Chapitre 7 - La destruction du démon des mers

Les voyageurs étaient de retour au ranch et ils furent vite accueillis par Mimo qui sauta dans les bras de Serena. La petite semblait prendre la jeune fille pour sa grande sœur et lui tira la main pour l'inviter à venir dormir chez elle. Mais à peine avaient ils franchi le pas de la porte qu'ils rencontrèrent Kiawe. Celui-ci se dépêcha de tirer sa sœur vers lui et de maugréer :

- Je ne veux pas que tu les fréquentes et vous n'êtes pas les bienvenus. Je n'accepterai que Lilie ici, les autres vous dormirez dehors.

- Tu es méchant grand frère !

- Mais Mimo…

Le capitaine se tut en voyant les larmes qui affluaient dans les yeux de sa petite sœur. Il n'avait pas d'autres choix que de laisser les dresseurs dormir chez lui. La petite retrouva rapidement le sourire et invita Serena à venir goûter une glace qu'elle avait fabriquée. Sacha ne s'attarda pas plus et se dépêcha de saluer les parents de Kiawe qui lui proposèrent de rester dormir malgré les regards noirs de leur fils.


Kiawe s'était levé aux aurores pour porter le foin à tous ses pensionnaires. Il avait mal dormi cette nuit et la matinée ne commençait pas bien.

- Qu'est-ce que tu fais ici ? questionna Kiawe irrité de voir l'étranger sur son territoire.

- Je me suis levé tôt et tes parents m'ont demandé de venir te donner un coup de main.

A ces mots, il ramassa une grosse botte de foin d'une seule main et se prépara à quitter la grange. Mais il s'arrêta en constatant que le capitaine en portait maintenant deux sur ses épaules. Le dresseur du Kanto en fit de même et en prit une de plus. Et l'étrange bataille continua jusqu'à ce qu'ils s'écroulent sous le poids de leur fardeau.

- Les pokémons attendent leur repas, rappela le père qui passait par là.

Kiawe continuait d'observer l'étrange garçon. Il se sentait toujours dégouté en le voyant et l'idée qu'il caresse les pokémons de son ranch ne l'enchantait guère. Mais les tiboudets appréciaient le garçon et n'hésitaient pas à lui lécher la figure. Kiawe ne savait plus quoi penser, et il lui apparaissait maintenant qu'il s'était trompé. Ce garçon était un étranger, pas un monstre.

- Pourquoi tu fais le tour des îles ? demanda le dresseur du volcan.

- Pour retrouver ma force.

Kiawe ne le comprenait pas, peu importe sa force physique, un humain ne dépassait pas un pokémon. Même si son jugement devait sans doute être revu étant donné qu'il avait vaincu Malamandre.

- Pourquoi tu ne te bats pas tout simplement avec tes pokémons ? C'est ce que font les dresseurs depuis des millénaires.

- Je sais mais… je veux pouvoir la protéger de mes propres mains.

- Cette Serena ? Qu'est-ce qu'elle est pour toi ?

Le garçon rougit légèrement, et finit par répondre :

- Ma dresseuse.

- Et ça te convient ? arqua un sourcil Kiawe.

- Si c'est elle, oui.

- Je n'arrive pas à comprendre les étrangers, soupira Kiawe. Et puis… je n'arrive pas à comprendre pourquoi tu la considères comme ta dresseuse.

- En fait c'est parce que j'ai eu un petit problème il y a peu. Je me suis transformé en pokémon et elle est devenue ma dresseuse à ce moment.

Le capitaine avait du mal à y croire, et ce type lui disait cela comme s'il parlait de la météo. Mais le souvenir de ces flammes qui courraient sur les bras du garçon était suffisant pour le convaincre que Sacha n'était pas juste fou.

- Ecoute, tu devrais arrêter le tour des îles. J'ai le sentiment qu'il y a un monstre en toi et que tu es en train de le réveiller.

Les mains de Kiawe avaient tremblé en disant cela et Sacha ne comprenait pas ce qui pouvait le terrifier à ce point.


Serena ne savait pas dans quel monde elle se trouvait mais il était merveilleux. Partout où se posait son regard elle pouvait voir friandises et pâtisseries. Elles étaient si nombreuses qu'elles masquaient le sol créant un paysage coloré. La jeune fille avait envie de gouter chacun des délices qui se trouvaient ici. Son élan fut stoppé par un petit objet blanc qui flottait légèrement vers elle.

- Une plume ? reconnut-elle.

Et elle n'était pas seule, c'était une véritable averse de plumes qui se déposaient sur ce monde féérique. Elles venaient chatouiller son visage et son nez. Elle tenta de les repousser dans une vaine tentative, une nouvelle plume frôla son nez déclenchant un éternuement. Serena avait quitté son monde sucré et se souvenait maintenant où elle était. Sacha dormait tout contre elle, ses cheveux bougeant légèrement au rythme de sa respiration. Les plumes… comprit Serena. Délicatement elle le repoussa, les nuits à Alola étaient toujours chaudes et lourdes et elle avait bien besoin d'un verre d'eau. Elle se dirigea discrètement vers la cuisine pour ne pas réveiller toute la maisonnée. Elle fut surprise de découvrir que quelqu'un d'autre avait eu la même idée. Dans la pièce illuminée par une faible ampoule, Lilie était assise devant la table, le regard noyé dans le reflet de l'eau dans son verre.

