que quelque chose d'infâme se tramait - prit une position dominante sur le toit, et le fixa pendant qu'il rafraîchissait les protections extérieures.
"Je ne fais que mon travail, chat" dit Drago, en en faisant des tonnes.
Le chat le regarda avec cynisme.
Il entra dans le cottage et protégea les fenêtres du rez-de-chaussée avec empressement, puis bondit à l'étage pour faire les autres. La chambre de Granger fut faite en premier, avec une fouille minimale parce que le chat était à la porte et le regardait. Puis la salle de yoga. Puis, finalement, il arriva dans le bureau.
Le grimoire était toujours sur son socle, ouvert en plein milieu, toujours entouré par l'aura verte du charme de stase. Drago protégea la fenêtre sous les yeux attentifs du chat et dériva vers le livre.
Le regard du chat se fit plus pénétrant.
Drago regarda les pages visibles. À travers le charme de stase, les mots étaient flous et semblaient danser. L'écriture était épaisse et laborieuse. Ce n'était pas de l'anglais - en fait, ça ressemblait un peu à du français - de l'anglo-normand, peut-être ? Dans ce cas, c'était un vieux livre - cinq siècles, au moins.
D'après les morceaux qu'il pouvait comprendre, il était en train de lire la description élaborée d'un paysage : une colline verte recouverte de jacinthes dansantes, d'un duvet de chardon luisant et les feuilles douces comme du velours de la Glossamère de Fali.
C'est tout ce que Drago put en tirer, le reste étant trop endommagé. Il se souvint du moment de volubilité de Granger sur le chemin de Mendip, quelque chose à propos de la description de la flore lui donnant des indices pour sa mystérieuse recherche. Aucune des plantes mentionnées ici ne figurait sur sa liste, cependant. Ce devait être un autre site.
Il désirait ardemment voir la couverture du livre.
Il jeta un regard au chat. Le chat secoua presque la tête.
"Je jette juste un œil rapidement," dit Drago au chat. "Je pourrai peut-être l'aider, tu sais."
Le chat battit de la queue pour montrer sa désapprobation.
Drago le fit quand même. Utilisant sa baguette comme un levier, pour qu'il ne touche pas du tout le livre, il le souleva juste assez pour jeter un œil à sa couverture.
Il avait pour titre Révélations.
Le chat émit un miaulement courroucé.
Drago laissa la couverture retomber à sa place et quitta le cottage assez rapidement.
Drago ne savait pas comment, mais Granger suspecta quelque chose. D'abord, son Carnet fut inondé d'une série de messages, l'interrogeant pour savoir s'il avait touché le livre. Drago nia, nia encore, puis stupéfia le Carnet pour qu'il arrête de vibrer.
Puis, Granger mit, il ne sait comment, la main sur Boethius, et utilisa le propre hibou de Drago pour lui envoyer des requêtes de plus en plus ardentes. Drago envoya Boethius apporter une lettre à un ami en Italie, ce qui le garderait à distance de Granger pendant au moins une semaine.
Puis, une Beuglante atterrit sur ses genoux au milieu d'un débriefing avec Tonks. Elle parvint à aller jusqu'à "MALEFOY, AS-TU-" avant que Drago ne l'incinère.
Les sourcils de Tonks se levèrent. "Était-ce Hermione ?"
"Oui," dit Drago.
"Ceci explique cela," dit Tonks. Elle fit un geste vers la Glace à l'ennemi derrière elle. Une des ombres semblait plutôt familière, en forme de femme mince, un tas de boucles sur la tête, les mains sur les hanches, se détachant sur le fond gris.
"J'imagine qu'elle nourrit des pensées violentes envers moi à cause de ma proximité avec toi," dit Tonks. "Qu'est ce que tu as fait ?"
"Rien," répondit Drago, ce qui était proche de la vérité.
Tonks le regarda pendant un long moment, ses doigts tapotant sur le bord de son bureau. "Je vais présumer que quoi que tu aies fait, tu l'as fait en ta qualité experte d'Auror, pour assurer sa protection continue."
"C'est toujours mon objectif premier," dit Drago.
Tonks lui jeta un autre long regard, puis retourna à son rapport sur les contrebandiers d'artefacts maléfiques. "Fais attention, Malefoy."
Ainsi congédié, Drago retourna à son poste de travail.
