Avertissement : ce chapitre contient le souvenir détaillé d'un viol.


Harry et Edmund avaient enquêté pendant près de trois semaines sur l'affaire Kyle Long. Ils avaient rassemblé le plus de témoignages possible, le plus de preuves et le plus de faits. Rien ne démontrait avec certitude que Kyle Long et ses amis avaient violé Pansy, Gregory, Theodore et Drago mais si on regardait l'ensemble des indices, c'était tout de même ce qui en ressortait. En tout cas, c'était l'avis de Harry mais il avait conscience d'être partial. Nestor Achab était moins optimiste que lui, tout comme la présidente du Magenmagot Leonora Clark. Cette dernière, Harry le sentait, croyait en la culpabilité de Long mais elle préférait ne pas s'avancer. Tout se passerait durant le procès.

Harry termina de mettre de l'ordre dans les documents de l'affaire puis remit tout ce qu'il avait à Leonora Clark qui devrait prendre connaissance de tous les éléments pour rendre son verdict. En réalité, ce fut un soulagement de lui transmettre la pochette et de se débarrasser de ça. Harry ne pouvait toutefois s'empêcher de garder un sentiment d'inachevé et d'échec, sans trop savoir pourquoi. Nestor Achab avait tenté de le rassurer en lui rappelant que, normalement, ce genre d'affaire n'appartenait pas aux Aurors. Et ce n'était jamais facile de gérer une enquête quand il n'y avait pas de crime avéré. Harry savait tout cela mais il avait quand même l'impression de n'avoir pas aidé Pansy comme il l'avait promis.

En plus de cela, l'interview de Kyle Long avait rallumé une certaine haine envers Drago ou du moins, envers ce qu'il représentait. La plupart des gens – tous à vrai dire – ne connaissaient pas Drago Malefoy et n'avaient rien à lui reprocher mais ils détestaient son nom et sa famille. Il y eut une vague de soutien à Kyle Long, on le croyait, on savait comme les Malefoy étaient sournois et prêts à tout pour conserver argent et pouvoir. Que le fils Malefoy ait fait la pute pour faire chanter le directeur du département de la Justice magique n'étonnait pas grand monde. Il était tombé bien bas, c'était clair, mais que pouvait-on attendre d'une famille pareille ? Evidemment, il y avait aussi beaucoup de gens qui ne croyaient pas Long et qui plaignaient les victimes mais ceux-là, bizarrement, on les entendait moins. La Gazette ne publiait presque que les avis qui mettaient le feu aux poudres. Harry ignorait si Drago avait reçu des lettres haineuses ou ce genre de choses, il espérait que non. Harry savait que les tensions s'apaiseraient dans l'attente du procès et que ce serait un soulagement pour tout le monde.

Theodore, Drago, Pansy et Gregory furent officiellement convoqués au Ministère par Leonora Clark et cette fois-ci, ils furent obligés de s'y rendre. Ils traversèrent la foule de journalistes qui demandaient à Drago s'il avait vraiment séduit Kyle Long et se mirent à l'abri dès qu'ils le purent. Ils furent reçus dans une élégante salle de réunion en compagnie de Harry, de Nestor Achab et de Leonora Clark. Elle leur déclara que lorsqu'il y avait des plaignants, elle les rencontrait pour leur expliquer comment le procès allait se passer. Il n'y avait pas d'avocat chez les sorciers, ce que Harry trouvait aberrant mais il y aurait des témoins. Généralement, il y avait un membre éminent du Magenmagot qui interrogeait les témoins en orientant les questions au profit des plaignants et un autre qui le faisait au profit des accusés. Ça permettait une certaine équité.

Les quatre plaignants étaient assis à la table et écoutaient Leonora Clark sans parler. Ils affichaient tous un visage fermé et distant, en dehors de Pansy qui était sans doute la plus motivée. Quand Leonora termina son explication, il y eut un silence désagréable. Theodore Nott regarda la Présidente dans les yeux.

- Je ne témoignerai pas lors du procès, dit-il.

- Vous serez obligé, Mr Nott. Vous êtes la victime présumée de l'affaire, vous devez raconter ce qui s'est passé et répondre aux questions.

- Je ne raconterai pas devant tout le Magenmagot ce que les Manure m'ont fait, vous ne pouvez pas m'y obliger. Je ne veux pas répondre à des questions sur ça, je ne veux pas raconter les détails. Je n'y arriverai pas.

C'était agaçant et en même temps, Harry pouvait le comprendre. Aurait-il envie de parler de ça devant plein de gens si ça lui était arrivé ? Sans doute que non… Leonora Clark n'eut pas l'air spécialement étonnée, elle devait être habituée. Elle haussa les épaules et secoua la tête.

- Vous viendrez témoigner au procès, que vous le vouliez ou non. Une fois là, libre à vous de répondre ou non aux questions qu'on vous posera. Et personne ne vous demandera de décrire en détails ce qu'ils vous ont fait mais vous comprenez bien que le Magenmagot doit avoir une idée précise des faits pour rendre son verdict.

La mâchoire de Theodore Nott se crispa mais il ne répondit pas. Nestor et Leonora échangèrent un regard qui signifiait surement que ce procès serait compliqué. Harry n'en doutait pas non plus. Il savait qu'il y assisterait mais il n'était pas impatient de regarder Kyle Long insulter Drago et les autres en racontant n'importe quoi pour se défendre.

- Vous recevrez une convocation pour le procès, termina Leonora.

- Ce sera quand ? demanda Pansy.

- Dans deux ou trois mois je pense.

Ils eurent l'air étonné. En général, c'était plus rapide. Leonora Clark eut l'air embarrassée.

- C'est une affaire délicate, vous savez. Quand on a des preuves irréfutables, on peut aller plus vite mais dans ce cas-là… Nous allons avoir besoin de temps pour examiner tout cela.

- Parce que vous n'avez aucune preuve, c'est ça ? demanda sèchement Gregory. Vous voulez dire que ça va être compliqué de les accuser. Vous pensez qu'ils sont innocents, vous aussi ?

Leonora Clark ne fut pas spécialement perturbée par l'agressivité de Goyle.

- Je ne pense rien, Mr Goyle. Pour l'instant, ils sont présumés innocents et nous verrons bien ce que les éléments de l'enquête nous diront.

Drago eut un rire amer et cynique qui fit tressaillir Leonora.

- Ils sont présumés innocents et nous sommes présumés menteurs, nous avons bien compris.

- Non, Mr Malefoy, ce n'est pas ce que…

- Si.

Drago se leva, ce qui donna le signal car ils l'imitèrent tous d'un même geste. Ils avaient tous envie de s'enfuir d'ici, ça crevait les yeux. Clark n'essaya pas de les retenir, il ne servait à rien de se disputer maintenant. En arrivant devant la porte de la salle, Drago se retourna vers elle. Il avait une dernière question et il avait besoin de la réponse parce que Kyle hantait beaucoup trop ses pensées pour qu'il s'en moque.

- Est-ce qu'ils ont déjà été transférés à Azkaban ? Demanda-t-il.

Il voulait être certain que Kyle était loin de lui et qu'il ne risquait rien. Leonora Clark le fixa avec surprise et Harry détourna le regard.

- A Azkaban ? Ils ne sont pas à Azkaban, ils sont rentrés chez eux hier soir.

- Ils sont rentrés chez eux ? bafouilla Drago en pâlissant à vue d'œil.

Pansy eut l'air choquée et Theodore eut l'air encore plus vide que d'habitude. Harry s'attendait à ce que Drago s'énerve et perde contrôle de lui-même comme ça lui était arrivé plusieurs fois mais étrangement, ce fut Gregory qui craqua le premier. Il avait l'air plein de rage.

- Vous voulez dire qu'ils vont tranquillement attendre le procès chez eux ? S'écria-t-il.

- Eh bien oui. Ils ont interdiction de quitter le pays, évidemment, mais nous n'allons pas les enfermer à…

- J'espère qu'ils ont interdiction de s'approcher de nous, aussi ! coupa Gregory, hargneux. Vous les avez libérés, je ne peux pas y croire…

Il sembla avoir du mal à respirer mais il lança à Leonora un regard meurtrier.

- Vous allez les acquitter, n'est-ce pas ? Vous le savez déjà, ils ne seront pas déclarés coupables. Pourquoi les envoyer à Azkaban alors, c'est vrai. Ils vont simplement reprendre leurs vies comme si rien ne s'était passé et ils ne paieront jamais.

- Calmez-vous Mr Goyle, nous n'en savons rien.

