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LES SEPT POTTER

- Pius Thicknesse a été soumis à l'Imperium.

Absorbée par la lecture du dernier exemplaire de la Gazette du Sorcier où Elphias Doge, conseiller spécial auprès du Magenmagot, affirmait que « Le livre de Skeeter [sur la vie de Dumbledore] contient moins de faits réels qu'une carte de Chocogrenouille », Megan réfléchissait au fait que ces dernières étaient généralement historiquement correctes et tarda à réagir à l'annonce.

- Thicknesse…, répéta-t-elle d'un ton absent. Attends, le Directeur du Département de la justice magique ? Le type qui ressemble à un crabe planqué sous un rocher ?

- Oui, déplora Hermione en se laissant tomber sur le lit de Megan et Kevan. Ça a été confirmé aujourd'hui par Kingsley. Thicknesse a interdit tous les déplacements depuis la maison de l'oncle de Harry, « pour sa sécurité ». Ça veut dire que Maugrey ne va pas pouvoir aller le chercher demain comme prévu pour l'emmener au Terrier.

- Kingsley va le dire à Scrimgeour, non ?

- Tu sais que Scrimgeour se méfiait beaucoup de Dumbledore, il n'a pas confiance dans l'Ordre, il voudra des preuves, et on n'a pas vraiment le temps de lui en apporter, s'agaça Hermione. C'est quand même incroyable que le ministère nous mette des bâtons dans les roues comme ça ! Ils pourraient au moins s'assurer que leurs personnels sont bien dans leur camp !

- Il faut que je prévienne Kevan. Peut-être qu'il devrait prendre quelques jours de congés…

- Oui, on lui dira ce soir. Fol Œil est en train de convoquer une réunion extraordinaire de l'Ordre pour qu'on s'organise pour demain, tu veux participer ? On doit revoir tout notre plan.

Megan posa un profond soupir en reposant le journal sur le matelas. Elle n'avait aucune envie de s'impliquer dans quoi que ce soit qui concernât Potter, qu'elle était déjà agacée de devoir retrouver le lendemain, mais elle ne souhaitait pas être laissée à l'écart d'une réunion importante.

- On ne peut plus utiliser la Poudre de Cheminette, du coup, lui indiqua Hermione. On va devoir aller sur place. Je suis sûre qu'on sera rentrées avant que Kevan revienne.

- Super, maintenant il faut que je mette des chaussures…

Lorsque Megan se fut habillée pour sortir, toutes deux quittèrent l'appartement, saluèrent Sturgis Podmore qui était de garde ce soir-là, et transplanèrent un peu plus loin jusque dans la lande qui entourait le Terrier.

- Je ne savais pas que Podmore était de nouveau dans l'Ordre, commenta Megan tandis qu'elles se dirigeaient vers la maison branlante des Weasley.

- Il ne l'a jamais vraiment quitté, fit observer Hermione. Après qu'il ait essayé de forcer une porte du Département des Mystères sous l'influence de l'Imperium il y a un an, il a fait six mois à Azkaban. Quand il est sorti, Dumbledore l'a retrouvé et s'est assuré qu'il avait été libéré du maléfice, et depuis il a repris sa vie. Enfin, je ne le connaissais pas avant, mais il parait qu'il n'est plus vraiment le même. J'imagine que c'est ce que ça fait aux gens, Azkaban… Je crois qu'il en avait discuté quelques fois avec Sirius…

Megan agita les épaules, mal à l'aise avec le sujet. Les Détraqueurs étaient les seuls adversaires qu'elle était incapable de combattre, et chaque fois qu'elle pensait aux treize années que Sirius avait passé à tort entre leurs griffes, des vagues de magie violente déferlaient en elle.

Elle sentit les barrières de protection lorsqu'elles les traversèrent, puis Arthur surgit devant elles.

- Megan, quel appareil moldu est-ce que tu m'as aidé à arrêter la première fois que tu es venue au Terrier ? demanda-t-il en pointant sa baguette sur elles deux.

- Une imprimante, répondit tranquillement la jeune femme. Qui volait.

- Et toi, Hermione, où est-ce que nous nous sommes rencontrés ?

- Sur le Chemin de Traverse, à l'été 1992.

Ces vérifications étaient devenues une habitude. Kevan y avait le droit chaque jour lorsqu'il rentrait chez lui. La méfiance s'était de nouveau abattue sur le monde des sorciers.

- Je suis content que vous ayez pu venir aussi vite, soupira Arthur en baissant sa baguette. Quelle plaie… Je vais attendre les autres, Molly a fait du chocolat chaud.

Remède efficace contre la brume sinistre qui couvrait le pays en ce moment. Les deux jeunes femmes s'installèrent avec plaisir à la longue table du Terrier, où elles retrouvèrent Ron et Ginny et leur mère, mais aussi Remus et Tonks, McGonagall et Fol Œil. Seul ce dernier n'avait pas de tasse fumante devant lui.

- Vous n'êtes pas supposés être en lune de miel, vous ? lança Megan aux jeunes mariés.

- On partira en voyage quand la guerre sera finie, répondit Tonks en faisant un clin d'œil à Remus.

Ce dernier lui répondit un sourire passablement gêné. Il ne ressemblait plus au marié débordant de joie qu'il était la semaine précédente. Ses cheveux gris contrastaient avec le rose vif de ceux de sa femme, et ses rides étaient plus profondément creusées. Megan fronça les sourcils.

- Qu'est-ce qu'il faut pas entendre, grogna Fol Œil avant d'avaler une longue gorgée de sa flasque.

- Hagrid sera là dans une heure, annonça Arthur en entrant dans la cuisine, suivi de Hestia Jones, Dedalus Diggle, Kingsley et Mundungus Fletcher. Et les jumeaux, Bill et Fleur sortent du travail à l'instant, ils nous rejoignent.

Megan posa un regard empli de mépris sur le petit homme sale qui puait le tabac.

- Vous êtes sorti d'Azkaban, vous ? aboya-t-elle.

