Ce chapitre a été écrit pour la 141e Nuit du FoF autour des thèmes «douleur» et «jérémiade». Le FoF est un forum ouvert à tous les francophones de ffnet où l'on peut discuter, demander de l'aide ou participer à des jeux. Le lien est dans mes favoris !


Entraînement

« Aïeuh ! » beugla Clint en recevant le Cognard en pleine figure.

Certaines choses ne changeraient jamais, songea Daisy depuis la tribune où elle assistait à l'entraînement.

« Bien fait pour toi, abruti ! lui cria le fantôme de Cunningham qui partageait le banc de Daisy. Quelle andouille, poursuivit-il en se tournant vers elle – alors qu'il ne lui adressait pas la parole de son vivant, il ne se souciait plus de savoir si elle était ou non populaire. Depuis le temps, il devrait savoir que Brewster a le coup de batte facile. Pourquoi il s'obstine à la chercher ? »

Daisy ne répondit pas. Elle ne s'estimait pas très douée pour décrypter les relations humaines mais, à son avis, Delamare le faisait exprès. Elle ne pensait pas qu'il aimait particulièrement souffrir – encore que, avec un spécimen pareil, allez savoir – mais il adorait attirer l'attention, surtout celle de Tani la Teigne. Une interaction, même violente, valait toujours mieux que l'indifférence, se dit-elle en regardant la batteuse tournoyer comme un vautour au-dessus du gardien tombé à terre qui geignait pitoyablement.

« Clint ! Arrête tes jérémiades et retourne à ton poste ! lui ordonna Angus d'un ton courroucé.

– Mais j'ai maleuh ! répliqua le gardien. Elle m'a encore pété le nez, cette cinglée !

– Si seulement c'était vrai… T'aurais enfin une gueule potable, lança méchamment Tani en faisant des moulinets du poignet pour assouplir l'articulation – elle avait frappé du gauche, et était plutôt satisfaite de son tir.

– Et si ça pouvait t'apprendre à la fermer, ce serait vraiment formidable, renchérit Hugo. Rye, tu veux bien t'en occuper, qu'on reprenne l'entraînement ? »

Le colosse silencieux descendit se poser près de Clint et tira sa baguette de sa poche. Il semblait avoir encore grandi pendant les vacances et pris au moins deux kilos de muscle, constata le gardien qui se sentit tout malingre à côté. Riley se pencha sur lui, pointa sa baguette vers son visage en sang et murmura de sa voix douce une formule magique ; le nez de Clint se remit aussitôt en place. Il le tâta prudemment avant de l'essuyer avec sa manche.

« Wouah ! s'exclama-t-il, admiratif. Ça fait moins mal qu'avec Madame Pomfresh. Comment t'as fait ? »

Riley haussa modestement les épaules et ne répondit pas ; Angus, qui avait atterri près d'eux, s'en chargea pour lui.

« Si tu passais moins de temps à faire des blagues débiles et plus à t'occuper de tes semblables, tu saurais que Rye a décidé de devenir guérisseur, alors il bosse ses sortilèges curatifs.

– Heu, objecta Clint en se relevant maladroitement, ouais, sauf que… Il faut pas plein d'ASPIC dans pleins de matières pour devenir guérisseur ? Dont des matières que tu peux plus étudier parce que t'as été recalé aux BUSE ? »

Tani se posa à côté de Riley et lança au gardien un regard menaçant, la batte serrée dans sa main droite : elle n'aimait pas du tout le ton avec lequel il parlait à son coéquipier préféré.

« C'est toi la buse ! répliqua-t-elle. Les ASPIC, c'est pour Sainte-Mangouste. Y en a pas besoin pour être guérisseur indépendant non certifié.

– Non certifié ? répéta Clint. Genre, sans diplôme et pas reconnu par la profession ? Mais tu comptes gagner ta vie, quand même ? Ou c'est pas dans tes projets ?

– Les guérisseurs indépendants ne sont pas soumis aux règles de la corporation des médicomages, expliqua Riley. Ils sont libres d'employer des méthodes expérimentales comme le chant magique, l'acupuncture aux aiguilles ensorcelées ou même des techniques moldues. C'est ce qui m'intéresse. »

Clint était scié, à la fois parce qu'il ne se souvenait pas avoir entendu Riley prononcer autant de mots d'un coup, et aussi parce que ce dernier paraissait parfaitement sérieux. De part et d'autre du batteur, Ang et Brewster hochaient la tête, apparemment très au fait du plan de carrière de Rye et tous les deux approbateurs.

