N.d.A :
ENFIN !
Désolée pour cette looongue attente ! Ce n'était pas du tout prévu...
Je bloquais sur une scène, et j'ai été prise par le temps et d'autres projets... (Vous savez ce que c'est)
Je voulais aussi que le chapitre soit suffisamment long et que l'intrigue avance.
Donc voilà en récompense de votre patiente attente ! (Merci)
Je vais aussi en profiter pour corriger quelques coquilles dans les chapitres précédents.
Bonne lecture ! (j'attends vos retours)
Chapitre 8 : Le temps d'une trêve
Les rayons du soleil chauffaient agréablement le jardin d'hiver, au milieu de l'odeur entêtante de l'eau, de la verdure, des agrumes et des fleurs exotiques. Inspirant l'odeur enivrante du chèvrefeuille et du jasmin d'hiver, Hermione riait de bon cœur à une boutade de Ginny. Cette dernière avait accepté de la rejoindre au manoir des Malefoy. A son arrivée, la Gryffondor avait croisé succinctement Lucius Malefoy au détour d'un couloir. Leurs salutations étaient restées cordiales, bien que froides. Hermione savait que la rouquine ne pardonnait pas au Serpentard d'avoir glissé le journal de Tom Jedusor dans son chaudron toutes ses années auparavant. La jeune femme savait aussi que, s'il l'avait voulu, le sorcier aurait pu éviter la rencontre avec son invitée, et se demanda ainsi s'il l'avait provoquée intentionnellement. Puis Dipsy les avait installées confortablement près de la bibliothèque avec des petits fours.
— Merci d'être venue, dit Hermione avec un sourire. Cela me fait un bien fou ! J'ai l'impression que je n'ai pas ri comme ça depuis des années…
Avec toute la pression qu'elle subissait dernièrement, la sorcière se demanda quelle était la dernière fois qu'elle s'était réellement amusée. Des images de sa visite d'un musée d'art sorcier et d'une promenade au bord de la mer s'imposèrent un instant à elle, avant qu'elle ne les chasse de son esprit.
— Mais de rien, répondit Ginny. Cela me fait du bien de sortir un peu de la maison aussi !
Hermione savait que la jeune femme s'ennuyait de ses entraînements de Quidditch, étant en congé maternité forcé.
— Et je m'inquiétais pour toi, poursuivit-elle. Harry est très tendu dernièrement. Je crois qu'il s'en veut pour… elle baissa la voix en regardant rapidement autour d'elle. Pour tout ça…
— Tu peux rassurer Harry, sourit Hermione avec compréhension. Il n'a pas à culpabiliser, ni à s'en faire. C'était mon choix. Et je vais bien.
— Tu vas "bien" ? s'étonna Ginny. Dois-je te rappeler où et avec qui tu vis ?
— C'est une situation très temporaire ! précisa Hermione avec assurance.
Puis devant le regard dubitatif de son amie, elle poursuivit :
— Ce n'était certes pas mon premier choix pour profiter de mes vacances, mais… Ce n'est finalement pas si terrible que ça en a l'air ! La cohabitation avec Lucius est…
— "Lucius" ? répéta Ginny en haussant les sourcils. Vous en êtes à vous appeler par vos prénoms maintenant ?
Hermione se surprit elle-même, se demandant vaguement d'où cela venait.
— Je… Non ! Enfin, pas en… Seulement en public ! Pour la couverture, expliqua-t-elle précipitamment. C'est compliqué… Désolée, ça m'a échappé…
— Est-ce vraiment si compliqué ? demanda la sorcière avec un sincère intérêt.
Hermione la fixa un instant, perdue dans ses pensées, avant de répondre. Elle ne voulait pas alarmer son amie, mais ne souhaitait pas lui mentir non plus.
— Bien sûr, passer du temps avec un inconnu possédant un tel passif n'est pas de tout repos, admit-elle. Et cela crée malgré soi une sorte de… d'intimité… Même si non désirée… Mais je t'assure que je n'oublie pas qui il est, ni à qui j'ai affaire.
Ginny la regarda en hochant la tête avec compréhension, semblant réfléchir à ce que son amie lui racontait.
— C'est exactement ce que j'ai dit à Harry, dit-elle à son tour. C'est sûr, ce n'est pas anodin. Surtout après ce qu'il s'est déjà passé entre vous deux, potion ou pas… C'est d'ailleurs cette idée qui l'a mis le plus mal à l'aise…
— Quoi ? réagit Hermione. Non ! Pas ce genre d'intimité ! corrigea-t-elle. Il s'agit plus d'une sorte d'accord de "colocation"…
— Pour l'instant, ajouta la Gryffondor avec un petit sourire espiègle et un regard en biais insistant qui en disait long.
Hermione sourit à son tour, sachant que la benjamine la taquinait.
— Ne t'en fais pas, dit-elle. Je sais parfaitement ce que je fais.
— Oh, ça je n'en doute pas ! lui assura Ginny. Tu es bien assez grande pour faire tes propres choix. Nous ne sommes pas là pour te juger. Nous te soutiendrons, peu importe ce qu'il se passe. Donc ne nous cache rien, d'accord ? Tu sais que tu pourras toujours venir nous parler. De tout.
Hermione croisa le regard de la jeune femme et se félicita d'avoir de tels amis. Lui adressant un timide sourire de remerciements, elle proposa de changer de sujet, celui-ci la mettant mal à l'aise.
Elles ne virent pas l'heure passer, la lumière déclinant doucement à travers les rideaux de verdure de la verrière.
Ginny était en train de raconter à Hermione les "joies" de la maternité, avec beaucoup d'ironie et trop de détails au goût de cette dernière, lorsqu'elle s'arrêta.
— Oh ! Le bébé donne des coups de pieds ! dit-elle, surprise et ravie à la fois, en posant une main sur son ventre. Tu veux sentir ?
Elle lui attrapa la main pour la poser sur son ventre et toutes deux se turent, concentrées dans l'attente…
— Là, de nouveau !
— Je l'ai senti ! s'émerveilla Hermione.
Elles échangèrent un grand sourire béat.
— Il ou elle est déjà beaucoup plus agité(e) que James, dit Ginny avec tendresse.
— Vous avez déjà choisi un prénom ? demanda Hermione.
— On aimerait bien toujours "Lily", si c'est une fille ! On n'est pas fixés si c'est un deuxième garçon… Harry hésite encore entre deux.
Ginny sourit en confidence. Hermione se fit la réflexion qu'être parents seyait bien à ses amis. Ils formaient une belle famille. Puis elle pensa à sa propre situation et eut une réalisation. Et elle se surprit à en être bien moins attristée que ce qu'elle aurait pu penser.
— Je ne pense pas être mère un jour, dit-elle soudainement.
Ginny la regarda avec surprise et appréhension.
— Quoi ? s'étonna-t-elle. Pourquoi dis-tu ça ?
— Je ne me vois pas avoir d'enfants, c'est tout, se fit-elle la remarque avec sagesse. Et déjà, il faut être deux pour ça ! rit-elle doucement…
Hermione était très calme et posée dans sa réflexion, mais chercha à plaisanter avec un petit rire d'autodérision face à la triste moue qu'affichait son amie.
— Je sais que ça n'a pas été facile pour toi dernièrement, dit Ginny en posant sa main sur la sienne. Mais je suis sûre que tu vas très bientôt…
Hermione secoua la tête.
— Non, dit-elle gentiment. Ce n'est pas ça.
Ginny médita sur les pensées de la jeune femme.
— Tu n'en veux pas ? demanda-t-elle.
Hermione haussa les épaules.
— Peut-être autrefois, avec Ron, avoua-t-elle avec nostalgie. Mais depuis… Je ne sais pas. Je ne crois pas. J'apprécie ma vie telle qu'elle est actuellement, en vérité.
Ginny lui serra la main avec un faible sourire, mais le regard plein de compréhension.
— Mrs Potter ?
Lucius Malefoy était apparu dans la véranda, les surprenant toutes deux.
— Loin de moi l'idée de vouloir vous interrompre ou de vous chasser, dit-il de sa voix traînante avec une pointe de sarcasme. Mais il se fait tard. Devons-nous prévoir un couvert de plus au repas de ce soir ? Ou peut-être êtes-vous attendue chez vous ?
Le visage de Ginny se referma lorsqu'elle posa les yeux sur lui. Elle jeta un rapide regard à Hermione, montrant qu'elle s'inquiétait encore pour elle.
— En effet, Mr Malefoy, répondit la rouquine d'un ton cassant, je vais rentrer. Loin de moi l'idée de vouloir abuser de votre hospitalité…
La joueuse de Quidditch se défendait bien en sarcasmes, elle aussi. Elle prit Hermione dans ses bras pour lui dire au revoir.
— Écris-moi, lui souffla-t-elle.
Hermione acquiesça.
— Je vais te raccompagner, dit la sorcière.
En dépassant Malefoy, ce dernier suivit la brunette des yeux et lui jeta un étrange regard en biais, que la jeune femme lui rendit avec interrogation. Avait-il eu le temps de surprendre leur conversation ?
xxx
Le lendemain matin, Hermione émergea des brumes d'un rêve sulfureux.
Cela faisait longtemps, tiens…
Le souffle court et le visage en feu, elle se réveilla au souvenir d'une tête blonde s'activant entre ses cuisses… En "rétribution" des dernières attentions qu'elle lui avait octroyées, semblait-il… La moindre des choses que l'on pouvait dire, pensa la sorcière, c'est que Lucius Malefoy - du moins, sous l'influence d'un philtre d'amour - savait rendre la politesse !…
Foutus Serpentard et leur langue de… !
La jeune femme décida d'arrêter là ses pensées et de ne pas pousser plus loin la métaphore… Cependant, le rêve lui avait attisé les nerfs, la laissant dans un important état d'électrisation et - bien sûr - d'insatisfaction. Hermione fixa un moment le plafond de son baldaquin. Soupirant finalement, comme en défaite face à elle-même, la sorcière ferma les yeux, essayant de retrouver cette sensation dont elle s'était depuis trop longtemps privée, et laissa sa main glisser sous les couvertures et l'élastique de son pyjama.
Quel mal y avait-il à craquer tant que personne, à part elle, n'était au courant ?
xxx
Après un bain, Hermione descendit pour petit-déjeuner. Il était plus tard que d'habitude et Dipsy lui apprit que Mr Malefoy recevait un visiteur ce matin. Haussant les épaules, soulagée de ne pas avoir à affronter le sorcier si peu de temps après avoir fantasmé sur lui, Hermione croqua dans un toast, se servit un café et emporta sa tasse dans la bibliothèque. La sorcière feuilleta un moment les grimoires sur les étagères, avant de se diriger d'un pas distrait vers le magnifique piano à queue de Narcissa Malefoy, abandonné au centre de la pièce. Hermione se demanda si elle arriverait à se souvenir des cours pris dans son enfance. La jeune femme n'avait pas poursuivi la musique après son entrée à Poudlard, ni la danse d'ailleurs, au grand dam de sa mère. Restant debout à côté du clavier de l'instrument, n'osant s'asseoir pour prendre place, elle commença à pianoter de timides notes, entamant un air de…
— Ne touche pas au piano de ma mère, Granger ! s'éleva une voix forte et traînante derrière elle.
