Cette fic a été écrite pour la 131e Nuit du FoF autour du thème "guerrière". Le FoF est un forum regroupant tous les francophones de ffnet où l'on peut discuter, demander de l'aide ou participer à des jeux. Le lien est dans mes favoris !


Guerrières

« Espèce de grosse vache ! »

Daisy avait entendu cette insulte, ainsi que diverses variantes, tout au long de sa vie. Elle n'avait pas seulement hérité du sang sorcier des Bulstrode mais aussi de leur silhouette trapue et de leur visage lourd au menton carré, sans le moindre charme. Depuis toute petite, ses camarades de classe s'étaient moqués de son physique. Très consciente que les « vraies » filles étaient censées être jolies, ou du moins gracieuses, et qu'elle-même était très loin de leur ressembler, Daisy avait endossé le rôle de la grosse, de la moche, et par extension de celle qui n'intéressait personne. Pour tenir face aux insultes, elle prétendait ne pas les entendre, ne pas les comprendre, et en dernier ressort elle cognait. Et même si ses parents s'obstinaient à lui trouver des qualités, elle avait cessé de les croire, puisque pour le reste du monde elle n'était qu'une ratée.

« Arrête de me regarder avec tes yeux de merlan frit ! Fous le camp ! »

Elle avait été très surprise quand le Choixpeau l'avait répartie à Serpentard : pensez donc, la maison des sorciers les plus rusés et les plus ambitieux ! Daisy ne se trouvait pas spécialement maligne et ne nourrissait strictement aucune ambition ; mais si le Choixpeau avait vu ces choses en elle, c'était qu'il y avait de l'espoir ! Pour la première fois de sa vie, elle avait rendu ses parents fiers d'elle. Ensuite était venue la désillusion. Elle n'était pas mauvaise sorcière, mais pas bonne non plus. En grandissant, sa carrure s'était faite encore plus massive. Les autres avaient continué à se moquer d'elle ; alors elle était devenue plus dure, plus agressive, pour qu'au moins ils la laissent tranquille. En troisième année, elle n'avait toujours aucun ami.

« Tu m'as comprise, crétine ? Dégage, si tu veux pas que je t'en colle une ! »

La petite Poufsouffle de première année déguerpit dans le couloir sur ses jambes dodues et Daisy la regarda partir avec un mélange de satisfaction et de rage silencieuse. Maintenant, c'était elle qui insultait les autres, et ça faisait du bien. Mais ça ne la rendait pas plus populaire. Ça ne changeait pas le visage qu'elle croisait tous les jours dans son miroir, ni le corps qu'elle avait appris à haïr. Ça ne l'empêchait pas d'être blessée par le jugement des autres, et terrorisée à l'idée de subir à nouveau les moqueries sans savoir y répondre. Ça arrivait encore, parfois, et c'était humiliant.

En pénétrant dans la salle commune, elle fut accueillie par une véritable tempête sonore : Derek Cunningham, le nouveau batteur, hurlait comme un possédé, et Angus McLaggen lui hurlait en retour de se calmer, tandis que Clint Delamare hurlait de rire, écroulé dans un fauteuil. Le reste des élèves présents observait la scène avec perplexité.

« Qu'est-ce qui se passe ? marmonna Daisy pour elle-même.

-Brewster, répondit Tommy Unterlinden qui était dans la même année qu'elle et faisait partie des rares personnes à lui adresser la parole. Elle a saboté le shampoing de Cunningham. Enfin, on pense que c'est elle. »

Daisy se demanda comment elle avait fait pour ne pas le remarquer tout de suite : l'étrange choucroute vaporeuse de Cunningham s'était muée en boule à facettes qui réfléchissait la lumière. Malgré elle, cela la fit sourire, et en même temps elle se sentit un peu jalouse.

Comme elle, Brewster était une cible de choix pour les railleurs ; comme elle, elle les avait fait taire en leur faisant peur. Mais cogner sur un plus petit que soi n'était pas la même chose que terroriser Peeves ou imaginer des persécutions plus ou moins élaborées à l'encontre d'un élève plus âgé et capable de se défendre. Tani n'était pas seulement crainte au sein de sa propre maison, mais aussi respectée ; certains la trouvaient même sympathique. Elle n'avait peur de rien, elle rendait coup pour coup et elle se fichait vraiment de ce que les autres pensaient. Du point de vue de Daisy, elle avait la classe d'une guerrière, alors qu'elle-même n'était rien.