Hey ! Merci beaucoup Lily et Chlo Brnard pour vos commentaires, ils m'ont vraiment touchés ! J'espère que mon histoire continuera à vous plaire :)

Transgender - Crystal Castles


Draco a relâché sa prise sur moi quelques secondes après ma réponse. Il semble ébranlé et je ne peux que me réjouir de le voir, pour une fois, perdre le contrôle qu'il cherchait à maintenir devant moi.

S'il y a bien quelque chose qui m'insupporte plus que les groupies qui scandent mon nom de meurtrier : c'est l'indifférence. Faire comme si nous n'avions aucun vécu ensemble, aucun passé commun. Je ne m'en rends compte que maintenant, après avoir sauté dans le vide. Etrangement, je qualifie ça d'avancée sur mon état.

Il me regarde sans vaciller, semblant reprendre le pouvoir sur ses tourments intérieurs. Cet homme tente tout autant de se reconstruire que tout ses clients, que moi. Draco a juste choisi d'aider les autres avant de s'aider lui-même. A moins que cela ne soit la clé de ce qui lui fait du bien, cette sensation de faire le bien et donc, de se racheter ?

Je pense que nous ne parlerons plus ce soir, si j'en crois la profondeur de son regard, sa posture détendue et cet air satisfait qui apparait peu à peu sur son visage. De mon côté, je me sens apaisé, pour la première fois depuis la bataille de Poudlard. Hermione n'en reviendra pas quand je lui raconterai. Je ne peux pas dire tout ressentir, ni être guéri, peut-être que je ne le serai jamais. Cependant, je pense que je peux faire vraiment confiance à la personne qui me fait face, pour comprendre mes besoins, afin de faire ma thérapie tout seul, tout en étant épaulé.

Je sens la rage au fond de mon estomac me tordre les tripes. Je devrai détester retrouver cette sensation, je devrai m'énerver contre Malfoy et lui dire que ce n'était pas ce que je voulais, que je voulais devenir un Harry doux, calme, stable et sain pour mes proches. Je devrai.

Au lieu de ça, je ressens un plaisir immense à retrouver ce qui m'a fait fonctionner si longtemps. Ce sentiment qui me rappelle que beaucoup trop de choses ont été mises sur mes épaules. Par Merlin, heureusement que j'avais mes amis à mes côtés.

D'un mouvement d'épaule que je ne peux qualifier que de nonchalant, Draco m'invite à prendre son bras. Allons nous rentrer au club ?

Quelques dizaines de secondes plus tard, c'est en effet au Bag'lette que nous arrivons. Je vois que son sourire étrange n'a toujours pas disparu et se séparant de moi, il ouvre la porte. A l'intérieur, la musique me fait trembler entièrement par sa puissance, le sol semble se dérober sous mes pieds. Le club est bondé, cela fait un grand écart avec la scène que je viens de vivre.

Il n'est que minuit, et les corps des sorciers et sorcières m'emportent bien vite vers le centre de la piste. Je ne vois plus Draco, mais dans l'immédiat, avec la musique, ces sensations retrouvées, cette adrénaline que je sens courir dans mes veines et ces gens, tous anonymes : je ne me préoccupe plus de rien. Je me rappelle ma première soirée ici, lorsque j'avais véritablement pris plaisir à la danse et au contact humain.

Je me sens en transe, c'est comme s'il m'avait drogué. Je bouge au rythme des basses, je saute avec les percussions, j'hurle les paroles de ces musiques populaires dans un yaourt s'approchant des vraies paroles. Je ne vois plus le temps passer, je ne parle pas, je me demande vaguement si c'était la fin de séance prévue par Malfoy, mais ces réflexions se perdent sur l'envie de me dépenser, toujours plus, encore.

L'horloge lumineuse au-dessus de la porte m'informe qu'il est désormais presque deux heures du matin, et j'ai soif. Alors je regarde vers le bar, pour estimer la distance entre lui et moi et voir comment m'échapper de cette masse humaine compacte. C'est là que je le repère, ce regard que j'avais complètement oublié pendant deux heures. L'orage me fixe attentivement, assit au bar, un verre à la main. Je me fait soudain la réflexion que ce que j'appelle l'orage dû à la couleur de ses yeux n'apparaissait au début que lorsqu'il était en proie à une émotion forte... je le vois de plus en plus. Depuis combien de temps est-il là ?

