"Sur le Toit"

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CHAPITRE 13.

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Comme à nouveau elle n'arrivait pas à dormir, cela lui parut une bonne idée d'aller se chercher une boisson fraîche à boire dans sa chambre. La lumière principale de la cuisine n'était pas allumée mais néanmoins la faible lumière qui en provenait et le bruit qu'on y entendait indiquaient que quelqu'un était en train de tout mettre sans dessus dessous. Peu de temps auparavant, elle serait immédiatement revenue sur ses pas mais elle pensait avoir des comptes à régler avec lui, alors sans aucune hésitation, elle entra.

Il avait le corps à moitié engouffré dans le réfrigérateur mais il se releva pour la regarder un instant avant d'aller s'asseoir à table. Bulma s'étonna en le voyant car il avait une glace au chocolat dans la bouche et en tenait une autre à la main. Elle ne put s'empêcher de trouver cette scène amusante. Il devait avoir brusquement eu envie de quelque chose de frais, sucré et délicat car elle ne se souvenait pas lui avoir vu prendre quelque chose de semblable. En le voyant, la scientifique eut envie d'en prendre une autre aussi. Elle se servit dans le congélateur et s'assit à côté de lui bien consciente que le saïyen l'ignorait. Elle se dit que son attitude plus distante qu'à la normale s'expliquait peut-être car elle l'avait à nouveau couvert d'injures la nuit précédente, des injures certes méritées après l'acte stupide de Végéta.

Fidèle à lui-même, le Prince restait indifférent à sa présence pendant qu'il dégustait sa glace au chocolat et en un clin d'oeil, il l'avait terminée. La jeune femme, qui de temps l'observait sans rompre le silence qui les environnait, se mit à rire, mettant un terme à leur mutisme respectif.

- "De quoi tu ris ?", lui demanda Végéta, vexé.

- "Le bâtonnet ne se mange pas.", répondit Bulma en lui souriant.

Le côté comique du moment ne fit qu'augmenter quand elle le vit froncer les sourcils plus qu'à l'accoutumée et regarder avec curiosité le petit support de bois qui restait et qui lui paraissait extrêmement insipide. En entendant son rire tranquille, il se sentit ridicule et voulut se lever mais la scientifique le devança en voulant lui arracher le bâtonnet des mains pour le jeter à la poubelle. Il ne la laissa pas faire et se le fourra entier dans la bouche pour le mastiquer.

- "Si, ça se mange.", dit-il en se levant lentement pour s'en aller.

De l'intimité. Tout à coup, l'intimité était réapparue avec aussi l'envie de rester là, sur la table, entre des compositions florales et des fruits délicieux. La veille, elle lui avait dit des choses horribles et il avait détruit son laboratoire mais malgré tout cela, l'intimité était plus forte que les atrocités qu'ils s'infligeaient mutuellement.

- "Tu n'en veux pas une autre, Végéta ?"

Le prince la regarda en souriant de côté pendant que Bulma se dirigeait dare-dare vers le congélateur. Quand elle revint à la table avec une autre glace, il s'était déjà rassis. Quelques minutes auparavant, en sentant son ki descendre l'escalier, il avait cru qu'elle retournerait sur ses pas en remarquant sa présence dans la cuisine, comme elle le faisait toujours depuis quelques temps, mais il avait été surpris de voir que cette fois, elle était entrée et qu'en plus elle était à nouveau spécialement gentille. Il se méfiait d'elle, oui, il l'avait toujours fait mais il supposait qu'elle était très gênée par ce qui s'était passé hier. S'il se souvenait bien, elle lui avait demandé de partir de chez elle. "Que signifie tout ça ?", se demanda-t-il.

- "Je ne t'avais jamais vu manger de glace.", dit la scientifique, l'air détendue, enfoncée dans sa chaise et dégustant la sienne.

- "J'ai chaud.", répondit-il.

- "Que mangiez-vous sur votre planète ?"

- "Qu'est-ce que ça peut te faire ?" Il parlait sans la regarder, les yeux fixés sur sa glace. Ils étaient comme deux gamins à la porte d'un parc. Tout cela était si bizarre que c'est la seule image qui vint à l'esprit de Bulma. Elle sourit intérieurement.

- "Comment était ta vie là-bas ?" Elle prit une serviette et la lui tendit. Le saïyen resta impassible et continua à manger. Elle laissa la serviette sur la table, près de lui. Il ne lui répondit pas et elle sut comment surmonter cet obstacle : - "D'après ce que j'ai compris, ce n'était pas une grande planète..."

Elle avait touché juste car il s'arrêta de manger, se redressa sur sa chaise et lui répondit : - "C'était une grande planète, la plus importante de la Galaxie du Sud." Il s'arrêta pour se recentrer sur sa glace. - "Notre race, étant la plus puissante, avait fait de ce lieu le centre de l'Univers."

"Bravo", se félicita Bulma, "rien de tel que de blesser son orgueil de saïyen pour le faire réagir et parler."

- "Oui mais comment c'était ?", reprit-elle en léchant le chocolat.

- "Comment c'était quoi ?", demanda Végéta, commençant à se sentir inquiet.

- "Ta planète.", précisa la jeune femme.

Il répondit sans lever la vue : - "Rouge." Et il engloutit le restant de sa glace.

Voyant que le saïyen avait déjà terminé, elle alla en chercher d'autres dans le réfrigérateur Elle apporta la boîte et la mit devant lui. Lui, sans une once d'hilarité, leva le regard pour la fixer droit dans les yeux, essayant de déchiffrer ce que pensait la scientifique. Elle semblait détendue, ce qui lui fit plisser le front en quête de réponses.

- "Et ta vie là-bas était comment ?", demanda Bulma en se rasseyant près de lui, sans le quitter des yeux.

Le saïyen changea de posture sur sa chaise. Il commençait à se lasser et elle semblait se refuser à aller droit au but. - "Celle d'un prince.", répondit-il.

- "On te traitait comme un prince ?"

- "Oui."

- "Tu avais des serviteurs ?"

- "Oui."

- "Des esclaves ?"

- "Oui."

- "Quand en es-tu parti ?"

- "Quand j'étais encore un enfant."

- "Avec Freezer ?"

Il mit du temps à répondre. Avant, il tourna la tête pour lui faire face. - "Oui."

- "Et ta mère ?"

A ce moment, Végéta s'arrêta de manger et la regarda, les yeux emplis de ténèbres. Il se demandait quand elle finirait par se fatiguer de l'interroger. - "Pourquoi ne me dis-tu pas une bonne fois pour toute ce que tu as à me dire, femme ?" C'était une question à double tranchant car posée ainsi, elle donnait l'impression qu'il était intéressé par ce qu'elle avait à lui dire. Il se berçait d'illusions. Pour Bulma, il était déjà évident que s'il n'avait pas eu envie de l'entendre, il serait parti de la cuisine depuis longtemps.

- "Non, je ne..." "Je lui facilite trop la tâche", se réprimanda-t-elle. En le voyant lever le front dans un geste arrogant, elle s'exclama en pensée : "Maudit Saïyen !" et détourna le regard sur le côté, cherchant les paroles justes. - "Hier, je..." Elle toussa et fronça les sourcils. - "Ce que j'ai dit, je ne le..."

- "Tu ne le quoi ?", lui demanda-t-il en croisant les bras. - "Est-ce que par hasard tu allais t'excuser ?"

Le prince avait mis en doute l'évidence avec un tel dédain qu'elle fit machine arrière instantanément. - "Bien sûr que non !", s'exclama-t-elle en prenant une autre glace de la caisse.

Son demi sourire caractéristique se forma sur son visage. C'était déjà fait. Il l'avait découverte et elle s'était excusée implicitement. La raison pour laquelle elle se trouvait là était trouvée et maintenant il devrait partir. - "Tant mieux.", dit-il en prenant son troisième bâtonnet. - "Parce que tu n'avais rien dit d'intéressant." Et il prit sa première bouchée. - "Comme toujours.", conclut-il en faisant qu'à nouveau l'intimité les entoure. Il pensait réellement qu'elle n'avait rien dit d'extraordinaire malgré la colère avec laquelle elle avait lancée toutes ces phrases redondantes de sa bouche tremblante et noyée par les larmes.

Bulma ne savait pas quoi en penser. Il était resté là intéressé par ce qu'elle pouvait avoir à lui dire et en plus maintenant avec son "comme d'habitude", il provoquait que tout cela devienne à nouveau intime. "Qu'est-ce qu'il veut ?" Cette question lui était passée par la tête autant de fois qu'à lui, elle en était consciente. Sa nervosité était en train d'augmenter et à force de penser sans rien faire d'autre, sa glace était en train de fondre. Elle la lécha et prit une serviette pour se nettoyer. Elle en déposa une nouvelle près de lui. Il s'était dit tant de choses depuis qu'ils se connaissaient qu'elle ne pouvait pas dire qu'il était un étranger, un invité, un prince ou un simple mercenaire de l'espace avec tout ce que cela sous-entendait. Il avait cessé d'être tout cela pour se transformer sous ses yeux en Végéta. Et elle aurait été incapable de dire à quel moment cette transformation s'était produite. Au point où elle en était, elle s'en fichait. Elle réagit :

- "Et vous aviez des serviteurs ?"

