Chapitre 1 – Le dragon assoupi

Un passerouge volait gaiement dans le ciel matinal. Il avait une mission à accomplir, même s'il se doutait qu'une fois encore la tâche serait ardue. Il se posa sur le rebord d'une fenêtre ouverte. Grace était en train de préparer le petit déjeuner et chantonnait un air jovial. Elle s'arrêta un instant pour vérifier si personne ne descendait les marches de l'escalier.

- Elle fait encore la tête, soupira-t-elle. Passerouge, tu veux bien aller la réveiller ?

Le pokémon fit un signe de tête entendu et voleta jusqu'à la chambre de celle qui refusait de quitter son lit. Il profita que la porte était entrouverte pour se glisser à l'intérieur. Sa cible était encore emmitouflée dans ses couvertures. Il s'approcha, prêt à réveiller l'endormie de son bec acéré. Une peluche vola soudain dans sa direction, il l'évita de peu et s'enfuit hors de la chambre. La jeune fille s'assit dans son lit, ses cheveux mi-longs en bataille, des cernes sous les yeux et la mine de quelqu'un qui allait passer une mauvaise journée. Elle se saisit de son oreiller et y enfouit sa tête le plus profondément possible afin d'étouffer ses cris d'exacerbation et de colère. Qu'est ce qui causait autant de soucis à la jeune fille ? Peut-être le fait qu'un certain dresseur à la casquette s'était bien moqué d'elle.


Le professeur Chen menait ses recherches au sein de son éternel laboratoire. Il avait beaucoup de travail en ce moment et le départ, d'une durée indéterminée, de son seul assistant pour l'arène d'Azuria ne l'arrangeait pas. En plus, il devait surveiller son Motisma qui prenait un malin plaisir à fourrer son nez aux mauvais endroits.

- Vous avez bientôt finit professeur Chen ?

Le scientifique quelque peu agacé fusilla du regard le jeune Sacha assit sur la table d'examen. Le garçon comprit immédiatement qu'il devait se taire, mais il n'en demeurait pas moins qu'il n'était pas à l'aise en caleçon avec tous ces capteurs collés sur sa peau.

Une fois son travail terminé, le professeur savoura un café bien mérité. Il avait accepté de rendre service à Délia en vérifiant que tout était rentré dans l'ordre. Si aux premiers abords il avait cru cette démarche inutile, il s'était finalement rendu compte que tout n'était pas revenu à la normale. Il s'attarda un instant sur le garçon en train de remettre son t-shirt, sa peau ne présentait plus aucune marque de blessures et ce n'était pas uniquement dû aux bons soins de l'hôpital. Sacha s'en était remis si rapidement et si facilement que cela lui avait fait penser à la guérison naturelle d'un dracaufeu. Mais Sacha était censé être redevenu humain… Au cours des semaines suivantes, d'autres éléments attisèrent sa curiosité scientifique : une ouïe et surtout un odorat plus développé, une musculature plus marquée sans pour autant être hypertrophique… Tous ces éléments l'avaient immanquablement poussé à de plus amples recherches et il n'avait pas été déçu.

Le code génétique du garçon s'était modifié et ce n'était pas de simples variations inhérentes à chaque être humain au cours d'une vie. Avec l'aide d'Edivo, qui avait bien d'autres connaissances en plus de l'archéologie, il avait pu mieux comprendre le phénomène. Le masque de Derkomaï contenait de l'ARN, une molécule normalement instable qui semblait s'être cristallisée dans l'étrange pierre noire. Au moment où le masque était entré en contact avec Sacha, la lumière émise avait créé de multiples cassures au sein de l'ADN humain et les morceaux d'ARN ou pour être vraiment précis, rétro-ARN s'étaient incorporés dans le génome induisant le changement en pokémon. Et malheureusement, le retour à la normale n'était pas liée à une excision définitive et complète des séquences, c'était même le contraire. Le professeur attrapa un de ses écrans, une rangée de lettres colorées y était affichée. Toutes les séquences en rouge représentaient l'ADN des dracaufeus et toutes celles en vert correspondaient aux séquences humaines. N'importe qui regardant ce tableau et faisant défiler les séquences pouvait dire que les proportions des couleurs étaient équivalentes. Il avait alors fallu du temps et surtout de nombreuses nuits aux professeurs pour comprendre ce qu'il s'était passé.

Chen entra un nouveau code sur son clavier et de courtes séquences furent colorées en jaune. Elles étaient disséminées aussi bien au niveau des séquences humaines qu'au niveau des séquences pokémons. La réponse lui était alors apparue, le masque avait conservé sa fonction et avait introduit de nouvelles séquences, des séquences « non codantes ». Ce que certains auraient appelé à tort de l'ADN poubelle était en réalité des séquences régulatrices de gêne qui avaient permis d'éteindre les gênes de dracaufeu et d'activer les gènes humains. Cependant, cela signifiait que l'état actuel de Sacha n'était pas définitif, il y avait toujours une possibilité pour qu'il redevienne un lézard orangé.

Le professeur se saisit d'un de ses pokédexs et le pointa sur le garçon. Après un léger temps de chargement la machine récita : « Dracaufeu, le pokemon flamme… »

- Arrêtez de faire ça ! s'énerva Sacha.

Le professeur rangea rapidement l'appareil et s'excusa. Il se doutait que l'idée de redevenir un pokémon n'enchantait pas le garçon.

