Histoire: Une Touche de Couleur dans le Gris

Livre 1 : Nuancer le noir.

Date: 5 novembre 2016, corrigé le 05/04/2021

Beta: Elda et Kira

Fandom: D Gray Man

Avertissement: Non, je ne possède pas D Gray Man et je ne fais aucun profit avec cette histoire.

Résumé: Estelle se réveille au XIXème siècle sans trop savoir comment. Suivant le mouvement, elle se retrouve à travailler comme femme de ménage chez les Kamelott mais ce fait repéré par la maitresse de maison et devient sa dame de compagnie, apprenant au passage qu'elle est dans DGM.

Triger du chapitre: Un peu de sang face à une blessure mineure.


Des illustrations de l'histoire (notamment à quoi ressemble Eve et sa chambre) sont disponible sur le tag NLN-Fanfic sur Tumblr!
Bonne lecture !


Chapitre 2: Un crayon pour tout changer

Jeudi 8 janvier 1885

Quatre jours s'étaient écoulés depuis mon transfert en tant que dame de compagnie de Tricia Kamelott. Et il fallait avouer que c'était beaucoup plus… hum… reposant que ce à quoi je m'attendais.

Tricia passait son temps à dormir.

Je ne sais pas si c'est l'effet hiver qui drainait sa force ou si elle était toujours comme ça, mais le nouveau rythme était à l'opposé du dernier. Et me laissait beaucoup trop de temps pour penser. Et je ne voulais pas penser. Pas à comment j'étais arrivé là, ni pourquoi j'étais là et surtout pas à s'il y avait un moyen de revenir dans mon…

Non ! Changement de sujet, changement de sujet...

Oui, pour reprendre, Tricia se réveillait à 7h et sa femme de chambre, Rosina Ramsey, une portugaise d'une trentaine d'année douce et peu loquace, venait lui apporter son petit-déjeuner au lit. Ensuite, elle se lavait et s'habillait avec l'aide de Rosina pendant que nous papotions. En règle générale, je m'asseyais derrière le paravent et trébuchais sur chaque mot jusqu'à avoir une phrase en un anglais à peu près correct. Heureusement pour moi, Tricia avait la patience d'une sainte et aimait enseigner. Elle n'hésitait pas à me corriger gentiment pendant que je la coiffais ou me montrer des objets pour m'apprendre leurs noms. La leçon continuait dans la serre couverte, le jardin étant trop froid pour elle, où nous faisions indéfiniment le tour de la fontaine alors qu'elle testait mon vocabulaire sur le sujet lui étant venue à l'esprit ce jour-là.

Nous y restions jusqu'à midi précise, heure à laquelle on nous apportait le repas, puis à une heure, elle revenait dans sa chambre pour dormir jusqu'à 17h. Je revenais la chercher ensuite et nous prenions le thé dans son boudoir jusqu'à 18h30, heure à laquelle je l'accompagnais jusqu'à la salle à manger. Bien sûr, étant employée, je ne mangeais pas avec eux, la laissant plutôt aux côtés de Sheryl et du sûrement très important invité du jour pour aller aider en cuisine. Le repas du soir durait généralement assez longtemps pour que je puisse manger en cuisine dans un coin, évitant le véritable branle-bas de combat des employés en pleine course, et aider ensuite Louise à faire la plonge. C'était la fille de cuisine et j'avais rapidement découvert que c'était elle qui héritait des tâches les plus ingrates. C'était une fillette de quatorze ans à l'air déterminé et aux joues parsemées de taches de rousseur mais même toute la bonne volonté du monde ne permettait pas de venir à bout des centaines de couverts et casseroles seule. Lorsque je l'avais vu plier les genoux, une pile d'assiettes plus haute que sa tête dans les bras, même moi, qui détestait pourtant nettoyer, j'avais retroussé les manches pour l'aider. Bon, il fallait avouer que la tâche monotone et la conversation enjouée aidait beaucoup à m'occuper l'esprit et de toute façon, je me serais sentie trop mal de me tourner les pouces surtout après avoir été des leurs la semaine précédente. Lorsqu'Eliott ou Alphonse, un des valets de pied s'occupant du service à table, me prévenait que le souper était sur le point de se terminer, je décapais mes doigts au savon, tirait sur ma jupe et allais attendre silencieusement Tricia devant la salle à manger. Aussitôt les au revoir échangés avec l'invité et son mari, je l'accompagnais dans sa chambre et elle dormait avant même huit heures.