Il s'était à peine assit qu'une loutre argentée venue de nulle part plongea sur lui. Elle le traita d'imbécile de fouineur, et de putain de menteur, et lui conseilla de se jeter du haut d'un pont.
Drago envoya son propre Patronus en réponse à Granger lui demandant de garder sa loutre bruyante pour elle : il était en train de travailler.
Pendant un petit moment, ce fut tout.
Drago garda un œil sur l'emploi du temps de Granger pour repérer les pauses dans son planning pendant lesquelles elle pourrait décider de venir le trouver en personne. Elle ne le fit pas, probablement parce qu'elle était en train de sauver des vies, ou d'autres bêtises du genre.
Ce fut alors qu'il remarqua qu'un autre des ses congés aux astérisques approchait rapidement - ce week-end là, en fait.
Alors - Ostara approche, envoya-il l'air de rien ce soir-là.
Sa réponse fut instantanée, bien que hors-sujet. Tu n'avais PAS à toucher ce livre.
Où vas-tu à Ostara ? demanda Drago.
Tu n'es PAS invité, dit Granger
Pas besoin d'une invitation, dit Drago.
Je n'ai pas besoin d'être supervisée par un idiot indiscret, dit Granger.
À bientôt, dit Drago.
Elle ne répondit pas.
Un peu boudeuse cette Granger, parfois.
L'idiot indiscret pas invité fit une agréable grasse matinée le samedi avant de se préparer pour transplaner auprès de Granger.
Franchement, après ses frasques avec les Gardiennes de la Source, elle avait perdu toute prétention qu'elle aurait pu avoir sur le fait de savoir si elle avait ou non besoin de la protection d'un Auror. Drago n'avait aucune confiance dans le fait qu'elle n'allait pas se jeter dans un repère de vampire pour mettre la main sur une autre flasque obscure.
Ces virtueuses raisons mises à part, le timing des escapades du week-end de Granger continuait de rendre service à Drago. Aujourd'hui, les gambadages de Granger, quels qu'ils soient, coïncidaient avec l'un des déjeuners de sa mère. Drago était content d'avoir une excuse pour être ailleurs, même si sa mère avait promis qu'elle n'avait pas de motivation secrète et que la présence de quelque sorcière jeune et éligible pour le mariage ne serait que pure coïncidence.
Drago utilisa la Cheminette jusqu'au Mitre, le bar habituel de Cambridge, et de là apparut près de la bague de Granger, ce qui l'amena dans sa cuisine.
Et voilà qu'il y avait la bague, mais pas de Granger.
"Putain, tu te fous de moi," dit Drago à la bague sur la table de la cuisine.
Seul le chat lui répondit - un miaulement pitoyable devant l'absence de sa maîtresse.
"Ta sorcière est une emmerdeuse, tu es au courant ?"
Le chat s'enroula sur lui-même comme une miche de pain triste aux pieds de Drago.
Drago empocha la bague de Granger avec un grommellement. Puis il sortit sa baguette et lança son sort de localisation. Heureusement que lui avait des plans de secours.
Devant lui brillait une carte, et sur cette carte il y avait des points plus lumineux que les autres.
Les vieilles baskets de Granger restaient, apparemment, dans son laboratoire au Collège Trinity. Le mug à thé était dans son cottage. La poignée d'épingles à cheveux que Drago avait envoûtée était plutôt éparpillée - certaines au laboratoire, d'autres à Sainte Mangouste.
Une seule épingle était en ce moment en train de gambader dans l'Uffington, pour une raison inconnue.
Raison que Drago était avide de découvrir.
Drago transplana près de l'épingle.
"Surprise," dit-il en se matérialisant près de Granger.
Elle fit un bond d'un mètre de haut, ce qui fut satisfaisant, puis l'insulta, ce qui fut encore plus satisfaisant.
Drago regarda autour de lui pour se rendre compte qu'il était au sommet d'une colline verte balayée par le vent. Elle avait une forme étrange, grande mais plate sur le dessus. Le gazon sous ses pieds était abondant, vert, et délicieusement printanier, excepté aux endroits où il était interrompu par de grandes tâches de blanc crayeux. Tout autour de lui ondulait un adorable paysage de riches pâturages, de haies sinueuses et de pistes tracées par le vagabondage des moutons.
