Ce chapitre a été écrit pour la 147e Nuit du FoF autour des thèmes «vengeance» et « balle ». Le FoF est un forum ouvert à tous les francophones de ffnet où l'on peut discuter, demander de l'aide ou participer à des jeux. Le lien est dans mes favoris !
Paris sportifs
« Ben j'aimerais pas être à la place du batteur de Gryffondor quand Tani lui tombera dessus, déclara Julian Finch-Fletchley en taillant soigneusement son Géranium Dentu.
– Pourquoi ? s'étonna Mercedes Rocade qui arrosait le sien d'un mélange d'eau de pluie et d'engrais des plus malodorant.
– Il lui a cassé le bras d'un coup de Cognard, quand même ! Ça fait mal, ces baballes-là !
– Tu penses qu'elle va vouloir se venger ?
– Enfin, Mercy ! s'étonna Justin. Tu te rappelles comme elle en a fait baver à ce pauvre Cunningham, non ? Et pourtant, lui, il était de sa propre maison !
– Oui, bien sûr, concéda Mercedes avec réticence. Mais les coups de Cognard, ça fait partie du jeu… Et puis c'est le rôle des batteurs de se servir des balles pour attaquer les joueurs adverses, Tani est bien placée pour le savoir.
– C'est pas une excuse, ça. Pas pour elle, assura Julian.
– Tu exagères. Tani est fair-play. »
Le regard que lui lança son ami par-dessus la table fit prendre conscience à Mercedes de l'énormité de ce qu'elle venait de dire.
« Aussi fair-play que peut l'être une Serpentard, nuança-t-elle. Elle a le sens de la justice, plus ou moins. La preuve : elle ne s'en prend jamais aux plus faibles.
– Mouais, fit Julian, dubitatif. N'empêche que Delamare a ouvert les paris sur la façon dont Tani va faire payer les Gryffondor. Apparemment il table sur le fait que tout sera réglé d'ici la fin de la semaine, et il a l'air plutôt sûr de lui.
– Qu'est-ce qu'il en sait ? Ce n'est pas parce qu'ils sont coéquipiers qu'il fait partie de ses amis, objecta Mercedes avec hauteur.
– Nous si, et elle ne nous a rien dit, remarqua Julian.
– Parce qu'il n'y a rien à dire, répliqua fermement Mercedes. Tani ne prépare aucun sale coup, je te le garantis. »
Julian recula un peu pour admirer la nouvelle coupe de son géranium puis se pencha par-dessus la table avec un air de conspirateur pour demander à voix basse :
« Tu veux parier ? »
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« Allez, les gars, soyez pas timides ! Faites vos jeux ! »
Clint avait ouvert dans un coin de la salle commune de Serpentard un vrai petit stand de paris et donnait de la voix pour attirer les amateurs.
« J'ai hâte de voir comment elle va réagir quand elle verra ça, observa posément Hugo, assis près du feu en compagnie de Tommy et Riley. À mon avis, Clint se trompe sur l'identité de la future victime de Tani la Teigne.
– Il aura tout remballé avant qu'elle revienne de la bibliothèque, assura Tommy. Il y a posté Giv pour faire le guet.
– Comme si ça pouvait empêcher Tani de savoir ce qui se trame dans son dos, répliqua Hugo.
– Je ne pense pas que ça la gêne, observa Riley de sa voix douce.
– Oh, je n'ai pas dit ça. Mais les paris de Clint lui donnent une bonne occasion de faire un scandale, et on sait tous qu'elle adore ça. »
Un petit sourire étira les lèvres de Riley et Tommy ricana en prévision de la tempête à venir. Quand il s'agissait de provoquer Brewster, Clint n'en ratait pas une !
« Faites vos jeux ! Faites vos jeux ! claironnait le gardien. Sur quoi tu mises, toi ? Un coup de batte en traître ? Pas très original, mais enfin, si tu y tiens… Et toi, tu dis quoi ? Du laxatif dans le jus de citrouille, très bon, ça ! Allez, je te le fais à dix contre un. Quoi ? Soudoyer Peeves pour qu'il lance des balles de ping-pong sur le batteur de Gryffondor jusqu'à la fin de sa scolarité ? Oh la la, belle imagination ! Quinze contre un ! Qui dit mieux ?