- "Ça, tu me l'as déjà demandé." Le visage du saïyen avait repris son inexpressivité.

Des échos d'une conversation passée leur revinrent à l'esprit à tous les deux. Le silence recommençait à planer mais aucun des deux ne bougeait de sa place. Bulma pensa qu'elle devait profiter de cet instant qui paraissait si précaire, si absurdement délicat malgré les apparences, vu qu'à tout moment, il pouvait se lever et s'en aller. Et elle ne voulait pas qu'il s'en aille. Pour rien au monde.

- "Et une femme et des enfants ?" Quand ces paroles s'échappèrent de sa bouche, elle dût faire de gros effort pour ne pas tousser, ni trembler, ni montrer un semblant d'intérêt.

Végéta la regarda fixement. Il ne fut pas surpris par la question car venant d'elle, il fallait s'attendre à tout. - "Ça t'importerait si j'en avais ?" Un sourire grivois surgit brusquement sur son visage. "Allons,", lui suggéra-t-il intérieurement, "tu peux faire mieux que cela, Bulma."

"Ça alors,", s'exclama la jeune femme dans sa tête, "non seulement il résiste, mais il me provoque." - "Evidemment, non.", répondit-elle avec dignité.

- "Eh bien alors pour tu le demandes ?" Ce sourire moqueur ne quittait pas son visage.

- "Pour savoir des choses sur toi.", ajouta-t-elle en essayant de ne pas le regarder.

- "Tu sais déjà tout ce qu'il y a à savoir.", répondit-il de façon cinglante. Maintenant, c'était lui qui l'observait. Après quelques instants à l'étudier en train de lécher sa glace, il préféra baisser la garde. - "Je suis le prince des saïyens, avec Kakarot, le dernier de pure race de mon espèce de tout l'Univers, du moins que je sache." Il n'avait pas l'air concerné par ce qu'il disait ; son ton était plutôt neutre, comme s'il s'agissait d'une information normale et non d'une effroyable calamité. - "Je ne pourrais pas avoir de femme car toutes mes congénères sont mortes dans l'explosion de la planète Végéta."

- "Goku en a une.", répliqua Bulma, voulant ravaler ses paroles.

Végéta s'essuya la bouche avec la serviette et même le nom de son plus grand ennemi ne put empêcher le retour sur son visage de la moue moqueuse. - "Il peut le faire, c'est un troisième classe mais moi, je suis le Prince, je n'aurais même pas pu avoir n'importe quelle femme de ma planète. Elle aurait dû être de haut rang, choisie par le roi pour moi entre les meilleures candidates, avec une grande force de combat et une grande prépara..."

Il ne put continuer. Alors qu'il parlait plus qu'il ne l'avait jamais fait, elle l'interrompit :

- "Attends.", lui dit Bulma en lui tendant une serviette pour qu'il s'essuie de nouveau. - "Tu as dit une grande force de combat ?"

Le saïyen comprit où elle voulait en venir tout en prenant la serviette tendue. Il acquiesça tout en ouvrant sa cinquième glace.

- "Tu veux dire que les femmes de ta planète pouvaient aussi se battre comme... " Elle se sentit un chat dans la gorge mais poursuivit. - "Comme toi et Goku ?"

Un souffle court, comme un rire aphone, s'échappa de la bouche du saïyen. - "Que se passe-t-il, humaine ?", lui demanda-t-il. - "Tu croyais qu'il n'y avait que des singes combattants ?" Il avait lu dans ses pensées. Il n'y avait qu'une seule raison pour qu'il se catalogue lui-même comme un singe et c'était pour lui rappeler qu'elle l'avait appelé ainsi à une autre occasion, une façon de répliquer qui ne parut pas étrangère à Bulma. - "Il y avait aussi des singes femelles combattantes.", conclut-il.

La jeune femme plissa les sourcils. - "Ce qui signifie que ton machisme ne vient pas de ton espèce mais qu'il t'est propre...", lui reprocha-t-elle, le bâtonnet de bois entre les dents.

Il dût se retenir pour ne pas rire. "Insolente.", pensa-t-il. Il se mit à s'expliquer. - En règle générale, elles étaient moins fortes que les hommes mais quelques-unes surpassaient la moyennes." Voyant que la scientifique n'en revenait toujours pas, il en profita pour cette fois être celui qui lui cassait les pieds. - "C'était des femmes très valides, pas comme ici." Et il termina sa glace.

"Incroyable.", se dit Bulma. "Non seulement il reste assis là mais en plus il continue à me provoquer." Même si l'intimité revenait avec encore plus d'audace que jamais à cause de leur effronterie mutuelle, il y prenait part sans paraître le moins du monde mal à l'aise. "Il faut que j'en profite.", pensa-t-elle dans son esprit intrépide. Elle posa le bâtonnet sur la table, y appuya ses coudes, la joue sur son poing fermé. - "Eh bien, il n'en reste plus aucune...", dit-elle, s'attendant à une réplique acerbe.

Le sourire qu'elle arborait lui parut éblouissant. - "C'est exact.", affirma le prince sans la moindre trace de mélancolie ni aucune expression. - "Il ne reste plus aucune femme valide dans tout l'Univers." Maintenant, c'était lui qui la défiait du regard.

- "Bon...", répondit-elle faiblement à son incitation. Elle ne voulait pas détourner les yeux des siens mais finalement, elle dût le faire. Elle réalisa que d'habitude, c'était lui qui détournait le regard mais cette fois, il paraissait assez à l'aise dans cette nouvelle situation. Ils avaient perdu le compte du nombre de fois où ils auraient pu se lever d'ici. "Ce n'est pas son habitude de parler autant.", se dit-elle tout méditant sur ce qu'il avait raconté. Si elle laissait de côté les circonstances, si elle pensait à ce qu'il avait dit, elle arrivait à une conclusion : avec son orgueil inné, qui pour elle frôlait la démence, Végéta avait renoncé à l'idée de mettre une femme dans sa vie et cela était infiniment plus intéressant que toutes les autres questions qui lui trottaient dans la tête au sujet de l'intimité qui les dévorait tous deux, surtout que ce sujet était nouveau contrairement à l'intimité. Finalement, le saïyen reprit une glace dans la caisse, qui heureusement, les gardait au frais pendant quelques minutes, quand un doute assez scabreux surgit dans son esprit. Sans trop réfléchir, comme souvent, elle lui lança :

- "Et tu as déjà été avec des femmes ?" Elle tendit la main pour prendre un nouveau bâtonnet. Elle n'en avait plus envie mais elle en prit un, au cas où.

Encore une fois, il dut se retenir pour ne pas rire. - "Tu me poses une question très facile, humaine.", lui dit-il avec un sourire narquois.

Elle n'allait pas lui dire qu'elle voulait profiter du fait qu'il soit aussi détendu parce que cela lui donnerait une excuse pour se lever. Le moindre faux pas dans cette discussion privée et il la transformerait en cauchemar. D'autant plus, si elle lui faisait remarquer qu'il se comportait de manière inhabituellement proche. Encore une fois parmi des centaines, elle pensa qu'il était un homme si compliqué qu'il fallait laisser une distance immense entre eux pour qu'il ne se sente pas menacé par leur proximité. Cela lui sembla la pensée la plus triste qu'elle ait eue sur lui. Alors, elle garda ses doutes sur la raison pour laquelle il restait là.

- "Bien sûr que oui.", lui répondit finalement le guerrier. Encore une fois, il avait baissé la garde.

- "Et comment étaient ces femmes ?" Il fallait qu'elle le tente, c'était maintenant ou jamais, même si elle se mettait en évidence.

Cette fois, il s'inclina en avant pour lui répondre. - "Importantes.", articula-t-il en la fixant dans les yeux.

Ça, c'était une nouvelle. - "Oh.", s'exclama-t-elle en haussant les sourcils de surprise. - "Alors tu dois ressentir quelque chose pour elles pour..."

Il leva les yeux un instant pour l'interrompre. Cette insinuation avait presque réussi à le mettre de mauvaise humeur : - "Ne te trompe pas, quand j'ai dit importantes, je ne voulais pas dire pour moi, mais pour les autres."

Là, elle s'étonna - "Qu'est-ce que tu veux dire ?"

Végéta se renfonça dans sa chaise. Il s'amusait déjà trop pour s'en aller d'ici. Il mit la main dans la caisse et sortit sa sixième glace au chocolat. - "Je suis un prince, aussi difficile que cela soit pour toi, garde-le bien en tête."

Elle comprit. Il n'avait jamais été avec des femmes qui ne soient pas d'un rang élevé dans la hiérarchie. Elle se sentit offensée. Elle n'avait aucune raison de l'être mais c'est ce qu'elle ressentit alors elle le lui fit savoir en l'attaquant pour la première fois de tout ce dialogue : - "Mais tu étais un mercenaire, un soldat aux ordres..."