Et encore, cet emploi du temps beaucoup trop rythmé ne tenait la route que si Tricia se sentait assez « en forme » ce jour-là. Autant vous dire que le rythme détonnait quelque peu de celui d'avant. Avec Tricia dormant 15h par jour, je ne savais pas trop quoi faire avec mes six heures de congé et finissait plus souvent qu'autrement en compagnie de John ou Clarisse pour les aider dans leur tâches.

Mais oh ! miracle, sur mon deuxième jour, Tricia me donna l'autorisation d'emprunter des livres de la bibliothèque. Certes, pas de mangas ni de romans fantastiques, mais on fait avec ce qu'on a… À ma grande surprise, j'avais retrouvé tous les auteurs dont je connaissais le nom de mon monde. Ceux déjà publiés au XIXème siècle en tout cas et cela avait entraîné la pensée étrange que, peut être, DGM était vraiment notre passé. Peut-être n'étais-je juste pas au courant que les akumas existaient dans mon monde.

Naaaaan ...

…On aurait remarqué quand même ?

Bref, ayant décidé arbitrairement sur le fait que j'étais « juste » dans un univers parallèle, j'avais entrepris dans un gros accès de nostalgie, et dans l'espoir de me distraire, de relire mes classiques. Effectivement, quand on avait rien d'autre à faire, les 513 000 mots des Misérables passaient crème. Ça a peut-être aidé que j'avais vu une adaptation vraiment très mauvaise entraînant automatiquement parallèles et moqueries du film tout le long du bouquin. En tout cas, j'avais renouvelé mon respect pour Victor Hugo. Ce mec était un génie. Et vous n'allez pas le croire, mais j'étais tellement ennuyé que j'avais même tenté de relire Pierre et John de Maupassant ! Tenter étant le mot clé, évidemment. Quoi que vous ne connaissiez sûrement pas la haine viscérale que j'avais envers ce livre. Je n'avais jamais pensé que j'aurais pu un jour détester un livre, mais mon prof de seconde m'avait joyeusement prouvé le contraire.

Pendant 6 mois.

Quoi qu'il en soit, je passais mes matinées avec Tricia dans la serre et mes après-midis à lire dans la bibliothèque. Parfois, je cherchais Jean, Clarisse ou Louise pour me distraire et alimenter nos amitiés nouvelles mais à part ça… Autant vous dire que je ne croisais pas grand monde. Je n'avais encore vu ni Tyki, ni Road, ni le Comte, ou même n'importe quels autres Noahs. En fait, je n'avais même pas croisé Sheryl depuis qu'il m'avait fait venir dans son bureau. Je ne savais donc pas vraiment si Road avait encore été adoptée par Sheryl et Tricia, en fait je ne savais même pas quand est-ce que je me trouvais par rapport à l'histoire.

Même si je voyais Road ou le Comte, ça ne m'aiderait pas des masses vu que, à priori, ils ne vieillissaient pas plus que ça physiquement. Avec Tyki, j'aurais déjà eu une petite idée, mais il n'était nul part pour être vu, de même pour Allen, Lenalee ou les autres exorcistes... Comme tout bon voyageur du temps, j'avais aussitôt regardé la date en arrivant dans ce monde mais ça ne m'avait pas beaucoup aidé. Dans le manga, on nous disait juste que cela se passait à la fin du XIXème siècle mais je ne savais pas si je me trouvais dix ans avant que l'histoire ne commence (mais j'en doutais, parce que Sheryl était déjà un Noah… enfin je pense ?) ou alors dix ans après. Voir même en plein dedans.

J'avais donc une bonne fourchette de vingt ans et vu qu'à priori je n'allais pas partir de sitôt, il fallait que je réfléchisse à ce que j'allais faire. Et vite. Ah la bonne question existentielle de « est-ce que je tente de modifier l'histoire ou pas ? » qu'ont tous les voyageurs temporels à un moment donné...