- Tout va bien ? finit par demander Serena.

La blonde sursauta et manqua de peu de renverser le contenu de son verre.

- Ça va ! J'ai juste fait un cauchemar.

Serena n'était pas dupe, les lèvres pincées et les doigts crispés suffisaient à comprendre que quelque chose la tracassait.

- Tu veux en parler ?

Lilie la fixa tout en triturant ses doigts. Elle ouvrit la bouche plusieurs fois sans pour autant articuler un mot. Serena se dirigea vers l'évier, l'eau coula dans le silence et le verre se refroidit. La dresseuse tira doucement la chaise et s'assit en face de la jeune fille hésitante.

- Je ne sais pas si Euphorbe parviendra à raisonner ma mère.

- Tu as disparu, elle sera forcément inquiète et cherchera à comprendre ce qu'il s'est passé.

Lilie n'était pas satisfaite de la réponse, elle amena le verre à sa bouche et avala une grande gorgée pour se redonner un peu de courage.

- Je ne crois pas que ma mère soit inquiète pour moi…

- Qu'est-ce qui te fait penser ça ?

- Depuis un an j'ai l'impression que ma mère est plus distante. Elle ne s'est jamais montrée méchante avec moi mais… elle m'ignore. J'ai l'impression de n'avoir aucun intérêt à ses yeux et de n'être qu'une étrangère pour elle. Je me demande si elle se comporte comme ça parce que… je lui fais honte.

- Elle ne se fait pas juste manipuler par ce Saubohne dont tu parlais ? remarqua Serena.

- C'est ce que j'ai dit mais… Il y a un an j'ai refusé de participer au tour des îles. A cause de ma phobie j'étais incapable de le faire. Ma mère a dû se rendre compte qu'il n'y avait rien à faire avec moi, que je serai toujours une incapable et elle s'est détournée de moi.

- Je suis sure que…

- C'est facile pour toi ! Tu peux voyager, vivre tes rêves et tu as quelqu'un qui t'aime. Tu ne peux pas comprendre quelqu'un même pas capable de toucher un pokémon !

Lilie s'était levée et avait claquée ses mains sur la table, son visage caché par ses cheveux blonds.

- Quand je suis partie en voyage c'était parce que je ne voulais pas faire de course de Rhinocornes, souffla Serena pendant que la fille en face d'elle se rasseyait. En fait je n'avais aucun rêve contrairement à tous les gens que je rencontrais. Je me contentais de voyager sans but et je me sentais lésée par rapport aux autres. Mais j'ai fait des rencontres et avec l'aide de mes pokémons j'ai trouvé un rêve. Bien sûr ça n'a pas été parfait au début mais nous avons travaillé et nous nous sommes améliorés.

Serena but une gorgée d'eau, elle repensait à tout cela avec un petit sourire.

- Alors je suis sûre que toi aussi tu progresseras. Non, tu as déjà progressé. La preuve : tu as sauvé un pokémon, tu as commencé à voyager et tu arrives même à toucher Doudou. Tous les jours tu t'améliores !

Lilie écoutait avec attention. Tout à coup cette fille âgée d'à peine un an de plus qu'elle semblait avoir pris le regard d'une personne qui avait vécu toute une vie. Une vie riche en expérience faite de douleurs et de joies. La fille d'Alola sentit l'étrange pouvoir de la dresseuse aux yeux bleus, celui de donner du courage aux autres.

- Mais je n'ai pas de petit ami, plaisanta Lilie.

Elle ne s'attendait pas à voir le visage de Serena s'assombrir autant. Elle discernait maintenant clairement une lueur de peur qui dansait dans les pupilles de la kalosienne. C'était quelque chose qu'elle avait déjà remarqué sur le volcan, et elle croyait deviner que cette crainte était liée à Sacha.

- Allons-nous coucher si nous voulons être en forme demain, finit Serena en ayant retrouvé son sourire.


Saubohne faisait défiler à toute vitesse sur sa tablette les rapports de ses employés. Il tapait du pied d'agacement en tenant le bouc de son menton. Nul doute qu'il allait passer un sale quart d'heure. Il souhaitait toutefois rester digne face à cette femme. Le scientifique vérifia qu'aucun grain de poussière n'entachait sa tenue blanche au col proéminent et rehaussa ses volumineuses lunettes vertes. Il resta un moment devant la porte qui était si lisse et propre qu'il pouvait y admirer son reflet. Un homme de sa trempe, être simplement directeur, c'était une véritable insulte ! Surtout qu'il était le subordonné de cette folle d'Elsa-Mina.

- Je suis le plus à même d'être le président, maugréa-t-il à son reflet.

A peine avait-il fini sa phrase que la porte s'ouvrit automatiquement. Il resta un instant sans bouger, espérant que la présidente ne l'ait pas entendu. Il se rassura vite, la source de ses craintes était assise à son bureau, cachée derrière des piles de documents. Dans cette salle blanche, on ne pouvait entendre que le bruit du stylo grattant le papier et le bruissement des feuilles qu'on tournait. Saubohne s'approcha prudemment, serrant fort contre lui sa tablette. Aucune chaise ne semblait l'attendre, il pesta silencieusement contre le manque de confort qu'il devait subir.

- Vous l'avez retrouvé ? entendit-il.

