Chapitre 7 : L'embarras du choix.
Deux jours plus tard, Hermione reçut sa nouvelle tenue et en fut ravie. Elle se sentait prête à faire bouger des montagnes entières, quelles qu'elles fussent, il ne lui restait plus qu'à… eh bien, elle ne savait pas vraiment en réalité ! Comment diantre se déroulait un entretien d'embauche pour le ministère ? Elle n'en avait bien entendu jamais passé et elle n'était pas certaine de connaître quelqu'un qui en eut passé en dehors de Harry ou Ronald, mais seraient-ils disponibles pour l'aider ?
Elle leur écrivait régulièrement et ils répondaient, moins souvent qu'elle certes, mais ils étaient toujours là pour elle si besoin. C'étaient vraiment des amis extraordinaires et elle savait bien que s'ils ne répondaient pas toujours très vite, c'était parce qu'ils travaillaient dur depuis la fin de leurs études, contrairement à elle pour l'instant…
En même temps, c'étaient des hommes, cela les aidaient clairement à s'occuper utilement et puis, aussi, elle savait bien que ces messieurs étaient moins loquaces que ces dames. Enfin, avec un peu de chance, peut-être auraient-ils le temps de lui écrire ou même de passer la voir avant son entretien. Il lui suffisait de demander l'autorisation à son époux pour les faire venir après tout.
Au moment du dîner, elle le retrouva donc, comme toujours installé en bout de table en train de lire elle ne savait quoi. Il redressa à peine la tête pour la saluer alors qu'elle prit place à l'autre bout, devant son assiette déjà posée par les bons soins des elfes qu'elle avait enfin rencontrés. Rogue reprit sa lecture quand les plats commencèrent à apparaître sur la table, comme à Poudlard. Hermione l'observait en cherchant le meilleur moment pour lui parler sans le déranger, le but étant qu'il ne soit pas agacé quand elle lui demanderait d'inviter ses amis ici. S'il était comme elle, elle détestait qu'on ne la coupe en pleine lecture après tout.
Après quelques secondes, Rogue redressa la tête vers elle, lentement, avec un air interrogatif :
- Soit j'ai quelque chose sur le visage, soit vous avez quelques choses à me demander, mais dans un cas comme dans l'autre, je préférais que vous parliez plutôt que de continuer à me dévisager silencieusement.
- J'attendais seulement que vous finissiez ce que vous étiez en train de faire, pour ne pas vous déranger !
- Vous avez peur de me déranger ?
- Ne faites pas l'étonné, c'est vexant, on dirait que je vous ennuie continuellement d'habitude…
Rogue haussa un sourcil circonspect et, après un moment, secoua la tête et poussa plus loin les parchemins sur la table. Il cala ensuite son dos contre son assise et regarda sa femme :
- Nos interactions étant aussi rares que les plumes de phénix, vous ne risquez pas de m'ennuyer.
- Votre présence étant aussi rare que les moments où vous ne travaillez pas, je ne risque pas de beaucoup interagir !
- Ma présence semblant vous êtres aussi agréable qu'une ablation dentaire, je ne risque pas d'avoir envie de m'imposer à vous telle une carie !
Hermione allait répliquer mais se rendit compte qu'il n'avait pas entièrement tort. Certes, elle n'avait plus autant de haine envers lui qu'au début, mais c'était en partie lié avec le fait qu'il lui avait laissé une liberté totale et ne l'embêtait jamais. Mais tout de même, elle n'en était pas au point de le prendre pour une infection quelconque qu'elle devait éviter à tout prix. Avec plus de calme, elle répondit pour tenter de calmer le jeu :
- Je sais que je me suis montrée plus d'une fois désagréable envers vous, admit-elle, mais vous conviendrez que j'avais de bonnes raisons, non ? Pour autant, je vois bien que vous faites des efforts et j'essaie d'en faire moi aussi. Ce n'est pas comme si nous avions le choix maintenant ! Eh puis, la dernière fois, notre discussion sous le kiosque a été agréable, comme quoi nous sommes en mesure de passer des moments ensemble et ne sommes donc pas contraints de nous éviter à tout prix, non ?
C'était vrai non ? Alors oui, elle avait une rancœur tenace, c'était un fait, mais elle était sa femme et vue leur espérance de vie à chacun, cela allait durer très longtemps. Elle n'avait pas envie de vivre une éternité ainsi, et même avec un mage noir et aigri à ses côtés, s'il pouvait ne pas être fantomatique, cela lui éviterait surement de devenir une sorcière blasée et effacée, l'ombre d'elle-même. Elle voulait devenir quelqu'un d'important et ce n'était pas en étant esseulée et déprimée qu'elle y parviendrait.
- Je vous évite pour ne pas entendre toutes les deux minutes à quel point je suis un monstre acrimonieux, marmonna-t-il en se levant, agacé.
- Mais je n'ai jamais dit que… attendez…
Hermione se leva à son tour, furibonde. Elle le pointa d'un doigt accusateur qu'elle bougea en rythme avec chacun de ses mots :
- Arrêtez. D'utiliser. La. Legilimencie. Sur. Moi !
- Vous n'avez qu'à faire plus attention.
- Ce n'est pas à moi de faire attention à ce que je pense mais à vous de respecter ça !
- Je le respecte suffisamment pour vous éviter au maximum !
- Je ne vous ai jamais demandé de m'éviter, en revanche je vous demande de respecter mon intimité cérébrale !
- Je respecte votre intimité tout court, en vous laissant faire absolument tout ce que vous voulez, ce qui n'est pas le cas de nombreux époux !
- Vous me forcez à être cordiale avec vous alors même que je suis loin de le vouloir actuellement !
- Parce que vous vous trouvez cordiale, là ?
