Ce chapitre a été écrit pour la 148e Nuit du FoF autour du thème «grandiose». Le FoF est un forum ouvert à tous les francophones de ffnet où l'on peut discuter, demander de l'aide ou participer à des jeux. Le lien est dans mes favoris !
La siffleuse
« Bienvenue à cette troisième rencontre de la saison, qui voit s'affronter Serpentard et Serdaigle ! Dix petits points séparent pour l'instant les deux équipes au classement général tandis que Poufsouffle a pris la tête du championnat… »
En dépit d'un froid mordant, l'ambiance était électrique dans les tribunes. Profitant de la neige qui tombait régulièrement depuis deux semaines, des supporters de Serpentard avaient perturbé le dernier entraînement des Serdaigle en les attaquant avec des boules de poudreuse ensorcelée. Mercedes, qui assurait le commentaire, omit volontairement toute allusion à l'incident, mais il était de notoriété publique que les joueurs bleus n'aspiraient qu'à se venger. Kendra Holland, la batteuse gauche et capitaine de Serdaigle, fusillait Angus du regard en lui serrant la main, et son partenaire agitait sa batte d'un air menaçant.
« Vas-y, rappelle l'écart avec Gryffondor ! souffla Julian à l'oreille de son amie.
– Tout le monde le sait, Julian, répondit Mercedes en levant les yeux au ciel tout en couvrant prudemment le micro de sa main gantée. Pas la peine de remuer le couteau dans la plaie.
– Tu rigoles ? Eux, ils ne se sont jamais gênés pour écraser les autres de leur prétendue supériorité sportive, non ? Poufsouffle : deux cent quarante points, Gryffondor : zéro !
– Ça pourrait bien ne pas durer, tu sais, répliqua Mercedes.
– Justement ! Autant en profiter tant qu'on peut ! »
À cet instant, Monsieur Dubois siffla le coup d'envoi, coupant court à l'insistance de Julian. Dans un ballet de robes bleues et vertes, les joueurs filèrent rejoindre leur poste dans les airs tandis que les balles magiques fusaient en sifflant. Il ne neigeait pas ce jour-là, et le vent s'était calmé : les conditions s'avéraient donc optimales, tant pour les joueurs que pour les spectateurs. Il apparut très vite que ce match marquerait la saison aussi bien par la vitesse de jeu que par la violence des échanges.
« Cinq minutes et déjà trente points pour Serdaigle, annonça bientôt Mercedes. Les joueurs sont si rapides que l'air siffle sur leur passage ! Delamare relance le Souaffle récupéré par Landis qui évite un Cognard et fonce vers les buts adverses, passe à Faharani feinté par Summerhayes… qui laisse tomber le Souaffle, rattrapé par Unterlinden qui… Ouch ! Un Cognard de Holland l'a touché à l'épaule, il lâche le Souaffle et… heureusement, son coéquipier l'a rattrapé avant qu'il tombe de son balai. Summerhayes en profite pour reprendre le Souaffle et lance la contre-attaque… »
Les mâchoires serrées, agrippé des deux mains au manche de son balai, Clint regardait les poursuiveurs bleus foncer vers lui à toute allure. Leurs passes étaient si rapides qu'il était difficile de deviner d'où viendrait le tir, aussi le gardien s'efforçait-il de toujours rester en mouvement. Au milieu des cris, des huées et des applaudissements de la foule indistincte, il percevait le sifflement des balais lancés à pleine vitesse. Du coin de l'œil, il voyait Angus faire le tour du terrain à la recherche du Vif d'or. Vu la façon dont la partie avait commencé, le capitaine devait avoir hâte qu'elle se termine – à condition d'être celui qui mettrait la main sur la petite balle dorée.
« Delamare bloque le tir ! s'exclama Mercedes dans son micro tandis que la tribune de Serpentard rugissait de triomphe. Superbe arrêt qui redonne un peu de souffle à son équipe avant la relance. Landis commence la remontée du terrain, appuyé par les deux poursuiveurs de Serpentard, mais les batteurs de Serdaigle prennent position et… et… Mais qu'est-ce que c'est que ce bruit ? »
Elle n'était pas la seule à en être perturbée. Les joueurs, ainsi que quelques spectateurs à l'oreille particulièrement fine, percevaient eux aussi ces sifflements plus ou moins brefs, aigus ou modulés, qui ne venaient ni du vent, ni du déplacement de l'air à haute vitesse, et encore moins du sifflet de l'arbitre. Perplexe, Mercedes scrutait le terrain quand Julian lui agrippa brusquement le bras.
« C'est Tani ! Regarde ! »
Filant sur la gauche du terrain, Brewster levait sa batte en direction d'un Cognard désœuvré ; elle émit un sifflement auquel Riley, de l'autre côté de la mêlée des joueurs, répondit par une trille avant de se porter vers l'avant. Aussitôt, Tani frappa le Cognard de toutes ses forces en direction de Riley qui le récupéra d'un crochet pour le dévier sur Boot, l'attrapeur de Serdaigle, juste avant qu'il rafle le Vif d'or sous le nez d'Angus. L'action avait été si rapide que les spectateurs équipés de Multiplettes furent les seuls à pouvoir la savourer pleinement, grâce à la fonction ralenti.