À présent, Drago concentrait son attention sur Granger elle-même, qui était toute équipée de ses affaires de randonnée moldues. Ses cheveux étaient relevés en queue de cheval haute, qui lui ajoutait un air plus sportif que son chignon classique habituel. Son nez était rosi par le vent de mars.
Son front, bien-sûr, était marqué par des sourcils froncés.
"Comment diable peux-tu être ici ?" demanda Granger.
"Où sommes-nous ?" demanda Drago.
"Comment m'as tu trouvée ?"
"Qu'y a t'il dans ton anorak ?" demanda Drago, car il avait l'air anormalement gonflé.
Granger resserra son anorak un peu plus. Ses yeux vifs devinrent ternes à cause d'un soudain voile d'Occlusion. "Rien. Voilà - j'ai répondu à l'une de tes questions, maintenant répond à la mienne."
"C'était un mensonge, par contre."
"Hé bien, c'est tout ce que tu obtiendras de moi," dit Granger. Elle commença à avancer pour descendre de la colline, s'éloignant de Drago. "Je ne veux pas te parler."
"Ah oui ? Parce que tu as fait exploser mon Carnet, réquisitionné mon hibou, envoyé une Beuglante et une loutre en colère. Hé - où vas-tu ?"
"Loin de toi," dit Granger.
Drago était ennuyé - avait-il raté ce qu'elle était venue faire ici ? Le truc d'Ostara ?
Ça devait être le cas. Elle sautillait en s'éloignant de lui, ayant l'air beaucoup trop joyeux. Il n'aurait pas dû faire une si longue grasse matinée.
"Granger ! Revient. On en a pas fini," dit Drago, sautillant derrière elle vers le bas de la colline.
"J'en ai fini, moi," dit Granger avec une légèreté exagérée. "Je ne me prononcerais pas pour toi."
"Tu dois porter la putain de bague," lança t'il à la queue de cheval sautillante de Granger.
Elle avança, l'ignorant. Puis, sans aucune sorte d'avertissement, elle se plia en deux. Drago évita de justesse de lui rentrer dedans, ce qui aurait été une collision bassin contre bassin.
Oui, Tonks. Elle s'est rompu le cou en tombant au bas d'une colline. Je lui suis rentré dedans un peu trop fort. Oui, c'était un accident. Oui, elle est morte. S'il te plait, renvoie mon corps à ma mère en le moins de morceaux possibles.
Granger se releva, tenant un brin de quelque chose en l'air.
"Qu'est-ce que c'est ?" demanda-elle.
Drago regarda la chose. "Une plante."
"De la Glossamère, pour être exacte. Tu sais quelle sorte de Glossamère ?"
"F-" commença Drago, se souvenant du vieux livre. Il se reprit. "F-ranchement, je n'en ai aucune idée."
"Fali. C'est de la Glossamère de Fali."
"Tant mieux pour Fali."
"Mais tu le savais, parce que tu as lu le livre." Le masque de façade de Granger était en train de se fissurer. Elle avait l'air légèrement maniaque derrière.
Drago repoussa la plante. "Enlever la bague ne faisait pas partie de notre arrangement. Tu dois la garder tout le temps. C'est tout le principe."
Granger, qui s'était retournée pour continuer sa descente, virevolta sur elle-même. Sa queue de cheval gifla Drago, une blessure sévère pour laquelle elle ne s'excusa même pas.
"Sais-tu ce qu'il y avait pas non plus dans notre arrangement ? Toi brisant ma confiance et touchant à mes affaires !"
Et voilà, on y était : les hurlements.
"Je n'ai rien fait à ton livre."
"Tu n'avais pas à le toucher, d'abord ! Ce livre est inestimable !"
Virevoltant de nouveau (et le giflant encore avec ses cheveux), Granger dévala la colline.
"Remets cette maudite bague, Granger," dit Drago.
"Non, j'en ai assez de ton truc de surveillance."
"Très bien," dit Drago devant sa fuite. "Je dirais à Shacklebolt que je démissionne et il devra te mettre sous réelle surveillance. Avec des Aurors qui vont littéralement te surveiller H24. Chaque mouvement, chaque nouveau flacon que tu utilises dans ton laboratoire, chaque mot que tu écris sur tes ordinateurs !"
Granger s'arrêta. Elle fit un bruit étranglé.
Drago prit ça pour un assentiment.
Il marcha d'un pas lourd jusqu'à elle.