- Plus que vous, monsieur le-mari-parfait !
- Je ne vous ai jamais insulté je vous signale.
- Oh, et je devrais vous remercier pour ça ?
- Pour ça et tout le reste oui !
- Vous croyez ?
- J'en suis sûr !
- Et si je refuse ?
Rogue ne répondit rien et se contenta de la toiser de haut, la forçant à lever la tête pour soutenir son regard… mais depuis quand était-il si proche d'elle d'ailleurs ? Du coin de l'œil, elle constata qu'il n'avait pas bougé, c'était elle qui s'était avancée jusqu'à lui au point de toucher maintenant son torse avec son index accusateur. Elle aurait sûrement dû reculer mais ses muscles refusèrent de lui obéir alors qu'elle gardait ses yeux droits dans ceux de son époux.
La lueur dans ces derniers étaient presque hypnotique, totalement différente de d'habitude, comme s'il la voyait pour la première fois et inversement. Il semblait tendu mais plus réellement énervé, Hermione n'arrivait pas à savoir ce que cela signifiait mais son cœur s'accéléra étrangement. Fallait-il fuir ? Plus que ses muscles, c'était comme si son être tout entier la forçait à rester sur place pour une obscure raison.
La seconde suivante, son cœur rata un battement et son cerveau cessa de réfléchir pour de bon alors qu'il se pencha sur elle pour l'embrasser.
Ce n'était pas comme les dernières fois, non, il n'y avait rien de doux dans ce baiser là. Il était plus fiévreux, presque sauvage mais, surtout, étonnement plus agréable. Hermione avait fermé les yeux et se concentrait sur les lèvres de Rogue contre les siennes. Elle ne se laissait pas faire, bien décidée à mener ce combat contre lui, sans pour autant vouloir que cette bataille cesse.
Son doigts accusateur était maintenant à plat avec ses confrères contre le torse de Rogue, sans chercher à le repousser. Au contraire, sentant qu'elle perdait l'affrontement, elle agrippa son veston. Elle avait l'impression de ne plus être maîtresse de ses actes et son corps réagissait de façon autonome, comme s'il cherchait à être encore plus proche de celui du sorcier face à elle. Elle n'entendait plus que les battements de son cœur dans ses oreilles et ne sentait que l'odeur boisé de Rogue, comme si tout autour d'elle avait cessé d'exister, au moment même où elle s'était rendue compte qu'elle s'était approché de lui. Comment avait-elle pu passer d'un état de colère aussi vif à une sensation de bien-être total en aussi peu de temps ?
Quand elle sentit Rogue entamer un léger mouvement de recul, elle grogna son désaccord et passa son autre main derrière sa nuque pour l'empêcher de rompre ce baiser. Elle le sentit sourire contre ses lèvres mais ne se laissa pas faire pour autant. Il recula quand-même, mais avant qu'elle ne se plaigne, il déposa à nouveau ses lèvres contre elle, dans son cou. Hermione passa sa main de la nuque de Rogue jusqu'à ses cheveux et le laissa faire, étrangement rassurée qu'il ne s'arrête pas, voire même soulagée qu'il continue, son corps semblant même en réclamer plus encore.
Est-ce qu'il lut en elle ? Peut-être, en tout cas se colla-t-il à elle de façon indécente et plaça une main sur le postérieur de sa femme. Ce contact particulier sur ses fesses la fit rougir légèrement mais ce n'était qu'un début car, après une caresse fugace, il y mit sa seconde main et commença à remonter la robe de la jeune Lady.
Quand le tissu fut suffisamment haut pour qu'elle sente l'air passer sur son pantalon de dentelle, elle poussa un léger soupir satisfait, comme si c'était ce qu'elle attendait le plus sans même le savoir, ce qui aurait pu lui paraître stupide si elle avait été en mesure de réfléchir. Puis, son mari lui baissa impudiquement son sous vêtements avant de la soulever et de poser son arrière train nu sur la table, ou plutôt sur les parchemins qui y trainaient toujours.
Rogue remonta ses lèvres dans le cou de sa femme jusqu'à sa mâchoire puis à son oreille et murmura :
- Vous n'avez pas peur de moi…
- Vous n'avez rien d'effrayant ! répondit-elle en fermant les yeux.
Elle l'avait pourtant craint quelques semaines plus tôt, non ? Au moins un peu, à moins qu'elle n'eût craint que les racontars et autres rumeurs. En tout cas, aujourd'hui, plus rien ne l'effrayait chez lui et… cela semblait lui plaire !
- Je vais vous prendre… je vais vous prendre tout de suite…
Articula-t-il avec difficulté, presque comme une menace qu'il ne savait comment formuler.
- Oui, oui, faites le… répliqua-t-elle en rouvrant les paupières tout en descendant ses mains vers le pantalon de son époux.
Son sens des convenances avait disparu en même temps que sa colère, mais cela semblait plaire à son époux car il la laissa faire, avec un air stupéfait mais satisfait au visage. Elle n'avait jamais fait ça bien sûr, retirer le pantalon d'un homme s'avérait être une grande première, et ce n'était pas simple. Le plus difficile fut d'avoir accès aux bretelles qui maintenaient toujours le vêtement en place, même une fois déboutonné. Malgré les accrocs, il ne se moqua pas et au contraire l'aida en retirant son veston pour qu'elle puisse mieux voir les attaches, qu'elle pût vaincre avec quelques efforts supplémentaires. Cette fois, il n'y avait pas l'obscurité de la nuit pour les cacher mais elle ne se sentait pas mal à l'aise pour autant, après tout elle était encore quasiment entièrement vêtue… enfin, elle se cardinalisa tout de même quand elle vit la partie charnue de son époux qui, elle, était dénudée.