« Wouah, t'as vu ça ? » s'égosilla Julian au beau milieu d'un tonnerre d'applaudissements qui fit trembler la tribune de Serpentard.
Mercedes avait vu et, pendant un instant, elle resta coite. Les sifflements permettaient aux batteurs verts de communiquer malgré la distance et la présence des autres joueurs, et de construire de véritables actions de jeu plutôt que d'expédier simplement sur l'adversaire le plus proche les Cognards qui passaient à leur portée. Des actions défensives aussi bien qu'offensives, constata-t-elle en les voyant faire ainsi remonter le terrain à une balle noire qui prit de la vitesse au fil des coups de batte jusqu'à heurter de plein fouet le gardien de Serdaigle au moment précis où le Souaffle entrait dans la zone de tir.
« OUAAAAAIIIIS ! hurlèrent les supporters verts.
– NOOOOON ! se lamentèrent les supporters bleus.
– Magnifique ! soupira Daisy avec admiration.
– Aaargh ! gémit le gardien de Serdaigle en dégringolant vers le sol où la neige, heureusement, amortit son atterrissage.
– Bien joué, les gars ! beugla Angus. Continuez comme ça !
– Merde ! rugit Kendra Holland. Mais c'était quoi, ça ?
– Bonne utilisation de la tactique mexicaine, observa Monsieur Dubois, appréciateur.
– Il semble, se reprit enfin Mercedes, il semble que les batteurs de Serpentard ont développé une stratégie très efficace. Voyons ce que cela va donner sur la durée du match… »
Cela donna des tirs d'une précision féroce qui abattirent littéralement l'équipe de Serdaigle : quatre joueurs furent ainsi mis au tapis, dont deux finirent à l'infirmerie. Aussi prudents que patients, Tani et Riley s'étaient longuement entraînés avant de faire usage de leur nouvelle technique sur le terrain : ils savaient que, si elle s'avérait efficace, les autres équipes ne tarderaient pas à vouloir l'imiter, et ils tenaient à conserver une longueur d'avance. Pour cette raison, ils s'étaient abstenus d'y recourir pendant le match contre Gryffondor – du reste, vu le niveau de l'adversaire, ça ne leur avait pas manqué.
L'écart de points était maintenant au net avantage de Serpentard, et si élevé que, même si Boot attrapait le Vif d'or, cela ne changerait rien au résultat final. Bien que légitime, le désir de revanche des Serdaigle n'avait pas suffi.
« Trop pressés, commenta Tani pour elle-même. Une vengeance, ça se construit. »
Le gros des joueurs fonçait vers les buts de Serdaigle dont le gardien n'y voyait plus clair. À plus haute altitude, les deux attrapeurs faisaient la course derrière la petite balle dorée ; un Cognard fusait vers Angus. Sa trajectoire le mettrait bientôt dans une position que Tani guettait depuis le début du match. Elle siffla trois notes bien particulières à l'intention de Riley ; à sa tête, elle vit qu'il avait compris et qu'il n'approuvait guère, mais il fila quand même se mettre en place comme convenu. Riley était un partenaire en or.
« Les batteurs de Serpentard préparent une nouvelle attaque, annonça Mercedes. Brewster va récupérer un Cognard tandis que Riley se rapproche des buts de Serdaigle, sans doute pour réexpédier la balle quand Brewster la lui aura envoyée… »
L'attention générale se portait cependant sur la lutte qui opposait Boot et McLaggen pour le Vif d'or, aussi peu nombreux furent ceux qui virent Tani armer son bras, frapper le Cognard, et manquer son coup : au lieu d'être déviée vers Riley, la balle fonça droit vers les tribunes.
Le hurlement de douleur du spectateur touché fut couvert par la clameur de la maison Serdaigle lorsque les doigts de Boot se refermèrent sur le Vif d'or, sauvant ainsi l'honneur. Monsieur Dubois siffla la fin du match avant même de se rendre compte de l'incident qui, de ce fait, ne donna lieu à aucune pénalité. De toute façon, c'était involontaire.
« Ben mince alors, ça c'est ce qui s'appelle un loupé, dit Tani d'un air contrit en rejoignant ses coéquipiers victorieux au centre du terrain. J'espère qu'il s'est pas trop fait mal.
– C'est qui, que t'as touché ? demanda Angus.
– J'en ai pas la moindre idée, répondit-elle en ouvrant tout grand ses yeux bleus.
– Dis donc, fit Hugo qui scrutait la tribune où l'on secourait le malheureux spectateur. Ce serait pas le batteur de Gryffondor ?
– Celui qui m'a cassé le bras pendant le dernier match ? Pas possible ! » s'exclama Tani.
Clint dévisagea la batteuse, si fine et fluette à côté de son partenaire de jeu : l'image même de l'innocence. Il secoua la tête. Qu'est-ce que disaient les Moldus, déjà ? La vengeance est un plat qui se mange froid.
« Grandiose », soupira-t-il avec admiration.