Saubohne cherchait désespérément du regard un visage humain au milieu de cette paperasse. Il trouva finalement un angle où il pouvait voir le visage baissé de sa supérieure caché en partie par ses longs cheveux blonds.

- Comme ils se sont téléportés, ils ont pu atterrir n'importe où dans la région.

- Alors cherchez dans toute la région d'Alola, finit-elle par dire.

- Toute la région ! Cela va nous prendre bien trop de temps. Si nous patientons encore un peu je suis sûr qu'elle retournera chez elle ou chez le professeur Euphorbe, c'est pour cela que j'ai envoyé quelques employés là-bas.

- Pourquoi le professeur Euphorbe en particulier ?

- Eh bien… il est l'enseignant de votre fille et du genre à aider les autres. Et puis il vous a envoyé une lettre disant qu'il souhaitait s'entretenir avec vous.

- Une lettre ?

- Oui, elle devait être posée sur votre bureau.

- Je m'en souviens maintenant, je l'ai jetée.

- Pourquoi !?

- Il n'y avait rien d'intéressant.

- Madame la présidente. Si nous voulons retrouver Cosmog, vous devez accepter cet entretien !

Elsa-Mina releva enfin la tête tout en posant son stylo sur la table.

- Vous auriez dû commencer par là.

- Je pensais que vous accepteriez naturellement de le voir… bougonna le directeur.

- Préparez-moi rapidement cette rencontre, et continuez les recherches sur les différentes îles.

- Bien madame !

- Et surtout je veux de la discrétion même dans nos rangs. Demandez-leur de chercher Lilie mais ne parlez pas de Cosmog sauf en cas d'extrême nécessité.

Cette fois l'expression de la femme avait changé. Bien plus sévère, elle signifiait clairement à Saubohne que s'il ne respectait pas cette condition c'était toute sa carrière qui était mise en jeu.

- Vous pouvez me faire confiance, se venta l'homme.

Mais Elsa-Mina s'était déjà replongée dans son océan de feuilles et d'encre.


Un psykokwak tentait désespérément de calmer ses maux de tête en se désaltérant. Comme de nombreux congénères, il profitait de la vie calme qu'offrait cette colline. L'eau se déversait en cascade d'un bassin rocheux à l'autre jusqu'à l'océan. Bien que bruyant, ce bruit régulier avait le don de l'apaiser. Il aimait cette eau limpide en perpétuel renouvellement et il n'était pas le seul. Sa vue dériva vers une jeune humaine. Aussi immobile que le rocher sur lequel elle était assise sur un rocher, ses pieds nus trempés dans l'eau. Le pokémon avait l'habitude de la voir, il se dirigea vers elle d'un pas chancelant tout en signifiant sa présence de quelques claquements de bec. La jeune fille se tourna vers lui et posa son doigt devant sa bouche en un conseil silencieux. Le pokémon mit rapidement ses courtes pattes devant son bec trop grand, espérant ne pas avoir fait de bêtises. Le sourire de l'humaine le rassura et il s'approcha, sa petite queue gigotant de droite à gauche. Son plaisir redoubla alors qu'elle caressait son crane habituellement douloureux. Il attrapa le large pantalon bleu et grimpa sur les genoux de son amie. Elle continuait de le caresser d'une main pendant que de l'autre, elle maniait avec dextérité une canne à pêche. Psykokwak observait le bouchon qui flottait au milieu de tout ce bleu, il montait et descendait légèrement dans le liquide turquoise créant à chaque fois une onde qui se propageait en cercle. C'est alors que le petit objet plongea définitivement et la canne se tordit. Le canard paniqua, et la frêle enfant se leva et tira de toutes ses forces. Il l'observait avec admiration, son visage concentré, ses yeux bleus comme l'océan rivés sur la surface de l'eau. De temps en temps elle semblait lâcher prise, mais aussitôt, elle raffermissait ses mains et son corps dans ce duel acharné où seul un mince fil la reliait au monde aquatique. En un ultime effort, elle bascula son corps vers l'arrière, l'eau se souleva masquant le soleil et retomba mouiller les cheveux bleus de la pêcheuse. Psykokwak sentit ses maux de têtes le torturer alors qu'un gigantesque Léviator lui faisait maintenant face. Son corps serpentin et sa mâchoire béante garnie de quatre crocs qui rugissait de mécontentement ne lui disait rien qui vaille. Il attrapa le bas du pantalon de son amie et tenta de la tirer avec lui sans grand succès. L'humaine se contenta de sortir une capsule bicolore appelant une étrange sirène au corps et visage d'otarie. Le Léviator fonçait sur eux, prêt à les broyer avec tout le poids de son corps. Le canard ferma les yeux, persuadé de sa fin prochaine. Il pouvait déjà sentir le froid de la mort l'étreindre. Il éternua, il faisait vraiment froid ! Le serpent de mer était prisonnier de la glace, malgré son corps de géant il peinait à se dégager.

- Oratoria, utilisa aria de l'écume.