Surprise, Hermione arrêta son geste et se retourna pour voir Drago Malefoy, le visage rouge de colère, faire son entrée dans la bibliothèque et s'approcher d'elle à grandes enjambées. Arrivé à sa hauteur, il referma d'un coup sec le clapet sur les touches et lui lança un regard lourd de reproche. C'était donc lui, le fameux "rendez-vous" de ce matin ?
— Bonjour à toi aussi, Malefoy, répondit froidement Hermione. Je ne savais pas qu'il appartenait à ta mère, mentit-elle.
Elle se retint néanmoins de s'excuser, estimant n'avoir rien fait de préjudiciable. Après tout, Lucius ne lui avait pas interdit de toucher au piano.
— Ne prends pas tes aises, dit durement le jeune homme, tu ne vas pas t'éterniser ici.
— Je n'en ai nullement l'intention, lui assura-t-elle sur le même ton.
Malefoy plissa les yeux avec mécontentement.
— Et mon père ? cracha-t-il.
Hermione se retint de paraître gênée. Bien sûr que le sujet allait finir par tomber entre eux.
— Qu'en est-il de lui ? demanda-t-elle à son tour, jouant l'incompréhension d'où il voulait en venir en affichant l'air le plus innocent dont elle était capable.
Le teint blafard de Malefoy se colora de nouveau.
— Ne fais pas l'idiote ! s'énerva-t-il d'un ton accusateur. Tu sais très bien de quoi je parle ! Tu couches avec lui ?
Hermione retint un petit rire indigné et sans joie. Aussi plaisant qu'il était d'avoir en sa possession un point de pression pour faire tourner Malefoy en bourrique, elle n'arrivait pas à croire qu'il ait l'audace de lui poser une telle question.
— Vraiment ! s'exclama la jeune femme en croisant les bras devant elle. Je ne m'abaisserais pas à répondre à cette question. Demande plutôt directement à ton père.
Malefoy serra les poings.
— Je lui ai déjà demandé, siffla-t-il lentement entre ses dents, à contre-cœur.
Hermione haussa les sourcils avec étonnement. À quoi jouait donc Mr Malefoy ?
— Si lui-même ne te fais pas suffisamment confiance pour te faire part de ses affaires, Malefoy, je ne vois pas pourquoi je le ferais, avança Hermione en pirouette, une fois la surprise passée.
— Je t'interdis de sortir avec mon père, Granger ! s'énerva le jeune homme.
Cela devenait tout bonnement ridicule, pensa Hermione. Elle en avait assez des accusations et des jugements - ou qu'on lui dise ce qu'elle avait le droit de faire ou non - et n'appréciait guère l'attitude du sorcier.
— Même si c'était le cas, cela ne te regarderait pas ! lança-t-elle avec humeur sans même y penser. Nous sommes des adultes, Malefoy, alors grandis un peu toi aussi !
Était-ce vraiment leur écart d'âge le problème ? Ou son identité ? Son statut ? S'il s'était agi de n'importe qu'elle autre sorcière à part elle, son ancien camarade de classe réagirait-il ainsi ?
Le Serpentard lança à la sorcière un regard noir, un rictus mauvais venant tordre ses traits. Il s'apprêtait à parler de nouveau, lorsque…
— Drago !
Malefoy père apparut à son tour à l'entrée de la bibliothèque, les faisant sursauter tous deux, et s'approcha d'eux.
— J'espère que tu n'importunes pas Miss Granger, dit le sorcier en regardant sévèrement son fils. Nous en avons déjà discuté, elle est mon invitée ici.
Drago rougit.
— Mais… Père ! commença le jeune homme d'un ton plaintif.
— N'es-tu pas attendu ailleurs ? le coupa Lucius en haussant un sourcil.
À contre-coeur, le Serpentard se tut, lançant un regard noir à son père, puis un dernier regard dégoûté à Hermione, avant de s'en aller vivement, claquant au passage la porte derrière lui.
Une fois seuls, Lucius Malefoy se tourna vers la jeune femme qui détourna le regard - mal à l'aise après une telle scène - et sembla un instant l'étudier.
— Je ne savais pas que vous jouiez du piano, dit-il sur le ton de la conversation, comme si rien ne s'était passé. Il ne m'a pas semblé reconnaître cet air ?
Hermione lui lança un regard surpris et rougit légèrement. Avait-il réellement assisté à toute l'entrevue depuis le début ? Pourquoi ne décider de faire son entrée qu'à cet instant, alors ?… L'espionnait-il, lui aussi ?
Voyant qu'elle ne répondait pas tout de suite à sa question indirecte, le Sang-Pur poursuivit, pensant l'apaiser :
— Ne prêtez pas attention à Drago. Il s'en prend à vous mais c'est à moi qu'il en veut, et pour une tout autre raison.
— Vous avez vraiment élevé un être charmant ! commenta sarcastiquement Hermione, trouvant enfin à rebondir.
— Ne vous méprenez pas, soupira-t-il. J'aime mon fils et je suis fier de lui. Il devrait seulement apprendre à s'occuper davantage de ses propres affaires.
— Ne vous inquiétez pas, rétorqua Hermione. J'ai appris depuis bien longtemps à ne pas me laisser embêter par des Malefoy.
Elle lui lança un regard oblique pour appuyer son propos et il sourit avec malice, amusé.
— Pourquoi lui cachez-vous la vérité ? souffla finalement Hermione.
— Quelle vérité ?
— La nature réelle - et surtout platonique - de notre accord !
— Je n'aime pas mentir à mon fils quand cela n'est pas nécessaire, Miss Granger, même si je ne lui dis pas toujours tout, pour son propre bien. Et affirmer qu'il ne s'est jamais rien passé de cet ordre entre vous et moi serait un odieux mensonge. Et bien plus d'une fois, si je me souviens bien.
Le regard perçant qu'il lui lança fit monter le rouge aux joues de la sorcière.
— Oui, concéda-t-elle, mais sous philtre d'amour !
Malefoy haussa les épaules avec indifférence.
— Cela ne change rien aux faits, dit-il d'un air détaché.
Cela changeait beaucoup de choses, du point de vue d'Hermione !
— Et je n'ai pu m'empêcher de remarquer que vous avez aussi refusé de répondre à Drago au sujet de nos… potentiels "rapports", enchaîna-t-il.
— Je n'ai pas de comptes à rendre à votre fils, Mr Malefoy, se défendit Hermione. Et j'ai horreur que l'on me mette dos au mur.
La jeune femme se rendit compte trop tard de son erreur de choix de formulation en présence du sorcier, et du potentiel double sens sous-jacent. Elle fit de son mieux pour dissimuler son embarras, espérant que Malefoy n'ait rien remarqué. Mais un coup d'oeil vers le Sang-Pur et la lueur dans le regard soutenu qu'il lui offrait lui confirma que cela ne lui avait pas échappé. Loin de là, la sorcière se doutait avec un malaise grandissant que les mêmes images d'étreintes passionnées se formaient dans son esprit. Elle fut cependant soulagée que l'homme ait la décence de garder le silence sur le sujet, au lieu de la taquiner et de la traiter de menteuse ; s'il se basait sur ses souvenirs de leurs ébats, lorsque ceux-ci avaient pris une tournure… disons hors du lit, et sur d'autres surfaces - plus verticales - de la chambre du Chaudron Baveur…
Sur ce, Hermione se râcla la gorge et fit mine de vouloir s'en aller pour retourner à ses occupations (au lieu de se laisser aller à s'extasier sur la surprenante endurance du sorcier pour son âge, et se demander intérieurement avec une curiosité toute intellectuelle si la potion avait pu l'améliorer de quelque façon). Lorsque Malefoy l'interpella dans son dos.
— Au fait, Miss Granger : ce week-end se tiendra au manoir la réception pour l'annonce officielle des fiançailles de Drago.
La jeune femme se retourna pour faire face au sorcier.
— Vous souhaitez que je m'absente pour ne pas déranger, je suppose ?
C'était ce qu'elle espérait en tout cas.
— Tout le contraire, en réalité, sourit-il en coin avec malice.
Hermione lui jeta un regard interloqué. Il souhaitait qu'elle l'y accompagne ? Cet homme n'avait-il donc aucune limite ou bienséance ?
— C'est hors de question, refusa-t-elle tout net, sans hésitation.
Malefoy plissa les yeux de mécontentement.
— Je vous demande pardon ? souffla-t-il tout bas de sa voix traînante.
La sorcière dit les choses telles qu'elle les pensait :
— Je ne vois pas en quoi cela entrerait dans notre accord.
Ni en quoi cela pourrait servir sa mission…
— Il s'agit clairement d'une affaire d'ordre privé, ajouta-t-elle en espérant insuffler un peu de bon sens au sorcier, et je n'ai rien à y faire.
Pour l'amour du ciel, pensa la jeune femme, sa femme - ou "ex-femme" - serait très certainement présente ! À quoi pensait-il donc ? La Gryffondor n'y avait nullement sa place.
Avant que Malefoy ait put avoir la chance de rétorquer, la jeune femme tourna les talons et se dirigea vers la sortie, signifiant clairement son souhait de mettre un terme à la discussion.
— Sachez que le sujet est loin d'être clos, Miss Granger, l'entendit-elle l'informer d'un air menaçant sur le pas de la porte, avant de la refermer derrière elle sans se retourner.
L'espoir fait vivre, railla intérieurement Hermione avec amertume.
xxx
Hermione et Lucius Malefoy déjeunaient, assis de part et d'autre d'un même angle de la grande table de la salle à manger (après qu'Hermione ait eu fait un jour la remarque qu'il était ridicule de manger aussi éloignés d'un bout à l'autre de la grande table, il semblerait que Malefoy ait donné des indications à Dipsy pour installer dorénavant leurs couverts côte à côte). Le regard rivé sur leurs assiettes, l'épais silence était seulement coupé des cliquetis de leurs couverts. Leur altercation de la matinée semblait avoir plongé son hôte dans un mutisme boudeur ; ce qui était loin de déplaire à la sorcière, compte-tenu des circonstances.
— Je pensais me rendre sur le Chemin de Traverse, annonça soudainement Hermione sans préambule. J'ai plusieurs achats à effectuer.