Elle l'avait imaginé et même déjà ressenti en elle, mais voir ce membre si gros la stressa d'un coup. Rogue se pencha à nouveau sans s'en soucier et l'embrassa avec la même fièvre que précédemment. Oubliant ce qu'elle venait de voir, elle se détendit… d'autant plus quand elle sentit les mains fraîches de son époux qui remontaient délicatement le long de ses cuisses, comme dans une caresse. Quand il fut tout en haut, elle hoqueta légèrement alors qu'il passa un pouce contre son mont, encore et encore, la menant à un état de plénitude étrange. Profitant de l'ouverture de ses lèvres, son époux joua de sa langue contre la sienne. Hermione savait qu'elle allait bientôt être submergée par un plaisir honteux, plaisir qu'elle avait au fond d'elle-même plusieurs fois espéré ressentir à nouveau, comme durant leur nuit de noce… et ce jour était arrivé. Que c'était bon ! Et ce fut encore mieux quand les décharges étranges la prirent au dépourvu et de façon répétée entre ses jambes.
Elle se sentait humide, plus que lors de leur première fois, et voulut s'excuser… son mari devait en avoir sur ses doigts. Cela ne semblait pourtant pas le déranger car il se rapprocha d'elle et sans attendre, entra en elle en un coup de rein. Hermione poussa un cri de surprise mais aucunement de douleur contrairement à la dernière fois. Il était entré avec une facilité déconcertante et cela était finalement presque aussi agréable que ses légers attouchements précédents.
Il se mit à bouger les hanches, ce qui entraîna des va-et-vient en elle. Les frottements étaient bons et il était clair qu'elle était en train d'apprécier ce qui se passait. Elle dut se faire violence pour garder les yeux ouverts mais se força à le faire, pour une raison curieuse : elle aimait voir le visage de son mari à cet instant précis. Il était tendu mais sans cet air sévère qu'il arborait régulièrement. Il était expressif, pas de marbre comme quotidiennement. Il était séduisant… peut-être comme d'habitude, Hermione n'en était pas certaine.
Elle savait une chose néanmoins, une nouvelle vague de plaisir semblait vouloir l'envahir, différente mais venant de ses entrailles. Elle ne put garder les yeux ouverts plus longtemps, se concentrant plutôt sur ce qu'elle ressentait et qui la prenait aux tripes. Finalement, l'extase la prit une seconde fois, plus étonnante et surtout nouvelle. Elle n'avait pas ressenti cela la dernière fois :
- Par tous les saints… Severus… oui…
Elle ne sut pas pourquoi elle venait de soupirer ça mais cela accompagna son plaisir et visiblement celui de son mari, qui poussa de son côté un long râle rauque. Hermione attrapa la chemise de son mari pour se maintenir droite alors qu'il posa son front contre sa poitrine. C'était étrange, il n'avait pas fait cela le mois dernier… et elle n'avait pas senti la même chaleur étrange se répandre entre ses jambes non plus. Elle allait peut-être devoir demander des explications, mais pour l'heure, elle préféra garder le silence et profiter de cet étrange moment.
Quand son mari eut retrouvé son souffle, il se retira et Hermione sentit une fraîcheur désagréable s'emparer d'elle tandis qu'il remettait son pantalon. Sans un mot, il se mit ensuite à genoux et attrapa le sous vêtements de sa compagne pour l'aider à le renfiler. Elle le laissa faire et se redressa sur ses pieds pour pouvoir le remonter elle-même, mais il le fit à sa place, délicatement :
- Merci…
- J'ai bien peur de n'avoir froissé votre robe, dit-il en un murmure, tout en remplaçant cette dernière comme il pouvait.
Plus que la rhabiller par nécessité, il semblait gêné de sa perte de contrôle évidente. Néanmoins, elle n'avait pas fait mieux et tenta de détendre l'atmosphère en souriant :
- Êtes vous certain que cela vous ennuie où en profitez-vous pour passer vos mains sur mon postérieur ?
Après avoir compris qu'elle plaisantait, il sembla déridé et retrouva même un semblant de goguenardise :
- N'ai-je pas le droit de lier l'utile à l'agréable ?
- Je suppose que si…
Hermione était étrangement rassurée, sans trop savoir pourquoi, mais elle tourna ensuite légèrement le regard et se souvint où ils étaient et vira au cramoisi :
- Que vous arrive-t-il ? Vous vous sentez mal ?
- Nous… nous sommes dans la salle à manger !
- Eh bien oui… c'est en effet le nom que l'on donne en général à la pièce dans laquelle on mange.
Son mari la regardait avec étonnement, ne sachant clairement pas où elle voulait en venir maintenant que c'était elle qui se sentait gênée :
- Vous ne voyez donc pas ? C'était déplacé de faire ça ici ! Nous n'étions pas dans un lit et nous aurions pu être vu par les domestiques et…
- Je ne doute pas un instant que nos domestiques nous aient suffisamment entendus pour savoir qu'ils ne devaient pas entrer.
À cette réflexion, Hermione regretta de ne pas être un animagus pour devenir une souris et disparaître dans un trou. Alors qu'il comprenait enfin où se trouvait le souci, il n'en parut que plus diverti :
- Ce genre d'activité ne se fait pas uniquement dans un lit, ce serait d'un ennui mortel et cela manquerait de… spontanéité ! Et, même si nos employés sont bien élevés, ne doutez pas qu'ils font eux-mêmes des choses en dehors de leur chambre à coucher, en tout cas pour ce qui est de nos deux énergumènes mariés.