Assise dans le fauteuil que j'avais déclaré mien tout au fond de la bibliothèque prêt de la cheminée, je posais mon livre et réfléchis enfin à ce que j'avais tenté de repousser pendant deux semaines. Je n'arrivais pas à me rappeler mon dernier souvenir. Tout était un peu flou. J'avais beaucoup de souvenirs de l'année de première et aussi de l'été qui avait suivi, et je pense que je me souvenais être entrée en terminal, mais je ne pouvais en être sûre…Mais j'avais une vague impression d'un devoir de philo sur la conscience, donc c'était que j'étais bien allée en terminal non ? Ou alors c'était une vidéo de vulgarisation youtube que j'avais encore trop prise au sérieux. Tout ça pour dire : pas de dernier souvenir distinct. Je ne pouvais même pas savoir si j'avais encore 16 ans, ou si j'en avais bien eu 17.

Vu que je m'étais réveillée le 26 décembre, cela voulait-il dire que j'avais « quitté » mon monde à la même date ? Mais peut-être que le temps de mon monde n'était pas pareil que le temps de ce monde ? Arrf… Je ne pouvais être sûre de rien. Et si je n'arrivais même pas à déterminer comment je m'étais trouvée là... alors comment est-ce que je pouvais espérer découvrir comment en partir ? Je ne me leurrais pas. J'avais essayé dans ma chambre, mais aucun pouvoir badass n'était apparu. Ni Innocence, ni Matière Noire, rien, nada.

C'était bien ma veine de réussir à me retrouver dans DGM et de ne PAS avoir de pouvoir ! Et puis d'ailleurs pourquoi DGM ? D'accord, c'était un de mes manga préférés, mais si je découvrais que, d'une façon ou d'une autre, c'était moi qui avait choisi de me réincarner là, je me taperais la tête contre le mur.

À plusieurs reprises.

Parce que vraiment, DGM c'est LE manga où tu ne veux pas te réincarner. Déjà parce que si tu te réincarnes en Noah ou en exorciste, ben c'est mort, t'es destiné à te battre dans la guerre sainte et si tu te réincarnes juste en civil y a un bon pourcentage que tu aies une histoire de vie tragique et que tu meurs aux mains des akumas. Ou juste de souffrir d'une vie terrible, je suppose, parce que, bonjour XIXème siècle ! Quoi qu'il y avait pire… Tokyo Ghoul, Owari no Seraph, Shingeki No Kyojin et j'en passe des pires et des meilleurs. Non en fait DGM, c'était pas mal. Niveau mortalité, on se trouvait entre Pandora Hearts et Black Butler. Mais on est quand même bien au-dessus d'un manga shojo ou de sport...

Enfin bon, la question maintenant, c'était : Qu'est ce qu'au nom de Di…Merlin, je devais faire ?!

Parce que j'avais tout de même une position très... euh… privilégiée. Si on suppose qu'on se trouve avant l'histoire (parce que l'univers à un grave sens de l'humour. Non parce que sinon je me serais retrouvée dans l'Antiquité, parce que sur 7000 ans d'histoire, vraiment quelles sont les probabilités de me retrouver sur les 20 ans d'histoires canons ?) alors j'ai tout de même accès à chaque Noahs, dont le Comte ! Pas que je pourrais les tuer, bien sûr. Je ne pense pas que je pourrais le faire de un, que ce soit physiquement (bonjour Road qui s'arrache la peau en passant tranquillement dans une barrière d'innocence) mais surtout mentalement. Mais je pourrais, je ne sais pas, essayer de donner des coups de pouces relationnels par-ci, par-là ? Prêcher les bienfaits d'une bonne communication ? Leur montrer qu'il y a des humains qui ne sont pas si horribles que ça ? Quoi que j'avais lu une théorie très intéressante que l'Arche avait une forme de ville pour abriter les humains vertueux lors des trois jours des ténèbres… Mais attends une seconde, tout cela pourrait totalement faire partie de mon imagination ! je pourrais, je ne sais pas, être dans un coma ? ou dans un rêve vraiiiiment très long et lucide ?

Et si j'étais dans un rêve, alors… je pouvais me réveiller !

Regardant en direction de la porte pour être sûre que personne n'était présent, je me pinçais difficilement le bras.

« Aïe »

Bon.

