Chapitre 14
Déclaration
Je n'en crois pas mes yeux : j'ai la confiance d'Edward. Qu'ai-je fait pour mériter cela ? Le flux d'eau devant mes yeux se tarit et je distingue enfin ses traits parfaits. Je lève ma main et la pose sur sa joue fraiche. Je souffle :
« Merci. »
Je rajoute dans ma tête : « pour avoir cru en moi ». Il me sourit, mais je vois son regard s'attrister.
« Que t'est-il arrivé ?demande-t-il.
Je suis tombée dans le trou et je n'ai pas pu remonter, j'ai paniqué et me suis évanouie.
Pourquoi ne m'as-tu pas appelé avant ? Ou même Charlie ? Il est très inquiet. Il est rentré tard du travail, il s'est rendu compte de ton absence, il y a seulement une demi-heure.
Je viens juste de me réveiller. J'avais oublié que j'avais un téléphone portable, j'explique. Comme je ne l'utilisais que pour vous appeler… Je suis tombée dessus par hasard en mettant mes mains dans mes poches. J'allais appeler Charlie… Et puis j'ai vu ces yeux brillants… et j'ai choisi de t'appeler à la place.
J'aurai pu ne pas arriver à temps. C'était moins une…fait-il remarquer.
En fait… »
J'hésite un peu, puis ajoute d'une petite voix : « Je voulais juste avoir la chance de te dire ce que je ressentais avant de mourir. Et… ta voix m'a réconfortée et m'a donné la force de faire face.»
Un silence accueille mes propos. Il ouvre la bouche plusieurs fois avant de murmurer, presque pour lui-même:
« Tu avais vraiment perdu tout espoir de survie…
Depuis ce matin-là, où tu m'as parlé pour la dernière fois, mes visions oniriques sont devenues entièrement sombres et de plus en plus sanglantes. Je me suis vue mourir un nombre incalculable de fois et de tellement de façons différentes que je savais que j'allais bientôt y passer. J'ai accepté ce fait il y a quelques jours déjà… »
Il me regarde, stupéfait.
« Tu n'allais pas nous en parler… siffle-t-il entre ses dents.
Vous m'avez tous très bien fait comprendre que vous n'aviez plus confiance en moi et que je ne devais plus prendre contact avec vous.
C'était pour te protéger ! Moins tu aurais de contact avec le surnaturel et plus tu serais en sécurité… s'écrie-t-il…Du moins, c'est ce que je croyais, il rajoute plus bas.
Vous avez perdu confiance en moi à cause de mes décisions, j'en ai juste pris la responsabilité. Assumer revient à faire face seule aux conséquences, quelle qu'elles soient… Je n'allais plus vous demander d'aide sans avoir regagné votre confiance.
Trente-cinq… souffle-t-il en riant nerveusement.
Hummm… »
Je le regarde sans comprendre.
« Tu sais que j'ai vraiment cru te perdre, me dit-il avec émotion.
Je ne comprends pas pourquoi tu es si démonstratif. Je croyais que tu ne voulais plus avoir à faire à moi, que je représentais un danger. Ma mort aurait dû arranger ta famille.
Non, effectivement tu ne me comprends pas, dit-il en grimaçant et en secouant la tête. Nous avons beaucoup de choses à nous dire, mais d'abord je dois te ramener à ton père. Connais-tu son numéro de téléphone ?
Je connais celui du poste de police.
Allons-y pour celui-là. »
Je lui donne et il appelle immédiatement, expliquant qu'il m'a trouvée dans la forêt dans un piège naturel et qu'il me ramenait chez moi. Il me porte ensuite jusqu'à sa voiture, puis me raccompagne chez Charlie. Au moment où je m'installe dans sa voiture, une fenêtre bleue apparait.
« Collectionneur malchanceux : vous venez d'échapper une 4ème fois à une mort imminente. Votre chance a augmenté de 5. Chance actuelle : 15 »
Mon père arrive en même temps que nous à la maison, court à moi et me serre contre lui très fort. Il tremble. Je suis pétrifiée, je ne sais pas quoi ressentir, me sentant comme un imposteur. Je lui dis que tout va bien grâce à Edward.
Charlie se rend compte de sa présence et le remercie plusieurs fois la voix tremblante. Edward lui répond qu'il ait ravi d'avoir pu aider et qu'il va nous laisser. Je relève la tête, alarmée. Il me renvoie un regard rassurant et ses yeux fixent ma chambre une fraction de seconde. Je comprends qu'il veut me voir plus tard, là-haut. Je hoche la tête et il me sourit.
