Ce chapitre a été écrit pour la 151e Nuit du FoF autour des thèmes «oskour» (oui oui), « ensanglanter », « gant », « orchidoclaste », « aboyer », « souvenir », « recueillir ». Le FoF est un forum ouvert à tous les francophones de ffnet où l'on peut discuter, demander de l'aide ou participer à des jeux. Le lien est dans mes favoris !
Surprise !
« Je l'ai appelé Oskour », annonça Clint avec fierté en désignant le Boursouf perché sur son épaule.
Tani voyait mal en quoi se promener avec pareille bestiole dans les rues de Pré-au-Lard pouvait être une source d'orgueil pour quiconque d'autre qu'une fillette de dix ans. Elle-même avait la honte rien que de se tenir à côté.
« C'est ta petite sœur qui te l'a offert ? hasarda-t-elle en essayant de ne pas se moquer.
– Mon oncle, corrigea le gardien. Il est éleveur au Pays de Galles. »
Il tendit un doigt pour en caresser la petite boule de poils couleur crème qui se mit à vibrer et bourdonner de plaisir. Trop mignon, pensa Tani avec une grimace de dégoût.
Des flocons tourbillonnaient dans le vent glacial de février. En ce jour de sortie pour les élèves autorisés, les rues du village sorcier étaient étonnamment désertes : tout le monde devait déjà s'être réfugié près de la cheminée des Trois Balais ou dans l'atmosphère sucrée de Honeydukes. Tout le monde sauf Clint et Tani qui sortaient de retenue, lui pour avoir triché à son dernier contrôle de potions, elle à cause d'un méchant sortilège utilisé au cours d'une rixe contre des supporters de Gryffondor qui avaient mal pris l'« accident » de leur batteur, lors du dernier match de Serpentard.
« C'est quoi, que tu leur as lancé, déjà, à ces pauvres lionceaux innocents ? demanda Clint d'un ton léger. Un Sectumsempra ?
– Même pas, répondit Tani en haussant les épaules avec dédain. Juste une variante inoffensive. Ça leur a fait des entailles de rien du tout, comme s'ils s'étaient faits griffer par un chat. »
Mouais… De ce que croyait savoir Clint, la variante inoffensive avait ensanglanté les trois garçons de la tête aux pieds – certes sans compromettre leur « pronostic vital », comme disaient les Moldus. Nul parmi les Serpentard n'avait été surpris : à trois contre une vicieuse petite teigne, ces idiots de Gryffondor n'avaient aucune chance. Hélas, leur directeur de maison avait pris Tani sur le fait et envoyé tout le monde en colle le samedi suivant, par souci d'équité, prétendait-il. Clint, qui râlait un peu d'être puni le jour de son anniversaire, quoiqu'il ne dût s'en prendre qu'à lui-même, se trouva ravi de ne pas être le seul coincé au château ce matin-là.
Comme prévu, ils retrouvèrent les autres à La Tête de Sanglier. Dirigé par un couple de gobelins aussi peu amène que le précédent propriétaire, l'endroit conservait son cachet si particulier : plafonds bas, poussière, mobilier miteux et éclairage tamisé, l'idéal pour fidéliser une clientèle de trafiquants. Les professeurs de Poudlard déconseillaient formellement à leurs élèves d'y mettre les pieds, même en plein jour, quand le bar était presque vide.
Giv, Riley et Angus s'étaient installés à la meilleure table, ou à la moins mauvaise, et avaient déjà commandé les boissons. Mordu la veille par un Snargalouf lors du cours de botanique, Tommy n'était pas encore sorti de l'infirmerie, et Hugo flirtait on ne savait où avec on ne savait qui.
« Eh ben, c'est pas trop tôt ! grogna le capitaine en cognant sa chope de Bièraubeurre contre celle de Clint. Bon anniversaire, crétin !
– Heu, c'est quoi ce truc sur ton épaule ? fit Giv, le doigt pointé vers le Boursouf. Ça fait partie de ta punition, c'est ça ? »
Le gardien balaya la raillerie d'un haussement du menton avant de s'intéresser aux paquets qui l'attendaient sur la table. De Giv, il reçut un livre sur le quidditch, de Riley une trousse de premiers secours magiques bien utile quand on pratiquait un sport violent, et d'Angus une superbe paire de gants en cuir rembourré.
« Je me trompe ou vous manquez un peu d'imagination, les mecs ? » ironisa Tani.
Son cadeau à elle était même plus original que celui de l'oncle éleveur : elle avait promis de ne pas insulter Clint, de ne pas se moquer de lui, ni de le contrarier, ni de le frapper pendant toute la journée.
« Ça va pas être facile, prédit Giv. Surtout avec ça, ajouta-t-il avec un regard amusé au Boursouf. C'est la mignonnerie incarnée, ce truc », ricana-t-il.
