Cette fic est écrite dans le cadre de la 137ème nuit écriture du FoF (Forum Francophone) pour le thème "Règle". Le FoF est un forum regroupant tous les francophones de ffnet où l'on peut discuter, demander de l'aide ou s'amuser entre nous. Le lien se trouve dans mes favoris. Rejoignez-nous !
Note de l'auteur : Je suppose qu'il y a une première fois à tout, l'idée de l'OS m'a été donnée par mon fils qui passe sa vie à inventer de nouvelles règles de jeux de société. Les dites règles ressemblent souvent à "Je joue trois tours, tu joues un tour, et à la fin je gagne". Du coup, impossible de ne pas repartir là-dessus quand le thème "Règle" est tombé :p Enjoy !
(Makuba a 4 ans, Seto en a 10)
- Seto ! Tu veux venir jouer à un jeu que j'ai inventé ?
- Un jeu que tu as inventé ? répéta Seto soudainement curieux. Oui vas-y… Ça se joue comment ?
- Avec un plateau d'échecs ! J'ai inventé des nouvelles règles…
Makuba disposa les pièces sur le plateau et expliqua :
- Ça commence comme une partie d'échecs normale. Sauf que moi je peux jouer deux fois de suite. Mais toi que une. Et mes pièces ne se déplacent pas comme les tiennes, mon cavalier peut aller où il veut sur le plateau et le roi se déplace en ligne mais d'autant de cases qu'il veut. Et le fou peut faire un pas sur le côté quand il veut.
- D'accord… répondit Seto en fronçant les sourcils. Et mes pièces à moi ?
- Les tiennes c'est comme d'habitude !
Seto esquissa un sourire désabusé mais accepta de jouer la partie qu'il perdit rapidement.
- Ouaiiis ! s'écria Makuba. J'ai gagné !
- Makky, tu te rends bien compte que ce que tu viens de faire c'est changer toutes les règles pour que tu sois sûr de gagner ?
Le sourire en coin de Seto lui montra qu'il n'était pas vexé pour autant mais il baissa tout de même les yeux d'un air honteux.
- Je sais mais… Avec les règles de d'habitude je peux jamais gagner… C'est toi qui gagne tout le temps… Je me suis juste dit qu'avec mes règles à moi je pourrais peut-être gagner pour une fois…
- C'est plutôt malin, avoua Seto, de changer les règles quand on ne peut pas gagner. C'est bien vu, Makky. Tu sais quoi ? J'ai bien envie de refaire une partie avec tes nouvelles règles !
(Makuba a 5 ans, Seto en a 11)
- Au nom de tout le personnel de l'orphelinat, je vous souhaite la bienvenue Monsieur Kaïba !
- Trèves de bavardages, voulez-vous ? Prenons rapidement quelques photos avec ces enfants que je puisse m'en aller, je n'ai pas que ça à faire.
De l'autre côté de la cour de l'orphelinat, Seto et Makuba observaient Godzaburo entrer dans le bâtiment.
- Makuba, cet homme est notre ticket de sortie !
- Mais tu l'as entendu ! Il est pas là pour adopter…
- Ça, ce sont les règles que lui, il a fixées. Et tu te souviens de ce qu'on fait quand les règles ne nous permettent pas de gagner ?
- On les change ? demanda Makuba avec un sourire incrédule.
- Exactement.
(Makuba a 7 ans, Seto en a 13)
Seto s'effondra sur la banquette de sa chambre mais le décor autour de lui continua de tanguer légèrement. Il avait l'impression que ses cinq dernières heures de cours de la journée lui avaient passé le cerveau au rouleau-compresseur et à l'instant même, il se sentait incapable de garder encore les yeux ouverts. Pourtant, il se força à se redresser quand la porte claqua derrière lui pour laisser entrer Godzaburo accompagné de Hopson, son assistant.
- Seto, tes professeurs m'ont informé qu'il y avait du laisser-aller dans tes études, ce que je ne peux que constater en voyant que tu étais encore en train de paresser.