Après le départ provisoire d'Edward, je prends une douche et raconte à Charlie, tout en mangeant les pizzas, qu'il avait commandé, ce qu'il m'est arrivée, en omettant bien sûr l'épisode du puma. Il m'incite alors à recharger immédiatement mon téléphone portable et décide de s'en prendre un dès lundi. Je finis par lui dire que je suis fatiguée et que je souhaite me reposer. Après un nouveau câlin qui me vaut un point de complicité supplémentaire, je monte à l'étage, me brosse les dents, enfile mon pyjama et retourne dans ma chambre, où Edward m'attend, assis sur le fauteuil à bascule. Il est en train de lire un livre que j'ai empruntée à la bibliothèque et que je lis en boucle en ce moment.
« Tu aimes la poésie, constate-t-il.
Baudelaire est un de mes auteurs préférés.
Pas le plus joyeux…
Mais le plus juste dans les émotions que je peux ressentir quand tout va mal.
L'épanouissement des « Fleurs du Mal *»… (*en français dans le texte)
C'est ça. »
Je prends une grande inspiration et l'invite à s'assoir à côté de moi sur le lit. Il hésite une seconde, puis s'exécute. Il a du mal à prendre la parole, je décide de l'aider.
« Tu sais, je ne pensais vraiment pas que tu me reparles un jour. Je pensais que tu me détestais pour t'avoir caché des informations.
Bella, il semble y avoir un malentendu. Je ne te déteste pas et aucune membre de la famille non plus. »
Je lève un sourcil.
« D'accord, peut-être que Rosalie ne te porte pas dans son cœur, mais pas pour les raisons que tu imagines.
Elle est jalouse de moi… je déclare.
Comment tu … Ah… Tes visions. »
Il soupire :
« Bella, on s'est juste dit que tu avais dû rencontrer ses vampires nomades parce que tu étais en notre compagnie et que ne plus te fréquenter te permettrait d'éviter de te faire pourchasser.
Sauf que mon sang les intéressera autant que toi… Il m'a dit… Il me dira que je sentais comme Alice…
Pardon ? demande Edward, interloqué.
Dans un de mes cauchemars les plus récents, James me dira au milieu de la torture que je sentais comme un vampire brun qu'il a croisé récemment à Forks. La description laissait peu de place au doute puisqu'il a dit qu'il l'a laissée seule au moment de sa transformation et qu'elle ne l'a pas reconnu. Il n'y a qu'Alice qui ne se souvienne de rien de sa vie humaine. D'ailleurs, il faut que je te donne des informations, au cas où elle souhaiterait en savoir plus sur sa vie humaine… »
Pendant ma diatribe, Edward était resté figé. Il secoue la tête et demande :
« Tu as rêvé que tu étais torturé, nuit après nuit ?
Oui… je réponds dans un murmure. »
Il me prend tout à coup dans ses bras, me prenant par surprise.
« J'espère que tu pourras un jour me pardonner… chuchote-t-il.
Edward, je m'écrie, est-ce que ça va t'être aussi près de moi ? Tu n'as pas mal à la gorge ?
Je n'ai jamais été aussi en contrôle de ma soif, crois-moi Bella.
…
Je t'ai cru morte pendant de longues minutes. Le souvenir de cette douleur est suffisant pour m'empêcher de te faire le moindre mal.
Je suis… confuse… je dis avec hésitation.
Bella… dit-il en mettant sa main fraiche sur ma joue pour que je le regarde. Tu es pour moi un astre qui illumine la triste nuit de ma vie. »
J'écarquille les yeux, n'en croyant pas mes oreilles. Se pourrait-il qu'il soit tombé amoureux de moi, après tout ce temps à m'ignorer et après ma trahison ? Il me fixe, ses yeux miel brillant d'émotion.
« Bella, je sais que tu dois m'en vouloir à cause de l'attitude déplorable que j'ai adopté vis-à-vis de toi, mais si tu trouves la force de me pardonner, j'aimerai te prouver la profondeur des sentiments que je ressens pour toi.
Je t'ai déjà pardonné Edward, je lui réponds, sentant les larmes monter. »
L'espoir est en train de me consumer. Edward approche son visage du mien doucement, s'arrête à quelques millimètres de mes lèvres, demandant silencieusement mon approbation. Je n'y tiens plus et écrase mes lèvres sur les siennes, déversant le bonheur et le besoin de lui que je ressens depuis trop longtemps. D'abord surpris, il répond à mon baiser et je sens son sourire contre ma bouche. Après quelques minutes de tendres échanges, il s'éloigne, me laissant reprendre mon souffle.