- J'vous zavais dit que j'voulais pas v'nir, marmonna Fletcher avec son air de chien battu.

- Et on t'a dit qu'on ne voulait pas de ton avis, répliqua Fol Œil en l'asseyant de force à côté de lui, suffisamment loin de Megan pour qu'elle ne puisse pas le tuer discrètement. On n'a pas le temps pour ça aujourd'hui. On va commencer sans attendre les autres, il faut qu'on ait réglé ça avant la nuit.

- Si j'ai bien suivi, on ne peut plus utiliser la Poudre de Cheminette ni le transplanage d'escorte depuis la maison où est Potter, c'est ça ? résuma Megan. Idem pour les Portoloins ? Le ministère va surveiller toutes les voies d'entrée et de sortie magiques ?

- C'est ça. On ne peut pas non plus le laisser chez lui, ça ferait un lieu de trop à surveiller et ça n'a aucun intérêt de placer de nouvelles protections là-bas s'il peut en disposer ici, et on ne peut évidemment pas laisser le ministère suivre son déplacement, puisqu'il est compromis.

- Eh, on avait eu ce problème il y a un an quand on avait voulu aller au ministère depuis Poudlard, lança Ron. Du coup, on y était allés en Sombrals !

McGonagall et Molly échangèrent un regard peu encourageant.

- Si Hagrid était déjà arrivé, il vous dirait que les Sombrals ont mauvaise réputation à tort, fit remarquer Hermione. Ce n'est parce qu'on ne peut pas les voir sans avoir vu la mort que ce sont de mauvaises bêtes. Ils sont très intelligents, ils se déplacent vite et ils savent toujours où ils vont. Ce n'est pas une mauvaise idée !

Ron et elle échangèrent un sourire complice, et Ginny et Megan se regardèrent en haussant les sourcils. Comment se faisait-il que personne d'autre ne remarque ce qui se passait entre eux ?

- Qu'est-ce qui est une mauvaise idée ? lança Fred en poussant la porte de la maison.

Aussitôt, Maugrey et Remus pointèrent leurs baguettes sur lui et sur son frère jumeau qui le suivait.

- Tout doux, dit George en levant les mains. Posez-nous vos questions, c'est bien nous.

Le même scénario se répéta la minute suivante lorsque Bill et Fleur franchirent la porte à leur tour. Naturellement, Bill se plaça devant Fleur, ce qui sembla le dispenser de vérifications approfondies de son identité. Lorsque les nouveaux arrivants eurent pris leur place et leur tasse, les autres leur résumèrent la situation et reprirent leur réflexion.

- Ok, des Sombrals, original, commenta Fred, comme ça on pourra rattraper ce qu'on a manqué après notre départ de Poudlard.

- Oh oui, c'était tellement fun ce soir-là, répondit Megan en le fusillant du regard.

Fred sembla alors se rappeler que la virée en Sombral à laquelle il faisait allusion s'était soldée par la mort de Sirius. Ses lèvres formèrent silencieusement des mots d'excuse, et Megan serra les dents pour toute réponse.

- Aucune chance que je grimpe sur une de ces bêtes, grogna Fol Œil. Quitte à y aller en volant, autant utiliser nos balais, comme la dernière fois.

- La dernière fois, on était toute une escorte, lui rappela Tonks. C'est trop risqué que toi et Harry voliez tous seuls de Privet Drive jusqu'ici, vous seriez des cibles faciles.

- On viendra avec vous, répondit Fred, approuvé d'un signe de tête de George.

- Hors de question, dit simplement Arthur. C'est trop dangereux.

- Ton père a raison, garçon, acquiesça Fol Œil.

- Pour toutes les personnes dans cette pièce, c'est dangereux de sortir de chez soi, lança Megan en ignorant les protestations sonores des jumeaux. On ne va peut-être pas jouer cette carte ce soir, si ? Je crois que tout le monde a bien compris que je m'en balance, de Potter, mais Tonks a raison, il n'y a aucune chance que vous fassiez juste une petite virée tous les deux demain soir, vous vous feriez abattre en un rien de temps.

- Les Mangemorts ne savent pas qu'on le déplace demain, si ? intervint Fleur.

- Non, nous leur avons donné de fausses pistes, acquiesça Kingsley de sa voix grave, mais il y aura forcément quelques Mangemorts stationnés à proximité, ils surveillent la zone en permanence.

Pendant quelques minutes, la pièce fut emplie des voix des membres de l'Ordre qui parlaient un peu tous en même temps en suggérant plusieurs idées à la fois et en s'insurgeant contre ceux qui ne les écoutaient pas. Megan, qui observait le tumulte en sirotant son chocolat chaud, songea que les réunions devaient être bien différentes lorsque Dumbledore était encore en vie. Sa présence incitait d'ordinaire les gens à agir de manière calme et réfléchie, comme pour essayer d'être à sa hauteur. Il n'avait toutefois jamais eu cet effet sur elle.

- Silence ! tonna Fol Œil lorsqu'il en eut assez du vacarme. On n'a pas le temps pour les chamailleries ! Si on doit aller chercher Potter par la voie des airs, on ira à plusieurs, d'accord !

Il y eut de nouveau une grande agitation.

- J'AI BIEN COMPRIS QUE TOUT LE MONDE VEUT Y ALLER ! tonna Fol Œil en frappant du poing la table avec une telle force que plusieurs tasses se renversèrent, répandant leur contenu un peu partout.

Molly nettoya le désordre d'un coup de baguette.

- Tout le monde, c'est vite dit, commenta Megan.

- Je vous attendrai ici, indiqua Molly. Avec Ginny.

Au grand étonnement de l'assemblée, l'intéressée ne dit rien. Depuis quand la fougueuse benjamine des Weasley ne protestait-elle pas à l'idée d'être écartée d'une mission de l'Ordre, surtout lorsque celle-ci consistait littéralement à voler à la rescousse de son petit ami ?