- Mais si, ça crève les yeux ! Et ne me demandez pas de me calmer ! Nous n'aurions jamais dû… Pansy n'aurait jamais dû venir vous parler. Comment as-tu pu croire qu'ils seraient de notre côté et qu'ils nous aideraient ? Ils vont nous détruire un peu plus, c'est tout.

Pansy lui lança un regard triste et Harry sentit qu'elle était d'accord avec lui. Il se sentit coupable, parce qu'il savait, au fond de lui, que Gregory avait raison.

- J'ai fait tout ce que j'ai pu, commença-t-il, mal à l'aise.

- Ce n'est pas suffisant, Potter ! cracha Gregory. Te faire confiance, c'était une énorme erreur. Nous aurions dû régler ça nous-mêmes, nous aurions simplement dû les tuer ! Voilà, on devrait simplement les tuer au lieu de les laisser vivre tranquillement dans leurs belles maisons !

Drago et Pansy se tournèrent vers lui avec horreur et Theodore tiqua.

- Ferme-la Gregory, ne dis pas n'importe quoi, ordonna Theodore.

Il y eut un silence pesant pendant lequel Gregory reprit sa respiration.

- Vous venez de menacer les suspects de mort, fit remarquer Nestor Achab.

- Il ne le pensait pas, il était simplement énervé, balbutia Pansy.

Leonora Clark se tourna vers le chef des Aurors avec résignation.

- Je pense que nous devrions revoir la sécurité de Kyle Long et des autres. Nous ne voudrions pas qu'il y ait un malheureux accident, n'est-ce pas ?

- Oui.

- Auror Potter, raccompagnez-les s'il vous plait.

Elle adressa un regard à Gregory et Harry hocha la tête. Ils sortirent tous de la pièce, accablés et silencieux. Ils n'avaient pas besoin de Harry pour retourner dans le hall mais il les suivit quand même. Ils avaient l'air malheureux, d'une façon que Harry ne pouvait totalement comprendre. Il les regarda marcher dans le grand hall, tous les quatre, comme des fantômes errants au milieu de vivants qui ne voulaient pas d'eux. Harry ressentit de la compassion pour eux, même pour Goyle. Et il ressentit de la colère aussi, parce que la veille, il avait également regardé sortir Kyle Long, les Rot, les Manures, Braxton Turd et Alden Litter. Ils avaient marché jusqu'à la sortie eux aussi et, au moment de s'arrêter devant les cheminées de transplanage, Adlen s'était tourné vers Braxton pour lui murmurer quelque chose. Harry se souviendrait toujours sans doute de ce qui avait suivi car Braxton avait éclaté de rire. Et Harry l'avait observé rire, choqué et dégoûté par leur manque d'humanité. Il avait pensé à Pansy et à ce que ces hommes lui avaient fait. Comment pouvaient-ils rire ? Quand ils s'engouffrèrent dans les cheminées, Gregory, Pansy, Theodore et Drago ne riaient pas, eux.

OoOoOo

Kingsley Shacklebolt se moquait pas mal de la sécurité et du bien-être de Kyle Long et de ses amis violeurs. A vrai dire, s'il avait pu les envoyer à Azkaban sans attendre, il l'aurait fait. Dans tous les cas, il ne comptait pas les revoir au Ministère. Cependant, il n'avait bien sûr aucune envie non plus de se retrouver avec des meurtres sur les bras. Il avait appelé Harry dans son bureau et il lui avait demandé, avec franchise, s'il estimait que les menaces de Goyle étaient sérieuses. Après tout, Harry les connaissait depuis qu'ils étaient petits, il avait sans doute une idée sur la question. Harry avait décidé d'être honnête, parce que même s'il avait pitié d'eux, il ne leur devait rien. La dernière fois qu'il avait vu Goyle, avant toute cette affaire, ils se battaient à Poudlard et Goyle avait essayé de les tuer, lui, Ron et Hermione. Donc oui, en toute franchise, il pensait Gregory Goyle capable de tuer quelqu'un. Les autres, il n'en savait rien.

Sur cette déclaration, Kingsley avait convoqué Nestor Achab pour parler de la sécurité des accusés. Le ministre n'avait aucune envie de sacrifier des policiers ou des Aurors dans des surveillances fastidieuses et plus ou moins utiles. Ils n'avaient pas assez de personnel pour ça et ils avaient autre chose de plus important à faire. Le plus simple était donc de reloger les accusés ailleurs, dans des lieux secrets. La guerre avait laissé de nombreuses maisons inhabitées dont la succession était longue voire inexistante et qu'ils pourraient investir quelques mois.

- Nous pouvons aussi leur proposer d'aller attendre le procès à Azkaban, fit remarquer Harry.

Le Ministre lui lança un regard agacé.

- Ce n'est pas le moment de faire de l'ironie.

Harry se tut. Nestor allait s'occuper personnellement de trouver des logements et il les soumettrait au sortilège de Fidelitas dont il serait le gardien du secret. Il écrirait les adresses sur une feuille qu'il cacherait dans un coffre-fort ensorcelé pour ne s'ouvrir qu'avec les baguettes de Kingsley Shacklebolt, Leonora Clark et Harry Potter. Harry aurait préféré s'en passer mais c'était lui qui servirait de passerelle si des journalistes ou des proches voulaient rendre visite aux accusés. Ainsi, ils limitaient les risques et ils étaient quasiment certains que personne ne pourrait les trouver.

Evidemment, les journaux furent au courant et s'emparèrent à cœur joie de la nouvelle. Ils exagérèrent les faits, prétendirent que Goyle et Malefoy avaient juré qu'ils tueraient leurs violeurs et qu'il était donc nécessaire de les cacher. Bien sûr, ils ne dirent pas où puisqu'ils n'en savaient rien mais l'affaire fit du bruit et accentua encore un peu plus le mépris que les gens portaient aux victimes.

Nestor et Harry s'occupèrent du transfert des accusés. Contrairement à ce que Harry s'imaginait, ils ne rechignèrent pas à déménager. Il crut même apercevoir, dans le regard de Kyle Long et du couple Rot, un éclair de crainte. Et cela, plus que le reste, acheva de convaincre Harry qu'ils étaient bien coupables. Ils avaient violé Drago et Gregory, ils leur avaient fait du mal, ils le savaient. Et ils savaient qu'une vengeance n'était pas à exclure. Dégoûté, Harry fut le plus désagréable possible en les regardant faire leurs valises.

- Vous avez choisi le mauvais camp, Auror Potter, lui signala Kyle Long en refermant son sac.

- Ne m'adressez pas la parole, rétorqua Harry d'un ton cinglant. La crainte sur votre visage prouve que vous avez des choses à vous reprocher et si ça ne tenait qu'à moi, vous seriez à Azkaban.

Long fixa Harry d'un regard noir et ne prit pas la peine de répondre. Harry le laissa entre les mains de Nestor Achab et transplana chez les suivants pour leur annoncer leur départ. Il parla le moins possible aux Manure et encore moins aux Rot. Lillian Rot faisait naitre chez lui de petits frissons de haine. Chez Braxton, il fut surpris de constater que sa femme serait du voyage et il fut incapable de retenir une remarque. Il avait toujours dit ce qu'il pensait, il n'allait pas s'arrêter maintenant.

- Vous accompagnez votre mari ? demanda Harry.

Il y avait dans sa voix un jugement et un mépris évidents qui firent rougir Mrs Turd.

- C'est mon mari, répondit-elle simplement.

L'expression de Harry laissa sous-entendre qu'elle ne valait donc guère mieux que lui et Braxton pinça les lèvres, furieux.

- On ne vous demande pas votre avis, Auror Potter, cracha-t-il.

- Non, Mr Turd, j'ai bien compris que demander l'avis des autres, ce n'était pas vraiment votre truc.

Braxton fixa Harry sans comprendre mais sa femme rougit davantage et baissa la tête en direction du plancher. Il n'y eut plus le moindre échange et Harry les regarda disparaitre avec Nestor Achab sans les regretter. Il se rendit enfin chez Alden Litter qui, lui, avait été foutu dehors par sa femme. Au moins quelqu'un avec un peu de dignité, songea Harry. Alden n'avait pas l'air très en forme et il ne prononça pas un mot, ce qui était préférable. Quand ils furent tous à l'abri de leur nouvelle demeure, Nestor rejoignit Harry au Ministère et soupira avec un accablement évident.

- Et maintenant, je ne veux plus revoir ces individus ou me retrouver mêlé à leurs histoires, déclara-t-il.