Pour être spontanés, oui, ils l'avaient été, mais elle se serait bien passée d'imaginer ses domestiques dans une telle posture. Nonobstant cette pensée, elle se demanda comment la situation avait pu prendre un tel tournant alors qu'ils se disputaient…
Puis, elle se rappela du regard flamboyant qui l'avait happée alors qu'elle s'était retrouvée juste devant lui. Un regard qu'elle avait déjà imaginé mais n'avait jamais vu, surtout posé sur elle. Elle aurait aimé être legilimens pour comprendre ce qui était passé par la tête de son mari à ce moment-là. Hélas, elle ne l'était pas et son bon sens reprit le dessus, surtout sa honte :
- Je… je ne sais pas pour les autres, mais je suis quasiment certaine que nous sommes censés faire cela dans une chambre, répondit-elle sur la défensive.
- C'est ce qui est le plus conventionnel je vous l'accorde ! Mais vous n'êtes pas une femme conventionnelle.
Embarrassée par les dernières paroles de son mari, qu'elle prit plus comme un compliment que comme une simple pique, elle ne trouva rien à redire. Au moins s'était-il bien amusé à la voir ainsi et n'était-il plus aussi tendu ni gêné, même si au final elle l'était elle-même. Puis, alors qu'il retourna s'assoir sur sa chaise comme si de rien n'était, il l'observa, toussota et changea de sujet :
- Que vouliez-vous me dire en fait ?
- Je… je ne sais plus, admit-elle en retournant elle aussi à sa place.
Severus haussa les épaules, d'une résignation amusé, et au lieu de reprendre sa lecture, se servit à manger. Severus… c'était si étrange de l'appeler ainsi ! Dans ses pensées certes, mais après avoir soupiré son prénom comme elle l'avait fait, cela lui paraissait stupide de continuer d'employer son nom. D'autant plus qu'il s'agissait du sien aussi maintenant, alors c'était d'autant plus stupide non ?
- Vous avez reçu votre tenue pour votre rendez-vous au ministère il me semble.
- Heu, oui, je l'ai en effet récupérée.
- Vous convient-elle ?
- Elle est parfaite, enfin, je l'espère du moins.
- Je n'en doute pas, répondit-il en se servant un verre de vin. Et comment vous sentez-vous par rapport à l'approche de cette entrevue ?
Oh, ça lui revenait, son stress d'anticipation pour ce rendez-vous la poussait à souhaiter l'aide de ses amis. Elle joua un peu avec le contenu de son assiette en cherchant comment le formuler, avant de se souvenir cette fois qu'il lisait sûrement dans sa tête. Elle le regarda mais ce dernier ne semblait pourtant pas au clair avec ses pensées. Avait-il cessé d'espionner son cerveau ?
- À moins que vous ne souhaitiez que j'utilise à nouveau la magie pour savoir ce que vous avez dans votre tête, vous devriez me répondre. J'ai cru comprendre que cela ne vous plaisait pas après tout, marmonna-t-il pour finir.
- Je suis angoissée ! admit-elle sans relever la pique – dont elle apprécia le fond – de son époux.
- Pourquoi cela ? s'étonna-t-il sincèrement.
- Je n'ai jamais eu à passer un entretien de la sorte et on ne prépare pas les femmes comme moi à devoir en passer.
- J'ai pourtant l'impression qu'une femme comme vous y est préparée depuis toujours.
- Je n'ai jamais eu de cours pour apprendre à bien m'exprimer, ni même d'éducation adaptée pour savoir ce qu'il faut dire à un employeur et encore moins pour savoir comment je vais devoir me comporter au travail ! Les seuls cours de bienséances que j'ai reçus étaient pour savoir comment devenir une Lady acceptable et me marier !
Severus ne répondit rien et Hermione en fut légèrement déçue, voir agacée. Elle était en détresse et il ne semblait pas le réaliser, puis il posa ses couverts, se leva et vint s'assoir sur une chaise à côté d'elle. Il l'observa droit dans les yeux et… lui asséna une légère tape derrière le crâne, comme le faisait parfois ses parents quand l'un disait une aberration à l'autre.
- C'est bon, vos idées se sont remises en place ?
Il secoua la tête et continua :
- Vous savez vous exprimer mieux que la majorité des Lady de ce pays, croyez-moi, je les côtoie depuis bien avant Poudlard. Vos parents vous ont clairement bien éduquée et vous êtes capable de vous adresser à n'importe qui de façon clair, intelligible et intelligente, que ce soit des enfants, des domestiques, des Lady ou des Lords. Un employeur reste un humain qui fait parti de l'une de ses catégories, rien de plus. Quand à votre bienséance… il est vrai que là, j'aurai pas mal de choses à redire, mais vous vous débrouillez cependant bien mieux que moi la majorité du temps. En d'autres termes, vous allez réussir cet entretien car il ne s'agit là que d'être vous-même et vous vous suffisez amplement pour obtenir le poste qui vous correspond et dont vous rêvez.
Il semblait sincère et aucune once de sarcasme ne ressortit de son discours, fait suffisamment rare pour le pointer. Hermione regarda son assiette un instant et réfléchit un instant à ce que son mari venait de lui dire…
- Vous pensez que cela sera vraiment suffisant ?
- J'en suis certain ! Déjà parce qu'Albus m'a parlé de votre scolarité, mais aussi parce que vos parents m'ont parlé de votre personnalité, sans compter que vous vivez au manoir depuis plusieurs semaines. Oh, et j'oubliais, ajouta-t-il avec le retour de son air suffisant, je sais aussi que tous les directeurs de départements vous veulent dans leur effectif !
- Vous semblez tellement sûr de ça… déjà la dernière fois.
- Je vous ai déjà dit que vous aurez le choix ! J'étais au ministère il y à peu, je suis bien placé pour le savoir tout de même. Je vous ai même conseillé de refuser au moins une offre qui s'offrira à vous.
- Celle de Lord Malfoy c'est cela ?