- Je ne suis pas encore majeure, indiqua la jeune femme lorsqu'elle fut lassée des regards surpris. J'ai la Trace sur moi, je ne peux pas utiliser la magie sans attirer l'attention du ministère. Ce n'est pas ce qu'on veut, si ?

Tout le monde acquiesça en silence, et plusieurs regards se tournèrent vers Megan.

- J'ai dix-sept ans, dit-elle seulement.

- Est-ce qu'on peut te croire ? insista Fol Œil.

Bien sûr, personne à cette table ne connaissait la date de son anniversaire, jour funeste de la mort de ses parents qu'elle refusait de célébrer. Personne sauf les jumeaux.

- Elle a dix-sept ans, confirma George. Mais est-ce qu'elle veut venir ?

- Si vous y allez tous, il faut bien quelqu'un pour vous sauver la vie, soupira-t-elle. Mais je prendrai mon balai.

- Moi je ne sais pas voler, alors un Sombral…, hasarda Hermione. Non pas que je trouve ce mode de déplacement très confortable…

Ses parents étaient toujours en vie, elle n'avait jamais tué personne, elle était inconsciente lorsque Sirius avait basculé au‑delà du voile et elle n'avait pas assisté à la chute de Dumbledore : elle ne pouvait toujours pas voir les sinistres chevaux.

- Pareil pour moi, indiqua Fleur.

- Buckley, tu ne seras pas de la partie non plus.

Pardon ? lança Megan en se tournant vers Fol Œil.

- Le but de cette opération, c'est que Voldemort ne mette pas la main sur Potter. Mais il ne doit pas non plus te récupérer toi. Alors tu resteras ici.

- Ça c'est ce que tu crois, Maugrey ! Je me fiche bien de Potter, mais comme on l'a déjà dit, tout le monde va risquer sa vie, demain soir. Et ça je ne m'en fiche pas. Je suis majeure, je peux décider de ce que je fais ou non. Et soyons honnêtes, je vous serai utile. Je vaux bien deux membres de l'Ordre à moi toute seule, si ce n'est plus.

Un rugissement assourdissant retentit au dehors, et Kingsley et Bill sortirent aussitôt de la maison, pour y revenir rapidement suivis de Hagrid. C'était la première fois que Megan voyait le demi‑géant dans le Terrier, et la pièce principale sembla aussitôt minuscule. Il devait se courber en avant pour ne pas emporter avec son front les poutres du plafond, et tandis qu'il saluait tout le monde, il parut évident qu'il ne pourrait pas prendre place avec eux sur les bancs. Il se retrouva donc assis par terre, sous le regard chagriné de Molly.

- Vous tombez bien, fit remarquer Ron, on parlait de Sombrals.

Hagrid leva un sourcil intéressé sous sa chevelure hirsute. Il était rare qu'il puisse échanger avec l'Ordre sur sa passion pour les monstres.

- Non, nous parlions de Buckley qui resterait ici demain soir, intervint McGonagall.

- Le sujet est clos, répliqua l'intéressée. J'y serai, et vous ne pouvez pas m'en empêcher. Vous avez autre chose à faire que d'essayer de vous battre contre moi, ce soir.

Le ton monta de nouveau dans la cuisine des Weasley. Megan était furieuse et campait fermement sur ses positions, et obtint gain de cause, mais Fol Œil lui jeta des regards furieux tout au long de la réunion.

- Les Sombrals, très bonne idée ! approuva Hagrid lorsque le calme fut revenu et que les autres lui racontèrent les premiers éléments de leur plan. J'en ai tout un troupeau dans la Forêt. Vous les connaissez, bien sûr… De combien en aurait-on besoin ?

- Levez la main, ordonna Fol Œil.

- Attendez, le plan c'est juste que Potter prenne son balai et vole jusqu'au Terrier entouré d'une escouade sur balais et sur Sombrals ? lança Megan tandis que plusieurs bras se levaient autour d'elle. Les Mangemorts vous abattront les uns après les autres comme des mouches.

- Tu as mieux à proposer ? demanda poliment Remus.

Elle prit une seconde pour réfléchir. Elle avait bien une idée, mais celle-ci la rebutait considérablement.

- Voldemort veut Potter, dit-elle enfin. Ses Mangemorts n'ont pas le droit de le tuer. Donc… c'est la meilleure planque.

- De quoi ? grinça Dung avec une grimace d'incompréhension.

- Potter. D'être lui. Ou en tout cas, en apparence.

- Oh ! s'exclama Hermione, qui venait de comprendre.

L'idée fit son chemin tout autour de la table, déclenchant un nouveau brouhaha de conversations. Fol Œil frappa la table du plat de la main à plusieurs reprises pour obtenir le silence.

- C'est une sacrée idée, Buckley, admit-il à contrecœur.

- M'en voulez pas, mais c'est vous qui m'avez donné l'idée.

Les coins des lèvres de McGonagall frémirent, et Ron, Ginny, Tonks et les jumeaux durent se détourner pour ne pas éclater de rire.

- Très drôle, petite, grogna Fol Œil. On a ce qu'il faut en Polynectar, Dedalus ?

- Toujours ! affirma fièrement le petit sorcier. Je peux tout ramener ce soir !

- Parfait. Alors voilà ce qu'on va faire : chacun va se choisir un binôme. Dans chaque groupe, l'un de vous prendra l'apparence de Potter. L'autre sera son garde-du-corps.

- Attendez, intervint Hermione. On connaît Harry, dit-elle en désignant Ron, et il n'y a aucune chance qu'il accepte ce plan.

- Ouais, il va jouer les héros, acquiesça Ron. Il ne voudra pas qu'on prenne le risque d'être pris pour cible par les Mangemorts parce qu'on aura pris son apparence.

- Qui se soucie de l'avis de Potter ? Levez la main ? lança Megan.

Ron lui décocha un douloureux coup de pied sous la table, et elle s'attira plusieurs regards noirs, mais elle ne broncha pas.

