Cette fic est écrite dans le cadre de la 113ème nuit écriture du Forum francophone pour le thème "Echelle". Le forum est un forum regroupant tous les francophones de ffnet où on peut discuter, demander de ou s'amuser entre nous. Le lien se trouve dans mes favoris. Rejoignez-nous !

Note de l'auteur : Ce texte a été inspiré par le thème imposé, Echelle, qui m'a fait penser à la chanson d'Enrico Macias "La courte échelle". Cette chanson parle normalement d'un parent et de son enfant mais, à quelques mots près, cette chanson parle juste beaucoup trop bien de l'enfance des frères Kaïba. J'espère que ça vous plaira ! ENJOY !


Quand un enfant vient au monde,

Il est souvent démuni.

Et à peine dans la ronde,

Il doit affronter la vie.

- Il y a plus que nous deux, maintenant.

Makuba se raccrochait à la main de son frère qui portait sur son épaule le sac contenant leurs affaires. Qu'est-ce qui se passait ? Pourquoi étaient-ce ces policiers qui étaient venus les chercher à l'école au lieu de leurs parents ? Seto avait eu quelques explications. Après tout, il était grand. Makuba était resté dans une autre pièce avec le chocolat chaud apporté par un policier pendant que d'autres discutaient avec Seto. Makuba avait juste entendu quelques mots. Parents. Accident de voiture. Des oncles, tantes, grands-parents ? Non, personne ? Puis Seto l'avait rejoint. Ils lui avaient servi un chocolat chaud à lui aussi avant de les ramener chez eux et de lui dire de mettre dans un sac les affaires qu'ils voulaient absolument garder.

- J'ai peur, Seto.

- Je sais. Mais ne t'inquiète pas, je suis là, moi. Tout ira bien.

Est-ce que Seto lui-même avait cru à ses propres mots ? Makuba n'en avait aucune idée. La seule chose dont il était sûr, c'est que Seto les lui avait dit et que lui, il le croyait. Si Seto lui assurait que tout irait bien, alors il savait que tout irait bien. Ça lui suffisait.


Et puis il rencontre un mur,

Qui lui barre le chemin

- Dégage, demi-portion !

Il avait beau avoir appris rapidement qu'il valait mieux éviter les grands de l'orphelinat, il arrivait parfois que ce soit eux qui le trouvent. Il n'eut pas le temps de descendre de la balançoire avant que l'un d'eux ne l'empoigne et le jette par terre. Il tenta de se relever mais un coup de pied le faucha dans le ventre.

- Attends, tu vas quand même pas partir aussi vite ? On n'a pas eu le temps de t'expliquer que c'est notre balançoire !


Il se tourne vers un plus grand qui lui dit

T'en fais pas, je suis là,

Pour te faire la courte échelle

Les grands lui avaient pris un énième jouet. Makuba hurlait pour le récupérer, mais au fond de lui, il savait déjà qu'il ne le reverrait plus. Combien de jouets lui avaient-ils volés depuis qu'ils étaient à l'orphelinat ? Il sauta tout de même désespérément pour le récupérer alors qu'ils le narguaient en se le jetant entre eux.

- Lâche-le !

Seto avait jailli de nulle part et s'était jeté sur la brute qui faisait deux fois sa taille. Sans que Makuba ne comprenne comment, le pied de Seto faucha les jambes de son adversaire, le faisant tomber en arrière. Pendant sa chute, le poing de son frère s'écrasa contre le nez de l'autre qui s'étala par terre, le visage ensanglanté. En voyant Seto mettre par terre le type de six ans de plus que lui, les autres blanchirent et déguerpirent en laissant le jouet de Makuba. Seto le ramassa et le tendit à son frère.

- Tiens, c'est à toi.

- Merci Seto… Où est-ce que tu as appris à te battre comme ça ?

Seto haussa les épaules.

- Ils ne nous laissent pas le choix. Il faut bien trouver des solutions pour qu'ils nous laissent tranquilles.


Je suis né avant toi

Pour être là quand il faut

- Makuba, cet homme est notre billet de sortie.

- Godzaburo Kaïba ? C'est un homme d'affaires qui donne de l'argent à l'orphelinat, il est pas là pour adopter…

- Je m'en occupe.

Seto s'était planté devant Godzaburo avec son visage enfantin derrière lequel seul Makuba pouvait distinguer la rage qui l'animait. Le directeur de l'orphelinat avait bien essayé de le faire partir, mais Godzaburo avait semblé amuser par ce gosse de dix ans qui affirmait pouvoir le battre aux échecs.

- Je vous propose une partie d'échecs monsieur Kaïba. Et si je gagne, vous nous adoptez mon frère et moi !