- Tout à fait, confirma Severus.
- N'êtes-vous pas ami avec sa femme pourtant ?
- Eh bien, oui, on peut dire ça. Mais comment le savez-vous ?
- Je vous ai déjà vu lui parler, vous sembliez proches.
- Seriez-vous jalouse ? ironisa-t-il.
Hermione leva les yeux au ciel et préféra ne pas répondre. La question était déplacée et stupide, mais surtout, elle n'avait aucune idée de la réponse à donner. Elle n'y avait jamais réfléchi et n'avait pas envie de le faire d'ailleurs, mais cela semblait improbable. Pourquoi serait-elle jalouse ? C'était un sentiment bien inutile dans son cas, elle n'était pas amoureuse après tout.
Severus n'insista pas et se contenta de faire venir à lui son assiette, s'installant pour manger à côté de sa femme pour la première fois depuis le mariage. Étonnée, elle dut néanmoins s'avouer qu'elle trouvait agréable l'idée de pouvoir manger dans une ambiance moins pesante :
- Avez-vous une baguette ? Je ne vous ai jamais vu en utiliser.
- J'en ai une oui, mais il est vrai je ne l'utilise que très peu. Je n'aime pas vraiment l'idée que l'on puisse savoir ce que je fais de ma magie. Non pas que j'emploie cette dernière pour tuer quiconque croise mon chemin, se justifia-t-il d'un coup, mais vu la réputation qui me précède, j'ai eu trop souvent l'occasion d'être contrôlé dans ma jeunesse.
Hermione remarqua sans peine la répugnance dans le ton de son époux, surtout quand il parla de sa réputation. Il ne faisait pourtant pas grand-chose pour aller à l'encontre de celle-ci et même si elle n'avait jamais entendu parler de meurtres, ses actes de violences semblaient nombreux.
- Est-ce difficile ? D'utiliser la magie sans baguette je veux dire ?
- C'est une question d'entraînement, comme presque tout en réalité. Au début je n'y arrivais pas, puis j'ai persévéré, mais j'avoue que Mahdi ma beaucoup aidé à m'améliorer.
- C'est lui qui vous a appris ?
- J'avais appris bien avant de le rencontrer mais il m'a entraîné pour que ma maitrise de la magie manuelle soit meilleure. Il vient d'un pays où les baguettes sont rarement utilisées, alors son expérience m'a été utile. Vous aimeriez apprendre ?
La question étonna pour le moins Hermione qui regardait son époux, éberluée mais, peut-être bien, aussi exaltée.
- Vous m'apprendriez vraiment à le faire ?
- Oh… eh bien… je pensais plutôt que vous pourriez demander à Mahdi.
Oui, c'était plus logique maintenant qu'il le disait. La jeune Lady se sentit un peu stupide mais son mari continua :
- Néanmoins, il est vrai qu'il à déjà beaucoup à faire avec les cours qu'il donne régulièrement aux jumeaux. Je ne suis pas certain d'être très pédagogue, ni très patient à vrai dire, mais… oui, peut-être que je pourrais essayer.
Rogue mangea un bout de son poulet et regarda sa femme avec perplexité :
- Quoi ?
- Vous verrez, je ne vous décevrai pas ! J'apprendrai vite et je ne vous ennuierai pas et…
- Diantre, j'espère que vous parlerez moins, dit-il en secouant la tête d'exaspération. Enfin… vous êtes brillante d'après Minerva, je suppose que vous avez raison et que vous apprendrez rapidement. Si ce n'est pas le cas, il me suffira de laisser tomber !
- Vous n'avez pas l'air d'être le genre d'homme à abandonner facilement, fit-elle remarquer. Mais Minerva à raison, je suis brillante.
- Et humble par la même occasion, ajouta-t-il avec badinerie avant de boire son vin.
Hermione sourit amusée en prenant son verre à son tour. Oui, elle manquait parfois de modestie, mais elle savait ce qu'elle était, que ce soit dans ses qualités ou ses défauts. En ce qui concernait son époux, il lui restait en revanche beaucoup à apprendre, mais cette idée lui parut plus agréable que le mois précédent.
…
Les jours suivants, Severus passa un peu moins de temps le nez dans des parchemins et Hermione moins de temps le sien dans les livres. Les repas étaient un peu plus attrayants et les deux époux discutaient un peu plus, ne serait-ce que sur les chevaux ailés ou de littérature. Mais ce qui plaisait le plus à la jeune Lady, c'était les cours de magie sans baguette que le Lord impatient avait commencé à lui donner. Ce n'était pour l'instant que de la théorie, mais c'était passionnant et Severus, même s'il était rapidement blasé par les questions de sa femme, se montrait moins agressif qu'elle le craignait.
Certes, ce n'était pas le professeur le plus pédagogue qui fut mais, au fond, elle appréciait apprendre à ses côtés. Il était érudit et c'était une qualité aux yeux de la dévoreuse de savoirs qu'était sa femme. Peut-être que ce fut pour cette raison que les jours semblèrent passer bien plus vite après ce « repas » particulier. Le temps passa d'ailleurs si vite que son rendez-vous au ministère arriva sans crier gare.
Le matin même Emily entra dans sa chambre, comme chaque jour vers 8h. D'un commun accord avec celle-ci, la jeune Lady avait préféré ne pas en chercher une autre et permit donc à Miss Modesty d'accéder à une sorte de promotion. La mère de celle-ci avait donné son accord et Severus n'y avait vu aucun inconvénient, ce qui avait ravi la domestique. Ainsi, la femme de chambre se chargeait de réveiller quotidiennement la maîtresse de maison et de la préparer pour sa journée, ce qui n'avait pas été simple à accepter pour Hermione au début. Maintenant, elle en avait pris l'habitude… c'était curieux la facilité de s'habituer à un certain confort !