La voix mélodieuse du pokémon dansa dans les airs. Telle une cantatrice, elle étendit ses deux nageoires et ses cheveux jusque-là retenus par des anneaux de perles se libérèrent. Ils étaient mus par une vie soudaine, leur bleu cristallin se confondait avec l'eau qui naissait à leur extrémité et se rejoignait en un amas liquide. Les boules brillantes entourèrent le pokémon encore piégé et explosèrent en rythme. Les yeux de Psykokwak luisaient d'admiration pendant que quelques gouttes d'eau retombaient sur eux faisant briller l'étrange couronne que la dresseuse portait autour de sa tête. En un geste calme et posé, elle lança une pokéabll en direction du monstre qui disparut en une lumière rouge. La petite sphère bougea encore un peu, perturbant la surface habituellement calme du bassin, avant de s'immobiliser. Le pokémon canard avait lui aussi en lui le secret espoir qu'un jour cette fille le capture. Mais lui-même ne se sentait pas encore à la hauteur et peut-être l'avait-elle compris. Il la regarda plonger pour aller récupérer son nouvel ami, elle fendait l'eau avec aisance à la manière d'une créature ayant vu le jour au fond des océans. Tout le monde ici la respectait. Avec l'aide du pokémon dominant, elle veillait sur cette colline et les pokémons qui y habitaient. Il se souvenait encore de la première fois qu'elle s'était présentée à eux. Créature à l'allure chétive, sa voix hésitante avait promis qu'elle veillerait sur eux. Il se serait sans doute contenté de la faire déguerpir à l'aide d'un pistolet à eau s'il n'avait pas vu dans ces yeux une détermination plus vaste que l'océan lui-même. Elle s'appelait Néphie, elle était capitaine d'épreuve et protectrice de ce que les humains nommaient la colline Clapotis.


Lilie était focalisée sur le bouchon qui flottait mollement sur l'eau. Elle n'avait pas réussi à convaincre le petit pokémon de rester dans le sac et il virevoltait maintenait autour du morceau de plastique. Il lui rappelait un enfant venant de faire une incroyable découverte. Il étendait ses bras gazeux et effleurait le fil ou le plastique avant de s'écarter d'un mètre comme s'il s'était brulé. Lilie se doutait qu'elle ne pêcherait aucun pokémon ainsi. Une légère brise souffla, cela faisait du bien sous ce soleil de plomb. Elle était bien contente de son chapeau blanc aux larges bords qui la gardait sous une ombre plaisante. Un chapeau que sa mère lui avait offert… Doudou était revenu vers elle, la jeune fille se tendit lorsqu'il se posa sur ses cuisses. Bien sûr, il n'était pas lourd, si elle avait eu les yeux fermés elle aurait pu le confondre avec le souffle de la colline. Mais à travers la fine dentelle de sa robe, sa peau frissonnait. Elle resserra un peu plus ses mains gantées autour de la canne, tentant de se concentrer sur le fil. Elle étouffa un cri de peur lorsque par mimétisme, la petite boule posa ses mains étoilées sur la canne. Lilie baissa les yeux vers ce petit être coloré, son corps violet contrastait avec le blanc de sa robe. Quand elle l'avait vu dans cette cage, tremblant et pleurant tout seul, elle n'avait pas pu s'empêcher de l'aider. Par pure bonté ? Non, c'était autre chose qui l'avait forcé à agir. Le pokémon restait immobile, Lilie descendit lentement ses mains et recouvrit de ses paumes les petites mains nébuleuses. Maintenant, elle voyait le visage de Doudou composé seulement de deux yeux et d'une bouche et pourtant qui pouvait transmettre son émotion : la joie de ne pas être rejeté.

- C'est quand qu'on affronte le pokémon dominant ? grommela Sacha, une canne à pêche à la main.

Lilie avait toujours peur du garçon, c'est pour cela qu'elle avait veillé à garder une bonne distance entre eux d'eux. Quant à Pikachu, il regardait paisiblement la canne à pêche à côté de son maître. Sacha était de mauvaise humeur et ce n'était pas uniquement lié au fait que Néphie leur avait demandé d'aller pêcher au lieu de les emmener directement au maître des lieux. La véritable raison de son bougon était que Serena avait voulu pêcher un peu à l'écart et avait demandé à Sacha de ne pas la suivre. Lilie avait beau retourner le problème dans tous les sens, elle ne voyait pas pourquoi la dresseuse tenait à rester seule.

Sacha lui avait la réponse. Il savait que Serena s'entrainait en cachette avec ses pokémons dès qu'elle en avait l'occasion. Il savait que ce n'était pas bien d'épier quelqu'un mais il voulait comprendre pourquoi elle mettait tant d'ardeur dans cet entrainement secret. Evidemment, il savait que Serena faisait toujours des efforts sauf qu'elle avait aussi l'habitude de profiter de ses voyages pour faire différentes activités. A Kalos c'était même elle qui le poussait à faire des pauses. Pikachu bailla à ses côtés, la pêche n'était pas une activité très passionnante quand rien ne mordait.

- Pika pi, fit remarquer le pokémon en accompagnant ses propos de quelques mimes.

- Elle veut juste s'entrainer avec les autres, pas de quoi s'inquiéter.

Mais Sacha n'était pas sûr lui-même de ce qu'il disait.

- Pi… Chu pika !

- Comment ça je vais la perdre si je ne m'en occupe pas plus ?

Le pokémon jaune soupira, et continua de jouer les pantomimes.

- On a fait une sortie ensemble à Mele-Mele et ensuite on a dû enchainer, on n'a pas vraiment eu le temps de s'amuser…

Pikachu plissa les yeux d'un air accusateur.