- Potter suivra le plan, comme tout le monde, grogna Fol Œil.

- Je pense qu'il sera furieux.

Ron et Hermione échangèrent un regard appuyé, mais personne d'autre ne semblait s'inquiéter de la réaction de Potter.

- En tout cas… on ne devrait pas tous venir ici, reprit Hermione. On devrait faire plusieurs groupes. Les Mangemorts ne seront pas qui est le vrai Harry, donc ils seront obligés de se séparer. Chaque binôme devrait aller à une destination différente. On pourra se rejoindre ici ensuite, quand ce sera sûr.

- Malin, très malin, commenta Fol Œil.

- On peut préparer des Portoloins qui nous ramèneront ici, suggéra Ron.

- Ouais, faisons ça. D'accord, alors il va nous falloir plusieurs points d'arrivée.

- Chez mes parents, suggéra Tonks.

- On peut aussi utiliser la maison de ma tante, indiqua Molly.

Petit à petit, le plan prenait forme. Plusieurs zones sécurisées furent identifiées pour l'arrivée des binômes, qui se formaient naturellement. Megan volerait avec George.

- Ils s'attendront à ce que Harry, le vrai, soit sur un balai, dit Ginny, qui n'avait plus rien dit.

- C'est vrai, acquiesça Hagrid. Je vais le prendre avec moi, avec ma moto. Comme…

Il ne termina pas sa phrase, mais tous savaient qu'il faisait allusion au soir du 31 octobre 1981, le soir où James et Lily avaient été tués, et où Sirius avait prêté sa moto à Hagrid pour qu'il emmène Potter, alors bébé, auprès de Dumbledore qui allait le confier aux Dursley.

- C'est très bien, Hagrid, acquiesça doucement McGonagall.

- Oui très bien, tout le monde a compris ce qu'il a à faire ? lança Fol Œil en parcourant l'assemblée de son œil magique.

Tout le monde acquiesça sauf Fletcher qui marmonna qu'il n'avait aucune intention de risquer sa vie, puis la réunion prit fin. Megan se leva sans prendre le temps de discuter avec les autres.

- Il faut qu'on rentre, dit-elle à Hermione. Kevan va être rentré, il va s'inquiéter si on n'est pas là.

- Quelle petite épouse attentionnée, ricana George.

- Méfie-toi que je ne te fasse pas tomber de ton balai, demain, toi.

- J'aimerais bien voir ça !

Comme Megan le craignait, Kevan était effectivement déjà de retour lorsqu'elle regagna Londres avec Hermione. S'en suivit une soirée très désagréable, Megan ne laissant aucune place à l'inquiétude qu'il avait pu ressentir en découvrant leur absence à son retour sans aucune explication. Ce n'était pas comme ça qu'elle avait imaginé sa dernière soirée à Londres, et elle estima que c'était bien là la preuve que Potter allait bientôt revenir dans sa vie : les choses déraillaient déjà.

- Si tu as terminé de gueuler, j'ai des trucs importants à te dire, lança Megan après plus d'une heure de dispute.

Hermione était partie se réfugier dans sa chambre après avoir pris soin d'insonoriser les autres pièces.

- Tu te fous de m-

- Pius Thicknesse est soumis à l'Imperium, le ministère est infiltré, et je vais avoir besoin de revenir ici demain avec George.

À en juger par son expression, Kevan ne savait plus laquelle de ses émotions prenait le dessus.

- C'est quoi ce bordel, finit-il seulement par articuler.

- Information confidentielle de l'Ordre, alors garde ça pour toi. Surtout, tu n'en parles à personne, d'accord ? Pas même à Collins !

- Le ministère est infiltré ?

- Il ne faut pas qu'ils se rendent compte que tu es au courant. Tu vas poser des jours de congés, tu prétextes une tante malade si tu veux, je m'en fiche, mais j'ai besoin que tu restes à distance du ministère pour l'instant.

Il y eut une seconde de silence suspendu, puis Kevan se détourna en donnant un grand coup de poing dans le mur qui manqua de faire sursauter Megan. Elle ne l'avait encore jamais vu perdre son flegme.

- J'ai des collègues et des amis, là-bas, dit-il sans la regarder. Il faut qu'ils partent aussi.

- Hors de question, trancha Megan. Si tous tes petits copains s'en vont en même temps, ils sauront que tu es au courant. Pour l'instant, tu n'es pas une cible prioritaire pour eux, ce n'est pas le moment d'en devenir une.

- Si je ne suis pas une cible prioritaire pour eux, alors pourquoi est-ce que je ne peux pas retourner au bureau comme si de rien n'était ? répliqua Kevan en se retournant vers elle avec colère.

- Déjà, parce que ce n'est pas si simple de faire « comme si de rien n'était ». Et ensuite, parce que je ne peux pas risquer qu'ils décident de s'en prendre à toi tout de suite.

- Pourquoi les Mangemorts voudraient s'en prendre à moi ?

- Parce qu'on est ensemble.

Le sujet devenait épineux, et Megan était de nouveau mal à l'aise. Elle serra les poings pour ne pas flancher.

- Et alors ?

- Et alors j'ai eu quelques démêlés avec Voldemort ces dernières années, résuma Megan. Du coup, il m'a un peu dans le viseur. Et il sait que je suis avec toi. Envoie juste un hibou demain pour les prévenir que tu prends des vacances, ok ?

- Il faut au moins que je prévienne Ally.

- NON ! Tu ne comprends pas ? On parle des Mangemorts, Kevan ! S'ils ont le moindre doute, ils te tueront, dans le meilleur des cas !

- Je sais que tu la détestes, mais justement, Megan, on parle des Mangemorts ! S'ils la tuent-

- Les Mangemorts s'en tamponnent, d'Ally Collins !

Tous deux se faisaient face, bouillonnants, attendant de voir qui cèderait en premier. Ce ne serait pas Megan. Elle fut la première à reprendre la parole.

