Cette fic est écrite dans le cadre de la 122ème nuit écriture du FoF (Forum Francophone) pour le thème "Jamais". Le FoF est un forum regroupant tous les francophones de ffnet où l'on peut discuter, demander de l'aide ou s'amuser entre nous. Le lien se trouve dans mes favoris. Rejoignez-nous !


Makuba entra dans le bureau de son frère. Déjà vide. Seto devait déjà être en réunion, il commençait toujours à travailler longtemps avant que Makuba lui-même ne s'installe ici pour faire ses devoirs dans la même pièce que son frère. Il finissait de sortir ses affaires quand le téléphone de son frère sonna. Makuba fronça les sourcils. Habituellement, quand son frère s'absentait en journée, il redirigeait ses appels vers son téléphone portable ou ses secrétaires. Intrigué, Makuba passa de l'autre côté du bureau de son frère pour décrocher.

- Makuba Kaïba, j'écoute ?

- Bonjour Monsieur Makuba ! Pardonnez-moi de vous déranger, je suis le chef de service du développement de produits. Plusieurs chefs et moi-même avions réunion avec votre frère il y a dix minutes mais nous ne le trouvons nulle part. Sauriez-vous ce qu'il en est, s'il a été retardé ?

Makuba resta dubitatif quelques secondes avant de se reprendre :

- Je croyais qu'il était déjà avec vous. Vous voulez bien me laisser cinq minutes ? Je vais voir si je le trouve et je vous recontacte. Juste, vous pouvez me rappeler l'objet de cette réunion ?

- Il s'agissait de définir les priorités de développement pour les deux mois à venir, pour que la roadmap soit prête vendredi soir.

- Très bien, merci. Je vous tiens au courant.

- Merci à vous monsieur.

Makuba raccrocha et secoua la souris de l'ordinateur de son frère pour afficher son emploi du temps. L'écran ne se ralluma pas. L'ordinateur était éteint. Makuba l'alluma et se souvint rapidement du mot de passe que Seto lui avait confié un jour – au cas où. Son absence ici, son ordinateur éteint, son téléphone déprogrammé… Tout criait que Seto n'avait pas encore mis les pieds dans son bureau aujourd'hui. Makuba accéda rapidement à son emploi du temps. Aucune autre réunion que celle pour laquelle il était attendu – et à laquelle il brillait par son absence. Pris d'un doute, Makuba ressortit du bureau, se dirigea vers les ascenseurs et remonta au dernier étage de la Kaïba Corp. Quand ils avaient pris le contrôle de la société, Seto avait fait aménager le dernier étage pour qu'il leur serve d'appartements. Plus de bureaux, plus de salles de réunions, juste un salon, une cuisine, plusieurs chambres et autant de salles de bains mitoyennes. Makuba se dirigea vers la chambre de son frère à laquelle il frappa.

- Seto ?

Aucune réponse. Il frappa à nouveau un peu plus fort et, n'obtenant toujours aucune réponse, il utilisa son passe pour déverrouiller la porte magnétique et entrer dans la chambre.

Makuba resta figé quelques secondes. Seto était là, étendu dans son lit, sur le dos. Un ordinateur portable était posé sur lui, probablement abandonné quand Seto s'était effondré de fatigue alors qu'il essayait de travailler encore un peu. Sa respiration sifflante et régulière lui assurait qu'il allait bien et qu'il dormait, trop profondément pour avoir été réveillé par les légers coups à la porte ou le bruit de l'ouverture. A côté de lui, son téléphone portable qui lui servait de réveil était éteint – probablement déchargé. Son réveil n'avait pas sonné et, parce que Seto manquait bien trop cruellement de sommeil, il ne s'était pas réveillé à l'heure sans ça.

Makuba se rapprocha de lui, prit délicatement l'ordinateur portable et le reposa au sol. Il tendit la main vers l'épaule de son frère avant d'hésiter, puis de se raviser. Si ni les coups à la porte, ni le poids de l'ordinateur subitement enlevé ne l'avaient réveillé, c'est qu'il dormait profondément. Trop profondément pour qu'il n'en ait pas besoin. Makuba hésita encore quelques secondes avant de recouvrir son frère avec la couette échouée au pied du lit et de ressortir silencieusement de la chambre.

Il redescendit dans le bureau de Seto et rappela le chef de service :

- Monsieur Makuba ! Vous avez des nouvelles de votre frère ?