Donc, à priori, ce n'était pas un rêve. Mais ça pouvait toujours être un coma ? Urgh, galère…

Je manquais d'informations. Dans le manga, on ne savait presque rien. En fait, on ne savait même pas qui étaient les « gentils » et les « méchants ». Parce qu'avec l'histoire de Lenalee et de Kanda, l'Ordre et surtout Centrale, n'avaient vraiment pas l'air d'être des anges. Mais le Comte avec ses Akumas et Tyki et sa manie d'arracher le cœur des gens, ce n'était pas joyeux non plus… Je savais que le monde n'était ni noir ni blanc, qu'il était rempli de nuance de gris et tout le patacaisse mais, zut, cétait tout de même assez ennuyant de ne pas avoir de repère.

À deux doigts d'une crise moral, je m'affalais dans le fauteuil, Le Rouge et le Noir de Stendhal complètement oublié sur le sol.

Bon, c'était décidé, j'allais me laisser vivre. Si, d'une façon ou d'une autre, je restais seule au manoir avec Tricia et n'étais jamais touchée de près par l'histoire : tant mieux ! Si, par contre, je rencontrais les personnag… personnes du manga, je les jugerais sans les lunettes rose de la série et verrais ce que je ferais ensuite.

Peut-être que Kanda était vraiment aussi détestable que dans les premiers tomes ou peut-être que c'était un gros nounours et qu'il n'arrivait simplement pas à l'exprimer.

Peut-être que le Comte était en fait le « gentil » et que c'était Jerry le cuisinier démoniaque qui tirait les ficelles de Luberier pour que l'Ordre soit rempli d'enfants soldats traumatisés.

Peut-être que Road était vraiment amoureuse d'Allen mais que Lavi, Tyki, Kanda, Lenalee et Johnny aussi et que ça finirait en partouze.

Vraiment, qui peut savoir ?


Vendredi 9 janvier 1885

« Fini ! » m'exclamais-je de la porte en contemplant mon travail avant de m'écrouler sur le lit de tout mon long.

Quelques jours après ma décision d'avancer à mon rythme, (ce qui, il fallait avouer, équivalait plus ou moins à ne rien faire et reporter le problème à plus tard) Tricia avait décidé que ça l'agaçait que ma chambre soit aussi loin de la sienne. En effet, j'étais toujours dans les quartiers des domestiques, partageant une chambre avec Clarisse et il me fallait au moins dix bonnes minutes pour traverser tout le manoir dans le remue-ménage de la matinée. Qui plus est, Rosina, la servante personnelle de Tricia, passait son temps à me courir après, me cherchant dès que sa maîtresse souhaitait ma présence. Étant soit dans ma chambre, soit dans la cuisine, soit dans la bibliothèque, trois endroits plus ou moins à l'opposé l'un de l'autre dans le grand manoir, elle prenait parfois plus d'une demi-heure à me ramener à sa maîtresse. Très fermement, Tricia m'avait donc annoncé ce vendredi-là, à peine cinq jours après m'être mise à son service, que j'allais changer de chambre pour une juste à côté de celle des maîtres.

Elle m'avait donc amené à celle-ci dès la fin du petit déjeuner, un air fébrile que je ne lui connaissais pas contaminant tous ses mouvements. La chambre était un peu plus grande que celle que je partageais actuellement mais elle faisait moins du tiers de celle des maîtres. Vu sa disposition, et la porte menant à une pièce attenante, je pouvais en déduire qu'elle devait, à l'origine, servir de chambre pour une gouvernante. Elle était décorée très sobrement avec du bois verni et de la literie bleu mais elle disposait d'une fenêtre au-dessus du lit qui laissait passer la lumière, et d'une cheminée à gauche à côté de la seconde porte qui la chauffait agréablement. Le papier peint était d'un beige neutre et le sol était couvert d'un parquet en bois sombre accordé au gros bureau, à l'armoire et au cadre de lit. L'ensemble avait l'air confortable et j'avais hâte de la décorer à ma sauce.

« Cela vous plaît ? Je sais qu'il n'y a pas grand-chose, mais je peux faire apporter d'autres meubles si cela vous convient ? » Demanda Tricia en souriant. Elle semblait un peu inquiète de ma réponse, alors je lui souris et dit que c'était parfait.