- Et j'ai besoin de revenir ici, demain soir. Avec George. Je ne peux pas t'en dire plus. On arrivera par les airs. Et on repartira quasiment tout de suite, avec un Portoloin vers le Terrier. Je le créerai à ce moment-là.

- Je n'ai rien compris.

- C'est normal. Attends-nous juste demain soir, et surtout reste bien chez toi avant qu'on arrive. Ce sera probablement un peu le bazar. Je t'expliquerai à ce moment-là.

- Et Hermione ?

- Elle ne sera pas avec moi.

- Vous allez au mariage de Bill, c'est ça ? Et ensuite tu restes au Terrier tout le mois d'août ?

- Le mariage, oui. Ensuite, je n'en sais rien.

Megan n'était pas capable de se projeter plus loin que la semaine suivante. Elle n'avait aucune idée de ce qu'elle ferait exactement ensuite. Sa seule certitude était qu'elle ne serait pas à bord du Poudlard Express le 1er septembre, pour la première fois depuis sept ans.

Aussi furieux qu'il était, Kevan trouva dans sa dernière nuit avec Megan la raison nécessaire pour renoncer à se rendre au bureau le lendemain matin. Il envoya un hibou au responsable de son service, et un autre à Ally Collins dans lequel il lui tenait le même discours : sa tante était souffrante, et il allait passer quelques jours auprès d'elle. Ce fut donc rassurée que Megan quitta Londres ce soir-là pour se rendre au 4, Privet Drive, Little Whinging, Surrey, juchée sur son balai avec Hermione, dissimulées par un sortilège de Désillusion.

- Je déteste voler, décréta sa meilleure amie pendant le trajet. Il fait froid, c'est horriblement inconfortable, et on est vraiment très haut.

- Je te rassure, je ne trouve pas ça confortable non plus d'être à deux, grommela Megan qui ne se souvenait pas avoir vécu un pire trajet aérien.

- Harry va être furieux. En plus, il ne sera pas sur un balai.

- Ginny a raison, les Mangemorts viseront en premier ceux qui seront sur des balais.

- Comme George et toi.

- Ça va bien se passer, soupira Megan. Les Mangemorts ne s'attendent pas à ce qu'on fasse quelque chose ce soir, ils seront à peine deux sur place, et le temps qu'ils en appellent d'autres en renfort, on sera déjà arrivés.

Hermione n'était pas convaincue, mais elle était courageuse. Elle ne laissa pas sa peur transparaître, et elle ne dit plus rien jusqu'à leur arrivée, ce qui convenait très bien à son amie peu loquace.

Quelques heures plus tôt, Molly était venue récupérer leurs affaires chez Kevan pour les amener au Terrier. Les mains tremblantes et les yeux brillants, elle leur avait donné rendez-vous pour le dîner, leur promettant une tourte chaude à leur arrivée. Son mari, quatre de ses fils et deux filles qu'elle aimait comme si elles étaient les siennes allaient risquer leur vie ce soir. Son attente allait vraisemblablement être insupportable. Heureusement, Ginny serait avec elle.

Megan n'était plus venue dans le quartier cossu des Dursley depuis plusieurs années. Une sensation violente la prit lorsqu'elle approcha des barrières magiques qui protégeaient leur maison. La part de Voldemort en elle était prise pour cible. Elle se concentra toutefois pour parvenir à conserver son équilibre et à percer le dôme invisible qui se dressait devant elle, au moment même où Hagrid arrivait à son tour accompagné du vrombissement sonore de sa moto volante. Les treize sorciers étaient à l'heure. Derrière la moto volaient deux grands Sombrals noirs et squelettiques, chevauchés par Fred et George, tandis que les autres arrivaient sur leurs balais. Tous atterrirent souplement dans le jardin, et le visage ahuri de Potter apparut derrière la fenêtre de la cuisine. Tandis que chacun faisait disparaître d'un coup de baguette les sortilèges de Désillusion en descendant des balais et des Sombrals, le garçon ouvrit la porte de la maison à la volée et se précipita vers eux. Il fut salué à grands cris tandis qu'Hermione le serrait dans ses bras et que Ron lui donnait de grandes tapes dans le dos.

- Ça va, Harry ? dit Hagrid. Prêt à prendre le large ?

- Sans aucun doute, répondit-il en les regardant tous d'un air rayonnant. Mais je ne m'attendais pas à ce que vous soyez si nombreux.

- Changement de programme, grogna Fol Œil, son œil magique tournoyant entre le ciel assombri, la maison et le jardin avec une rapidité qui donnait le vertige. Mettons-nous à l'abri avant qu'on ne t'explique.

Potter les amena dans la cuisine où, riant et bavardant, ils s'installèrent sur les chaises, s'assirent sur les plans de travail étincelants et s'adossèrent contre les appareils électroménagers aux surfaces immaculées. Fred et George commentaient avec enthousiasme leur première expérience à dos de Sombral. Hagrid se tenait debout le dos voûté pour éviter de se cogner la tête contre le plafond. Megan s'était adossée au mur du fond, les bras croisés sur sa poitrine, et fixait avec mépris Fletcher et ses yeux de basset à la paupière tombante tout en tâchant d'ignorer Potter qui se trouvait au centre de la pièce.

- Harry, devine un peu, dit Tonks, perchée sur la machine à laver.

Elle agita la main vers lui pour faire briller l'anneau qu'elle portait à la main gauche.

- Vous vous êtes mariés ? s'écria Potter, son regard passant de Remus à elle.

- Je suis désolée que tu n'aies pas pu être là. C'était très tranquille.

- C'est merveilleux, mes félici…

- Ça va, ça va, on aura du temps plus tard pour les derniers potins ! grogna Fol Œil, sa voix dominant le brouhaha.

Le silence se fit aussitôt dans la cuisine. Le vieil Auror laissa tomber deux gros sacs à ses pieds et se tourna vers Potter.