"Main," dit-il.
Granger tendit la main.
Drago l'attrapa brusquement. Il avait envie de lui mettre la bague tout aussi brusquement, pour lui montrer à quel point il était fâché, mais il ne le fit pas, par peur de lui casser le doigt. Il y eut un moment de silence béni alors qu'il lui remettait la bague.
"Oh !" dit une voix.
Des randonneurs Moldus venaient juste d'apparaître sur le flanc de la colline.
Des exclamations de joie suivirent. "Des fiançailles !" et "Quel couple adorable !" et "Félicitations !" et "Quel merveilleux endroit pour une demande !"
Drago ne savait pas que l'Avada Kedavra pouvait être lancé juste avec les yeux, mais Granger y arrivait de façon plutôt convaincante.
Puis elle se tourna vers les Moldus et émit des exclamations affirmatives pleines de fausse joie pour les faire avancer. Drago ne la rejoignit pas parce qu'il était mort
Les marcheurs reprirent enfin leur route, leur ayant souhaité du bonheur dans leur vie conjugale et ayant donné des conseils niais à Drago.
Granger déchira son brin de Glossamère. Aussitôt que les Moldus avaient disparu, elle le jeta au sol et demanda ce qu'elle avait fait pour mériter ça.
Drago supposa que la question était rhétorique et ne répondit pas. Il sortit sa baguette et marcha vers l'endroit où les Moldus avaient disparu.
"Qu'est ce que tu fais ?" demanda Granger.
"Je vais leur lancer un Oubliette," dit Drago.
"Ne fais pas ça," dit Granger avec une véhémence inattendue. "Les sorts d'amnésie ne doivent pas être utilisés à la légère."
"Mais -"
Granger était maintenant à ses côtés. Elle attrapa sa baguette et la baissa. "Non. Ce n'est pas important. Je te promets que ces Moldus ne vont pas ternir ta réputation et aller rapporter ce - cette soit-disant nouvelle - à la Gazette."
"Je m'en fous," dit Drago, parce que c'était le cas. "Je pensais que ça te posait un problème. Tu viens juste de me fusiller du regard."
"Tu t'en fous ?" Granger avait, pour une fois dans sa vie, l'air perplexe. "Je pensais que tu t'en soucierais."
"Pourquoi je m'en soucierais ? Ce sont des Moldus."
"Je ne sais pas. Oublie ça. On en a fini avec cet endroit?"
"En as-tu fini avec cet endroit ?"
"Oui," dit Granger.
"Alors moi aussi," dit Drago.
Elle passa par un portillon à chicanes pour rejoindre le parking.
Drago s'attarda juste assez pour la voir manœuvrer la voiture hors de l'accotement herbeux pour rejoindre la route de campagne venteuse.
Elle s'éloigna sans un regard en arrière.
Sa plaque d'immatriculation disait PTTNRND.
Drago transplana dans un craquement irrité.
Quelques jours plus tard, Drago se prépara pour la soirée Quidditch du mercredi soir, qu'il hébergeait sur le terrain impeccable du manoir.
Équipé et prêt à sortir, il vola vers le terrain, où les mécréants habituels attendaient : Zabini, Davies, Flint, Doyle et d'autres anciens camarades de classe, et une poignée de joueurs divers qu'ils avaient enrôlés pour le jeu de ce soir là.
"Héhé," le salua Flint.
"Le Chef Dandy est arrivé," annonça Doyle.
"Garde profil bas, Doyle, ou alors c'est moi qui vais te faire baisser la tête," dit Drago, dirigeant son balai pour descendre à leur altitude.
Doyle leva sa batte vers Drago dans une menace feinte. "Je suis mieux équipé pour enfoncer des têtes."
"Cinq contre cinq ?" demanda Davies, conduisant son balai entre les deux opposants, apparemment impatient de commencer.
"C'est parti."
Ils jouèrent. Il était passé vingt heures quand ils commencèrent, mais le terrain était magiquement illuminé, et permit un long match rempli d' interprétations douteuses des règles du jeu et de prouesses presque mortelles. Le Vif d'or était insaisissable ce soir-là : ni Drago ni l'Attrapeur adverse n'eurent de chance, et ils furent en conséquence tous les deux sujet aux taquineries de leurs équipes.