– Une tête de gardien empaillée au-dessus de la cheminée si tu remballes pas ça tout de suite ! rugit Angus qui venait de surgir de l'escalier menant aux dortoirs. Pour une fois que c'est pas après toi qu'elle en a, j'ai pas envie que ça change et que ça foute en l'air notre belle cohésion d'équipe, alors range ce bordel et boucle-la ! »
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« J'y crois pas une seconde, déclara Cunningham.
– Venant de toi, c'est plutôt surprenant », osa remarquer Daisy.
Flottant erratiquement sur la rive du lac, le fantôme était tombé sur elle pendant l'une de ses séances clandestines de vol. Non content de ne pas se moquer, il s'était même fendu de quelques conseils : question caractère, la mort lui réussissait vraiment bien. À présent, ils regagnaient ensemble le château en échangeant les derniers potins.
« Giv Farahani l'a vue lire un livre sur les déflagrations magiques et poser des questions à M. Dubois sur la fabrication des balles de quidditch : il dit qu'avant le prochain match de Gryffondor, elle va ensorceler les Cognards pour qu'ils explosent à la figure des batteurs, l'informa Daisy. Et McLaggen pense que d'ici ce soir, elle aura arraché la tête de Delamare pour la planter tout en haut de la tour d'Astronomie. »
Cunningham éclata de rire, ce qui fit trembloter sa coiffure nuageuse.
« Moi, je pense que les deux sont possibles, ajouta Daisy.
– Elle va juste les pourrir un peu, affirma le fantôme. Et peut-être flanquer un coup de batte à Delamare, comme d'habitude. Cette histoire de bras cassé, faut pas en faire une affaire d'État.
– Je sais que ce n'est pas grave, reconnut Daisy, mais tout le monde a l'air de s'attendre à un truc terrible. Alors j'imagine qu'elle doit se sentir plus ou moins obligée de faire quelque chose. »
Les traits vaporeux de Cunningham prirent un air songeur.
« C'est vrai, ce que tu dis… Elle ne peut pas décevoir son public. Mais ce sera un truc auquel on ne s'attend pas, ça, c'est sûr.
– Ça veut dire que Clint va ramasser une fortune avec ses paris », conclut Daisy.
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Une semaine plus tard, aux petites heures du jour, alors que tout le château dormait encore, une ombre descendit furtivement l'escalier des dortoirs est de Serpentard jusqu'à la salle commune plongée dans l'obscurité. Quelques instants plus tard, une deuxième ombre la rejoignit, venant des dortoirs ouest.
« Alors, ça fait combien ? demanda Tani à voix basse.
– Un joli paquet de pognon ! » répondit Clint dans un murmure réjoui.
À la lumière de la baguette de Tani, il sortit de sa poche une bourse rebondie qu'il vida sur le tapis. Une cascade de pièces chatoya sur le tissu vert sombre et la batteuse siffla entre ses dents. Ils s'assirent côte à côte pour compter l'argent.
« Tu sais, risqua le gardien, je crois que j'ai droit à un petit supplément. C'est quand même moi qui ai eu l'idée de lancer cette rumeur de vengeance pour que toute l'école se mette à parier dessus. Mais je suis pas difficile, je me contenterai de vingt balles de plus.
– C'est vrai, reconnut Tani avec une placidité menaçante. Mais j'aurais très bien pu rafler la mise en m'associant avec n'importe quel parieur plutôt qu'avec toi. Ou planter ta tête au sommet de la tour d'Astronomie. Ça aussi, ça vaut un supplément, non ? »
Clint n'insista pas. Un partage égalitaire lui assurait déjà une somme rondelette, et il préférait conserver sa tête sur ses épaules.
« Tu vas vraiment rien faire pour te venger, alors ? voulut-il savoir. Ça, ça te ressemble pas. »
Elle lui répondit par un sourire sibyllin.
« Combien tu paries ? »