- Tu sais que je suis un champion mondial, mon petit ? Je ne perds jamais. Qu'est-ce qui te fait croire que tu pourrais me battre ?

- Parce que moi non plus, je ne perds jamais.

Godzaburo était arrogant. Naïf. Amusé par l'attitude de Seto, amusé à l'idée de le remettre à sa place. Seto était déterminé. Désespéré, peut-être aussi un peu. Il avait gardé son visage enfantin et mignon et à nouveau, seul Makuba avait distingué au fond de ses yeux la rage de quelqu'un qui n'avait rien à perdre. Et, quand il porta le coup final qui mit Godzaburo en échec et mat, le regard de ce dernier changea. Il ne voyait plus Seto comme un enfant stupide. Seul un génie aurait pu mener une telle partie à son âge, et Godzaburo semblait plus qu'intéressé à l'idée d'adopter un génie.

- Je suis un homme de parole. Monsieur le directeur, pouvez-vous voir avec mes secrétaires les formalités pour adopter cet enfant et son frère ?


C'est la loi de la vie

De se faire la courte échelle

Seto ferma les yeux en enfonçant sa tête dans le coussin de son lit. Même comme ça, les chiffres et les signes arithmétiques continuaient à valser devant ses yeux fermés. Combien d'heures de maths et d'économie venait-il d'enchaîner ? Combien d'insultes et réprimandes de son père adoptif avaient-ils reçues ? Il avait arrêté de compter – cela renforçait l'impression que son cerveau explosait. Il savait que Godzaburo comptait sur lui pour reprendre la Kaïba Corp. Qu'il avait besoin d'emmagasiner des connaissances en un temps record pour être à la hauteur. Que tout ira mieux quand il y sera effectivement parvenu, quand il sera le PDG de l'une des plus grandes multinationales au monde et qu'il pourra offrir à Makuba tout ce qu'il désirera. Seulement, il y avait des jours où il se décourageait. Où les cours étaient trop intenses, les réprimandes trop violentes, où son cerveau d'enfant refusait de subir ce traitement une seule minute de plus. Où il se disait qu'abandonner maintenant était beaucoup plus tentant que ce futur utopique beaucoup trop lointain et incertain pour pouvoir s'y raccrocher. Le secrétaire de Godzaburo lui avait amené un dernier livre oublié et remis par Makuba. Le livre avait instinctivement volé contre le mur et un message en était tombé.

Cher Seto,

Je suis content que tu aies trouvé mon message. Surtout, n'oublie pas grand frère, qu'à nous deux, on sera toujours plus forts qu'eux.

Makuba.


Si l'on veut qu'un de nous,

Se retrouve tout en haut

- C'était bien tenté, Seto, mais tu pensais réellement que je te laisserai voler ma société les yeux fermés ? Avoue que tu y as cru, pas vrai ? Tu as réussi à t'approprier 49% de la Kaïba Corp, c'est brillant ! Mais tu t'arrêtes ici. Tu retournes à l'orphelinat et tu passeras le reste de ta vie à regretter d'avoir abusé de ma confiance.

Il n'avait pas eu le temps de se demander ce qu'il avait raté, qui l'avait trahi, ce qu'il avait pu faire de mieux. Makuba avait débarqué dans le bureau de leur beau-père.

- Je ne vous laisserai pas faire ! Vous vous souvenez, vous m'aviez donné 2% de la Kaïba Corp ? Seto, je te les offre ! Ils sont à toi, tu possèdes 51% de la société ! La Kaïba Corp, ce n'est plus lui, c'est toi !

Seto et Godzaburo étaient restés sidérés tous les deux, mais Seto avait été le premier à se ressaisir.

- Vous avez entendu mon frère ? La société m'appartient. Fichez le camp d'ici. La Kaïba Corp, c'est nous !


Et quand il se désespère,

Le cœur plus ou moins meurtri,

Il se tourne vers un plus grand qui lui dit

T'en fais pas, je suis là

Combien de temps s'était écoulé depuis que Pégasus l'avait kidnappé et enfermé au fond de ce cachot ? Il avait vaguement compris pourquoi. Seul un membre de la famille Kaïba peut diriger la Kaïba Corp, et Seto est beaucoup trop expérimenté, sûr de lui et hargneux pour être manipulé. Makuba, lui, faisait une proie rêvée. Qu'est-ce qui allait advenir de lui ? Où était Seto ? Est-ce que Pégasus l'avait attaqué, enfermé, tué ? Est-ce qu'il reverrait un jour autre chose que ce cachot où des chaînes le clouaient au mur ?

- Makuba.