- Dedalus te l'a sans doute déjà dit, nous avons dû abandonner le premier plan prévu. Pius Thicknesse a changé de camp, ce qui nous pose un gros problème. Il a interdit, sous peine de prison, de connecter cette maison au réseau des cheminées, d'y placer un Portoloin et d'y entrer ou d'en sortir par transplanage. Tout cela au nom de ta protection, pour éviter que Tu-Sais-Qui puisse t'atteindre. Totalement inutile étant donné que le sortilège de ta mère te met déjà à l'abri. Son véritable but était de t'empêcher de partir d'ici en toute sécurité. Deuxième problème : tu n'es pas majeur, ce qui signifie que tu as toujours la Trace sur toi.

- Je ne…

- La Trace, la Trace ! répéta Fol Œil avec impatience. Le sortilège qui détecte l'activité magique autour des sorciers de moins de dix-sept ans, c'est de cette façon que le ministère repère la magie illégale chez les jeunes ! Si tu jettes un sort, Thicknesse le saura et les Mangemorts aussi. Nous ne pouvons attendre que la Trace soit levée car, dès que tu auras atteint l'âge de dix-sept ans, tu perdras entièrement la protection que ta mère t'a donnée. En bref : Pius Thicknesse pense qu'il t'a bel et bien pris au piège.

- Alors, qu'allons-nous faire ?

- Nous allons utiliser les derniers moyens de transport qui nous restent, les seuls que la Trace ne puisse détecter car nous n'avons pas besoin de jeter de sort pour nous en servir : les balais, les Sombrals et la moto de Hagrid. Le sortilège protecteur de ta mère ne prendra fin qu'à deux conditions : quand tu deviendras majeur, ou – Fol Œil désigna d'un geste large la cuisine aussi impeccable qu'au premier jour – lorsque tu cesseras de considérer cette maison comme la tienne. Ce soir, tu vas te séparer de ton oncle et de ta tante d'une manière définitive, c'est-à-dire que tu n'habiteras plus jamais avec eux, d'accord ?

Potter approuva d'un signe de tête.

- Par conséquent, cette fois-ci, quand tu partiras, il n'y aura plus de retour possible et le sortilège sera levé dès l'instant où tu auras quitté son champ d'action. Nous avons donc pensé qu'il valait mieux le lever plus tôt, sinon la seule autre possibilité serait d'attendre que Tu-Sais-Qui vienne te chercher au moment où tu atteindras tes dix-sept ans. L'avantage dont nous bénéficions, c'est que Tu-Sais-Qui ignore que nous partons ce soir. Nous avons organisé une fausse fuite au ministère : ils pensent que tu ne quitteras pas la maison avant le 30. Mais n'oublions pas que nous avons affaire à Tu-Sais-Qui, nous ne pouvons donc pas être sûrs qu'il se contentera de la date annoncée. Il aura sans doute envoyé deux Mangemorts patrouiller dans le ciel des environs, au cas où. C'est pourquoi nous avons sélectionné une douzaine d'autres maisons que nous avons entourées de toutes les protections possibles. Chacune d'elles peut apparaître comme l'endroit prévu pour te cacher, elles sont toutes liées à l'Ordre. Il y a ma maison, celle de Kingsley, celle de Muriel, celle de Minerva… bref, tu vois l'idée générale.

- Oui, répondit Potter, qui ne semblait pas convaincu.

- Tu vas aller chez les parents de Tonks. Quand tu seras à l'abri derrière les sortilèges que nous avons jetés sur leur maison, tu pourras utiliser un Portoloin pour rejoindre le Terrier. Des questions ?

- Heu… oui. Peut-être qu'au début, ils ne sauront pas quel est celui des douze endroits protégés où je dois me rendre, mais quand ils verront – il fit un rapide calcul mental – quatorze personnes voler vers la maison des parents de Tonks, ma destination deviendra évidente.

- Malinx le lynx, railla Megan, on aurait dû t'envoyer à Serdaigle. Comment on a pu ne pas y penser ?

- Toi, ne commence pas ! s'exclama Potter avant que quiconque d'autre ait pu réagir. Qu'est‑ce que tu fais ici, de toute façon ?

- Je te sauve les fesses, comme d'habitude.

Mais Fol Œil avait repris la parole en parlant suffisamment fort pour couvrir sa voix :

- Évidemment, les quatorze personnes ne vont pas toutes aller chez les parents de Tonks. Ce soir, il y aura sept Harry Potter dans le ciel, chacun avec un compagnon de vol et chacun se dirigeant vers une maison différente.

Il sortit alors de sous sa cape un flacon rempli d'une substance qui ressemblait à de la boue. L'information monta au cerveau de Potter avec une rapidité surprenante.

- Non ! s'écria-t-il, sa voix résonnant dans toute la cuisine. Pas question !

- Je les avais prévenus que tu réagirais comme ça, dit Hermione en prenant un petit air supérieur.

- Si vous croyez que je vais laisser six personnes risquer leur vie…

- Comme si c'était une nouveauté pour nous, lança Ron.

- Prendre mon apparence, c'est très différent…

- Oh, tu sais, Harry, personne ici n'en a très envie, dit Fred avec sérieux. Imagine que quelque chose se passe mal et que nous soyons tous condamnés à rester à jamais des petits imbéciles binoclards et maigrichons.

Contrairement à Megan qui éclata de rire, Potter n'eut pas le moindre sourire.

- Vous ne pourrez pas y arriver si je ne coopère pas. Il faudrait que je vous donne des cheveux.

- En effet, voilà qui démolit complètement notre plan, commenta George. Il est bien évident qu'il nous sera impossible de te prendre des cheveux si tu ne coopères pas.

- Ah oui, à treize contre un, et en plus quelqu'un qui n'a pas le droit d'utiliser la magie, nous n'avons aucune chance, renchérit Fred.

- Très drôle. Vraiment très amusant.

- S'il faut recourir à la force, nous le ferons, grogna Fol Œil. Il suffira probablement à Buckley de lever le petit doigt pour nous fournir plus de cheveux que nécessaire, même si elle n'a rien à faire ici.

