Cycle 3 - Expansion des univers

Prologue

Les goélises et békipans volaient dans le ciel paisible d'Hoenn. Difficile de croire qu'il y a seulement quelques semaines, un fléau venant de l'espace avait menacé de tout ravager. Pourtant, les habitants de la région continuaient de mener leur vie sans plus se soucier du passé.

Attablée à la terrasse d'un café, une femme observait les reflets du soleil sur la fusée gigantesque qui dominait l'île.

- On l'a échappé belle, soupira son ami coiffé d'une casquette.

La femme à ce souvenir tâtât la poche de son pantalon pour vérifier que sa clef USB était toujours là.

- J'aimerais quand même comprendre pourquoi nous avoir caché l'existence de ces images et dissimuler le fait que cette Serena nous a tous sauvé.

- Pas si fort Pat ! se plaignit son collègue.

La dénommée Pat passa sa main dans ses cheveux courts et bruns. Il était inutile de s'inquiéter, personne n'était là pour les écouter.

- Joe, avec un visage aussi tendu tu ne trouveras jamais une petite amie.

Le garçon grinça des dents et croisa ses bras, vexé de la remarque. Pat s'en voulut un peu de se moquer ainsi de son ami, mais il faut dire qu'avec son t-shirt gris, sa barbe de trois jours et sa casquette à l'envers posée sur ses cheveux mal peignés, ce caméraman faisait vraiment négligé.

- Dans tous les cas, nous devons rapidement transmettre ces informations à Hoenn actualité ! s'écria la journaliste.

Elle se dépêcha de finir son café et tira par le bras son collègue pour prendre le prochain bateau.


Joe respira un grand coup une fois de retour dans les locaux de la chaine de télévision. Durant tout le voyage, il avait craint que les employés du centre spatial ne l'arrêtent pour avoir volé leurs précieuses données. Cela lui avait valu les moqueries de la journaliste.

- Comment ça vous ne diffuserai pas la vidéo !? hurla Pat.

Joe pria pour ne pas être viré. Cette femme était beaucoup trop impulsive et l'embarquait toujours dans des histoires impossibles. Heureusement, son supérieur ne semblait pas contrarié face à ce manque évident de respect. Il se contenta de sortir une feuille de son bureau et de la poser bien à la vue de la journaliste et de son caméraman.

- Comme vous le voyez, elle est signée par Joseph Kessel. En tant que journalistes, nous devons nous conformer à sa décision même si nous perdons un scoop.

Comme pour illustrer ses propos, le patron se saisit de la clef USB et la jeta en pâture à son magnéti qui la court-circuita. Devant la mine déconfite de ses employés, le destructeur de scoop décida de les envoyer faire un autre reportage : recueillir les impressions des habitants d'Hoenn sur le cas de Serena et de son faux pokémon. L'équipe de reporter n'était pas très emballée par l'idée, il faut dire que ce sujet était vu et revu depuis plus d'une semaine. Mais faute de mieux, ils acceptèrent.


Joe suivait son amie qui venait de repérer un groupe de jeunes à interviewer. Le caméraman avait du mal à rester concentré et sa démarche trainante en disait long sur son état d'esprit. Après tous les efforts qu'ils avaient faits, ils se retrouvaient sur un sujet vu et revu. De quoi vous dégoûter du métier.

- C'est quand même bizarre cette missive de Kessel, marmonna la journaliste.

- Tu veux enquêter ? soupira Joe.

- Je ne tiens pas particulièrement à être évincé du monde de la presse, rétorqua-t-elle le micro brandit tel une épée vers son caméraman.

Pour une fois qu'elle prenait une décision sensée, il n'allait pas se plaindre. Il plaça sa caméra sur son épaule et avec un sourire, lui fit signe qu'il était prêt. Elle s'approcha du groupe d'amis et après avoir obtenu leur accord commença à les interroger :

- Que pensez-vous de l'arrestation de Serena ?

Ils se regardèrent l'un l'autre jusqu'à ce que finalement un garçon prenne la parole :

- On a tous été surpris d'apprendre que son Dracaufeu était un humain en réalité. Elle a dit qu'elle n'était pas au courant mais j'ai du mal à croire qu'il ne lui ait rien dit… Vous savez il y a pleins de moyens de se faire comprendre même quand on ne parle pas.

- Moi je pense que cette fille n'a pas pu résister à l'idée de capturer ce garçon et de le faire obéir, continua une fille du groupe.

- Vous parlez de la relation amoureuse qu'elle entretenait avec l'humain transformé en Dracaufeu ?

- Oui ! C'est logique quand on y réfléchit. Elle l'aime quand il est humain mais ce n'est pas réciproque. Puis voilà que comme par magie il se transforme en pokémon et elle est derrière lui pour le capturer. Une super opportunité pour faire ce qu'elle veut de lui ! Et en prime elle l'utilise pour combattre et devenir top coordinatrice.

L'avis de la jeune fille fut vite rejoint par le reste de ses amis sous les sourires gênés des deux reporters.


- Enfin une pause ! souffla Pat en s'affalant sur un banc.

Son caméraman s'était placé à côté d'elle mais ne lui prêtait pas la moindre attention. Il préférait faire défiler les vidéos sur le petit écran de la caméra.

- Dire qu'elle a risqué sa vie pour sauver Hoenn d'une météorite, remarqua tristement Joe.

- De toute façon que les gens le sachent ou pas ne changerait pas grand-chose. Tout le monde sait qu'elle nous a protégés de Kyogre et Groudon mais ça ne change pas la vision qu'ils ont d'elle.

- Et toi, qu'est-ce que tu en penses ?