Toujours sans un regard dans sa direction, Malefoy acquiesça lentement, après un court temps de réflexion, signifiant qu'il l'avait entendue.
— Je vais vous accompagner, dit-il finalement avec un désintérêt apparent. Je dois me rendre dans mon coffre-fort à Gringotts. Après quoi nous pourrions aller dîner au…
Hermione n'eut pas le temps de s'étonner du début de proposition de sortie du sorcier, qu'il fut interrompu par l'entrée en fracas par la cheminée d'un grand corbeau noir au plumage bleuté chatoyant. Celui-ci vola droit vers Hermione, répandant de la suie et un nuage de plumes sur le grand tapis persan, avant d'atterrir à moitié dans son assiette. L'oiseau tendit alors avec insistance sa patte, à laquelle était attachée un parchemin, en direction de la sorcière. Surprise, Hermione défit la missive et commença à en lire le contenu. Il s'agissait d'une lettre de Viktor Krum, la prévenant qu'il était de retour de passage en Angleterre, et qui l'invitait à se rencontrer pour prendre un verre au Chaudron Baveur. Sa mission accomplie, et sans demander la permission, le corvidé se servit goulûment dans les restes de rosbif saignant de la sorcière. La jeune femme sourit inconsciemment, trouvant que les manières brusques de l'oiseau correspondaient bien à celles de son maître, bien qu'attachantes à leur façon. Un raclement de gorge insistant la sortie de ses pensées et lui fit relever les yeux sur Mr Malefoy. Le sorcier la fixait en fronçant les sourcils et tapotant avec impatience du doigt sur la table, ce dernier ne semblant guère apprécié d'être ignoré - ou du moins maintenu dans l'ignorance - sous son propre toit.
— Puis-je savoir de quoi il s'agit ? demanda-t-il froidement en haussant un sourcil en direction de la lettre.
— Rien qui ne vous concerne, Mr Malefoy, je vous rassure, lui répondit Hermione d'un ton mielleux en souriant en coin, amusée de pouvoir imiter le goût du Serpentard à entretenir le mystère en esquivant les questions.
Le sorcier se rembrunit avec sévérité.
— En êtes-vous certaine ? marmonna-t-il dans sa barbe.
— Si ce n'est que je vais finalement avoir un autre rendez-vous sur le Chemin de Traverse pour cette après-midi, poursuivit-elle alors, l'informant de son soudain changement de plan pour la journée.
Hermione gratta rapidement la tête de l'oiseau d'un air distrait, avant de s'essuyer le coin des lèvres avec sa serviette et de s'excuser, demandant à son hôte de remercier Dipsy pour ce délicieux repas. Mais lorsque la jeune femme se leva, parchemin en main en pensant aller chercher de quoi écrire sa réponse à envoyer, l'autre homme l'imita avec empressement.
— Miss Granger ! s'exclama alors Malefoy, les deux mains plaquées sur la table. Je suis très au fait que certains anciens élèves de Durmstrang se servent de corbeaux, au même titre que de hiboux, pour transmettre leur courrier.
Hermione se tourna vers lui, le visage fermé, si ce n'est de grands yeux ouverts de surprise face à sa réaction.
— Et alors, où voulez-vous en venir ? le poussa-t-elle dans ses retranchements, levant à son tour un sourcil à la fois interrogateur et provocateur.
Le visage du Sang-Pur s'empourpra légèrement sous son audace. Elle le mettait au défi de se plaindre ou de lui dicter sa conduite.
— Je ne crois pas que vous montrer actuellement en public avec un autre homme servirait nos intérêts communs, avança-t-il d'une voix plus contenue, bien qu'encore tendue.
— Que savez-vous de mes intérêts ? s'étonna-t-elle avec sincérité. Et depuis quand vous en souciez-vous réellement depuis le début de toute cette histoire ?
Il ne répondit pas, semblant hésiter et ruminer intérieurement.
— Viktor est un ami, précisa-t-elle. Je suis parfaitement libre de le voir quand bon me semble.
— Et combien "d'amitiés" de la sorte entretenez-vous exactement ? insinua-t-il bassement d'un air mauvais.
Hermione lui lança un regard dur.
— Ma vie privée ne vous concerne en rien, affirma-t-elle fermement.
Malefoy renifla d'un air méprisant et dubitatif.
— Vous croyez peut-être qu'il vous recontacte en tant que simple "ami" ?
Elle haussa les épaules pour toute réponse.
— Il n'est pas dans mes habitudes de partager, Miss Granger…
— Cela tombe très bien, rétorqua-t-elle, car ma personne ne vous appartient nullement, Mr Malefoy !
— … Et mon entourage le sait ! poursuivit-il d'une voix forte. Cela semblerait suspect…
Hermione leva les yeux au ciel.
— Pas pour mon entourage, répliqua-t-elle, faisant mine de lui tourner le dos.
Sa liberté de mouvement n'était pas quelque chose sur laquelle elle était prête à négocier.
Mais Malefoy la rejoignit soudainement d'une grande et vive enjambée pour l'attraper par le poignet.
— Je vous interdis de… ! commença-t-il à s'énerver avant de se stopper dans son élan quand la sorcière fit volte-face.
Hermione le fixa, écarquillant les yeux de stupeur.
— Vous quoi, Mr Malefoy ? murmura froidement la jeune femme une fois remise, plissant les yeux sur la main de l'homme fermement refermée sur elle. Lâchez-moi, exigea-t-elle la voix tremblante.
Le sorcier pâlit sous le regard noir de la sorcière, semblant s'étonner lui-même de son emportement et se rendant compte qu'il était peut-être allé trop loin. Lorsqu'il y consentit finalement en déglutissant, la mâchoire toujours contractée, Hermione recula d'un pas.
— Accord ou pas, je ne vous ai jamais rien promis, commença-t-elle…
Il n'était pas en position de lui interdire quoique ce soit. Elle voulait que cela soit clair entre eux.
Malefoy déglutit de nouveau et détourna honteusement le regard, inspirant profondément pour se contrôler avant de reposer sur elle un visage sérieux au regard franc.
— Je… Je ne veux pas que vous y alliez, murmura-t-il, la voix rauque de retenue, comme si cela lui coûtait.
Hermione le dévisagea, incrédule face à sa pseudo demande - la première qu'il lui formulait réellement ? - un "s'il vous plaît" pendu à ses lèvres, prêt à l'écorcher. Pendant un court instant, la jeune femme fut presque autant choquée que touchée par la détresse apparente du sorcier. Pourquoi manifestait-il soudainement tant d'émotion pour si peu ? Était-ce par simple fierté mal placée ?
— Enfin, c'est ridicule ! explosa-t-elle finalement en soupirant. Il ne s'agit que d'un verre !
— Si vous pensez que c'est tout ce qu'il souhaite, la nargua-t-il, blessé, alors vous êtes plus bête que je ne le pensais…
Exaspérée, Hermione souhaita enfin parvenir à quitter la pièce et sa présence.
— Que pensez-vous d'un échange, alors ? proposa Malefoy d'un air plus posé, lui ressemblant davantage.
Le Serpentard inspira puis expira profondément, semblant reprendre contenance, se passant une main lasse sur le visage avant de se lisser les cheveux par réflexe.
— Je vous laisse libre pour la journée. Et en contrepartie, vous venez aux fiançailles de Drago.
Hermione se mordit la lèvre. En réalité, elle savait qu'elle ne lui devait rien. Mais s'il prenait réellement la mouche, au point de mettre fin à leur accord ? Que dirait-elle à Harry ?… Si c'était là le prix à payer pour avoir enfin la paix sur la question… Allez savoir de quoi le sorcier serait encore capable, sinon…
— Très bien, soupira-t-elle avec résignation. Mais pour une simple apparition ! Hermione pointa sur lui un doigt autoritaire pour faire disparaître son foutu sourire en coin victorieux.
La sorcière souhaitait pouvoir s'éclipser de la soirée remplie de Sang-Purs dès qu'elle en ressentirait le besoin… Et avait peut-être finalement une idée pour utiliser la situation à son avantage, et remplir sa mission pour les Aurors.
Malefoy acquiesça piteusement, bien que semblant satisfait par sa réponse. Une fois de plus, il obtenait ce qu'il désirait malgré tout.
Puis Hermione sortit, écœurée et déjà fatiguée par sa journée, sans un regard de plus.
xxx
Hermione transplana dans une ruelle isolée de Londres, avant de rejoindre à pied l'entrée côté Moldus du Chaudron Baveur. Passant la porte, elle salua Tom, le barman, avant de scanner la salle du regard à la recherche de son rendez-vous. Quand ses yeux se posèrent sur Viktor Krum, assis à une table dans un coin isolé. Ce dernier la vit à son tour et lui sourit, son visage semblant s'éclairer, et il se leva pour l'accueillir tandis qu'elle le rejoignait en lui rendant son sourire.
— Herrrmioneûh ! Je suis heurrreux de te rrrevoir, dit-il avec sincérité en l'enlaçant avec chaleur.
— Moi aussi, Viktor, dit Hermione en lui rendant son étreinte avec plaisir. Je ne pensais pas te revoir de sitôt.
Relâchant son étreinte pour la regarder, il l'embrassa sur la joue, la sorcière plissant légèrement le nez sous la chatouille rugueuse de sa barbe.
— Tu y es pourrr beaucoup, skŭpa moya, lui souffla-t-il.
Bien que se sentant légèrement rougir, Hermione lui sourit d'un air bizarrement tendu, avant de détourner son regard du sien avec gêne. Elle se râcla la gorge et Viktor relâcha son étreinte, l'invitant à s'asseoir avant d'aller leur chercher deux Bièraubeurres au comptoir. La jeune femme se rendit compte que ses jambes sautillaient sans cesse sans sa permission sous la table, et elle essuya sur ses cuisses ses mains étrangement moites. Elle n'avait pourtant aucune raison d'être nerveuse. Rien n'avait changé par rapport à la dernière fois, n'est-ce pas ?
— Que deviens-tu depuis la derrrnière fois ? demanda Krum à son retour en lui tendant sa Bièraubeurre.
Ils trinquèrent et Hermione but une gorgée avant de répondre.
— J'ai prolongé mes congés, dit-elle en restant évasive.
L'ancien joueur de Quidditch acquiesça d'un air entendu avec compréhension.
— C'est bien, approuva-t-il, c'est imporrrtant de se rrreposer. Je suis sûrrr que tu trrravailles beaucoup trrrop.
Avec une petite moue contemplative, Hermione n'estima pas nécessaire de lui préciser qu'on lui avait un peu forcé la main sur la question… Ni la raison l'ayant au final poussée à accepter, ou son rôle officieux actuel…
Zut ! Elle ne souhaitait pas penser à son accord avec Malefoy pour l'instant… Ni à sa mission clandestine pour Harry et le Bureau des Aurors…
— Et toi ? enchaîna-t-elle en secouant légèrement la tête pour s'éclaircir les idées. Pour quelle raison es-tu de retour en Angleterre ? Tu as prévu de rester longtemps ?
