Chapitre 15 - La nuit de l'apocalypse

Saubohne n'aimait pas la tournure des évènements. Il avait reçu un appel de ses assistants pour le prévenir qu'un intrus à dos de Dracaufeu s'approchait du complexe. En bon directeur, il avait immédiatement ordonné de les arrêter et de leur faire rebrousser chemins. Il était certain que quelques employés munis de pokémons bien entrainés seraient suffisants pour endiguer la menace. Mais les appels qui suivirent lui donnèrent tort. Non seulement ils avaient balayé en quelques secondes les hommes qu'il avait mis en poste, mais en plus ce dracaufeu, selon ses employés, s'était transformé en une créature bien trop puissante pour qu'ils puissent l'arrêter. Saubohne avait d'abord pensé à une méga-évolution, mais les images de surveillances qu'il recevait sur sa tablette lui montraient des écailles rougeoyantes et des pattes avant musculairement développées qui ne correspondait en rien à ce qu'il connaissait sur le sujet. Et ce n'était pas le moment de l'admirer alors qu'ils avaient enfin trouvé la bonne fréquence pour permettre à Cosmog de créer une ultra-brèche. Il ne lui restait plus qu'à espérer que les pièges suffisent à les arrêter bien qu'il avait aussi peu d'espoirs à ce sujet.

- Tous des incapables, pesta Saubohne.

- Inutile de paniquer, ils n'arriveront pas à temps, sourit Elsa-Mina. Et puis, ils ont sans doute d'autres priorités.

La présidente n'avait pas tort, pour l'instant Serena ne pensait qu'aux multiples flammes bleues qui dansaient dans les sous-sols du complexe, la vision des auras de Sacha était vraiment des plus pratiques. Cependant, le dernier étage où l'ascenseur les conduisit était encore au-dessus de leur objectif.

- Il doit y avoir un système caché ou une clef d'activation pour les atteindre, réfléchit Serena en glissant ses mains sur le boitier froid de l'ascenseur à la recherche du dernier niveau.

- On n'est pas obligés de prendre l'ascenseur, remarqua Sacha.

- Comment tu veux… Oh ! Tu sais que tu es génial parfois !

Sacha se mit à embrasser sa partenaire histoire de se donner un peu de cœur à l'ouvrage. Il se dépêcha de remettre sa capuche pendant que Serena se synchronisait à nouveau avec lui. Le sol du bâtiment était composé d'un alliage en métal résistant à de nombreuses contraintes, mais les flammes ardentes déstructurèrent le solide assemblage jusqu'à ce qu'un trou béant apparaisse. Il ne restait qu'à descendre !

Le niveau dans lequel ils atterrirent comportait moins de gardes, il fallut tout de même du temps pour faire le ménage et finalement arriver aux geôles où ils sentaient la présence de leurs amis. Il n'y avait pas de grilles, juste de lourdes portes blanches sans la moindre ouverture qui empêchaient à tout œil indiscret de voir ce que contenait les pièces. Le pokémon feu la détruisit d'un seul coup de poing. La porte manqua de peu de tomber sur la jeune fille en robe flanche. D'abord effrayée par ce qu'il venait de se passer, son visage exprima le soulagement lorsqu'elle vit ses sauveurs :

- Serena ! s'écria Lilie soulagée. Et… elle dévisagea un instant le pokémon feu...

- Sacha, c'est Sacha, expliqua la dresseuse.

L'ancienne captive n'avait jamais vu dans ses livres un tel pokémon, elle ne pouvait s'empêcher de penser que Serena avait de la chance d'avoir un tel allié à ses côtés. Mais elle n'avait pas plus le temps de s'émouvoir de sa liberté retrouvée, Doudou était en train de souffrir dans un de ces laboratoires et elle n'avait pas l'intention de l'abandonner. Serena dû arrêter l'élan de son amie, il fallait d'abord libérer les autres prisonniers. Cela ne dura pas longtemps, à peine quelques minutes, mais pour Lilie l'attente était intenable si bien que Serena dû la rattraper plusieurs fois pour l'empêcher de se jeter seule dans la gueule de l'ennemi.

- Ils ne vous ont pas fait de mal ? s'enquit Serena.

- A part la nourriture infecte ça peut aller, répondit Beladonis.

- Alors tu te retrouves à nouveau dans un corps de Dracaufeu, se moqua Brice.

- Ne pense pas que je suis retourné à la case départ, répondit Sacha en reprenant forme humaine.

- Arrêtez de discuter, Doudou nous rétablir ! perdit patience la fille d'Alola.

- Qu'est-ce que tu viens de dire ? remarqua Serena.

- Ne me faites pas répéter ! s'énerva Lilie.

Cathy se proposa de veiller sur le vieil homme qui les avait hébergés et que la fondation avait aussi enlevé pour ne laisser aucun témoin. Beladonis se proposa aussi de rester pour soutenir sa supérieure. L'inspectrice aurait refusé si Brice n'avait pas fait signe à sa supérieure de garder le vieil inspecteur prêt d'elle. Sans doute était-il inquiet que cette fois, son coéquipier soit blessé. La chose fut donc tranchée ainsi : ce serait Beladonis qui garderait le vieil homme et elle qui irait au front.

Quand ils trouvèrent finalement le laboratoire où avait été enfermé le petit pokémon. Le captif criait de douleur et des éclairs virevoltaient autour de lui. Elsa-Mina se contentait de regarder avec un grand sourire, Saubohne à ses côtés.