La souris électrique sauta sur l'épaule de son dresseur et ils se dépêchèrent de rejoindre le grand parc derrière le laboratoire. Sacha profitait de devoir souvent se rendre chez le professeur pour s'occuper de ses pokémons. Macronium était toujours la première à venir le voir suivie rapidement des autres. Ils s'amusaient et mangeaient ensembles, profitaient des jours ensoleillés pour se prélasser dans l'herbe. Aujourd'hui, Sacha assistait au combat entre son Jungko et son Simiabraz, les deux pokémons se plaisaient à tester leur force en se mesurant l'un à l'autre. En les voyant ainsi faire, le garçon ne pouvait s'empêcher de se remémorer ses propres combats. Evidemment, il se souvenait de la douleur mais il y avait aussi cette sensation de pouvoir se battre soi-même, de pouvoir protéger de ses propres mains. Il se souvenait encore de ces moments si particuliers où sa respiration et les battements de son cœur se superposaient à ceux de sa dresseuse. Sacha s'allongea dans l'herbe, les nuages avançaient au grès du vent sans que rien ne puisse interrompre leur voyage. Et lui, devait-il reprendre son périple en tant que dresseur ? Le couinement de sa souris électrique le fit se relever. Il caressa la tête de son ami, Pikachu n'attendait sans doute que ça : pouvoir repartir, rencontrer de nouveaux amis et défier une nouvelle ligue. Maintenant que tout était fini, c'était peut-être la meilleure chose à faire. Il arrêta ses caresses, le regard porté dans le vague. Repartir en voyage sans elle… Ses pokémons le rappelèrent rapidement à la réalité, le soleil était sur le point de se coucher et sa mère risquait de lui en vouloir s'il rentrait trop tard.


Délia accueillit son fils avec un grand sourire. Le diner était déjà servi, il ne restait plus qu'à se mettre à table. Pikachu engloutit goulument son repas mais son maître n'en fit pas autant. Délia soupira, il mangeait peu ces derniers temps. En fait, depuis son retour, elle le retrouvait souvent le regard dans le vide, semblant réfléchir. Quand elle comprit qu'il ne mangerait pas plus ce soir là aussi, elle préféra retirer l'assiette. La maîtresse de maison se retroussa les manches, fit couler l'eau, et commença à nettoyer la vaisselle à coups vigoureux d'éponge.

- Tu devrais appeler Serena pour qu'elle brise ta pokéball, dit innocemment sa mère.

- Elle a oublié la dernière fois et ce n'est pas si grave.

- Si ça l'est ! Tu es un humain et à ce titre tu n'appartiens à personne. Je suis sure qu'elle a fait exprès de ne pas te relâcher.

- Et ensuite ? Ce n'est pas comme si elle allait me demander à nouveau de combattre.

Délia crut déceler de la tristesse dans la voix de son fils. Etait-ce possible qu'il regrette sa vie de pokémon ?

- Ecoute. Je n'ai rien contre Serena mais je pense que le fait de t'enfermer dans une pokéball a quelque peu changé ta personnalité. Je suis sure que si elle te relâchait tu y verrais plus clair.

- Je ne veux pas qu'elle me relâche ! cria soudain Sacha.

Il s'était levé d'un coup et avait frappé si violemment la table que sa mère affichait une expression mal dissimulée de peur.

- Désolé d'avoir crié…

- Tu vois ! C'est ce que je te disais ! J'ai… j'ai du mal à te reconnaitre.

- C'est vrai que j'ai grandi de quelques centimètres, tenta de plaisanter le garçon.

- Tu sais très bien de quoi je parle. On dirait que tu as renoncé à ton rêve et ça, ce n'est pas le Sacha que je connais.

Délia ne put s'empêcher de jeter un coup d'œil à la casquette de son fils. Il n'y avait pas touché depuis son retour et elle attendait sur le porte manteau qu'il daigne lui prêter un peu d'attention.

- Qu'est-ce que tu connais de moi ?

Délia ne trouva pas réponse immédiatement, les yeux de Sacha s'étaient parés d'un étrange voile qui ne lui disait rien qui vaille.

- Je sais que tu adores les pokémons. Tu es un garçon gentil et attentionné qui n'hésite jamais à aider les autres. Toujours heureux, tu fonces vers ton rêve sans jamais oublier ta fétiche casquette. Tu es mon fils et je t'aime.

Délia tenta de sourire mais le visage de son fils ne s'était pas apaisé.

- Maman… j'en ai assez.

- De quoi tu parles ?

- Tu as toujours rempli ton rôle de mère et je t'en suis reconnaissant mais… Maman, tu m'en veux toujours d'avoir fait partir papa.

- Tais-toi, répondit-elle froidement.

Le garçon regarda ses pieds. Jusque-là il n'avait jamais osé lui en parler par peur d'être définitivement abandonné. Mais aujourd'hui, il avait le besoin de dire clairement les choses.

- Papa nous a abandonné parce qu'il ne pouvait pas s'occuper d'une famille et réaliser son rêve. Si je n'étais pas né tu serais sans doute devenue dresseuse et aurait voyagé avec lui.

- Tais-toi.

- Ensuite moi aussi je suis parti, j'ai fait la même chose. Je voulais fuir ce village paisible qui se moquait de moi, fuir ce foyer à l'apparence chaleureuse qui m'étouffait, fuir ma mère qui prétendait m'aimer.

- Tais-toi !

- Mais je n'ai pas fui Serena. Et ça tu ne le supportes pas, parce que ça te pousse à te demander pourquoi papa a préféré ses rêves à toi.