Krum sourit d'un air à la fois timide et joyeux, baissant un instant les yeux sur sa Bièraubeurre avant de la porter à ses lèvres, semblant peser ses mots.
— Pourrr toi, dit-il en s'essuyant la bouche du revers de sa main, reportant finalement son regard sur la jeune femme, et semblant retrouver sa franchise habituelle et pour le moins désarçonnante.
Hermione cligna les yeux d'un air interloqué.
— Pardon ?
— Je suis rrrevenu pourrr toi, Herrrmioneûh, répéta le bulgare. Pourrr te rrrevoirrr.
Comme Hermione se contentait de le fixer, interdite, le jeune homme poursuivit sans se démonter :
— J'ai beaucoup rrréfléchi et beaucoup pensé à toi, avoua-t-il. C'était durrr de fairrre autrrre chose, aprrrès… notrrre nuit passée ensemble.
Il lui offrit un nouveau sourire, un peu plus coquin et confiant. Hermione rougit.
— Oui, dit-elle avec un faible sourire, c'était… c'était sympa…
Il secoua la tête, et ses mots s'enflammèrent.
— Pourrr moi, c'était plus qu'un simple… Comment vous dites déjà en anglais ? Une aventurrre d'un soirrr ? Tu es plus. Je veux plus, avec toi…
— Viktor…
— Je sais, dit-il. Tu m'avais déjà dit, autrrrefois, que tu ne voulais pas d'une "rrrelation à distance". Moi non plus. C'est pourrrquoi… J'aimerrrais que tu m'accompagnes en Bŭlgariya.
Hermione était sans voix. Elle s'était attendue à tout sauf à ça. Bien sûr, elle y avait déjà pensé, mais… Tout quitter ? Tout recommencer à zéro ? Cela pouvait sembler tentant. Cependant…
La jeune femme repensa au bonheur qu'elle avait ressenti en le voyant à nouveau au gala du ministère. Mais souhaitait-elle pour autant poursuivre une relation plus sérieuse avec lui ? Elle fixa le visage face à elle, mais n'arriva pas à invoquer à nouveau les mêmes sentiments…
Pourquoi était-ce soudainement si différent ?
Lorsque le visage d'un autre sorcier, cherchant à dissimuler pour la première fois son doute et une peur d'abandon presque enfantine derrière un masque a priori feint de froideur et d'indifférence, s'imposa à elle. Hermione fronça les sourcils. Qu'est-ce que cela venait faire ici ? Elle se rappela les milles émotions qui avaient défilées dans le regard de l'homme en si peu de temps… Certes, elle n'avait jamais vu le sorcier réagir de la sorte à son égard jusqu'à ce matin, mais… Malefoy était-il jaloux ? De Viktor ? Et alors ? Pourquoi cela lui importerait-il maintenant ? Puis elle se reprit.
— Viktor, commença Hermione, tu sais combien… Tu sais que j'ai beaucoup d'affection pour toi…
À cela, le sorcier sourit avec encouragement.
— Mais je ne suis pas certaine de pouvoir tout quitter. Mon pays, mes proches…
Krum haussa des sourcils étonnés.
— Mais je crrroyais que ta famille, balbutia-t-il… Enfin, tes parrrents… Pendant la guerrre…
Hermione acquiesça.
— Il y a aussi mes amis, et tous ceux que je connais ici…
Krum inspira pour reprendre la parole mais elle l'interrompit poliment en levant une main devant elle. Elle ne souhaitait pas l'entendre lui proposer de fonder une nouvelle famille ensemble… C'était trop tôt, ou trop tard. Et plus au programme pour elle.
— Et ma carrière. Mon travail est très important pour moi aussi, ajouta-t-elle.
— Tu pourrrais aussi fairrre beaucoup de bien dans mon pays, argumenta-t-il avec chaleur. Et même au niveau interrrnational !
Hermione hésita.
— Est-ce à cause d'un autrrre homme ? demanda-t-il soudainement.
— Quoi ? s'étonna-t-elle.
— Ce grrrand homme blond, au ministèrrre, rappela-t-il. J'ai vu des arrrticles dans le jourrrnal aussi…
— Non ! répondit aussi sec la sorcière, avec fermeté. Je t'assure que ce n'est pas du tout ça.
— Alorrrs pourrrquoi ne pas nous donner une chance ?
Krum lui prit la main en la suppliant du regard. Hermione posa les yeux sur leurs mains jointes. Elle se rappela la nuit agréable qu'ils avaient passée ensemble… Lorsque d'autres images, plus passionnées, et avec un autre sorcier, s'interposèrent momentanément… Elle les chassa en secouant légèrement la tête, avant de recouvrir tendrement sa main de la sienne.
— C'est juste que… Je ne suis pas sûre… de partager tes sentiments…
Elle ne pouvait pas lui faire cela si elle n'était pas sûre d'elle. C'est pourquoi la jeune femme ne lui demanda pas d'envisager de rester en Angleterre avec elle. Ils n'avaient pas les mêmes envies, c'est tout.
Krum laissa tomber sa main avec un regard triste et un air abattu.
— Je suis désolée, murmura-t-elle.
Elle l'embrassa une dernière fois pour lui dire au revoir et se releva pour partir. Il détourna le visage pour cacher sa déception.
La sorcière venait-elle vraiment de repousser un homme qu'elle appréciait réellement, et qui la respectait et l'adorait depuis des années ? Et pour quoi ?… Hermione espéra seulement qu'elle ne le regretterait pas…
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De retour au manoir, Hermione espérait sincèrement ne pas avoir à croiser Lucius Malefoy, souhaitant se rendre directement dans sa chambre pour se reposer. Elle ne se sentait pas de l'affronter de nouveau après cette journée. Mais le sorcier semblait avoir pour mauvaise habitude d'écraser tous ses espoirs. Était-ce une sorte de hobby pour lui ? Ou une pratique qu'il avait élevée au rang d'art ?
— Vous rentrez bien tôt, s'éleva une voix traînante derrière la jeune femme, à peine avait-elle mis un pied dans le hall. Dois-je comprendre que vous avez rejeté le pauvre garçon ?
Tout le corps de la sorcière se tendit sous le ton condescendant. À contre-cœur, Hermione tourna la tête, pour être accueillie par le sourire horriblement satisfait de Lucius Malefoy. Il se tenait droit, les mains croisées dans le dos, avec un petit air victorieux. L'avait-il attendue ?
Il semblait si sûr de ce que Krum avait pu désirer d'elle, ou de ce dont il avait voulu l'entretenir. Pendant un instant, Hermione hésita à lui mentir, pour le seul plaisir de le voir perdre de sa superbe.
Puis elle se ravisa en soupirant.
— Ne vous réjouissez pas, Mr Malefoy, dit la jeune femme d'un ton lasse, cachant sa colère. Ma décision n'a rien à voir avec vous.
Le sorcier plissa les yeux de contentement, son torse semblant se gonfler d'orgueil.
— Si cela vous fait plaisir de le croire, Miss Granger, dit-il avec suffisance.
Hermione lui offrit un rictus de dégoût face à son évidente complaisance, avant de se détourner et de disparaître dans les escaliers. La détestait-il au point que son malheur le rende si heureux ? Ou n'avait-il rien de mieux à faire pour se distraire et vaincre l'ennui de sa propre vie ?
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Pour son plus grand malheur, la soirée des fiançailles de Drago Malefoy arriva bien trop vite au goût d'Hermione. Comme si cela n'avait pas suffi de devoir gérer l'humeur de Malefoy senior lorsque des photos d'elle et de Viktor Krum, s'enlaçant ou se tenant la main au-dessus de la table au Chaudron Baveur, avaient paru dans La Gazette du sorcier, aux côtés d'un article questionnant le choix de partenaire de la sorcière, et sa mystérieuse situation de couple. En compensation, elle avait dû apparaître de nouveau en public sur le Chemin de Traverse en compagnie du sorcier, alors qu'il se rendait à Gringotts. Elle était étonnée que Mr Malefoy accepte, voire insiste, pour qu'elle l'accompagne dans les méandres profonds des tunnels anciens, et la jeune femme s'efforça de ne pas sembler trop curieuse ou intéressée par ce que pouvait bien renfermer comme trésors son coffre-fort familial. Au moins la sorcière avait-elle pu en profiter par la suite pour flâner dans les rayons de librairies, faire du lèche-vitrine devant les ménageries magiques, et s'acheter une plume neuve ainsi que quelques ingrédients et potions nécessaires chez l'apothicaire… Ceci avant que Malefoy n'insiste pour la traîner dans une boutique de prêt-à-porter pour lui acheter une robe "digne de ce nom". Déjà qu'il avait été gênant de devoir faire un choix et des essayages devant Malefoy et la vendeuse réunis, ils avaient par la suite débattu du bienfondé de la chose jusque dans le salon de thé où ils s'étaient posés, avant de rentrer au manoir.
Une fois prête et habillée pour l'occasion, Hermione sortit de sa chambre, repassant en revue dans sa tête son plan pour la soirée à venir. C'est alors qu'elle tomba sur Malefoy, qui quittait sa propre chambre au même moment, un peu plus loin dans le couloir. Il s'approcha d'elle, vêtu d'une élégante robe de sorcier, et la salua silencieusement, appréciant et validant sa tenue d'un regard et d'un signe de tête, avant de tiquer sur le fait qu'Hermione le fixait.
— Quelque chose ne va pas ? demanda-t-il.
Hermione hésita avant de répondre, ne s'étant pas rendu compte qu'elle le dévisageait ouvertement. Le sorcier portait en cravate un foulard de soie, comme cela lui arrivait. À force de le côtoyer au quotidien, la jeune femme avait l'impression de connaître sa garde-robe par cœur.
— Je trouve que l'autre couleur vous siérait davantage, avec cette tenue, dit-elle en désignant discrètement son col, se râclant légèrement la gorge au passage, un peu mal à l'aise de le conseiller sur la question, ne sachant pas comment le sorcier allait le prendre.
Malefoy baissa les yeux avec un intérêt courtois.
— Oh, s'étonna-t-il sincèrement en comprenant.
Puis il porta sa main à sa baguette dans la poche de sa robe, avant de toucher la sorcière au bras.
— Dans ce cas, si vous permettez, la prévint-il juste avant de les faire transplaner tous deux.
Hermione regarda autour d'elle avec curiosité. Il semblait que Malefoy les ait emmenés tous deux dans sa propre chambre. La laissant ouvertement à sa contemplation de ce lieu nouveau pour elle, le sorcier s'éloigna légèrement d'elle pour venir se placer devant un grand miroir mural, commençant à défaire son foulard pour s'en séparer négligemment sur une commode.