- J'ai pu voir plusieurs de ses concours et je peux te dire sans hésiter que son Dracaufeu… enfin le garçon était heureux avec elle. Leurs sourires étaient sincères.

- Pourtant, tout le monde est persuadé qu'elle n'a fait que l'utiliser.

- Difficile de penser autrement. Surtout qu'il a été décidé de la juger à la cour d'assise des dresseurs. Déjà le fait qu'une personne mineure y soit jugée est exceptionnel, mais en plus cette cour ne prend en charge que les crimes graves. Ils sont plus habitués à juger des meurtriers de pokémons que des enfants sans histoires.

- Et forcément tout le monde se dit que s'ils la jugent, c'est qu'elle a fait quelque chose de très grave.

Un attroupement soudain força les reporters à reprendre du service. Les cris hystériques des fans laissaient peu de doutes sur l'identité de la personne au centre du rassemblement. Joe et Pat jouèrent des coudes pour se frayer un chemin et interviewer celle qui ne faisait que se promener innocemment.

- Atalante ! Que pensez-vous des soupçons qui pèsent sur celle qui vous a succédé ? demanda la reporter son micro à bout de bras.

L'interpellée leur offrit un ravissant sourire et d'une vois assurée répondit :

- La première fois que j'ai rencontré Serena, elle avait un énorme potentiel. Vous savez, elle était ce genre de personne qui inspirait les gens, qui pouvait donner de la force et du courage. Mais j'ai fini par découvrir qu'elle cachait bien sa véritable nature. Réduire un humain en esclavage pour assouvir ses désirs, m'attaquer pour me faire taire et m'empêcher de dire la vérité…

- Mais vous n'avez jamais pu prouver qu'elle s'en était réellement prise à vous, remarqua Pat.

- Jamais prouvé ? Si je suis appelée en tant que témoin à son procès ce n'est pas pour rien, sourit Atalante.

Pat sentit un frisson la parcourir. Elle pouvait la sentir : la haine de cette fille contre celle qui l'avait autrefois vaincu.

- Très chers fans, je vous promets de redevenir top coordinatrice et d'offrir à tous les dresseurs un modèle digne de ce nom, déclara Atalante.

Elle prit la pause et tout le monde applaudit.


L'agent Jenny vérifiait avec rigueur qu'aucun prisonnier ne tentait de s'échapper. Elle le savait parfaitement, tous ceux qui étaient ici étaient les pires dresseurs de la région. Meurtriers, esclavagistes, tortionnaires et elle en passait. De lourds chefs d'accusations pesaient sur eux et ils attendaient dans cette prison souterraine leur jugement. Chacun des prisonniers devrait dans les prochains jours, semaines ou mois, prendre l'ascenseur et être jugé par le tribunal juste au-dessus d'eux. Elle finit par s'arrêter devant une des cellules et inspecta l'intérieur. Illuminée par une ampoule faiblarde, la jeune fille était recroquevillée dans un coin de la pièce.

- Comment va Sacha ? murmura-t-elle sans pour autant relever la tête.

Jenny commençait à avoir l'habitude de cette question, elle lui répondit donc pour la énième fois :

- Je ne sais pas et de toute façon tu n'as pas à le savoir.

L'agent eut l'impression que la dresseuse s'était encore plus recroquevillée. Elle avait du mal à croire qu'elle était une dangereuse criminelle, du moins elle n'en n'avait pas l'apparence. La policière se ressaisit rapidement, si cette fille était ici c'était pour une bonne raison ! Ce tribunal était en charge de juger toutes les affaires ayant un rapport avec les dresseurs au point de supplanter la cour d'assise publique. Cette institution menait ses propres enquêtes et quand elle accusait un dresseur, le crime était déjà quasiment établi. Jenny observa une dernière fois la jeune fille dont l'ombre immense se projetait sur le mur.

- Même si tu essayes de jouer les innocentes, ici tu ne tromperas personne ! cracha la policière en s'éloignant.

Serena sentait les larmes monter. Pourquoi la considérait-on comme une criminelle ? Elle s'en souvenait parfaitement alors qu'elle venait de découvrir la vérité sur son Dracaufeu, des policiers avaient débarqué. Ils l'avaient plaquée au sol, menottée et emmenée ici sans répondre à une seule de ses questions. Elle n'avait même pas eu le temps de demander des explications à Sacha sur sa métamorphose. Elle avait pourtant tellement de questions à lui poser, en particulier sur la raison qu'il l'avait poussé à garder secrète sa véritable identité.

Un bruit de sonnerie retentit soudain dans le couloir la faisant sursauter. Elle le connaissait pourtant bien maintenant, ce signal pour faire monter un nouvel accusé au lieu du procès. Et cette fois, étant donné que Jenny était revenue, il semblait que c'était son tour. La porte de la cellule s'ouvrit avec un grincement et au même moment les deux bracelets de fer autour de ses poignets s'illuminèrent puis se collèrent l'un à l'autre. Une petite machine volante sortit du plafond et attira les bracelets de métal à l'aide d'une force magnétique forçant la jeune fille à se lever. L'agent Jenny demanda d'une voix forte l'autorisation de transfert du prisonnier à l'étrange engin. Celui-ci scanna l'officier et après un temps d'analyse sortit de la cage suivit de près par Serena.

La policière marchait devant elle pour la conduire vers la seule sortir qui existait. Les autres prisonniers se mirent à taper sur les grilles. Ils riaient, criaient des insanités, chantaient : « Le joli Groret va passer sur le grill ! », une sorte de tradition dans ce monde en perpétuelle attente.

