Ce chapitrea été écrit pour la 142e Nuit du FoF autour des thèmes«trêve» et «mort». Le FoF est un forum ouvert à tous les francophones de ffnet où l'on peut discuter, demander de l'aide ou participer à des jeux. Le lien est dans mes favoris !


La trêve d'Halloween

Comme tous les ans à Poudlard, Halloween battait son plein : des citrouilles évidées jetaient des lueurs inquiétantes à tous les coins de murs, les armures grinçaient plus encore que d'habitude et les arômes qui s'échappaient des cuisines faisaient saliver jusqu'aux fantômes. Sous le plafond de la Grande Salle, gris acier en raison du mauvais temps, les tables ployaient sous des victuailles toutes plus appétissantes les unes que les autres. Seule Madame Pomfresh faisait triste mine, sachant d'expérience qu'un certain nombre d'élèves – et de professeurs – atterriraient bientôt à l'infirmerie, qui pour une indigestion carabinée, qui pour de violentes caries dues à l'abus de sucre magique, car les confiseries Honeydukes avaient parfois des effets désastreux.

« Bonne fête ! souhaita Tani à Cunningham en s'asseyant à la table de Serpentard.

– Bonne fête ? s'étonna celui-ci.

– Ben, c'est la fête des morts, non ? répliqua Tani. Alors, bonne fête !

– Tiens, c'est vrai, fit le batteur fantôme, j'avais pas réalisé. J'espère que ça va pas être ma fête ! » plaisanta-t-il maladroitement.

En voyant toutes les bonnes choses dont Cunningham ne pourrait pas se régaler, Tani n'eut pas le cœur de se moquer de ce piètre trait d'humour. Ça ne devait pas être drôle tous les jours, d'être un fantôme. Elle se servit une grosse part de tarte au potiron qu'elle arrosa de crème anglaise et un verre de jus de citrouille bien frais en s'efforçant de ne pas se pourlécher de façon trop visible. À côté d'elle, Clint ne faisait pas montre de la même délicatesse.

« La vache, ch'est chuper bon ! » s'exclama-t-il en engloutissant un fondant chocolat-caramel dont le simple aspect mettait l'eau à la bouche.

Il avala sa bouchée, la fit passer avec une lampée de Champomaj', la boisson gazeuse préférée des sorciers, et sourit à Cunningham.

« Un banquet pareil, c'est à vous dégoûter d'être mort, déclara-t-il d'un air réjoui.

– Sale type ! grogna le fantôme entre ses dents spectrales.

– T'es vraiment pas sympa, renchérit Tani. Tu verras, quand c'est toi qui seras mort.

– Assassiné à coups de batte, tu veux dire ? ironisa Clint.

– Va savoir, dit Tani avec un sourire sinistre. Je suis même pas sûre que ça soit puni par la loi magique.

– Merde, les gars, c'est la fête ! s'agaça Angus, assis en face d'eux. Vous voudriez pas vous calmer un peu ?

– Je suis pas un gars, répliqua mécaniquement Tani.

– Non, t'es juste chiante, glissa Clint. Mange ta tarte au lieu de râler, sinon c'est moi qui la mangerai.

– Tu vas t'en manger une, oui !

– Oh, mais c'est qu'elle a de la repartie, cette petite !

– Crevure !

– Crevette !

– Temps mort ! s'écria soudain Hugo, tendant le bras entre eux tel un arbitre interrompant une altercation entre joueurs adverses. On se calme, on profite du repas et on la ferme pour le bien des oreilles des autres. »

Par-dessus le bras du poursuiveur, Clint et Tani échangèrent un regard.

« D'où qu'il nous donne des ordres, çui-là ? s'indigna-t-il.

– Il est même pas capitaine ! renchérit-elle.

– Mais moi, je le suis, intervint Angus d'une voix ferme. Et je décrète une trêve.

– Oh, l'autre, hé ! Tu veux pas qu'on signe l'armistice, aussi ? » ricana Tani.

Angus soupira.

« Ce que je voudrais, c'est manger en paix, dit-il d'une voix lasse. Franchement, ce repas est le meilleur qu'on ait eu depuis le banquet de début d'année, et vous gâchez tout à vous bouffer le nez pour rien. Ça me donne mal à la tête. »

Le capitaine paraissait vraiment fatigué. Entre la préparation des ASPIC et les entraînements de quidditch, sa dernière année à Poudlard s'avérait déjà épuisante, ils le voyaient tous très bien. S'ils voulaient qu'il tienne jusqu'en juin, il fallait le ménager.

Tani se mordit la lèvre et Clint prit une mine contrite.

« OK, Ang, on la ferme et on te laisse manger tranquille, promit-il.

– De toute façon, on a pas encore fini nos assiettes et ça va refroidir », ajouta Tani.

Hugo hocha la tête d'un air approbateur : voilà qui était mieux. Angus revint à ses muffins au cœur fourré de pâte à tartiner saveur noisette, Tani à sa part de tarte, Clint se servit du pudding aux raisins et Hugo s'éloigna pour chercher une place assise.

Le calme s'étendit sur leur bout de table, étonnamment silencieux dans la gaieté ambiante. Cunningham les regarda déguster leur repas, une expression mélancolique sur son visage gris perle. Ces muffins étaient vraiment délicieux, songea Angus. Une deuxième part de tarte ne serait pas de trop, se dit Tani. Quelle merveille que ce pudding, s'extasia mentalement Clint.

« C'est un peu mort tout d'un coup, vous trouvez pas ? remarqua Cunningham tout haut.

– C'est clair ! approuva aussitôt la batteuse. On dirait une veillée funèbre pour alcooliques anonymes !

– Les gens doivent croire qu'on vient d'enterrer quelqu'un, renchérit le gardien. Mais bon… »

Il regarda Angus en plissant les lèvres d'un air soucieux. À côté de lui, Tani affichait une moue candide. Le capitaine leva les yeux au ciel.

« C'est bon, j'ai compris, marmonna-t-il. Fin de la trêve, mais s'il vous plaît, évitez de trop monter le volume.

– Merci, Ang, t'es trop cool ! s'écria Clint.

– On s'insultera à voix basse, Angie, promis, garantit Tani.

– Angie ? Non mais, comment tu parles au capitaine, toi ? releva aussitôt le gardien.

– À voix basse, on t'a dit, Farinelli !

– De quoi ?

– C'est un castrat, inculte. Tu sais ce que c'est, au moins ?

– N'importe quoi ! Farinelli, c'est l'inventeur du sort d'amplification vocale, je te ferai dire.

– Je crois qu'on parle pas du même… ou peut-être que si. Il était sorcier, Farinelli ?

– Qu'est-ce que je viens de te dire ? Va te laver les oreilles !

– Non, mais, le castrat ! Suis, un peu !

– Mais de quoi tu me parles ? On s'en fout, de tes trucs de Moldu ! Je te dis que l'amplification vocale… »

Avec sa cuillère, Angus entama stoïquement un muffin. Il regarda le cœur à la noisette couler dans son assiette parsemée de minuscules citrouilles en sucre, puis leva les yeux vers Cunningham.

« Te plains pas, lui dit le fantôme avec un sourire résigné. Toi, au moins, tu peux mettre des boules Quies ! »