- Oh, vous êtes déjà réveillée madame ?
- J'ai bien peur de ne pas avoir réellement dormi, admit-elle.
- Vous vous inquiétez pour votre rendez-vous ?
- J'ai l'impression de devoir passer mes ASPIC…
- Ne les avez-vous pas réussi haut la main ?
- Si…
- Alors je ne doute pas une seconde de votre succès, madame !
Emily lui sourit tout en ouvrant plus grand les rideaux, laissant entrer les rayons discrets du soleil. Étonnamment, il ne semblait pas pleuvoir, mais le vent soufflait suffisamment pour faire bouger les arbres et les buissons du domaine. Hermione s'étira en se levant et se dirigea vers son armoire d'où la femme de chambre sortit la nouvelle tenue de sa maîtresse. Elle l'aida alors à s'habiller, en particulier pour le corset qu'elle devait mettre pour maintenir sa poitrine convenablement.
Une fois bien apprêtée, la Lady se dirigea vers la coiffeuse pour la partie la plus difficile. Heureusement Emily était très douée pour dompter la crinière de la lionne. Hermione sourit en se disant cela, se souvenant que Severus l'avait déjà comparée plusieurs fois à l'emblème des Gryffondor. Elle aimait bien se voir comme telle, cela lui redonna même une petite touche de courage digne de sa maison de Poudlard.
- Souhaitez-vous un chignon ou une tresse de côté madame ?
- Un chignon serait plus sérieux je pense.
Emily acquiesça et commença son œuvre. Une fois qu'elle eut fini, Hermione s'observa dans le miroir et se trouva presque jolie. Ce n'était pas le but premier, mais elle semblait tout aussi sérieuse que ce qu'elle souhaitait à la base, alors tout était parfait ! Ce fut donc plutôt heureuse qu'elle rejoignit Severus à la salle à manger.
Son mari était déjà là, comme toujours, à lire la gazette du sorcier qu'il posa en entendant sa femme arriver. Il allait la saluer mais ne le fit pas, se contentant de la regarder alors qu'elle approchait de la table :
- Bonjour Severus, dit-elle la première en se demandant pourquoi il ne parlait pas. Vous allez bien ?
- Bonjour… oui, je vais très bien… et vous ?
Severus se redressa et tira la chaise d'Hermione. Depuis qu'ils mangeaient côte à côte, sa galanterie avait refait surface de façon presque excessive. Il avait été élevé ainsi, elle le savait, son mari était un Lord après tout, il n'avait pas suivi une formation express de bienséance, il avait grandi dans ce milieu depuis ses 7 ans, lui.
- Je commence à me demander si vous laissez travailler est une bonne idée, dit-il finalement en la rapprochant de la table.
- Pourquoi cela ? Vous n'avez pas changé d'avis au moins ?
- J'hésite ! Vous êtes bien trop ravissante pour passer vos journées enfermée dans un bureau au ministère.
- Vous êtes bien moqueur de bon matin ! se plaignit-elle en le regardant s'assoir à nouveau.
Il secoua la tête, exaspéré et ne répondit rien. À bien y réfléchir, il ne semblait pas se moquer et son ton n'avait pas été si narquois. À cette idée, Hermione se sentit rosir alors qu'il lui servit une tasse de thé avec du sucre, comme elle l'aimait. Lui le buvait sans sucre et avec du lait, comme il l'aimait.
- M'accompagnerez-vous au ministère ?
- J'ai d'autres projets pour la journée, dit-il en se préparant une assiette d'œufs brouillés. Vous vous en sortirez bien toute seule.
- N'ai-je donc pas besoin d'être accompagnée ?
- Vous êtes mariée maintenant, vous n'avez plus besoin de chaperon. Le ministère n'avait besoin que de mon autorisation écrite et il l'a déjà, vous êtes donc libre de vous y rendre seule. Je vous conseille de prendre la cheminette du salon, cela sera plus simple que de transplaner.
- Je ferai ça, ce sera en effet plus rapide.
Hermione se servit à son tour une bonne assiette, se cachant bien de dire qu'elle aurait aimé que quelqu'un l'accompagne. Après tout, Severus avait raison, elle pouvait se débrouiller et elle n'avait plus besoin de chaperon. D'autant que quand elle aurait officiellement un poste, elle n'allait pas avoir un garde du corps pour l'y accompagner quotidiennement.
- Sinon… qu'avez-vous de prévu aujourd'hui Severus ?
- J'ai un rendez-vous d'affaires à Glasgow avec une imprimerie. Je compte bien développer notre maison d'édition mais pour ce faire, il va nous falloir plus de rendement.
- « Notre » ? s'étonna Hermione.
- Eh bien, vous êtes ma femme, non ? De ce fait, il me semble bien que ce qui m'appartient est aussi votre, en partie du moins. Je n'ai, en tout cas, pas souvenir d'avoir signé quelconque contrat de mariage avec Monsieur Signataire avant la cérémonie.
- En règle général les époux ne sont-ils pas les seuls maîtres des affaires familiales ?
- Nous ne sommes plus en 1880, il faut vivre avec son temps. Néanmoins, je vous le concède, je doute que vous n'ayez quoi que ce soit à gérer avant mon décès.
L'évocation d'un veuvage serra le cœur de la jeune Lady qui regarda son époux avec férocité :
- Ça ne va pas de dire chose pareille !
- Pourquoi diantre sortez vous les griffes ? s'étonna-t-il en haussant un sourcil circonspect. Qu'ai-je dit, cette fois, pour réveiller la lionne sommeillant en vous ?
- Vous parlez de décès, comme ça, de bon matin, à la table du petit déjeuner, comme si de rien n'était !