- Maman ! hurla Lilie.

- Ne nous gêne pas, j'y suis presque.

Sacha était prêt à l'attaque, mais la blonde lui demanda d'attendre un peu. Elle était certaine que si elle parlait franchement à sa mère, elle renoncerait à toute cette folie.

- Je sais que je t'ai énormément déçu. J'ai peur des pokémons, je suis incapable de devenir une grande dresseuse comme Gladio. Rétablir. Mais ces derniers mois, je n'ai pas arrêté de faire des efforts pour que tu puisses être à nouveau fière de moi ! Alors s'il te plait tu dois m'écouter, Saubohne te manipule !

Sa mère lui décocha un regard glacial avant de répondre lentement :

- Nous n'avons que faire de tes histoires. La seule chose qui importe est de réussir à rétablir le contact.

- De quoi tu parles ? s'époumona Lilie.

Elle se rendit soudain compte de l'expression démente qu'arborait sa mère. Sa mère n'avait pas honte d'elle… elle était obnubilée par Cosmog et les ultra-brèches !

- Tout ne tourne pas autour de moi, il est contact de l'accepter. Contact, murmura la fille en blanc.

- Lilie… s'approcha Serena.

Elle avait encore entendu dans la phrase de Lilie un mot qui n'avait rien à y faire. Elle avait l'impression que ce phénomène devenait de plus en plus fréquent et surtout que son amie ne s'en rendait pas compte.

- Je vais bien et je vais avoir besoin de votre aide pour sauver Doudou.

- On risque de devoir blesser ta mère, remarqua Brice.

- Ma mère, ma vraie mère, n'accepterait jamais cette situation. Je veux sauver son honneur… elle se tourna vers son ami pokémon et cria : Doudou ! Je vais partir en voyage, et tu viens avec moi !

Le petit pokémon ouvrit un œil, son visage sembla s'apaiser en voyant la jeune fille. Une explosion aveugla tout le monde et l'onde de choc propulsa les humains contre les murs. Le pokémon ne criait plus, il avait changé de forme pour devenir une sphère entourée d'anneaux dorés. Il se contentait de léviter les yeux fermés pendant que des fissures se formaient autour de lui. Elles convergèrent, se distordirent et finir par créer un vortex coloré. Elsa-Mina hurla en se tenant la tête puis tomba le corps secoué de spasmes avant de s'immobiliser.

- Maman ! Contact ! Contact ! paniqua Lilie.

Serena fixait son amie, elle en était sûre maintenant, la jeune fille avait un problème. Elle n'avait malheureusement plus le temps pour une recherche poussée, deux personnes étaient sorties du trou de verre et la brèche se refermait derrière eux. Le mot « personne » était peut-être un peu exagéré pour désigner les deux inconnus. Ils portaient des combinaisons blanches et des casques qui leur donnaient une allure robotique. Leurs yeux étaient cachés par des lunettes blanches ouvertes seulement au niveau d'un fin trait noir. On était en droit de se demander si toutes les parties humaines n'avaient pas été remplacées par des pièces mécaniques à part leurs cheveux pour l'une et la moustache et barbe pour l'autre.

- Qui êtes-vous ? demanda Serena.

Elle n'avait pas perdu de temps pour se synchroniser avec le pokémon feu. A sa grande surprise, ils ne répondirent pas tout de suite. La femme robot marcha rapidement vers la présidente étendue par terre et scanna son corps. D'une voix affligée elle dit à son compagnon :

- L'activation de Cosmog a été trop violente pour elle. La plupart des terminaisons nerveuses de son cerveau ont grillé.

- Qu'est-ce que ça signifie… balbutia terrifiée Lilie.

- Un coma quasiment semblable à la mort, répondit l'homme. Solie, j'aimerais que tu lances une analyse, ajouta-t-il sans plus d'émotion.

La femme pianota sur son poignet, des petits boutons se mirent à clignoter avec un « bip » strident. L'homme lissait sa moustache en attendant les résultats sans se préoccuper des humains qui se regardaient mutuellement sans savoir quoi faire. Un dernier « ding », encore quelques sons aux intonations métalliques et le bracelet fit émerger des images holographiques de formes complexes qui tournaient sur elle-même.

- Un code K, dit Solie.

- Et l'ultra mégalopole ?

La femme futuriste se remit à tapoter sur son poignet, plus rapidement cette fois. Elle avait beau avoir une apparence de robot, les expressions de son visage restaient très humaines, en particulier lorsque ses lèvres se tordirent pour annoncer :

- L'ultra-brèche ne s'est pas maintenue suffisamment longtemps. Nous n'avons plus aucun contact avec l'ultra-mégalopole. Voulez-vous que je tente…

- Inutile. Sans ultra-brèche, l'ultra-mégalopole n'a pas pu s'arrimer et encore moins lancé l'analyse. En conséquence, ils ont déjà dû quitter les environs. Cela signifie que nous sommes les seuls à pouvoir…

- On pourrait avoir quelques explications, gronda Brice son Jungko à ses côtés.

Les deux humains à l'apparence de robots, se tournèrent vers celui qui avait osé parler. Ils étaient surpris d'avoir ainsi été interrompus dans cette conversation de la plus haute importance.