Serena se trouvait finalement devant les portes argentées de l'ascenseur. Sa geôlière entra un code et des faisceaux rouges s'échappèrent du métal pour identifier ceux qui priaient son accès. Les portes finirent par s'ouvrir et la jeune fille s'y engouffra seulement accompagnée par l'engin qui guidait ses menottes. Etrangement, elle n'était pas dans un espace clos. En levant la tête elle pouvait apercevoir au loin un cercle lumineux. Elle sentit soudain un mécanisme jouer sous ses pieds et la plateforme commença sa lente ascension. Lorsqu'elle s'immobilisa, il lui fallut un temps pour adapter ses yeux à la lumière bien plus vive qu'en contrebas. La machine qui l'accompagnait jusque-là se posa à ses pieds et s'encra fermement dans le sol. Devant elle se tenait une grande estrade en bois massif où était disposés en ligne sept sièges dorés encore vide.

- Serena ! entendit-elle crier.

Elle leva la tête vers la gauche pour découvrir le visage de sa mère. Et il n'y avait pas qu'elle, le professeur Edivo, Atalante ainsi que ceux qu'elle reconnaissait comme la mère de Sacha et le professeur Chen étaient présents. Elle n'eut pas plus le temps de se familiariser avec l'endroit, une porte sur le côté s'ouvrit et sept personnes habillées en noir entrèrent dans la salle. Serena remarqua alors les agents de police postés à chaque porte de la pièce qui ne la quittaient pas des yeux. Les nouveaux arrivants se placèrent devant leurs sièges sans pour autant s'assoir. Celui au centre, vêtu d'un habit rouge tonna d'une voix forte :

- Veuillez saluer l'observateur : Joseph Kessel.

La dresseuse ne comprenait pas tout mais préféra imiter les autres avec une légère courbette alors qu'un vieil homme entrait dans la salle. Il monta les escaliers, sa canne claquait régulièrement les marches, jusqu'au siège en bois qui lui était réservé juste au-dessus des juges.

- Un observateur ? chuchota Délia.

- Ils sont appelés pour des cas particulièrement graves et difficiles. Ce sont des membres du conseil suprême des dresseurs, la plus hautes des institutions pour toutes régions affiliées. Il n'interviendra pas mais veillera à ce que la procédure soit respectée.

Un des policiers, agacé, leur fit signe de se taire. Le vieil homme s'était enfin assis entouré par les statues du duo éon : latios et latias. Les juges se posèrent à leur tour dans leurs sièges luxueux et l'homme en rouge prit la parole :

- Je suis le président de cette cour, je vous jugerai en présence de quatre assesseurs d'Hoenn, un assesseur du Kanto et un assesseur de Kalos. Si l'observateur décide de prendre part au jugement, ses décisions seront incontestables.

- C'est presque une dictature, grogna la mère de Serena.

- Je doute de toute façon qu'il prenne part au jugement, soupira Edivo.

- Pourquoi l'avoir fait venir alors ? demanda Grace.

- Joseph Kessel règne en maître sur tous les médias. Vu la couverture médiatique dont a fait l'objet Serena, ils ont dû l'appeler pour freiner la communication. Sa simple présence ici suffira à éviter tous débordements des journalistes, expliqua l'archéologue.

Pikachu, confortablement installé sur l'épaule du professeur Edivo, porta son attention sur le pauvre être en contrebas. Serena semblait complètement perdue, chose normale puisqu'elle ne connaissait pas toutes les rumeurs qui circulaient sur elle ces dernières semaines. Il émit malgré lui quelques étincelles, il espérait pour elle que ce n'était vraiment que des rumeurs.

- Nous pouvons commencer le procès de Serena Galbena, identifiant dresseur 66532. Vous êtes accusez de violences sur un individu en état de faiblesse.

- Violences ? Qu'est-ce que vous racontez ? s'écria Serena.

- Ne parlez pas sans autorisation ! gronda le président.

- Mais… tenta Serena.

Elle regretta rapidement de ne pas avoir suivi l'ordre. Des étincelles sortirent des bracelets à ses poignets et elle se fit électrocuter. Elle hurla de douleur sous le regard effrayé de sa mère.

- Comment peuvent-ils faire ça ? sanglota Grace.

Atalante nullement choquée par la scène se contenta d'un petit sourire et expliqua :

- Même si le verdict n'a pas été rendu, quand on est ici c'est qu'on est coupable. En réalité ce tribunal sert juste à voir si l'accusé va avouer et ainsi réfléchir à une remise de peine.

- Mais ma fille n'a rien fait ! s'énerva Grace.

Un policier s'était approché pour prévenir tout débordement chez les témoins. La mère faisait de son mieux pour se retenir de ne pas gifler cette fille à l'éternel sourire.

- Nous verrons bien, se moqua Atalante.


La séance commença, chaque témoin se levait et exposait les faits dont il avait été témoin sur cette affaire. Edivo expliqua en détail ce qu'il s'était passé : la métamorphose et la décision de Sacha de ne rien révéler de son identité à Serena. La dresseuse se rendit alors compte qu'elle avait été la seule parmi les amis proches du garçon à ne pas être au courant. La seule à qui il avait menti. Ce fut finalement au tour d'Atalante, elle révéla que Serena lui avait confié être au courant de la véritable nature du pokémon et que, au lieu de l'aider, elle avait profité de sa position de force. Dracaufeu avait été contraint de combler les désirs de sa maitresse. Atalante finit par raconter comment Serena l'avait attaqué, le regard fou, alors qu'elle tentait de la raisonner. Pour achever sa tirade, la coordinatrice n'hésita pas à verser une petite larme.