- Je fais des efforts ! Mais je n'ai pas l'habitude d'avoir une…

Sacha s'arrêta, il n'avait pas l'habitude de prononcer ce mot en parlant de Serena. Il faut dire qu'il s'était toujours contenté de regarder Régis flirter avec des filles plutôt que de tenter lui-même l'expérience. Il avait bien essayé une fois, mais la fille s'était moquée de lui et l'avait raconté à toutes ses amies. Et cela ne l'avait finalement pas vraiment dérangé car il préférait la compagnie des pokémons plutôt que de se lancer dans ces histoires compliquées. Sauf qu'aujourd'hui, il s'y était lancé et il devait s'y faire : Serena était sa petite amie… sa première petite amie.

- Je demanderai au père de Kiawe s'il connait des endroits sympas où aller avec Serena, finit-il par dire.

La souris croisa les bras et acquiesça d'un air satisfait. La ligne de Sacha se tendit, un pokémon avait mordu et se débattait pour se libérer. Le garçon se releva d'un saut effrayant au passage l'autre pêcheuse. Il avait hâte de découvrir ce qu'il se cachait à l'autre bout du fil et l'attente ne fut pas longue. Au bout de la ligne, un petit poisson blanc et bleu. Sacha le dévisagea un instant, se demandant si cette créature qui gesticulait pendue au fil était vraiment un pokémon.

- Vous avez pêchez le démon des mers, s'amusa Néphie qui venait de les rejoindre.

- Ça ? Un démon ? s'étonna Sacha en regardant de plus près la petite bête.

Ce pokémon n'avait rien d'effrayant, bien au contraire. Ses grands yeux bleus aux iris déformés donnaient l'impression qu'il était sur le point de pleurer. Ce qu'il fit vraiment et le garçon se dépêcha de le détacher et de le remettre à l'eau en s'excusant d'un air coupable. Le pokémon disparut sans demander son reste.

- Néphie, on ne peut vraiment pas affronter le pokémon dominant maintenant ? se plaignit le dresseur.

- Pas avant ce soir alors profitez-en pour pêchez ! D'ailleurs Lilie, est-ce que ça te plait ?

- Oui, répondit la blonde pas très à l'aise.

Néphie se retint de faire une grimace. L'ambiance n'était pas très bonne avec son ancienne amie et c'était de sa faute.

- Bon je vous laisse vous amuser, j'ai quelques trucs à vérifier.

Et Néphie quitta les pêcheurs, repensant à ce qu'il s'était passé. Quand elle avait vu Lilie arriver, la capitaine était persuadée que son ancienne camarade avait finalement commencé son tour des îles. Elle n'avait pas caché sa joie de la voir, tout comme elle n'avait pas pu cacher sa déception lorsque Lilie lui avait expliqué qu'elle n'était qu'une simple accompagnatrice. Elles étaient amies à l'école pokémon mais son départ pour réaliser le tour des îles les avaient éloignées. Elle avait pris son poste de capitaine en oubliant de regarder en arrière, vers cette amie qui était restée sur la ligne de départ. C'était ce qui arrivait quand on n'évoluait plus dans le même monde que quelqu'un. On gardait contact au début, puis les nouvelles occupations et tracas espaçaient les rencontres jusqu'à ce que finalement, on ne pense plus qu'à sa vie actuelle au point d'oublier les gens de l'ancienne. Une petite tête sortie de l'eau, tirant Néphie de ses pensées.

- Alors tu as envie d'affronter ce Sacha ?

Froussardine malgré son allure de pleurnichard acquiesça d'un signe de tête, sa queue frétillante. La pêche n'était pas anodine, elle liait les cœurs des humains aux pokémons aquatiques. Dans cette lutte entre le pêcheur et le pêché naissait un dialogue, une confrontation qui permettait à Froussardine de jauger son adversaire. Surtout que celui-ci était très particulier, Néphie avait pu le lire dans le carnet du tour des îles. D'abord dubitative sur l'idée de laisser un humain combattre, les écrits de Pectorius attestant des capacités du garçon l'avait rendue curieuse. En plus, ce mot était accompagné d'un post scriptum demandant de ne parler de ce qu'elle verrait qu'aux capitaines et doyens. S'il avait pris la peine de le préciser, c'était que ce garçon était capable de déchainer la curiosité des habitants d'Alola.

Néphie regarda le ciel encore clair où les nuages défilaient beaucoup trop vites. Il y avait aussi cette odeur de végétation qui s'était faite plus prononcée. Elle était fille de pêcheur, son instinct ne la trompait jamais.

- Il va pleuvoir ce soir.


Plic, ploc.

Sacha regardait avec appréhension la petite embarcation de bois. Serena se doutait en voyant son visage blême que ce serait à elle de ramer. Elle monta avec prudence dans la barque qui tanguait de tous côtés. Elle n'avait jamais ramé, trop habituée aux conforts des bateaux à moteurs. Sacha finit par la rejoindre, il ne se sentit pas trop mal jusqu'à ce que le bateau se mette à tanguer plus fort. Serena tentait de manier les rames comme elle pouvait, son manque d'expérience emmenait sans arrêt le bateau vers la rive et elle ne parvenait pas à avancer droit. Pikachu l'encourageait du mieux qu'il pouvait, montrant de sa queue la direction qu'elle devait prendre. Et Sacha faisait de son mieux, affaler dans le bateau, pour ne pas rendre son repas dans l'eau pure.

