Chapitre 5
Promenons-nous dans les bois…
Je sens Alice me prendre dans ses bras et me bercer.
« Ils sont juste évanouis Bella, me dit-elle doucement. Ils ont quelques os cassés, mais rien de grave et ils ne se souviendront ni de ton visage, ni de celui d'Edward à leur réveil. »
Je sens la voiture démarrer et partir de la ruelle. Je tremble sans discontinuer. J'entends Edward et Alice parler doucement. Je comprends que Carlisle, Jasper et Emmett vont s'occuper des hommes dans la ruelle. La lumière s'estompe et je me rends compte que nous avons quitté la ville. Je murmure alors :
« C'était pas censé se passer comme ça. »
La voiture fait une embardée et s'arrête brusquement sur le côté de la route. Un courant d'air glacé me fait frissonner et je sens deux mains puissantes me secouer frénétiquement.
« Tu savais ce qui allait se passer ? gronde une voix de velours. »
Je me tourne vers Alice qui acquiesce.
« J'ai dû lui dire que tu connaissais le passé Bella. Il était là quand tu m'as envoyé une vision.
Je suis désolée, je réponds en tremblant à Edward. C'était pas censé se passer avant le mois de mars.»
Il arrête de me secouer et me regarde fixement.
« Est-ce que tu allais au moins en parler à Alice ? »
Je secoue la tête.
« Je ne voulais pas causer plus de problèmes que je n'en ai déjà causé. »
Mes sanglots redoublent et je sens des bras m'entourer. Cela ne semble pas être Alice. J'entends deux portes se fermer et la voiture redémarre. L'odeur qui m'enveloppe est à la fois apaisante et enivrante. Comme pour casser l'ambiance, une fenêtre bleue apparaît :
« Quête réussie… récompense accordée. »
« Nouveau titre accordé : Collectionneur malchanceux… Condition d'obtention : survivre à plus de 3 situations de mort imminente en moins de 100 heures »
« Nouvelle caractéristique ajoutée … Chance : 10 … La survie à chaque nouvelle mort imminente vous rapportera 5 points de chance. »
Purée ! J'ai envie de rire, pleurer et crier en même temps. Ces développeurs ont vraiment un sens de l'humour de psychopathe. Comme si j'allais me jeter dans la gueule du loup, juste pour avoir de la chance… Je réalise alors que je suis dans les bras d'Edward et que je risque déjà ma vie. Je lui demande s'il va bien.
« C'est plutôt à moi de te poser une question. C'est toi qui t'es retrouvé face à ces ordures. »
Il y a de la haine dans sa voix quand il parle de ces hommes. Je relève ma tête et pose ma main sur sa joue pour tourner son visage vers moi. Il me regarde, surpris. Ses yeux d'Onyx s'éclaircissent un peu en croisant mon regard. Il semble contrôler sa soif.
« Merci. » Je murmure.
Je repose ma tête sur son épaule et tente de retirer ma main, mais il la retient.
« Tu ne me poses pas de questions ?
A quel propos ?
Sur comment j'ai assommé et blessé ces types ?
Tout le monde a ses secrets. Toi, comme moi. Tu me parleras quand tu seras prêt.
Et si je ne le suis jamais ?
Ça ira aussi, je murmure. Mais ne me mens pas, s'il te plait. »
Ces échanges sur les secrets étaient aussi quelque chose qui me dérangeait dans les livres. Edward lui ment et c'est quelque chose que je désapprouve, mais en même temps elle le pousse dans ses derniers retranchements en essayant de lui forcer la main. Bien sûr qu'elle est une personne de confiance, mais, lui, ne la connaît pas vraiment. Il ne va pas lui révéler tous ses secrets, juste parce qu'elle lui affirme qu'elle les gardera, c'est évident. J'ai donc pris le parti de lui faire savoir que j'avais effectivement remarqué des choses étranges, mais que je n'allais pas le forcer à en parler. Peut-être qu'une fois qu'il me fera davantage confiance, il se confiera de lui-même sans que j'ai à le confronter.