- Oui. Il a eu un empêchement de dernière minute, rien de grave mais il ne sera pas disponible ce matin. Vous disiez que la réunion avait pour but d'avoir une roadmap pour vendredi ? Il a deux heures de libre jeudi après-midi, vous seriez disponibles pour reprogrammer la réunion à ce moment-là ?

- Oui, bien sûr monsieur. Je vous remercie de m'avoir tenu au courant.

- Pas de quoi.

Makuba raccrocha et vérifia l'emploi du temps de Seto. Sa prochaine réunion n'était qu'à 15 heures – il aviserait s'il n'était toujours pas réveillé d'ici là. Il ne mit pas longtemps à remettre la main sur la liste de choses à faire que son frère préparait minutieusement tous les soirs pour le lendemain. Envoyer toutes les candidatures reçues pour les différents postes à pourvoir à leur DRH et aux responsables des services concernés. Il pouvait s'en occuper. Il s'installa plus confortablement dans le fauteuil de son frère et se connecta à la boite mail créée pour recevoir les candidatures. Avant d'avoir pu ouvrir le premier email, quelqu'un frappa à la porte.

- Oui ?

Un secrétaire entra avec une liasse de papiers dans la main.

- Bonjour Monsieur Makuba. Pardonnez-moi de vous déranger, monsieur Kaïba m'avait demandé hier soir de passer plusieurs commandes de fournitures. J'aurais besoin de sa signature sur les bons de commandes.

Makuba réfléchit quelques secondes.

- Donnez-les moi, je vais les signer.

- Vous… Sauf votre respect, monsieur, vous êtes sûr que…

- Je suis le vice-président de la Kaïba Corporation et en tant que tel, je suis habilité à remplacer mon frère quand il n'est pas disponible. C'est le cas aujourd'hui. Ma signature ou la sienne, cela n'a pas de différence. Donc soit vous attendez qu'il soit disponible au risque de vous attirer ses foudres car les commandes vont prendre une journée de retard, soit vous me donnez ces documents et ils partent dans une heure.

Le secrétaire parut hésiter avant d'acquiescer et d'amener les documents à Makuba qui les parcourut du regard avant de les signer. Il les lui remit au moment où le téléphone sonnait à nouveau.

- Oui ?

- Bonjour Monsieur, j'ai un appel de la société Electric Design, notre partenaire qui nous fournit les composants électroniques des disques de duel. Ils désiraient parler à monsieur Kaïba, puis-je tout de même vous les transférer ?

- Oui, passez-les moi.

Makuba prit l'appel et se présenta rapidement à l'interlocuteur. Il écouta attentivement sa demande – révisions de leurs contrats, changement de certains matériaux – et Makuba nota à une vitesse grand V tout ce qu'il lui disait avant d'expliquer :

- Je crains de ne pas pouvoir vous donner de réponse définitive dès maintenant. J'ai tout noté, vous permettez que je transfère le message à Seto Kaïba et il vous rappellera dès qu'il sera disponible ?

Il conclut rapidement la conversation en promettant de passer les informations à son frère et raccrocha. Son regard revint vers l'écran, où quinze emails étaient arrivés le temps de la conversation. Il les déchiffra rapidement et les rangea dans les multiples dossiers de la boite de réception de son frère tout en les marquant comme non-lus pour qu'il en prenne lui-même connaissance. Il avait beau être censé pouvoir assurer l'intérim, il devait admettre que certains sujets le dépassaient et qu'il ne pouvait que temporiser en attendant que Seto soit réveillé.

Il finit de les ranger et revint à la boite mail gérant les candidatures en étouffant un grognement de frustration. Cela n'aurait dû lui prendre que quelques minutes, mais il y était depuis près d'une heure avec toutes ces interruptions. Il parvint à traiter et transférer deux candidatures avant que le téléphone ne sonne à nouveau.

- Oui ?

- Bonjour monsieur Makuba, pardon de vous déranger. Les directeurs du SAV et moi-même aurions besoin de faire un point urgent avec votre frère. Son assistante nous a dit qu'il était occupé toute la journée mais…

- Et c'est le cas. Si c'est urgent et qu'il a besoin d'avoir certaines informations aujourd'hui, vous lui envoyez un email. Sinon vous retournez demander à l'assistante que vous avez essayé de contourner un rendez-vous avec lui dans le courant de la semaine.

- Je… Oui monsieur.