- Mais je venais juste de…
- Ça suffit ! Je t'interdis de me contredire. Hopson, confisquez tous les jouets de Seto. Quand tu auras appris à travailler suffisamment efficacement pour espérer prendre un jour la direction de la Kaïba Corp, j'envisagerai l'idée de te les rendre. D'ici là, mes règles sont claires : Interdiction que tu accèdes à la moindre distraction. Ceci prend effet dès maintenant !
Ils avaient emmené tous les jouets qu'ils possédaient. Hopson lui avait ramené une pile de manuels à étudier. Il avait encore beaucoup trop mal à la tête pour être capable de lire une seule ligne mais, au cas où ils reviendraient, il en ouvrit quand même un pour faire semblant d'être en train de travailler. Il fronça les sourcils. Entre les pages du livre s'étaient glissées plusieurs cartes de duel de monstre, ainsi que des grilles de mots-mêlés ou de coloriage sur des feuilles libres. Sur la dernière page, une écriture d'enfant avait griffonné : N'oublie jamais quoi faire quand les règles ne nous permettent pas de gagner.
(Makuba a 10 ans, Seto en a 16)
- Tu m'as déçu pour la dernière fois Seto ! s'exclama Godzaburo. Tu retournes à l'orphelinat, il est hors de question que tu accèdes au nom des Kaïba et encore moins à cette entreprise. C'était bien essayé, de tenter de réunir suffisamment de parts pour en devenir le légitime propriétaire, mais insuffisant. Dans mon entreprise, c'est moi qui fixe les règles, et il était hors de question que je te permette de mettre la main sur plus de 49% de la Kaïba Corp. Emmenez-le dehors ! ordonna-t-il à ses gardes.
Avant qu'ils n'aient posé la main sur lui, Makuba fit irruption dans le bureau :
- Je ne les laisserai pas faire Seto ! Mes 2% de la Kaïba Corp, je te les donne ! Ils sont à toi ! Tu possèdes 51% de l'entreprise !
Tout le monde s'était figé dans la pièce mais Seto fut le premier à reprendre ses esprits :
- Vous avez entendu mon frère ? La Kaïba Corp nous appartient officiellement. La prochaine fois, avant de fixer des règles, ne sous-estimez pas notre capacité à réussir à les changer.
(Makuba a 12 ans, Seto en a 18)
- C'était un superbe duel Seto ! s'extasia Makuba en rentrant chez eux. Tu te rends compte, tu viens de rafler le titre de meilleur duelliste au monde pour la deuxième année d'affilée ?
Seto esquissa un sourire fier de lui. Bien que les souvenirs de son enfance chez leur beau-père commencent à s'estomper doucement, une part de lui ne parvenait toujours pas à se faire à l'idée qu'il était bel et bien devenu le meilleur joueur de Duel de Monstres de tous les temps. Comme si tout cela n'était qu'un rêve, comme s'il s'attendait d'une minute à l'autre à se réveiller chez Godzaburo qui lui ordonnerait de retourner travailler. Pourtant, après avoir reconquis ce titre pour la deuxième fois, une part de lui finissait par se faire à cette idée – et à la savourer plus que tout.
- C'était facile, avoua Seto. Maintenant que je possède trois des quatre Dragons Blancs aux Yeux Bleus existants, aucun deck ni aucun joueur ne peut me résister.
- Tu es devenu imbattable, c'est une certitude, confirma Makuba. Pour espérer te battre, il faudrait qu'un sale gosse décrète qu'il a le droit de jouer trois fois de suite et que tes Dragons sont hors-jeu.
Seto rigola légèrement en se souvenant de cette partie d'échecs, huit ans plus tôt, durant laquelle son frère avait été aussi fier de lui exposer ses nouvelles règles et il admit :
- En compétition officielle, je doute que cela puisse passer sans qu'il ne soit disqualifié. Après, il faut être capable de modifier les règles plus subtilement que ça…
- Quoi, tu veux dire que tu continues à le faire ?