- Nous sommes des membres de l'ultra commado. Je suis Cym et voici ma partenaire : Solie. Nous sommes ici pour détruire votre monde, mais nous ne sommes pas vos ennemis.

- Vous nous menacez et ensuite vous nous dites de ne pas nous inquiéter, qu'est-ce qui ne tourne pas rond chez vous ? grogna Serena.

L'homme futuriste porta sa main sur ses lunettes avant de s'exclamer :

- De la synergie ! Je n'avais encore jamais eu la chance d'en voir en vrai.

- Mr. Cym, nous leur devons quelques explications, rappela la femme.

- Certes. Nous sommes ce qu'on pourrait appeler le système de défense des multivers. Notre rôle est de préserver l'équilibre entre les mondes. Nos analyses ont démontré que votre monde était anormal, il présente de nombreuses erreurs et les premiers systèmes de destructions n'ont pas fonctionné.

- Vous pourriez être plus clair, se retint de crier Cathy. En quoi cela mérite-il notre destruction ?

- C'est simple. Il existe de nombreux mondes parallèles où vivent vos alter-egos. Si votre monde ne disparait pas maintenant, non seulement il finira par s'autodétruire, mais il emmènera dans sa chute tous les autres mondes du multivers.

- En d'autres termes, soit vous nous sacrifiez maintenant, soit absolument tout sera détruit, résuma Brice.

- En effet. Et à ce stade nous ne sommes même pas sûrs de réussir. Votre monde a en effet coupé tous ses moyens de communication, les ultra-brèches, avec l'extérieur. Ce Cosmog est le dernier de ce monde sauf qu'il n'a pas atteint sa forme finale pour recréer un contact durable.

- C'est vous qui parliez à travers ma mère. Rétablir, comprit Lilie.

- Non. Cosmog émet, sans en avoir lui-même conscience, des ondes qui perturbent le cerveau humain. Il faut une certaine durée et proximité pour que les effets se fassent ressentir, mais lentement, la personne devient obnubilée par l'idée de créer des ultra-brèches : rétablir le contact en sommes. Le phénomène est d'autant plus rapide que le lien émotionnel avec Cosmog est fort ce qui explique que nous ayons la chance de trouver si rapidement une remplaçante à Elsa-Mina.

L'homme qui jusque-là s'amusait à enrouler sa barbe autour de ses doigts tendit sa main. Une lumière mauve émana de sa paume et Lilie fut attirée par une force inextricable.

- Solie, aide-toi de Cosmovum pour nous téléporter.

Elle s'apprêtait à toucher le pokémon endormi, mais une plante épineuse sortit du sol et fit une plaie dans son avant-bras.

- Solie, répéta l'homme futuriste imperturbable.

- Oui, monsieur.

Une lumière les entoura et ils disparurent.

- C'est pas vrai ! pesta Serena.

Brice se contenta de lui tendre un petit appareil où clignotait un point rouge. Serena se souvenait de l'avoir utilisé pour poursuivre Amaryllis.

- Végé-attack était chargée d'un émetteur, se contenta-t-il de dire.

- Je te reconnais bien là, sourit Cathy fière de son subordonné.

- Quoi qu'il en soit, partez devant, vous êtes bien plus rapide que nous. Pendant ce temps on enquêtera sur les documents d'ici pour savoir si on peut croire ces gens.

- Attendez ! On ne va pas les laisser détruire notre monde ! s'indigna Sacha.

- S'il est vraiment condamné, mieux vaut limiter les dégâts, dit Brice d'un pragmatisme effrayant.

Le garçon grogna, il savait que l'inspecteur avait raison, mais c'était leur monde, après tout ce qu'il avait construit c'était douloureux de tout perdre.

- Tu es d'accord avec ça Serena ? demanda-t-il.

La jeune fille déglutit, bien sûr elle n'avait pas envie de mourir. Mais l'idée que d'autres Sacha et Serena puissent perdre vie par leur égoïsme n'était pas réjouissant non plus.

- S'il n'y a vraiment aucune solution, on n'aura pas le choix…


Le siège du conseil suprême était en ébullition. Ses membres étaient assis autour d'une table ronde et au centre, un écran virtuel bleu leur rendait compte des dernières nouvelles.

- Était-ce vraiment judicieux de laisser l'ultra-commando pénétrer dans notre monde, soupira un des hommes.

- Nous n'aurions pas dû écouter Mew ! Tout ça pour motiver un gamin en plus, s'énerva un autre.

- Gardez votre sang-froid, les calma Kessel. Pour l'instant ils ne sont que deux et Mew avait prévu leur arrivée. Tout est conforme au plan alors il n'y a aucune raison de paniquer.

- Alors si tout est sous-contrôle, pourquoi as-tu enrôlé les champions comme si tu préparais une guerre ?

- Mew m'a prévenu que quelques éléments étrangers pourraient passer. J'ai simplement organisé l'extermination des parasites.

Il se leva, sa canne claqua contre les dalles de pierres.

- Bien, il est temps que j'aille couvrir les évènements sur le front.


Sacha, sous sa forme de Dracaufeu, était rapidement parvenu à l'île Poni. Mais il était exténué et il dû se retransformer en humain. Serena savait qu'il valait mieux ne pas trop le forcer, elle lui proposa de boire un peu et de se reposer. Elle avait remarqué sur le capteur que les ultras avançaient plus lentement et leur signal était brouillé. Quelque chose dans ces montagnes devait perturber les appareils électroniques, et pour ces personnes sorties du futur, cet environnement ne devait pas particulièrement leur convenir. Elle fut tirée de ses pensées par trois individus qui courraient vers eux.