- Pareil pour moi, chef.

Ils échangèrent un regard entendu et bouclèrent ainsi définitivement l'affaire Kyle Long.

OoOoOoO

C'était le 15 mars et tous les 15 du mois, les prisonniers pouvaient recevoir de la visite. Cela faisait partie des nouveautés instaurées par Kingsley Shacklebolt après la guerre. Généralement, Drago se rendait à Azkaban pour voir ses parents mais ce mois-ci, il n'y alla pas. Il savait que les prisonniers recevaient la Gazette pour s'occuper et ses parents seraient forcément au courant de tout. Il n'avait aucune envie d'affronter leur regard, il en serait incapable. C'était trop humiliant. Il se demanda même s'il retournerait jamais les voir. Plus tard en tout cas, bien plus tard.

Drago rentra chez lui après sa journée de travail dans la fabrique de tapis. Sa soirée ne s'annonçait pas meilleure que les autres ou que celles qui suivraient. Il faillit marcher sur le courrier qu'on avait glissé dans sa boîte aux lettres et le ramassa machinalement. Peut-être des lettres anonymes d'insultes, encore une fois. Il en avait reçu un certain nombre. Au début, elles lui avaient fait tellement mal qu'il en avait eu le souffle coupé. Maintenant, il les jetait sans les lire et se disait que ces gens étaient vraiment des cons. Il n'avait jamais aimé les gens et il avait parfaitement raison. Aucun ne valait la peine d'avoir son respect.

Drago regarda distraitement les lettres et se figea en regardant la troisième. Il brûla les autres sans même y faire attention et garda l'enveloppe qui l'intéressait. Il reconnaissait l'écriture, c'étaient les mêmes petites pattes de mouches qui lui envoyaient les invitations pour les soirées. Drago songea que si Kyle lui avait envoyé une invitation, il perdrait l'esprit. D'une main tremblante, il ouvrit la lettre et lut son contenu avec une terreur qu'il n'essayait même pas de maitriser.

« Drago,

Il s'est passé beaucoup de choses ces dernières semaines et nous sommes bientôt à la fin. Il faut savoir reconnaitre une défaite et tu as perdu. Tu sais aussi bien que moi que tes tentatives de me faire tomber n'aboutiront à rien. Je suis un peu déçu que tu m'aies trahi de cette manière mais j'aurais dû m'y attendre, c'est vrai. Tu vois, je sais reconnaitre une petite défaite, moi aussi.

Bien sûr, il n'y aura plus jamais de soirées et plus jamais la moindre relation entre nous. Inutile donc d'essayer quoi que ce soit, ça ne servirait qu'à faire encore plus de mal. N'oublie jamais que même si je ne m'occupe plus de toi, il y aura toujours quelqu'un pour t'envoyer à Azkaban. Ne fais donc pas de bêtise.

Pour finir, je tenais à t'informer que j'avais racheté le manoir de ta famille. Il est un peu trop antique à mon goût, j'ai donc prévu de le détruire pour construire ma résidence secondaire par-dessus. J'espère que tu comprendras mon choix.

A bientôt pour le procès,

Kyle. »

Drago garda la lettre dans la main, ahuri comme s'il avait reçu un coup. Ses tremblements s'accentuèrent, de rage et de douleur. Kyle parvenait à le menacer et à le blesser même maintenant, c'était à rendre fou. Le simple fait que Kyle ait le culot de lui écrire une lettre le mettait hors de lui. Une lettre mièvre et tournée de manière à nier tout viol et toute culpabilité, évidemment. Kyle voulait lui faire payer le scandale et allait raser le manoir de sa famille. Kyle savait qu'il ne serait pas condamné et brusquement, Drago eut la certitude absolue qu'il avait raison. En vérité, Kyle devait savoir des choses que Drago et les autres ignoraient. Il avait été le directeur du département de la justice pendant des années, il avait des contacts et du pouvoir. Il avait dû parler à des gens importants, donner des pots-de-vin, rappeler d'anciennes alliances. Il devait savoir que le Magenmagot ne le déclarerait pas coupable.

Drago se sentit nauséeux et pris de vertiges. Il hésita à s'étendre sur son lit mais ça lui semblait trop loin. A la place, il s'allongea sur le parquet de son appartement. C'était dur et froid mais c'était presque agréable. Il n'avait encore jamais vu l'intérieur de chez lui sous cet angle-là. Drago regarda les lattes de parquet qui couraient jusqu'au mur d'en face et les fixa jusqu'à ce que sa vision se trouble et devienne floue. Il essaya de combattre sa nausée, sa peur et sa tristesse. Il pensa à Kyle Long, à son parfum qui lui donnait envie de vomir, à la sensation de ses mains sur sa peau et au poids de son corps sur le sien. Il avait fait beaucoup d'efforts pour repousser les souvenirs et y penser le moins possible mais parfois, il ne pouvait pas lutter contre l'horreur qui le submergeait.

Drago était allongé sur le lit à baldaquins, attaché comme d'habitude. Il n'aurait pas dû se débattre les premières fois, Kyle ne l'aurait pas attaché. Il était allongé sur le ventre et il avait enfoui son visage dans le matelas. Il essayait de voir s'il pourrait s'étouffer lui-même. Sur son dos et entre ses jambes, il sentait Kyle bouger encore et encore. La potion calmante qu'on lui avait donnée atténuait les sensations et l'empêchait d'avoir vraiment mal. Il songea qu'il aurait peut-être préféré avoir mal, ça lui aurait permis de penser à autre chose. La potion n'effaçait toutefois pas la présence du sexe de Kyle en lui et il ne pensait qu'à ça. Drago tourna la tête pour reprendre de l'air. Finalement, il n'arriverait pas à s'étouffer. Il écouta les bruits du lit qui grinçait, les halètements de Kyle. Il était content de ne pas le voir et il se tendit quand Kyle se pencha sur lui pour mordre la peau de son épaule.

- Arrête de te retenir Drago, ordonna Kyle. Je veux t'entendre gémir. Allez, plus fort, gémis pour moi.

Drago obéit mais il ne reconnaissait pas sa voix. Ce n'étaient pas vraiment ses gémissements. Kyle lui agrippa les poignets et haleta plus fort. Ça l'excitait d'entendre Drago gémir.

- Dis mon nom, ordonna à nouveau Kyle. Je veux t'entendre gémir mon nom.

Drago aimait mieux quand Long la fermait, ça rendait les choses moins pénibles. Malheureusement, il était d'humeur bavarde aujourd'hui.

- Kyle… souffla Drago. Kyle…

Une partie de Drago, celle qui restait lucide et observait la scène de l'extérieur, trouvait tout cela parfaitement ridicule. Comme une mauvaise imitation, comme quand Vincent Crabbe se moquait de Pansy en minaudant pour l'imiter et disait « Drago, oh Drago, serre-moi dans tes bras. » ça les faisait mourir de rire. Kyle, oh Kyle, baise-moi plus fort. Drago eut envie de rire mais ça ne passa pas ses lèvres. La partie de lui qui était tétanisée et horrifiée était plus forte que l'autre.

Il se sentit terriblement soulagé quand Kyle s'arrêta et se retira de lui. Kyle le détacha rapidement et le retourna d'un geste brutal. Il se masturba au-dessus de Drago et éjacula sur son visage en soupirant. Il y avait beaucoup de choses que Drago haïssait mais ça, c'était presque le pire. Il ne put s'empêcher de lancer à Kyle un regard haineux pour supporter l'humiliation. Il n'avait plus envie de rire, si tant est qu'il en est jamais réellement eu envie. Kyle tendit la main vers Drago, la posa sur son cou et le plaqua contre le matelas avec une force insoupçonnée.

- Pas la peine de me regarder comme ça, mon mignon, dit Kyle d'une voix doucereuse. Je préfère quand tu dis gentiment mon nom, je n'aime pas quand tu essaies de résister. Ça ne finit jamais bien pour toi.

Drago sentait l'air lui manquer et ses yeux fixèrent Kyle avec un mélange de terreur et de supplique. Kyle l'étrangla encore un instant, juste pour le plaisir, puis le lâcha. Drago essaya de respirer en avalant l'air de manière pathétique. Kyle lui caressa la joue en étalant volontairement le sperme sur sa peau puis il caressa ses lèvres avec son pouce en étalant la salive de Drago qui avait coulé sur son menton quand il se faisait étrangler.

- N'oublie jamais à qui tu appartiens maintenant.

Drago eut envie de pleurer mais il savait qu'il devait répondre, Kyle aimait ça.