« Bon, fit le gardien en haussant les épaules, ben si t'es sûr de toi… »

Il remonta sur son balai et décolla d'un coup de pied, bientôt suivi par les autres. D'un coup de sifflet, Angus ordonna la reprise de l'entraînement.

« C'est frustrant de pas entendre ce qu'ils se disent quand ils gueulent pas, observa Cunningham. J'ai l'impression de louper des épisodes. »

Daisy partageait son sentiment. La vie de l'équipe de Serpentard semblait tellement plus passionnante que la sienne ! Ils riaient, ils se chamaillaient, ils se défiaient ; et ils volaient si bien… Cette année serait la bonne, elle en était sûre à les regarder filer à toute allure le long du terrain, agiles et précis, en un ballet harmonieux de robes vertes et de balles rouges et noires. Cette année, ils gagneraient la coupe.

« C'était bien, soupira Cunningham à voix basse. Voler… Ça me manque. »

Daisy ne sut pas quoi répondre. Les fantômes flottaient dans l'air, ils ne volaient pas au sens propre, et ils ne pouvaient certainement pas utiliser de balai.

« J'aimerais bien savoir voler comme ça », se dit-elle alors que Brewster passait en coup de vent devant la tribune, si vite que l'air en sifflait.

« Tu as quoi, comme balai ? » demanda Cunningham.

Se rendant compte qu'elle avait parlé tout haut, Daisy piqua un fard. Elle n'avait jamais vraiment fait part à qui que ce soit de son goût pour le quidditch. Elle n'en avait jamais vraiment eu l'occasion.

« J'en ai pas, marmonna-t-elle en haussant les épaules. J'en ai pas besoin, de toute façon.

– Les vieux Comète de l'école sont un peu pourris, déclara le fantôme, mais ça suffit pour une balade, ou même un peu de vol acrobatique. Pourquoi tu t'entraînes pas avec ? »

La rougeur de Daisy s'accentua. Voler dans l'enceinte de Poudlard, avec le risque que quelqu'un la voie faire ? Si elle avait été extrêmement populaire, ou si elle s'était moquée de l'opinion des autres, elle aurait pu oser s'exposer au ridicule, mais ce n'était pas le cas. Bien sûr, il n'était pas question de l'expliquer à Cunningham, alors elle se tut, honteuse, et baissa les yeux pour ne plus croiser le regard du fantôme. Elle regrettait de s'être ainsi trahie.

« AÏEUH ! »

Daisy et Cunningham sursautèrent en même temps et reportèrent leur attention sur le terrain. Clint Delamare dégringolait à nouveau vers le sol en se tenant cette fois la joue ; Tommy et Giv étaient hilares, et Tani se cramponnait des deux mains à son balai pour ne pas tomber tellement elle riait fort ; même Riley esquissait un sourire amusé.

« Mais c'est pas vrai ! Mais c'est pas vrai ! »

Angus fondit sur Tani, aussi rouge que la joue tuméfiée de Clint.

« Tu veux me le tuer avant le prochain match, c'est ça ? beugla le capitaine. T'es payée par Gryffondor ou quoi ?

– Hé, ho, calme-toi ! C'est même pas moi ! se défendit la batteuse.

– Exact, c'était moi, confirma posément Hugo en jonglant avec le Souaffle qu'il venait de récupérer après l'avoir lancé de toutes ses forces dans la face de Clint – et les bras bien dessinés du poursuiveur ne manquaient certes pas de force. Il faut vraiment qu'il apprenne à la fermer. »

Angus leva les yeux au ciel. Il ne voulait pas savoir ce que ce crétin de Delamare avait dit pour pousser Hugo à imiter Brewster mais, s'il en était arrivé là, c'est que le poursuiveur était à bout de patience.

Depuis la tribune, Daisy et Cunningham virent le capitaine redescendre vers Clint en compagnie de Riley. Une nouvelle fois, le batteur soigna le gardien d'un coup de baguette puis monta rejoindre ses coéquipiers. Personne n'entendit quelles sombres menaces Angus murmura à Clint pendant les quelques minutes où il resta penché sur lui ; mais, quand le gardien reprit sa place devant les buts, il avait les lèvres étroitement serrées, et il n'ouvrit pas la bouche de tout le reste de l'entraînement. Pour une fois, constata Daisy, Clint Delamare ne semblait plus du tout désireux d'attirer l'attention.