Elle rayonna de bonheur et se mit à parler un mille à l'heure sur ce que l'on pouvait faire pour améliorer la chambre. J'avais rapidement appris que Tricia avait une âme de décoratrice. Heureusement pour moi, elle avait du goût parce que je n'avais aucune idée de ce que je faisais. Je n'avais jamais eu à choisir des meubles pour ma chambre avant, ayant hérité de ceux des frangins, j'étais donc bien contente de la laisser faire. Je dus cependant tout de même y mettre mon grain de sel lorsqu'elle commença à me parler de lit à baldaquin, de rideaux ou de poêle. Je détestais déranger et, même si Tricia était plus que partante, je n'étais pas trop sûre pour Sheryl ou Ernest, j'étais tout de même une employée ! Au final, malgré avoir essayé de tout nier en bloc, je cédais sur deux tapis et une table ronde en plus qui prenaient la poussière dans la chambre inutilisée d'à côté. Tricia partie se recoucher pour sa sieste de l'après-midi, je demandais à John de m'aider à porter les meubles massifs dans ma nouvelle chambre, haletant lorsque j'eus terminé. Je ne sais pas depuis combien de temps je n'avais pas fait de sport, mais ça devait faire un moment ! Rien que porter les chaises m'avait demandé toute ma force et j'avais à peine pu aider John avec la table. Je détestais dire ça, mais j'allais avoir besoin de me remettre en forme… Quoi qu'il en soit, c'est après être allée chercher et installer mes maigres possessions (constitués exclusivement de ce que m'avait donné Dolores et Clarisse) que je fixais maintenant le plafond, me demandant bien ce que j'allais pouvoir faire ensuite.

« J'ai envie de dessiner… » je marmonnais avant de me figer net. Est-ce qu'il y avait même des crayons à papier au XIXème siècle ?! Oui, oui bien sûr, c'était l'air du charbon, je suis sûre qu'ils avaient dû penser à la chose depuis. En plus, les marques d'art de mon époque aimaient mettre en valeur leur longue existence. Bon, il n'y aurait sûrement pas de critérium ou même peut-être de gomme, mais il devrait déjà avoir de quoi griffonner. J'étais à peu près sûre qu'Allen avait dessiné le Maréchal Cross lorsqu'ils le cherchaient en Chine…

Ho.

Il y avait un peu plus urgent que les crayons. Celà faisait précisément quinze jours que je m'étais réveillée dans ce monde et cinq que j'avais découvert que j'étais dans DGM et pourtant, je n'avais toujours pas fait la chose la plus importante de tout bon (lire ici: personne souhaitant survivre au canon) voyageur temporel : Une timeline.

Certes, je ne savais toujours pas quand est-ce que j'étais, mais il était urgent que je m'en occupe. D'une part parce que je n'avais pas une très bonne mémoire et que même si j'avais lu le manga il y a moins de deux mois, je commençais déjà à en oublier les détails et d'autre part, parce que je n'avais pas lu le manga entièrement il y a moins de deux mois. DGM était un de mes premiers manga. Pas très intelligent de laisser lire une histoire pareil à une enfant de sept ans, mais, en défense de mes parents, ils me l'avaient interdit. Et cela était donc sûrement une des raisons pour lesquelles je les avais dévorés. L'autre étant qu'à l'époque je ne connaissais pas l'existence glorieuse de la divine bibliothèque ni du saint internet et que c'était une des dernières séries de manga de mon frère que je n'avais pas essayé. Suite à cela, j'avais tellement lu les dix premiers tomes que les pages avaient commencé à se décoller et, lorsque j'avais enfin acheté la suite vers mes dix ans, c'est eux que j'avais entrepris de soigneusement user de par mon amour.

Si on se disait que j'avais plus ou moins 17 ans, cela faisait donc environ sept ans que je n'avais pas relu les dix premiers tomes.

