Autour de la maison, le soleil se levait lentement. Il pointait à peine le bout de son nez et pourtant, déjà, la vallée commençait à être illuminée. Quelques rayons de lumière traversaient la fenêtre qui se trouvait derrière le lit double de la chambre. Ils venaient s'échouer sur la couette recouverte de couvertures pour braver le froid de l'hiver.
Cela suffit à réveiller Drago. Malgré le fait qu'il soit habitué à dormir les volets ouverts, les choses étaient différentes, suffisamment pour qu'il ouvre les yeux.
Il battit plusieurs fois des paupières avant que son regard se précise enfin sur le plafond de la chambre. Il ne le reconnut pas tout de suite. L'espace d'un instant, il sentit ses angoisses grimper dans sa poitrine en ne reconnaissant pas l'environnement qui l'entourait.
Quel était cet endroit, ces murs et ces couleurs qui ne lui étaient pas familiers ? Il n'avait aucun repère ici, aucun pilier sur lequel s'appuyer en cas de besoin. Et puis, comment était-il arrivé ici ? Qui l'avait traîné jusque-là ?
Ses poumons se gonflèrent de tous ces questionnements terrifiants, cette anxiété maligne et vicieuse.
Puis les souvenirs lui revinrent, petit à petit. Il sentait la texture des couvertures sous ses doigts et cela suffit à le ramener sur Terre. Cela n'avait duré que quelques secondes, bien que trop longues à son goût. La crise d'Hermione, sa propre panique, le sang, la trousse de secours, puis la demande de son amie.
Son amie. Il l'avait retrouvée la veille, il l'avait aidée, soutenue dans ces instants si durs.
Il ne savait pas encore quoi en penser. La sensation de culpabilité lui laissait encore un arrière-goût amer dans la bouche. Il voulait lui dire à quel point il s'en voulait, à quel point il était désolé d'avoir dépassé les limites. Il voulait qu'elle comprenne qu'il n'aurait pas dû réagir ainsi, que tout était sa faute. Il voulait lui crier sa culpabilité, ses remords et ses maux.
Il voulait retrouver leur complicité, leurs petits-déjeuner à deux et leurs discussions du soir. Il voulait lui répéter ô combien elle lui manquait et à quel point il aimait partager tous ces moments avec elle. Il voulait lui faire comprendre qu'il ne recommencerait plus, que cela avait été une simple erreur de parcours qu'il était prêt à rectifier.
Seulement, quand Drago se tourna sur sa droite, les lèvres entrouvertes et prêt à parler, il tomba sur le visage endormi d'Hermione. Il ferma la bouche aussitôt, un élan de déception lui parcourant le corps.
Il se morigena aussitôt. Que s'était-il imaginé ? Qu'il pourrait lui balancer des excuses à une telle heure de la matinée, alors qu'elle dormait encore ou qu'elle était à peine éveillée ? Qu'elle l'écouterait volontiers et lui pardonnerait tout sur le champ ? Comme si de telles discussions étaient si simples, comme si présenter ses excuses et recevoir un pardon étaient des actes insignifiants.
Il ferma les yeux avec agacement. Il se trouvait idiot. Il s'était monté la tête en seulement quelques secondes et se retrouvait désormais étouffé par le poids de la déception.
Hermione dormait encore à poings fermés, c'était le cas de le dire. Ses deux mains étaient serrées près de son visage endormi. Ses lèvres étaient très légèrement ouvertes et ses épaules se soulevaient au rythme de ses respirations.
Alors, là, dans le silence de la chambre, Drago se permit d'observer le visage de la jeune femme, de son amie. Ses longs cils noirs frôlaient ses joues tachetées, ses pommettes rebondies marquaient son visage récemment arrondi, le tout au-dessus de ses lèvres rosées. Ces mêmes lèvres qu'il avait embrassées, qu'il avait eu la chance d'embrasser. Il avait encore du mal à croire que cela soit arrivé.
Car au milieu de ses remords, de ses inquiétudes et de sa solitude de ces derniers jours, Drago n'avait pas eu de place pour songer aux sensations exquises qu'il avait ressenties ce jour-là. Et désormais qu'il lui faisait face, d'aussi près et sans rien pour le perturber, le jeune homme se laissa aller aux premières réflexions que son visage lui suggérait.