- Pourquoi crois-tu que je développe mes nouveaux systèmes de duels holographiques dont le réalisme prendra la moitié des duellistes par surprise ? Ou que mon jeu possède toutes les cartes les plus puissantes jamais mises en circulation ? Des règles, ça s'exploite et ça se modifie même en duel officiel, pour peu qu'on s'y soit pris à l'avance.
- C'est bien vu, avoua Makuba.
- J'ai eu un bon professeur qui m'a un jour montré à quel point il était possible de changer les règles, répondit Seto.
(Makuba a 13 ans, Seto en a 19)
Seto prit une longue inspiration pour tenter de masquer ses tremblements. Il avait l'impression que son cerveau était en ébullition depuis qu'il avait appris l'enlèvement de Makuba. Pour autant, il avait tout de même réussi à appliquer sa stratégie de toujours. Finir le développement de ses disques de duel pour prendre Pégasus par surprise, avoir l'occasion de le tester contre Joey pour s'assurer de sa fiabilité, forcer la main à Yugi pour l'empêcher de gagner le duel qui lui permettrait d'accéder au château… Peu importe les règles fixées par Pégasus, il les avait déjouées, modifiées, contournées, encore et toujours, et rien ne l'empêcherait de continuer pour récupérer Makuba. En observant son système de disques de duels, Pégasus claqua dans ses mains :
- Qu'on amène le jeune garçon qui me servira de pion pour livrer ce duel.
Makuba était arrivé, enchaîné à l'un des gardes de Pégasus.
- Vois-tu, mon petit Kaïba, reprit Pégasus, j'ai pris la peine d'interroger Makuba sur tes principales techniques de duel, et sur ce que tu pourrais tenter pour le sauver. Il a été légèrement difficile à convaincre, mais il a fini par me parler de ton penchant pour le fait de changer les règles à ton avantage.
En parlant, Pégasus avait passé un bras autour des épaules de Makuba dans un geste affectueux mais Seto resta glacé par le choc. L'apparence amorphe de Makuba depuis que Pégasus lui avait pris son âme le choquait autant que les marques de coups sur son visage amaigri qui le laissaient trop bien comprendre comment Pégasus lui avait extorqué ces aveux.
- Mais devine quoi ? Ici nous sommes sur mon île, dans mon château, et les règles c'est moi qui les fixe. Essaie de les changer tant que tu veux, je les re-modifierai aussitôt moi aussi pour garder l'avantage. Alors soit tu affrontes ton petit frère adoré avec ton nouveau système de disques de duel, soit tu l'épargnes et te bats selon mes conditions.
Il avait renoncé à mettre Makuba encore plus en danger. Il s'était battu en duel contre Pégasus, un duel qu'il avait perdu d'avance. En lisant dans son jeu, en anticipant toutes les actions, Pégasus lui avait prouvé à quel point il maîtrisait absolument chaque coup de ce duel.
- Tu as perdu, conclut Pégasus. Et tu n'as pas seulement perdu ce duel mais également toute possibilité de sauver ton petit frère adoré.
Les poings de Kaïba se serrèrent de rage. Tant pis pour ce duel. Il trouverait un autre moyen de faire sortir Makuba d'ici, de contourner les règles de Pégasus avec lesquelles il n'était pas possible de gagner.
- Si tu permets, reprit Pégasus, je vais t'épargner la peine de vivre sans ton petit frère.
Il avait sorti une carte vierge et son œil du millénium avait soudainement brillé. Lorsque l'éclat se dissipa, Kaïba avait la même apparence amorphe et insensible que Makuba.
- Bienvenue, mon petit Kaïba, dans un Royaume dont tu ne pourras pas changer les règles.
Je m'en veux d'avoir fait une fin aussi triste mais en même temps... Je ne voyais pas comment le finir autrement ?
J'espère que ça vous a plu ! N'oubliez pas que seules les reviews permettent de savoir ce que vous en avez pensé :)