— C'est le genre de détails que je laissais habituellement aux soins de Cissy, lui apprit-il en soupirant.
Hermione n'écoutait qu'à moitié, s'étonnant qu'il la laisse ainsi pénétrer un peu plus dans son intimité. Ce n'était encore jamais arrivé auparavant. Et elle se demandait si c'était une bonne idée.
— Et auquel pensiez-vous ? lui demanda-t-il en la regardant avec complicité à travers le miroir, la sortant de ses pensées.
Revenant à elle, Hermione se rapprocha instinctivement du sorcier et de son reflet, essayant de dissimuler sa gêne. Elle lui décrit succinctement l'article, et la dernière occasion où elle l'avait vu le porter.
— Mais ce n'est que mon avis, précisa-t-elle.
Il sourit avec entendement et appela à lui le foulard en question d'un coup de baguette magique.
— Je fais confiance à vos goûts en la matière.
Hermione le regarda avec surprise face à sa franchise. Était-ce un compliment ? Ce serait bien la première fois…
Lucius fit mine de commencer à enfiler l'accessoire, avant d'arrêter son geste, décidant de le tendre à la sorcière à la place.
— Si vous voulez bien, lui offrit-il avant un petit sourire en coin.
Comprenant, et se retenant de lui dire de se débrouiller, Hermione lui prit le foulard des mains avec agacement et le lui passa le plus doucement possible autour du cou avant de commencer à le nouer avec des gestes secs et tremblants.
— Je ne suis pas certaine de réussir à faire le même nœud que vous, prévint-elle, se concentrant sur sa tâche pour ne pas croiser le regard amusé de l'homme qu'elle sentait fixé sur elle.
— Ce n'est pas grave, continuez.
Elle pouvait sentir le sourire dans sa voix, son souffle chaud lui caressant légèrement le visage.
Quand elle eut fini, Hermione fit un pas de côté, le laissant admirer son travail, qu'il valida d'un hochement de tête satisfait.
— Cela change, en effet, admit-il, mais conviendra parfaitement.
Hermione était sincèrement étonnée qu'il accepte aussi naturellement son aide. Comment en arrivaient-ils à partager des moments aussi simples comme si de rien n'était ?
Malefoy claqua des doigts et le petit elfe de maison apparut à leurs côtés, faisant sursauter Hermione.
— Dipsy, est-ce que nos invités sont déjà présents ?
— Les premiers arrivés vous attendent au salon, comme vous l'avez demandé, Mr Malefoy, répondit l'employé du ministère en saluant de façon enjouée.
— Bien, Malefoy hocha la tête avant de tendre son bras à Hermione dans un sourire signé Serpentard. Maintenant, si vous voulez bien : à nous de faire notre entrée.
Hermione soupira en lui rendant un regard non dupe, avant de passer son bras dans le sien et de se laisser guider en dehors de la chambre, dans le couloir et vers les escaliers.
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Hermione avait mis un point d'honneur à se séparer de Malefoy dès que possible, s'éloignant discrètement pour le laisser vaquer à ses invités. Alors que la soirée avançait, pour son plus grand ennui, la Gryffondor essayait de trouver un peu de courage au fond des coupes de champagne qui circulaient entre les convives, portées sur des plateaux volants enchantés.
À un moment, Narcissa Malefoy avait fait son entrée, seule, et Lucius s'était empressé d'aller l'accueillir, avant de la mener à leur fils pour qu'elle l'embrasse et le félicite chaleureusement. Hermione ne put s'empêcher de lire une légère froideur dans la réaction de Mrs Malefoy envers son (ex-)mari, mais aussi de remarquer une certaine familiarité et aisance dans leur attitude l'un avec l'autre. Après tout, ils avaient été mariés pendant plus de trente ans. Bien que Hermione considérait les Malefoy comme une famille dysfonctionnelle, elle vit en Malefoy et ses parents une famille malgré tout, qui célébrait ensemble un évènement joyeux, après avoir essuyé des années de guerre et leurs conséquences.
Drago Malefoy se fiançait à Daphné Greengrass, comme l'apprit la sorcière lors de l'annonce officielle et discours des deux familles réunies. Le jeune homme faisait bonne figure, devant les compliments de sa mère et remontrances de son père, mais ne semblait pas si ravi aux côtés de sa fiancée - une pâleur encore plus prononcée qu'habituellement trahissant son malaise sur son visage. Si Hermione n'avait pas si peu d'estime pour son ancien camarade d'école, elle le plaindrait presque.
Au moment où la jeune femme pensa se resservir un verre, elle fut devancée.
— Oups ! Pardon, je… Ah, c'est toi.
La voix dédaigneuse provenait d'Astoria Greengrass, la jeune sœur de Daphné, comme la reconnut vaguement Hermione de leurs années communes à Poudlard.
— Bonjour à toi aussi, Greengrass, soupira Hermione en attrapant une autre coupe.
— Granger, répondit sèchement Astoria en se détournant légèrement avant de vider sa coupe d'une traite.
La Gryffondor se demanda vaguement ce qui pouvait bien déprimer ainsi la jeune femme, avant de se rendre compte qu'elle semblait fixer d'un œil maussade le couple formé par sa sœur et son fiancé. Hermione tapota distraitement son verre du doigt, se mordant la joue en se disant que ce n'était pas ses affaires.
— Tu n'es pas heureuse pour ta sœur et Malefoy ? ne put-elle finalement s'empêcher de demander.
— Bien sûr que si ! Que vas-tu t'imaginer ? J'aime ma sœur. Si seulement je pouvais en dire autant de Dra… de son… Mais ne crois pas un instant que j'ai envie d'en parler avec toi !
La jeune femme fit mine de se désintéresser du sujet, mais jeta néanmoins un nouveau regard enflammé vers Malefoy. Interpellée, Hermione observa à son tour le jeune couple avec curiosité, et surprit alors un intense regard de Malefoy dans leur direction, à l'insu de sa fiancée. La sorcière avait rarement vu le jeune homme sembler aussi préoccupé, inquiet même. Puis, reportant son attention sur la sorcière à ses côtés, Hermione vit Astoria rougir jusqu'aux oreilles, les larmes aux yeux, avant qu'elle ne détourne son regard du Serpentard avec honte et regret.
Hermione décida de ne pas insister, ne sachant pas dans quoi elle mettait les pieds, et sincèrement, ne préférant pas savoir.
— Et toi alors, ça ne te dérange pas ? lança alors la Serpentard avec amertume, comme pour changer de sujet.
Hermione suivit son regard pour tomber sur Lucius et Mrs Malefoy qui discutaient à messes basses, un peu à l'écart, en échangeant un toast, verres en main, décontractés et en toute complicité.
Inconsciemment, sa propre main se resserra un peu plus sur sa coupe vide, et elle serra légèrement les dents.
— Pourquoi cela devrait me déranger ? demanda Hermione à voix basse en continuant de les fixer.
— Je croyais que toi, et lui…
— Il ne faut pas croire tout ce qu'on lit dans les journaux.
Hermione s'étonna elle-même de son ton cassant.
La sorcière ne savait pas de quoi le couple discutait, mais elle avait appris à lire le langage corporel de Malefoy. Quelque chose dans la conversation avait soudainement tendu le sorcier, lui faisant perdre son sourire d'apparat.
C'est alors que le cœur d'Hermione se mit à battre la chamade, jurant que Narcissa Malefoy venait de jeter un regard en biais dans sa direction.
Puis, comme au ralenti, la jeune femme observa la sorcière se pencher vers Lucius pour lui murmurer quelque chose à l'oreille avec un sourire entendu, en prenant appui d'une main amicale sur son torse. Hermione vit le sorcier pincer les lèvres, avant qu'un feu n'anime ses pupilles. De colère ? De désir ? Avant qu'il ne tique, le regard drôlement fixe. Un discret sourire en coin vint animer ses lèvres, alors que sa femme s'éloignait de lui pour rejoindre un groupe de convives, leur conversation terminée, le laissant seul.
Hermione détourna alors son regard, de peur que Malefoy ne lève les yeux sur elle, confirmant ce qu'elle craignait : qu'ils aient parlé d'elle. Ou pire…
— Si tu veux bien m'excuser, je dois aller me repoudrer le nez, dit Hermione avec sarcasme à la sorcière à ses côtés.
Essayant de ne pas surinterpréter la cassure dans sa propre voix, ou la boule qui s'était formée dans sa gorge et son estomac, la Gryffondor en profita pour s'éclipser, prétextant de se rendre aux toilettes.
Quand elle eut enfin quitté l'atmosphère étouffante de la salle de réception pour s'isoler dans un couloir sombre, Hermione s'appuya contre le mur et reprit sa respiration. Elle ne devait pas laisser cela l'atteindre. Ce n'était rien. Mais les rires et échanges de Lucius et Narcissa Malefoy s'imposèrent de nouveau dans son esprit lorsqu'elle ferma les yeux. C'était le champagne et la fatigue qui lui jouaient des tours, se dit-elle. La jeune femme se força à se rappeler pourquoi elle était là, et la possibilité que Lucius Malefoy soit encore un Mangemort actif aux vils desseins. Son plan était en place : elle avait un bureau à fouiller, et des preuves à trouver !
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Hermione voulait profiter que Malefoy soit retenu ailleurs pour une durée indéterminée pour explorer en détail la seule pièce du manoir qu'elle n'avait pas encore osé fouiller en sa présence. S'il dissimulait des documents compromettants sur ses manigances, ou les Maîtres Inferi, c'était forcément ici !
Arrivée devant la porte du bureau, Hermione vérifia qu'elle était seule, avant de jeter sur elle un sortilège de Désillusion et de murmurer un Alohomora. Actionnant lentement la poignée, elle se faufila vivement à l'intérieur avant de refermer la porte derrière elle.
Le bureau était plongé dans le noir. D'un geste de sa baguette, la pièce s'éclaira faiblement. Celle-ci était vide, même le perchoir de Brutus abandonné. Le mur de gauche était recouvert d'une longue bibliothèque pleine de grimoires, celui de droite décoré de portraits de famille et d'une petite desserte présentant une bouteille de whisky Pur Feu et une paire de verre en cristal. Hermione jeta de nouveaux maléfices pour bloquer momentanément l'accès à leurs portraits aux ancêtres de la famille Malefoy et ainsi ne pas être dérangée. Au centre et au fond de la pièce, devant une grande baie vitrée donnant sur une partie des jardins, un bureau sculpté dans un bois noble se dressait sur une petite estrade, surélevée d'une paire de marches, et recouverte d'un lourd tapis de couleur sombre. Hermione retira alors son sortilège de Désillusion et se dirigea à pas de chat vers le bureau. Méthodiquement, tout en essayant de ne pas perdre de temps, elle força l'ouverture et fouilla le contenu de chaque tiroir, parcourant chaque document.