« Je te le promets, murmure Edward. »
Eh bien, c'est un sacré pas en avant s'il tient sa parole. Je me sens me détendre progressivement et m'enfonce dans un demi-sommeil. La voiture se gare devant une maison. Ce n'est pas la mienne. A moitié dans les vapes, je plisse les yeux pour comprendre où je suis. Edward me porte jusqu'à la maison en me soulevant d'un bras et en tirant ma tête contre son épaule avec l'autre. L'environnement est, d'un coup, beaucoup plus lumineux. Je suis assise sur un canapé en cuir crème et trois paires d'yeux topaze m'observent. Alice a disparu, mais celle que je devine être Esmée, Edward et Rosalie sont assis en demi-cercle sur les fauteuils et le canapé. Je remarque au passage que les yeux d'Edward ont retrouvé une couleur plus normale et que ceux de Rosalie montrent une vraie inquiétude. Elle scrute mes vêtements déchirés, cherchant une blessure.
En baissant les yeux, je sens qu'un hématome est en train de se former au niveau de mon épaule gauche, avec laquelle j'ai donné un coup à l'homme au couteau. Il ne semble même pas m'avoir effleurée avec sa lame. Seuls mes vêtements ont été déchirés lorsqu'il s'est accroché en tombant. Alice revient et me tend une poche de glace enroulée dans une serviette. Je la remercie et la glisse sur le bleu. Rosalie et Edward suivent mes mouvements et je sais qu'ils repèrent la tâche violette sur mon épiderme quand la colère déforme leurs visages.
Alice tend le téléphone à Esmée après avoir composé un numéro. J'entends bientôt une voix qui s'échappe du combiné.
« Police de Forks, shérif Swan à l'appareil.
Bonjour M. Swan, je me nomme Esmée. Je suis la maman de plusieurs camarades de classe de votre fille. Je voulais vous avertir que Bella est avec moi actuellement.
Bella ? s'exclame Charlie. Il lui est arrivé quelques choses ? »
Je culpabilise à mort en sentant la panique dans sa voix.
« Rassurez-vous, Monsieur Swan, elle va bien. »
J'entends mon «père » souffler de soulagement.
« Appelez-moi Charlie s'il vous plait Mme Cullen.
Esmée…
Très bien… Esmée, pourriez-vous me dire pourquoi ma fille se trouve chez vous alors qu'elle devait aller à Port Angeles ce soir ?
Il semblerait qu'elle se soit égarée en cherchant sa voiture après avoir fait du shopping. Elle est tombée et s'est un peu fait mal à l'épaule. Alice et Edward, mes enfants, l'ont trouvé peu de temps après et l'ont amené à la maison pour montrer sa blessure à leur père…
Ah oui ! Le docteur Cullen.
C'est cela. Mon mari fait des heures supplémentaires ce soir, mais il ne devrait pas tarder à rentrer. Je me demandais s'il était possible que Bella dorme à la maison, puisqu'elle et Alice avaient prévu d'aller à Seattle demain.
Ah bon ? A Seattle ? Aussi loin ?
Il semblerait que les magasins de chaussures n'aient pas la paire de bottes parfaite en taille 36 selon Alice
Un scandale, ricane Charlie.
N'est-ce pas ? rit aussi Esmée.
C'est d'accord, répond Charlie. Mais elle doit rentrer avant 18h samedi.
Le message est passé Charlie.
Bonne soirée à vous Esmée.
Bonne soirée à vous aussi Charlie. »
Elle raccroche en me souriant.
« Tu dors à la maison ce soir, ma chérie.
Comment vous avez fait ? je demande interloquée. Vous êtes une magicienne ?
Non, répond Alice. Juste une mère extraordinaire ! »
Elle enroule ses petits bras autour du cou d'Esmée et lui fait un bisou sur la joue. Esmée a l'air aux anges. Je souris à leur complicité. Rosalie nous interrompe avec un ton glaçant.
« Tu peux nous expliquer comment tu as réussi à contacter Alice ?
Avec ce téléphone. Du moins en pensant que j'allais appeler Alice avec. J'étais poursuivie et je ne voulais pas les alerter. J'ai essayé de gagner du temps en continuant à marcher.
Jusqu'à ce qu'ils te coincent… termine-t-elle.
Oui, mais je me suis pas laissée faire. »
Je vois Rosalie lever un de ses sourcils parfaits.
« Tu l'a griffé ? se moqua-t-elle.
Non, je l'ai désarmé et je lui ai planté son couteau dans la jambe, je réponds. »
Elle siffle, assez impressionnée.