- A vous, Mr Long, murmura-t-il.

Kyle sourit d'un air satisfait et le lâcha enfin pour de bon. Drago resta immobile pendant que l'homme se rhabillait. Il fallait que Kyle le détache complètement pour pouvoir se rhabiller lui aussi. En attendant, il regardait son humanité le déserter un peu plus à chaque fois en se demandant s'il serait capable de la récupérer un jour.

Drago resta longuement allongé sur son parquet à se remémorer ce que Kyle lui avait fait et les humiliations qu'il lui avait infligées. Celles-ci, ils ne les raconteraient jamais à personne. Jamais il ne dirait qu'il avait gémi le prénom de Kyle des dizaines de fois, juste pour son bon plaisir. Il avait trop honte de lui-même. Il eut une pensée pour Theodore. Il n'avait pas plus envie que lui de témoigner à ce procès. Ce serait déshumanisant, il le savait bien. Les questions seraient forcément orientées et dégradantes. Il ne voulait pas y aller. Sans transition, il se demanda si Kyle allait réellement détruire le manoir de sa famille. A cette idée, il ressentit plus de colère que de peur et cela lui fit du bien.

Drago ne pensa qu'à cette lettre pendant des jours, tournant et retournant les formulations dans sa tête. Il la connaissait par cœur maintenant et à chaque fois qu'il se la récitait, il la comprenait un peu mieux. Il y avait des choses qui l'horrifiaient dans cette lettre mais il y avait aussi des choses qui lui faisaient plaisir. Il finit par inviter ses amis chez lui, le dimanche suivant. Il devait leur en parler. Ils arrivèrent à l'heure, de mauvaise grâce. Ils avaient autant besoin les uns des autres qu'ils détestaient se voir. Ils savaient bien que Drago les avait fait venir pour parler de Kyle, toute leur vie ne tournait qu'autour de ça et ils savaient que jamais ils ne parviendraient à passer un moment ensemble sans y penser. Parler de leur travail, de leur couple, de leurs hobbies, voilà bien des choses dont ils étaient incapables. Ou alors juste un peu, mais ça sonnait toujours faux. L'ombre de Kyle, de Lillian, de Braxton et des autres planait constamment sur eux.

Ils eurent tous une expression angoissée en apprenant que Kyle Long avait écrit à Drago et ils lurent la lettre avec appréhension. Elle était toutefois moins terrible qu'elle en avait l'air, d'après eux.

- Il veut simplement te faire peur et montrer qu'il a encore le contrôle, dit Pansy.

Drago hocha la tête mais il savait qu'il y avait autre chose.

- J'ai beaucoup pensé à la lettre, avoua-t-il. Et j'ai compris plusieurs choses importantes. D'abord, je suis certain qu'il a fait ce qu'il fallait pour le procès et qu'il sait qu'il sera acquitté.

Theodore lui lança un regard sombre et personne n'eut l'air très surpris. Au fond, ils le savaient tous déjà.

- Ensuite, je me suis rendu compte que, même si j'avais encore peur de Kyle, je crois bien que ma haine et ma colère sont en train de devenir plus fortes que ma peur.

Gregory regarda Drago d'un air blasé, comme si l'autre débitait n'importe quoi mais Pansy se redressa sur sa chaise.

- Je crois que c'est pareil pour moi, dit-elle. Quand je pense à Braxton et Alden, je ressens toujours de la peur mais de plus en plus, je ressens de la colère. Quand je pense qu'ils les ont mis à l'abri, eux, alors qu'ils n'ont rien fait pour nous…

Il y avait de la rage dans sa voix. Ils ne prirent pas la peine de répondre, ils étaient tous d'accord sur ce point.

- Enfin, dernière chose, Kyle a peur lui aussi. La partie où il me menace d'Azkaban si je tente quelque chose, en fait, c'est parce qu'il a peur. Entre les lignes, ce qu'il me dit c'est « Je ne te toucherai plus donc ne t'en prends pas à moi ». Et ça, vraiment, je trouve ça très jouissif.

Il y eut un léger silence.

- Et ton manoir ? demanda Theodore. Tu es allé voir ?

- Oui. Il l'a détruit.

Gregory reprit un verre de Gin et but une longue gorgée, imité par tout le monde sauf Drago qui gardait un mauvais souvenir de sa dernière saoulerie. Le silence dura plus longtemps cette fois-ci. Ils jouaient avec leurs verres et n'arrivaient pas à se regarder dans les yeux. Theodore fut le premier à briser le silence.

- Ils ne seront pas condamnés ou du moins, pas Kyle. C'est ce que Leonora Clark a laissé sous-entendre l'autre jour, vous avez tous entendu. Ils n'ont pas de preuves, ils vont minauder en déclarant que rien ne prouve vraiment que… Il va perdre son poste de directeur du département, parce qu'il vous a enfermés avec des Détraqueurs mais pour le reste, il n'aura rien. Et je pense que dans quelques années, il reviendra au Ministère. Tout le monde fera semblant d'avoir oublié et il reprendra sa vie. Voilà ce qui va se passer, nous le savons tous. Je trouve que Gregory a eu tort de s'énerver comme il l'a fait devant Clark et Achab mais je suis d'accord avec tout ce qu'il a dit.

- Nous le sommes tous, rétorqua Pansy.

- Quand Kyle sera acquitté, j'espère que tu as prévu de faire tes valises et de t'enfuir Drago, parce qu'il va se venger c'est certain. Nous devrons tous partir. D'ailleurs, nous devrions partir avant ce procès et disparaitre.

Drago pâlit et regarda Theodore avec anxiété. Il y avait pensé, bien sûr, il n'était pas idiot. Il n'avait aucune envie d'être dans les parages quand Kyle serait innocenté et n'aurait plus rien à craindre du Magenmagot. La déclaration de Theodore laissa place à un silence écrasant. Leurs vies étaient foutues, ils n'en doutaient pas. Ils allaient devoir s'enfuir, se reconstruire ailleurs, ce qui n'était pas aussi facile que les gens voulaient bien le croire. Et puis surtout, la menace de Kyle Long serait toujours là, dans un coin de leur tête. Ils ne s'en débarrasseraient jamais. Drago eut envie de pleurer, Gregory eut envie de se défoncer et Pansy serra son verre de toutes ses forces.

- Je n'ai rien fait, souffla soudain Theodore.

Sa voix était moins dure que d'habitude, plus enfantine.

- Je ne suis pas un Mangemort, je n'ai jamais travaillé pour Vous-Savez-Qui. Je n'ai participé à rien. Par Merlin, je n'ai jamais fait de mal à qui que ce soit ! Pareil pour Pansy. A la bataille de Poudlard, nous n'étions même pas là, nous nous sommes enfuis avant que ça commence ! Et pourtant, ils nous ont traités comme des criminels, ils nous ont tout pris, ils nous ont livrés à Kyle Long et Kyle Long nous a livrés à tous ces monstres. Et quand nous avons essayé de dire la vérité, ils nous ont craché dessus, ils ont sorti leurs articles dégueulasses, ils ne nous ont pas crus. Et ça me met hors de moi parce que je n'ai rien fait pour mériter ça. Je ne suis coupable de rien ! Alors pourquoi ? Pourquoi ?

Theodore avait crié ses dernières questions avec rage et désespoir. Drago eut envie de répliquer qu'il avait peut-être la Marque des Ténèbres sur le bras mais qu'il ne pensait pas mériter tout cela plus que lui. Il se retint pourtant, il savait que ce n'était pas ce que Theodore voulait dire. Il voulait simplement exprimer l'étouffante injustice dont ils étaient les victimes, lui et Pansy, peut-être plus encore que les autres.

- Dans les articles et au Ministère, je le vois bien, ce sont nous les monstres, acheva Pansy avec rancœur et amertume.

Personne ne chercha à la contredire, ils étaient tous d'accord avec elle. Theodore inspira profondément, pour rassembler ses esprits sans doute.

- Je commence à me souvenir des soirées et de ce qui s'y passait, dit-il dans un murmure. Et je commence à réaliser que c'était vraiment moi qui y étais. C'est insupportable.

- C'est bien pour ça que je prends des potions, dit Gregory d'un ton cynique.

- Je crois que nous devrions peut-être devenir les monstres qu'ils veulent absolument que nous soyons.

La phrase de Theodore resta en suspens dans l'appartement. Ils le regardèrent tous, hésitants et tendus.

- C'est-à-dire ? demanda Drago.