Sentant l'adrénaline parcourir ses veines face au danger sous-jacent, Hermione tenta de se concentrer sur l'importance de sa mission pour les Aurors, et de se rappeler ce qui était potentiellement en jeu, pour essayer de ne pas culpabiliser d'éplucher ainsi la correspondance privée de Lucius Malefoy. C'est alors qu'elle tomba sur une lettre de Mrs Malefoy datant de cet automne - plus précisément, le jour qui avait suivi l'apparition du premier article de la Gazette sur son aventure avec Malefoy. La parcourant des yeux, Hermione se sentit rougir. Il fallait dire que Narcissa Malefoy n'était pas une personne qui mâchait ses mots.
"Mon très cher Lucius,
Je tenais à te faire part personnellement de ma surprise première, suivi de mon contentement, en apprenant la nouvelle de ton - pour le moins étonnant - choix d'association ce matin.
Surprise, dans un premier temps, que la réalité de l'âge et de la solitude, qui ne semblent pas t'avoir épargné, te face renier si aisément les préceptes de tes ancêtres dont tu étais si fier de t'évertuer, envers et contre tout, de transmettre à notre fils ; et ceci à tout prix, comme l'aura par la suite prouver le sort de cette famille. Et pour quoi ? La satisfaction passagère apportée par un joliment jeune et nouveau minois ? Drôle d'exemple paternel.
Mais satisfaite, ensuite, déjà de savoir que tu as pu trouver un peu de consolation face à un désespoir si évident, au vu de la direction prise par une telle inclination - puisse-t-elle t'apporter un peu de réconfort ; et surtout de la décision commune m'ayant heureusement sauvegardée à temps d'un tel scandale. Pour cela, je t'en remercie grandement.
Enfin, je suis certaine que tu parviendras à assumer avec élégance les conséquences de tes actes, et à retomber sur tes pattes, comme toujours, comme il est évident qu'une telle situation ne peut émerger que de ta propre volonté souveraine, étant - ô grand jamais - impensable que tes relations ou actions aient pu te mener à te faire, toi, parmi tous les autres, manipuler, ou pire encore, que sais-je, piégé, tel un simple première année.
Cela serait, en effet, bien la première fois que cela t'arriverait, comme nous le savons tous deux.
Sache, dans tous les cas, que tu trouveras toujours en moi une amie compatissante à ton destin, quel qu'il soit ; et sois certain de mon soutien indéfectible dans cette épreuve et auprès de nos amis, que je ne manquerais pas de rassurer à ton sujet.
À toi, sincèrement,
Cissy"
Hermione n'était pas certaine de savoir en quels termes le couple s'était séparé, mais il semblait que la mère de Drago, née Black, possédait de nombreuses récriminations à l'encontre de Mr Malefoy, notamment a priori pour leurs années de malheur vécues sous le joug de Voldemort. En bonne Serpentard, Mrs Malefoy prenait un malin plaisir à se venger de son époux en remuant insidieusement le couteau dans la plaie de son infortune. La sorcière de Sang-Pur parvenait en effet de sa plume acérée (qui n'avait clairement rien à envier à Rita Skeeter) à se moquer soit de la stupidité de l'homme, soit de son hypocrisie (le mettant au défi d'oser avouer que ces rapports avec une née-moldue n'avaient pas été intentionnels), et à insulter son orgueil tout en semblant compatir à sa situation. Hermione était estomaquée. Les joies du mariage, railla-t-elle intérieurement. Quel genre de relations pouvaient donc bien entretenir un tel couple, après tant d'années de vie commune ? Cela la dépassait complètement…
Décidant de délaisser la lettre, Hermione se pencha sur une épaisse serviette en cuir contenant divers parchemins. Devant la complexité de la tâche, la sorcière s'assit dans le fauteuil de Malefoy, étalant les différents documents sur le bureau face à elle. Elle n'était pas certaine de tout saisir, mais il y avait là de nombreuses listes de noms, de lieux, de sociétés et de transactions de précisés… des accords signés, des réponses de missives échangées… Hermione essaya de se concentrer pour reconnaître un terme en particulier qui pourrait la mettre sur la piste… Puis elle soupira en fermant les yeux et se frottant le front. Elle n'aurait pas dû boire autant. Étaient-ce les preuves que Harry recherchait ? Le mieux était de lui transmettre le tout et de le laisser en juger avec les informations plus complètes qu'il détenait. Sa décision prise, et l'heure tournant dangereusement, Hermione se leva et entreprit de dupliquer l'ensemble des parchemins, avant de les rétrécir pour les faire entrer dans son petit sac en perles.
Jetant un coup d'œil à la pendule, la sorcière s'appliqua à tout remettre en place, refermant magiquement les tiroirs à clef, effaçant toute trace de son passage. Baguette magique en main, et craignant que son absence prolongée ne commence à se faire remarquer, Hermione se saisit de son sac à main et fit précipitamment le tour du bureau, jetant au passage un nouveau sortilège de Désillusion sur sa personne pour dissimulée sa sortie. Mais, arrivée en haut des marches de l'estrade, le talon de sa chaussure se prit dans un pli du tapis… Elle voulut se rattraper maladroitement d'une main au plateau du bureau, malheureusement trop tard…
Clac !
Les larmes aux yeux, la main d'Hermione vola aussitôt devant ses lèvres pour étouffer son cri de douleur. La sorcière venait de se tordre la cheville… gravement. Dans sa chute, sa baguette lui avait échappé des mains, levant son sortilège de Désillusion et roulant lentement vers la porte du bureau, hors de sa portée. Cherchant de nouveau à prendre appui pour se redresser, Hermione se sépara de son sac en le déposant au-dessus du bureau. Tremblante, elle commença à tendre une main hésitante vers sa cheville endolorie, et qui commençait déjà à gonfler à vue d'œil, se demandant quoi faire… Lorsque la porte du bureau s'ouvrit.
— Je peux savoir ce que vous faites là ?
Les yeux humides et écarquillés, Hermione leva la tête. Lucius Malefoy venait de passer la porte.
Livide, la jeune femme vit le regard du sorcier se poser successivement sur sa forme à demi-recroquevillée au sol, sur son bureau derrière elle, puis sur les portraits vides accrochés au mur. Il plissa légèrement les yeux, et la jeune femme paniqua devant son air suspicieux.
— Pourquoi n'êtes-vous pas en bas avec le reste des invités ? demanda-t-il de sa voix traînante sans la regarder.
— Je… Je suis partie, balbutia tant bien que mal Hermione en réfléchissant à toute vitesse malgré sa position inconfortable. Je m'ennuyais. Je suis venue chercher de quoi… écrire… une lettre à Ginny ! mentit-elle en cherchant à se relever. Mais je n'avais plus de parchemin dans ma… Aïe !
À son cri, Lucius reporta son attention sur la jeune femme, voyant comment elle se tenait crispée pour ne pas poser sa cheville au sol. Puis il baissa les yeux sur la baguette de la sorcière à ses pieds, et esquissa un sourire inquiétant.
— Vraiment ? sa voix possédait un ton calculateur et il haussa un sourcil dubitatif.
Malefoy se pencha pour ramasser la baguette et s'approcha lentement de la jeune femme, refermant la porte derrière lui. Hermione frémit en entendant le "clic" de la clef tournée magiquement dans la serrure.
— Vous vous êtes blessée ? observa-t-il presque amusé, une fois arrivé à sa hauteur.
— J'ai glissé… bêtement, avoua-t-elle douloureusement. Je crois… que je me suis tordu la cheville.
Malefoy acquiesça en l'examinant sans un mot. Hermione crut un instant qu'il allait au moins lui rendre sa baguette, si ce n'était lui venir en aide, mais il n'en fit rien. Elle lui jeta un regard. Il avait les yeux étrangement brillants. Allait-il profiter de la situation ? Certes, il était un Serpentard après tout…
— Est-ce vraiment tout ce que vous étiez venue chercher ici ? demanda-t-il avec curiosité et insistance.
Hermione sentit des sueurs froides la parcourir. Elle eut peur de ce qu'il pouvait insinuer.
— Je vous demande pardon ?
Leurs regards se croisèrent. Allait-il réellement prendre le temps de l'interroger comme si de rien n'était, dans l'état évident de détresse dans lequel elle se trouvait ?
— De quoi écrire, précisa-t-il. Ou alors…
Son regard glissa jusqu'au petit sac en perles posé sur le bureau à côté d'elle. La Gryffondor repensa aux copies des parchemins qu'elle avait faites, et fit un effort surhumain pour ne pas se trahir du regard.
— Pour quelle autre raison ? lança-t-elle le plus innocemment possible, reportant l'attention du sorcier sur elle.
Malefoy sourit en manipulant la baguette de la sorcière devant son visage en provocation.
— Je ne peux m'empêcher de me demander, dit-il d'une voix chantante... Pourquoi vous immiscer seule dans mon bureau ?
Hermione continua de lui rendre son regard sans un mot.
— Cherchiez-vous réellement à fuir la soirée ? Ou peut-être… Espériez-vous un peu de compagnie ?
Hermione haussa les sourcils, ne comprenant pas où il voulait en venir.
— Ma compagnie, par le plus grand des hasards ?
Elle écarquilla les yeux d'effarement. Qu'allait-il imaginer ?
Le sorcier sourit de plus belle et replaça une mèche rebelle de ses cheveux derrière son oreille.
— Est-ce que je vous manquais, Miss Granger ? Vous désiriez m'avoir pour vous toute seule ?
Hermione se dégagea d'un geste vif.
— Et pourquoi cela ?
Malefoy sourit de nouveau d'un air carnassier en se penchant un peu plus vers elle.
— Je pense sincèrement, susurra-t-il comme en confidence, qu'au fond de vous, vous avez envie de moi.
Sous la pression et la stupéfaction, devant de tels propos, Hermione ne put empêcher un petit rire étouffé et peu élégant de lui échapper.
Malefoy haussa les épaules avec détachement avant de se redresser et de s'éloigner légèrement.
— Cela vous libérerait de l'accepter et de l'avouer, lui offrit-il en reniflant, détournant un instant le visage comme s'il n'accordait aucun crédit à la réaction de la sorcière.
Puis il rangea la baguette de la jeune femme dans la poche intérieure de sa robe de sorcier. Geste qui n'échappa pas à Hermione.
— Si vous ne ressentez réellement aucune attirance pour moi, poursuivit-il, vous n'aurez donc aucun mal à m'embrasser. Si vous ne craignez pas de ne pas pouvoir me résister ?
