Histoire: Une Touche de Couleur dans le Gris

Livre 1 : Nuancer le noir.

Date: 5 décembre 2016, corrigé le 05/04/2021

Beta: Elda et Kira

Fandom: D Gray Man

Avertissement: Non, je ne possède pas D Gray Man et je ne fais aucun profit avec cette histoire.

Résumé: Estelle se réveille au XIXème siècle sans trop savoir comment. Suivant le mouvement, elle se retrouve à travailler comme femme de ménage chez les Kamelott mais ce fait repéré par la maitresse de maison et devient sa dame de compagnie, apprenant au passage qu'elle est dans DGM.

Triger du chapitre: La religion et l'ignorance d'Eve à ce sujet. Aussi, la condition de la femme et fausse couche évoqué.


Une illustration de Tricia et Eve se préparant pour la messe est disponible sur mon tumblr ou sur le tag NLN-fanfic !
Vous pouvez aussi la voir directement dans l'histoire en lisant cette fic sur AO3, même titre et même auteur :)

Bonne lecture !


Chapitre 3 : Pour qui sonne le Glas

Dimanche 11 janvier 1885

« Toc, Toc » tapota quelqu'un à la porte avant que Clarisse passe sa tête par l'ouverture. "Debout Eve ! Je te laisse ton repas sur la table. Ah aussi, Louise m'a demandé de te dire de passer aux cuisines cette après-midi si tu le peux." ajouta-t-elle avec un sourire avant de fermer la porte, agitant à peine la main lorsque je lui criais un merci rapide. Gémissant, je retombais dans mon lit, savourant encore quelques instants la douce chaleur des couvertures. Certes, le manoir était plutôt bien isolé et le feu avait brûlé toute la nuit, mais nous étions quand même encore en plein hiver.

Et il faisait froid.

Et il était tôt aussi.

Alors oui, 7h, c'était mieux que 5h30, mais pas de beaucoup. Soupirant, je m'assis et passais ma main dans mes cheveux. Les brosses de cette époque faisaient un miracle pour mes longues pointes ébouriffées, je n'avais jamais vu mes cheveux aussi lisses et faciles à coiffer! Je manquais un peu mes jolies ondulations cependant mais je supposais que c'était un petit prix pour un passage de peigne sans douleur… D'ailleurs, en parlant de peigne, il fallait vraiment que je pense à m'acheter ce genre de commodité, je ne pouvais pas rester avec des objets emprunter beaucoup plus longtemps ! J'avais donc prévu d'aller en ville m'acheter des produits de tous les jours et un stylo cet après-midi. Sheryl m'en avait prêté un la veille, et je l'avais soigneusement utilisé, avec le papier à lettre que m'avait donné Clarisse mais j'avais vraiment besoin d'un carnet pour organiser mes notes et si je pouvais me débarrasser du bien de Sheryl le plus vite possible, ça m'arrangerait également. Heureusement, j'avais largement le temps ! Tricia se sentant étonnement mieux depuis quelque jours, le couple en avait aussitôt profité pour réserver des billets pour l'Opéra le soir même. D'après ce que j'avais compris, c'était une sortie en couple pour fêter l'anniversaire de Sheryl qui était quelque part la semaine prochaine. Tricia ayant trop peur qu'elle se sente mal le jour J, elle avait préféré faire cela dès que possible.

Enfouissant mes pieds dans le tapis, savourant sa douceur, je me levais et commençais à me préparer pour la journée. Ayant bien fait attention à laisser la bassine d'eau près du feu la veille au soir, je me lavais rapidement à l'eau tiède et enfilais une robe simple de Dolores. Elle était un peu large et quelque peu délavée, mais je ne m'en préoccupais toujours pas au grand malheur de Tricia. Relevant rapidement mes cheveux en chignon comme j'en avais pris l'habitude depuis que j'étais arrivée dans ce monde, j'enfilais rapidement des bottes un peu grandes pour moi et allais à la porte donnant sur le couloir. Poussant le battant, je fis deux pas à l'extérieur pour ramasser le plateau du petit déjeuner qui reposait sur une petite table près de la porte. La petite table était à l'origine à côté de la porte d'en face, mais je l'avais bougé la veille précisément dans l'optique d'y déposer le plateau et cela fonctionnait bien. Ce n'est pas comme si cela poserait problème de changer une petite table de côté. Je me dépêchais d'engloutir mon repas avant de ramener le plateau dehors puis de frapper à la porte voisine.