- Vous avez très bien compris. C'est-à-dire que Gregory a raison, nous devrions simplement tuer ces bâtards et nous enfuir. Nous allons devoir partir, de toute façon. Je préfère courir le risque d'aller en prison plutôt que de courir le risque que Kyle Long me retrouve. Et vous ?

- Moi je pensais ce que j'ai dit l'autre jour, dit Gregory. Je suis d'accord pour les tuer, nous aurions dû le faire depuis le début.

Pansy et Drago échangèrent un regard. Ils savaient qu'ils pensaient à la même chose, au poids des corps sur eux, aux sexes en eux, aux humiliations et à la haine qui crépitait en eux. Elle ne demandait qu'à sortir.

- Je vais tuer Kyle, assura Drago d'une voix trainante. Et nous pourrons arrêter d'avoir peur.

OoOoOo

Il pleuvait des trombes d'eau et Harry était bien content d'avoir une cheminée. Il s'assit devant le feu, termina son repas et remercia Kreattur quand ce dernier lui proposa de ranger. Harry se sentait toujours un peu coupable de traiter l'elfe comme un domestique mais pas autant qu'il l'aurait dû. Il avait d'autres problèmes en tête. Il replia les jambes et observa le feu sans le voir. Dehors, il faisait nuit et la pluie ne s'arrêtait pas. Ce n'était pas grave, Harry aimait bien ce genre de temps. Depuis la fin de l'affaire Long, il n'était pas très occupé et c'était plaisant. Il pouvait trainer davantage le soir. Il pouvait penser à autre chose. Penser qu'il devrait rendre visite à Andromeda et Teddy par exemple.

Harry se retourna brutalement en entendant frapper à la porte et il se leva pour aller ouvrir. Il ne s'attendait pas à grand-chose mais il était anxieux. Il n'aimait pas spécialement les visites nocturnes, elles ne présageaient rien de bon. Il s'attendait encore moins à ce que ce soit Drago Malefoy. Il était trempé, ses cheveux blonds pendaient lamentablement sur sa tête et il avait les yeux rouges, comme s'il avait pleuré.

- Euh… qu'est-ce que…

- Je peux entrer ? demanda Drago. J'ai juste envie de parler.

Harry s'écarta, surpris. Il l'emmena dans le salon et Drago se sécha d'un coup de baguette. Il eut l'air soulagé de voir la flambée dans la cheminée et s'en approcha avidement. Harry le laissa faire, circonspect et un peu méfiant. Il le rejoignit prudemment et s'assit dans son fauteuil.

- De quoi veux-tu parler ? Demanda-t-il.

Drago lui jeta un regard hésitant puis s'assit face à lui dans le canapé. Il eut l'air mal à l'aise et nerveux.

- Je n'ai personne à qui parler de tout ça, déclara-t-il. De… ce qui est arrivé avec Kyle.

Harry se raidit et Drago le vit nettement.

- Je ne m'occupe plus de cette affaire.

- Je sais, je…

- Pourquoi ne pas parler avec Pansy et les autres ?

Drago renifla et eut l'air fragile. Fragile et seul.

- Nous gérons chacun nos souffrances à notre manière. Ce n'est pas toujours facile de parler, Potter.

Harry observa Drago avec attention puis rendit les armes. Drago put nettement voir la gentillesse de Harry reprendre le dessus et atténuer sa méfiance. Il était vraiment naïf et crédule, songea Drago. Drago observa Harry aussi. Il repéra sa baguette, à l'abri dans sa poche. Il avait trois semaines avant que le polynectar de Theodore soit prêt, quatre maximum. Quatre semaines pour gagner la confiance de Harry, lui voler sa baguette sans qu'il le remarque et trouver les adresses de Kyle et de ses amis. Gregory et Theodore avaient réussi à obtenir l'information selon laquelle seuls Achab, Shacklebolt, Clark et Potter avaient accès aux adresses de leurs bourreaux. Pour des raisons évidentes, ils ne prendraient pas le risque de s'approcher d'un ancien Auror aguerri, de l'ancienne cheffe des Tireurs d'élite ou du ministre lui-même. Il ne leur restait donc que Harry. Gregory avait proposé de le faire venir chez eux, de le neutraliser et de lui voler sa baguette de force. Et s'il refusait, ils n'avaient qu'à le torturer ou même le tuer. Pansy et Drago avaient hésité, pas très emballés.

- Harry a été le seul à nous traiter avec respect et à nous croire sans hésiter, avait rappelé Pansy.

Et puis Drago préférait qu'ils soient plus discrets. Il voulait laisser le moins de preuves possible. Attaquer Harry Potter, ce serait coûteux, difficile et après, que feraient-ils de Harry ? Non, mieux valait user de ruse. L'approcher, lui voler sa baguette dans un moment de faiblesse, quand il dormirait par exemple. Aller au ministère, trouver les adresses et remettre la baguette en place sans même qu'il soupçonne quoi que ce soit. Voilà ce qu'il voulait faire.

- Ils sauront bien que c'est nous, de toute façon, avait rétorqué Gregory avec agacement. Pourquoi faire tous ces chichis ?

- Ils sauront que c'est nous, avait admis Drago. Mais nous l'avons vu, s'ils n'ont pas de preuves, ils ne pourront pas faire grand-chose.

Ils s'étaient mis d'accord sur le plan de Drago. Harry était typiquement le gars naïf, gentil et idiot qu'il leur fallait dans un moment pareil. Drago l'avait bien dit, Harry était fait pour le libérer de ses cauchemars, même à son insu.

- Tu veux boire quelque chose ? demanda Harry.

Drago se concentra sur le moment présent.

- Oui, je veux bien mais… pas de l'alcool. La dernière fois, tu étais dans mon lit quand je me suis réveillé. Mieux vaut éviter que ça se reproduise.

Harry rougit nettement et lui lança un regard blasé. Il se leva de son fauteuil mais fut arrêté dans son élan par l'arrivée d'un elfe de maison.

- Bonjour maitre Drago, dit l'elfe avec un respect évident.

- Bonjour Kreattur.

Il ne savait pas d'où lui revenait le prénom de l'elfe mais il fut heureux de sa chance car l'elfe eut l'air émerveillé que Drago l'appelle par son prénom. C'était l'elfe qui avait conspiré avec sa mère et sa tante pour trahir Harry, il s'en souvenait bien. Il n'avait toutefois pas anticipé l'elfe et cela compliquait un peu ses affaires. Il ne fallait pas de témoins quand il volerait la baguette de Harry.

- Je vais préparer du chocolat chaud, annonça-t-il.

- Merci Kreattur, dit Harry en se rasseyant.

Il observa à nouveau Drago qui s'était tourné vers le feu de cheminée. Harry se demandait pourquoi Drago était venu le voir lui. Ils n'étaient pas amis, ils ne se connaissaient même pas vraiment. Que voulait donc lui dire Drago ? Harry ne pouvait s'empêcher d'être méfiant quand il s'agissait de lui.

- J'ai reçu une lettre de Kyle Long, dit soudain Drago.

Harry tressaillit et eut l'air sincèrement surpris.

- Ah bon ? Qu'est-ce qu'il te dit ?

Drago sortit une lettre de son manteau et la tendit à Harry.

- Voulez-vous que je vous débarrasse de votre manteau maitre Drago ? demanda Kreattur en apportant les chocolats.

- Oui, merci.

Harry suivit l'elfe des yeux et essaya d'ignorer le regard désapprobateur que Kreattur lui lança. Il aurait pu mieux accueillir son invité, semblait-il dire. Harry s'en fichait un peu et reporta son attention sur la lettre. Elle était courte, ne dévoilait rien d'intéressant ou de compromettant. Elle était cependant nauséabonde. Harry trouvait cela pénible de penser que Kyle s'était permis d'écrire à Drago.

- Je vais la prendre en photo et je donnerai la photo à Leonora Clark, annonça Harry. Il faut qu'elle sache que Long continue de te harceler.

Drago ne chercha pas à le contredire. Harry fit venir son appareil photo avec sa baguette et fit ce qu'il fallait. Drago rangea le papier dans sa poche et but un peu de chocolat chaud.

- Et ton manoir ?

Drago raconta qu'il était allé voir et que Kyle avait tenu parole. Il avait fait raser la bâtisse. C'était une punition puérile et cruelle qui n'avait rien d'honorable. Elle faisait toutefois mal à Drago, Harry pouvait le deviner à ses lèvres serrées et son teint pâle. Il n'était pas réellement désolé pour le manoir, il ne gardait pas de très bons souvenirs de cet endroit et l'idée qu'il n'existe plus ne lui faisait ni chaud ni froid. Il trouvait simplement que Kyle était un homme affreux, jusqu'au bout. Harry repensa au reste de la lettre et essaya de l'analyser avec son regard impartial d'Auror. Le début n'était que provocations, pour faire mal à Drago. La fin également. Le paragraphe du milieu, en revanche, était un peu différent. Kyle demandait à Drago de ne pas faire de bêtise.