- Vous nous attendiez ? s'étonna Serena face au trio Rocket.

- Pas vraiment, on tient un stand de Malasada dans le coin, expliqua James.

- Tu es toute pâle, tu t'es encore disputée avec Sacha ? s'enquit Jessie.

Serena s'empressa de démentir et raconta ce à quoi ils avaient fait face.

- Tu es sûre qu'ils ne vous racontent pas des histoires, remarqua James.

- On a déjà eu la preuve que les mondes parallèles existent et Brice devrait être capable de vérifier si ce qu'ils disent est vrai, du moins je l'espère.

- Mais devoir se sacrifier pour les autres… vous allez les laisser faire ? demanda Jessie.

- L'idée de détruire toute vie dans tous les univers ne m'enchante pas et nous aussi on va disparaitre quoi qu'il arrive. A quoi ça sert de se battre maintenant si on disparait dans quelques jours ?

- Je n'aime pas cette idée même si comme tu le dis on n'aura que quelques jours, remarqua James.

- Tu voudrais sacrifier l'avenir des autres ? rappela Serena.

- Même s'ils me ressemblent, même s'ils ont vécu la même chose, ils ne sont pas moi. J'ai le sentiment que ce que j'ai ici est unique et précieux, expliqua James.

Il regarda Sacha droit dans les yeux, le garçon ressentait la même chose. Ce lien si fort qu'il avait créé avec Serena était unique et aucun autre univers ne pourrait l'imiter. Il ferma les yeux pour s'arracher au pouvoir de persuasion de James. Il avait toujours pensé aux biens de tous avant le sien, alors pourquoi était-ce si dure de se sacrifier aujourd'hui ?

- Je suis sûr qu'on réussira à trouver une solution pour sauver tout le monde. J'ai déjà eu affaire à des tas d'hommes qui pensaient que détruire était la seule solution, mais je leur ai toujours prouvé le contraire. Je… on fera la même chose aujourd'hui ! finit-il par se persuader.


La nuit tombait quand ils entrèrent au sein du canyon de Poni. L'appareil de Serena cessa définitivement de fonctionner, mais Sacha pouvait encore les suivre grâce à l'aura. Ils volaient rapidement en évitant les piliers naturels quand le pokémon feu se posa et reprit sa forme d'origine. Il se dirigea d'un pas assuré vers une grotte, Serena sur les talons.

- Je ne vois Lilie et les autres nulle part, remarqua Serena.

- C'est normal, ils ne sont pas ici.

- Alors qu'est-ce qu'on fait là ?

Le garçon montra le fond de la grotte du doigt.

- Je sens un cristal Z, j'ai envie de le dévorer.

- Attends ! S'il y a un cristal alors il y a…

Un bruit de crécelle résonna dans la grotte. Un grand pokémon arriva devant eux couvert d'écailles dorées.

- Serena, appela posément Sacha.

La jeune fille porta sa main à son ruban et laissa leur lien les unir. En quelques secondes le pokémons dominant tomba au sol complètement carbonisé. Sacha se dépêcha de dévorer le cristal pendant que la jeune fille appliquait quelques soins au pokémon.

- C'est peut-être notre dernière nuit ensemble, remarqua le garçon en regardant le ciel étoilé à travers une fente creusée dans la roche.

- Je sais mais…

- Je ne veux pas détruire le lien que j'ai construit.


Brice cherchait une solution au milieu de toute cette paperasse. Ce devait bien être le cinquième laboratoire qu'il fouillait et toujours rien, quant à ses collègues, ils ne faisaient guère mieux. Il fit tomber une pile de dossier, les feuilles s'étalèrent sur le carrelage blanc. L'inspecteur se pencha pour les ramasser, on ne savait jamais ce qu'elles pouvaient contenir. Il se retrouva soudain nez à nez avec Mew allongé sur les feuilles. Brice bondit en arrière, sa main sur sa pokéball.

- « Je peux jouer avec toi ? » se moqua le petit être.

Brice ferma les yeux quelques instants et éloigna sa main de la capsule.

- Les ultras ne t'inquiètent pas.

- « Cette ultra-chimère est un risque je te l'accorde, mais une fois détruit, la protection conférée par la nuit noire devrait être suffisante. »

- La Nuit Noire ? Alors tu étais aussi derrière cet évènement, tout comme l'arme suprême et les sépiatroces.

- « A vrai dire cette créature qui est sortie de terre aurait pu tous nous anéantir, mais finalement, cette vague d'obscurité s'est repliée sur elle-même après avoir imprégné notre monde de ses effets. »

- « Et quel était ton intérêt dans tout ça ? »

Le pokémon mit ses pattes devant sa bouche pour étouffer un rire.

- « Mais celui de ce monde bien sûr ! C'est pour cela que le projet AZOTH existe ! »

- AZOTH ?

- « Rester vivant par la modification de l'Âme du monde. L'immortalité conférée par l'arme suprême, la résistance aussi bien extérieur grâce à la nuit noire, qu'intérieur avec la neutralisation des sépiatroces et enfin l'expansion… »

- Et cette expansion ce serait…

- « Je ne vais pas pouvoir rester discuter avoir toi plus longtemps. On dirait que c'est bientôt mon tour d'entrer en scène ! »

A ces mots le pokémon disparut. Brice alluma rapidement son holokit, il devait à tout prix prévenir Sacha. Mais l'appareil indiquait que ceux qu'il essayait de joindre était hors signal.