Une gifle l'empêcha de continuer. Le garçon sourit tristement avant de monter dans sa chambre.

- Maman ce n'est pas de ta faute. Papa croyait que son rêve était plus important que sa famille, ce n'était pas de ta faute. Je suis parti parce que je voulais fuir, ce n'était pas de ta faute. Je ne te demande pas de me pardonner, je veux juste que tu me comprennes. J'ai enfin trouvé quelqu'un en qui je peux avoir confiance, quelqu'un qui a plus d'importance qu'un rêve sans fin. Quelqu'un qui sans doute m'aime plus que toi…

Il ferma sa porte sur ces dernières paroles. Pikachu s'approcha de Délia pour essayer de la réconforter. Sa main tremblait, le souvenir douloureux de quand elle avait repoussé son fils lui revenait en une vague qui la submergeait. C'était dur d'entendre de telles choses sortir de la bouche de son enfant mais elle devait se rendre à l'évidence… elle n'était pas une personne qui valait la peine qu'on sacrifie ses rêves pour elle.


Le matin était bien vite arrivé et Délia avait passé une horrible nuit. Elle prépara tout de même le petit déjeuner, disposant quelques tartines et un bol encore brulant sur la table. L'habitant à l'étage et son pokémon ne tardèrent pas à descendre. Néanmoins, Sacha ne toucha pas à la nourriture et regarda avec insistance le visiophone.

- Qu'est-ce qui t'arrives mon chéri ? tenta-t-elle le plus naturellement possible.

- Aujourd'hui c'est son anniversaire.

Il n'eut pas besoin de préciser pour que Délia comprenne de qui il parlait. Elle serra le poing, son mari ne l'appelait jamais pour lui fêter son anniversaire, il ne l'appelait pas du tout en fait.

- Pourquoi tu hésites ?

- Je me demande si elle m'en veut toujours.

- Sacha, est-ce que tu te souviens de pourquoi tu voulais devenir maître pokémon ?

Il s'en souvenait parfaitement, tout comme le mensonge de sa mère qui lui avait assuré que son père était un grand dresseur. Il y avait cru jusqu'à ses cinq ans, comme on croit au père Noël, avant de finalement consulter le registre des dresseurs et d'apprendre la vérité.

- Quand j'ai découvert que papa avait échoué à se distinguer en tant que dresseur et n'était toujours pas revenu, je me suis juré de ne jamais devenir comme lui.

- Oui, tu voulais prouver que tu étais meilleur que lui. Ton rêve est parti d'un souhait si malsain et je t'ai encouragé car au fond c'était aussi ma revanche.

Délia prit une grande inspiration avant de continuer :

- Mais finalement, tu as choisi de faire passer cette jeune fille avant tes rêves. Je crois qu'au début j'étais vraiment heureuse, c'était comme si le fantôme de ton père te relâchait. Et quand je t'ai revu, quand j'ai vu que tu ne l'abandonnerais pas quoi qu'il arrive… je n'ai pas pu m'empêcher de penser que j'avais perdu face à elle. Sacha, tu vas avoir du mal à me croire mais cette fille ne t'aime pas plus que moi. C'est juste toi qui lui a fait une plus grande place dans ton cœur.

Délia ferma les yeux et posa Pikachu au sol, c'était la première fois qu'elle pouvait vraiment parler à son fils.

- Si ton père me rappelait je serais folle de joie, même après toutes ces années. Alors si Serena t'aime vraiment, elle sera heureuse que tu l'appelles.

Sacha hocha la tête, il semblait chercher une bonne réponse à lui donner. Finalement il se décida à parler :

- Je ne ferai pas la même erreur que cet homme.

Il se dirigea vers le visiophone, et pendant ce temps sa mère pensait : Vérifies quand même si c'est bien Sacha qui parle et pas le pokémon.

Sacha était en train de composer le numéro mais il ne savait pas si elle allait lui répondre. Il n'avait pas osé l'appeler avant, de peur qu'elle ne le rejette violemment. Rien ne lui garantissait qu'elle ne lui raccrocherait pas au nez aujourd'hui. Sa main se figea, il ne parvenait plus à la mouvoir. Un violent mal de tête le prit et il se recula de l'appareil. Il avait la sensation que sa température montait en flèche et la buée qu'il exhalait ne le rassurait pas. La pièce tournait tellement autour de lui qu'il ne parvint pas à rester debout et tomba sur le sol. Qu'est-ce qui m'arrive ? paniqua Sacha sans pouvoir articuler le moindre mot. Il entendit la voix terrifiée de sa mère et de Pikachu mais il ne voyait déjà plus rien.


Aujourd'hui, Serena avait fait l'honneur à sa mère de la rejoindre dans la cuisine. Elle mâchait lentement ses tartines de confiture tout en constatant sur la surface nacrée du lait chaud que ses cernes n'avaient toujours pas disparu. Le cauchemar des hommes de cette ruelle revenait l'assaillir alors qu'il l'avait laissé en paix jusque-là. Ou pour être exacte, il la laissait tant que son pokémon était à ses côtés.

- Tu comptes faire la tête encore longtemps ? soupira Grace.

- Il m'a menti. J'ai passé mon temps à voyager avec lui sans rien savoir.