- Pourquoi ne pas leur avoir prêté une monture Lokhlass ? demanda discrètement Lilie sur la berge.

- Il va y avoir beaucoup de remous et ça peut être dangereux pour une monture.

Nephie ne quittait pas l'embarcation des yeux et finit par demander :

- Tu as eu des nouvelles de Barbara ?

- Elle a aussi ses activités de capitaine.

Nephie regarda la surface de l'eau, le visage peiné de Lilie s'y reflétait. Elle avait vraiment dû souffrir d'être ainsi laissée derrière.

- Je comprends, on était tous très occupés après tout.

Le reflet de Lilie se distordit, une goutte de pluie avait troublé la surface du miroir.

- Et sinon, tu es accompagnée d'un pokémon que je n'ai jamais vu.

- Ils sont arrivés au milieu du lac, éluda Lilie.


Serena reprenait son souffle, ils étaient enfin arrivés mais toujours aucune trace du dominant et Sacha qui luttait pour survivre à son mal de mer. Elle appela Posipi et Négapi, ils ne seraient pas de trop pour les aider. Les souris se mirent à remuer les oreilles, ils couraient de tous côtés et s'accrochaient aux rebords pour mieux scruter la surface. Serena ne se sentait pas à l'aise sur cette frêle esquisse et la fine pluie qui s'abattait sur eux risquait de bientôt empirer vu les épais nuages noirs qui s'accumulaient dans le ciel.

- Pika ! appela le pokémon.

Elle le voyait elle aussi, l'eau était en train de bouillir. Le bruit des clapotis disparaissait et réapparaissait autour d'eux sans révéler leur véritable nature. Puis ils cessèrent soudain. La pluie était devenue une toile opaque et la dresseuse tremblait de froid. Elle avait l'impression que l'eau s'infiltrait jusqu'à ses os. La barrière de ses cils n'était plus suffisante, l'eau enveloppait ses yeux, rendant sa vision trouble. Avec horreur, elle se rendit compte que l'eau s'accumulait dans le bateau, menaçant de les faire couler. Elle se dépêcha d'utiliser ses mains pour écoper l'eau, peine perdue en somme.

- Sacha, on aurait besoin d'aide !

Mais le garçon était affalé sur le rebord, incapable du moindre geste.

- SI le pokémon dominant arrive on est…

Elle pouvait les entendre, au milieu du vacarme assourdissant de l'eau qui tombait du ciel, elle pouvait entendre les clapotis. Au milieu de tout ce gris, une lueur orangée vola dans les airs. La dresseuse hésita, c'était bien trop petit pour être un pokémon dominant. C'est alors que d'autres ombres s'élevèrent dans ciel, s'amassèrent, jusqu'à s'amalgamer en une forme géante. L'énorme poisson retomba sur l'embarcation et le squelette en bois se disloqua. Serena remonta vite à la surface, elle tournait la tête de tous côtés à la recherche de ses amis. Elle avait beau crier leur nom, sa voix était étouffée par le fracas de la pluie.

Les clapotis… Il était devant elle, sa gueule grande ouverte était parcourue de multiples points azurs lumineux. Il n'aurait aucun mal à avaler l'humaine toute entière. Maintenant qu'il était tout près, Serena pouvait voir les multiples petits poissons qui le composaient et agissaient comme un seul. Et maintenant ? pensa la jeune fille sentant que la situation échappait à son contrôle.

- Chu ! hurla la souris.

Pikachu nageait vers elle. Retrouvant un espoir, elle se dépêcha de rejoindre le pokémon électrique tout en étant poursuivie par le banc. Pikachu utilisa la tête de la kalosienne pour prendre appui et lancer une queue de fer. Froussardine se divisa en deux au moment où il aurait dû être atteint et replongea dans l'eau. Le pokémon pesta, il ne pouvait pas lancer d'attaques électriques avec ses amis dans l'eau.


De l'eau en haut, de l'eau en bas, à droite, à gauche. De l'eau, de l'eau, de l'eau partout ! Un véritable cauchemar pour Sacha. Le garçon avait trouvé refuge sur un rocher qui perçait la surface aquatique. Aucune trace des autres et impossible de sentir les odeurs. Quant à ses flammes… Il regarda ses mains, il ne pouvait y faire naitre que des étincelles qui mourraient l'instant d'après. Il cria le prénom de la jeune fille plusieurs fois, peine perdue, sa voix était engloutie par la tempête. Il perdit soudain l'équilibre et retomba à l'eau. C'était les deux frères qui, trop contents de le revoir, avaient sauté sur lui. Il les aida à remonter à l'abri, les petits pokémons frissonnaient à cause de leur pelage mouillé. Sacha regarda ses propres habits alourdis par l'eau. Ignifugés mais pas imperméables… quoiqu'avec toute cette eau il n'était pas sûr que cela aurait suffi.

- On doit retrouver Serena et Pikachu.

Les pokémons électriques se sentirent rassurés. Il n'avait plus l'apparence d'un dracaufeu mais ils voyaient toujours en lui cette prestance lorsqu'il était déterminé. Ils montèrent chacun sur une épaule du garçon. Il n'y avait pas qu'un seul rocher et Sacha sut en tirer parti en sautant de l'un à l'autre.


