Chapitre 13
La fin…
Alice me conduit à la Mercedes garée devant la maison et nous partons dans un silence pesant. Quand je passe le pas de la porte de la villa, quatre paires d'yeux me transpercent et, pour la première fois, je ressens vraiment de la peur. Carlisle m'invite à m'assoir en face de lui, m'explique que Rosalie se sent indisposée et qu'Emmett est avec elle. Je comprends sans problème le sous-entendu : si elle se trouve dans la même pièce que moi, elle m'étrangle… Je prends place sur le canapé moelleux et patiente.
« Bella, commence Carlisle, nous ne comprenons pas pourquoi tu nous as caché des informations aussi importantes.
Si je l'avais fait, je dis avec conviction. Vous auriez paniqué et aurez annulé le rendez-vous avec la tribu. Je devais les prévenir pour qu'ils me prennent au sérieux afin d'éviter toutes ces morts inutiles.
C'est probable, en effet, que nous ayons annulé au dernier moment et je comprends que tu aies voulu éviter ces morts, mais, Bella, tu dois nous faire confiance. Nous voulons les protéger autant que toi et le peu de confiance que tu nous accordes, nous force à remettre en doute notre relation avec toi. »
Je sens mon cœur se serrer, je pense que je sais où va cette discussion et je préfère en terminer tout de suite. Autant me donner le coup de grâce moi-même.
« De toute façon, quoique je fasse, vous alliez partir en me laissant derrière. Depuis le début je suis seule et je ne peux compter que sur moi ! »
Je sens mes yeux s'embuer. Esmée proteste :
« Non, ma chérie, nous ne partons pas…
Pas encore, mais vous le ferez, je l'ai vu ! Je … Je suis désolée de ne pas vous avoir dit qu'il y avait des nomades qui allaient venir dans la région, mais il fallait que les loups les voient pour quand elle reviendra me tuer… »
J'entends Esmée haleter. Je sais que mon discours est confus, mais à ce stade, j'oscille entre la panique et la peur de vendre mon secret par mégarde.
« Qui viendra te tuer, Bella ? demande Carlisle, toujours aussi calme en apparence, mais je vois une tension au niveau de ses mains.
Victoria… Elle me traquera après James.
Attends, deux vampires vont te prendre en chasse ? demande Edward, qui prend la parole pour la première fois.
Il parait que je sens très bon, je dis, amer, et ils aiment jouer avec leur nourriture…
Nous les détruirons, affirme Edward.
Vous n'y arriverez pas forcément, je réplique en reniflant.
Pourquoi ? m'interroge Jasper, d'une voix glaciale. Qu'est-ce que tu nous caches encore ?
Ils ont des dons, du moins James et Victoria. Quoique je fasse James me retrouvera. C'est un traqueur. »
J'entends Edward gronder.
« Tu as parlé de deux vampires doués, reprend Jasper, toujours concentré.
Victoria… je souffle en grimaçant. Elle est peut-être même plus dangereuse que James, parce qu'elle a un don d'évasion…
Ça complique les choses, acquiesce Jasper. »
Le silence s'installe dans la pièce. Carlisle finit par prendre la parole :
« Nous avons besoin de réfléchir pour savoir comment traiter ces informations et décider de ce que nous dirons aux Quileutes. »
Ces mots étaient clairs comme de l'eau de roche. Je n'étais pas invitée au débat et je ne ferai pas partie des négociations. Je leur souhaite un bon week-end et laissa Alice me reconduire chez moi. Elle me regarde de temps en temps avec un air triste. Je ne me fais pas d'illusions. Etant donné la façon dont Edward a réagi après l'accident de voiture de la Bella originale, je vais être fuie comme la peste…
Je fis beaucoup de rêves étranges et angoissants cette nuit-là. Une image resta dans mon esprit plus que les autres : deux yeux rouge encadré par une crinière écarlate. Jour après jour, cette image revenait et ne quittait plus mes pensées le jour et mes rêves la nuit. La recrudescence de ces rêves cryptiques m'incita à vérifier mon statut : j'avais atteint le palier deux de la prescience. Cette connaissance doubla mon angoisse latente. J'avais fait des rêves de temps en temps depuis mon arrivée et tous s'était révélés à peu près exacts. Leur fréquence avait graduellement augmenté, jusqu'à devenir quotidien après l'audience avec les Quileutes. Il semblait que plus je m'éloignais du scénario original et plus le don de Bella se développait. Ce qui signifiait… que je me dirigeais droit vers ma mort… Une mort écarlate.