- Je sais que ça n'a pas été facile. Tu as été traité comme une criminelle et savoir qu'il était humain t'aurait évité bien des ennuis. Mais s'il avait tout révélé dès le début tu aurais sans doute voulu l'aider et tu n'aurais pas participé au grand festival. Ne crois pas que je défends chacune de ses décisions, c'est juste qu'il a toujours veillé sur toi et je ne peux lui en être que reconnaissante.

- Il aurait quand même pu m'en parler au cours de notre voyage. Si j'avais su que Dracaufeu et Sacha étaient la même personne je…

Elle se mordit la langue. La même personne !? Dracaufeu lui avait fait sa déclaration, mais Dracaufeu était Sacha… donc Sacha l'aimait !? Elle aurait peut-être dû s'en rendre compte plus tôt lorsqu'il avait repris sa forme humaine et l'avait embrassé, mais ce qu'il se passait lui paraissait tellement irréel qu'elle n'avait pas bien réalisé ce qu'ils faisaient. Et surtout elle ne comprenait pas par quel prodige le Sacha qu'elle connaissait avait pu tomber amoureux d'elle, lui qui ne pensait qu'aux combats et aux pokémons. Elle ne voyait pas ce qu'elle avait pu faire à Hoenn pour mériter son affection, il avait même plutôt vu ses mauvais côtés. Comment avait-elle brisé les murs de son cœur ? Ils n'avaient fait que combattre ensemble, manger ensemble, dormir ensemble… s'embrasser… Les joues de Serena explosèrent en de nouvelles teintes de rouges. Heureusement que Dracaufeu détournait la tête quand elle se changeait, sinon elle n'aurait plus jamais été capable de regarder le garçon en face.

- Tu es vraiment amoureuse de lui, se moqua Grace.

Et sa mère qui était au courant de tout ! Enfin, pas de tout, mais déjà elle savait ce qu'elle ressentait.

- Si seulement je n'avais pas fait cette déclaration à la télévision ! se plaignit la coordinatrice.

- Pour Sacha j'étais déjà au courant. Dès le jour où tu es venue au ranch cabriolaine, sourit sa mère.

Grace jugea bon de ne pas révéler qu'elle était au courant dès le camp d'été pokémon du professeur Chen. C'était une enfant qui avait eu le béguin pour un garçon qui l'avait aidé quand elle s'était perdue en forêt. Puis elle l'avait retrouvé, avait voyagé avec lui pour finalement tomber définitivement amoureuse. Il restait tout de même pour Serena et son manque d'expérience difficile de s'imaginer comment se comporter avec la personne qu'elle aimait. Enfin… elle ne voulait quand même pas que sa fille apprenne tout de l'amour trop vite.

La sonnette résonna et Grace se dépêcha d'aller ouvrir. Une petite tornade blonde s'engouffra dans la maison et sauta au cou de la coordinatrice.

- Joyeux anniversaire ! cria la petite fille très vite rejointe par son frère.

- Clem !? Lem !? s'étonna Serena.

Grace se contenta d'un sourire entendu avec ses invités et s'empressa d'aller chercher le gâteau qu'elle avait consciencieusement préparé. Les pokémons ne tardèrent pas à sortir, eux aussi voulaient profiter de ce moment avec leur amie. Quoique Marisson trouvait plus d'intérêt dans le gâteau apporté que dans les retrouvailles. Devant autant de sourires, Serena ne pouvait que souffler les bougies de son seizième anniversaire.

Clem dégustait le savoureux gâteau, marquant ses lèvres d'un tracé de crème chantilly et Dedenne n'était pas en meilleur état. Serena s'en amusait mais elle ne pouvait s'empêcher de penser au dresseur du Kanto.

- Pourquoi Sacha n'est pas venu ? Vous sortez ensemble pourtant, questionna Clem.

- Que… non ! cria Serena en manquant de s'étouffer.

Elle jeta un coup d'œil à sa mère qui se contenta de servir une nouvelle part au gourmand Marisson.

- Mais tu as dit que tu aimais Dracaufeu à la télé, et Dracaufeu c'était Sacha donc…

- C'est compliqué, mon Sacha est…

- « Mon Sacha » répéta la petite démone.

- Je veux dire mon pokémon…

Serena déglutit, elle toucha la pokéball de son ami sous son manteau. Elle ne l'avait toujours pas relâché alors il restait son pokémon. Les paroles de Kessel lui revinrent en mémoire. Si elle le relâchait maintenant, est-ce que ses sentiments n'allaient pas changer ? Est-ce que l'affection qu'il lui portait était en réalité factice, générée par une machine ?

- Alors il ne t'a toujours pas rendu ton baiser d'adieu ? demanda Clem déçue.

Serena sentit tous ses muscles se contracter. La petite avait le don de poser des questions embarrassantes.

- Quel baiser d'adieu ? remarqua Grace.

- Clem ! hurla la coordinatrice.

- Quoi ? J'ai le droit de savoir, se moqua la petite.

- Serena, je suis ta mère et j'ai aussi le droit… non, le devoir de savoir !

Devant l'empressement des deux curieuses, la dresseuse était au bord des larmes. Elle avait encore en mémoire les quelques baisers qu'ils avaient échangé, ils lui brulaient toujours les lèvres. Serena devait vite trouver un autre sujet de discussion pour échapper à l'interrogatoire.

- Clem, tu vas bientôt devenir dresseuse ? trouva-t-elle.

- Oui ! Dans quelques mois ! J'ai trop hâte !

Serena sourit satisfaite de la réaction de sa jeune amie. Il était encore facile de la berner en parlant des pokémons.