- C'est toi qui… s'énerva Serena mais l'électricité la fit aussitôt taire.

- Vous n'avez aucune preuve de ce que vous dites ! ne put s'empêcher de crier Grace.

- Silence ! ordonna le président. Ce témoignage a plus de valeurs que le vôtre ! Après tout, vous n'avez eu que de rares contacts avec votre fille depuis le début de son voyage.

La mère se crispa. Quand bien même elle ne voyait pas souvent sa fille, elle la connaissait.

- Nous menions déjà une enquête depuis le témoignage d'Atalante. Quand l'accusé a fait sa déclaration à la télévision nous étions décidés à l'arrêter pour éclaircir certains points. Cependant, quand nos agents les ont trouvés, il nous est apparu une affaire bien plus complexe et c'est pour cela qu'elle se trouve ici. Quand nous jugeons quelqu'un dans cette cour, c'est que nous avons déjà réuni tous les faits. Et voici LE fait qui désigne cette dresseuse coupable.

On aurait dit que le discours et la mise en scène avait été répétée en avance pour donner le meilleur effet. Ainsi, en plein milieu de l'estrade, juste sous les juges, une porte dont jusque-là personne n'avait deviné les contours s'ouvrit. Sacha en sortit. Le pas lent, il se plaça à une petite rambarde aménagée à son effet. Il faisait face à Serena, son visage bien visible par la jeune fille. Un auxiliaire de justice s'approcha des hommes confortablement assis et ouvrit une boîte contenant six pokéballs. La dresseuse comprit immédiatement que ces capsules lui appartenaient.

- Etant donné que sa pokéball n'a pas encore été brisée, il peut encore être sous votre emprise. Ce tribunal existe pour laisser aux pokémons la chance de s'exprimer librement. Dracaufeu ou Sacha Ketchum peu importe, tu peux parler sans crainte, la justice te protège.

Un des hommes en noir se leva de son siège et sans quitter l'estrade dit d'une voix claire :

- En tant qu'assesseur du Kanto, je poserai les questions à la victime. Sacha Ketchum, Serena Galbena était-elle au courant de votre véritable identité ?

- Oui, répondit Sacha.

Serena resta bouche bée, tentant d'assimiler l'information.

- A-t-elle profité de ta faiblesse pour te blesser ?

- Oui.

Serena voulait lui demander pourquoi il faisait ça. Elle sentait son cœur se briser. C'était lui pourtant qui l'avait embrassée, qui l'avait protégée. Alors pourquoi maintenant…

- Souhaitez-vous avouer ? demanda le président.

- Je ne lui ai jamais fait du mal !

- Sacha Ketchum, pouvez-vous enlever votre t-shirt ? demanda alors le juge de Kanto.

Le garçon s'exécuta. Il fit glisser son t-shirt sur le sol pour laisser à découvert sa peau marquée de bleus et de cicatrices. Les tracés étaient réguliers, faits avec précision. Comme si une main experte avait pris plaisir à marquer sa peau pour en faire une œuvre d'art. Serena entendit une exclamation de dégout qui la poussa à regarder à nouveau à gauche. La mère de Sacha la regardait médusée et le regard des professeurs était soudain empreint de doutes et de craintes. Elle chercha une échappatoire dans le regard de sa mère mais elle n'y trouva que de la stupéfaction.

- Qu'est-ce qui lui est arrivé ? bégaya Serena.

- C'est à vous de nous le dire ! Nos médecins sont formels, ce genre de blessures ne peut-être causé par des combats mais bien par des actes de tortures.

- Est-ce que c'est la vérité Serena ? cria Délia.

- Ce n'est pas moi…

L'accusée ne se sentait pas bien, elle avait l'impression que la pièce se déformait.

- Sacha Ketchum, montrez du doigt la personne qui vous a blessé.

Il leva lentement sa main et montra la coupable au centre de la pièce.

- C'est classique. Tout le monde croit que le dresseur aime et veille sur son ami alors qu'en réalité le pokémon subit un véritable calvaire. La peau des dracaufeus guérit vite et il nous est en temps normal difficile de prouver des actes de violences sur ce type de pokémon. Mais ces blessures étaient suffisamment récentes pour que nos agents puissent les constater. Et comme la peau d'un humain guérit plus difficilement, vous avez vous aussi la preuve devant vos yeux.

- Ce n'est pas moi…

Mais à présent elle n'était plus tout à fait sûre de ce qu'elle disait. Pouvait-elle vraiment l'avoir blessé sans s'en souvenir ? C'était pour ça qu'il ne lui avait rien dit ? Parce qu'en définitive elle était un monstre… Ses jambes tremblaient, sa bouche était sèche, ses poignets la brulaient.

- Vous persistez à nier l'évidence ? Nous n'avons pas besoin de vos aveux, les preuves suffisent. En vertu de l'association des dresseurs, nous vous déclarons coupable. En tant que président, ma sentence est la suivante : tous vos pokémons seront libérés et vous êtes déchue de votre statut de dresseuse. Sacha Ketchum sera transmis aux services du Kanto pour une réhabilitation et un suivi psychologique. Enfin, vous écopez de dix ans de prisons fermes.

Serena pouvait entendre des pleurs, était-ce ceux de sa mère ? Peu importait maintenant, elle regardait avec hébétude le corps blessé de la personne qu'elle aimait. Ce visage qui tant de fois lui avait souri et donné du courage n'exprimait plus aucune émotion.

- C'est vraiment votre conclusion bande d'idiots ? se moqua une voix en hauteur.

Tous se tournèrent vers le vieil homme qui jusque-là n'avait pas dit un mot.