- "Une chose n'enlève pas l'autre, humaine.", l'interrompit-il sans paraître gêné. - "Jamais." Il appuya cette idée comme s'il se l'était répétée très souvent à lui-même. Il ouvrit le sachet autour de la glace et le laissa sur la montagne qui s'était formée sur sa gauche avec les restes des précédentes. - "Nappa et Radditz allaient effectivement avec des femmes communes, y compris des prostituées." Cette précision démontrait qu'il voulait poursuivre la conversation car il n'avait pas besoin de nommer ses subalternes ni de parler de leurs habitudes sexuelles.

- "Peut-être que tu as été avec une prostituée sans le savoir." Elle ne savait pas d'où lui était venue cette hypothèse absurde mais elle la lui lança. Ses nerfs commençaient à la trahir.

- "Tu me prends pour un idiot ?", lui rétorqua le prince avec mépris en s'arrêtant de manger. - "Je t'ai dit que..."

- "Je sais, mais dans les palais, il y a toujours eu des courtisanes, non ?", l'interrompit-elle, essayant de trouver un argument honorable pour étayer sa conjecture saugrenue. A sa réponse, elle sut qu'elle s'en était tirée brillamment :

- "C'est exact.", répondit-il, pensif. - "Mais ce que tu dis est impossible."

- "Pourquoi ?", demanda-t-elle encore plus intriguée qu'avant. Malgré le ridicule de l'objection qu'elle avait faite, elle pourrait en tirer profit maintenant qu'il se montrait énigmatique.

Elle était tellement absorbée par cette étrange conversation qu'elle ne cilla pas en le voyant tendre sa main vers elle avec fermeté. Il lui prit le poignet et Bulma retint sa respiration. Il tira son bras vers lui et le retourna, montrant sa peau ferme et blanche.

Bulma leva son regard, se perdant dans ses muscles jusqu'à le fixer dans les yeux. Elle se tut comme jamais elle ne l'avait fait, même si sa bouche s'entrouvrit légèrement. Elle gardait sa glace à moitié fondue à la hauteur de sa poitrine.

Il lui parla en désignant avec le pouce de la main qui tenait son bras. - "Ici.", lui expliqua-t-il avec désinvolture, bien loin d'attacher autant d'importance qu'elle à ce contact. Il pressait son poignet d'une main tandis qu'il mangeait sa glace avec l'autre. - "Dans l'empire de Freezer, on marquait les prostituées de trois points en forme de triangle et il n'y avait pas d'exception." Le plus curieux en cet instant, c'est qu'il ne relevait pas la vue. Quand il le fit, il se rendit compte qu'elle l'observait avec un regard qu'il avait déjà vu avant. Ils restèrent muets pendant un instant et pour corser le tout, une goutte de chocolat lui tomba dans le décolleté. Maintenant, c'était lui qui parcourait des yeux le corps de Bulma, remarquant comment sa poitrine montait et descendait avec force.

- "Qu'est-ce que c'est ?", demanda-t-il en passant le même doigt sur une petite bosse sur son avant-bras. Il avait haussé le ton en formulant la question, ainsi que resserré son étau sur son bras mais il ne s'en rendit compte qu'en voyant le pli de sa peau. A aucun moment il n'avait agit avec délicatesse ou avec une arrière-pensée. Cela fit réagir Bulma, qui tendit son autre main pour prendre une serviette sur la table et s'essuyer. Végéta lui lâcha enfin le bras et se recentra sur sa glace. Ce changement de sujet dans la conversation ne fonctionnait pas. "Il faut que je m'en aille.", se dit-il tout restant encore assis.

- "Un implant.", lui répondit-elle en cherchant son regard. Sa façon d'ignorer tout cela comme si cela n'avait pas de signification ne la mettait pas en colère mais l'attristait plutôt. "Un implant contraceptif.", précisa-t-elle en voyant qu'il ne disait rien.

- "Bon." Végéta se leva enfin et se dirigea vers les escaliers avec toujours dans la bouche le bâtonnet de sa sixième glace.

La jeune femme observa sa retraite, emplie de mille émotions. L'intimité s'en allait avec lui et en plus à son point culminant. Sa tristesse fut balayée par le retour de sa mauvaise humeur. C'était terminé. Elle ne put s'empêcher de réprouver son attitude : - "Alors pourquoi es-tu resté tout ce temps ici avec moi ?", lui demanda-t-elle en se tournant et en le voyant disparaître en haut des marches. Il n'y avait rien à expliquer. Les sensations étaient dans l'air. L'épaisseur de l'intimité était si dense qu'ils ne voyaient plus rien en dehors d'eux mêmes. Il était resté à parler avec elle comme s'il suivait son jeu, un jeu dont ils connaissaient tous deux la fin et qu'il avait accepté tacitement. C'était une vérité absolue, découverte il y a longtemps et il recommençait à la nier. Ou pire, à la rejeter.

Il ne répondit pas. Mais ce n'était pas faute d'avoir un plan ou une réponse. Il avait toujours un plan.

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Cela faisait longtemps que c'était devenu normal entre eux. Ils se disputaient pour ensuite s'ignorer ou parce que l'un ou l'autre l'avait décidé, avant de se remettre à parler, à se disputer et retour à la case départ. Depuis leur dernière rencontre dans la cuisine, c'était Végéta qui avait recommencé à mettre une distance et l'avait amenée à se torturer les méninges plus que jamais.

Tout cela commençait à taper sur les nerfs de Bulma, pour des raisons évidentes et d'autres plus obscures. Cela lui tapait sur les nerfs d'être toujours en train de penser à lui et de s'interroger sur le pourquoi de ses actions. Elle se retrouvait dans cette situation, les nerfs à vifs et indignée contre elle-même parce qu'elle n'avait jamais autant pris sur elle pour un homme. Les questions sur ce qu'il voulait d'elle et vice-versa n'avaient déjà plus cours. "Il m'énerve, il m'énerve.", se répétait-elle en remuant la pâte dans le saladier comme sa mère le lui avait demandé.

- "Que t'arrive-t-il, ma chérie ?", lui demanda sa mère près d'elle en train d'ordonner des petits gâteaux.

- "Rien.", répondit-elle en remuant avec encore plus de force la pâte.

Des semaines avaient passé depuis sa dernière rencontre avec le saïyen et tout la ramenait à son calme tendu, plus tendu que jamais. "S'il ne veut pas l'accepter, c'est son problème.", se disait-elle encore et encore. Elle se réveillait toujours en essayant de se convaincre qu'elle ne le regarderait pas de toute la journée, qu'elle ne ferait pas attention à lui, qu'elle irait passer un moment avec ses nouvelles amies mais toutes ses bonnes intentions partaient en fumée dès qu'elle le voyait apparaître. "Cet espèce d'imbécile dit qu'il n'est allé qu'avec des femmes importantes." Elle essayait d'argumenter dans sa tête pour la millième fois. Elle tournait la pâte avec une telle énergie que sa mère crut qu'elle allait rompre la cuillère. "Importantes, il a dit !", s'exclama-t-elle intérieurement, furieuse en lançant un soupir de réprobation. "Je suis celle qui s'apparente le plus à une reine sur cette planète ! Je ne suis pas un chien !"

- "Allez, passe-moi ça." La blonde lui prit la cuillère en bois pour poursuivre la préparation de l'appareil de la tarte d'anniversaire.

- "Non !", s'exclama Bulma reprenant la cuillère en main. - "Je le ferai moi-même !" Et elle poussa sa mère d'un coup de rein. - "Je termine toujours ce que j'entreprends.", murmura-t-elle. Elle haussa le regard vers la chambre de gravité en fonctionnement. - "Toujours !"

- "Oui, ma petite, oui.", intervint sa mère, conciliante. - "Mais si tu remues avec autant de force, tu vas liquéfier la pâte du gâteau." Elle mima avec les bras pour montrer à sa fille comment on devait faire le mélange mais celle-ci ne lui prêtait pas attention. Elle savait quel sens se cachait sous ses paroles alors elle ne put éviter d'afficher un sourire sur son visage déjà souriant par nature. - "Et que t'a répondu Végéta pour l'invitation à ta fête d'anniversaire de ce soir ?"

- "Eh bien qu'il n'irait pas, évidemment !" Et c'était vrai. Ses parents, en sa présence, l'avaient obligée à lui poser la question et il n'avait même pas daigné répondre, ce qui était normal. Après, pour les faire taire, elle leur avait promis d'insister mais elle ne l'avait pas fait. Elle ne lui avait pas adressé la parole depuis. Et comme si le thème du prince ne la mettait pas déjà assez de mauvaise humeur, le lendemain, elle aurait trente-et-un an. Trente et un. Un trois et un un gigantesques s'écrasaient sur sa tête, l'applatissant contre le sol à chaque fois qu'elle pensait au lendemain. Et le comble, ses parents s'étaient obstinés à le fêter à la maison. Heureusement qu'elle avait réussi à changer le lieu de la fête pour un salon privé au centre de la ville. Elle ne voulait pas qu'il reste chez elle de traces de la trentaine qu'elle laissait derrière elle. Elle leur avait aussi fait comprendre qu'elle ne voulait pas de grande fête, juste un petit nombre de gens. Elle n'appela pas la bande de guerriers. Ils avaient des choses plus importantes à faire.