J'étais tellement foutue…

Si j'étais plus ou moins incollable sur l'arc de l'arche et de l'akuma IV et que la fin était assez récente pour que je m'en souvienne, le reste était un mélange de vieux souvenirs et de fanons de fanfics. C'est donc avec un grognement que je me levais du lit avant de m'asseoir au petit bureau pour entreprendre de marquer fissa tout ce dont je me souvenais. Sauf que… Mes maigres possessions se limitaient à quelques vieux vêtements de Dolores et de Clarisse, c'est tout. Je n'avais ni carnet, ni crayon, ni même un morceau de papier à lettre pour griffonner un brouillon ! Renfrognée, je regardais démoralisée la page blanche avant de soupirer et de me lever d'un coup. N'ayant rien à faire pour les trois prochaines heures, autant m'occuper en partant en quête d'un stylo !

Où en trouver ? Je suppose que je pouvais toujours en acheter… Il y avait un petit village non loin du manoir et je n'y étais encore jamais allée, c'était l'occasion ! Mais ça se trouvait où exactement ? Il y avait des magasins spécialisés pour ça ? Pas sûre, dans ce cas, qu'il y'en ait au village, il n'était pas si grand d'après ce que j'avais compris… Il y en aurait sans doute à Londres et la capitale était à à peine une heure de calèche mais la seule façon d'y aller était d'accompagner John lors du ravitaillement et il était déjà parti. Autrement, je suppose que je pouvais toujours en emprunter un temporairement. Mais maintenant que j'y pensais, je savais comment aller à un certain nombre d'endroits précis comme la bibliothèque ou les cuisines, mais je ne m'étais jamais vraiment baladée dans le manoir et il y avait beaucoup de pièces que je ne connaissais pas. Et même si je trouvais une étude, est-ce que je pouvais emprunter un stylo, comme ça ? Je n'étais pas encore trop sûre de toutes les règles de politesses de ce monde et je ne voulais pas qu'on croit que j'ai volé quelque chose. Le plus simple serait de demander la permission à quelqu'un mais Tricia dormait… peut-être que je pouvais essayer de trouver Clarisse ? Je l'avais déjà vu écrire, elle devait donc en avoir...

Haussant les épaules, je décidais d'explorer jusqu'à ce que je réalise mon but, ce qui, je le rappelle, était de trouver un stylo. De préférence un crayon à papier. Et si Clarisse n'en avait pas, je braverais le froid pour aller au village. Même si je ne trouvais pas de stylo, il me fallait d'urgence d'autres vêtements plus à ma taille. Eglantine était plus petite que moi et Clarisse plus mince, toutes les robes que j'avais actuellement étaient donc un peu trop serrées pour moi et même si Tricia n'osait rien dire par politesse, son regard en disait long.

Soupirant, j'attrapa mon manteau et ma première paie puis j'ouvris la porte en grand et partis explorer. De toute façon ce n'était pas en restant dans ma chambre qu'un crayon me tomberait directement sur les genoux. Cependant, j'avais beau parcourir les couloirs du manoir, tournant aléatoirement à chaque fois que j'arrivais à un croisement, descendant deux escaliers et en remontant un troisième, je ne croisais personne. C'était l'heure, je me dis, les employés devaient tous être en train de nettoyer ou prendre leur pause loin des quartiers de la famille où leur maîtresse se reposait. C'était en descendant un petit escalier étroit, un passage secret des employés que j'arrivais dans un couloir vaguement reconnaissable. Fronçant les sourcils, j'avançais vaguement vers ce que je pensais être le hall, espérant de là rejoindre les cuisines.

Cependant, alors que je longeais le mur, regardant les tableaux curieusement, je me pris gracieusement une porte.

Ce n'était pas moi qui ne regardais pas où j'allais hein ! C'est la porte qui s'était ouverte quand je passais devant… Les mains sur le nez, sifflant de douleur je plissai mes yeux pleins de larmes sur l'auteur de cet effroyable méfait… et m'empressai d'arrêter de le fusiller au profit de tenter un sourire maladroit.

« Excusez-moi, Miss Campbell, je ne pensais pas que vous étiez devant la porte. » Dit Sheryl d'un air fatigué en ramassant mon manteau tombé au sol lors de notre altercation. « Vous aviez besoin de quelque chose ? » dit-il en me le tendant.

« Euh non, je ne voulais pas vous voir, je me suis perdue. » Je marmonnais rapidement en épargnant une main pour attraper le manteau tout en me rendant compte de ce que j'avais dit. J'espérais que la phrase en anglais n'était pas aussi maladroite qu'elle sonnait dans ma tête en français… Je n'avais pas du tout voulu dire que je ne voulais pas le voir mais que je ne voulais… enfin.. urgh, vous avez compris.