Elle était jolie, ainsi. Son visage semblait apaisé, comme si aucun de ses soucis n'avait jamais existé. Elle était belle lorsqu'elle dormait.
Il tourna la tête vers le plafond et soupira. Il ne pouvait pas la regarder, il n'avait pas le droit. Il devait se faire pardonner, lui crier ô combien il s'en voulait. Il devait oublier tout ça.
Quelques minutes passèrent et il calma son esprit plein de pensées. Trop de pensées. Toujours trop.
Sa tête était vide, tout d'un coup, il ne pensait à rien d'autre qu'au plafond qu'il fixait et aux couvertures toujours remontées jusqu'à sa taille. Il se sentait bien, là, allongé, dans le silence. Rien ne semblait capable de le déranger, de faire exploser la petite bulle confortable dans laquelle il se trouvait enfin. Il se sentait en paix, en harmonie avec cet environnement pourtant nouveau. C'était bien.
Du moins jusqu'à ce qu'un aboiement se fasse entendre dans le couloir qui menait à la chambre. En moins de quelques secondes, le calme qui régnait dans la chambre s'évapora et Albert entra. Hermione se réveilla quand il vint à son chevet et Drago décida qu'il était temps pour lui de s'en aller. Tout était allé si vite, il avait à peine le temps de comprendre.
Et tout d'un coup, affronter Hermione lui semblait être une chose insurmontable.
Il croisa son regard lorsqu'elle se tourna vers lui et, l'espace de quelques secondes, Drago crut y voir un certain soulagement. Celui-ci fut bien vite remplacé par de la gêne, les joues de la jeune femme se teintèrent de rose et ce fut un autre signal pour lui qu'il était temps de partir.
Il se leva sans un mot, la tête délibérément tournée vers la porte et sortit. Du moins, il s'enfuit. Il se trouvait lâche, incapable de lui adresser un simple bonjour. Il repoussait l'échéance, alors même qu'il avait subi le silence de son amie pendant des jours. Qu'est-ce qui n'allait pas chez lui ?
Il rejoignit la cuisine en moins de temps qu'il ne fallait pour le dire et bientôt, seuls les grésillements des œufs brouillés dans la poêle résonnèrent à ses oreilles. Il se trouvait de nouveau dans son cocon. Son esprit était concentré sur ce qu'il faisait et il n'y avait plus la place pour la moindre contrariété. C'était bien.
En trente minutes, Drago prépara un festin de roi. Il n'avait qu'à peine réfléchi à ce qu'il concocterait, cuisinant simplement ce qui lui passait par la tête pour éviter de trop penser.
Il se retrouva donc assis à table, face à une petite dizaine d'assiettes pleines. Des œufs, du bacon, des toasts, des pancakes, des haricots… Il avait vidé le réfrigérateur sans vergogne. Il grimaça en réalisant qu'il y avait bien trop de choses pour son petit estomac. Habitué à l'absence d'Hermione pour le petit-déjeuner, il se trouva bien bête de s'être laissé aller ainsi.
Quelle ne fut donc sa surprise de voir la jeune femme à laquelle il évitait de penser depuis son arrivée, passer la porte quelques minutes plus tard. Douchée, coiffée et habillée, elle avait visiblement décidé de changer l'habitude qu'elle avait prise pour ces derniers jours.
Elle avait tressé ses cheveux autour de son crâne et portrait l'une de ses habituelles salopettes. Son visage était déformé par l'appréhension, comme si elle était paniquée par le simple fait d'entrer dans sa propre cuisine. Peut-être était-ce le cas. Il n'était pas serein non plus, s'il devait être honnête.
Elle se figea dans l'embrasure de la porte en le voyant la fixer. Drago se mordit l'intérieur de la joue. Peut-être que s'il ne bougeait pas, elle resterait, peut-être qu'elle viendrait manger avec lui. Peut-être que s'il ne montrait aucune émotion, aucun signe de ce qu'il pouvait ressentir face à elle, elle se déciderait à le rejoindre. Peut-être qu'il disparaîtrait à ses yeux, en quelque sorte, peut-être qu'il ne représenterait plus aucune menace. Il était terrifié à l'idée que tout recommence, qu'il se retrouve seul à nouveau.
– Je peux… ? demanda-t-elle alors timidement en pointant la table du doigt.