« Comment arrives-tu toujours à me surprendre ?
Le talent, très cher, le talent ! je ricane. »
Tout à coup, Edward se redresse.
« Charlie arrive, il souffle. »
En une seconde il est parti, mais je vois mon armoire entrouverte. Je me glisse sous ma couverture et ferme les yeux. J'entends la porte s'ouvrir, puis quelques secondes plus tard, la lumière s'éteint et je sens le matelas s'enfoncer à côté de moi. Une main fraiche me caresse les cheveux. Je souris, me rapproche d'Edward et passe mes mains autour de sa jambe droite. Je soupire et il me souhaite une bonne nuit.
Le lendemain, nous sommes toujours dans la même position. J'ai l'impression d'avoir passé une bonne nuit pour la première fois depuis des semaines. Des orbes topaze m'accueillent quand j'ouvre les yeux.
« Bonjour, la belle au bois dormant, dit-il en souriant.
J'ai tant dormi que ça ?
A peine 9h. Mais tu es restée étonnamment immobile cette nuit. A se demander même si tu as rêvé.
Je n'ai pas eu de vision en tout cas, je réponds en me redressant. »
Je passe mes bras autour de son cou et lui picore les lèvres à son grand plaisir, puis l'enlace en soupirant. Il passe ses bras autour de moi, posant son menton sur mes épaules. Nous restons ainsi plusieurs minutes avant que l'envie devienne trop grande. Je me redresse ni tenant plus et lui murmure :
« Je t'aime. »
J'ai l'impression de voir un petit garçon devant ses cadeaux de Noël. Il a un grand sourire qui atteint ses yeux dorés brillant de bonheur.
« Tu es ma vie désormais, me répond-il. »
Je réponds à son sourire, puis me mords la lèvre inférieure de gêne. Il dégage les dents de ma lèvre du bout du pouce. Et c'est à ce moment-là que mon ventre décide de se manifester.
« Il faut nourrir l'humain…
Charlie… je demande.
Il est parti à la pêche tôt ce matin, non sans te laisser un mot dans la cuisine, te demandant de rester à la maison te reposer. Il est venu aussi te vérifier quand il s'est réveillé.
Alors, on ne va pas l'inquiéter inutilement en sortant aujourd'hui.
Commençons déjà par le petit-déjeuner.
Oui… je réponds malicieusement, allons chasser le bacon et plantons nos dents dans un bon pain perdu.
Je passerai mon tour sur les deux, fait Edward en levant les mains. »
Après un copieux petit-déjeuner, je m'habille dans la salle de bain et retourne auprès d'Edward qui regarde ma bibliothèque.
« Tu as beaucoup d'ouvrages d'auteurs classiques anglais et français, constate-t-il en passant ses doigts sur la collection de Bella et sur celle que j'ai accumulé lors de ma seule virée shopping à Seattle. »
J'avais profité d'un moment d'inattention d'Alice pour m'éclipser dans une librairie.
« Tu sembles beaucoup aimer la langue française.
Oui, j'admets.
Tu m'as parlé de Baudelaire hier. Il y a un autre auteur que tu apprécies ?
Appolinaire et Tolkien.
La poésie française et la fantaisie. Tu chantes aussi des chansons en français. »
Je me débrouille bien dans la langue de Molière.
Oui, Alice m'a dit.
Tu comprends le français ?
Oui. »
Je me mords la lèvre une nouvelle fois, attirant son regard, hésite deux secondes, puis me lance.
« Je voudrais te jouer une chanson que j'aime beaucoup. Tu veux bien.
J'aimerai bien, dit-il en souriant. »
J'attrape ma guitare et me lance dans une version acoustique de « J'envoie valser » de Zazie. Je me concentre, la musique est compliquée, ma voix est un peu rouillée. Mais quand la dernière note se perd dans ma chambre, je vois que j'ai touché Edward. Il ne prononce pas un mot et me prend dans ses bras. La journée passa ainsi doucement. Nous avons bavardé dans les bras l'un de l'autre, nous câlinant, le sourire aux lèvres. Je me sentais apaisée et j'ai oublié mes soucis quelques heures.
Evidemment, l'inquisition espagnole me fit rapidement descendre de mon nuage le lendemain…