- On ne va pas avoir cette conversation une nouvelle fois, trancha Megan. Ils ne me verront pas.

L'œil magique de Fol Œil trembla légèrement dans son orbite tandis qu'il se retournait vers Potter d'un air menaçant.

- Tout le monde ici est un sorcier à part entière, Potter, et nous sommes tous prêts à prendre le risque.

Fletcher haussa les épaules et fit une grimace sous ses cheveux emmêlés. L'œil magique de Fol Œil pivota sur le côté de sa tête et lui lança un regard féroce.

- Arrêtons de discuter. Le temps passe. Il me faut quelques-uns de tes cheveux, mon garçon, et tout de suite.

- Mais c'est de la folie, il est inutile de…

- Inutile ! gronda Fol Œil. Alors que Tu-Sais-Qui est à l'affût avec la moitié du ministère à ses côtés ? Potter, si nous avons de la chance, il aura gobé notre fausse piste et préparera une embuscade pour le 30, mais il serait fou s'il n'avait pas posté un ou deux Mangemorts en observation. Moi, c'est ce que je ferais. Ils ne peuvent peut-être pas s'approcher de toi ou de cette maison tant que le sortilège de ta mère reste actif, mais il ne va pas tarder à prendre fin et ils savent en gros dans quel périmètre te trouver. Notre seule chance, c'est d'utiliser des leurres. Même Tu-Sais-Qui ne peut pas se séparer en sept.

Megan surprit le regard furtif que Potter échangea avec Hermione. Fol Œil ignorait que c'était bien le cas.

- Alors, Potter… tu me les donnes, ces cheveux, s'il te plaît ?

Potter jeta un coup d'œil à Ron. Celui-ci lui adressa une grimace qui signifiait : « Fais-le et c'est tout. »

- Tout de suite ! aboya Fol Œil.

- Remue-toi, Potter, s'impatienta Megan.

- Toi, la ferme.

Elle ne réagit pas, attendant impatiemment, les bras croisés, que Potter obéisse. Tous les regards rivés sur lui, le garçon leva la main, attrapa une mèche de ses cheveux et tira.

- Bien, dit Fol Œil.

Il s'avança vers lui de son pas claudicant et déboucha le flacon de potion.

- Mets-les là-dedans, si tu veux bien.

Potter laissa tomber ses cheveux dans le liquide boueux. Dès qu'ils entrèrent en contact avec sa surface, la potion se mit à mousser et à fumer puis, tout à coup, elle prit une couleur dorée, claire et brillante.

- Oh, Harry, tu as l'air d'avoir bien meilleur goût que Crabbe et Goyle, se réjouit Hermione.

Puis elle vit Ron hausser les sourcils et ajouta en rougissant légèrement :

- Tu comprends bien ce que je veux dire. La potion de Goyle ressemblait à de la morve.

- Bon, alors, les faux Potter en file indienne, s'il vous plaît, ordonna Fol Œil.

Ron, Hermione, Fred, George et Fleur s'alignèrent devant l'évier scintillant. Megan avait vigoureusement refusé de faire partie des sept Potter.

- Il en manque un, remarqua Remus.

- Ici, lança Hagrid d'un ton brusque.

Il souleva Fletcher par la peau du cou et le reposa à côté de Fleur qui fronça le nez d'un air éloquent et changea de place pour se mettre entre Fred et George.

- J'vouzavédit que j'aurais préféré être garde du corps.

- Ferme-la, misérable petit mollusque, grogna Fol Œil. Si nous tombons sur des Mangemorts, ils chercheront à capturer Potter, pas à le tuer. Dumbledore a toujours répété que Tu-Sais-Qui voulait en finir lui-même avec Potter. Ce sont les gardes du corps qui ont le plus à s'inquiéter, les Mangemorts essaieront sûrement de les tuer.

Fletcher ne parut pas particulièrement rassuré, mais Fol Œil, après avoir jeté à Megan un regard furieux, sortait déjà de sous sa cape une demi-douzaine de verres de la taille d'un coquetier qu'il distribua avant de verser un peu de Polynectar dans chacun d'eux.

- Maintenant, tous ensemble…

Ron, Hermione, Fred, George, Fleur et Fletcher burent leur verre d'un coup. Ils eurent tous un haut‑le-cœur accompagné d'une grimace lorsque la potion leur descendit dans la gorge. Aussitôt, la peau de leur visage se couvrit de cloques et leurs traits commencèrent à se déformer comme de la cire chaude. Hermione et Fletcher grandirent brusquement ; Ron, Fred et George se ratatinèrent ; leurs cheveux s'assombrirent, ceux d'Hermione et de Fleur se rétractant dans leur crâne. Indifférent à ces transformations, Fol Œil était occupé à dénouer les cordons des deux sacs qu'il avait apportés : lorsqu'il se redressa, une demi-douzaine de Harry Potter étaient alignés devant lui, hoquetant et haletant. Fred et George se tournèrent l'un vers l'autre et s'écrièrent d'une même voix :

- Ça alors… On est exactement pareils !

- À la réflexion, je ne sais pas, reprit Fred qui examinait son reflet dans la bouilloire. Je crois que c'est toujours moi le plus beau.

- Oh, là, là ! s'exclama Fleur en se contemplant dans la porte du micro-ondes, Bill, ne me regarde pas, c'est fou ce que je peux être horrible !

Le visage de Megan se fendit d'un sourire cruel.

- Pour ceux dont les vêtements sont un peu amples, j'en ai de plus petits, annonça Fol Œil en indiquant le premier sac, et vice versa. N'oubliez pas les lunettes, il y en a six paires dans la poche latérale. Quand vous serez habillés, vous trouverez des bagages dans l'autre sac.

Megan observa les six doubles fouiller dans les sacs, en sortir des vêtements, mettre des lunettes, ranger leurs propres affaires et se déshabiller en toute impudeur. Le vrai Potter était visiblement gêné de les voir ainsi dévoiler son corps.