Minuit arriva et Davies dit que merde, sa femme allait lui couper la tête d'être resté aussi longtemps. Ils se mirent d'accord pour dire qu'ils étaient à égalité, étant donné l'inutilité des leurs Attrapeurs et le score égal, et pour continuer le jeu la semaine suivante, et célébrer l'éventuelle équipe gagnante avec trop d'alcool.
Des pops et des cracs résonnèrent sur le terrain alors que les joueurs transplanaient chez eux, laissant à Drago le terrain pour lui tout seul.
Maintenant, il allait pouvoir s'amuser.
Il vola paresseusement, prenant de l'altitude en faisant de grands loopings, de plus en plus haut, jusqu'à ce que le terrain ne soit plus qu'un rectangle vert loin en dessous, et le manoir réduit à la taille d'une maison de poupée, brillant doucement dans la nuit.
Puis il dirigea son balais vers le sol et plongea dans une feinte de Wronski. Il redressa à la dernière seconde, retenant à peine le cri de joie qui voulait sortir de sa gorge, et reprit ses spirales vers le ciel noir.
Une fois de plus, le terrain n'était plus qu'un petit rectangle vert en bas mais Drago monta encore plus haut, jusqu'à ce qu'il imagine qu'il y aurait pu y avoir des nuages entre lui et le sol.
Il plongea de nouveau, savourant le vent sur son visage, la sensation paralysante de la chute, la brûlure de l'adrénaline dans ses veines. C'était glorieux. C'était la liberté.
Il interrompit le plongeon au dernier moment possible, son cœur chantant dans ses oreilles, ses orteils frôlant la pelouse.
Le bruit léger, mais distinct d'un transplanage résonna sur le terrain. Il regarda pour voir de qui il s'agissait, prêt à railler Davies pour avoir fui sa femme.
Mais ce n'était pas Davies.
C'était Granger
Était-elle venue pour l'admonester à propos de son maudit livre ? Drago vola bas et fit faire une halte en vol à son balai devant elle. "Qu'est ce que tu fais là, bordel ?"
Mais Granger n'avait pas l'air en colère. Elle avait l'air confus. Sa baguette était sortie, brillant d'étincelles vertes de sort de guérison.
En fait, elle avait l'air d'être tout juste sortie du lit. Ses cheveux étaient noués dans une longue tresse dont s'échappaient des boucles. Elle portait un short moldu et un sweater usé et trop grand de l'Université d'Édimbourg. Ses jambes et ses pieds étaient nus.
"Je - je t'ai senti -" balbutia-elle, regardant son nouvel environnement avec confusion. "Ton rythme cardiaque dépassait toutes les limites, ton adrénaline a fait un pic, et c'était horrible, je -"
"Non, c'était dément," corrigea Drago, toujours essoufflé.
"Je pensais que tu allais mourir !"
"Attends - comment as-tu pu sentir ? Comment as-tu pu seulement arriver jusqu'ici ?"
"La putain de bague !" dit Granger, agitant la main portant la bague en question devant son nez.
"Impossible," se moqua Drago. "Elle ne marche que dans un sens."
"Alors comment j'ai pu arriver ici, triple idiot?!"
C'était bien vu et Drago fut forcé de considérer qu'il devrait peut-être réviser ses charmes. Sa colère grandit, cependant, parce que le dysfonctionnement était très certainement de sa faute à elle. "La seule idiote ici est celle qui a enlevé la bague alors qu'elle n'était pas censée le faire et qui a cassé quelque chose. Ces envoûtements sont délicats."
Granger leva les mains en l'air, comme si elle ne pouvait pas croire à ce tournant absurde dans leur conversation. "Je ne suis pas venue ici pour me battre pour savoir qui est le plus gros idiot !"
"C'est toi," dit Drago. "Et puisque tu es venue ici en trombe dans ton pyjama pour t'assurer de mon bien-être, je peux te confirmer que je vais bien. Tu peux partir. Je suis sûr que tu as mieux à faire."
Cette évidence n'était, apparemment, pas la chose à dire. La voix de Granger devint plus haut perchée. "Mieux à faire ? Moi ? Oh, non. Ma vie est une adorable promenade de santé !"
"Granger -"
"J'adore me précipiter sur le terrain de Quidditch au milieu de la nuit ! En mars ! Pieds nus ! Pour échanger des insultes avec Drago putain de Malefoy ! J'adore tellement ! J'ai tellement peu de choses à faire, que je réfléchis à me lancer dans le bowling de gazon ! La mise de bateaux en bouteille -!"