- Que… que voulez-vous dire ? Nous avons jugé en fonction de l'enquête menée et des preuves, balbutia l'homme paré de rouge.

- Savez-vous qui je suis ? gronda l'observateur en se levant.

- Bien sur Mr Kessel ! trembla le président.

- Alors pourquoi me faites-vous venir pour un spectacle aussi pathétique ? Dois-je vous rappeler qu'avant d'intégrer le conseil suprême j'étais, en plus de mon métier de reporter, un grand dresseur !

A ces mots il frappa le bout de sa canne contre le sol. L'onde sonore se propagea dans toute la pièce et ricocha sur les murs d'albâtres en un écho.

- Où est ce que je suis ? demanda soudain Sacha en tenant sa tête douloureuse.

- Quand vous interrogez quelqu'un, veillez à ce qu'il ne soit pas sous hypnose, expliqua calmement l'observateur.

- Serena !? Je suis soulagé de te revoir ! s'écria le garçon.

- Sacha… murmura la jeune fille.

Une nouvelle décharge se déclencha, celle de trop puisque Serena sentit les muscles de ses jambes l'abandonner. Mais un torse chaud stoppa sa chute, elle se sentit immédiatement rassurée, elle n'était plus seule.

- Qu'est-ce que vous faites ? Enlevez-lui ces trucs immédiatement ! s'énerva Sacha.

- Vous êtes dans un tribunal ! Tachez de vous calmer, rappela le juge de Kanto.

Serena sentit la prise autour d'elle se raffermir. Le garçon n'avait pas l'intention de les laisser continuer. Aussi proche de lui, elle pouvait mieux voir les plaies mal cicatrisées. Qui donc avait pu faire subir de tels sévices à son ami ?

- Nous ne vous voulons aucun mal ! Vous avez été torturé et tout indique que Serena Galbena est…

Les lèvres de Sacha se retroussèrent pour révéler ses canines. Il avait peut-être retrouvé sa forme humaine mais ses réflexes de Dracaufeu n'avaient pas totalement disparu. Les grognements menaçants qu'il émettait en direction des jurés en étaient la preuve.

- Tu sembles bien en colère. Peux-tu redire à la cour qui est le coupable ? remarqua l'observateur avec un sourire amusé.

- On m'a enfermé dans une cellule et des types en noir sont arrivés. Ils ont commencé à me frapper et… Sacha déglutit à ce mauvais souvenir. Peu importe ! Si vous aussi vous comptez la blesser je ne vous laisserai pas faire !

- Et vos déclarations lors de l'interrogatoire ? demanda l'homme en rouge.

- Quel interrogatoire ? On m'a juste frappé !

Le président se tourna alors vers son collègue du Kanto.

- C'était vous qui étiez en charge de l'interrogatoire de Sacha Ketchum ainsi que de recueillir les dépositions des policiers qui les avaient appréhendés. C'est sur votre rapport et votre demande que nous avons lancé cette procédure. Pouvez-vous m'expliquer ce que tout cela signifie ?

Des gouttes de sueurs commençaient à dégringoler sur la tempe de l'homme. Il tentait tant bien que mal de cacher ses émotions.

- Je ne comprends pas pour l'hypnose mais nous avons toujours veillé à la sécurité de la victime. Vous savez aussi bien que moi que même un pokémon maltraité a tendance à défendre son dresseur alors…

- Pourquoi ne pas tout avouer ? demanda soudain Joseph Kessel.

- Que voulez-vous dire ? trembla l'assesseur en mauvaise posture.

- De la proposition que l'agence régionale des dresseurs du Kanto a faite au conseil suprême, sourit le vieil homme.

Le juré déglutit le regard désespéré.

- Puisque vous ne semblez pas décidé je vais m'en charger. Votre but était de récupérer Sacha Ketchum afin de l'étudier et comprendre comment cette transformation avait eu lieu et comment il avait atteint un tel niveau de puissance. Vous avez alors falsifié les preuves pour évincer la dresseuse et m'avait convié afin que mes chers journalistes ne mettent pas leur nez dans cette affaire sensible.

- Vous étiez pourtant d'accord ! Pourquoi nous trahir maintenant ? cria le corrompu.

- Allons, vous savez aussi bien que moi que si vos recherches s'avéraient concluantes, le Kanto lèverait une armée d'humains-pokémons surpuissants pour renverser l'ordre établi. Nous avons fait semblant de vous aider afin de vous mettre en confiance. A l'heure actuelle nos agents doivent être en train d'arrêter tous vos collègues. Comprenez-nous, nous ne pouvons permettre à des personnes avec des idées aussi dangereuses de diriger une région. Il va donc y avoir une petite refonte d'administration.

Les policiers s'approchèrent du nouvel accusé et lui passèrent les menottes. L'homme commençait à se débattre mais le grognement d'un arcanin le fit rapidement renoncer à toutes formes de résistance.

- Sincèrement messieurs les jurés, assurez-vous d'avoir plusieurs sources et ne faites pas bêtement confiance à vos collègues, pesta l'observateur en se rasseyant.

- Chers collègues écoutez-moi ! tenta soudain l'homme menotté. Ce vieux sénile s'amuse à nous faire passer pour les méchants alors qu'avec ses comparses il était le premier à couvrir les exactions d'une bande de malfrats dans notre région. Ils ont même nommé leur leader champion d'arène ! Nous ne voulions pas apporter le chaos mais au contraire sauver notre région de l'emprise du conseil suprême !