- Je savais que Ginny mentait à propos de ce tatouage, commenta Ron en regardant sa poitrine nue.

- Harry, tu as une vue vraiment épouvantable, nota Hermione en mettant des lunettes.

Une fois habillés, les faux Potter prirent dans le deuxième sac des sacs à dos et des cages à hibou dont chacune contenait une chouette des neiges empaillée (une excellente idée de Hagrid).

- Bien, dit Fol Œil lorsqu'il se trouva devant sept Potter identiques, portant lunettes et chargés de bagages. Vous partirez deux par deux dans l'ordre suivant : Fletcher voyagera avec moi sur un balai…

- Pourquoi avec toi ? ronchonna le Potter qui se tenait près de la porte de derrière, comme s'ils n'avaient pas déjà eu cette conversation.

- Parce que tu es celui qu'il faut surveiller, grogna l'Auror, et son œil magique ne trembla pas lorsqu'il fixa Fletcher. Arthur et Fred…, poursuivit-il.

- Moi, c'est George, rectifia celui des jumeaux que désignait Maugrey. Tu n'es même pas capable de nous distinguer l'un de l'autre quand nous sommes Harry ?

- Désolé, George…

- Je me payais ta baguette, en fait, je suis Fred…

- Ça suffit, on n'a pas de temps à perdre ! gronda Fol Œil. L'autre… George ou Fred, ou je ne sais qui, tu es avec Buckley, poursuivit-il avec un regard furieux. Miss Delacour…

- Je prends Fleur avec moi sur un Sombral, coupa Bill. Elle n'aime pas trop les balais.

Fleur vint se placer à côté de lui et lui adressa un regard mièvre et soumis que personne n'avait encore jamais vu sur le visage de Potter.

- Miss Granger avec Remus, également sur un Sombral…

Hermione était rassurée lorsqu'elle rendit son sourire à son ancien professeur.

- Ce qui te laisse avec moi, Ron ! se réjouit Tonks en lui adressant un signe de la main qui renversa au passage un arbre à tasses.

Ron n'eut pas l'air aussi satisfait qu'Hermione. Megan savait qu'il avait tenté d'échanger avec Hermione et Fred, sans succès.

- Et toi, tu viens avec moi, Harry. Ça te va ? lança Hagrid qui paraissait un peu anxieux. Nous prendrons la moto, je suis trop lourd pour les balais et les Sombrals, tu comprends ? Et comme il n'y aura pas beaucoup de place sur la selle une fois que je serai dessus, tu voyageras dans le side-car.

- C'est parfait, répondit Potter d'un air constipé.

- Nous pensons que les Mangemorts s'attendent à te voir sur un balai, expliqua Fol Œil. Snape a eu le temps de leur raconter tout ce qu'il n'avait encore jamais dit à ton sujet et donc, si nous tombons sur des Mangemorts, il y a fort à parier qu'ils choisiront l'un des Potter qui paraissent le plus à l'aise sur un balai. Quant à toi, Buckley…

L'œil magique de Fol Œil frémit de colère.

- Je serai là pour vous pour vous sauver les miches, comme promis, compléta la jeune femme d'un ton léger. On se retrouve au Terrier.

Le vieil Auror referma d'un geste sec le sac qui contenait les vêtements des faux-Potter et s'avança le premier vers la porte de derrière.

- Bien, à présent, j'estime que nous pourrons partir dans trois minutes, poursuivit-il. Pas besoin de verrouiller la porte, ça n'empêcherait pas les Mangemorts d'entrer quand ils viendront voir ici… Allons y…

L'étrange groupe sortit dans le jardin obscur, et des balais sautèrent dans les mains de leurs propriétaires. Avec le secours de Remus, Hermione grimpa sur un grand Sombral noir et Bill avait aidé Fleur à monter sur l'autre. Hagrid, debout à côté de la moto, avait mis ses lunettes de motard et se tenait prêt.

- C'est celle-ci ? La moto de Sirius ?

- Elle-même, répondit Hagrid, rayonnant, en baissant les yeux vers Potter. Et la dernière fois que tu es monté dessus, Harry, tu tenais dans le creux de ma main !

Et ses parents venaient de mourir. Le garçon s'installa dans le side-car. Il se trouvait à plusieurs dizaines de centimètres au-dessous des autres. Ron eut un petit sourire moqueur en le voyant assis là comme un enfant dans une auto tamponneuse. Agacé, Potter fourra son sac à dos et son balai à ses pieds et parvint à caler la cage d'Hedwig entre ses genoux. Sa position avait l'air extrêmement inconfortable.

- Arthur l'a bricolée un peu, indiqua Hagrid avec ravissement.

Lui-même s'assit sur la moto qui grinça légèrement et s'enfonça de quelques centimètres dans le sol.

- Il y a deux ou trois nouveaux trucs commandés depuis le guidon. Celui-là, c'est une idée à moi.

Il montra d'un doigt épais un bouton violet, près du compteur de vitesse.

- Attention, Hagrid, dit Arthur qui se tenait à côté d'eux, les mains sur son balai et les lunettes légèrement de travers. Je ne suis toujours pas convaincu que ce soit une bonne idée et, en tout cas, cela ne doit servir qu'en cas d'urgence.

- Tout le monde, soyez prêts, ordonna Fol Œil. Je veux que nous partions tous exactement au même moment, sinon la diversion ne servira à rien.

Tout le monde enfourcha son balai. Hermione serra nerveusement les jambes sur les flancs de son Sombral qu'elle n'était pas capable de voir.

- Tiens-toi bien, Ron, dit Tonks.

Le jeune homme jeta furtivement un regard coupable en direction de Remus avant de prendre Tonks par la taille. Hagrid fit démarrer la moto d'un coup de kick : elle rugit comme un dragon et le side-car se mit à vibrer.

- Bonne chance à tous, cria Fol Œil. On se retrouve au Terrier dans une heure environ. Attention, à trois. Un… Deux… TROIS.