- Tu as une idée de quel pokémon tu vas choisir chez le professeur Platane ?

- Hum… c'est trop dur. Je prendrai les trois !

- Ça ne marche pas comme ça, lui rappela son frère.

La journée avança et il était temps pour les deux visiteurs de repartir chez eux. Serena restait donc seule avec sa mère à déguster la soupe du soir. Les coups d'œil en direction du visiophone n'échappèrent pas à la femme.

- Tu attends un appel de Sacha ?

- Si ça se trouve il est déjà reparti dans une nouvelle région.

Grace leva les yeux au ciel, ce que sa fille pouvait être bornée. Le téléphone sonna. Un éclair d'espoir et de joie passa dans le regard de Serena mais elle ne bougea pas. Sa mère dû donc prendre les choses en main et décrocha. La jeune fille remarqua rapidement que le visage de Grace se décomposait au fur et à mesure que l'appel se prolongeait. Elle ne donnait que des réponses brèves à son interlocuteur. Finalement, elle fit signe à sa fille de venir, Serena s'approcha doucement et découvrit le visage de Délia sur l'écran.


Serena ne pensait pas que l'hôpital serait le premier bâtiment qu'elle visiterait en arrivant dans la région de Kanto. Dès que Délia l'avait averti de ce qu'il s'était passé, elle avait pris le premier avion pour arriver dans la matinée.

- Vous êtes de la famille ? demanda une dame d'un certain âge à l'accueil.

- Non, une amie.

Elle laissa la secrétaire consulter son ordinateur. Les gens derrières ne semblaient pas satisfaits de devoir encore attendre. La femme prit finalement son téléphone pour avertir que la jeune fille était arrivée. Elle indiqua le service où elle devait aller et laissa la dresseuse se débrouiller. Serena mit du temps pour se retrouver au milieu de ce dédale de couloirs et d'ascenseur. Des zones de couleurs avaient été définies pour aider les visiteurs à se repérer, mais cet enchainement de rouge, de bleu, de jaune et de bien d'autres teintes avait plus le mérite de la déstabiliser qu'autre chose. Elle arriva enfin dans un couloir dénué de toute couleur. Une grande porte blanche à battant marquait l'entrée d'un autre monde dont le nom était inscrit tel un fronton au-dessus des portes d'un temple. Réanimation, lut avec effroi la jeune fille.

Elle tenta d'entrer mais les portes n'acceptaient de s'ouvrir qu'aux personnes munies du bon badge. Serena se retrouva donc coincée devant les lourds battants, incapable d'avancer d'un seul pas. La porte s'ébranla soudain et un visage qu'elle connaissait bien sortit du couloir inconnu.

- Serena ! Tu es enfin arrivée ! s'exclama le professeur Edivo.

- Que lui est-il arrivé ? demanda la jeune fille.

- Je ne te cacherai pas que son état est critique. Les réanimateurs font tout leur possible pour le maintenir en vie. J'ai l'impression que sa puissance de Dracaufeu s'est réveillée et son corps peine à la contenir. Un peu comme une marmite en train de déborder.

- Mais il allait bien jusque-là ! Il était censé être redevenu complètement humain.

- Nos dernières études ont prouvé le contraire. La raison pour laquelle il est dans cet état est ce qui m'a poussé à te contacter. Je pense que c'est en parti lié à ses émotions.

- Est-ce que c'est de ma faute ? demanda Serena.

- Pi ! grogna la souris jaune.

Il était posté sur l'épaule du professeur, des arcs électriques parcouraient ses joues. C'était la première fois qu'elle le voyait s'énerver ainsi, elle se doutait que le monstre hésitait à l'électrocuter. Edivo le calma rapidement et invita la jeune fille à le suivre. Il était possible de voir ce qu'il se passait dans chaque chambre grâce à de grandes fenêtres encastrées dans les murs. Les infirmiers et médecins s'activaient autour de patients branchés à tellement d'appareils qu'on aurait pu croire que ce service s'occupait de robots. Et c'était dans une de ces chambres qu'était allongé Sacha. Il respirait avec difficulté, son visage trempé de sueur. Autour de lui, des pokémons utilisaient leur souffle glacé pour faire baisser la température suffocante pendant qu'une infirmière changeait la perfusion dans le but d'apporter un peu d'eau au corps du malade.

Serena se demandait pourquoi elle était ici. En quelques secondes la gravité de l'état du garçon lui avait sauté à la figure et la forçait à garder les yeux grands ouverts. A comprendre à quel point elle était inutile ici, au milieu de ces gens qui criaient et s'agitaient sans cesse. Edivo lui saisit l'épaule et s'approcha pour lui murmurer :

- Tu ne dois pas oublier que votre lien dépasse toute logique scientifique.

La dresseuse hésitait toujours. Mais s'il était vrai qu'il était dans cet état par sa faute alors elle seule pouvait inverser le processus. Serena s'approcha et lui prit la main, elle luta pour ne pas crier de douleur tellement la peau était brulante. Ce contact poussa le garçon à ouvrir les yeux.

- Serena je… je suis désolé… je… je…

De la buée sortait de sa bouche et sa langue était tellement sèche qu'il peinait à parler. Il ferma à nouveau les yeux pour lutter contre ce feu qui le brulait de l'intérieur.

- Sacha, tu dois te calmer, commença-t-elle alors qu'elle retenait ses larmes. Je ne te laisserai pas partir sans m'avoir expliqué pourquoi tu m'as suivie ce jour-là.