- Quel est le crédo de ce tribunal déjà ? sourit le haut placé. Ah oui ! Si ma tête de vieux sénile est encore bonne elle disait : les paroles des accusés n'ont aucune valeur ! Enfin, peut-être que ces messieurs seront d'accord avec vous.

- Nous avons toute confiance en vous Mr Kessel, répondit le président en baissant la tête.

- Cet homme est terrifiant, marmonna Délia.

- Joseph Kessel… non seulement aucune information ne lui échappe mais son pouvoir sur les médias est tel qu'il pourrait faire accuser tous les membres du jury sans aucun soupçon. Personne ici ne peut s'opposer à lui, analysa Edivo.

Le malheureux juré comprit que personne ne l'aiderait. Sans ménagement, les policiers le trainèrent hors de la salle de jugement et refermèrent la porte.

- Il est temps de régler le dernier point. Serena Galbena, en vertu de ma qualité de conseillé, je vous déclarer innocente et retire toutes charges qui étaient retenues contre vous.

- Aussi simplement !? cria Atalante.

Elle espérait que les jurés émettraient une objection mais il n'en fut rien. Ils se contentèrent de saluer avec respect le vieillard. La petite machine aux pieds de Serena émit un léger son et les bracelets argentés libérèrent la prisonnière.

- C'est inadmissible ! Cette fille est dangereuse et…

- J'ai déjà rendu ma décision. Et tachez de ne pas m'énervez si vous ne voulez pas que le public apprenne la vérité sur votre ami Liseron.

Atalante recula d'un pas et finit par se rassoir en jurant.

- Vous pourrez récupérer vos vêtements et vos pokéballs en prenant la porte à votre droite. La séance est levée, finit le président.

Sacha ne se détendit qu'au moment où le dernier juré quitta la pièce. Une main sur son bras attira son attention, il baissa les yeux pour découvrir le regard clair de sa partenaire.

- Tu peux me lâcher maintenant… dit-elle.

Sacha se recula un peu à contre cœur alors que les témoins étaient descendus de leur estrade. Sa mère s'approcha et lui tendit son t-shirt en disant :

- On t'emmène immédiatement à l'hôpital.

- J'ai vu pire tu sais, se moqua le dresseur.

Son sourire ne fut pas communicatif. Il remarqua le regard nerveux de sa mère qui se reporta sur Serena. La jeune fille baissa la tête et se mordit la lèvre, c'était elle qui l'avait fait participer à des combats.

- C'est moi qui ai choisi de combattre, elle ne m'a jamais forcé ! s'empressa d'ajouter Sacha.

La mère de Serena remarqua bien que sa fille n'était pas tout à fait rassurée. Cependant, à l'heure actuelle, il y avait quelque chose qu'elle tenait à tous prix à faire. Elle s'approcha de sa fille et la serra dans ses bras les larmes aux yeux.

- J'ai eu tellement peur de te perdre, sanglota Grace.

La jeune fille rendit à son tour l'étreinte, c'était quelque chose qu'elle n'avait plus eu l'occasion de faire depuis un moment.

- Bon, je vais aller chercher mes pokéballs et mes vêtements. Leurs tenues ne sont pas très jolies, plaisanta-t-elle. Vous pouvez m'attendre dehors.

Elle leur fit un grand sourire et rejoignit la porte qu'on lui avait indiquée.

- Serena, essaya Sacha très vite arrêté par sa mère.

Il observa la silhouette qui s'éloignait jusqu'à disparaitre derrière la porte.

Je n'aime pas quand tu fais ce genre de sourire, pensa-t-il.


Serena profitait du vestiaire pour troquer ces habits de criminels contre ses vêtements habituels. Elle se regarda un instant dans le miroir pour évaluer les dégâts. Sa peau était pale et des cernes marquaient ses paupières. Les derniers évènements avaient été éprouvants et elle ne savait pas trop quoi faire maintenant. Et surtout, comment devait-elle désormais se comporter devant Sacha ?

Elle cria soudain d'effroi. Dans le miroir ce n'était plus son visage qu'elle voyait mais celui d'un vieillard. L'apparition sourit et le mur pivota pour laisser apparaitre un couloir juste derrière le vieil homme.

- Vous êtes l'observateur du procès ! Qu'est-ce que vous faites ici ? Ne me dites pas que vous étiez là pendant que je me changeais ! paniqua Serena.

- Suivez-moi, se contenta-t-il de dire.

Il disparut dans l'obscurité du long couloir, seuls les claquements de sa canne attestaient qu'il ne s'était pas volatilisé. Le couloir finit par s'élargir et Serena se retrouva dans une petite pièce avec pour seul mobilier deux chaises et une table d'acier. Il n'y avait aucune fenêtre et les néons au plafond peinaient à rester allumés. Joseph Kessel s'était tranquillement assis et se servait un peu de thé qui avait été laissé sur la table. Il poussa une tasse vers son invitée.

- Je vous en prie, asseyez-vous et gouttez cette merveille avec moi. Ce thé vient de Galar, un vrai délice !

Serena obéit sans pour autant toucher à la tasse. Elle se doutait qu'elle n'était pas uniquement ici pour prendre le thé.

- Pourquoi m'avoir fait venir ici ?

- Je souhaitais vous parler en privé. Vous me devez bien ça je pense.

Serena fit une grimace mais elle ne pouvait pas lui donner tort. Kessel remarqua le silence et porta le précieux liquide à ses lèvres.

- Pensez-vous que les sentiments de ce Sacha sont sincères ?

- Que… Pourquoi cette question !?

- Vous n'y avez jamais réfléchi ? Les pokéballs modifient le comportement des pokémons pour les rendre plus amicaux. Je me demandais quelle influence pourrait avoir une pokéball sur un humain.

