Ce chapitre a été écrit pour la 154e Nuit du FoF autour des thèmes «grimace» et «nef».Le FoF est un forum ouvert à tous les francophones de ffnet où l'on peut discuter, demander de l'aide ou participer à des jeux. Le lien est dans mes favoris !


La mascotte

La première fois que Titania Brewster avait mis les pieds dans le dortoir des filles de Serpentard, ses condisciples de première année l'avaient toisée de haut. On ne connaissait pas encore ses origines moldues, à l'époque, mais sa dégaine de crevette aux yeux de poupée semblait la désigner comme la timide de la maison, voire une victime de choix pour les persécutrices en puissance. Quelques nuits plus tard, tout le monde avait compris que la brute, c'était elle, et qu'il valait mieux ne pas la chercher.

Par la suite, quand la nouvelle s'était répandue que Tani était une Née-Moldue – pour parler poliment – qui traînait avec des Poufsouffle, les filles de son dortoir s'étaient bien gardées de faire des commentaires. D'autres élèves de leur maison n'avaient pas eu cette sagesse et s'en étaient mordu les doigts.

Son recrutement dans l'équipe de quidditch et la qualité de son jeu avaient fait monter sa cote de popularité parmi les Serpentard. Mieux encore, avec Clint et Riley – et Cunningham, en un sens –, elle comptait enfin quelques amis dans sa propre maison. Mais toujours pas dans son dortoir. Certaines filles s'étaient pourtant mises à rechercher sa compagnie à l'heure du déjeuner ou pendant les sorties à Pré-au-Lard ; mais elle était sans doute trop différente pour que cela débouche sur de véritables amitiés. Trop bizarre, trop froide, trop flippante. Tenant elle-même ses camarades en piètre estime, Tani n'en souffrait guère ; mais il lui arrivait, de temps en temps, de se sentir un peu à côté de la plaque, assise toute seule dans son lit tandis que les autres riaient et jacassaient et se chuchotaient des secrets à l'oreille.

Quand, au retour de Pré-au-Lard, elle débarqua dans le dortoir avec son poulpe de jardin, les réactions furent pour le moins mitigées.

« Beurk ! Qu'est-ce que c'est que ça ? C'est dégoûtant ! s'écria Rachel Jones avec une grimace.

– Arrête, c'est trop mignon, au contraire ! s'attendrit Linda Sawyer d'une voix émue. Tu l'as acheté à Pré-au-Lard ? Je veux le même !

– C'est un poulpe terrestre, les informa Maggie Bartleby avant que Tani ait pu en placer une – Maggie était passionnée de magizoologie.

– Tu ne vas pas garder ça dans notre dortoir ! s'indigna Rachel en grimaçant de plus belle.

– Si ça t'embête, t'as qu'à dormir ailleurs », répliqua Tani sans hausser la voix.

Les autres comprirent aussitôt que l'installation du poulpe n'était pas sujette à discussion, même si Rachel cherchait visiblement le courage de ne pas s'avouer vaincue.

« Il ne devrait pas trop nous gêner, indiqua Maggie. Ils n'aboient que quand on les embête.

– Ils aboient ? répéta Rachel à mi-voix, écœurée.

– C'est un mâle ou une femelle ? voulut savoir Amanda McKenzie, la romantique de la bande.

– J'en sais rien, reconnut Tani en consultant Maggie du regard. Ça se voit à quoi ?

– Beurk ! On ne va pas regarder ça maintenant ! s'horrifia Rachel.

– Il faudrait que je vérifie, mais je crois que ces bestioles sont hermaphrodites, répondit Maggie.

– Oh ben, ça, c'est pratique ! observa Linda.

– Iel s'appelle comment ? demanda Amanda.

– J'ai pas encore décidé, dit Tani qui, au vu de l'intérêt qu'il suscitait, commençait à regretter d'avoir ramené le poulpe.

– On fait un vote ! s'exclama Maureen Valerius dont la mère était députée au Parlement magique. Qui veut proposer un nom ?

– Non, contra Tani.

– Si ! Comme ça, on sera toutes ses marraines ! se réjouit Amanda pendant que Linda applaudissait.

– Si cette chose doit devenir la mascotte de notre dortoir, c'est normal que tout le monde participe », remarqua Maureen.