« Entrez ! » me répondit la voix douce de Tricia.

Poussant la porte, j'entrais dans la chambre des maîtres avant de retenir une grimace et de me décaler sur le côté, la tête baissée. Étonnement, ce matin Sheryl n'était pas encore partie. Il me lança un regard rapide, embrassa Tricia et passa devant moi avec un "Miss Campbell" polie en sortant dans le couloir. C'était toujours un peu gênant de croiser Sheryl le matin mais heureusement ce n'était que la deuxième fois que cela arrivait. J'avais toujours un peu de mal à concilié dans mon esprit cet homme chaleureux avec sa femme et froid avec les serviteurs avec l'homme coloré dont je me souvenais dans le manga.

« Bonjour Tricia, vous vous sentez bien aujourd'hui ? » je demandais en m'approchant du lit.

« Bonjour Eve. Oui, je me porte comme un charme » sourit Tricia en se levant du lit. Elle ouvrit sa bouche pour parler mais s'arrêta tout à coup en voyant ma tenue. « Eve ! tu ne comptes pas y aller comme ça, tout de même ? » dit-elle finalement d'un air affligé.

Clignant les yeux de surprise, je me demandais vaguement comment elle pouvait bien savoir que je comptais me rendre en ville cette après-midi tout en marmonnant un : « Je n'ai rien de mieux à me mettre. »

Elle me regarda d'un air confus avant de frapper dans ses mains et de me lancer un sourire rayonnant. « Je vais te prêter des vêtements, tu vas être radieuse ! » dit-elle en se dirigeant vers une très large armoire à l'arrière de la salle prêt de la porte menant à la salle de bain.

J'haussais un sourcil à cela. Même si elle était malade, d'ailleurs peut-être à cause de cela, Tricia était mince comme un mannequin. Honnêtement, cela ne m'étonnerais pas qu'elle fasse du 34~36. Pour ma part, je me dandinais plus vers du 38~40… Et ne parlons même pas de la différence de poitrine, je vais déprimer… Qu'est-ce que je ne ferais pas pour sa petite poitrine ! Mais bon, on désirait toujours ce qu'on n'avait pas, n'est-ce pas ? Même si pourquoi des gens désiraient la source d'un mal de dos constant et des poids douloureux au moindre sport était au-delà de moi...

« Tricia » commençais-je soigneusement en traînant derrière elle. « Je ne pense pas que je puisse… hum... rentrer dans tes vêtements. » Je répondis en trébuchant sur le mot, n'étant pas sûr si c'était un mot assez vieux pour qu'une femme du XIXème siècle le comprenne mais n'en ayant pas d'autres me venant en tête à la seconde.

« Non sens. » répliqua elle en ouvrant le placard débordant de robes de toutes les couleurs. « J'ai quelques robes un peu plus larges que Sheryl m'avait offertes lorsque… » Commença elle en fouillant frénétiquement dans les vêtements avant de se stopper net et de reprendre plus doucement. « Enfin, je pense qu'elles devraient t'aller. » Fini-elle tranquillement avant de pousser tout à coup un cri de joie.

« Ha ! Regarde celle-ci ! » dit-elle en tirant une robe bleu clair de l'armoire avant de la regarder avec des yeux nostalgiques. Elle était simple mais tout de même très jolie. Un ruban gris enserrait la taille et un nœud de la même couleur soulignait le décolleté. Enfin, le bas de la jupe était agrémenté de broderies de roses argentées et même moi je pouvais en ressentir le bon goût. Un peu sceptique quant à la taille, je retournais rapidement dans ma chambre pour l'enfiler. Effectivement, elle était un peu serrée au niveau de la poitrine et du ventre, mais ce n'était pas intenable. Me regardant dans le miroir, je fis tourner un peu la robe avant de sourire légèrement. C'était exactement comme lorsque j'avais essayé la robe de bal de ma grand-mère plus jeune, la même excitation d'avoir un aperçu d'un passé révolu… Enfin, pas si révolu ici.

Et finalement j'étais plutôt jolie.