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- "Ma chérie, nous y allons.", lui dit son père en s'approchant du groupe de filles qui entouraient sa fille.

- "Monsieur et Madame Brief, j'ai été enchantée de faire votre connaissance.", lança Gurai en faisant la bise à son grand patron suivie par la timide Mursa, qui bien qu'hésitante, l'imita.

- "Oui, un véritable honneur, je n'aurais jamais pensé que vous étiez une personne aussi accessible.", ajouta Sumi, aussi affectée par l'alcool consommé, sans se rendre compte que tout cela ne sonnait pas très bien.

C'est Kartesi qui le lui démontra. - "Oui, votre fille nous a offert l'opportunité de nous présenter à vous et cela été un honneur." Elle fut plus prudente et lui serra la main mais elle fit quand même la bise à Madame Brief.

Bulma rit avec son père, comblé de tant d'amabilité féminine, et c'est sa femme qui prit la parole avant de se diriger vers la sortie du restaurant : - "Ma chérie, tes amies sont charmantes, charmantes !" Et elle enlaça son bras avec celui de son mari. - "Ne rentre pas trop tard, peut-être que Végéta veut fêter ça avec toi." Et leurs rires à tous deux en sortant furent vraiment sonores - "Ma chérie, tu en dis des choses !", lui commenta son homme en se laissant entraîner vers la porte.

- "Qui est Végéta ?" lui demanda Kartesi avec intérêt en s'asseyant à nouveau à la table. Tout le monde s'en était allé. Ses parents et le reste de ses invités, quelques proches de son âge qui la connaissaient depuis toute petite, ne laissant que les nouvelles amies de la jeune femme ainsi qu'elle-même dans le petit salon alloué à l'évènement. - "Quelqu'un que tu nous caches, Bulma ?" Et elle lui sourit avec impertinence avant de boire un peu de son verre de vin.

Sa mauvaise humeur lui revint. Elle avait tant apprécié le repas qu'à aucun moment elle n'avait pensé à lui. Il avait fallu que sa mère y mette son grain de sel. Elle mentit : - "Un chien."

- "Un chien ?" L'intérêt de Kartesi redoubla. - "Pourtant ta mère n'avait pas l'air de parler d'un chien." Elle rit tout bas, provoquant la contagion parmi les autres

- "C'est vrai, Bulma, que nous caches-tu dans ta maison si magnifique ?", lui demanda Gurai en se servant une autre part de la délicieuse tarte que Mme Brief avait préparée. - "Nous n'y sommes jamais entrées mais tout le monde dit qu'elle est immense."

- "Je vous l'ai déjà dit, un chien." Et elle se resservit une ènième coupe de champagne.

Toutes comprirent instantanément que ce sujet, quel qu'il fusse, était la chasse gardée de la célèbre héritière"

- "Garai !" Kartesi fut la première à rompre la glace - "Arrête de te goinfrer de tarte !", s'exclama-t-elle en frappant la main de son amie - "Après, tu te plains que tu grossis."

- "Eh !", l'intéressée se plaignit, vexée. - "Ce n'est pas moi qui me plains d'avoir un cul de la taille de la cité du Nord !" Et elle mordit à belles dents dans sa part.

Toutes rirent tandis que Mursa ouvrit la porte pour aller aux toilettes. Un garçon grand et bronzé apparut à la porte, faisant rougir la timide nouvelle amie de la jeune femme.

- "Bulma ?"

Son sang se glaça en écoutant cette voix. Elle s'arrêta de rire, poussant les autres à regarder vers la porte avec curiosité.

- "Pardon.", dit Mursa en se glissant entre lui et la porte pour aller aux toilettes. Elle regarda les autres d'un air interrogateur mais elle ne crut pas bon de rester à écouter alors qu'elle avait été celle qui avait ouvert la porte.

- "Que fais-tu là ?" La scientifique s'était tournée pour le voir toutefois sans se lever de la chaise.

Yamcha ne savait pas s'il devait entrer ou rester sur le seuil de la porte. - "J'ai vu tes parents à la sortie et ils m'ont dit que tu étais dans ce salon."

Les trois amies restantes se regardèrent les unes les autres en se disant qu'elles étaient de trop et en buvant ensemble leur verre. Il n'était pas difficile de se rendre compte que ce beau garçon devait être l'ex-petit ami de Bulma, celui dont elle refusait de parler, comme de toutes les choses intrigantes qui entouraient toujours la mystérieuse héritière. Si parfois, elles pensaient que l'amitié qu'elle leur offrait était sincère, quand elle se taisait ou répondait de façon vague, ce qui n'était très souvent, elles préféraient ne pas insister car elles n'oubliaient pas qu'elle était toujours leur chef.

- "Et qu'est-ce que tu veux ?", lui demanda-t-elle avec aplomb.

Yamcha restait immobile sur le seuil. Il se frotta la nuque d'un air pensif - "Eh bien, j'étais en train de souper avec des amis et..."

- "Une amie, tu voulais dire...", le coupa la jeune femme. - "Et depuis quand tu as d'autres amis qui ne soient pas de la bande ?"

- "Ce sont d'anciens camarades de base-ball, Bulma." Le malaise était si épais qu'on aurait pu le couper avec le couteau de la tarte que la scientifique commençait à regarder avec des désirs meurtriers dans les yeux. - "Je peux entrer ?", demanda Yamcha avec impatience.

- "Fais ce que tu veux, nous partions de toute façon." Et immédiatement, la jeune femme se leva, suivie par les autres filles qui prirent en vitesse leurs sacs-à-main, en se lançant des regards.

- "Mais Bulma, je voulais parler avec t..." Il poussa pour les laisser sortir.

- "Je n'ai rien à discuter avec toi." Et elle le laissa là tout seul, sa troupe d'amies à sa suite.

Arrivée à la porte, on lui fit les questions de rigueur. Évidemment, c'est Gurai qui brisa la glace. - "C'était...?"

Kartesi ne la laissa pas terminer : - "On s'en fiche de qui c'est, ça va ?", demanda-t-elle, inquiète, à la jeune femme aux cheveux bleus.

- "Tu as raison.", ajouta Sumi. - "Ça va ?"

Et curieusement, ça allait. Peut-être était-ce l'effet de l'alcool mais même si elle avait été peu aimable à cause de la rancoeur qui pré-existait, elle n'avait ressenti aucune douleur. Sa présence ne la faisait simplement pas souffrir. Son apparition la gênait, oui, mais cela ne lui causé qu'une sensation de malaise. Bien qu'elle ait atteint l'âge de trente-et-un an, son ego et sa vanité étaient toujours intacts. Et apparemment, sa tristesse s'était volatilisée depuis déjà longtemps. Elle sourit : - "Oui, ça va, c'est juste que..."

- "Eh !" Mursa était apparue derrière elles. - "Vous alliez partir sans moi ?", s'indigna-t-elle, amusée.

- "Vous avez pris mon... ?"

- "Tiens." Sumi lui remit le sac, le sujet de sa question qu'elle venait d'interrompre.

- "Ah, merci.", répondit-elle, heureuse, en l'accrochant à son épaule. - "C'était qui ce beau gosse ?"

- "On va boire un dernier coup ?", proposa Kartesi en ignorant la question de Mursa. C'était le moment de mettre un terme aux questions personnelles sur la scientifique. - "Il est encore tôt."

- "Oui, c'est clair.", répondirent d'une seule voix les autres filles.

- "Non, moi, je rentre à la maison.", affirma Bulma en sortant la capsule de sa voiture.

- "Mais c'est ton anniversaire...", protesta Gurai en affichant une mine triste.

- "Je suis fatiguée, bonsoir." Et elle activa la capsule devant elles. La scientifique était ainsi avec les filles, quand elle décidait quelque chose, elle ne changeait pas d'opinion. Elles croyaient que c'était parce qu'elle n'oubliait pas sa supériorité hiérarchique devant elles mais Kartesi semblait être la seule à comprendre qu'elle était comme ça avec tout, que c'était naturel chez elle.

- "Merci pour la fête.", dit-elle en s'asseyant dans sa voiture et en les laissant plantées là dans la rue.

- "Tu es sûre que tu vas bien ?" Celle qui lui était devenue la plus proche des quatre vint à la fenêtre de la voiture.

- "J'ai un peu mal au coeur mais je mettrai le pilote automatique." Et elle lui sourit en remontant la vitre. Elles se dirent bonsoir d'un signe de la main.

"Encore une esquive.", pensa Kartesi, car évidemment sa question ne portait pas sur l'état physique de la scientifique.

- "Elle est bizarre.", dit Gurai en regardant la voiture s'éloigner. - "Je vous l'avais bien dit qu'elle était bizarre."