Nephie et Lilie patientaient sous un mélange d'aspérités rocheuses et de longues feuilles crénelées. Un silence pesant régnait entre elles ce qui rendait la cacophonie de la pluie encore plus insupportable. Doudou, lui, observait avec stupeur cette eau qui tombait du ciel. Lilie se souvint que c'était la première fois depuis qu'ils s'étaient échappé qu'il pleuvait. Cela voulait-il dire que le pokémon ne connaissait rien du monde extérieur ? La petite boule quitta la sécurité de l'abri avant de revenir se blottir à toute vitesse dans les bras de la blonde. Les larmes coulaient de ses petits yeux jaunes, cette douche froide n'avait pas été à son gout. Elle prit un mouchoir dans son sac et doucement essuya le corps gazeux.

- Tu arrives à toucher les pokémons ? tenta Néphie.

- Uniquement Doudou mais… je progresse tous les jours.

La capitaine hocha la tête d'un air pensif. Reparler de la phobie de son amie n'était sans doute pas la meilleure chose à faire.

- Tu penses qu'ils vont y arriver ? demanda alors Lilie.

Elle venait de lancer sa ligne, à Néphie de l'attraper maintenant.

- Il est rare d'avoir une telle tempête. Froussardine dans ce contexte est nettement avantagé.

- Il va les blesser ?

Lilie se souvenait trop bien de la douleur de Serena quand le garçon était blessé. C'était quelque chose qu'elle n'avait plus envie de voir.

- Non, je suppose qu'il va juste leur faire peur s'ils ne sont pas au niveau.

Le corps de Doudou était de nouveau sec. Il ronflait légèrement dans les bras de son amie avec un air bienheureux. Lilie se faisait du souci, la pluie était oppressante. Elle se sentait comme enfermée par des barreaux inconsistants et pourtant infranchissables.

- On a l'impression que ce n'est qu'un fin rideau, qu'on peut le traverser d'un pas. Mais ça s'étend beaucoup plus loin, murmura Lilie.


Serena essayait tant bien que mal de diriger Pikachu. Elle avait la sensation que sa voix allait se briser à la manière d'une corde de guitare qu'on aurait trop tendue. Le pokémon replongea, soulevant au passage une vague qui vint engloutir l'humaine. Elle sentit l'eau passer dans sa bouche et descendre jusqu'à sa gorge en feu. Sa poitrine se contracta d'un spasme et expulsa l'élément froid qui n'avait rien à faire dans les voies respiratoires. Ses habits lui collaient, son chapeau avait disparu au milieu de toute cette grisaille, ses cheveux adhéraient à son visage et le bout de ses doigts était cyanosé. Elle toussa à nouveau, l'air était tellement chargé en eau que Serena se demandait comment elle pouvait encore respirer. Pikachu juché sur sa tête n'était pas en meilleur état qu'elle, il émit un nouveau cri pour l'avertir que le pokémon revenait. Nager, elle ne faisait que ça ! Ses bras et ses jambes étaient en train d'organiser une mutinerie en s'alourdissant et elle avait l'impression que ses articulations avaient rouillé. Le poisson géant était à nouveau visible, ses yeux en forme de poissons luisaient d'un bleu vaporeux. Il n'était pas pressé de lancer un nouvel assaut, il préférait tourner autour de ces insectes posés sur la surface. Il aimait les terrifier en leur laissant le temps de se demander d'où viendrait la prochaine attaque. Une attitude peu chevaleresque, mais ne l'appelait-on pas le démon des mers ?

Serena eut un vague espoir en voyant sortir du gris une forme humaine. Le poing en l'air, Sacha était bien décidé à régler cette histoire d'un seul coup. Le géant ne prit pas la peine d'esquiver, d'un coup de queue il envoya le dresseur embrasser les profondeurs du lac. La tête de Sacha et deux petits pokémons réapparurent rapidement. Le Froussardine géant s'était divisé et nageait en cercle autour d'eux. Les frères électriques se dépêchèrent d'utiliser une attaque météore qui dispersa les petits poissons et permit à Sacha de rejoindre son amie. Serena était soulagée de les revoir mais ils étaient aussi épuisés qu'elle, même les épis rebelles du garçon baissaient la tête. Elle sortit deux pokéballs, il était inutile que les deux frères aient encore à subir toute cette eau. Dès qu'ils virent les capsules, les pokémons se cachèrent derrière les épaules du garçon.

- Serena a raison, vous devriez vous mettre à l'abri.

Mais les petites souris électriques étaient décidées à rester. Elles ne s'étaient pas entrainées pour rien !

- Ne prenez pas trop exemple sur Sacha, les gronda Serena qui pourtant baissait ses mains.

- Tu as une idée ?

- Pas vraiment. Avec toute cette pluie et sans terrain stable je ne vois pas trop comment on pourrait s'en sortir. Le mieux est de fuir vers la berge et d'attaquer à partir de là.

- Je vois…

- Tu ne protestes pas ?

Le garçon se contenta de montrer sa main où naquit une petite flamme qui se vaporisa à la première goutte d'eau.

- Je n'aime pas l'eau, dit-il.

- Je crois comprendre ce que tu ressens.

Sous les regards surpris des pokémons, les deux jeunes ne purent s'empêcher de pouffer de rire. Pikachu craignait que toute cette eau ait noyé leur cerveau, provoquant un court-circuit qui les faisait délirer.