- Ne vous offusquez pas de la sorte Milady, je ne compte pas trépasser avant longtemps ! Ne réagissez pas comme si j'allais passer l'arme à gauche demain.
Hermione lui aurait bien répliqué que c'était lui le premier à parler de décès, mais elle ne dit rien. Il venait de l'appeler Milady et cela suffit à la déstabiliser et la faire taire, lui rappelant alors les circonstances de la première fois où il l'avait nommée ainsi mais, aussi, la dispute qui l'avait poussé à arrêter. Dès lors, il ne l'avait plus nommée par ce surnom ! D'ailleurs, elle n'arriva pas à se souvenir qu'il l'eût appelée d'une façon ou d'une autre depuis leur départ de Londres, comme s'il avait toujours évité de la nommer en lui adressant la parole…
- Loin de moi l'idée de vous faire retrouver la parole, pour une fois que vous êtes silencieuse plus de dix minutes d'affilées, mais si vous ne vous hâtez pas, vous finirez par rater votre rendez-vous !
Reprenant contenance, Hermione regarda l'horloge la plus proche et se redressa d'un bon. Le temps lui avait fait faux bond une nouvelle fois et voilà qu'elle avait traîné sans même s'en rendre compte. Severus se leva aussi, non sans arborer un de ses sourires moqueurs, moins effrayant et cruel qu'à l'époque, du moins aux yeux de son épouse qui s'était sûrement habituée. Il l'accompagna jusqu'à la cheminette après qu'elle eut récupéré ce dont elle allait avoir potentiellement besoin et, avant qu'elle ne rentre dans l'âtre, elle se tourna vers lui :
- Serez-vous au manoir quand je reviendrai de mon entretien ?
- Normalement oui, ou alors devrais-je être rentré peu après vous, en fonction de la durée de nos rendez-vous respectifs. Mais détendez vous, ça va bien se passer !
Severus lui prit la main et y déposa un baiser vieille France de façon étonnement gentille, si ce n'était tendre. Hermione le remercia alors et, plus détendue, attrapa de la poudre de cheminette et se rendit à son rendez-vous ministériel, probablement le plus important de toute son histoire… et qui sait, peut-être même de l'Histoire avec un 'H' majuscule !
…
Le ministère était toujours aussi impressionnant et elle se demanda, alors qu'elle marchait le long d'un long couloir de marbre au côté d'un sécurimage mandaté pour elle, si elle pourrait un jour se lasser de voir un tel spectacle. Après un énième virage à gauche, le sécurimage indiqua une porte à la lionne qui le remercia chaleureusement avant d'entrer, sans prendre le temps de réfléchir pour ne pas se remettre à paniquer pour rien.
Dans une immense salle qui ressemblait étrangement à un tribunal, des dizaines de sorciers assis dans un hémicycle en hauteur, donnèrent à Hermione l'impression d'être minuscule. Là, un visage familier lui redonna le sourire et la rassura surtout :
- Professeur Dumbledore, quelle joie de vous voir ! Que faites-vous ici ?
- J'étais dans les parages et comme je savais que vous seriez ici, je suis resté pour vous voir, Lady Rogue ! Le ministre a gentiment accepté que je reste pendant votre entretien de présentation.
- Lady Rogue, êtes-vous prête ? demanda une voix forte en plein centre de l'hémicycle.
C'était le ministre lui-même et Hermione sentit son rythme cardiaque augmenter, sans pour autant se sentir totalement paniquée. Dumbledore lui lança un sourire encourageant alors qu'elle s'avança au centre de la pièce, d'où elle fut accessible à la vue de tous.
- Bonjour Lady Rogue et bienvenue au ministère de la magie. Vous connaissez déjà une partie d'entre nous, il me semble, dit le vieillard en souriant.
En effet, elle avait déjà vu plusieurs têtes présentes ici lors de l'affaire du vampire de Londres et surtout au cours du bal des débutantes. Tout le monde se présenta néanmoins succinctement, en commençant par M. Spavin, le plus vieux ministre que le Royaume-Uni n'eut jamais connu. Dans cette flopée de membres importants de la société, tous les directeurs des différents départements du ministère étaient là, comme Severus le lui avait dit, avec au minimum un chef de service chacun.
Dans ce lot ministériel, Hermione reconnut Lucius Malfoy, qui travaillait pour le directeur gérant les accidents et autres catastrophes magiques. Il y avait aussi un sorcier au nom célèbre qui donna des frissons à la jeune Lady : Rolf Dragonneau, travaillant pour Mme Griffacier, une dame aux yeux aussi clairs que sa chevelure grisonnante, et qui dirigeait le département de régulation et de protection des créatures magiques. Elle l'avait de ce fait déjà côtoyé.
C'était la femme la plus passionnante et effrayante qu'Hermione n'avait jamais vue, déjà car elle avait un poste de directrice mais aussi car elle avait débuté sur le terrain, étant de ce fait la première femme à travailler hors d'un bureau. Un véritable exemple à suivre pour la jeune Lady qui espérait réussir ne serait-ce qu'un dixième de sa carrière comme cette femme.
Ce fut ensuite à elle de se présenter, quand bien même il fut clair qu'absolument tout le monde ici la connaissait déjà. Le regard chaleureux du directeur de Poudlard l'encouragea tout du long et une fois son laïus terminé, elle remercia tout l'auditoire. Puis, alors qu'elle s'attendait à avoir diverses questions concernant ses compétences, elle comprit qu'elle n'aurait pas à se vendre en vantant ses qualités. Les membres du conseil présents commencèrent à vendre eux mêmes leurs services et les postes qu'ils avaient à lui proposer !