Il hocha aussitôt la tête, sans la quitter des yeux. Il n'arrivait pas à y croire. Il sourit sans pouvoir s'en empêcher et se tourna vers la vaisselle qui devait être lavée, pour cacher son visage. Il n'avait même pas eu le temps de disparaître, de jouer à la statue au cœur pourtant bien vivant.
Il n'avait pas encore mangé quoi que ce soit, mais il s'en moquait. Elle était là. C'était tout ce qui comptait.
Il se trouvait lâche de ne pas lui parler, de ne pas assumer ce sourire qui lui étirait les lèvres, ou même de ne pas exprimer les paroles qui lui avait rempli la tête à son réveil. Mais c'était trop difficile pour le moment. Il préférait attendre, juste un peu. Encore un peu.
Il l'entendit se servir derrière lui, en silence. Elle ne semblait pas non plus encline à parler, et cela lui convenait très bien. C'était bien, c'était simple. C'était calme.
Les minutes passèrent ainsi. Drago faisait la vaisselle, il essayait de calmer les battements de son cœur à l'idée qu'Hermione se trouve juste derrière lui, et elle mangeait ce qu'il avait préparé. C'était bien.
Les assiettes et les plats sales diminuèrent peu à peu devant lui et bientôt, il fut contraint de se tourner enfin vers elle. Il s'installa en face d'elle et attrapa la cafetière. Il évitait son regard. Il se trouvait lâche. Il sentait qu'elle le regardait, qu'elle attendait qu'il parle. Mais il ne le fit pas. Il garda le silence tout en étalant de la confiture sur son pain beurré et en le trempant dans son café.
Il l'entendait respirer lentement, il voyait ses doigts se serrer à intervalles irréguliers autour de la hanse de sa tasse de thé, mais il n'en fit rien. Lâche.
– Drago, je…
Il leva vivement les yeux vers elle. Son regard était inquiet, comme si elle avait peur de sa réaction. Il la vit hésiter, torturer sa lèvre inférieure. Il resta silencieux. Son cœur battait à toute vitesse dans sa poitrine. Lâche.
– Merci, souffla-t-elle en clignant plusieurs fois des yeux comme si elle chassait ses larmes.
Mais elle ne pleurait pas. Elle se contentait de le fixer, peut-être qu'elle craignait qu'il s'en aille, peut-être qu'elle avait du mal à croire qu'il lui fasse face. Ou peut-être était-ce le contraire. Drago eut envie de lui crier qu'il était bien là, qu'ils étaient ensemble, tous les deux, réunis. Mais il resta silencieux. Lâche.
– Je ne sais pas ce que j'aurais fait sans toi, ajouta-t-elle avec un sourire timide.
Il lui répondit avec un hochement de tête léger. Sa gorge était serrée, il ne parvenait pas à prononcer le moindre mot, comme figé par son regard sur lui. Il avait peur d'encore tout gâcher, de la perdre. Elle lui avait bien trop manqué.
Elle baissa les yeux sur sa tasse et prit une grande inspiration.
– Je ne travaille pas aujourd'hui. Je vais… je vais en profiter pour préparer d'autres potions, souffla-t-elle à voix basse.
Elle leva une dernière fois les yeux mais, voyant qu'il ne réagissait pas, elle se contenta de hocher la tête pour elle-même, puis se leva et quitta la cuisine.
Drago resta figé, le regard toujours rivé vers la chaise haute où elle s'était trouvé quelques instants seulement plus tôt. Lâche.
Il avait été incapable de lui dire quoi que ce soit. Il ne s'était pas excusé, il n'avait pas répondu à son remerciement, il n'avait… rien fait. Comment se pouvait-il qu'il puisse être aussi lâche alors qu'il s'était promis de lui répéter autant qu'il le faudrait qu'il était désolé, qu'elle lui manquait ? Comment avait-il pu inverser les rôles et l'obliger à le remercier alors qu'elle aurait dû être en colère ? Comment avait-il osé ?
Il n'avait rien fait. Il était fatigué.
Elle allait refaire des potions, elle allait encore s'éloigner de lui, car il avait été incapable de faire le moindre pas vers elle.
Des potions, foutues potions. Il ferma les yeux et plaqua les talons de ses paumes sur ses paupières.
Il réalisa alors qu'il n'en avait pas bu une seule la veille. Il avait dormi sans. Il avait dormi. Il soupira et laissa son front tomber sur la table. Il avait dormi. Il avait du mal à y croire. Peut-être était-ce pour cette raison qu'il se sentait si anxieux ce matin, peut-être qu'il ressentait un quelconque sentiment de manque ?