Je poursuivais mon quotidien comme un robot, me levant tôt après une nuit agitée, où je me réveillais une ou plusieurs fois. J'allais à l'école à pied, les Cullen ne m'adressaient plus la parole et je ne donnais aucune explication à Jessica et Angela quand elles m'interrogèrent. La reine des glaces avait déserté notre cours en commun, Emmett ne s'asseyait plus à côté de moi et les autres m'ignoraient autant qu'ils le pouvaient. Je préférais cependant les cours, car j'avais une excuse pour ne pas parler, contrairement au déjeuner où il fallait sociabiliser. Très vite j'arrêtais de me rendre au self le midi, me réfugiant auprès de mon seul exutoire, la salle de musique. Les musiques, que je jouais, étaient de plus en plus sombres, reflétant mon état d'esprit et je sentais mes espoirs de survie diminuer.
Mais le pire restait cette sensation de déchirure dans mon cœur quand je pensais à Edward. Au départ, je m'étais rapprochée de lui pour m'assurer de survivre, puis la curiosité m'avait piquée et j'avais appris à apprécier l'homme derrière le vampire. Nos discussions légères me manquaient, sa proximité me brûlait la peau et la tension électrique entre nous était douloureuse, comme si mon corps m'avertissait que je faisais une erreur.
Mon manque d'appétit alerta Charlie, il avait aussi remarqué que je faisais le trajet aller-retour au lycée à pied et seule. Un jour, il me surprit en train de pleurer sur ma guitare après avoir joué « Si seulement je pouvais lui manquer. » de Calogero. Il ne me posa aucune question sur l'instrument dont je n'étais pas censé joué, me prit dans ses bras et je m'y m'effondrai, pleurant la perte de ma famille, de mon ancienne vie et de mon amour naissant. Parce que j'avais fini par identifier ce sentiment qui oppressait mon cœur. J'avais fini par tomber amoureuse d'Edward et maintenant tout espoir de pouvoir lui exprimer avait disparu.
J'avais commencé à partir en randonnée dans la forêt derrière la maison. Je savais que ce n'était pas raisonnable avec la population croissante de vampire me détestant ou voulant juste se nourrir à proximité, mais au stade où j'en étais, peu m'importait de réduire mon temps de vie, puisqu'il arrivait de toute façon à son terme. Le jeu était fini, Bella n'aurait jamais son amour pour l'éternité et avec le nombre de morts imminentes auxquelles elle faisait face, peu de chance que je passe l'année.
C'est ainsi qu'un week-end, je me retrouve à gravir cette pente escarpée. Mes genoux tremblent et me font mal, mais la douleur physique est agréable, parce qu'elle me détourne de ma souffrance interne. La seule chose qui ait évolué positivement, est la vitalité de Bella, passant à 100 après plusieurs randonnées. Etrangement la complicité avec les membres de la famille Cullen n'ont pas arrêté de vaciller entre le positif et le négatif, sauf celle de Rose qui creuse dans le négatif dès qu'elle m'entrevoit au lycée.
Je stoppe ma progression, souffle profondément et remonte mon pantalon. Il semblerait que mon manque d'enthousiasme vis-à-vis de la nourriture m'a fait perdre du poids, mais je n'ai pas de ceinture et je n'ai pas envie de faire du shopping. Cette activité me rappelle Alice. Elle aussi me manque, mais visiblement, elle m'a rayé de sa vie, tout comme son frère… Comme quoi, j'avais raison quand je lui ai dit de ne rien me promettre. Etant donné nos interactions, c'est comme s'ils étaient partis.
Je gémis à cette pensée en me tenant mon cœur douloureux et décide de me remettre en route. En me redressant, je perds l'équilibre et glisse le long de la pente. Je tente d'attraper les racines qui dépassent mais mes mains sales et humides n'arrivent pas à rester accrocher et ma progression se stoppe dans un creux à l'opposé du chemin de randonnée. Il a plu récemment, le sol ressemble à une patinoire et je suis couverte de boue. Je grimace, me rendant compte de la situation. Je tente plusieurs fois de remonter la pente, mais échoue à chaque fois, me faisant mal à la cheville au cours du processus.
