Journée mondiale des câlins
Date d'origine : le 21 janvier
Fandom : Fire Emblem Fates
Un paquet de lettres était jeté "négligemment" sur la table en bel acajou sombre, face à la cheminée.
Ce n'était pas qu'elles avaient été éparpillées comme ça par désintérêt pour leur contenu. C'était juste la distance entre la confortable banquette aux coussins de soie et le pupitre qui était trop grande et le bras de Léo, pas assez long. Il aurait pu se lever temporairement de son assise pour être plus près. Il l'aurait fait si son corps entier n'avait pas été vidé de toute énergie et du moindre échantillon de ses forces. Il ne pouvait presque plus se déplacer.
Les lettres qu'il venait de lire, elles provenaient du bureau de son père, un secrétaire était venu les lui apporter. Il avait affirmé que c'était les dernières nouvelles qu'ils avaient reçues de ses frères et sœurs et elles dataient de plusieurs jours; Léo en avait le cœur qui se tordait d'angoisse ! Où étaient-ils passés ? Pourquoi leur aide de camp ne continuait-il pas à leur faire parvenir des informations sur l'évolution de leur situation ?
"Messire Corrin a été transpercé par une épée ennemie dans la vallée", disait l'un des courriers. "L'évaluation des dégâts est en cours, mais la plaie se situant près de la colonne vertébrale, une issue dramatique n'est hélas pas à écarter."
"Dame Camilla présente de terribles contractions d'estomac. Une enquête a été diligentée et nous redoutons un traître et retors empoisonnement."
"Dame Élise est tombée aux mains d'une lâche faction de rebelles dans les montagnes. Nous tentons de les prendre à revers afin de délivrer notre princesse !"
"Messire Xander doit subir une opération à hauteur de l'intestin de toute urgence. Nous procéderons à l'intérieur de notre campement, près du lac majeur, avec la plus grande armée de soigneurs qu'il est possible d'avoir. Nous adressons nos plus ferventes prières au Dragon Néant pour la guérison de messire le Dauphin, votre héritier."
C'était totalement aberrant ! Comment tous ces accidents avaient-ils pu arriver ?! Voilà ce qui se passait quand ils n'étaient pas ensemble. Léo n'était pas plus vaillant qu'eux : il avait dû protéger le château à lui seul des attaques aériennes de mages particulièrement redoutables pendant plusieurs jours. Il n'avait pas eu la force de quitter son lit durant une longue période, encore moins celle d'écrire aux aides de camp de ses frères et sœurs.
Le jeune prince porta machinalement une main à son cœur qui se consumait d'angoisse depuis un nombre beaucoup trop élevé de jours et de nuits.
Il le sentit d'autant mieux bondir dans sa poitrine lorsque la porte du salon s'ouvrit et qu'une silhouette y pénétra, appuyée sur une baguette de bambou.
« Bon sang, marmonna la voix de Corrin tandis que la lueur des flammes venait danser dans ses yeux. À chaque pas, je me demande si je ne préférais pas perdre ma colonne vertébrale, finalement… Léo ! Iago m'a dit que tu étais très mal… Est-ce que ça va ?
-Corrin ! s'exclama son cadet en se maudissant d'avoir du mal à se redresser sur son siège. C'est moi qui devrais te poser la question ! J'ai… En lisant ce courrier, j'ai bien cru que tu allais perdre l'usage de tes jambes…
-Il s'en est fallu de peu, crois-moi. »
Le prince dragon posa sou soutien provisoire contre une table et s'assit aux côtés de son frère, au milieu d'un océan de coussins.
« Mais tu ne m'as pas répondu, s'obstina-t-il, la main sur son épaule. Tu vas bien, mon frère ?
-Mieux que toi, se moqua Léo, c'est sûr, mon frère. Défendre le château m'a juste vidé de mes forces. »
Le jeune mage savait exactement ce qui allait suivre et il n'avait pas la force ni l'envie de repousser Corrin. Les étreintes, ce n'était pas trop son truc, mais il adorait ses frères et sœurs et cette fois… il avait passé plusieurs nuits à se dire qu'il les avait peut-être tous perdus... Il se pencha donc avec reconnaissance dans l'étreinte que son frère lui proposait.