Elle s'interrompit, ayant heureusement été interrompue par quelque chose qui touchait son cou. Elle tressaillit en reculant. "Qu'est-ce-"
À la base de son cou, brillant effrontément devant Drago, se tenait le Vif d'or.
Drago glissa plus près et l'attrapa. "J'ai cherché ce salaud toute la nuit."
"Magnifique. T-Tellement contente d'avoir pu aider," dit Granger.
Ses dents étaient serrées - mais ce n'était pas de colère. Drago le réalisa tardivement - c'était à cause du froid.
Elle prit une inspiration et sembla rassembler ce qu'il lui restait de dignité. "Puisque tu as l'air d'aller très bien, peux-tu me conduire à la Cheminette la plus proche ?"
Pourquoi diable voulait-elle qu'il l'emmène quelque part ? Drago atterrit derrière elle, réalisant enfin que Granger n'avait pas l'air bien. Elle avait les lèvres blanches, était pâle et tremblait.
"Tu as transplané depuis le putain de Cambridgeshire ?" demanda Drago commençant à comprendre.
"J'ai dû le faire en plusieurs f-fois," dit Granger à travers ses dents serrées. "J-j'ai enchaîné deux gardes à Sainte Mangouste ce matin - donc entre ça et le transplanage longue distance, je suis plutôt vidée."
Drago lança un charme réchauffant sur elle, son irritation face à la situation se changeant à présent en colère. Elle avait dépensé bien trop de magie pour lui, cette idiote téméraire. "Quel était le plan exactement quand tu serais arrivée pour sauver ma vie avec presque plus aucune réserve magique ?"
"J'allais poser un plâtre sur ta blessure," dit Granger, mais le sarcasme était amoindri par le violent tremblement qui agitait ses épaules. "L-lâche moi avec ta morale - je n'ai pas réfléchi. Je dormais et d'un coup cette maudite bague me hurlait que tu allais mourir."
Drago sentit qu'il aurait dû être touché, mais son mécontentement face à son imprudence étouffait ce sentiment.
"Très bien. Donc j'aurais pu être au milieu d'un duel avec un gang de sorciers maléfiques, et tu décides de te pointer pieds nus, sans magie, en pyjama. Très intelligent."
"C'était un réflexe !" siffla Granger. "Je suis désolée de ne pas m'être arrêtée pour évaluer mes options quand je pensais que tu étais sur le point de mourir ! Je suis une Guérisseuse, il y avait beaucoup de chances que je puisse faire quelque chose pour ta - ta- "
"Ma terrible blessure imaginaire. Bien." Drago sauta de nouveau sur son balai et s'approcha d'elle. "Monte, je vais t'emmener jusqu'au manoir. Tu peux utiliser la Cheminette de là."
"Non," dit Granger, reculant.
Drago supposa, avec un certain degré d'exaspération, que son objection concernait le vol.
"Très bien." Il sauta de nouveau de son balai et lui tendit son bras à la place. "Je vais nous faire transplaner jusqu'au manoir. Allons-y. Tu as l'air prête à t'évanouir."
Granger recula encore. Elle avait l'air encore plus pâle. "Non - pas le manoir. S'il te plaît. Fais-moi transplaner jusqu'au Swan. J'utiliserai la Cheminette là-bas."
"Qu'est ce qui ne va pas avec ma putain de Cheminette ?" demanda Drago, proche de perdre patience et d'attraper son bras pour la traîner avec lui. "Ma mère est en France cette semaine, si c'est ce que tu-"
"Non. Ce n'est pas ta mère. Je ne veux juste - je ne veux juste pas retourner là-bas. D'accord ?"
Elle enroula les bras autour d'elle. À ce moment-là, la formidable Hermione Granger avait l'air petite, pâle et effrayée.
Drago réalisa, horriblement tard, que c'était à propos de sa maison qu'elle avait des objections. Que le manoir portait toujours les stigmates de la Guerre.
Il était un idiot.
Il lui offrit de nouveau son bras. "Le Swan, alors."
Elle le prit. Sa main était légère sur son bras et contre son équipement de Quidditch trempé de sueur, elle semblait froide.