Le téléphone raccrocha et Makuba laissa échapper un long soupir d'agacement. Comment Seto faisait-il pour tenir à ce rythme ? Est-ce que son caractère intraitable était une carapace pour s'assurer que seules les personnes ne pouvant plus faire autrement s'adresseraient à lui ? Cela faisait près de deux heures qu'il avait pris la place de son frère et il avait… Transféré deux CV. Même s'il s'était démené pour organiser le travail de son frère, répartir les réunions et gérer les imprévus, il n'avait quasiment pas avancé sur sa liste de choses à faire. Il ouvrit le troisième email de candidature quand la porte du bureau s'ouvrit. Makuba leva un œil agacé, qui s'éclaira rapidement de soulagement.

- Seto ! Bien dormi ?

Son frère avait troqué son habituel costume impeccable contre une simple chemise à manches courtes et un pantalon noir, et ses cheveux étaient légèrement décoiffés, signe qu'il s'était préparé à la hâte.

- Trop dormi, grommela-t-il. Pourquoi tu ne m'as pas réveillé ? Bon sang, il est déjà 10 heures et…

- Et tu avais besoin de dormir, compléta Makuba. Ça n'arrive jamais que tu te permettes de dormir aussi longtemps qu'il le faudrait.

- Je ne peux pas me le permettre ! Bon sang, j'avais une réunion à huit heures et…

- Et elle est repoussée à jeudi après-midi, termina Makuba d'une voix rassurante en se levant pour faire face à son frère. J'ai fait ce que j'ai pu pour que ton absence passe inaperçue, j'ai décalé ta réunion, répondit au téléphone et aux emails quand je pouvais le faire et pris les messages sinon. Seto… C'est pas grave, je te le jure. J'ai assuré l'intendance et personne n'aura besoin de savoir pourquoi tu n'étais pas là.

Seto resta silencieux en sondant le regard de son frère. Sa dernière phrase avait fait mouche. Parce que Makuba savait que son frère avait gardé de son éducation par Godzaburo l'obligation d'être toujours à la hauteur. Qu'ils savaient tous les deux que les réunions, emails ou appels manqués seraient rattrapables sans trop de problèmes mais que rattraper sa réputation si le bruit courait qu'il ne s'était pas réveillé serait beaucoup plus difficile. Seto posa le plat de sa main contre son front, comme s'il essayait de mettre ses pensées en ordre malgré le réveil à la hâte.

- Ça n'arrive jamais que je ne me réveille pas, bon sang… murmura-t-il.

- Et à part pour nous deux, ça n'est jamais arrivé, continua Makuba. Ne t'inquiète pas. Ça t'a fait du bien de dormir, au moins ?

D'abord surpris par la question, Seto réalisa que, passé la frayeur d'avoir manqué le début de sa journée et la précipitation en se levant, il ne s'était jamais senti aussi bien. Comme si sa tête avait éternellement été dans le brouillard et qu'il ne le réalisait que maintenant que cette sensation avait disparu. Il acquiesça d'un hochement de tête.

- Je suppose, oui. Je… Merci. D'avoir géré en m'attendant.

- J'ai pas fait grand-chose, avoua Makuba.

- Tu as temporisé le temps que je revienne et c'est déjà énorme, répondit Seto. Merci petit frère.

Il lui passa affectueusement une main dans les cheveux et, avant que Makuba n'ait pu répondre quoi que ce soit, le ventre de son frère gargouilla violemment. Bien sûr, pensa Makuba. Seto ne se permettait jamais d'être en retard parce qu'il dormait, alors être en retard pour pouvoir manger…

- Va t'asseoir et commence à dépiler tout ce que je t'ai laissé, sourit Makuba. Je te ramène un petit-déjeuner.

- Tu n'es pas obli…

- Seto ! s'exclama Makuba. Que tu le veuilles ou non, tu as besoin de manger et de dormir ! Deux heures à ta place m'ont suffi à comprendre pourquoi tu n'arrivais jamais à arrêter de travailler avant minuit, alors laisse-moi au moins t'aider à ne pas mourir de faim ou de sommeil. Ça t'irait comme deal ? On laisse tout le monde croire que ça n'arrive jamais que tu dormes ou manges au lieu de travailler, et moi je t'aide à le faire quand même ?

Seto laissa échapper un ricanement amusé face à la proposition de son frère et lui ébouriffa à nouveau les cheveux dans un geste affectueux.

- Ça m'irait, finit-il par admettre. Réveille-moi quand même la prochaine fois.

- Même pas en rêve !

Makuba était reparti du bureau en direction de leurs cuisines avant que Seto n'ait pu protester.


En espérant que ça vous ait plu !

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