« Eh bien je ne pensais pas que tu avais les épaules pour cela. Bien joué.
Merci.
Tu n'as toujours pas répondu à ma question. Comment connaissais-tu le don d'Alice. »
Je souffle un bon coup. C'est le moment de dire le plus de vérité possible sans les effrayer.
« Je connais le futur et j'ai vu Alice dans une de mes rêves.
Tu as des rêves prémonitoires ? interroge Esmée.
Oui. »
Je ne mens pas tout à fait, puisque Bella fait des rêves cryptiques, mais paradoxalement très explicites quand on connait la suite du roman. Rosalie me regarde d'un air sévère.
« Que sais-tu de nous ?
Que vous n'êtes pas des gens ordinaires.
C'est-à-dire ? siffle-t-elle entre les dents.
Rosalie ! la sermonne Esmée.
Non, ça va, Esmée, je réplique. Ecoute Rosalie, vous avez vos secrets et j'ai les miens. Aucun d'en nous ne souhaite particulièrement que ces secrets s'ébruitent. Alors je pense qu'il serait souhaitable pour l'instant que l'on s'en tienne pour l'instant à la reconnaissance de notre différence. »
Rosalie grogne et monte à l'étage. Esmée et Alice échange un regard et Edward m'observe avec intérêt, comme s'il essayait de percer un mystère. S'il pense lire dans mes pensées en faisant ça, il n'est pas sorti de l'auberge. Esmée me propose de manger un peu et Alice monte me préparer la chambre d'amis. Edward, silencieux jusqu'alors, me demande s'il peut s'assoir à côté de moi. Je hoche la tête et immédiatement il se rapproche de moi.
« Tu es décidemment une énigme Bella.
Je ne suis pas si difficile à comprendre, je rétorque.
Pourtant, plus je passe de temps avec toi et plus tu m'étonnes. Tu as des réactions inattendues et parfois tu ne sembles pas faire ton âge.
J'ai quel âge selon toi ? je demande, curieuse de savoir s'il peut le deviner.
Tu as des réactions plupart des gens développe à la trentaine. »
J'ouvre la bouche. Mince ! Il est fort ! Heureusement, il interprète mal ma réaction et bégaie des excuses :
« Mais… Mais ce n'est pas une critique.
Je ne l'ai pas pris comme telle, je lui réponds en souriant. Au contraire, c'est plutôt compliment que l'on me voit comme une personne mâture.
Tu aimes les personnes mâtures et sérieuses… »
C'était une affirmation, pas une question. Toi, mon coco, tu as écouté ma conversation avec Jessica.
« Oui, j'aime rigoler, mais je pense qu'il y a des moments pour tout. Et surtout des moments où il faut être responsable. »
Il me sourit sans ajouter un mot et attire ma tête contre son épaule. On reste là, sans rien dire pendant de longues minutes. Je suis bien et Edward semble lui aussi être détendu. Quand Esmée m'appelle pour venir manger, il me prend la main pour m'accompagner à la cuisine, s'assoit à côté de moi et me regarde manger. Je ne lui demande pas pourquoi il ne mange pas et il ne cherche pas à simuler un repas. Je commence à aimer ce compromis. Lorsqu'Alice et Edward me conduisent à la chambre d'amis, je prends mon courage à deux mains et je leur demande
« Euh… je suis désolée de vous demander ça, mais j'ai un peu peur de dormir seule cette nuit. Ce n'est pas la première fois que je vis une agression et comme la dernière fois j'ai fait des cauchemars pendant plusieurs jours…
Attends, m'interrompe Edward, ce n'est pas la première fois.
C'était dans une autre vie, je murmure.
Je vais patienter avec toi le temps qu'Alice aille dormir, dit Edward.
J'attends Jasper, me précise Alice. »
J'acquiesce et fait patienter Edward le temps de mettre le pyjama que m'a prêté Alice. Je me glisse sous les draps tandis qu'Edward s'assoit sur le couvre –lit à côté de moi. Je me tourne vers lui et pose ma tête contre sa cuisse. S'il se fige un instant, il ne me repousse pas et je ne cherche pas plus de contact. Progressivement, je sens la fatigue me rattraper et j'entre dans un sommeil agité.