- Saleté ! pesta l'inspecteur en donnant un coup de pied dans le bureau.


Lilie reprenait peu à peu ses esprits. La première chose qu'elle vit fut l'éclat des étoiles qui paraient la robe du ciel nocturne. Elle entendait le vent souffler avec puissance et elle se rendit compte qu'elle était entourée par d'immenses falaises obscures. Même l'horizon ne pouvait se défaire de cette répétition géologique. La jeune fille se leva, elle ne se sentait pas faible, c'était même le contraire. Ce lieu avait quelque chose de vivifiant, de magique. Sur le sol était dessiné un symbole lunaire qui semblait refléter celui sculpté dans la roche qui la surplombait.

- Comment te sens-tu ?

Elle se retourna vivement pour faire face aux ultras. Leur voie n'était pas naturelle, elle lui faisait penser à une personne parlant dans un micro : forte et éloignée.

- Comme si vous en aviez quelque chose à faire ! Contact.

- Nous sommes peinés par ce qui est arrivé à votre mère. Nous avons bien conscience que vous ne nous faites pas confiance, mais ce que nous allons vous montrer va vous faire changer d'avis à notre sujet, dit Cym.

La femme à ses côtés commença à taper sur quelques boutons à son poignet. L'instant d'après fut comme un raz-de-marée d'images qui se superposaient dans la tête de la jeune fille. Elle se voyait surmonter sa peur des pokémons, participer à la ligue avec son frère sous le regard fier de sa mère. Un goupix blanc, ses amis, même Sacha était présent. Elle était heureuse.

- Votre vie aurait dû être bien plus joyeuse. Mais des erreurs se sont produites et le destin que vous voyez vous a échappé. Si ce monde persiste, le cycle de vos souffrances prendra le dessus et toutes les images que vous avez vues n'existeront plus. Il n'y aura plus de salvation, expliqua Solie.

Malgré sa voix transformée, Lilie pouvait sentir une certaine bienveillance et gentillesse. Ces gens n'étaient pas leurs ennemis, cette idée s'insinuait en elle.

- Non ! Rétablir. Ce sont les ondes de contrôles qu'émet Doudou qui me poussent à penser comme ça ! Contact, se ressaisit Lilie.

- Cela joue en effet. Mais vous ne pouvez nier avoir ressenti quelque chose en voyant ces autres mondes, dit Cym. Imaginez ce magnifique multivers devenir un silence glacial, toutes ces possibilités perdues !

Une certaine sagesse se dégageait de cet homme. Il manquait sans doute de douceur, mais ses mots sonnaient comme s'ils venaient d'un prophète. Les images continuaient de tourner dans la tête de Lilie. La vie ne s'arrêtait pas ici mais continuait toujours au-delà. Et pour que le cycle puisse continuer, ce monde devait disparaitre. La femme s'approcha et lui tendit une flute bleutée, à peine Lilie sentit le contact froid du métal que Doudou s'éleva dans les airs.

- Nous ne vous cacherons pas que notre principale raison de demander votre aide est que sans vous, Cosmovum mettra beaucoup plus de temps à s'activer, avec le risque d'être annihilé avant d'avoir pu accomplir sa fonction. Mais nous vous le demandons aussi car nous avons senti l'affection que ce pokémon vous porte, nous aimerions lui rendre hommage, expliqua Solie.

La jeune fille ne savait pas si elle était atteinte du même mal que sa mère, mais en ce moment elle désirait rendre sa véritable forme à son ami. Elle pensait aux mondes où les autres Lilie avaient trouvé le bonheur. Elle n'avait pas eu cette chance, mais elle pouvait au moins préserver le futur de ses alter-egos. Cependant…

- Moi et mes amis, qu'est-ce que nous deviendrons ?

Cym ne répondit pas tout de suite, elle sentait qu'il cherchait sa réponse. Finalement il déclara :

- Tout le monde se réincarnera dans un autre monde, vous continuerez de vivre.

Solie détourna la tête afin que la jeune fille ne puisse pas voir son visage. Ce que Cym avait dit n'était qu'une croyance, une simple légende dont l'ultra-commando se persuadait pour supporter l'atroce acte de détruire un monde. La femme se mordit la lèvre, combien d'êtres à travers son écran avait-elle vu hurler alors que l'ultra-mégalopole envoyait des milliards de mandrillons. Ces images restaient gravées en elle, un poids, un stigmate avec lequel elle devait continuellement vivre alors que le poison de ces ultra-chimères se répandait, dissolvait tout ce qu'il touchait jusqu'à ce que finalement le monde éclate sous le choc. Si cette fille utilisait la flute, le contact serait rétabli, les ultra-mégalopoles ne mettraient pas longtemps à repasser dans la zone, à les trouver et à débuter le programme de destruction. Solie remarqua soudain le regard de son chef qui lui intimait de ne rien dire et d'abandonner ses états d'âmes.