- "Pas plus que le reste...", ajouta Sumi, énigmatique. Toutes la regardèrent avec intérêt. C'était étrange qu'elle parle sans qu'on la questionne, elle qui était si discrète, et surtout pour exposer une opinion aussi sage. Et peut-être qu'elle n'avait pas tout à fait tort.

- "On y va ?", lança Kartesi.

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Une sensation de vide s'était installée en elle. Ce n'était pas de la tristesse, ni encore moins de la solitude. Elle mit en marche le pilote automatique en souhaitant ne penser à rien mais cela lui fut impossible.

Elle était surprise d'avoir pu être aussi condescendante avec Yamcha. Aux yeux d'autres personnes, elle n'en avait peut-être pas eu trop l'air mais telle qu'elle se connaissant, si. Cette nuit fatidique, elle l'avait abandonné à même le bitume de la rue, ne laissant derrière elle que de la rancoeur, de la tristesse et une trace de pneu brûlé par l'accélération quand elle avait voulu l'écraser . Pourtant la peine avait disparu. Il ne restait plus qu'un ressentiment évident.

La sensation de vide fut momentanée alors elle ne sut pas comment la cataloguer. La blessure dans son coeur n'existait déjà plus.

Elle regarda l'heure dans la voiture avant d'en descendre. Neuf heures et quart. La fête s'était prolongée plus qu'elle ne l'avait voulu. Le lendemain, elle devait se mettre à travailler sur un nouveau projet et au moins l'interruption de Yamcha avait eu l'avantage de clore la fête. L'excuse parfaite pour s'en aller, surtout que ça ne l'intéressait plus de sortir avec les filles. Elle avait essayé mais malgré tout ses efforts, cela ne lui allait pas.

C'est en traversant le jardin qu'elle le vit. Végéta allait dans le sens contraire, de la chambre de gravité à la cuisine. Il fit, évidemment, comme si elle n'existait pas.

- "Ce n'est pas un peu tard pour que tu termines de t'entraîner ?", lui demanda-t-elle en s'approchant. Elle n'avait pas la moindre idée de la raison pour laquelle elle lui avait adressé la parole.

Il fronça les sourcils en l'observant sans interrompre son trajet vers l'intérieur de la maison. - "Je t'ai laissé un robot en panne à la porte du laboratoire.", répondit-il, s'attendant à ce qu'elle lui réponde qu'elle s'en occuperait le lendemain.

- "Je vais voir.", répondit la jeune femme, aucunement gênée.

"Maintenant ?", se demanda le guerrier. Il s'arrêta en la voyant s'éloigner pour se diriger vers son lieu de travail. Il la suivit.

- "Mes parents ne sont pas là, non ?" Elle avait allumé la lumière après avoir ouvert la porte, le robot dans les bras. La hauteur de la pièce faisait résonner ses talons plus fort qu'à la normale.

S'il avait répondu typiquement en prince des saïyens, il aurait dû lui dire qu'il se moquait bien d'où se trouvaient ses parents mais ce ne fut pas cette réponse qui s'échappa de sa bouche: - "Oui, ils sont dans leur chambre." Une expression de méfiance ne quittait pas son visage. Il entra aussi dans le laboratoire et regarda autour de lui avec intérêt. Rien n'avait changé depuis la dernière fois. Et pourtant il croyait y avoir imprimé sa signature personnelle à cette occasion. Pendant qu'il l'observait en train de s'attacher les cheveux, il exprima d'un court soupir sa certitude qu'elle y était pour quelque chose si rien n'avait sombré dans le chaos après sa petite attaque contre l'ordinateur.

- "C'est que je n'ai vu aucune chambre éclairée en m'approchant de la maison.", s'expliqua Bulma en retirant ses chaussures à talons et restant pieds nus. La sensation de fraîcheur sous ses pieds lui plut. Comme il ne répondit pas, elle se corrigea : - "Ils doivent dormir, évidemment." Elle soupira après l'avoir regardé dans les yeux et se centra sur le robot qu'elle avait laissé sur le plan de travail. Il se mit à côté pour voir ce qu'elle allait faire.

- "Qu'est-ce qui est tombé en panne ?", lui demanda-t-elle penchée sur la machine de combat.

- "Il ne tire plus." Le prince l'examinait tout en la laissant faire.

- "Vraiment ?" Elle leva les yeux vers lui pour qu'il le lui confirme. Elle se heurta à son regard noir et, curieusement, le soutint.

Après quelques secondes, Végéta répondit : - "Non." Et il appuya les fesses contre la table, les bras croisés en fermant les yeux.

- "C'est juste le viseur qui s'est déréglé.", indiqua Bulma en souriant. - "Il faudra juste que... tu me passes cette clef ?" Et elle s'approcha de lui pour lui montrer l'outil qu'elle désirait.

Le saïyen ouvrit les yeux pour suivre la direction indiquée par l'index de la scientifique - "Tu ne pourrais pas le faire toi-même, humaine ?" Malgré sa plainte, il fit pivoter sa hanche et tendit son corps pour faire ce qu'elle lui avait demandé.

Il lui passa l'outil et la jeune femme, en soutenant son regard, lui murmura avec moquerie : - "Tu as recommencé à oublier mon nom ?" Et elle se recentra sur le robot, consciente de son regard sur elle.

- "Effrontée.", entendit-elle dire le prince tout bas.

Elle se remit à sourire sachant qu'il en faisait de même. Entre eux, il n'y avait pas besoin de forcer l'intimité. Elle était présente dès le premier échange de regards. Heureusement pour Bulma, elle ne se sentait pas nerveuse. - "C'est fait.", dit-elle en se relevant. Elle tourna la tête pour le voir. Elle savait qu'il était en train de la regarder. Elle le savait.

- "Bien.", dit-il en se redressant après ces quelques secondes en terre inconnue.

- "Aujourd'hui, c'était mon anniversaire." La scientifique voulut à cet instant retarder son départ plus que certain. Elle vit comment il baissa les yeux et sourit légèrement.

- "Je viens d'avoir trente-et-un ans.", ajouta Bulma, pleine d'espoirs. Il tourna la tête pour la regarder. Il allait se moquer de son âge mais il ne savait pas si c'était beaucoup ou peu sur La Terre. Il ferma à demi les paupières en l'étudiant. Il garda le silence.

- "Quel âge as-tu ?", lui demanda la jeune femme.

- "Je ne sais pas.", répondit-il. Il voulut marcher vers la porte. A peine s'était-il retourné qu'elle le saisit par la main. Il regarda son poignet avant de lever les yeux vers elle.

- "Tu ne veux pas le savoir ?", lui demanda-t-elle dans un murmure. Quand elle reperdit le contact avec son regard, que le prince baissa sur leurs mains, elle décida de prendre l'initiative. - "Viens.", lui ordonna-t-elle en le tirant par le bras. - "Allez, viens." Et malgré sa résistance initiale, il se laissa entraîner par elle. - "Assieds-toi là." Et elle lui indiqua un siège couronné par un arc gigantesque.

- "Qu'est-ce que c'est ?", demanda-t-il avec son habituelle méfiance.

- " C'est une espèce de scanner.", expliqua-t-elle en se mettant face au saïyen très près et en l'asseyant en appuyant sur ses épaules. Elle réussit à ce que le prince s'assoie et la regarde par en dessous. Malgré son désir, elle dut se détourner de cette séduisante perspective pour se diriger vers l'ordinateur central.

- "Il va analyser ton corps pour nous dire l'âge exact que tu aurais si tu étais humain" Elle s'assit sur la chaise devant l'ordinateur qui s'alluma instantanément. - "Il pourra même nous dire ta date d'anniversaire car je suppose que ça aussi tu l'ignores, non ?"

Elle détourna les yeux une seconde pour le regarder à nouveau. Encore une fois, son visage confus lui parut irrésistible et elle sourit.

Le prince regardait l'arc avec les sourcils froncés. Il suivait des yeux le lent mouvement ascendant et descendant de celui-ci qui entourait son corps pendant son examen, illuminant au passage chacune des parties de son corps avec une lumière verte peu gênante. Quand il dirigea le regard vers elle, celle-ci se détourna pour se recentrer sur l'écran.

- "C'est bon.", dit la jeune femme. Le saïyen se leva et s'approcha pour voir les conclusions.

- "D'après ça, tu as trente-deux ans."

Végéta, qui s'était incliné pour observer ce qu'avait déchiffré l'ordinateur, regarda les cheveux de la scientifique, assise à côté de lui et le regard fixé sur le moniteur, et appuya ses fesses contre la table et y posa ses mains de chaque côté. - "Et quand serait mon anniversaire ?", demanda-t-il.