Il ouvrit à nouveau les yeux et la fixa un moment. Elle entremêla un peu plus ses doigts aux siens. Elle pouvait entendre les médecins l'encourager, la température de Sacha baissait. La jeune fille posa son front contre celui brulant du malade, ses habitudes de dresseuses étaient revenues rapidement. Elle continua de le rassurer et de caresser sa peau trempée. Les médecins avaient du mal à y croire. Là où toute leur science avait échoué, une gamine sortie de nulle part réussissait.


Sacha reprenait petit à petit conscience. Il remarqua bien vite qu'il n'était pas chez lui et tenta de se dégager des draps qui le retenaient prisonniers. Il finit par remarquer la présence de sa mère assise à côté de lui, en train de faire danser un fil et une aiguille sur du tissu. Et son Pikachu la regardait faire avec attention.

- Tu t'attendais à voir quelqu'un d'autre ? lui sourit-elle tristement.

- J'ai cru entendre la voix de Serena. Mais qu'est-ce que je fais ici ?

Délia ne put se retenir de pleurer et enserra son fils contre sa poitrine. Elle lui raconta ce qu'il s'était passé et le problème dont il souffrait.

- Les médecins sont en train de soigner ses brulures. Elle viendra te voir après.

- C'est moi qui l'ai blessé ? demanda-t-il tout penaud.

Sa mère ne souhaitait pas lui mentir, le garçon se mit à tordre les draps dans ses mains, il se sentait coupable.

- Ne recommences pas à te torturer l'esprit sinon tu vas rechuter ! le mit en garde sa mère appuyée par la souris.

On toqua à la porte, Délia devina de qui il s'agissait et l'invita à entrer. La porte s'entrouvrit et la jeune fille se glissa à l'intérieur. Sacha remarqua les bandages sur son front et ses mains. Serena cherchait désespérément à éviter le contact visuel.

- Serena ? murmura le garçon.

La jeune fille ne savait pas quoi lui dire. Joseph Kessel avait prévu qu'il retrouverait ses pouvoirs. Elle ne l'avait pas cru et s'était dit que Sacha allait pouvoir vivre sans danger. Les derniers évènements et les explications d'Edivo lui avaient donné tort. Elle voulait en parler au garçon mais elle savait aussi qu'il risquait de foncer tête baissée contre quelque chose de bien plus puissant que lui. Alors, pour l'instant, elle devait garder le silence et trouver une solution pour aider Sacha.

- Est-ce que tu me hais ? finit par demander le convalescent.

La jeune fille ne comprit pas tout de suite. Elle cligna plusieurs fois des yeux, surprise qu'il pense à une telle chose.

- Bien sûr que non !

Délia préféra quitter discrètement la chambre en emmenant Pikachu.

- Alors pourquoi tu ne veux plus me parler ?

- Tu m'as caché la vérité, comment tu voulais que je réagisse ? Je me suis sentie trahie, et je n'arrivais pas, non je n'arrive toujours pas à comprendre pourquoi tu ne m'as pas demandé de l'aide pour retrouver ton corps !

- Je voulais juste t'aider au début, j'avais prévu de retrouver le professeur Edivo dès que tu aurais repris confiance dans les concours. Je ne voulais pas te gêner dans ton rêve.

- Et qu'est-ce qui t'a poussé à rester avec moi ensuite ? C'est ton propre rêve que tu mettais en péril en m'aidant !

- Je me suis rendu compte que j'adorais voyager avec toi, et je ne voulais plus m'arrêter. Je me suis retrouvé à aimer être ton pokémon et t'aider à accomplir tes objectifs. Et puis je devais aussi te protéger !

La rancœur de Serena commençait à diminuer, c'était la première fois qu'ils pouvaient avoir une discussion franche. Elle se demandait si sa mère n'avait pas raison finalement. La jeune fille finit par s'assoir sur la chaise pour se retrouver au niveau du garçon et le regarder dans les yeux.

- Je continue de penser que tu aurais dû me laisser t'aider, mais je pense comprendre ce qui t'a poussé à ne rien dire au début. Cependant, après avoir gagné le grand festival pourquoi tu ne m'as rien dit ? Si j'avais su qui tu étais, ma conscience aurait été bien plus tranquille. Et tu ne serais pas en danger actuellement.

- J'avais découvert que je ne pouvais pas redevenir humain. C'était censé être irréversible. Quand j'ai appris ça, je me suis dit qu'il valait mieux que tu ne connaisses jamais la vérité.

- Quoi ? cria Serena en se levant de sa chaise.

- Les journalistes ne t'auraient jamais cru si je n'étais pas redevenu humain ! Je voulais que tu continues ta vie sans te préoccuper de Sacha ! Ça ne m'enchantait pas mais si tu avais trouvé quelqu'un d'autre j'aurais été là pour t'épauler et…

Le claquement sur sa joue le fit taire, il leva les yeux vers la fille qui respirait bruyamment au-dessus de lui.

- Tu l'as bien vu non ? Que tu sois humain ou pokémon, je finis irrémédiablement par tomber amoureuse de toi ! Et tu pensais vraiment que j'allais trouver mon bonheur avec quelqu'un d'autre ?