La voix était beaucoup trop douce pour être celle d'un gardien. Il releva la tête. Seto était de l'autre côté des barreaux de la cellule, son regard choqué mais déterminé posé sur lui.

- Seto ! C'est bien toi ?

- Oui, c'est moi petit frère. Allez, laisse-moi le temps de crocheter cette serrure.


Les générations se suivent

Mais ne se ressemblent pas

Ce que tu n'as pas pu vivre,

C'est ton fils qui le vivra

Makuba entra en bâillant dans le salon de leurs appartements, au sommet de la tour de la Kaïba Corp. Seto s'était installé ici dans un fauteuil avec son ordinateur portable – même le dimanche, il continuait de gérer son entreprise d'une main de maître. Sur la table basse devant lui, un paquet cadeau était posé.

- Qu'est-ce que…

Seto releva la tête de son écran.

- Bon anniversaire petit frère !

- Je… Tu y as pensé ?

- Bien sûr. Est-ce que je l'ai déjà oublié une fois ?

- Non, mais… Tu gères tellement de choses… Je… Merci.

Il déballa le paquet cadeau et découvrit un disque de duel ainsi qu'un jeu de cartes de Duel de Monstre. Par-dessus, Seto avait déposé un papier sur lequel il avait écrit rapidement : « Bon pour des cours de Duel de Monstre offerts par le meilleur duelliste au monde ». Makuba éclata de rire.

- Tu es dingue ? Ça va te prendre un temps fou de m'apprendre à jouer !

- Tu connais déjà les bases, tu as juste besoin de quelques cours stratégiques. Ce n'était pas ce que tu voulais, devenir un bon duelliste ?

- Si, bien sûr, mais…

Makuba secoua la tête et se jeta contre Seto en l'enlaçant. D'abord surpris, Seto lui rendit doucement son étreinte.

- Tu es le meilleur grand frère au monde.

Seto ne répondit rien mais renforça son étreinte. Dans un coin de son esprit, il se remémora son propre douzième anniversaire. Chez Godzaburo qui lui annonçait qu'il était devenu plus grand et donc capable d'ajouter deux heures de physique à ses cours quotidiens. En lui confisquant les derniers jouets qu'il lui restait et en l'obligeant à cacher son propre jeu de Duel de Monstre. Aucun doute. Il ne regrettait pas d'avoir franchi tout ça et d'être arrivé là où il en était. Juste parce que cela lui permettait d'offrir à Makuba une autre enfance que celle que lui-même avait eue.


Il faut penser chaque fois

Que lorsque l'on plante un arbre

On ne le plante pas pour soi

Seto s'appuya plus confortablement dans son fauteuil pendant que, sur ses écrans de gestion, il voyait Makuba apparaître sur l'esplanade pour lancer le tournoi d'inauguration de Kaïba Land. Il avait renoncé à participer au tournoi ou même à l'animation, il y avait trop à faire en organisation. Makuba serait le mieux placé pour gérer ce tournoi en public. Quinze ans s'étaient écoulés depuis ce bac à sable de l'orphelinat dans lequel ils s'étaient jurés de construire ensemble un jour le plus grand parc d'attraction au monde. Aujourd'hui, ils y étaient. Ils l'avaient fait, ils avaient accédé à la direction de la plus grande multinationale au monde et Seto avait accompli tous leurs rêves d'enfants. Il était devenu le meilleur duelliste au monde – ou l'un des meilleurs depuis l'arrivée de Yugi, Makuba vivait son adolescence bercé entre ses cours à domicile qu'il étudiait sans pression ni surmenage, et entre les tournois de Duel de Monstre organisés par la Kaïba Corp. Tout le monde s'accordait à dire que Seto avait bâti son empire à son image, qu'il s'était assuré de pouvoir se construire le futur qu'il désirait. Mais c'était faux. Seto n'avait jamais demandé à être un PDG impitoyable, ni même un gestionnaire d'entreprise. Il avait juste demandé à être un duelliste et il s'était offert cette possibilité pour contrebalancer ses obligations de directeur, pour satisfaire au moins un peu les envies de l'enfant qu'il avait été. Mais Seto avait voulu que Makuba soit heureux, et il avait construit son propre futur de façon à ce que Makuba ait l'avenir qu'il désirait. Et il avait réussi. Seto s'était battu depuis toujours pour monter au sommet du monde. Uniquement pour pouvoir ensuite tendre la main à Makuba et l'aider à l'y rejoindre.


Encore une fois, j'espère que ça vous a plu !

Si c'est le cas, n'oubliez pas d'aller jeter une oreille à la chanson d'Enrico Macias "La courte échelle" qui a inspiré ce texte, elle en vaut cent fois le détour !

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