Elle leva les yeux vers lui. - "Ton anniversaire correspondrait ici au dix-huit décembre." Sans réfléchir et avec ses pupilles toujours fixées dans les siennes, elle se leva en le frôlant presque pendant tout le trajet et se campa à sa hauteur. Elle aurait voulu transpercer cette inexpressivité qui émanait constamment de ses yeux noirs, pourtant cela lui sembla une tâche âprement difficile, comme toujours, bien que son silence et le fait qu'il soit encore là, preuves que sa participation à tout rapprochement entre eux serait toujours nulle, démontraient qu'au moins il ne s'en allait pas. Elle voulait que ce soit lui qui fasse le premier pas et elle se gronda pour son innocence. Elle se rappela ce qu'elle avait dit en préparant le gâteau d'anniversaire, ce "je termine toujours ce que j'entreprends" et elle ne sut pas si c'était à cause de l'écho de sa propre voix dans sa tête qui l'encourageait ou à cause de l'alcool ingéré qui pouvaient encore faire des siennes, ou parce qu'elle était arrivée à bout de patience, mais elle s'approcha de lui, pas beaucoup, vu que le saîyen était déjà suffisamment près. Elle fixa ses yeux sur sa bouche et, pas très sûre de ce qu'elle était en train de faire, elle approcha ses lèvres de celles du prince. Elle l'embrassa.

Le prince, en sentant le contact, s'éloigna un peu. - "Ne fais pas ça.", lui murmura-t-elle en lui regardant directement la bouche. - "Ne t'éloigne pas, pas maintenant." Elle supprima l'espace qui les séparait pour à nouveau l'embrasser, prenant son visage entre ses deux mains blanches et appréciant que cette fois le saïyen restât tranquille.

Ces mots parurent délicieux à son oreille. La jeune femme l'avait supplié pour la première fois et c'était, contrairement à ce qu'il avait toujours cru ou désiré entendre de cette bouche qui maintenant le caressait, de ne pas s'éloigner. Et contrairement à ses prévisions, ce qui lui paraissait difficile, à ce moment précis, c'était de se séparer d'elle, de l'exaspérante femme qu'il avait d'innombrables fois voulu tuer, autant que posséder. Quand il l'entendit lui murmurer si proche avec le regard posé sur sa bouche, il n'avait pu s'empêcher de ne pas s'éloigner. Il n'allait rien faire. Il ne pensait rien faire. Et il n'était rien en train de faire. Même pas de s'en aller. Une brume épaisse de désir l'empêchait de voir qu'elle ne le laisserait pas s'échapper, qu'elle saurait comment l'entraîner avec brio sur son propre chemin.

Il avait les lèvres tendues et Bulma passait ses lèvres sur les siennes en les caressant et en fermant légèrement la bouche, d'un côté à l'autre, en essayant d'ouvrir la porte comme qui frappe sans trop vouloir déranger à l'intérieur, montant et descendant, palpant leur dureté. On n'entendait plus que sa respiration à lui et ses baisers à elle.

Soudain, elle remarqua un relâchement dans la fermeture. Elle ouvrit les yeux pour le regarder et il avait fermés les siens même s'ils étaient toujours surplombés par un pli hideux entre les sourcils. C'était comme s'il était en train de lutter pour empêcher cela, hésitant entre partir ou donner enfin libre cours à la luxure qui commençait à chauffer au milieu de toute cette obscurité.

Elle commença à mêler ses doux passages sur sa bouche déjà moins rigide à de minuscules baisers aux commissures des lèvres. Elle voulut s'ouvrir un passage avec la langue, en les léchant légèrement et en s'introduisant dans la bouche du prince. Enfin, elle sentit que celle-ci s'ouvrait et son haleine chaude rencontra la sienne ce qui la fit soupirer car elle voyait qu'elle était en train de gagner cette bataille. L'humidité du contact fut électrisante. Un éclair minuscule et dense jaillit à l'intérieur de cette pièce. L'étincelle, cette charge si pesante et si éthérée de la première fois où ils avaient désiré s'embrasser sans honte, se transforma en lueur et la lueur, s'ils continuaient ainsi, deviendrait un brasier.

Elle augmenta son poids sur lui qui finalement semblait commencer à se laisser entraîner, en respirant plus profondément tandis qu'elle baissait ses mains sur son cou tendu. Il ne pouvait pas dire à quel moment il l'avait fait mais il avait déjà les mains sur le dos fragile de la jeune femme. Sa langue au début calme et immobile, commença à danser à l'intérieur de sa bouche avec celle de la jeune femme et au bout d'un bref instant, imperceptible pour eux deux, il inhala énergiquement de l'air par le nez, s'enivrant encore plus de ce moment de passion et de cet arôme qu'elle dégageait et que tant de fois il avait senti avec étonnement. Il n'avait jamais fait ça. Ce n'était pas son style mais son corps était en train de réagir avec impétuosité à la proximité et aux baisers passionnés de la jeune femme d'une façon qui lui donna l'impression d'être au milieu d'une bataille. La même ardeur incontrôlable. Le même impératif de ne pas arrêter. Le plus étrange dans tout cela c'est que le début avait été doux. Encore elle et sa douceur.

Il la serra fort et sa langue vigoureuse remplit l'espace de la bouche de Bulma, qui gémit de voir qu'enfin on répondait à ses baisers avec un désir comparable au sien. Il la colla contre lui avec vigueur et sa dureté en bas arracha un gémissement à Bulma, excitée et souriante.

- "Bulma ?"

Ils ouvrirent les yeux d'un seul coup.

- "Bulma, tu es là ?"

Tout partit en fumée et le bleu et le noir, la clarté et l'obscurité, se rescindèrent en deux.

- "Bulma, ouvre-moi la porte, s'il te plaît."

- "Yam... Yamcha ?"

Végéta l'écarta d'une main. Il se déplaça sur la droite de quelques pas, croisant les bras et lui tournant le dos.

- "Oui, c'est moi, Bulma, ouvre-moi, s'il te plaît.", entendit-elle son ex-petit ami dire de l'autre côté du laboratoire.

Le froid qui avait disparu de ses pieds se réempara de son corps et la cloua au sol. La chute fut si rude qu'elle dût se rappeler qu'elle devait respirer. Elle eut le vertige et dût se refamiliariser avec son environnement. Elle regarda avec stupeur Végéta. Jamais elle n'avait vu son dos aussi tendu et elle reprit ses esprits en agitant la tête. Elle s'éclaircit la gorge et finalement, se dirigea vers la porte qu'elle ouvrit en demandant avec un profond mépris : - "Mais qu'est-ce que tu viens faire ici ?"

Yamcha regarda autour de lui avant de répondre. - "Tes parents m'ont dit que tu étais arrivée et je voulais te parler." Il arrêta ses yeux sur la fière silhouette du saïyen, qui restait le dos tourné. Il n'eut aucun mal à comprendre qu'il avait interrompu quelque chose. Le regard de Bulma était également révélateur. Il y avait tant de tension dans cette pièce qu'il put presque la respirer à l'ouverture de la porte. Quand il était arrivé à la maison, il avait remarqué son ki dans le laboratoire et il avait craint de tomber sur cette même scène que clairement il venait d'interrompre.

Avant même qu'elle ne prononce une parole, le prince s'était tourné pour le regarder. Les yeux du guerrier humain s'agrandirent en voyant la bosse qui faisait pression dans le pantalon du saïyen. S'il lui restait encore le moindre doute, Végéta le balayait. C'était comme si à ce moment-là, il marquait son territoire d'une manière animale.

Son ex-petite amie, ignorant cela car elle tournait le dos au saïyen, respira si profondément que Yamcha crut qu'elle allait exhaler tout l'air de la pièce. - "Allons au salon.", dit-elle enfin.

Elle le saisit par le bras et le traîna vers le jardin. La dernière chose que vit le guerrier avant de se retourner et de se laisser entraîner par elle fut le sourire macabre du Prince des Guerriers de l'Espace.

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Ils cheminèrent en silence jusqu'à la maison et entrèrent dans le salon. Elle marchait à grands pas tout autour à la recherche de quelque chose semblait-il.

- "Que se passait-il dans le laboratoire, Bulma ?", lui demanda-t-il en la suivant du regard.

Elle ne s'arrêta pas pour lui répondre tout en cherchant dans les tiroirs. - "Rien." Elle était embêtée de se sentir coupable. - "Et qu'est-ce que ça peut bien te faire ?" Enfin, elle trouva ce qu'elle voulait. Un paquet de cigarettes. Elle en alluma une avec le briquet qui était sur la table et rangea le paquet de mauvaise grâce là où elle l'avait pris.

Il ne sut que répondre à cela. Il n'avait aucune autorité morale pour lui lancer à la figue qu'elle était sur le point de faire ce qu'évidemment elle allait faire mais il ne pouvait s'empêcher de se sentir follement jaloux. "L'a-t-elle déjà fait avant ?", se demanda-t-il en l'observant. Il hocha la tête pour faire disparaître le regard froid que le saiyen lui avait dédié au dernier moment. Il fallait qu'il se concentre sur ce qui l'avait amené là cette nuit. - "Je regrette.", dit-il enfin.

- "Qu'est-ce que tu regrettes ?" Elle souffla une bouffée de fumée vers le haut. Elle n'arrivait pas à croire ce qui était en train de lui arriver. Etrangement, ce qui l'exaspérait le plus n'était pas tant la présence de son ex-petit ami à qui elle en voulait évidemment pour ce qui s'était passé, mais que Yamcha avait interrompu ce moment avec Végéta, qui leur avait coûté tellement à tous les deux à cause de leur orgueil et leur entêtement respectifs. Il n'était pas apparu pendant des mois et voilà qu'il avait dû le faire juste à cet instant-là.

