Ecrit pour Allenkune sur le thème "Sickfic"


Arthur se sent vaguement nauséeux et sa tête est lourde. Le sommeil n'a voulu ni l'envelopper ni le relâcher de toute la nuit. D'ailleurs il ne sait pas si c'est le milieu de la nuit, ou le matin, mais il faut absolument qu'il se lève pour aller boire un verre d'eau, de préférence sans le vomir tout de suite. Il ouvre les paupières, et cela brise le silence.

"Arthur ! Qu'est-ce que tu fabriques ? La lumière m'agresse. Ferme tes yeux immédiatement !"

Arthur ferme les yeux comme on le lui demande, mais avec un certain ressentiment par rapport à l'entité qui y habite. Il compte bien racheter sa dignité immédiatement.

"C'est une migraine," devine-t-il. Il réalisé maintenant que c'est ce qu'il ressent, cette tension dans le front. Evidemment, sans l'impression qu'on lui enfonce un clou dans l'oeil, c'est plus difficile
à reconnaître.

"Fais-la partir !"

"C'est infernal, pas vrai ?"

"Votre concept de l'enfer est risible par rapport aux royaumes qui existent vraiment, et aussi, arrête d'être condescendant !" répond John. "Mais aussi, oui. Si tu avais jamais besoin d'une preuve, je ne pourrais pas te rendre tes yeux, même si je le voulais. Je le veux très fort maintenant."

Arthur doit avouer qu'un tel aveu ne fait rien pour exciter sa compassion.

"Mais évidemment, si j'avais le choix, je préfèrerais encore jeter cette migraine dans le néant pour que personne n'en profite. Arthur ! Réponds-moi ! Ne fais pas ta mauvaise tête ! Comment ça s'arrête ? Ca finit par s'arrêter, pas vrai ?"

Ca y est, il a réussi à l'attendrir.

"Je vais entrouvrir les yeux, et tu vas me guider jusqu'à la cuisine. Je prendrai un verre d'eau dont j'ai grand besoin, et aussi une aspirine. Cela devrait le faire passer..."

"Oh, cette potion magique renommée ? Oui, cela me semble un bon plan."

"Cela prendra bien une demi-heure, par contre."

La déception de John est palpable alors qu'il guide Arthur jusqu'à sa pharmacie portable. Il a arrêté de se plaindre, pourtant, peut-être parce que cela rend les choses pires. Arthur retourne se coucher, ferme les yeux. Il avait presque oublié à quel point il était malade aussi. Entendre les complaintes de John est une distraction.

D'ailleurs, cela lui donne une idée.

"John ?"

"Oui ?"

"As-tu une idée du reste de l'affliction qui nous touche, sans rapport avec les yeux, et sinon, veux-tu le savoir ?"

Arthur peut presque ressentir John hésiter, se demander s'il y a un piège dans cette proposition.

"Je crois," finit-il par répondre d'un ton fier, "que cela me ferait plaisir."

Arthur lui raconte avec des mots aussi précis qu'il peut les malheurs de l'expérience humaine, et John découvre avec gratitude toute la moitié de cette maladie dont il ne souffre pas. Ce partage forcé rend les choses plus tolérables, pour une fois.

"Je n'ai aucune envie de ton corps entier." conclut John.

"Tant mieux ! Ce n'est pas une option !"

"Tes yeux vont un peu mieux, mais j'ai l'impression que je ressens cette lourdeur des membres que tu décris, dans ta main et tes doigts. Oh, et aussi des frissons de froid ! Cela devient pire ! Tu es sûr que ton aspirine n'a pas été remplacée par du poison ?"

"C'est vraiment juste ton imagination, John."

Arthur tapote la main de John - redécouvre l'étrangeté de ne ressentir le contact que d'un seul côté - et la recouvre de la sienne, au cas où l'un d'entre eux aurait à nouveau des frissons de froid.