Severus avait eu raison, une fois encore, elle était une sorte de trophée que beaucoup voulait arborer dans leur équipe ! Dans le lot, beaucoup lui proposèrent d'être archivistes ou secrétaire d'étage, jusqu'à ce qu'une offre sorte du lot…
- Archiviste ou simple secrétaire d'étage , quelles inepties ! soupira Lord Malfoy avec théâtralisation. Une dame telle que vous, Lady Rogue, mérite un poste d'exception. Je connais votre mari depuis de longues années et je ne suis pas sans savoir qu'il n'aurait jamais, ô grand jamais, épousé une femme qui n'aurait pas des capacités hors normes. Non, clairement, il vous faut un poste à votre hauteur et quoi de mieux que de devenir la secrétaire principale d'un chef de service ministériel ? Vous gérerez mes rendez-vous et mes dossiers et, bien entendu, vous m'épaulerez au quotidien dans des tâches aussi importantes que la gestion du bien-être de la population sorcière !
Hermione resta coi un moment face à cette proposition qui était au dessus de toutes les autres, et de loin. Être secrétaire principale voulait dire qu'elle aurait, en plus d'un bon statut au sein de ministère, des responsabilités importantes et des gens à diriger elle-même ! Elle aurait bien voulu sauter de joie, mais elle se souvint de ce que Severus lui avait dit… et il n'avait sûrement pas tort ! Elle connaissait le fils Malfoy et il n'était pas le sorcier le plus agréable qui fusse, alors son père pouvait-il être plus raisonnable ?
- Je suppose que votre choix sera vite fait Lady Rogue ! ajouta Lord Malfoy avec un large sourire.
- Pas si vite Lord Malfoy voulez-vous, intervint la femme au regard glacial. Il lui reste encore notre propos à entendre.
- Comme si vous pouviez lui proposez mieux Lady Katherine, se moqua ouvertement le directeur au-dessus de Malfoy.
- Qui sait ? répondit-elle en haussant les épaules.
Bien qu'étant une Lady, elle n'aurait pu prétendre à un poste aussi élevé au ministère sans cela… surtout en tant que femme, les manières de cette dame n'était pas conventionnelles. Elle n'avait pas peur des hommes, cela sautait aux yeux, ni de leur supériorité apparente, s'offrant même le luxe de sourire d'un air hautain à Malfoy et son directeur avant de regarder M. Dragonneau :
- Si vous voulez bien.
- Avec plaisir, répondit-il avant de toussoter d'un air incertain. Lady Rogue, pour commencer, sachez que c'est un plaisir de vous rencontrer. Votre réputation va, à nos yeux, bien au-delà de votre participation active à l'arrestation d'un vampire enragé. Votre courage et vos réflexions ont permis, en quelques semaines, ce que des dizaines d'agents n'ont pas réussi en plusieurs années.
Le directeur de la justice magique et les divers chefs d'équipes des sections d'aurors baissèrent la tête ou regardèrent le plafond. Hermione retint de justesse un ricanement mais se sentit surtout valorisé par ces paroles. Dragonneau continua son discours sans faire attention aux autres :
- Nous ne sommes, de plus, pas sans savoir votre implication dans la lutte pour les conditions de vie des créatures magiques, quelles qu'elles soient. Ceci est le fil conducteur de notre lutte quotidienne. Pour finir, vos résultats scolaires, mais aussi tout simplement vos aptitudes diverses, tel que votre pratique avancée de la métamorphose et des sortilèges, tendent à prouver votre potentiel quasiment illimité. De ce fait, Lady Rogue, nous aimerions, Lady Griffacier et moi-même, vous proposer de venir travailler avec nous.
Hermione rougit face à tant d'éloges et attendit de savoir le poste que ce département avait à lui proposer. Néanmoins, au fond d'elle, elle aurait été prête à accepter sans même le savoir, car même être archiviste pour eux semblait être extraordinaire !
- Eh alors, vous allez la mettre comme secrétaire d'étage ? plaisanta d'ailleurs Malfoy.
- Pour dire vrai… nous aimerions qu'elle devienne agent de terrain, pour pouvoir un jour prétendre au poste de chef d'équipe ! répondit Dragonneau comme s'il s'agissait d'une évidence.
- Sauf si vous préférez être archiviste ou secrétaire, proposa Griffacier avec un sourire entendu.
Le cœur de la jeune Lady bondit dans sa poitrine et sauta là où elle-même ne pouvait le faire. Était-elle éveillée ou bien dormait elle encore profondément ?
- Une Lady à un poste de terrain ? Mais c'est ridicule ! s'offusqua Malfoy. C'est honteux d'oser ne serait-ce que de penser proposer une telle aberration !
- Tout à fait, accorda son directeur en regardant le ministre. Nous ne pouvons tolérer ça monsieur le ministre ! Son mari ne serait de toute évidence pas…
- Lord Rogue m'a assuré que sa femme serait en mesure de travailler n'importe où et à n'importe quel poste, coupa Lord Spavin qui avait sursauté face à l'assaut des deux Lords en colère. Ainsi donc le choix lui revient à elle et à elle seule.
- Mais ce n'est qu'une… commença Malfoy avec un regard haineux plus effrayant que celui du vampire enragé à l'époque.
- Je ne reviendrais pas sur un courrier officiel de l'un de nos pairs ! Alors Lady Rogue, qu'en pensez vous ?
Hermione regarda le ministre puis Dumbledore avant de reporter son regard sur Dragonneau et Griffacier. Au fond d'elle-même, un nouvel espoir était en train de voir le jour : elle travaillerait, oui, mais elle ne serait finalement pas qu'une simple secrétaire, non ! Elle serait agent et, elle le savait, elle deviendrait cheffe… et peut-être même, un jour, directrice de département. Son choix était vite fait !