- Il semble craindre que tu cherches à lui faire du mal, fit observer Harry.

- Evidemment, après ce que Gregory a dit… Je suis content qu'il puisse avoir peur, ça change un peu.

- Quand je me suis occupé de son transfert, j'ai vu qu'il avait peur.

Harry avait parlé d'une voix calme, en regardant Drago avec attention. Il l'avait fait exprès, pour voir sa réaction. Ils n'allaient pas tourner autour du pot pendant des heures. La seule chose que Harry possédait et que Drago pouvait vouloir, c'était l'adresse de Kyle.

- Ah… souffla Drago.

Son visage s'éclaira un peu, comme si la confirmation de l'angoisse de Kyle lui faisait du bien.

- Tu vas me demander où Kyle Long a été relogé ? demanda Harry.

Drago le regarda avec surprise, une surprise trop sincère pour être jouée. Il hésita un instant puis reposa sa tasse de chocolat chaud et croisa les mains.

- Est-ce qu'il vit loin de chez moi ?

- Je ne connais pas l'adresse de Long.

- Je trouverais ça rassurant de savoir qu'il est loin de moi, insista Drago comme s'il n'avait pas entendu.

- Je n'en sais rien, répéta Harry.

Drago haussa les épaules avec fatalisme.

- Je m'en doute, pourquoi le saurais-tu ? Tu n'es qu'un simple Auror après tout.

Harry fut incapable de dire s'il y avait une insulte dans la phrase ou si c'était un simple constat. Il ne fut pas non plus capable de savoir si Drago jouait bien ou s'il se désintéressait vraiment de l'adresse de Kyle. Ils burent leur chocolat chaud dans un silence paisible en écoutant le feu crépiter. Harry était toujours mitigé quant à la présence de Drago chez lui. Il n'était pas désagréable et pour une fois, il ne s'en prenait pas à Harry. Pour autant, il n'y avait absolument rien entre eux.

Drago termina sa tasse de chocolat et la délaissa sur la table. Il contempla le feu avec un regard vide et Harry ne chercha pas à faire la conversation. De toute façon, il n'avait rien à dire à Drago Malefoy et il ne l'avait jamais invité chez lui.

- C'est arrivé quinze fois, dit brusquement Drago. Je le sais parce que j'ai compté. Kyle m'a… j'ai… enfin, j'ai couché quinze fois avec Kyle. Et deux fois avec les Manure.

Harry repensa à Pansy.

- Je ne suis pas sûr que ce soit ça, coucher avec quelqu'un, rétorqua-t-il doucement.

Drago fut déstabilisé par la remarque et eut envie de lui répondre qu'il n'en savait foutre rien puisqu'il n'avait jamais couché avec personne d'autre et qu'il n'avait aucune idée de ce que ça pouvait être. Il ne s'abaissa toutefois pas à le dire, il ne fallait pas abuser. C'était déjà assez pénible comme ça de jouer les victimes pour faire naitre de la compassion chez Harry.

- Sans doute, admit-il du bout des lèvres. Dix-sept fois en un an et demi, ça me semble énorme parfois. Et puis d'autres fois, je me dis que j'ai eu de la chance et que ça aurait pu être bien pire que ça.

Harry le regarda fixement, avec ses grands yeux verts beaux mais inexpressifs.

- De la chance ? répéta-t-il comme si le mot lui écorchait la bouche. Comment ça pourrait être de la chance d'avoir été violé dix-sept fois en un an et demi ?

Les yeux de Drago s'écarquillèrent légèrement. Il détestait ce mot, il ne voulait pas l'employer. Il se sentait toujours affreusement sale, pitoyable et misérable quand il l'entendait. Harry était chiant à ne lui dire que des trucs qui le perturbaient. Drago ne sut pas quoi répondre, rougit et porta sa main à sa bouche pour grignoter ses ongles. Il sentait le regard de Harry sur lui, il savait que Harry avait pitié de lui. C'était ce qu'il recherchait mais en vérité, il n'était pas très à l'aise. La pitié de Harry lui faisait un peu peur.

- Je m'excuse, dit enfin Harry. Je ne suis pas doué pour les discussions de réconfort, je ne sais jamais quoi dire. Je ne trouve jamais les bons mots. Je ne sais pas ce que tu espères que je te dise et je ne sais pas ce que tu voulais en venant ici. Je n'ai absolument aucune idée de ce qu'on peut ressentir quand on a vécu ce que tu as vécu et sincèrement, je ne vois pas quoi te dire pour alléger ta souffrance. Tous les mots qui me viennent paraissent tellement… inutiles.

Il se redressa dans son fauteuil, pas très à l'aise lui non plus.

- Enfin bon, tout ce que je peux te dire c'est que je suis sincèrement désolé qu'il te soit arrivé ça.

- Merci, répondit machinalement Drago.

Le silence retomba et Drago releva les yeux vers Harry pour le fixer avec stupeur. En fait, il était la première personne à le lui dire. Il avait croisé beaucoup de monde depuis que Kyle avait été arrêté, des guérisseurs, des Aurors, des policiers, des journalistes. Personne n'avait pris la peine de lui dire simplement « Je suis désolé ». Sans doute parce qu'ils ne l'étaient pas et qu'ils n'en avaient rien à foutre. Harry, lui, était sincèrement désolé, ça crevait les yeux. Et il était peut-être bien le seul. Drago eut brusquement envie de pleurer et dut faire un effort pour refouler ses larmes. Il avait déjà pleuré une fois devant Harry et en gardait un souvenir honteux.

Harry regarda le léger tremblement de la mâchoire de Drago quand il contint son envie de pleurer et n'eut aucune réaction particulière. Il voulait bien lui faire croire qu'il n'avait pas remarqué. Il se fit la réflexion que Kyle Long avait vraiment déglingué Drago. Non pas que Drago ait été quelqu'un de sympathique avant et que son ancienne personnalité manquait à Harry mais tout de même, Harry ne souhaitait ça à personne. Et il savait bien qu'à la mort de Voldemort, Drago n'était plus le même gamin gâté et cruel qu'il avait connu. Sans Kyle Long, il aurait peut-être pu devenir quelqu'un de presque bien. Harry jugea cette pensée déprimante. Même avec Kyle Long, Drago pouvait devenir quelqu'un de bien, ce serait simplement plus difficile.

Drago se leva et interrompit les réflexions de Harry. Il évita son regard et lissa son pantalon d'un geste presque maniaque.

- Je crois que je vais rentrer chez moi, annonça-t-il. Merci de… m'avoir écouté.

Harry hocha la tête et le raccompagna jusqu'à la porte. Il avait l'impression que Drago s'enfuyait comme si la compassion de Harry était finalement trop lourde à supporter pour lui. Cela ne perturba pas Harry, il se foutait un peu des états d'âme de Drago Malefoy. Ils échangèrent une dernière platitude puis Drago s'en alla et Harry referma la porte. Il gardait de cette courte soirée un sentiment mêlé d'étrangeté et de scepticisme. C'était quand même très bizarre que Drago soit venu lui confier des choses de cette manière, Harry n'y croyait pas. Perplexe et blasé, Harry haussa les épaules et retourna s'asseoir devant le feu. Force était de constater que la vie, de manière générale, le laissait complètement indifférent.

OoOoOoO

Harry ne put s'empêcher de ressasser la visite de Drago et d'essayer d'y mettre du sens. Il n'en trouva pas. Il finit toutefois par prendre son appareil photo et se rendre au manoir des Malefoy. Ou du moins, sur la propriété. Drago n'avait pas menti, Kyle avait tout fait détruire. Des ouvriers sorciers se tenaient là, une bonne dizaine, et commençaient la construction de la nouvelle maison de Kyle. Harry n'aimait pas les Malefoy mais il trouva cela abjecte, maintenant qu'il y était. Si la vengeance de Kyle avait ciblé Lucius, Harry aurait pu trouver l'idée rusée et la punition méritée. Mais la vengeance ciblait Drago et ça changeait tout. Kyle le punissait de l'avoir dénoncé. C'était immonde de punir une victime d'avoir dénoncé son bourreau. Harry vomissait Kyle Long.