Ou peut-être que ces simples retrouvailles avec Hermione le mettaient dans tous ses états.
Hermione. Elle était elle-même sous l'emprise des potions. Bien plus que lui, bien plus que quiconque, en fait. L'état dans lequel elle avait été la veille était terrifiant. Drago en avait la boule au ventre. Ses pleurs, son regard vide… Cette crise avait été affreuse, pire que tout.
Il avait cru s'y perdre lui aussi, il en avait été si proche. Que se passerait-il la prochaine fois ? Car il y en aurait forcément une. Et s'il ne l'entendait pas ? Et s'il arrivait trop tard ?
Il ne pouvait pas la laisser continuer de se détruire ainsi. Cette simple idée lui tordait les tripes. Il ne pouvait pas être lâche à ce point.
Il leva la tête vers la porte fermée de la cuisine et soupira. Il lui faudrait trouver quelque chose, une alternative, un moyen de la convaincre de ne plus prendre ces foutues potions. Il grimaça en s'imaginant le lui proposer. Elle allait le détester. Mais il le fallait.
oOo
– Voilà, maintenant tu passes la première tout doucement, dit Harry en posant sa main par-dessus celle tremblante de Théo.
À vrai dire, ce dernier n'écoutait pas vraiment les instructions de son mari. Il était plongé dans des tas de réflexions depuis le matin-même, comme les jours précédents d'ailleurs, et sa leçon de conduite avec Harry ne suffisait pas à l'en sortir.
Il actionna tout de même le levier de vitesse, aidé par son époux, mais cala aussitôt eut-il tenté d'avancer.
– Par Merlin, Théo, tu as encore lâché trop tôt l'embrayage ! s'exclama Harry avec désespoir.
Théo retira sa main du levier et soupira en laissant sa tête tomber en arrière contre l'appui-tête. Il n'avait pas envie d'être au volant de cette voiture, mais il l'avait promis à Harry. Il savait que cela lui tenait à cœur de lui apprendre à conduire et s'obligeait chaque semaine à s'asseoir côté conducteur pour suivre ces leçons.
– Sérieusement, Théo, si c'est pour que tu sois dissipé comme ça, autant rester à la maison, souffla Harry. Qu'est-ce que tu as depuis ce matin ?
Théo ferma les yeux et serra les dents. Il n'avait pas envie d'en parler. Ses idées étaient encore trop fouillies, pas assez parfaites à ses yeux. Et il était perfectionniste, très perfectionniste, parfois même trop.
Il leva les mains jusqu'à son chignon et le détacha pour le refaire. Il n'en avait pas vraiment besoin mais cela lui occupait les mains, et l'esprit au passage.
Harry lui attrapa le poignet alors qu'il s'apprêtait à entourer ses cheveux de l'élastique, l'obligeant à le regarder dans les yeux.
– Parle-moi, souffla-t-il avec un regard inquiet.
– Tout va bien, Harry, je t'assure, répliqua-t-il avec un semblant de sourire. J'ai juste… plein d'idées dans la tête et j'essaye de faire le tri.
Son mari ne sembla pas convaincu, Théo le vit à son hochement de tête lent et à son sourire faux. Harry sortit ensuite de la voiture, lâchant son poignet au passage.
– Je vais voir ce que Satine a prévu pour le déjeuner, mentit-il en fourrant ses mains dans ses poches, les épaules basses. Gin' sera là exceptionnellement puisque la boulangerie ferme pour l'après-midi.
Théo le suivit du regard en hochant vaguement la tête. Il ne le suivit pas.
Il s'en voulait de l'avoir repoussé ainsi, d'avoir été la cause de sa moue si triste. Il savait qu'Harry le comprenait, malgré le fait qu'il soit tout de même touché par son silence. Ce n'était pas la première fois qu'il passait plusieurs heures ainsi, plongé dans ses réflexions ou sur ses dessins et incapable de communiquer avec les autres.
Dans ces moments-là, Théo avait besoin de calme, de solitude. Il avait besoin de se retrouver avec lui-même pour faire le tri dans sa tête. C'était particulièrement le cas lorsqu'il s'apprêtait à réaliser de grands dessins ou peintures, ou qu'il ne trouvait pas d'inspiration.