Intrigué, je me faufile petit à petit vers son tabouret. J'ai lâché son regard depuis un moment, mais je sens le sien me brûler le visage.

- Tu t'es bien amusé ?

Je prends place près de lui et lui réponds par un hochement de tête. Je sens que la magie de la soirée va s'évaporer avec notre conversation. Je me suis trompé avant, le moment est apparemment au debrief, ce soir même.

- Ton club est très particulier, sûrement le meilleur en son genre, tu le sais.

Je vois son sourcil se lever pendant une fraction de secondes, je ne saurai dire si ma remarque l'a étonné ou agacé. Après tout, je lui ai déjà fait des remarques similaires sans qu'il ne bronche.

- Il a été surtout très difficile à créer. L'anonymat, la sureté de l'endroit, le personnel de choix, les règles à rabâcher aux clients, ma piètre réputation n'a pas aidée. Je suis fier de cet endroit.

Je sens qu'il ne dit pas tout. Il omet volontairement les aspects sentimentaux qu'il attache à sa création.

- Je me doute, tu as de quoi être satisfait du résultat. Mis à part quelques règles que certains clients n'ont pas encore compris.

Je fais référence à Grin, il aurait dû, ou aurait pu le prendre mal, mais ce n'est pas le cas et il m'offre un petit sourire amusé.

- Je n'avais encore jamais eu de client aussi fameux que toi, ça peut perturber les nouveaux en quête d'attention. D'ailleurs, il nous faudra régler ton problème de rêve prochainement. Cela ne devrait pas être trop compliqué, il participe au bureau des souhaits, tu le sais déjà.

Mon esprit est embrumé, et ce n'est pas la boisson que je sirote depuis que nous avons commencé à parler, il s'avère que je n'arrive à penser à rien d'autre que notre séance, lui et ce qu'il représente. Grin me passe au-dessus pour le moment.

- Tu as totalement repris le contrôle, là où je suis encore perturbé par notre séance, ça m'agace.

Nous regardons nos verres, il semble que je sois gêné, et lui dubitatif.

- Tu es en thérapie, la mienne est déjà faite. Nous avons des similitudes dans notre façon de fonctionner. Je suis content des améliorations que je vois dans ton comportement, même si ce n'est que le début de nos séances. Tu peux au moins être persuadé que tu n'es pas une coquille vide ou fade comme tu le pensais. Tes émotions sont juste endormies, je me fais un devoir de les réveiller, et cela va inclure la compréhension de tes besoins, des remises en question et des chamboulements. Ne nous voilons pas la face, tu ne redeviendras pas le Harry d'avant la bataille, les séquelles sont là. Je te l'ai déjà dit. Il te suffit de supporter, d'apprendre à te libérer. Tu seras extrême, tu l'es déjà. Ça ne veut pas dire que tu seras mauvais pour tes proches, encore moins incapable d'aimer. Je vais tenter de t'amener vers la meilleure version de toi, mais pour toi, et uniquement pour toi. Lorsque tu auras compris ça, et ce n'est pas encore le cas, tu pourras te dire que c'est gagné, et crois moi, ta famille n'aura rien à te reprocher.

Je termine mon verre d'une traite, étrangement titillé dans mon ego par ses paroles.

- Veux-tu que nous allions dans mon bureau ?

Je me lève sans répondre et me dirige vers la fameuse pièce, je le sens me suivre. À peine entré dans le bureau, alors que je vois cette table et ces fauteuils que je connais désormais bien, mon regard tombe à nouveau sur ce tableau sur la gauche, qui m'avait tant intrigué lors de son apparition. Cette chemise rouge habillée de cheveux qui sont l'opposés de ceux de Draco, alors même qu'il a porté une chemise similaire...

- Qui c'est ?

Il est sur le pas de la porte, qui est à peine refermée derrière nous ; il faut dire que je ne me suis pas assez avancé pour qu'il entre totalement.

- De qui tu parles ?

Effectivement, il y a plusieurs tableaux sur le mur et il ne peut pas savoir duquel je parle, pourtant, je suis profondément agacé. Il aurait dû le comprendre de lui-même.

- Le mec à la chemise rouge.