Tani n'en revenait pas : ses camarades de dortoir, qui d'habitude courbaient l'échine au moindre de ses froncements de sourcils, s'étaient pour ainsi dire liguées contre elle afin de procéder au baptême du poulpe. Rachel fut même la première à proposer un nom : Beurk, ce qui n'étonna personne.

De son côté, la petite créature s'était réfugiée au creux de la main de la batteuse, effrayée sans doute par toutes ces grandes créatures piaillantes : pas très efficace, comme gardien de poulailler. Tani remarqua que sa peau lisse et tiède, auparavant bleu schtroumpf, avait viré au violacé sous le coup de l'émotion.

« Parlez moins fort, vous lui faites peur, enjoignit-elle.

– Oh, c'est trop mignon ! larmoya Linda.

– Il va falloir que tu lui fasses un nid, remarqua Maggie. À l'état naturel, ils se cachent sous les pierres ou se construisent des abris avec de la boue.

– De la boue, beurk !

– La ferme, Rachel.

– On n'a qu'à le mettre dans un tiroir avec de la mousse, proposa Linda.

– Plutôt dans une boîte, comme ça tu pourras le transporter, suggéra Maureen.

– En tout cas, il faut quelque chose de sombre et d'humide, décréta Maggie.

– Mais on lui a pas encore choisi de nom ! geignit Amanda.

– C'est vrai, reconnut Maureen. Rachel, passe-moi ton carnet, on va écrire les propositions. »

Et c'est ainsi qu'après plusieurs tours de scrutin où Beurk affronta Mollusque, Robert/Roberta et Câlinou – le sens de l'humour de Linda laissait cruellement à désirer –, Tani envoya balader la démocratie et imposa Ventouse.

« Ventouse, c'est bien, approuva Maggie.

– C'est logique, abonda Linda.

– C'est chou, sourit Amanda.

– C'est ton poulpe, après tout », reconnut Maureen.

Boudeuse, Rachel se contenta de hausser les épaules.

« Eh ben, beurk quand même, voilà ! » marmonna-t-elle tout bas.

lll

Les premiers temps, Ventouse dormit dans une boîte à chaussures tapissée de tissu humide posée sur la table de nuit de Tani. Le poulpe y semblait à son aise mais, comme le déclara Clint lorsqu'il le découvrit :

« Une boîte en carton, c'est pas une piaule de mascotte, ça ! Et pourquoi pas une vieille pantoufle, tant qu'on y est ? »

On ne sut qui commit le crime ni comment il s'y prit, mais un jour, une splendide nef de table en argent doré se volatilisa du grand vaisselier de Poudlard pour apparaître comme par magie sur la table de chevet de Tani, en lieu et place de la boîte à chaussures.

« Oh, wouah ! s'exclama Linda.

– C'est trop beau ! soupira Amanda.

– Bon, c'est vrai que c'est la classe », convint Rachel.

La nef s'ouvrait d'un simple coup de baguette. À l'intérieur, un tapis de mousse et quelques galets polis formaient un nid des plus accueillant pour un poulpe terrestre, et Ventouse s'y blottit aussitôt.

« Il faudra penser à changer la mousse régulièrement, avertit Maggie.

– Et jeter un sortilège antivol à la nef, ajouta Linda, des fois que quelqu'un essaie de la piquer.

– Ou de la remettre à sa place », glissa Maureen.

Tani n'était pas inquiète : à part les elfes de Poudlard, personne n'aurait l'idée de chercher la nef disparue dans le dortoir de Serpentard, et elle était suffisamment populaire dans les cuisines pour que les elfes fassent semblant de ne rien avoir remarqué – c'était l'avantage d'être une amie des Poufsouffle.

Elle observa Ventouse, à présent d'un délicat bleu azur, empiler les galets puis se glisser sous une épaisseur de mousse avant de fermer les yeux. Quelques secondes plus tard, il se mit à ronronner.

« C'est trop mignon ! » souffla tout bas Linda.

Tani referma doucement la nef. C'était trop mignon, en effet. Mais il ne fallait pas croire : elle avait beau se laisser attendrir par un joli petit poulpe, elle n'en restait pas moins Tani la Teigne. Et elle comptait bien le rappeler à tout le monde d'ici la fin du prochain match.


J'avais envie d'écrire sur un truc un peu mignon, pour changer :)