Harry prit le chantier en photo. Il restait encore les buis de la haie extérieure et la fontaine. Tout le reste avait disparu. Harry voulait des preuves de la malveillance de Kyle. Ce serait ça en plus pour le procès. Il rapporta ce qu'il avait à Leonora Clark qui soupira de lassitude.

- Long est un connard, j'ai compris, souffla-t-elle.

- Ne perdez pas ça de vue quand vous le condamnerez, répondit Harry.

Il retourna à son bureau mais il n'avait toujours pas grand-chose à faire. Les criminels se faisaient plus rares ces temps-ci ou du moins, il n'y avait rien qui dépassât la compétence des policiers de la Brigade. Les collègues de Harry, Mark en tête, étaient bien contents de se reposer un peu et de pouvoir rentrer plus tôt chez eux le soir. Harry ne partageait pas leur enthousiasme. Les premiers jours, il avait trouvé agréable d'avoir des soirées paisibles mais maintenant, elles étaient un peu trop paisibles. Il avait trop de pensées en tête et elles étaient rarement réjouissantes. Il avait presque envie de se lancer à la poursuite d'un ancien Mangemort, n'importe lequel. Il entendait d'ici la voix d'Hermione.

- Et tu vas te fuir comme ça pendant combien de temps ?

Il n'avait pas envie d'y réfléchir. Pour une fois qu'il fuyait, bon sang, qu'on le laisse fuir ! Il avait suffisamment combattu comme ça. « Et c'est pour ça que tu as choisi d'être Auror, j'imagine ? » demanda la voix cynique de Ron sans sa tête. Oui, Harry était plein de contradictions, et alors ? N'était-ce pas le cas de tout le monde ? Un jour il admettrait peut-être qu'il utilisait ses amis pour se mettre face à ses propres doutes parce qu'il était plus facile d'être énervé contre eux que d'être énervé contre lui-même.

Harry se força à faire quelque chose pour chasser ces pensées toujours plus déprimantes. Était-il possible de pratiquer l'Occlumancie sur soi-même ? se demanda Harry avec amertume et ironie. Il prit une feuille de papier et entreprit d'écrit un rapide message à Drago.

« Bonjour,

Je suis allé dans ton ancienne propriété et j'ai pris des photos de ce que Kyle Long avait fait. J'ai tout donné à Leonora Clark, avec sa lettre. Je pense que toutes les preuves des dommages que Long t'a causés sont bonnes à prendre.

Je ne comprends toujours pas ce que tu venais chercher chez moi l'autre soir ni si j'ai pu t'être d'une aide quelconque. Je ne pense pas être le mieux placé pour cela.

Bon courage et bonne journée,

Harry. »

Harry confia le mot à un des hiboux destinés aux Aurors et passa à autre chose. Il alla rendre service aux policiers de la Brigade avec Edmund pour une arrestation un peu musclée, ce qui lui changea nettement les idées et lui fit oublier Drago, Kyle et toute cette merde pendant quelques heures. En revenant au Ministère, il eut la surprise de trouver une réponse de Drago. Il n'avait pas vraiment attendu que l'autre lui enverrait quoi que ce soit.

« Bonjour Harry,

Je suppose que tu as raison pour les preuves contre Kyle, je n'avais pas vu les choses comme ça. Merci d'avoir pris le temps de le faire alors que tu n'es plus sur cette affaire.

Je ne sais pas non plus ce que je cherchais l'autre soir. Simplement une oreille attentive j'imagine. Parfois, quand tout va mal, on a juste besoin de savoir qu'il y a encore des gens qui nous considère comme des êtres humains et tu es l'un des seuls à nous voir de cette façon.

Heureusement que j'ai mon travail pour me changer les idées. M'envoyer dans la fabrique de Robert Howe a certainement été la seule chose positive que Kyle Long ait faite pour moi. Et je ne pense pas qu'il l'ait fait exprès.

Bonne journée,

Drago. »

Harry fut très étonné en lisant la lettre, il ne pensait pas que Drago lui dirait autant de choses. Il ne put s'empêcher de sourire à la remarque sur Kyle qui n'avait pas fait exprès de lui faire plaisir. Il savait que c'était parfaitement tragique mais parfois, un peu d'humour ne faisait pas de mal. Et il comprenait ce que Drago voulait dire en parlant d'une oreille attentive. C'est vrai que bien souvent, c'était ce que Ron et Hermione étaient pour lui. Ses deux amis ne pouvaient souvent pas grand-chose pour lui mais ils étaient là et le soutenaient par leur fidèle présence. C'était finalement bien plus précieux que le reste.

En parlant de Ron et Hermione, Harry profita de sa soirée pour aller au Terrier voir son ami. Hermione vivait chez ses parents elle aussi mais elle avait accepté de les rejoindre dès qu'elle le pourrait. Elle aurait pu avoir un appartement à elle, ses parents auraient eu les moyens de lui payer un loyer à Londres mais elle avait voulu rester un peu chez eux. Elle s'était rendu compte, quand elle était allée les chercher en Australie, qu'elle n'avait pas passé beaucoup de moments avec ses parents depuis qu'elle était entrée à Poudlard. Elle avait failli mourir pendant cette guerre et elle avait des choses à rattraper. Même si Ron ne le disait pas, Harry savait que c'était pareil pour lui. Fred était mort, il ne restait plus que Ginny et lui à la maison et ils n'avaient pas envie de quitter leurs parents tout de suite. Un peu de solidarité et d'amour ne faisait pas de mal non plus.

Il était tard quand Harry rentra chez lui après avoir refusé de dormir chez les Weasley. Ça avait été une bonne soirée, calme et chaleureuse. L'affection qui l'avait entouré avait momentanément chassé toutes ses pensées déprimantes et angoissantes. Il se coucha donc de bonne humeur mais fut incapable de s'endormir. Il avait vraiment des problèmes, rien n'allait jamais. Il essaya de penser à sa soirée, de compter, de ne penser à rien. Finalement, il se leva pour aller se faire une tisane et s'assit dans le salon silencieux. Harry la but en fixant d'un regard vague la lettre qui reposait sur la table basse. Il se redressa brusquement, attrapa la lettre et alla s'installer à la table de la salle à manger.

« Je pense qu'il y a beaucoup de gens qui vous considèrent comme des êtres humains et qui sont sincèrement choqués de ce qui vous est arrivé. Il ne faut pas se fier à la Gazette, elle ne cherche que le scandale et ne publie que les messages haineux. Je suis le mieux placé pour savoir comme ça peut blesser de lire des insultes dans les journaux mais il ne faut pas croire que tout le monde pense de cette façon. Il y a des gens qui sont de votre côté, même s'ils ne savent pas comment vous le montrer.

Je suis surpris que tu aimes tisser. Je ne m'étais jamais posé la question parce que ça ne me regardait pas je suppose que je t'imaginais travailler au Ministère ou gérer la fortune familiale comme ton père. Je ne t'imaginais pas fabriquer des tapisseries. Qu'est-ce qui te plait là-dedans ?

Bonne soirée,

Harry. »

Il envoya son hibou porter la lettre puis retourna se coucher et s'endormit rapidement. Quand il se leva le lendemain matin pour boire son café et manger ses œufs brouillés, il eut la surprise de trouver une lettre sur la table. Elle avait dû arriver pendant la nuit, preuve que Drago ne dormait pas très bien lui non plus. Harry pensa un instant aux cauchemars qui pouvaient hanter Drago et n'eut pas trop de mal à les imaginer. Il ouvrit la lettre avec – il s'en rendait compte – un plaisir certain et la lut tout en buvant son café.

« Je suppose que tu as raison et qu'il y a des gens qui sont de notre côté mais j'aurais aimé les entendre davantage. Nous nous sommes sentis seuls au monde quand nous étions entre les mains de Kyle et nous nous sommes sentis seuls au monde après. C'est en partie pour cela que nous ne voulions rien dire, Theodore, Gregory et moi. Nous avions peur que personne ne nous croie et que ce soit encore pire. Je ne peux pas dire que ce soit pire, finalement. C'est quand même moins dur que les soirées de Kyle. Ça n'en reste pas moins violent pour autant.

C'est pour ça que tu as l'air d'être le seul à nous aider vraiment. J'aurais aimé que tu ne rentres pas dans la chambre ce jour-là et que tu ne me voies pas comme ça. C'est une humiliation de plus. Et d'un autre côté, je suis heureux que tu sois rentré dans la chambre et que tu aies mis fin à tout ceci. C'est la troisième fois que tu sauves ma vie et je ne sais pas ce que cela m'inspire.