« Et où vouliez-vous aller ? » Demanda Sheryl en laissant ses yeux vaquer sur mon manteau usé.

« Ah, je pensais aller au village pour m'acheter des… des crayons et peut-être des pantal... non, c'est quoi le mot… des… des robes. » Je balbutiais, le stresse me faisant encore plus perdre mes mots que d'ordinaire. Son regard perçant me mettait trop mal à l'aise. Je détestais avoir toute son attention sur moi et je ne voulais qu'une chose : qu'il m'excuse pour que je puisse disparaître de sa vue.

« Les crayons passent avant les robes? » demanda-il en haussant un sourcil.

« Bien sûr. » Je répondis en enlevant la main tenant mon nez avant de la remettre précipitamment en place lorsque je la vis couverte de sang. Déjà d'ordinaire, j'aurais choisi le crayon mais là, d'autant plus ! Ma survie future dépendait clairement plus des infos que j'allais marquer avec un crayon que d'une robe un peu moins miteuse… Oh Merlin, il y avait du sang sur le tapis ! Je n'allais pas me faire disputer, n'est-ce pas ? C'est lui qui m'avait ouvert la porte dans la figure. Dans le doute, je glissais mon pied droit sur la tâche pour la cacher. J'étais si focalisée sur l'action qu'il me fallut un peu de temps pour me rendre compte que Sheryl n'avait pas répondu. Levant le regard, je le vis fixer ma poitrine m'amenant presque à grogner instinctivement.

« Même dans cet état ? » Demanda-t-il tout à coup et je suivais finalement son regard pour voir une belle tâche rouge s'étaler sur le devant de ma robe. Non de… urgh, je gémis agacée, mon visage se contorsionnant en une grimace ennuyée. Et puis, à ce moment-là, Sheryl Kamelott, Noah du désir et Marquis Kamelott, maître du présent manoir fit quelque chose qui me fit ouvrir grand les yeux en stupéfaction : Il sourit.

C'était une chose simple, un retroussement des lèvres accompagné d'un petit rire à peine audible mais ce fut assez pour envoyer un frisson de peur remonter ma colonne. Jusqu'à présent, Sheryl n'avait rien été d'autre que polie ou ennuyé. Il m'avait à peine jeter un coup d'oeil évaluateur pendant mon entretien d'embauche et quelques salutations froides lorsque je venais silencieusement servir sa femme. Alors voir l'amusement danser dans ses yeux lorsque, semble-t-il, c'est moi qui l'avait produit, c'était… dérangeant.

« Hé bien, je ne peux rien faire pour votre Robe, cependant… » Dit-il en ré-entrant dans son bureau avant d'en sortir aussitôt, un beau stylo plume à la main. « Tenez, je vous le prête. Le temps que vous vous changiez, il sera bientôt l'heure de réveiller Tricia, vous n'aurez pas le temps d'aller au village aujourd'hui.. » Dit-il en souriant avant de me l'enfourner dans la main lorsque je ne réagis pas aussitôt et de partir vers le hall.

Fixant mon regard sur le stylo plume trop cher dans ma main, je me demandais un instant ce qui avait bien pu se passer, avant d'hausser les épaules et de m'en aller vers ma chambre…Et de m'arrêter précipitamment en passant devant un miroir, parce que oh Merlin le gâchis ! En plus de ma robe et de ma main, mon visage était barbouillé de sang. Je comprenais mieux pourquoi Sheryl avait l'air si amusé lorsque j'avais choisi le stylo à de nouveaux vêtements…

« Bon, d'accord. J'admets que les vêtements sont peut-être plus nécessaires que les crayons. » je marmonnais à mon reflet de mauvaise grâce en frottant ma joue pour enlever le sang et révéler l'existence d'un grain de beauté dont je ne me souvenais même pas. Fixant ma manche sanglante, je soupirais. Plus nécessaire, en effet.

Actuellement en tout cas…


Cette fic sera mis à jour tous les 5 du mois, tant que j'arrive à tenir le rythme :)

Pensez aux reviews et rendez-vous le cinq du mois prochain !