Hermione leva les yeux au ciel pour cacher son embarras grandissant, feignant un petit rire dubitatif à son tour.
Elle sursauta néanmoins lorsque Malefoy plaqua bruyamment ses mains sur le bureau de part et d'autre de son corps, l'emprisonnant de ses bras, et rapprochant dangereusement son visage du sien.
Il se tenait si près que la jeune femme pouvait sentir son odeur, et elle se fit la réflexion qu'elle le trouvait étonnamment joyeux et joueur ce soir, au vu des circonstances.
— Vous avez bu ? l'accusa-t-elle.
Le sorcier rit face à son étonnement.
— Je fête les fiançailles de mon fils unique, se moqua-t-il avec évidence, bien sûr que j'ai bu !
Hermione n'était pas certaine de vouloir confronter un Lucius Malefoy ivre. Puis elle le vit avec frayeur tendre la main vers son sac, comme pour s'en saisir, et sans la quitter des yeux, observant sa réaction et la mettant au défi de réagir, pour finalement seulement le repousser, le déposant un peu plus loin. Reportant son regard sur le sorcier, Hermione rougit face à son sourire ouvertement narquois.
— Vous vous croyez irrésistible, peut-être ? se défendit-elle pour donner le change.
La jeune femme pouvait presque physiquement sentir les documents volés dissimulés dans son sac, comme s'ils brûlaient, persuadée que Malefoy pouvait le sentir aussi et qu'il était au courant du méfait, le visage de la sorcière rouge de l'aveu commis.
— Allons, Miss Granger…
Le sorcier se pencha sur elle pour lui murmurer à l'oreille.
— Personne ne peut aussi bien simuler… encore… et encore… et encore !
Comprenant qu'il osait encore une fois faire référence à cette maudite nuit, Hermione tourna vivement la tête dans sa direction, le visage en feu, pour lui dire le fond de sa pensée. Mais le Serpentard, anticipant sa réaction si prévisible, en profita alors pour capturer ses lèvres avec les siennes dans un baiser enflammé, la surprenant par son geste entreprenant. Étouffant une exclamation de surprise, elle voulut se dégager mais perdit l'équilibre, en appui sur la pointe de son seul pied valide. Il la prit aussitôt dans ses bras, se redressant en la serrant fort contre lui, et elle dut s'accrocher à lui pour se stabiliser. Il saisit l'occasion d'approfondir le baiser, allant chercher sa langue avec la sienne et l'invitant à la danse, une main glissée dans ses cheveux défaits, se saisissant de sa nuque, l'autre fermement plaquée dans le creux de son dos. Aussi étroitement collée contre lui, nul air de subsistait entre eux, et elle ne put ignorer l'évidence de son excitation naissante. L'idée même affaiblit ses genoux et elle gémit honteusement contre sa bouche, incapable de se retenir.
Une partie vague et lointaine de l'esprit d'Hermione lui souffla que son premier réflexe devrait être de le repousser. Mais Malefoy l'avait tellement prise de court, et la jeune femme devait bien s'avouer que cela était loin d'être désagréable, surtout après tout le stress engendré par la soirée.
Elle se mentirait si elle se disait qu'elle n'y avait pas pensé. Combien de fois se l'était-elle demandé, l'avait-elle imaginé… Ce que cela pourrait être… À quoi cela ressemblerait… de le réembrasser… Ce qu'elle ressentirait… depuis cette nuit. Ou était-ce le champagne qui parlait ?
La sorcière s'appliqua alors à lui rendre son baiser avec autant d'énergie, comme s'il s'agissait d'une lutte de pouvoir et que son honneur était en jeu. Elle se perdit ainsi un instant dans la sensation, entre attentions données et reçues, les mains plaquées contre son torse puissant, les laissant finalement glisser jusqu'à ses épaules.
À sa réaction, son abandon au plaisir procuré et sa participation volontaire évidente, elle sentit le sorcier vibrer de désir contre ses lèvres, résonnant dans sa cage thoracique. Hermione serra davantage ses épaules entre ses mains en réponse. La main qui s'était saisie de sa nuque lui fit davantage pencher la tête en arrière pour permettre au Sang-Pur d'explorer plus profondément l'antre de ses lèvres. De sa main libre, il n'avait de cesse de parcourir son dos de long en large, comme s'il relâchait enfin une tension trop longtemps retenue. La faisant doucement reculer pour venir l'asseoir à demi au bord du bureau, Malefoy se sépara finalement d'elle pour soupirer de contentement, laissant la jeune femme à bout de souffle.
— Je vois que je ne suis pas le seul à avoir abusé du champagne ce soir, plaisanta-t-il doucement, les yeux encore à moitié clos.
— Mr Malefoy, s'il vous plaît ! le supplia alors soudainement Hermione en s'accrochant à sa robe de sorcier, les larmes aux yeux.
Malefoy sourit en vainqueur.
— Oui ? souffla-t-il avec avidité en se collant à nouveau à elle.
— Ma cheville, gémit-elle…
Malefoy se rendit alors compte de quelle souffrance la jeune femme le demandait réellement de la libérer, et sortit quelque peu de son état d'ébriété, acceptant finalement de lui venir en aide.
Il soupira et recula d'un pas pour venir s'agenouiller devant elle. Il se pencha et tendit la main pour venir délicatement se saisir de sa cheville blessée et l'observer attentivement, avant de défaire la boucle de sa chaussure avec aisance et précaution pour l'en dévêtir.
Hermione inspira d'appréhension en sentant la fraîcheur des mains du sorcier sur sa peau sensible, anticipant la douleur.
— Non, s'il vous plaît, se plaint-elle…
Ce contact était pour elle comme une sourde menace et elle n'osa bouger.
— L'un des avantages d'avoir survécu à deux guerres, Miss Granger, la sermonna calmement le sorcier, c'est que l'on apprend à en soigner les blessures au combat.
Avant qu'Hermione ne put protester, le sorcier remonta d'un geste la jupe de sa robe sur ses genoux pour en dégager pleinement son pied à sa vue et à ses soins. Il sortit alors sa propre baguette et murmura une formule magique en la pointant sur la cheville enflée. Aussitôt, Hermione sentit comme une douce chaleur liquide l'envahir, et des picotements remonter le long de sa jambe. La douleur sembla diminuer, se faisant moins lancinante.
Malefoy attendit un moment, observant son œuvre, avant de lever les yeux sur elle.
— Ça va mieux ? demanda-t-il avec une douceur qu'elle ne lui connaissait guère.
Hermione acquiesça piteusement.
— Ça pique, avoua-t-elle en grimaçant, entamant un geste pour retirer son pied de sa main…
— Oh ?
Malefoy se pencha alors pour venir souffler doucement sur la blessure, pensant apaiser les démangeaisons. Mais Hermione, plus gênée que jamais par sa proximité, considéra que cela était pire.
Le sorcier remarqua sa réaction et son visage rouge, et s'en amusa. Laissant ses yeux glisser sur la jeune femme, il commença alors doucement à faire parcourir le bout de ses doigts avec délicatesse le long de sa jambe, comme pour la distraire de la douleur, dessinant des arabesques imaginaires. Et entreprit de remonter très lentement, discrètement, mais inlassablement, sous la jupe de sa robe.
— Mr Malefoy, le prévint la sorcière d'un ton qu'elle aurait souhaité davantage menaçant que suppliant dans sa position actuelle de faiblesse.
Elle n'était pas insensible aux chatouillements déclenchés par la caresse, qu'elle savait ne pas être aussi innocente qu'il aurait aimé lui faire croire.
— Tout le monde nous croit déjà amants, dit alors le Sang-Pur sur le ton de la conversation, comme perdu dans ses pensées. Pourquoi ne pas leur donner raison ? Qu'est-ce que cela changerait ?
Le Serpentard la regarda avec une sincérité désarmante et la jeune femme ne sut quoi répondre. Était-il sérieux ?
Le sorcier dissimula un sourire en coin en reportant faussement son attention sur la cheville en cours de guérison.
— Ce fameux accord - derrière lequel vous aimez tant vous cacher - peut évoluer à tout instant, Miss Granger, proposa-il à voix basse.
Il laissa sa main explorer en toute impunité la douceur de la peau offerte à sa vue, accompagnant son regard avide, jusqu'à atteindre le genou de la sorcière…
— Il suffit d'un mot de votre part, dit-il. Je sais que moi, en tout cas, je ne m'y opposerais pas…
Malefoy leva de nouveau son regard perçant sur le visage rouge de confusion d'Hermione. Comme hypnotisée par la position du sorcier à genou devant elle, et ensorcelée par ses mots, elle restait sans voix, figée sur place, essayant d'absorber tout ce qu'il lui disait et lui faisait.
— Cette collaboration n'a pas à être dénuée de tout plaisir, poursuivit-il dans son argumentation, d'une voix suave qu'elle ne lui connaissait que trop peu. Nous pourrions tous les deux y trouver notre compte. Et qui sait, peut-être profiter un peu de ce temps passé ensemble qui nous est imposé ?
Malefoy sembla se perdre un instant dans le parfum émanant de la sorcière, inspirant à pleins poumons en fermant les yeux. Il vint coller son visage contre le mollet de la jeune femme, comme pour attester de la douceur de sa peau contre sa joue.
Hermione avait le souffle coupé. Elle pouvait sentir intimement contre elle la chaleur du souffle du sorcier, et deviner celle de ses lèvres toutes proches. Elle essaya de rassembler ses pensées.
— Vous vous trompez, commença-t-elle, à propos de…
Malefoy la regarda, se décollant quelque peu d'elle, mais sans retirer ses mains. Hermione détourna le regard, gênée.
— Je ne me souviens de rien… de cette nuit-là, mentit-elle. Sûrement un effet secondaire du philtre d'amour…
Malefoy sembla tout d'abord réellement choqué par son faux aveu, et pendant un instant, Hermione lut le doute dans son regard - et elle se demanda alors ce dont lui se rappelait vraiment de cette fois-là. Avant que le visage du sorcier ne se referme soudainement.
— Si cela est vrai, dit-il très sérieusement, alors voilà un tort que je me dois de rectifier…
D'un geste, il passa la jambe de la jeune femme par-dessus son épaule, l'obligeant à prendre appui sur lui si elle nous voulait pas perdre l'équilibre depuis son perchoir précaire.
— Que faites-vous ? demanda Hermione en panique, essayant maladroitement de remettre la jupe de sa robe en place.
— Je vous assure, Miss Granger, que vous ne voulez pas vous appuyer sur cette cheville le temps qu'elle se répare, la prévint Malefoy.
Puis il posa ses mains de part et d'autre des cuisses de la sorcière, et remonta lentement, bien qu'avec détermination, les pans du tissu froissé pour venir la découvrir petit à petit à sa vue.