Celui-ci le ramena contre sa poitrine et croisa leurs jambes les unes sur les autres pour pouvoir le tenir suffisamment près. Il noua ensuite ses deux bras autour de son dos, fermement, et entreprit de se balancer doucement de droite à gauche tandis que Léo logeait sa tête contre sa clavicule. De là, il pouvait parfaitement ressentir les battements de son cœur. Il poussa un petit soupir, qu'il espéra discret, et se laissa aller à fermer les yeux.
« C'est la première fois depuis deux ans, remarqua Corrin avec un sourire, que tu me laisses te tenir aussi longtemps. Depuis le jour où tu as essayé de me faire sortir de la forteresse nord, tu te rappelles ?
-Quelle question ! répliqua Léo sans esquisser de geste pour se dégager. J'avais eu tellement peur.
-Je sais. »
À cette époque-là, Corrin était âgé de seize ans et Léo en avait quatorze. Il avait l'impression que c'était hier. L'aîné caressa distraitement les cheveux de son cadet jusqu'à ce que celui-ci corrige :
« D'ailleurs, ça ne fait pas deux ans, mais trois maintenant.
-C'est vrai, admit le jeune prince en hochant la tête. Je ne m'en suis pas rendu compte, mais il y a bientôt un an que Père m'a fait sortir de cet endroit. Eh bien, tu ne m'as pas pris dans tes bras depuis trois ans, mon frère !
-C'est complètement faux ! Il y a une différence entre une étreinte et des effusions interminables comme Élise et Camilla en ont le secret. Et d'ailleurs, je n'ai pas l'intention de prendre le pli. Profites-en bien parce qu'aujourd'hui, c'est exceptionnel. »
Corrin sourit de nouveau en passant ses doigts dans la frange de son frère, mais il fut interrompu par des cris de joie et un boulet de canon blond qui jaillit dans la pièce. Ces exclamations, seule leur petite sœur pouvait en pousser de pareilles et elle bondit sur eux si vite que Léo n'eut même pas le temps de s'écarter. Élise atterrit donc sur le coussin à côté de lui et non pas entre eux, comme avait dû l'être son plan initial. Elle entoura le jeune mage de ses bras pour pouvoir atteindre aussi Corrin et leur frère aîné fit de même, enfermant Léo dans deux fois plus de bras et de jambes que ce qu'il avait prévu. Il grogna pour la forme tout en se disant quand même que maintenant, il était vraiment coincé et qu'il ne pourrait pas quitter le câlin géant qui était en train de se profiler…
« Je te trouve bien excitée pour une jeune fille qui vient juste de se faire kidnapper, remarqua-t-il en marmonnant. »
Élise passa ses jambes au-dessus des siennes pour se rapprocher et s'asseoir sur ses genoux et répondit avec légèreté :
« Oh, les bandits dans les montagnes ? Ils étaient très gentils ! Ils étaient angoissés parce que Père a fait bloquer la route jusqu'à leur village ! Mais tout est rentré dans l'ordre. »
Léo regarda son frère, pas du tout certain que l'affaire ait été si simple que ça. Mais il n'eut pas le temps de jeter un froid car sa sœur les attrapa, l'un et l'autre, par le col pour attirer leur tête contre la sienne et frotter leurs joues les unes sur les autres. Décidément, c'était de plus en plus embarrassant et impossible de s'éloigner car Corrin, heureux, profita de ce que la distance entre son frère et sa sœur s'était réduite pour les envelopper tous les deux dans ses bras.
Léo était sur le point de réclamer un peu d'air lorsqu'un tourbillon de parfum les entoura et qu'une paire de bras supplémentaire se rajoutait à la fête. C'était doux, c'était chaud, c'était tendre… C'était Camilla sans le moindre doute mais les deux princes et la jeune princesse faillirent faire une attaque.
« Grande sœur ! s'exclama Élise, réjouie.
-Mais enfin, d'où est-ce que tu sors ?! lui reprocha Léo. On ne t'a pas entendue arriver !
-Ça, c'est dû à ma grâce et ma délicatesse naturelles, mon cher, se moqua tendrement la princesse aînée en se penchant encore plus sur eux. Et ma connaissance aiguisée des passages secrets de ce château !
-Quoi ? Il y a un passage secret ? Ici ?
-Camilla ! l'interrompit son frère. Comment te sens-tu ? On m'a dit que tu avais été victime d'un attentat.