Serena se leva d'un coup en faisant grincer sa chaise.

- J'aime Sacha et lui…

- N'a jamais montré signes d'affection pour vous à Kalos. N'est-ce pas étrange que soudainement, une fois devenu un pokemon, ses sentiments pour vous se soient développés. Enfin pour en avoir le cœur net rien de plus simple, il suffit de le relâcher suffisamment longtemps pour qu'il retrouve sa vraie nature.

- Je l'ai déjà relâché et il est revenu, se souvint-elle.

- Il faut du temps avant qu'un pokémon ne se défasse complètement de l'emprise d'une pokéball même une fois capturé par un autre dresseur. Une sorte de système de sécurité si jamais le dresseur change d'avis. Bien sûr l'attachement naturel du pokémon joue aussi mais la pokéball reste la base de la relation entre dresseurs et pokémons.

Serena se crispa à cette idée. En quelques secondes cet homme venait d'insinuer le doute en elle.

- Serena, pourquoi vous ai-je sauvé à votre avis ?

- Le procès était truqué. Vous l'avez dit vous-même.

- Arrêtez de croire que le monde est épris de justice. Moi et mes collègues gérons nos affaires dans notre propre intérêt. Notre première idée à votre sujet était de laisser faire l'assesseur du Kanto puis de récupérer le gamin pour mener nos propres expériences. En bref innocente ou coupable vous n'auriez pas été épargné.

- Alors pourquoi avoir changé d'avis ?

- Pour le divertissement ! Votre histoire m'a passionné et je souhaiterais qu'elle continue. Surtout que la suite me semble très intéressante. Vous savez, je commençais sérieusement à m'ennuyer mais votre cas ainsi que celui de votre ami m'ont bien amusé. C'est pour cela que je vous ai défendu au conseil suprême pour leur faire abandonner ce ratata de laboratoire. Et croyez-moi ce n'était pas un mince à faire ! Ils n'étaient pas satisfaits du cadavre de la fille du peuple météore qui n'a pas donné grand-chose. On n'a appris que plus tard que si on voulait vraiment étudier ce phénomène il nous fallait le masque. Sauf que cette imbécile d'Amaryllis avait décidé de sauter du sommet des piliers célestes, le masque dans les mains bien entendu.

- Attendez ! Je n'étais pas au courant pour Amaryllis ! Comment va-t-elle ? paniqua Serena.

- Eh bien en ce moment elle est dans le frigo d'un hôpital je suppose. Les flots ont recraché sa dépouille mais ont gardé le masque.

Serena sentit un haut le cœur monter en elle. Ces gens n'en avaient donc rien à faire de la vie des autres ? Et si jamais ils changeaient d'avis, la vie de Sacha serait…

- Je n'ai pas encore fini jeune fille.

Il la fixait derrière ses petites lunettes rondes, elle sentait son regard ramper sur elle.

- J'aimerais que ce garçon retrouve ses pouvoirs de Dracaufeu.

- C'est impossible, il est redevenu humain.

- Ne vous inquiétez pas. Vous verrez, la situation évoluera d'elle-même.

- Et ensuite ? Qu'est-ce que vous ferez de lui ?

- Certains êtres très hauts placés ont un plan pour lui mais il n'est pas encore l'heure pour que vous en connaissiez les détails.

- Et si je refuse ?

- Je ne m'inquiète pas, vous y serez obligé. Mais vous êtes libre de prendre cela pour les divagations d'un vieux fou. Il est vrai que s'il n'a plus aucun pouvoir, je ne pourrai rien y faire.

Serena se rassura un peu. Sacha était redevenu humain et il allait reprendre sa vie normale de dresseur. Plus jamais il ne combattrait par lui-même et ne serait blessé. Jamais il ne redeviendra un pokémon et Kessel ne pourra rien y faire.

- Ne me décevez pas, murmura le vieillard à son oreille.

Elle sentit un froid glacial la parcourir. La lumière du néon s'éteignait et se rallumait à toute vitesse, fragmentant le mouvement des lèvres de Kessel qui s'étiraient en un sourire. Serena prit peur et s'enfuit. Loin de la tasse de thé qui refroidissait, loin de cette salle étriquée et de ce couloir obscur. Loin de ce rire qui résonnait à chacun de ses pas.


Grace attendait sa fille à l'extérieur, elle fut surprise de la voir plus blême que lors de la fin du procès mais elle mit cela sur le compte de la fatigue. Elles partirent toutes deux vers l'hôpital où Sacha avait été amené. Elles retrouvèrent Délia qui patientait dans le hall d'attente aux côtés de Pikachu. Les deux professeurs étaient en train de discuter entre eux dans un petit café des environs.

- Pardonne-moi de les avoir crus, s'excusa immédiatement Délia. Il m'a raconté à quel point tu avais veillé sur lui durant votre voyage et je t'en remercie.

- C'est plutôt lui qui a veillé sur moi, rappela rapidement Serena en agitant les bras.

- Néanmoins, je voudrais que tu le relâches rapidement. Tu comprends, c'est mon fils et savoir que tu peux le rappeler à tout moment dans une de ces capsules c'est…

- Vous recommencez à accuser ma fille, s'énerva Grace.

- Non ! C'est juste que Sacha n'est plus un pokémon. Je veux qu'il puisse reprendre son voyage et accomplir son rêve.

- Je comprends, se contenta de répondre Serena.

- Quelque chose te tracasse ma chérie ? demanda Grace.

Serena repensa à ce que lui avait dit Joseph Kessel, à tout le procès et aussi… elle s'emmêla un instant les doigts avant de répondre :

- Est-ce que vous savez pourquoi il ne m'a rien dit et pourquoi il m'a accompagné ?