L'esprit de la fille en blanc n'était plus qu'une mixture informe, de la douleur, du doute, de l'espoir, de l'envie. Lilie porta le fin orifice à ses lèvres et souffla un mince filet d'air. Une douce mélodie s'échappa de l'instrument. Cosmovum se changea en un magnifique pokémon bleu comme la nuit. Ses immenses ailes bordées d'un arc doré faisaient concurrence au clair de lune. Lilie avait déjà vu cette forme dans les livres, un pokémon connu pour inviter la lune, honoré comme l'émissaire de l'astre de la nuit. Un pokémon si merveilleux qu'elle n'aurait jamais un jour rêvé de le rencontrer. Elle avait besoin de dire son nom à haute voix, pour être sûr que ce n'était pas un rêve :

- Lunala.

Le pokémon s'approcha d'elle, ses ailes l'encerclaient et elle pouvait mieux voir ses doigts décharnés. Certains habitants d'Alola le voyait comme un signe de mort, la jeune fille croyait comprendre pourquoi. Ainsi entouré par ces ailes qui ressemblaient à une nuit étoilée, difficile de ne pas croire que son âme avait rejoint la voute céleste. Les yeux roses du pokémons étaient pourtant remplis de tristesse, émotion si peu commune chez les dieux.

- Ce n'est pas de ta faute, le rassura Lilie.

Elle voulait y croire, il n'avait jamais voulu faire du mal à elle ou à ses proches. De toute façon elle était bien incapable de ressentir la moindre haine contre ce pokémon. C'était grâce à lui qu'elle avait pu voyager et évoluer et pour cela elle lui serait éternellement redevable. Les images des autres mondes étaient encore bien présentes, elle avait la possibilité de tout sauver au-delà des frontières de l'univers et même de tout recommencer ici. Cependant, Lunala n'était toujours pas décidé à entrainer la disparition de son amie. A ce moment, elle comprit qu'il avait peur d'être rejeté. C'était un sentiment qu'elle connaissait bien pour l'avoir elle-même vécu, la sensation d'être laissé derrière, de ne pas avoir sa place dans ce monde à cause de sa faiblesse. Elle retira son premier gant blanc, puis le deuxième, elle n'avait plus peur d'être rejetée désormais. Elle posa sa main nue sur la tête du pokémon, le ciel étoilé qui y était représenté se mouvait sous la pression de ses doigts. La peau du pokémon était froide, peut-être autant que l'espace et pourtant Lilie sentait la chaleur l'envahir.

- J'espère que dans un autre monde, tu accepteras de m'accompagner dans mon voyage, sourit Lilie.

Sa contemplation fut interrompue par des bruits de pas rapides. La fille en blanc se tourna avec lenteur vers les deux nouveaux arrivants qui observaient avec hébétude le pokémon lunaire.

- Lilie, qu'est-ce que tu comptes faire ? s'inquiéta Serena.

La fille d'Alola ferma les yeux quelques instants, comment leur faire comprendre ?

- Ne vous inquiétez pas, je sais que c'est la meilleure décision.

Serena frémit, la voix de son amie était si décidée qu'elle hésitait à la contredire mais…

- Quoique les ultras aient pu dire, nous devons y réfléchir tous ensemble et…

- Il n'y pas à réfléchir, quelqu'un doit prendre une décision sinon rien n'avancera. Serena, Sacha… notre monde n'a pas sa place ici.

Tout en disant ces mots, elle continuait de caresser avec respect le front étoilé du pokémon, Serena tremblait, toujours incapable de prendre une décision.

- Serena ! rappela Sacha.

Elle secoua plusieurs fois la tête comme pour se réveiller d'un mauvais rêve avant de rétorquer :

- Lilie, ne nous oblige pas à t'arrêter par la force !

Le silence se fit soudain dans le canyon. On aurait dit que le vent s'était enfui et que les pokémons des environs s'étaient murés dans un silence respectueux. Serena entendit un éclat qui la hantait depuis longtemps, quelqu'un juste derrière eux montait les escaliers. Son bruit de pas régulier sans pour autant être pressé comme si le monde attendait patiemment son arrivée et surtout ce bruit de métal qui combattait la pierre. La dresseuse le vit, ce vieil homme à la canne et au rire insupportable. Un pokémon au pelage blanc se tenait à ses côtés, l'homme fit un discret geste de main et le monstre s'élança. Une peur irrationnelle prit la jeune fille et elle se précipita devant Sacha les bras écartés. Pourtant le pokémon ne lui accorda pas un regard et se contenta de sauter au-dessus d'eux. Serena ne comprit pas tout de suite, tout comme Sacha, tout comme les ultras qui restaient tétanisés.


Qu'est-ce que la douleur ? Certains scientifiques auraient répondu qu'il s'agissait d'un signal d'alarme pour entrainer une réaction appropriée de l'organisme face au danger. Pour Lilie, il s'agissait d'une explosion sourde et diffuse à l'intérieur d'elle, un calvaire qui faisait réagir chacune de ses cellules. Elle n'avait pas encore conscience de la douleur, elle la sentait ramper le long de ses muscles, agripper sa moelle épinière de ses griffes acérée et l'escalader pour atteindre le centre de sa conscience. Au moment où ce signal inconsistant atteindrait le cœur de son cerveau et rebondirait dans tout son cortex, elle savait que chacun de ses neurones éclateraient sous la pression de ce signal. Le noble organe décida de lui épargner l'enfer.