La jeune fille rougit, il était au courant bien sûr de ses sentiments, mais c'était toujours bizarre de les dire à voix haute. Sacha n'y tenait plus, elle lui avait trop manqué. Il lui saisit le poignet et la força à se pencher sur le lit pour saisir ses lèvres. Serena lui en voulait toujours et en même temps elle n'avait pas envie de l'arrêter. Cette sensation était plus douce que lorsqu'il était un Dracaufeu, elle ne sentait pas la rugosité des écailles. C'était bien cruel qu'il l'embrasse si rapidement alors qu'elle n'avait pas encore eu le temps de s'habituer. Elle le repoussa soudain violemment en sentant ses lèvres brûler. Serena ne tarda pas à remarquer la légère fumée qui émanait de la bouche du garçon. La dresseuse toucha son front pour se rendre compte que sa température avait à nouveau augmenté. La fumée finit par disparaitre et le corps humain sembla retrouver sa bonne température.

- Ta température varie en fonction de tes émotions, on devrait éviter de faire ça. Et puis je ne t'ai pas encore pardonné !

- Faut qu'on trouve une solution, grogna le garçon.

Oui, ils devaient trouver une solution pour qu'il puisse vivre normalement. Kessel ne saurait rien de cette petite rechute et plus jamais il n'entendrait parler des pouvoirs de Sacha. Il serait juste un dresseur comme bien d'autres voyageant dans différentes régions. Une fois qu'elle l'aurait libéré il partirait en voyage avec elle. Ou sans toi si ses sentiments sont faux, lui rappela une petite voix en elle. Serena toucha à nouveau la pokéball avec laquelle elle l'avait capturé quand il était Salamèche et ne put s'empêcher de lui demander :

- Est-ce que tu es sûre que tes sentiments pour moi sont réels ?

Il pencha la tête de côté sans comprendre pourquoi elle lui demandait cela tout d'un coup.

- Non oublie ! C'était une question stupide.


Délia avait rejoint les deux professeurs et Pikachu dans le hall d'entrée. Elle avait du mal à suivre leurs discussions scientifiques et se contentait de caresser la souris.

- Tous les deux vous n'avez pas l'air très heureux que Serena ait sauvé Sacha, remarqua le professeur Edivo.

Délia et Pikachu s'échangèrent un regard, était-ce si évident ?

- Eh bien, on pense que jamais rien ne va changer et finalement quelqu'un arrive et vous vole votre place, expliqua la mère de Sacha. Je me dis que s'il devait faire un choix entre me sauver moi ou Serena, je ne gagnerai sans doute pas.

- Allons Délia ! Je suis sûr qu'il vous sauverait toutes les deux, tenta de la rassurer Chen.

- Je vous trouve bien optimiste, on dit souvent que toutes les vies se valent mais nous devons bien nous rendre à l'évidence que dans nos cœurs il existe continuellement une balance qui donne plus de poids à certaines existences qu'à d'autres, remarqua Edivo.

Le professeur pokémon le dévisagea légèrement énervé qu'il ajoute de l'huile sur le feu.

- Intéressante vision des choses, et que pensez-vous des gens qui considèrent que leurs buts sont plus importants que les vies ? se moqua un jeune garçon qui se déplaçait à l'aide d'une béquille.

- Tiens Brice cela faisait longtemps ! s'amusa le professeur Edivo. C'est simple, ils considèrent qu'ils sont les seuls capables d'accomplir cet objectif et donc que leur vie a plus d'importance que celle des autres.

L'inspecteur pesta de s'être ainsi fait berné.

- Arrête de perdre du temps, je pensais que tu voulais parler avec Serena et le soit disant Dracaufeu, les interrompit Palermo.

La manageuse ne prit même pas le temps de se présenter, de sa voix forte et assurée elle les engagea à la conduire jusqu'à la chambre du convalescent. Serena et Sacha furent surpris de voir tout ce monde entrer d'un coup, surtout en voyant Palermo.

- La sorcière ! cria Sacha de terreur.

- Qui est une sorcière ? s'énerva-t-elle pouvant désormais le comprendre.

- Palermo ce n'est peut-être pas le moment de reprendre l'entrainement, il n'est pas en état de… tenta Serena.

- Je le sais très bien, souffla l'ancienne je ne vais pas m'amuser à entrainer quelqu'un qui peut mourir dès qu'il a une légère surcharge émotionnelle. C'est lui qui voulait vous parler.

Elle montra du doigt le gagnant de la dernière édition de la ligue qui se tenait juste derrière elle.

- Alors c'est à ça que tu ressembles en vrai ! Je m'attendais à un garçon un peu plus mignon, se moqua-t-il.

- Je vais te cramer la tronche ! réagit d'instinct Sacha.

- Ce serait dommage, surtout que j'ai une piste pour vous aider.

- Ce ne serait pas un de tes plans pour faire venir Mew ? demanda suspicieuse Serena.

Son regard se voilà légèrement, mais il se reprit rapidement :

- Libre à toi de me croire ou non. Je pense que vous devriez aller à Alola.

- Vous parler de ces îles paradisiaques ? rêva Délia.

- Oui, l'énergie que Sacha dégage ressemble à ce que moi et mon équipe avons repéré là-bas. Dis-toi que je te fais une fleur, normalement ces informations devaient rester confidentielles.

- Et je peux savoir ce qui me vaut cet honneur ? se moqua Serena.

- Ton joli visage peut-être, répondit l'inspecteur.

- Je vais vraiment te cramer ! cria Sacha.

- Fais ce que tu veux, de toute façon ce sera bientôt finit pour moi, murmura le jeune homme d'une voix triste.