— Mr Malef…! Hermione voulut protester, mais fut interrompue par un hoquet de surprise en sentant les lèvres du sorcier caresser la peau sensible à l'intérieur de son genou, et remonter entre ses cuisses.
— Je sais ce que vous aimez, Miss Granger, murmura-t-il irrésistiblement contre sa peau brûlante et frémissante. Et comment vous aimez être touchée…
Hermione ne savait plus où se mettre. Une petite voix au fond d'elle lui criait qu'elle devait faire quelque chose, que cela était une très très mauvaise idée de le laisser faire. Mais une part grandissante en elle était fascinée par la vision de Lucius Malefoy agenouillé comme en vénération devant elle ; flattée qu'il cherche si ouvertement à la séduire de ses efforts. Elle se laissa envoutée par le regard brûlant et provocateur qu'il lui lançait sans honte depuis sa position. Il jouait avec elle, mais avec révérence. Caressant et embrassant l'intérieur de ses cuisses, remontant toujours plus, lentement, inexorablement, vers son but, il la mettait autant au défi de l'arrêter que de l'accepter.
Cela ressemblait tellement à la scène de son rêve de l'autre jour !
Hermione ne pouvait nier son état alarmant d'excitation face à la situation qui avait dramatiquement dérapé et lui échappait totalement des mains. Elle ne devrait pas céder… Mais elle en avait affreusement envie. Après tout, que pouvait-elle faire ? Perchée ainsi sur la pointe de son pied valide, à moitié assise sur le bureau auquel elle se tenait comme elle pouvait pour ne pas glisser, le reste de son poids reporté sur le sorcier. Elle n'avait pas la force de le repousser. Ne trouvait pas les mots pour l'arrêter. Et avait tellement peur qu'il découvre ce qu'elle était réellement venue faire dans son bureau. Le danger de la situation était électrisant. L'adrénaline faisant battre le sang à ses oreilles.
Et finalement… Qui le saurait, si cela devait arriver ?
Elle était si curieuse de l'audace de l'homme face à elle… Hésitait-elle vraiment à…?
Hermione devait être rouge pivoine de son décolleté jusqu'à la racine de ses cheveux. Elle relâcha un souffle qu'elle ne s'était pas rendue compte avoir retenu jusque-là, une douce chaleur s'emparant d'elle. Échangeant un dernier regard, les pupilles dilatées et le souffle court, elle sentit Malefoy sourire machiavéliquement contre elle face à sa reddition silencieuse. Il avait gagné.
Puis, sans ralentir, il la dégagea avec expertise de sa dernière barrière, ses doigts se glissant sous le dernier obstacle entre lui et son but. Avant d'enfouir son visage contre son entrejambe, la faisant sursauter et lui coupant la respiration en sentant sa bouche l'atteindre. Au premier léger contact de ses lèvres, au premier baiser presque timide, et au premier coup de langue pour la goûter, elle ne put empêcher un petit cri de surprise de lui échapper, et il grogna lascivement contre elle à l'unisson, avant de venir l'explorer pleinement et la parcourir librement.
Portant une main à son visage pour cacher son émoi, Hermione eut le plus grand mal à taire ses gémissements de plaisir. C'est alors qu'une pensée soudaine et fugace lui vint, se demandant s'il avait pensé à insonoriser la pièce. L'idée qu'on puisse les surprendre dans une telle position la faisant chanceler.
Cherchant à l'atteindre toujours plus profondément, il ramena soudainement d'une main ses fesses contre lui, la plaquant contre son visage et l'obligeant à se cambrer sous ses administrations. De l'autre, il lui maintint les cuisses davantage grandes ouvertes pour lui, tout en les caressant pour la stimuler, la jupe de sa robe remontée jusqu'à ses hanches, lui laissant la place d'agir à sa guise. Elle voulut par réflexe enfouir sa main dans ses cheveux pour maintenir en place sa tête qui s'agitait entre ses jambes - ne sachant si elle devait l'encourager ou le repousser - mais n'osa le toucher, décidant au dernier moment de planter ses ongles dans son épaule à la place, pour trouver son équilibre. Tous ses gestes étaient tellement sensuels. Hermione le sentit - plus qu'elle ne l'entendit - gronder contre elle, comme s'il la savourait. La jeune femme dut se mordre la main pour s'empêcher de prononcer son nom.
Comme il l'avait dit, c'était comme s'il savait parfaitement quoi faire - quand et comment le faire - pour la rendre folle et la faire jouir au plus vite.
Il trouva presque instantanément le centre de son plaisir et le fit jouer entre ses lèvres et du bout de sa langue, l'attaquant inlassablement. C'était comme s'il la dévorait, l'aspirait de l'intérieur. Une douce torture. Elle était complètement offerte, à nu devant lui, de la plus intime des manières.
La jeune femme avait tellement chaud qu'elle en avait les larmes aux yeux, brouillant sa vue.
Quand il ajouta la présence intrusive d'un doigt inquisiteur à la caresse insoutenablement électrisante et insistante de sa langue, c'en fut trop pour elle, et la sorcière n'y tint plus. Hermione se sentit dangereusement chanceler au bord du précipice… Avant de croiser le regard implacable rivé sur elle du sorcier perché entre ses cuisses - habituellement gris et froid comme l'acier, et là devenu noir et brillant de désir - qui la fit basculer (enfin !). Et les étoiles explosèrent tel un feu d'artifice derrière ses paupières closes. Elle se mordit la lèvre jusqu'au sang pour étouffer son cri de jouissance torturée, avant de retrouver sa voix enrouée et de jurer à voix haute. Dans une supplique étranglée, elle le conjura d'arrêter sa stimulation, ne reconnaissant pas le son de sa propre voix. Il y consentit, ralentissant finalement pour l'accompagner alors qu'elle chevauchait les dernières réminiscences de son orgasme. Puis il vint déposer un unique et dernier baiser contre sa cuisse chaude et humide avant de se retirer et de l'admirer, respirant fort contre elle, comme s'il venait lui-même de courir un marathon.
Hermione tremblait encore des pieds à la tête, cherchant son souffle. Son esprit, lui, rattrapant doucement la réalité, comprenant petit à petit ce qu'il venait de se produire. Et elle n'avait plus mal à la cheville.
Il semblait que la température grimpante de la pièce les avait tous deux tirés de leur état d'ébriété précédent.
Sans un mot, et avec un stoïcisme désarmant, Malefoy se leva de sa position au sol, libérant la jambe passée par-dessus son épaule et relâchant la main crampée sur son épaule, avant de se redresser de toute sa hauteur pour faire face à la jeune femme.
Se passant une main sur le visage, puis dans les cheveux, il se lécha les lèvres et se recoiffa. Il tira sur sa robe de sorcier pour venir lisser les plis et la réajuster. Il était de nouveau impeccable, comme si de rien n'était.
Puis, le plus naturellement et sérieusement du monde, il attrapa Hermione par le menton et se pencha galamment pour venir déposer un simple baiser sur ses lèvres entrouvertes, la tirant de son état second. Elle sentit son propre parfum, enivrant, encore présent sur les lèvres de l'homme.
— Il n'y a pas de quoi, Miss Granger.
Sa voix rauque collé à son oreille la ramena à elle et elle croisa son petit sourire satisfait.
— Je vous assure que tout le plaisir était pour moi.
Elle détecta dans son regard signature au sourcil levé une étincelle rieuse, transpirant de fierté. Elle se rappela alors qui il était. Et elle eut soudainement honte.
— Vous… Vous… commença-t-elle, ne trouvant pas ses mots.
Elle ne rêvait pas… Il avait profité de la situation ! L'avait manipulée… Et elle l'avait laissé faire… s'était laissée séduire…
Elle s'était faite avoir.
Elle commença à se couvrir de ses mains pour remettre ses vêtements en place.
— La prochaine fois, dit Malefoy en frottant la pulpe de son pouce contre sa lèvre enflée pour l'interrompre, j'aimerais beaucoup vous entendre crier.
Avant de lui lancer un nouveau sourire en coin autant moqueur que prometteur, dévoilant ses canines.
Choquée, et sentant la colère monter, Hermione lui attrapa la main tout en rejetant la tête en arrière pour venir se dégager. Elle la serra un instant dans la sienne, comme si elle voulait lui briser les doigts, tout en le fusillant d'un regard noir. Avant de le repousser sans ménagement, le faisant éclater de rire alors qu'il reculait de quelque pas dans son élan.
Il ne doutait vraiment de rien ! Elle devrait pourtant savoir que tout n'était que jeu de pouvoir avec lui. Elle n'aurait jamais dû lui montrer de la faiblesse. Elle commençait déjà à le regretter. Et s'en voulait tellement...
— Qu'est-ce qui vous fait croire qu'il y aura une prochaine fois ? lâcha-t-elle piteusement en se rhabillant avant de quitter son bureau pour s'éloigner de lui.
Il sourit tel le Serpentard qu'il était, amusé voire excité par son déni. Il adorait relever un défi.
— Oh, vous reviendrez. Je vous l'assure…
Préférant l'ignorer, Hermione attrapa furieusement ses affaires avant de s'enfuir hors de la pièce, sous le rire du sorcier qui résonnait à ses oreilles, l'accompagnant jusque dans le couloir.
— Le rouge est en effet une couleur qui vous va très bien ! lança-t-il d'une voix forte derrière elle.
Une fois réfugiée dans le sanctuaire de sa chambre, elle se jeta sous la douche avant de s'insulter de tous les noms. Mais qu'est-ce qui lui avait pris ? En pleine enquête !
Comment pourrait-elle lui refaire face après ça ? Le sorcier sera juste insupportable !
Elle aurait dû savoir depuis le début que toute cette situation était beaucoup trop dangereuse. Ginny avait pourtant essayé de la mettre en garde…
Hermione essaya de chasser de son esprit le visage débordant de complaisance de Lucius Malefoy.
Oh oui, pensa-t-elle, il devait être tellement content de lui…
Ce qui était encore plus incompréhensible pour Hermione que le plaisir incomparable qu'elle avait ressenti, c'était la raison pour laquelle le sorcier avait agi de la sorte.
Elle se rappela les mots qu'il avait prononcés.
"Qu'est-ce que cela changerait ?"
Elle, pensa la Gryffondor en se cognant la tête contre le mur, son visage chaud et rouge enfoui entre ses mains pour étouffer un cri de frustration et d'autoflagellation. Elle, elle le saurait…
xxx
N.d.A :
skŭpa moya : ma chérie / my darling
Promis, je vais tout faire pour que la suite (et bientôt la fin) arrive(nt) le plus rapidement possible !
J'espère que vous aurez pris plaisir à lire ce chapitre.
Et je suis toujours preneuse de vos critiques constructives. (Merci à vous)
A très vite !
- LL.