Lilie cligna des yeux, elle avait perdu conscience quelques secondes. Sans doute était-ce la pression qui lui avait ainsi fait perdre notion de la réalité. Mais elle ne devait pas oublier tout ce qu'elle avait accompli jusque-là et pourquoi aujourd'hui elle devait réussir. La foule autour d'elle hurlait, sans doute son frère et sa mère l'encourageait de toutes leurs forces. Serena lui faisait face accompagnée de ce dracaufeu aux écailles rouges, le combat était si intense que son cœur battait au point de se déchirer. Lunala se tenait devant elle, éclatant de sa lueur fantomatique, il était son pokémon et elle était sa dresseuse. L'air avait la même bonne odeur que la terre de Mele-Mele et le sol semblait briller d'un éclat doré, elle avait la sensation qu'aujourd'hui elle ne perdrait pas. D'un geste ample, elle fit signe à son pokémon de lancer sa plus puissante attaque, le pokémon l'écouta, s'éleva et s'enveloppa d'une lumière dorée… La victoire était à eux ! Une victoire en cinq secondes.

Cinq secondes. Les neurones s'éteignaient comme des bougies sous une tempête, ainsi ils formaient une barrière infranchissable, la douleur était le propre des êtres conscients, elle n'avait aucun pouvoir sur les morts. Certains diraient que le cerveau est un organe fascinant, même lorsque tout est fini, il se retranche dans un dernier espoir. Les cellules de la mémoire, des émotions, de l'imagination et bien d'autres, toutes s'étaient activées de concerts pour jouer un dernier morceau : cinq secondes de paradis.


Lilie était étendue au sol, une plaie béante allait de son épaule jusqu'à sa hanche opposée. Son sang se mêlait à celui de Lunala qui arborait exactement la même plaie. Ils étaient assortis pour ainsi dire. Serena se mit à courir, persuadée que si elle arrivait suffisamment vite elle pourrait la sauver. Elle ne prit pas garde au absol qui se tenait tel un sphynx devant ses victimes, ses ailes blanches était maculée de sang tout comme sa corne noire sur le côté de sa tête : un véritable ange de la mort.

- Lilie ! Lilie ! appelait la dresseuse.

Elle tomba à genou et prit la main tiède de son amie, un vague espoir qu'elle puisse encore la saisir l'avait effleuré. Sacha lui avait déjà compris, et il assista sans rien pouvoir faire au visage de son amante qui se décomposait au fur et à mesure qu'elle observait la fille au sol. Le visage de Lilie n'était pas déformé par la douleur ou l'agonie, il restait immobile comme s'il n'était qu'un masque. Les yeux ne bougeaient plus, pareil à ces poupées de porcelaines dont le regard inspire la crainte par leur immobilité si semblable à la mort. Le sang continuait de couler sur le sol, Serena remarqua la main que tendait Lilie vers le pokémon lunaire. Lunala avait encore un souffle de vie, il mit toutes ses forces dans la bataille avant que son corps ne l'abandonne pour ramper vers son amie. Sacha tira sa partenaire contre lui et l'obligea à s'écarter. Serena essayait de se dégager, mais il la retenait fermement.

- Laisse-moi ! hurlait-elle.

Il la serrait encore plus contre lui, sachant que peu importe ce qu'il dirait il ne pourrait l'apaiser. Lunala enveloppa de ses ailes la jeune fille à la robe immaculée, un cri déchira sa gorge et se propagea jusqu'au noir firmament qui se parsema de multiples couleurs ondulantes, même la lune n'était plus qu'un enchevêtrement de teintes floues. Les ultra-brèches se formaient à nouveau dans le ciel d'Alola sonnant le final de ce monde.

- On dirait qu'une seule attaque n'était pas suffisante pour t'arrêter, remarqua le meurtrier mi-gêné, mi-amusé.

Le pokémon s'évapora soudain en une poudre dorée qui s'éleva retrouver les constellations. Il ne restait plus aucune trace de Lilie ni du pokémon, ils s'étaient volatilisés comme s'ils n'avaient jamais existé.

- Peut-être… reprit espoir Serena.

- Quand Lunala s'éteint, il retourne auprès des étoiles qui l'ont vu naitre. Cette fille l'a sans doute suivi dans son dernier voyage, expliqua Solie.

Si le micro n'avait pas déformé sa voix, il aurait été possible de comprendre toute la tristesse qu'elle ressentait. Elle se tourna vers le meurtrier et demanda :

- Nous savons qu'un élément de votre monde a poussé à l'accumulation d'erreurs. Est-ce lui qui vous envoie ?

- Je ne révèle pas si facilement mes sources, se moqua le vieillard.

Cym s'approcha de sa camarade, il était difficile de savoir quelle était son expression. Mais le ton de sa voix semblait empreint d'un énervement particulier :

- Les ultra-brèches sont ouvertes. Les autres ultras ne vont pas tarder à vous repérer et à venir vous détruire.

L'homme du futur empoigna un objet rectangulaire à sa ceinture. Une fois au contact de sa main, le métal se déforma pour prendre l'aspect d'un couteau argenté.

- Absol, occupe-toi aussi de ces deux-là, dit Joseph Kessel.