Sans répondre, Clint se tourna vers Tani.
« Espèce d'orchidoclaste », lança celle-ci à Giv d'un ton posé.
Riley pouffa de rire tandis que le gardien affichait un sourire satisfait.
« Elle a aussi promis de prendre ma défense quand on m'attaquerait, expliqua-t-il. À votre place, je ferais gaffe à ce que je dis, les gars.
– Orchido… quoi ? demanda Giv. C'est quoi, ça, une plante grimpante ? »
Angus fronçait des sourcils rêveurs. Autrefois, Tani avait sorti un truc assez semblable au défunt Cunningham ; ça ne sonnait pas pareil, mais c'était aussi un mot que personne ne connaissait. Dans son souvenir, ça avait un rapport avec les cheveux du pauvre Derek…
« Pourquoi faut toujours que tu parles comme un dictionnaire ? gémit Giv à l'adresse de Tani.
– Parce que moi, j'ai de l'instruction, répliqua-t-elle.
– T'en fais pas, dit Clint en tapant sur l'épaule de Giv d'un air compatissant, moi non plus je sais pas ce que ça veut dire.
– Petit indice : ça n'a rien à voir avec la botanique », glissa Riley de sa voix douce.
À cet instant, la lumière déjà chiche s'éteignit, arrachant des grognements aux quelques clients du jour. Un crépitement se fit entendre, puis un projecteur se braqua sur le bar d'où surgissait la patronne gobeline, porteuse d'un énorme gâteau surmonté de cierges magiques. Une musique d'anniversaire assourdissante accompagna sa progression jusqu'à la table où les Serpentard hilares applaudissaient un Clint soudain rougissant.
Les lumières se rallumèrent. La gobeline posa le gâteau devant le héros du jour et lui tendit un couteau avant de se retirer. Clint attendit que les cierges finissent de se consumer. Sous le regard attentif de ses camarades, il brandit alors le couteau au-dessus du gâteau et en enfonça la pointe juste au centre…
Bang !
Le gâteau explosa, projetant de la crème et des cerises confites tout autour de la table ; vive comme l'éclair, une petite créature à tentacules en jaillit et sauta au visage de Clint en aboyant avec vigueur.
« Argh ! » s'écria le gardien étouffé par les tentacules visqueux.
Fidèle à sa promesse, Tani saisit la chose à deux doigts et l'arracha en douceur du nez de sa victime.
« On dirait une mini-pieuvre, observa-t-elle en examinant la créature qui aboyait toujours et dont les tentacules, étonnamment tièdes, s'enroulaient autour de son poignet. Sauf que ça n'aboie pas, d'habitude.
– C'est un poulpe de jardin, précisa Riley. On l'utilise souvent pour garder les poulaillers. Qu'est-ce qu'il faisait là-dedans ? »
Angus lui tendit une serviette afin d'essuyer la crème que le batteur avait sur le front, puis tourna un regard courroucé vers Giv qui ricanait sous cape.
« Au prix où on l'a payé, ce foutu gâteau ! s'indigna-t-il. Tu trouves ça drôle, toi ? »
Pour toute réponse, le poursuiveur éclata d'un rire sonore. Tani était trop loin pour lui allonger une tarte, et trop fascinée par le poulpe pour seulement y penser. Lui-même couvert de crème et frissonnant encore du contact des tentacules, Clint estimait pourtant que l'offense méritait réparation. Il soupira : puisqu'on ne pouvait compter que sur soi-même…
« Oskour, ordonna-t-il, à l'attaque ! »
Aussitôt, le Boursouf bondit de son épaule, projetant sa longue langue rose en direction de Giv qu'il atteignit droit dans l'œil.
« Aaaaaïeeee ! » beugla celui-ci en sautant de son siège.
Rebondissant sur le sol comme une balle, la créature se mit à le poursuivre à travers la salle, sa langue rentrant et jaillissant de sa minuscule bouche avec la vitesse et la précision de celle d'un caméléon en chasse. Tous les clients étaient morts de rire, et les gobelins également.
« Je vous avais pas dit que c'était un Boursouf d'attaque ? fit Clint d'un ton léger. C'est la grande spécialité de mon tonton. »
Tani comprenait mieux son attachement pour la bestiole. Laissant ses coéquipiers huer Giv et encourager le Boursouf à le mordre, elle se pencha vers le poulpe et ses délicates tentacules enroulées autour de sa main. Effrayé peut-être, l'animal se taisait maintenant ; au bas de son petit corps rond et mou, ses yeux noirs restaient fixés sur Tani. Elle n'avait jamais été du genre à recueillir les chiens abandonnés, mais…
« Ça peut s'élever en appartement, un poulpe ? »
Et un joyeux anniversaire, Clint ! Je cherche un nom pour ce petit poulpe (mâle ou femelle, je ne sais pas encore). Des idées ?