- "Tout.", répondit-il avec solennité en faisant quelques pas vers elle qui le toisa de haut en bas, dressant une barrière invisible entre eux. - "Tu verras, je..." Mais il ne savait pas par où commencer. Il se mit à marcher en cercle, en se prenant le menton d'une main et en passant l'autre sur sa nuque. - "On t'a transmis mes messages ?"

-"Oui, Yamcha, on me les a transmis.", répondit avec désintérêt Bulma. Elle voulait en finir le plus vite possible.

- "On t'a rendu ton sac ?"

Elle respira profondément. - "Oui, on me l'a rendu." Et elle reprit une bouffée de sa cigarette.

- "Bien, c'est que..." Il avait à nouveau du mal à entamer ce qu'il avait à lui dire. L'attitude de son ex-petite amie, bien que compréhensible après ce qu'il lui avait fait, était trop lointaine, comme si réellement ce qu'il avait à lui dire ne l'intéressait plus. Finalement, il s'arrêta de faire des allers et venues, la regarda et se déclara vaincu en lâchant un soupir. - "Je regrette, Bulma, je regrette vraiment de t'avoir fait du mal, je le regrette tous les jours depuis que c'est arrivé et je me déteste d'avoir pu te faire une chose pareille."

Bulma ouvrit de grands yeux surpris. Il avait été si sincère avec ces simples paroles, si justes, comme s'il avait su que c'était celles-là qu'elle désirait entendre de sa bouche, que soudain elle se sentit libérée. - "Je sais.", conclut-elle en s'asseyant à un bout du canapé. Elle n'y laissa pas seulement tomber son poids, mais aussi son passé, qui descendit jusqu'à ses genoux, puis glissa par ses pieds pour disparaître complètement. Elle n'en revenait pas à quel point la sincérité pouvait lui faire du bien après tant de reproches.

Il poursuivit sur sa lancée. - "Vraiment." Il s'assit près d'elle toujours sans la toucher et les yeux baissés au sol. Il n'avait pas compris l'affirmation de la jeune femme. - "Vraiment, je ne sais pas ce qui m'est arrivé, c'était comme si ce n'était pas moi, Bulma, comme si je ne pouvais pas le contrôler et je me suis vu dans..."

- "Depuis quand ?"

Et alors Yamcha comprit. Elle pouvait comprendre sa plainte mais pas la partager.. Ce n'était plus le moment de mentir alors il essaya d'être le plus franc possible : - "Trop longtemps.", répondit-il en leva les yeux vers elle qui releva les siens jusqu'au plafond et soupira. Quelques secondes interminables s'écoulèrent avant que la jeune femme lui parlât enfin :

- "J'avais beaucoup de choses à te dire, Yamcha.", reprit-elle en tournant à nouveau les yeux vers les siens. Elle les trouva éteints. Elle le connaissait si bien qu'elle savait qu'il lui présentait ses excuses du fond du coeur.

Il l'interrompit : - "Bon, tu m'en as lancées quelques-unes à la figure cette nuit-là." Contrairement à ce qui aurait été normal quelques mois auparavant, Bulma sourit alors qu'il croyait déjà avoir gagné une brûlure de cigarettes dans l'oeil. - "Pardon, continue.", ajouta-t-elle en arborant son expression la plus sérieuse.

Elle savait que son sourire serait empli de chagrin mais malgré tout, elle sourit. - "J'avais beaucoup de choses à te dire mais maintenant il ne m'en reste aucune." Elle baissa les yeux sur ses mains.

- "Eh bien, dis-les-moi, s'il te plaît, je les accepterai toutes.", ajouta Yamcha en inclinant sa tête vers elle pour rencontrer ses yeux. - "Je le mérite, j'écouterai sans rechigner.", dit-il en suivant le cours tranquille qu'avait pris la conversation.

La jeune femme éteignit sa cigarette au grand soulagement du guerrier. Elle paraissait pensive alors il s'arma de courage pour embrayer sur son second objectif : - "J'espère juste que tu me pardonneras bientôt et qu'alors on pourra reprendre..."

En croyant améliorer un peu la situation, il l'avait empirée jusqu'à des limites insoupçonnées : - "Quoi ?" La scientifique s'était éloignée et essayait de comprendre ce qu'elle venait d'entendre.

Il parut confus. - "Eh bien, quand tu ne seras plus fâchée, j'espère qu'on pourra à nouveau.."

Elle l'interrompit encore une fois. - "Mais de quoi tu parles ?" Elle se leva sans arriver à en croire ses oreilles.

- "Tu me pardonneras, n'est-ce pas ?" Yamcha paraissait encore moins comprendre que son ex. ce qui venait de se passer et il repassait dans sa tête ce qu'il venait de dire pour vérifier s'il n'avait pas commis une erreur.

- "Eh bien je ne sais pas, Yamcha, pendant un moment, j'ai cru que non et maintenant..."

- "Maintenant, tu vas mieux."

- "Oui, mais ça ne signifie pas que..." Elle se mit en colère. - "Tu ne crois quand même pas que je vais me remettre avec toi ?"

Il se redressa, craignant le pire. - "Tu ne vas pas le faire ?"

- "Bien sûr que non, tête de piaf !" Elle campa ses bras sur ses hanches, accentuant son agressivité.

- "Et tout ça pour ce saïyen, pas vrai ?", l'accusa-t-il en la montrant de l'index en se voyant rejeté. - "Je savais qu'il y avait quelque chose entre vous deux et tu me l'as toujours démenti !" Il haussa la voix jusqu'à l'avoir au même volume que celle de Bulma.

Pendant un instant, elle se retint pour ne pas hurler. Elle n'arrivait pas à croire ce qui était en train de se passer. Yamcha avait débarqué chez elle et les avait interrompus pour qu'ils aient une discussion qui finalement s'était révélée beaucoup plus adulte que prévu et maintenant il trouvait moyen de lui dévoiler que sa raison principale était de se faire pardonner non pas parce qu'il regrettait tout ce qui s'était passé, non, mais parce qu'il croyait que sa rogne se serait diluée et qu'ils redeviendraient un couple heureux, comme si rien ne s'était passé. - "Comment oses-tu me montrer du doigt, Yamcha ? Après tout ce que tu as fait ! Et pourquoi tu l'accuses, lui, nom d'un chien ! Tu ne comprends rien ou quoi ?"

- "Non, ce n'est pas lui que j'accuse ! C'est toi !", l'interrompit-il cette fois. - "Au début, j'ai cru que ça venait de lui, mais non !", cria-t-il, exalté. - "Te connaissant comme je te connais, tout ça a dû être ton idée !"

- "Tu oses me traiter de manipulatrice ?"

- "Je m'en vais !", s'exclama-t-il préférant cela à répondre à une question pareille. Il en avait déjà vu et entendu suffisamment.

- "Tu ne t'en vas pas ! Je te jette dehors ! Va-t-en!" Et elle lui montra la porte alors qu'il s'y dirigeait déjà.

- "Cet homme te fera du mal, Bulma ! Beaucoup ! La seule qui ne semble pas s'en rendre compte, c'est toi !"

- "Dehors !"

- "Et ta mère.", dit-il en un murmure et un peu pensif, en tournant le loquet.

- "Hors d'ici !"

Et enfin son ex-petit ami partit.

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Elle s'assit dans le fauteuil et son passé revint en rampant sur le sol et remonta dans son corps jusqu'à son coeur. La peine revint, tout comme la colère et la frustration. Comment avait-il pu imaginer qu'elle retournerait avec lui ? Elle serra les dents en luttant pour ne pas pleurer. Des mois s'étaient écoulés depuis la dernière fois où elle avait pleuré à cause de Yamcha et elle ne voulait pas recommencer. Beaucoup de choses s'étaient passées depuis et elle ne voulait pas les perdre juste parce que son ex. était revenu avec de fausses idées.

- "Végéta..." Immédiatement, elle se mit debout plus que jamais prête à reprendre ce qu'elle avait laissé à en plan dans le laboratoire. Elle sortit en courant vers son lieu de travail, qui était fermé avec les lumières éteintes. Elle entra et ne le vit pas. - "Merde !", jura-t-elle.

Avec toujours la même motivation, elle retourna sur ses pas et une fois dans l'entrée, monta les marches quatre à quatre. Quand elle arriva à la porte de sa chambre, elle dût reprendre le contrôle de sa respiration, accélérée au maximum par la course. Elle frappa et ne reçut aucune réponse. Elle se décida à ouvrir enfin et se précipita à l'intérieur. Elle ne pouvait pas bien voir mais elle sentait qu'il n'y était pas. - "Malédiction !", jura-t-elle avec encore plus d'intensité. Ne sachant trop quoi faire, elle s'assit sur le bord de son lit et laissa tomber son torse. Elle bougea légèrement la tête et son odeur, reconnaissable entre toutes, la traversa. - "Ah, mon Dieu...", soupira-t-elle pour la énième fois de cette nuit et elle décida de ne pas s'en aller tant qu'il ne serait pas revenu. Végéta adorait son lit. Elle pouvait même affirmer qu'une des raisons pour lesquelles il n'était jamais parti d'ici était ce lit. "Il va revenir.", voulut-elle se convaincre.