- Est-ce que je suis toujours ton Dracaufeu ?

Serena se sentit couler pendant que cette question ricochait dans sa tête. Les vagues se soulevaient au fur et à mesure que le démon se rapprochait. Serena se sentit tirer en arrière puis fut plaquée contre le corps humide et chaud de son partenaire. Elle sentait son souffle dans le creux de son cou. Le ciel était déchainé, un monstre était déterminé à les noyer et elle… Elle levait sa main, elle sentait chaque goutte d'eau qui tombait alors qu'elle passait sa paume dans les cheveux humides du garçon. Une cruelle idée s'imposa à elle : il lui appartenait et même s'il le demandait elle ne le relâcherait pas.

Le géant ne les dérangea pas, bien au contraire, il se recula. Il avait eu peur, paralysé par les pupilles brulantes de cet humain. Chaque froussardine qui composait le géant restait focalisé sur le danger sans remarquer la souris jaune qui apparut derrière lui. Les petites créatures qui composaient le dos crièrent sous la douleur. Elles gigotaient dans les airs, leurs yeux larmoyants à nouveau visible. Pikachu sourit en retombant dans l'eau et les frères prirent le relais. Des étoiles fendirent le rideau aqueux et tranchèrent de toute par le géant. Il émit un cri grave pendant que les froussardines quittaient le banc déstructuré. Les souris se tapèrent mutuellement dans les pattes, pas mal pour un premier travail d'équipe !

Sur la berge, Néphie sentit un froid glacial s'insinuer en son for intérieur. Quelque chose n'allait pas ! Elle se dépêcha de quitter le toit naturel et monta sur le dos du Léviator tout juste capturé. Cependant, il refusa de la conduire là où elle le désirait. Ce n'était pas de la pure désobéissance mais juste l'instinct du pokémon qui le préservait du danger.


Mamambo, un pokémon poisson avait élu domicile dans le lac. Il était très apprécié des autres pokémons avec sa forme de cœur et son corps rose. L'incarnation même de la bonté qui soignait les êtres blessés en les berçants dans ses nageoires recouvertes d'une fine membrane. Cette fois ne faisait pas exception à la règle.

Les clapotis ! Serena les entendait, et ils étaient bien plus forts que précédemment. Puis, comme une explosion venue des fonds aquatiques, le démon des mers réapparut. Mais cette fois, les points luminescents bleus avaient viré en un rouge criard. Il ouvrit grand la gueule où brillait des centaines d'étoiles. Sacha restait sans bouger malgré la jeune fille qui tentait de le tirer. Il n'était plus un dracaufeu mais l'eau pouvait aussi être mortelle pour les humains.

- SACHA !

Bleu.

Tout était bleu et calme. Il regardait la limite des deux mondes qui ressemblait à un écran de télévision moucheté à cause d'une mauvaise transmission. Une ombre voguait près de lui, prête à finir le travail. Les dracaufeus n'aimaient pas l'eau, après tout, ils jouaient leur vie à chaque fois qu'ils la rencontraient. Une loterie où ils attendaient le résultat en fixant la flamme au bout de leur queue. Eteinte ou allumée, quitte ou double. Sacha n'aimait pas l'eau. Il se sentit secoué et tourna légèrement la tête. Serena tentait de le ramener à la surface. Elle était épuisée, ses mains ne cessaient de lâcher prise, des bulles d'airs s'échappaient de sa bouche. Elle allait manquer d'air mais elle ne remonterait pas sans lui. Ses yeux aussi étaient bleus, un beau bleu qui le rassurait. Bleu. Ce n'était pas une couleur exclusive aux lacs, aux rivières ou aux océans. Plein d'autres choses merveilleuses luisaient de cette couleur, même les flammes…

Sacha ferma les yeux, il se souvenait de son entrainement sur l'île. Pour voir l'aura des autres il faillait projeter la sienne au-delà de son corps. Sacha trancha l'eau d'un geste de main et Froussardine s'écrasa contre une barrière invisible. Ils remontèrent rapidement à la surface tout comme le pokémon dominant. Pikachu et les deux frères les attendaient et lancèrent l'assaut dès que le dominant réapparut. Nullement inquiet, les flancs du pokémon eau brillèrent et projetèrent des petits froussardines à la vitesse d'une torpille. L'une des projectiles se dirigeait tout droit vers les deux adolescents toujours enlacés. Serena voyant le danger tenta de se détacher de l'étreinte du garçon sans succès. Elle sentait la chaleur monter dans son dos, et des flammes parcouraient les bras du garçon.

- Ne me gêne pas ! hurla le monstre.

Le démon des mers eut à peine le temps de comprendre, la pluie disparut et son corps fut entouré de flammes. Tous ses alliés retombèrent à l'eau en partie brulés et incapables de reprendre le combat. La pluie recommença aussitôt, Serena avait encore du mal à réaliser ce qu'il venait de se passer. Le garçon soufflait bruyamment et une légère vapeur entourait le coin de ses lèvres. Le petit Froussardine flottait le ventre en l'air. Sacha avait déployé une puissance folle qu'elle n'aurait jamais crue possible pour un humain. C'était plutôt une bonne nouvelle et en même temps n'était-elle pas en train de le transformer en une arme redoutable ?