Il y a un blanc, et je comprends que ma question est intime, je comprends aussi qu'il me cache des choses. Quoiqu'il ne me doit rien bien sûr. Mais la sensation de distance entre nous s'élargie de nouveau. Alors que je pensais qu'il ne me répondrait pas, il finit par murmurer :

- Il s'appelle Damien, c'est un ami.

Damien. Le mec que j'ai croisé ce fameux jour. L'homme qui a certainement dû lui prêter sa chemise. Une chemise rouge que Malfoy a accepté de porter. Ami, il veut me faire avaler ça ?

- D'accord, j'ai été indiscret. Le tableau est très joli.

J'ai envie de rentrer chez moi, à la maison. Je me sens soudainement lasse, comme si la séance, la danse, la discussion ont aspirés toute mon énergie. C'est très probable. Demain, je veux parler à Hermione. Je dois aussi faire acte de présence dans la cuisine. Je m'impose de nouveau des choses, comme si je devais en permanence avoir une liste toute faite dans la tête, ne rien laisser au hasard.

- Allons nous asseoir si tu veux bien.

Il me dépasse et je l'observe, comme souvent, comme tout le temps lorsque je suis ici.

- Non. Je pense que je dois rentrer chez moi.

- Comme tu le souhaites. Tu as toujours le choix ici.

- Quand j'ai croisé ton regard avant, je me suis fait une remarque.

- Laquelle ?

Il ne s'est toujours pas assis, il est en position d'attente. Il fait toujours ça avec moi, m'attendre, s'adapter. Je n'aime pas ça.

- C'était la deuxième fois que tu disais que tu me rattraperais aujourd'hui. Tu l'avais déjà fait à la première séance.

Il semble surpris par ma remarque et je me sens bête. Il a l'air de savoir quelque chose qu'il trouve évident, sauf que rien n'est évident de mon côté.

- Je suis avec toi pour réaliser ton souhait Harry, quoi qu'il arrive durant cette période, que ce soit pendant une séance, au club, chez toi ou à n'importe quel autre moment ou endroit, je te rattraperai. Tu ne chuteras pas. Je pensais que tu l'avais compris. Tu es entièrement protégé.

Après un bref "d'accord", j'ai tourné les talons, le laissant seul dans son bureau. Pour la première fois, Draco Malfoy a réussi à me blesser profondément, à deux reprises, et je ne sais moi-même pas pourquoi, puisque ce qu'il a dit, n'est rien d'autre que la vérité.

Après cette séance, je suis sûr de deux choses : tout d'abord, Damien n'est pas son ami ; et deuxièmement, je refuse de n'être qu'un client.

Draco...

(quelques jours avant notre séance)

Le "crush" de Damien est un client de mon club. J'en suis certain. Alors que nous n'étions plus sensé nous revoir, je le vois en réalité bien souvent, aux alentours du Bag'lette.

Au bout d'à peine quelques jours, je l'ai invité à prendre un thé dans mon bureau. J'ai été au moins autant étonné que lui par mon geste. Mais si j'étais quelqu'un de cohérent, cela se saurait.

J'ai appris qu'il était artiste peintre, je n'avais jamais perçu le moindre détail de sa profession que ce soit sur lui, ou dans son appartement. J'ai accepté une de ses oeuvres, qui me rappelle chaque jour ses piètres goûts vestimentaires.

Finalement, et je n'en suis pas fier, je pense apprécier sa compagnie autre que sexuelle.

Ce n'est pas un ami, je ne fais confiance à personne. Mais il est intéressant. Je suis à la fois en colère contre moi-même d'avoir craqué, et à la fois satisfait de faire tout le contraire de ce que mon père m'a appris.

Il m'a aidé sans le vouloir à trouver la séance parfaite pour Harry. J'avais déjà ma petite idée, mais il m'a permis de la compléter et de la peaufiner pour donner quelque chose qui devrait le réveiller de son coma émotionnel.

Damien doit revenir me voir la veille de mon rendez-vous avec Potter, je pourrai en profiter pour me préparer mentalement à supporter la séance. Je ne vais pas tenir longtemps à ce rythme, pour tenir le cap, j'ai besoin de ma dose d'adrénaline et bordel, je ne couche plus avec personne.

Il n'y a qu'une solution, participer à la séance avec Harry.