Il soupira une énième fois et se décida à sortir de la voiture, avec un grognement pour lui-même. Il retira la clé comme Harry le lui avait appris et ferma la portière derrière lui. Il lança un regard vers le manoir, mais choisit plutôt de marcher autour de l'Isle. Cela l'aiderait peut-être à faire un choix.
Et ce fut le cas. Une heure plus tard, Théo entra avec fracas dans la salle à manger du manoir, un sourire aux lèvres et le visage déformé par l'excitation.
– Je sais ! s'exclama-t-il à Harry et Ginny, installés à table.
Ces derniers se tournèrent vers lui en sursautant. Si Théo remarqua que son époux avait dégainé discrètement sa baguette, il ne fit aucun commentaire et se contenta de venir s'asseoir avec eux à table.
– Mais encore… ? demanda Ginny avec un petit rire.
Elle lança un regard amusé à Harry, qui semblait tout aussi confus qu'elle. Sa panique soudaine avait disparu de ses yeux verts.
– Je veux montrer à la population sorcière ce qui s'est vraiment passé, expliqua-t-il avec un débit beaucoup trop rapide. Je vais écrire un livre. Enfin non, Drago va l'écrire et moi je l'illustrerai. Je veux qu'il témoigne, qu'il raconte tout ce qu'il a vécu, depuis… depuis le début de la guerre. Je voulais que plusieurs personnes témoignent, il y a des tas d'autres mangemorts qui ont vécu tout ça, mais je pense que ça serait trop long, ou alors pas assez complet. L'histoire de Drago est différente des autres, il a vécu avec le Seigneur des Ténèbres et il a des tas de choses à raconter. Ce serait incroyable ! Imaginez ! Le monde pourrait enfin comprendre ce qui s'est passé de notre côté et les choses pourraient considérablement changer !
Il tourna les yeux vers son mari, le regard plein d'espoir. Il le vit jeter un coup d'œil à Ginny, il semblait perplexe, puis il se tourna vers lui.
– Théo, tu…
Il se racla la gorge.
– Ne te méprends pas, je trouve ton idée vraiment bien, mais tu es sûr que Malefoy acceptera ?
– Je le convaincrai, répondit-il avec fermeté.
Harry resta silencieux pendant quelques secondes, semblant sonder son regard, avant qu'il n'attrape finalement sa main par-dessus la table.
– D'accord, fit-il avec un sourire.
Théo le lui rendit et laissa échapper un soupir. Il ne savait pas vraiment dans quoi il se lançait, mais il avait un nouvel objectif. C'était bien.
oOo
Sa journée se terminait dans dix minutes. Dix petites minutes qui pourtant dureraient une éternité. C'était toujours les dernières secondes qui étaient les plus longues.
Ginny se tenait derrière son comptoir, les coudes posés dessus et le menton calé sur sa main droite. Elle fixait l'horloge de la boulangerie depuis déjà cinq minutes, dans l'attente de la libération que serait sa débauche.
Elle n'aimait pas son emploi, c'était un fait, mais elle se savait incapable de rester toute la journée au manoir, seule et sans aucune autre distraction que les tableaux étranges et vieillots qui décoraient les couloirs. Avant de se trouver un travail, elle avait passé des après-midi entiers à se moquer d'eux et les embêter pour qu'ils finissent par crier les plus horribles des obscénités dans toute la résidence. Fred et George auraient été fiers.
Or, après tant de temps passé là-bas, Harry avait fini par l'encourager à se trouver une occupation, voyant très bien qu'elle s'ennuyait à mourir. Serveuse dans une boulangerie. Cela ne lui ressemblait pas, elle n'aimait pas faire ça, elle n'aimait pas devoir servir les gens, devoir leur parler, leur sourire et être aimable. Elle devait se contenir tous les jours d'envoyer valser les petites mamies qui lui racontaient en long, en large et en travers leurs journées, alors qu'une queue de dix personnes attendait d'être servie.
Elle n'aimait pas son emploi.
Théo lui demandait souvent ce qui la retenait de partir, après qu'elle se soit plaint tout le long du repas, et sa réponse était toujours la même : elle n'avait rien d'autre à faire. Elle n'avait pas la foi de chercher un autre emploi, de recommencer sa vie dans le monde moldu ou de rejoindre celui sorcier. Elle n'avait pas envie de sortir de cette routine certes agaçante, mais confortable. Elle avait peur de faire une erreur, de s'y perdre, comme elle l'avait fait quelques années plus tôt.