Un bon moment s'écoula et toujours aucun signe de la présence du prince. "Mais où peut-il bien être ?", se demanda-t-elle, commençant à se vexer encore une fois. En peu d'heures, ses sensations avaient connu des montées en flèche et des descentes en piqué et la fatigue commençait à s'emparer d'elle.

Elle se redressa pour s'asseoir. Elle étira son corps pour allumer la lumière et commença à fouiller sa chambre. Elle ouvrit les tiroirs de la commode. Des sous-vêtements, des serviettes et quelques autres choses régnaient dans ces espaces. Elle se dirigea vers son armoire qui contenait des vêtements rangés par couleurs. Cela la fit sourire. Elle regarda avec curiosité autour d'elle et remarqua que tout était impeccable et strictement organisé. Elle essaya de se souvenir si elle avait déjà trouvé du désordre dans la chambre de gravité et elle réalisa que sans les outils qu'elle laissait traîner en plein milieu, on aurait presque pu y manger sur le sol. Comment ne s'en était-elle jamais rendu compte ? Elle se rallongea sur le lit et attendit. Rien ne la ferait bouger d'ici.

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Elle descendit les escaliers furieuse. - "Endormie !", vociféra-t-elle en levant les bras et en faisant claquer des pas rageurs sur chaque marche. - "Et il n'est pas apparu !" Elle avait mis du temps à réagir mais quand elle le fit, ce fut pour sortir comme une flèche en direction du vaisseau. Il faisait déjà jour quand elle s'était réveillée. D'après la position du soleil et la force de ses rayons elle comprit qu'elle s'était levée tard et en plus dans son lit à lui. - "Et seule !", hurla-t-elle en regardant du coin de l'oeil vers la cuisine. Elle regarda la pendule accrochée au mur. Onze heures vingt-cinq.

- "Mais ce n'est pas croyable !" Elle sortit dans le jardin offusquée pour dire deux mots à ce maudit saïyen. S'il s'imaginait qu'il allait s'en sortir comme les fois précédentes, ce dont elle n'était pas tout à fait sûre, il se fourrait le doigt dans l'oeil.

- "Ma petite chérie ! C'est bien que tu te sois réveillée ! Viens par là, ma puce !" Sa mère l'appelait depuis la porte du laboratoire.

- "Pas maintenant !", cria-t-elle en se dirigeant rapidement vers le vaisseau.

- "Ton père a besoin de toi d'urgence !"

Elle s'arrêta et grogna. Elle se retourna pour expédier au plus vite la tâche que lui demandait son père. Elle se fit la remarque que la présence de sa mère au laboratoire était anormale. Pas impossible, mais inhabituelle. "Qu'est-ce qu'ils manigancent ?"

Quand elle entra, elle vit son père assis devant le moniteur et sa mère visiblement exaltée et penchée au dessus de son épaule. Elle ne put s'empêcher de regarder vers son poste, là où la veille elle avait embrassé Végéta et une rougeur lui monta aux joues lui faisant oublier pendant une seconde la colère qu'elle ressentait par sa faute. Cela ne dura qu'une seconde avant qu'elle ne retrouve sa fureur avec encore plus d'intensité.

- "Quoi ?", demanda-t-elle sèchement en se positionnant derrière eux.

- "Que penses-tu de cette ville pour une visite touristique ?"

Elle les regarda, déconcertée. - "Vous allez partir quelques jours ? C'était ça, l'urgence ?"

- "Non, quand nous partirons, nous nous en irons pour pas mal de jours, mais ton père et moi n'avons pas encore décidé où exactement.", répondit sa mère tranquillement en fixant de plus près l'écran qui montrait des photos de plages cristallines.

Cela la mit en alerte. Cela n'avait aucun sens. C'était ça le plan secret de sa mère contre les cyborgs ? C'était ça que son père avait laissé échapper quand il lui avait dit qu'elle saurait quoi faire ? Elle était si absorbée par tout ça qu'elle ne remarqua pas une autre présence qui venait d'entrer.

- "De quoi parlez-vous ? Comment ça pas mal de jours ?" Elle se pencha en avant, adoptant la même posture que sa mère.

- "Bonjour jeune Végéta ! Approche et regarde où nous allons passer, mon mari et moi, de longues vacances !"

- "Il faut que je parle avec toi." Ainsi parla le saïyen, évidemment en s'adressant à la jeune femme.

- "Non, pas maintenant.", lui répondit-elle retournant à son sujet principal. Il pouvait bien attendre quelques instants alors qu'il l'avait faite attendre toute une nuit, et même en étant généreuse, c'était bien mérité. - "Mais vous n'allez pas me répondre ?"

- "Il faut que je parle avec toi."

- "Va parler avec lui, ma fille, nous t'attendrons ici.", proposa son père amicalement.

- "Non." Elle maintint le regard fixé sur le moniteur, s'efforçant d'y découvrir une explication. - "Papa, je veux que vous m'expliquiez ce que c'est que cette histoire de vacan... Aaaaaaaaahhhh !"

Elle ne put pas terminer. Soudain, Végéta l'avait saisie par la taille et l'emportait sous son bras comme si elle était un vulgaire sac. - "Lâche-moi !" Elle commença à se débattre en battant des pieds sans obtenir aucun effet.

- "Ma chérie, après, tu me raconteras ce qui était si important.", entendit-elle sa mère dire en souriant, nullement inquiète de voir sa fille emportée comme un ballot.

Le prince marchait à grands pas, l'emportant vers le vaisseau.

- "Lâche-moi, Végéta !" Elle essayait de se dégager de toutes ses forces mais sans résultat.

- "Reste tranquille !", lui ordonna-t-il sans la regarder et sans s'arrêter à aucun instant.

- "Lâche-moi, grosse brute " Elle aurait voulu le griffer ou le mordre mais en bougeant autant ses bras et ses jambes, c'était une tâche impossible.

Lassée par ses efforts infructueux, elle soupira, attendant qu'il veuille bien la libérer. Ils montèrent la rampe du vaisseau et il la laissa finalement tomber sans ménagement sur le sol.

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- "Mais de quoi peut-il bien s'agir pour qu'il soit si pressé ?", demanda Madame Brief à son mari, qui leva les sourcils avec espièglerie.

- "Tu veux le savoir ?", lui demanda-t-il.

- "Avons-nous moyen de savoir ce qui se passe dans cette chambre de gravité ?"

Monsieur Brief lança un rire malicieux. Il se leva et sa femme le suivit jusqu'à un des panneaux couverts de boutons incompréhensible pour la blonde. - "Appuie celui-ci.", lui suggéra son mari, amusé.

Sa femme regarda ce que lui indiquait son mari. Elle fit ce qu'il demandait et appuya le bouton sur on.

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- "On peut savoir ce qui t'arrive ?", l'interrogea-t-elle, assise par terre.

Il était debout et le dos tourné. Il avait les bras dans les paumes de ses mains, renforçant la tension de ses muscles dorsaux. Il avait les yeux baissés sur les commandes, l'air pensif.

Il lui suffit de le voir dans cette pose pour comprendre que quelque chose de grave s'était passé. Il était évident qu'il allait être question de ce qui était arrivé la veille et elle se prépara à ce qu'il commence à lui dire n'importe quoi au sujet du succès. "Non.", se dit-elle. "Je ne le laisserai pas tout gâcher cette fois." -"N'imagine même pas que tu vas pouvoir m'insulter comme ça ! Nous sommes autant responsables l'un que l'autre !"

Il restait inébranlable face aux commandes.

Bulma continua malgré l'étrangeté de tout cela. Normalement, il aurait dû parler. Il était toujours assez direct quand quelque chose l'intéressait même si avec elle, il ne l'avait pas été. A l'évidence, elle l'intéressait, non ? "Bien sûr que oui !", s'exclama-t-elle intérieurement. - "Et qu'est-ce que c'est ces façons de laisser une demoiselle comme moi attendre dans ta chambre ? Parce que je t'ai attendu là toute la nuit ! Tu le sais déjà sûrement parce que je suis sûre que tu es revenu et que tu m'as vue..."

Il l'interrompit : - "Je veux un fils."

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Note de la traductrice :

Alors surpris ? Quand j'ai lu ce chapitre pour la première fois, j'étais sous le choc, en transe, et ça ne fait que commencer. C'est un honneur pour moi de traduire cette fic. Merci Drama !

Alors j'ai été rapide, cette fois, non ? Ca ne mérite pas une petite review avec vos impressions ou votre étonnement sur le chapitre ? (comme ça j'irai encore plus vite pour le suivant ;) )

Merci pour les critiques du chapitre précédent, elles m'ont motivée pour travailler plus vite ! Je regrette de ne pas pouvoir vous répondre à chacun personnellement... ^_^

Dimitrova