La décision fut finalement prise de suivre les conseils de Brice. Après quelques jours Sacha eut la possibilité de sortir de l'hôpital. Edivo l'attendait en compagnie de son hélicoptère. Le garçon déglutit, il ne voulait pas remonter dans cet engin de malheur.

Serena tentait de s'accrocher aux quelques prises de l'appareil pour éviter de tomber. Sacha en revanche avait déjà abandonné, il était étendu au sol, le teint bleu prêt à rendre son petit déjeuner. Pikachu avait trouvé la parade et se cramponnait solidement à l'épaule du professeur. Brice était assis à côté du pilote et ne semblait pas affecté par les secousses.

- Comment tu as su pour Alola ? demanda le professeur à l'inspecteur. J'ai demandé à de nombreux scientifiques s'ils connaissaient des énergies semblables à celle du masque, y compris Alola, ils n'ont jamais rien trouvé.

- J'avais déjà mené des recherches là-bas. Je suis persuadé que le masque a un rapport avec les ultra-brèches et c'est à Alola que ce phénomène se produisait le plus souvent. Si vous n'avez pas pu faire de corrélation c'est parce que toutes les ultra-brèches ont une longueur d'onde et une énergie différente. Cependant elles gardent une empreinte, une sorte de code de base. Pour vous c'était comme chercher une aiguille dans une botte de foin, mais moi je suis capable de sentir cette empreinte. Je suppose que c'est ma mauvaise expérience avec une de ces ultra-bèches qui a développé cette capacité.

- Tu es particulier toi !

- Pas tant que ça, les membres de mon unité en sont aussi capables.

- Et tu as utilisé le passé pour parler de l'apparition des ultra-brèches.

- Effectivement, il y a un peu plus d'un an, les ultra-brèches ont cessé d'apparaitre… Et vous professeur, vous avez découvert certaines choses sur Mew après avoir analysé l'ADN de Sacha ?

- Tu aurais dû poser la question au professeur Chen.

- Je sais que vous n'êtes pas un imbécile. Même si vous êtes un spécialiste de l'histoire, je doute que vous ne soyez pas au fait dans d'autres domaines.

- Tu es un petit malin, enfin ce ne sera plus un secret très longtemps. Tu connais cette théorie comme quoi Mew possède le code génétique de tous les pokémons, eh bien c'est en partie faux. Il ne possède pas le code ADN mais l'ARN ! C'est ce qui expliquerait ses capacités de transformation.

- Ce serait plus logique en effet, l'ADN sert à stocker de l'information mais seul il ne peut rien produire.

- Exactement ! Si tu compares Mew à une molécule d'ARN messager, il a juste besoin d'être traduit pour devenir un nouveau pokémon.

- Alors si Mew est le pokémon ARN, où est l'ADN qui l'a créé ?

- Bonne question, j'ai peur que nous n'ayons pas cette réponse de notre vivant.


Une plage de sable fin, la mère limpide, les cocotiers, et le soleil ardent. C'est dans ce paysage paradisiaque que l'hélicoptère amorça sa descente.

Serena se dépêcha de sortir de l'horrible moyen de transport et aida son ami à faire de même. Deux personnes les observaient : un homme aux cheveux bruns et au long manteau qui rappelait les enquêteurs de romans policiers et une jeune femme aux cheveux violets en costard-cravate. La dresseuse se demandait ce que ces gens voulaient.

- Nous ne pouvions pas atterrir ici ? s'inquiéta Serena.

- C'est pour moi qu'ils sont ici, l'interrompit Brice en descendant de l'hélicoptère.

Il sortit de sa poche son insigne d'inspecteur et le lança aux deux inconnus. La femme s'en saisit et s'approcha des jeunes gens, le regard affligé elle se présenta :

- Je suis Cathy, la supérieure de Brice et voici Belladonis qui est aussi sous mes ordres. Je tiens à m'excuser pour le tort qu'il vous a causé. Il sera puni pour ses actes.

- Puni ? répéta Serena.

- En gros, ils m'engagent pour une dernière mission à Alola car ils sont incapables de se débrouiller sans moi mais je perds mon titre d'inspecteur et ils sont là pour me surveiller. Je suis maintenant un malosse en laisse, expliqua Brice.

- Et tu n'as pas oublié la peine de prison qui s'en suivra ? fit remarquer Cathy.

Serena le regarda déstabilisée, comment pouvait-il avoir une peine de prison ? Il n'était même pas majeur.

- En tant que membre des polices internationales, le fait d'avoir risqué la vie de civils pour satisfaire mes intérêts est largement condamnable. J'étais un inspecteur avec des responsabilités et c'est pour cela qu'on me juge en tant que tel.

- Je croyais que tu voulais coincer Mew ! s'écria Serena.

- C'est game over pour moi. J'ai juste un service à te demander, n'en parle pas à mon père, sinon il va en faire tout un plat.

- Attends un peu ! J'ai pas oublié ce que t'as tenté de nous faire et je compte bien te le faire payer, tu ne vas pas te défiler maintenant ! s'énerva à son tour Sacha.

Brice sourit, ces gens s'inquiétaient pour lui malgré qu'il ait passé son temps à les tromper. Le métamorphosé, malgré son ton menaçant, ne semblait pas apprécier comment cette histoire se terminait.

- Me le faire payer ? Crois-moi la prochaine fois ça ne se passera pas comme sur l'île mirage ! le défia l'inspecteur déchu avec un léger rire.