Ce chapitre a été écrit pour la 136e Nuit du FoF autour du thème «dentelle». Le FoF est un forum ouvert à tous les francophones de ffnet où l'on peut discuter, demander de l'aide ou participer à des jeux. Le lien est dans mes favoris !
Groupies
Daisy avait longtemps hésité avant de venir assister aux entraînements : la plupart du temps, ils n'attiraient personne hormis les groupies d'Hugo Landis qui passaient leur temps à glousser très fort et à s'extasier devant son physique avantageux. Pour rien au monde Daisy n'aurait voulu leur être assimilée. Non qu'elle ne fût pas sensible au charme du poursuiveur ; mais, avec sa carrure très éloignée de celle d'une jeune fille en fleur, elle savait qu'elle aurait eu l'air ridicule et que toute sa maison se serait fichue d'elle : à Serpentard, on ne faisait pas dans la dentelle.
Les choses avaient changé depuis que Tani Brewster avait rejoint l'équipe. Toute petite qu'elle soit, elle prenait de très haut les greluches jacassantes qui jetaient des œillades à Hugo depuis les tribunes. Elle s'en était d'abord plainte au principal intéressé, habitué à endurer la chose avec un détachement stoïque.
« Elles ont le droit d'être là, que ça nous plaise ou non, avait-il dit, sobre comme toujours dans ses propos. Je ne vois pas bien ce qu'on peut y faire mais, si tu as une idée, j'avoue que je ne serais pas contre. »
La séance suivante, Tani était arrivée avec un grand sac rempli de Bombabouses qu'elle s'était mise à lancer sur les filles des gradins en guise d'échauffement : simple et d'une efficacité redoutable. Angus avait froncé les sourcils juste pour la forme, les lèvres d'Hugo s'étaient retroussées en un demi-sourire très séduisant et Clint avait demandé Brewster en mariage – pour rire, certes, mais quand même. Depuis, le fan-club hystérique se tenait à distance, la rumeur assurant que Tani la Teigne gardait toujours une boule puante ou deux dans sa poche en cas de besoin.
Daisy était donc beaucoup moins gênée de se rendre au stade les jours d'entraînement. Comme elle ne gloussait pas, elle n'avait rien à craindre, et sa présence solitaire ne semblait pas poser problème aux joueurs ; de fait, elle se faisait aussi discrète que possible. Elle suivait avec une attention particulière les progrès de la nouvelle batteuse à l'école de Riley : celui-ci était aussi grand, massif et silencieux que Tani était petite, fluette et forte en gueule, de sorte qu'ils se complétaient plutôt bien. La nouvelle recrue se donnait du mal pour améliorer son jeu, travaillant la puissance et la précision de ses tirs aussi bien que son agilité sur balai ; Daisy admirait par-dessus tout sa détermination à accroître son habileté du bras gauche. Elle aurait bien voulu posséder la même force de volonté que Brewster.
« Tu crois qu'elle va nous voir ? »
Daisy se retourna : deux gradins derrière elle, trois filles venaient de faire leur apparition. À leurs joues roses et aux regards subreptices qu'elles lançaient en direction du terrain, elle devina qu'il s'agissait d'admiratrices d'Hugo entrées en résistance contre leur bannissement du stade. Téméraires, et pas totalement idiotes puisqu'elles comptaient apparemment sur la carrure de Daisy pour les dissimuler aux yeux de Tani la Teigne. Daisy soupira et reporta son attention sur les joueurs : elle ne comptait dénoncer personne, mais elle se serait bien passée d'avoir un poulailler comme fond sonore.
L'équipe volait vraiment bien aujourd'hui, et Hugo faisait des merveilles. Avec les deux autres poursuiveurs, il travaillait des figures acrobatiques qui donnaient des sensations fortes à son fan-club, à en juger par les vocalises qui chantaient aux oreilles de Daisy. Des vocalises de moins en moins discrètes. Daisy fit de son mieux pour les ignorer en se concentrant sur les mouvements d'Hugo, et y réussit plutôt bien jusqu'à ce qu'un sifflement bref et strident attire brusquement son attention. Tournant la tête à la recherche de sa source, elle vit Tani Brewster, loin au-dessus du stade, la batte levée, qui lui lançait un regard impérieux. La batteuse lâcha le manche de son balai le temps de pointer son pouce vers le sol sans quitter Daisy des yeux, puis glissa la main dans sa poche. Daisy comprit juste à temps : elle plongea en avant au moment où Brewster lançait quelque chose en l'air pour le frapper avec sa batte. Blottie contre le banc de devant, Daisy entendit les trois filles hurler lorsqu'un projectile moins dangereux qu'un Cognard, mais beaucoup plus odorant, les heurta de plein fouet.
« De l'air, les glousseuses ! Foutez-moi le camp ! » beugla Tani depuis les hauteurs tandis que Clint, à l'autre bout du terrain, hilare, se lançait dans une série de loopings pour célébrer ce joli coup.
Les filles s'enfuirent à toutes jambes. Relevant prudemment la tête, Daisy constata que l'équipe avait repris l'entraînement comme si de rien n'était, signe qu'elle-même pouvait sans doute reprendre sa place sans risque. Elle préféra tout de même se décaler un peu pour éviter que le parfum de la Bombabouse au petit matin ne lui gâche le spectacle. À Serpentard, on ne faisait vraiment pas dans la dentelle.