Ils transplanèrent dans le vestiaire du Swan, le bar sorcier bruyant qui servait de plateforme pour les déplacements en Cheminette du Wiltshire. Les voix des clients du bar grondaient joyeusement à travers les murs. Drago jeta un sort de Détourne-regard sur Granger et lui, qui servit à ne pas attirer l'attention sur eux alors qu'ils sortaient du vestiaire et se dirigeaient vers l'âtre.
Drago nota que Granger tenait toujours son bras - en fait, elle avait même commencé à s'appuyer sur lui.
Il jeta une poignée de poudre de Cheminette dans le feu et Granger donna le nom du bar sorcier le plus proche de chez elle, le Mitre.
"Tu n'as pas la force de transplaner chez toi de là-bas," dit Drago.
"Mon cottage n'est pas relié au réseau de Cheminette. Je vais marcher - c'est seulement à quelques minutes," dit Granger.
Drago émit une exclamation incrédule. "Tu as prouvé que tu étais une idiote une fois déjà ce soir, mais je vois que tu veux réitérer. Je viens avec toi."
La preuve du véritable niveau de fatigue de Granger fut qu'elle ne protesta pas ce point. Ils entrèrent ensemble dans la cheminée, tournoyèrent et furent secoués le long de deux douzaines de cheminées avant d'être éjectés au Mitre.
Drago fut plus rapide à se remettre sur pieds que l'idiote de sorcière exténuée, qui fit une tentative courageuse pour se relever qui ressembla plus à un effondrement sur lui. Il passa un bras autour de sa taille et les fit transplaner dans sa cuisine.
Un flou orange déboula dans la pièce quand le crac du transplanage de Drago résonna. Il y eut un miaulement d'inquiétude immédiat quand le chat remarqua la forme affaissée de sa maîtresse contre Drago.
"Es-tu toujours avec nous ?" demanda Drago, donnant à Granger une petite secousse. "Dois-je appeler quelqu'un ? Dois-je t'emmener à Sainte Mangouste ? Dis quelque chose ou je vais devoir envoyer mon Patronus à Potter et déclencher une panique générale."
"Ne fais pas ça." La prise de Granger sur son bras s'affermit. "C'est juste - juste un épuisement magique. J'ai passé la moitié de la journée à soigner. Le transplanage longue-distance était - stupide. Donne-moi une potion revigorante - la fiole rouge sur le plan de travail, là."
Drago cala Granger sur une chaise, où elle s'assit avec un soupir. Il fit flotter la fiole en question vers eux et fit sauter son bouchon de cire.
"C'est moi la triple idiote," dit Granger, avant de descendre l'entièreté de la fiole.
Drago pensa qu'il devrait mettre ça à l'écrit.
Le chat tournait autour des pieds de Granger dans un concert de miaulements anxieux.
"Je suis d'accord," dit Drago. "Elle a besoin de repos."
"Tu ne le comprends pas," dit Granger, laissant tomber la fiole vide sur la table d'un geste faible. "Arrête de faire semblant."
"Il a dit qu'il y avait un canapé quelque part sous les piles de livres dans la pièce voisine sur lequel tu devrais aller t'allonger."
"Ne touche pas à ces livres," dit Granger, hargneuse même au bord de l'évanouissement.
Le chat poussa un grand gémissement.
"Le lit alors. D'accord," dit Drago.
Drago ne laissa pas une chance à Granger de protester. Il glissa une main dans le creux de son coude et les fit transplaner tous les deux à l'étage, où il la déposa sur son lit.
Il était évident, alors qu'il regardait la chambre sombre autour de lui, que Granger était en effet partie aussi vite qu'elle l'avait décrit. Le lit était en désordre, comme si elle avait oublié qu'elle avait une couverture sur elle quand elle avait sauté sur ses pieds. La lampe de chevet était de travers comme si elle s'était cogné dessus. Son téléphone moldu était par terre, écran contre le sol.
Drago réarrangea les choses de quelques mouvements de baguette. Le chat, qui avait bondi dans les escaliers après eux, sauta sur le lit et rejoignit Granger avec un bruit de reproche.
Le chat s'installa contre l'aisselle de Granger comme une bouillotte à fourrure. Granger tira la couverture sur elle d'une main faible et caressa la tête du chat de l'autre.
Drago, qui avait attendu de voir si la potion revigorante avait l'effet désiré - et que Granger n'allait pas mourir par sa faute - se sentit soudain comme un intrus.