- Je crois que Sacha voulait simplement t'aider mais nous n'avons pas vraiment eu le temps d'en discuter.

Pikachu écoutait attentivement et grinça des dents. Lui connaissait la raison qui avait poussé Sacha à voyager sans lui, la raison pour laquelle il avait abandonné son rêve.

- Atalante ? s'étonna soudain Serena.

L'ancienne top coordinatrice leva les yeux au ciel en voyant la jeune fille.

- Pourquoi tu m'adresses la parole ? s'énerva Atalante.

- J'étais juste étonnée de te voir ici.

- Que ce soit clair, tu as eu de la chance de t'en sortir. Mais, ton titre de top coordinatrice tu ne le garderas pas longtemps, j'y veillerai personnellement.

- Pourquoi tu me hais toujours ? Dracaufeu était un humain finalement !

- Et tu l'as utilisé ! Tu joues les jeunes filles innocentes mais tu captures un humain au lieu de l'aider. Tu sais parfaitement que votre lien est artificiel ! Votre relation est si… malsaine ! Et depuis le jour où tu nous as attaqués, Liseron a rechuté et il se retrouve coincé à l'hôpital ! Il ne me reconnait même plus !

- Et tu crois qu'il va aller mieux en m'accusant ?

- La région se portera mieux si tu disparais, oui c'est ce que je pense. Je ne veux pas que les dresseurs suivent ton exemple !

Le cri de Pikachu arrêta la discussion et il se jeta dans les bras de son dresseur. Atalante ne resta pas plus longtemps et quitta l'hôpital. Sacha devait encore rassurer sa mère sur son état. Malgré ses blessures, il se sentait en forme.

- Maman, est-ce que je peux rentrer avec toi à Kalos ? demanda discrètement Serena.

- On repart déjà à Kalos ? s'étonna Sacha.

Serena pesta, elle ne pensait pas qu'il avait toujours l'ouïe aussi fine.

- Pas « on ». Je rentre à Kalos et tu rentres à Kanto.

- Quoi !? cria Sacha. Mais pourquoi ? Tu ne vas pas arrêter ton voyage ?

- Ce n'est pas ça ! J'ai besoin de réfléchir à tout ce qu'il s'est passé.

- Réfléchir à quoi ? demanda-t-il innocemment.

Il regretta rapidement sa question en voyant l'agacement et la rage dans les prunelles de son amie.

- J'ai été la seule à qui tu n'as rien dit sur ta transformation. Tu m'as menti tout ce temps !

- Je peux t'expliquer !

- Tu peux m'expliquer de ne rien avoir dit quand je perdais la raison persuadée d'être un monstre ? Ou tout simplement le fait que si je perdais Dracaufeu je te perdais toi aussi sans même le savoir.


A l'aéroport, les numéros de vol s'affichaient et les pubs défilaient sur les écrans géants. Le vol de Serena et de sa mère avait finalement été annoncé. Délia soupira en regardant l'horloge. L'avion pour Kanto ne serait pas là avant une bonne heure mais son fils avait insisté pour aller à l'aéroport. Elle se demandait ce qui le poussait à venir ici malgré tous ses échecs de raisonner la jeune fille.

Serena emprunta l'escalator et Sacha en contrebas observait son amie qui s'élevait. Les marches grises continuaient d'apparaitre, de monter avec les humains sur leur dos et de disparaissaient une fois leur périple achevé. Avec un léger saut, Serena quitta définitivement les marches en métal. Elle ne se retourna pas.

Sacha se tenait la poitrine, le visage douloureux. Il sentait son sang bouillir et chaque cellule de son corps s'échauffer, se consumer. Il l'entendait à nouveau, cette voix d'enfant moqueuse : elle t'a abandonné.


Joseph Kessel savourait paisiblement son thé un journal à la main. Des nirondelles s'approchaient de lui à la recherche de miettes à grappiller.

- Vous êtes bien Joseph Kessel ? demanda une femme en s'asseyant à sa table.

- Pat, tu ne devrais pas ! paniqua son coéquipier qui la suivait.

- Vous êtes de la presse ? Puis-je savoir ce que vous me voulez ?

Pat posa une photo sur la table et avec un regard de défi dit :

- C'est tiré de la vidéo dont vous avez interdit la diffusion.

Intéressé, il se saisit du cliché pour mieux voir la forme lumineuse qui y était représentée.

- Quel était ce pokémon ? C'est bien pour lui que vous avez envoyé cette interdiction de diffusion.

Kessel sortit un briquet de sa poche et s'empressa de bruler la photo.

- Vous deviendrez de grands journalistes mais méfiez-vous quand même. En ce qui concerne la créature présente sur la photo disons… qu'elle est un des facteurs de la divergence des mondes.

- La divergence des mondes ? répéta Joe.

Le vieil homme n'apporta pas plus d'explications et rejoignit la limousine qui l'attendait.

- Je compte sur votre silence, leur sourit-il.

Kessel observait maintenant à travers la vitre teintée la ville qui défilait. Il reporta rapidement son attention sur son petit invité.

- Mew, tu es un pokémon bien étrange.

La petite créature confortablement assise sur les fauteuils en cuir répondit :

« Je compte sur toi. Si jamais ils parviennent jusqu'à nous, c'est une guerre qui se déclenchera. »

- Une guerre… j'espère que ce sera intéressant !

« Tu es un humain particulier. »

- Je ne vois pas de quoi tu parles ? J'espère juste qu'en t'aidant j'aurai un nouveau scoop !