-Oh, tu sais, la rage de vaincre est un excellent contrepoison. Je leur ai réglé leur compte et, quelques racines de verges d'or plus tard, il n'y paraissait plus. »
La jeune femme fit le tour de la banquette et caressa la joue de ses frères et de sa sœur à tour de rôle, avant de s'asseoir avec eux. Elle prit place à côté de Corrin et entreprit de les serrer tous les trois contre elle. Ce qui s'avéra un peu compliqué, mais il en fallait plus pour décourager Camilla de câliner sa fratrie. L'aîné de ses frères sourit et passa un bras autour d'elle, tandis que le cadet retenait Élise en la serrant contre lui pour ne pas qu'elle tombe et que celle-ci se blottissait dans ses bras.
Il se demanda si Xander allait arriver à temps pour finir dans le câlin collectif, lui aussi, ou bien s'il allait en réchapper. Il l'espérait presque… succomber à la mièvrerie de Corrin, Élise et Camilla passait encore, mais avec leur frère aîné dont il souhaitait si fort obtenir l'admiration, c'était terriblement embarrassant. Malheureusement pour lui, heureusement pour ce pauvre Xander, l'ouverture de la porte du bureau se chargea d'éteindre ses espoirs. Leur aîné ne paraissait pas en bonne forme, lui non plus, avec sa figure creusée et sa démarche courbée en avant, mais un sourire alluma toutes les nuances les plus douces de son expression lorsqu'il les aperçut tous les quatre, blottis les uns contre les autres.
« Xander ! pépia une nouvelle fois Élise de sa voix haut perchée. Rejoins-nous donc ! Tu as une mine horrible !
-Merci beaucoup, ma chérie, je suis sûre que ça lui est très utile de le savoir ! s'esclaffa Camilla. »
Elle sourit à Xander d'un air doux et prévenant pendant qu'il s'approchait. Tous les deux, ils partageaient quelque chose de spécial, fruit des trop nombreuses années où ils avaient dû faire face seuls pour se protéger et protéger les autres des querelles de cour. Ils ne s'en étaient que difficilement remis… et avaient parfois tendance à cacher des choses aux trois autres, pour ne pas les inquiéter.
Le prince héritier se pencha et déposa un baiser sur la joue que sa sœur lui tendait. Puis, il fit de même avec Élise, ensuite avec Corrin qui, un mince sourire aux lèvres, se moquait éperdument des gestes ayant tendance à gêner les autres garçons. Avant d'arriver à Léo, Xander s'arrêta. Il croisa son regard et les tenantes et les aboutissements de cette situation fulgurèrent comme des éclairs entre eux. S'il ne le faisait pas, le jeune mage se sentirait vexé et moins aimé que les autres. S'il le faisait, ils allaient tous deux mourir d'embarras. Le frère leur jeta un coup d'œil avant de lever les yeux au ciel; il ne comprenait pas toujours leur pudeur.
« Grand frère, c'est bon de te revoir, déclara-t-il donc. Nous étions tous affreusement inquiets… Ton opération ?
-Je ne vais pas te mentir… Terrible, grimaça le guerrier en s'asseyant à côté de Léo. J'ai cru que je ne passerai pas la nuit. Mais ce n'était rien par rapport à ce que j'ai ressenti en réceptionnant ces lettres qui me disaient combien vous étiez mal en point. Est-ce que vous allez bien ? Tous ?
-Mais oui, ne t'en fais pas ! affirma joyeusement Élise. Dans quelques jours, nous serons comme neuf, tous les cinq ! Il paraît que l'on guérit mieux lorsqu'on se trouve avec des gens qu'on aime !
-Jusqu'à ce que lesdites personnes vous écrasent de leur amour, fit remarquer Léo. »
Ce n'était pas qu'il trouvait le moment pénible, non, vraiment pas. Mais il ne pouvait pas s'en empêcher. Il aimait beaucoup trop se moquer de sa cadette.
Avant que celle-ci ait pu lui expédier un coup de poing dans l'épaule pour se venger, Xander leur retourna un gentil sourire et se rapprocha de Léo. Il posa sa joue contre ses cheveux et le jeune mage se détendit, s'autorisant enfin à pousser un vrai, gros soupir. Le bras de son frère lui passa devant et il se joignit à celui de Camilla pour les envelopper tous les trois dans l'étreinte. Léo entendit Corrin laisser échapper un petit rire et ils se serrèrent encore plus les uns contre les autres, si c'était possible.