Pour la fabrique de Howe, ma foi, je ne m'imaginais pas tisserand non plus. Mais il faut avouer que tous les plans que j'avais fait pour ma vie future ont été balayés un à un. Quand j'ai commencé, j'étais persuadé de détester ça. Le travail manuel me paraissait dégradant, faire des tapis plus encore. Mon père a été outré d'apprendre que je tissais des tapisseries. C'est peut-être quand il a été outré que j'ai commencé à aimer ça. Jusqu'à présent, je n'avais jamais compris à quel point il pouvait être bon d'indigner ses parents. Bref, ça m'a plu finalement. J'aime le côté répétitif et minutieux du travail, il m'empêche de penser à autre chose. Je me concentre sur mes fils et j'oublie Kyle, mes parents en prison et tout le reste. Et puis j'aime bien l'idée de créer quelque chose, c'est une sensation que je ne connaissais pas. Un jour, à Poudlard, il y aura une nouvelle tapisserie dans la chambre commune de Serpentard et c'est moi qui l'aurais fabriquée. J'aime bien cette idée.

Toi, je t'ai toujours imaginé Auror ou quelque chose comme ça. Non, c'est faux, j'ai toujours pensé que tu serais mort bien avant. Mais être Auror te va bien. Après tout, ce côté juste défenseur des faibles et des opprimés, tu l'as depuis que je te connais. J'ai toujours détesté ça chez toi. Je le déteste un peu moins depuis que je suis le faible que tu sauves. Mais rien que cette idée me donne envie de te détester plus encore.

J'imagine que tu dormiras quand tu auras cette lettre. Bonne nuit donc.

Drago. »

Harry ne savait pas très bien ce que la déclaration de Drago lui inspirait mais puisque l'autre amenait le sujet lui-même, il allait pouvoir en parler. Harry gribouilla une réponse tout en finissant ses toasts grillés.

« Bonjour Drago,

Je vois que je ne suis pas le seul à avoir des problèmes d'insomnie. Je ne m'attendais pas à trouver une réponse à mon réveil.

La honte et la peur de ne pas être cru, je peux imaginer ce que c'est. Se sentir seul au monde, je connais bien aussi. C'est sans doute cela qui détruit le plus, je pense. Avoir l'impression que personne ne se soucie de nous et ne va nous aider. La meilleure chose qui me soit arrivé dans la vie, c'est de rencontrer Ron et Hermione. Mais même avec eux, parfois, je me sentais seul quand même.

Tu as l'air effectivement enthousiaste au sujet des tapisseries ! Le fait de créer quelque chose, ça doit être épatant, j'imagine. Il faudra que je voie l'une de tes œuvres, un jour.

Je pense aussi qu'être Auror me va bien et de toute façon, je ne saurais pas quoi faire d'autre. Par contre, je ne sais pas trop comment je dois prendre tes dernières phrases. Pourquoi est-ce que tu me détestais tellement ? Je ne t'ai jamais rien fait et nous aurions pu cohabiter pacifiquement si tu n'avais pas constamment cherché à me nuire.

Bonne journée, Harry. »

Harry renvoya son hibou et alla se préparer. Toute la journée, il attendit la réponse de Drago, presque malgré lui. Ce n'était pas vraiment conscient mais il guettait souvent la porte pour voir si quelqu'un allait lui apporter un message ou non. C'était peut-être bien la première fois depuis longtemps qu'il n'était pas indifférent à quelque chose.

OoOoOo

Drago regarda la lettre avec circonspection. Harry avait mis une tâche de confiture dessus. Il avait dû l'écrire en prenant son petit déjeuner. Cette idée le mit de bonne humeur, sans trop savoir pourquoi. Il n'avait pas le temps de répondre tout de suite, il s'était réveillé tard à cause de sa mauvaise nuit et il était en retard au travail. Il s'en occuperait ce soir.

« Bonjour Harry,

Je fais des insomnies, oui. Je me demande parfois si ce n'est pas mieux que les cauchemars qui m'assaillent quand je dors. Peut-être avons-nous quelques cauchemars en commun, qui sait ?

Ton amitié avec Ron et Hermione m'a toujours semblé incongrue et pénible à regarder. Il y avait de l'envie et de la jalousie, c'est vrai. Je n'ai jamais connu ça avec personne. Tu vas dire que c'est ma faute parce que j'étais désagréable avec tout le monde. Peut-être bien. Mes parents n'avaient pas beaucoup d'amis non plus, ça doit être de famille.

J'ai tissé deux tapis qui sont en vente dans la boutique de Howe, rien ne t'empêche de venir les voir.

Je ne sais pas vraiment non plus pourquoi je te détestais tellement. Aujourd'hui, ça parait absurde et futile. C'était sans doute parce que j'étais jaloux qu'il t'arrive autant d'aventures. C'était aussi parce que tu étais un ennemi de ma famille. Nous n'aurions jamais pu devenir amis de toute façon.

Bonne soirée, Drago. »

Ils s'écrivaient quand ils avaient le temps et ils attendaient la réponse de l'autre avec impatience. Drago lisait les lettres de Harry durant ces minutes de pause, appuyé contre le mur de la fabrique. Harry les ouvrait et les lisait à l'abri du regard des autres. Il ne se sentait pas très à l'aise à l'idée de discuter avec Drago Malefoy, il savait que ce n'était pas très professionnel étant donné qu'il avait enquêté sur l'affaire de Kyle mais il ne pouvait pas s'en empêcher.

« …Je passerai voir la boutique de tapisserie un de ces jours, quand j'aurai le temps. Il manque un tapis dans ma chambre, peut-être que le tien serait parfait. »

« …Je ne suis pas sûr de vouloir que tu achètes un de mes tapis. Je te déteste encore un peu, tu sais… »

« …Je n'ai pas pu écrire hier, j'ai été envoyé sur une affaire délicate. Je pense que les journaux en parleront demain matin. C'est toujours triste quand il y a des drames bien sûr mais je suis content d'avoir une nouvelle affaire, c'était trop calme. »

« …J'aurais préféré que ma vie soit un peu plus calme. C'est quelle affaire ? »

« …Je n'ai pas dormi de la nuit à cause de l'enquête, tout va très vite. Je suppose que tu ne travailles pas durant les weekends. Qu'est-ce que tu fais en général ? »

« …Est-ce que tu rêves de Tu-Sais-Qui toi aussi ? »

« L'enquête est terminée, ça a été plus rapide que je le croyais. Veux-tu venir prendre un verre chez moi ? »

Drago replia la lettre et la glissa dans la poche de son pantalon. Les rayons du soleil faisaient du bien à son visage, il se sentait presque heureux. Cela faisait plus de deux semaines qu'il parlait continuellement avec Harry. Il n'aurait pas cru que ce serait si facile. Pas cru que ce serait si agréable non plus mais ça, c'était une autre histoire.

- Tu sais, je crois bien que c'est la première fois que je te vois sourire de cette façon.

Drago se tourna vivement vers la voix bienveillante et sourit maladroitement à Robert Howe qui le regardait avec attention.

- Je ne sais pas, Mr Howe, bafouilla Drago.

- Tu as reçu une bonne nouvelle ?

- On peut dire ça, admit Drago.

Harry l'avait invité chez lui, c'était une bonne nouvelle. Il avait espéré que l'invitation viendrait de Harry, pour que ce soit moins suspect. Il verrait s'il arriverait à lui voler sa baguette. Il emmènerait la potion de sommeil qu'il avait achetée, il parviendrait peut-être à la verser dans son verre. Ou bien il se contenterait d'être amical pour lever tout soupçon et agirait une autre fois. Qui sait, peut-être Harry pourrait-il lui donner l'information de lui-même ? Non, dut reconnaitre Drago, il n'était quand même pas assez stupide pour ça. Il faudrait toutefois être prudent et malin car s'il loupait son coup et se faisait prendre, c'était fini pour lui. Harry le dénoncerait, Drago se ferait arrêter pour avoir tenté de corrompre un Auror et tout serait fini. Dans le pire de ses cauchemars, il se retrouvait à Azkaban avec Kyle. Ce serait une boucherie, ça ne pourrait que finir dans le sang. « Il faut toujours que tu exagères tout » chuchota une petite voix méprisante dans sa tête. D'accord, pas une boucherie mais ce serait une tragédie. Il fallait donc rester concentré. Il avait absolument besoin de la baguette de Harry et de quelques cheveux et il avait bien l'intention de les récupérer, quel qu'en soit le prix.