Je vois le soleil se coucher au-dessus de moi et la lumière baisse rapidement. Le nombre de bruits suspect autour de moi augmente. La panique m'empêche de réfléchir, mon cœur s'emballe et tout devient noir. Quand j'ouvre les yeux à nouveau, l'obscurité m'entoure. J'entrevois de petits points brillants un peu partout dans les buissons. J'entends des bruits de pas, des cris d'animaux. Je pense à demander de l'aide, mais j'ai peur d'attirer des prédateurs.
Je mets mes mains endolories de froid dans mon manteau et attrape un objet que j'avais complètement oublié puisqu'il ne me servait qu'à contacter mes anciens amis. Je regarde la batterie, une barre. Heureusement, les batteries de l'époque sont plus performantes que celle de mon époque. Je m'apprête à composer le numéro de Charlie quand j'entends un grognement au-dessus de moi. Je lève la tête et trouve deux yeux dorés brillants qui me fixent. Je change alors le destinataire.
« Bella ? demande une voix froide, mais qui réussit néanmoins à me réconforter alors que je me prépare à mourir.
Adieu, je gémis d'une petite voix. Je t'aime. »
Je lâche le téléphone, qui tombe au sol, et sort le couteau suisse que j'ai trouvé dans un tiroir de l'entrée et qui me sert à laisser des marques pour retrouver mon chemin. Je n'ai pas d'espoir de m'en sortir, mais je vais faire en sorte que Charlie sache ce qu'il est arrivé au corps de sa fille en laissant le plus d'indices possible. J'entends la voix d'Edward crier à travers l'appareil, je ne comprends pas, mais le bruit attire l'attention du fauve qui hésite à attaquer.
Les secondes, puis les minutes passent sans que ni lui, ni moi ne bougions. Soudain, le téléphone se coupe et s'éteint. Je suis arrivée au bout de la batterie. C'est la fin. Les grognements reprennent de plus belle, le puma s'accroupie et saute sur moi, tandis que je tends le couteau suisse devant moi. Une rafale de vent emporte le félin avant qu'il ne m'atteigne. J'entends des rugissements et des grognements si forts qu'ils m'obligent à me boucher les oreilles et puis le silence s'installe. Je ne vois plus aucun mouvement, les bruits d'animaux ont disparu, puis j'entends des pas sur le côté. Je tombe au sol. Je n'ose pas regarder. Lorsqu'une voix de velours m'appelle, je crois halluciner :
« Bella ? demande la voix, inquiète. »
Je regarde dans sa direction mais je ne vois rien, mes yeux me piquent et les larmes m'aveuglent. Je suis perdue. Je demande alors.
« Je suis morte ?
Tu es blessée ? continue la voix.
Je veux revenir…je supplie en gémissant. Arrêtez de me torturer… Faites-moi revenir chez moi*. (*en français dans le texte)
Bella, de quoi tu parles ? fait la voix dont le ton commence à monter.
Qui êtes-vous ? je demande, l'esprit toujours brumeux.
C'est Edward. Tu te souviens de moi ? »
A ce moment-là, mon esprit s'éclaircit et mon cœur se déchire dans le même temps.
« Edward ?
C'est moi, fait la voix, plus calme.
Alors je ne suis pas morte.
Non ! Mais ce puma a failli te faire la peau.
J'avais abandonné…
Ce n'est pas ce que j'ai vu…
Je voulais juste le blesser pour que Charlie ait un indice de ce qu'il était arrivé à mon corps, je souffle. »
Edward garde le silence plusieurs minutes, puis me demande :
« As-tu mal quelque part ? »
Je serre mes mains contre mon cœur.
« Oui, mais rien que tu ne puisses faire, je lui réponds le cœur serré.
Ça, je n'en suis pas sûr, dit-il, me surprenant. »
Je lève la tête vers lui, mais ne distingue pas les émotions sur son visage à cause de la pénombre et de mes larmes. Une fenêtre bleue apparait alors. Je plisse les yeux pour distinguer les caractères qui s'affichent :
« Quête réussie… Une récompense va vous être accordée. »
« Complicité avec Edward : +3 »