Oui, elle avait peur.
L'aiguille des heures s'aligna enfin avec le cinq et Ginny se redressa aussitôt. Elle retira son tablier et se rendit dans l'arrière boutique.
– Il est l'heure, Madame Boudreaux ! lança-t-elle en direction de la porte qui menait à l'étage, où se trouvait l'appartement de la propriétaire.
– Rentre bien ! lui répondit sa responsable. Et n'oublie pas, sois là pour cinq heures et demie demain, Paul n'est pas là, j'ai besoin que tu m'aides avec la fin des préparatifs.
– Je serai là !
Ginny soupira avec un gémissement de désespoir et accrocha son tablier dans l'arrière-boutique. Elle récupéra ensuite ses affaires et quitta la boulangerie en fermant derrière elle comme elle en avait l'habitude. Madame Boudreaux s'occuperait de ranger le reste, comme tous les vendredis.
Elle mit un pied dehors et un rayon de soleil s'échoua juste sur son visage. Elle sourit en fermant les yeux. Si certains soirs, elle n'avait aucune envie de rentrer à pied, elle était cette fois-ci ravie de pouvoir profiter du beau temps de ce mois de mars.
Le soleil réchauffait son visage et elle savait que, bientôt, ses taches de rousseurs seraient encore plus visibles.
"On dirait le ciel, tout plein d'étoiles sur ton visage."
La voix d'Astoria résonnait dans sa tête. Elle s'y laissa aller, juste un instant. Qui lui en voudrait ? Théo n'était pas là pour lui rappeler tout ce qu'il s'était passé, Harry n'était pas là pour lui envoyer un regard plein de pitié. Elle y avait le droit, juste une petite minute…
– Bonsoir !
Ginny sursauta et rouvrit les yeux. Elle tourna la tête vers la voix qui venait de l'interpeller et fit face à une jeune femme d'une vingtaine d'années qui lui souriait. Elle avait de longs cheveux noirs et des yeux de la même couleur. Elle portait une salopette en jean et un pull en laine hideux. Il lui faisait penser à ceux tricotés par sa mère pour Noël.
– Je suis la nouvelle propriétaire du fleuriste juste à côté, expliqua-t-elle en s'approchant.
Elle n'arrêta pas de sourire. Elle la fixait d'un regard curieux, d'un regard doux. Tout son visage l'était.
– Bonsoir, répondit Ginny en remettant une mèche de cheveux derrière son oreille. Je… Je travaille ici, euh… à la boulangerie.
Elle avait bafouillé comme une adolescente. Elle grimaça intérieurement. Son français était déjà bancal, une foutue timidité n'arrangeait rien.
– Je sais, sourit la jeune femme. Ma grand-mère vient ici tous les matins, elle me parle toujours de la "petite anglaise qui a toujours l'air de vouloir fuir son travail".
Ginny se sentit rougir fortement.
– Oh, euh, non, j'adore mon travail, mentit-elle aussitôt en replaçant une autre mèche derrière son oreille.
Le sourire de son interlocutrice se fit encore plus grand, alors qu'elle riait doucement. Elle s'approcha jusqu'à n'être qu'à quelques dizaines de centimètres de Ginny. Elle lui tendit une main.
– Je suis Rachel, se présenta-t-elle d'une voix amusée.
– Ginny, répondit la rouquine en se saisissant de sa main.
– Enchantée, Ginny.
Cette dernière ne la quittait pas des yeux, intimidée. Elle se trouvait complètement idiote, ainsi.
Après quelques secondes sans bouger, Rachel retira sa main de la sienne et Ginny se sentit rougir à nouveau. Combien de temps lui avait-elle tenu la main ?
– Bonne soirée, Ginny, sourit Rachel, avant de lui envoyer un dernier sourire et de tourner les talons.
– Bonne soirée, murmura la rouquine en réponse.
Elle cligna plusieurs fois des yeux, l'esprit vide de toute pensée. Puis, après quelques minutes ainsi figée, elle secoua la tête et se mit en marche pour rentrer.
Elle se fustigea tout le le long du voyage pour son manque d'éloquence.
Et voilà pour aujourd'hui ! J'espère que le chapitre vous a plu, on se retrouve bientôt pour la suite :)
Merci à Lyra et Damelith pour leur soutien depuis le début !
Nova