Une lame volante transperça l'air. Cym plaça le couteau devant lui et trancha en deux l'attaque. Il courut vers le meurtrier, chacun de ses pas accompagnés d'un ronronnement rauque. Kessel nullement effrayé donna un nouvel ordre à son fidèle pokémon. La lame d'argent se planta dans la patte d'Absol, mais le regard déterminé du pokémon fit comprendre son erreur à Cym. Il n'eut pas le temps de se reculer et fut déchiqueté par la corne effilée du monstre blanc. Solie cria à la vue du cadavre de son supérieur. Absol se débarrassa du couteau, la large plaie duquel ruisselait son sang ne semblait pas le déranger. Il marcha vers la femme, elle essaya de fuir mais se vautra sur le sol. Ses jambes tremblaient, et des larmes s'échappaient de la fente noire qui barrait ses lunettes.

- Qu'est ce qui se passe ? Cym ? Qu'est-ce qui se passe ? hurla-t-elle en pleine hystérie.

- Les dresseurs les plus puissants de chaque région sont à leurs postes pour se battre si quelques-uns de vos copains parvenaient à nous rejoindre.

- Arrêtez ! hurla Serena.

Trop tard. Le sang gicla. Les cris cessèrent. Kessel se tourna vers les derniers témoins, son horrible sourire ridé fendait ses lèvres perfides. Serena resta focalisée sur l'horrible grimace. Il voulait tuer Sacha ! Elle ne le laisserait pas faire ! Jamais !

- KESSEL ! hurla Serena.

Sacha frissonna mais se transforma quand même en pokémon. Il sentit alors toute la colère et la peur de son amante se répandre en lui. Il tenta de ne pas se laisser submerger, mais les émotions de Serena étaient si fortes qu'elles prenaient le contrôle de lui au point de le transformer en un simple monstre destiné à détruire son ennemi.

- C'est très bien, sourit Kessel.

Le pokémon feu brula une partie des dalles qui composaient le sol du temple et enflamma l'air autour de son corps. On entendit un sifflement lorsque Sacha fouetta l'air de ses ailes pour se jeter sur le meurtrier, le pokémon méga-évolué essaya de le contrer, mais il fut repoussé sans même l'avoir ralenti.

- Je vais te dévorer ! hurla Serena dont les joues se recouvraient d'écailles.

Des griffes vertes entourèrent les mains du pokémon, il n'était plus qu'à quelques centimètres de la gorge du vieillard. Ses dracogriffes se brisèrent tout comme la barrière rose qui venait d'apparaitre. Kessel continuait de sourire accompagné d'un petit pokémon rose. Une nouvelle barrière se forma et entoura le dragon, il avait beau la frapper et réussir à créer quelques fissures elle ne voulait pas céder. Elle s'illumina soudain éblouissant Serena, sa vision se troublait et elle sentait son lien se briser.

- Sacha ! cria-t-elle horrifiée.

Elle courut sans rien voir, la main tendue devant elle avant de trébucher et de rouler sur le sol. La lumière disparut enfin, elle tenta de se relever et se rendit compte que Sacha avait disparu. Pire, elle avait beau essayer de se resynchroniser, elle n'y arrivait pas, comme s'il avait définitivement quitté ce monde.

- Que lui avez-vous fait ? murmura stupéfaite Serena.

- Mew a besoin de lui pour mener à bien le plan AZOTH.

- De quoi vous parlez ?

- L'immortalité, l'invulnérabilité, la conquête, rien que ça, s'amusa le vieil homme.

Serena remarqua un objet briller sous l'éclat de la lune. Elle marcha vers lui et s'accroupit pour saisir le couteau. Il était maculé du sang d'Absol, mais son éclat argenté était d'un attrait trop grand pour que la jeune fille puisse y résister. Elle pointa la pointe de l'arme en direction du cœur de celui qui l'avait tant fait souffir.

- Votre vie, votre soi-disant immortalité. Je veillerai à ce qu'elle s'achève ici, dit-elle d'une voix froide.

- Nous ne nous sommes pas compris, je ne parlais pas de moi, rigola Kessel.

- Taisez-vous ! tonna Serena en appelant le reste de son équipe.

Les pokémons observaient leur dresseuse avec appréhension. La haine qui déformait son visage les terrifiait.

- Vous voulez vous battre ? s'enquit le conseiller.

- Je veux retrouver Sacha, se contenta de répondre la dresseuse.

- Je ne suis pas sûr que vous aimiez le revoir. Après tout, il est lui aussi un monstre prêt à sacrifier les autres pour son propre bénéfice.

Serena ramena sa main contre son ruban bleu, son visage crispé à cause de la colère qu'elle ressentait pour cet homme.

- J'en ai assez de vous écouter. Contrairement à vous, Sacha est du genre à mettre sa vie en jeu pour sauver tout le monde.

Elle savait qu'il en était capable, il négligeait toujours sa propre vie s'il pouvait aider le plus grand nombre. C'était pour cela qu'elle s'inquiétait toujours pour lui et aujourd'hui ne faisait pas exception. Je vais me battre de mon côté, alors je t'en supplie Sacha, tu dois revenir…

Kessel se contenta de soupirer, cette fille n'avait toujours pas compris.

- « Sa vie » n'est plus une entité solitaire, ni quelque chose dont il peut disposer librement. « Sa vie » est désormais liée à la vôtre et de ce fait, vous devriez comprendre tout ce que cela implique.

Serena vacilla alors que le vieil homme l'étudiait, un sourire englué sur son visage.

- Que vous le vouliez ou non, vous participez à la divergence des mondes, murmura le démon.