Il fit un pas vers la porte. "Bien. Je vais m'en aller maintenant. Fais attention à ne pas refaire ça à l'avenir."
"Je suis désolée," dit Granger. "D'avoir été si - compliquée. Pour ta maison."
"Je m'en fiche," dit Drago. "Ça n'a pas d'importance."
"Je sais que les choses horribles qui s'y sont passées sont de l'histoire ancienne."
"Tu n'as pas besoin de t'excuser. Dors," dit Drago, faisant un pas de plus vers la porte.
"Je sais que ce n'est pas rationnel," dit Granger, faisant un geste vague vers le plafond. "Mais…"
"Arrête de réfléchir, Granger," dit Drago, même s'il savait que sa requête avait tout d'un oxymore. Il sortit de la pièce. "Au revoir."
"C'était juste pour utiliser la Cheminette," dit Granger, doucement, principalement pour elle-même maintenant. "Un peu pathétique, vraiment."
Drago refit un pas dans la pièce. Il ne savait pas pourquoi, mais il ne pouvait pas laisser passer ça. "Ce n'est pas pathétique de ne pas vouloir retourner à l'endroit où on a été torturé." Il voulait ajouter idiote, mais il sentait qu'il avait peut-être atteint son quota là dessus pour la soirée.
Granger dit "Mmh" d'un air absent.
"De toute façon," dit Drago, "la plus grosse partie du manoir a été détruite à la fin de la guerre. Cette moitié de la maison n'existe plus. La salle à manger n'existe plus."
"Elle n'existe plus ?" demanda Granger au plafond.
"Oui. Ce sont juste des jardins maintenant. Des serres. Des fleurs, des plantes médicinales…"
"Quelles plantes ?" demanda Granger.
Pourquoi avait-elle besoin de tout savoir dans les foutus moindres détails ? Elle était fatigante.
"Je ne sais pas," dit Drago. "Ma mère donne les trucs utiles à des apothicaires. Dors."
"C'est bien," La voix de Granger avait pris une tonalité plus douce, plus absente. La potion revigorante l'assommait pour commencer son travail.
"Oui."
"Je suis contente que quelque chose de bien soit sorti d'un…"
"D'un endroit aussi horrible ?" proposa Drago
"Oui."
Elle ne dit plus rien pendant quelques instants. Le clair de lune à travers la fenêtre nimbait son visage d'une lumière douce : délicate, les yeux grands ouverts, toujours pâle. Ses cheveux formaient un grand cercle sur son oreiller, s'étalant doucement.
Drago se sentit comme s'il voyait double. Dans son sweater trop grand, allongée dans son lit, avec ses mains sur la couverture, elle ressemblait à la fille dont il se souvenait de l'école. Mais sa vision se dissipa pour le laisser avec ce portrait d'une sorcière adorable et fatiguée, qui s'était amenée au bord de l'épuisement magique pour le rejoindre, parce qu'elle croyait qu'il était en danger.
Elle s'était infligée ça pour lui.
C'était une sensation particulière.
Les paupières de Granger commencèrent à devenir lourdes. Drago se dirigea vers la porte, avec l'intention de sortir du cottage à pied avant de transplaner depuis l'extérieur le plus silencieusement possible. Elle était endormie maintenant, certainement - elle ne parlait plus depuis trop longtemps.
"Malefoy ?"
Drago lâcha un juron. "Tu es censée dormir."
Maintenant ses mots étaient pâteux. Elle naviguait vers l'inconscience, mais la repoussait toujours.
"Ton Patronus est adorable," dit Granger. Ses yeux étaient fermés.
"Heu… merci."
"C'est quoi ?"
"Dors, Granger."
"Mais c'est quoi ?"
"Dors."
"C'est une sorte de chien ?"
"Oui. Dors."
"Quelle race ?"
"Un Borzoï."
"Oh, les tsars en avaient des comme ça."
"Oui. Dors, ce n'est pas un quizz de bistrot."
"Il n'est pas très poli, mais il est beau."
"Je m'en vais maintenant," dit Drago.
"Sa fourrure semblait si douce…"
Enfin, le silence tomba.
À présent, seul le chat était éveillé, fixant Drago.
Drago nota que le regard jaune n'était pas rempli de haine comme à son habitude. Au contraire, il semblait approbateur.