Rougissant à cette pensée étrange, je me détournais du miroir pour revenir dans la chambre des Maîtres. Tricia fût encore plus excitée lorsqu'elle me vit timidement revenir dans la chambre, décidant tout à coup qu'il fallait ab-so-lu-ment que je mette des bijoux et c'est à ce moment là que j'eu la réalisation très bizarre que j'avais les oreilles percé ! Mes parents m'avaient laissé faire dans l'intervalle de souvenir qu'il me manquait ? Attends, je n'avais même pas envie de le faire, comment est-ce que ça avait bien pu arriver ? En tout cas, j'eu le droit à un ras-le-cou argenté et des boucles d'oreilles bleu puis elle décida que ma coiffure n'était pas assez extravagante et voulu que je la change. Rosina était arrivée entre-temps mais elle ne m'était d'aucune aide, laissant sa maîtresse jouer à la poupée pendant qu'elle préparait ses vêtements. Malheur à moi, Tricia découvrit que j'avais les cheveux longs et qu'ils étaient agréables à coiffer. Après une couronne de tresses et un chignon un peu plus compliqué, elle me laissa enfin tranquille et je l'aidais avec Rosina à se préparer à son tour dans une très jolie robe rose pastel. Finalement, vers 9h30 Tricia et moi étions prêtes et je me demandais vraiment pourquoi il fallait faire autant d'effort juste pour aller en ville.

« Tu es magnifique ! » s'exclama-t-elle en regardant notre reflet dans le miroir à pieds de sa chambre.

« Tu es très jolie aussi, Tricia » Je répondis joyeusement en souriant. J'avais toujours bien aimé me déguiser et toute l'épreuve avait plus ressembler à une préparation à la Japan Expo ou à un spectacle de théâtre qu'autre chose.

« Nous allons vraiment être les plus belles de la messe. » Conclut-t-elle joyeusement.

« Oui, je le pense aus… » Commençai-je à dire avant que ses mots me rattrape.

Attendez une seconde.

La messe ?


La tête appuyé sur la vitre, je regardais, morose, le paysage.

Je n'avais vraiment aucune envie d'aller à la messe.

Mais évidemment, on était dimanche, et j'avais oublié que fin XIXeme, une large majorité des citoyens étaient de fervents religieux. Soupirant, j'observais les personnes devant moi, encore surprise que Sheryl vienne avec nous. Je ne savais pas s'il était vraiment très amoureux de sa femme au point d'aller adoré un Dieu en lequel il… Eh bien croyait en fait, vu qu'il se battait contre lui… ou s'il essayait simplement de se mêler à la masse de noble religieux de l'époque. Après m'avoir annoncé où on allait et sans écouter un mot de ce que je lui disais, Tricia me traîna avec entrain au petit salon pour discuter encore un peu avant notre départ à 10h. A l'heure dite et n'ayant toujours aucun succès concernant mes tentatives de fuite, je dû enfin me résoudre à monter dans le fiacre en compagnie de Sheryl et Tricia. Sheryl ne fit que lever un sourcil à mon arrivé et après un coup d'oeil évaluateur sur ma robe qui me laissa bien trop consciente de moi, il croisa le regard de sa femme. Le couple eut une de ces conversations silencieuses impossibles à comprendre de l'extérieur. Voyant un sourire trop innocent sur le visage de Tricia et sa main sur mon épaule m'empêchant de fuir, Sheryl finit par soupirer et nous tendit la main chacune notre tour pour nous aider à monter dans le fiacre. J'étais infiniment heureuse que le départ n'était pas encadré par une armée de serviteurs pour une fois...

Au début, je pensais que nous irions au petit village non loin mais lorsqu'on passa devant sans même s'arrêter, j'en déduis que nous irions à Londres. Ce qui était chouette, je suppose. Je n'avais jamais vu le Londres de cette époque après tout et ça ne pouvait être qu'intéressant surtout que je n'avais pas quitté le Manoir depuis deux semaines. Le problème, c'est que le Manoir était à environ une heure de route. Et soixante minutes dans un fiacre cahotant et étroit avec les maîtres de maison pour seule compagnie, c'était long. Très long. Heureusement pour ma santé mentale, on ne passa pas tout le trajet à se regarder dans le blanc des yeux. Sheryl avait pris de la paperasse à lire et il était presque oubliable à côté des gazouillis de Tricia. Je ne disais pas grand-chose de mon côté. Même si je comprenais tout assez bien, j'avais toujours du mal à parler en des phrases bien construites et je ne me sentais pas de le tester devant Sheryl. Je restais donc la plupart du temps silencieuse, aidant juste Tricia à continuer son monologue en faisant des bruits attentifs de temps à autre ou en ajoutant des questions simples. C'était au milieu d'une conversation sur une des amies qu'elle avait vu la semaine dernière que Tricia demanda tout à coup à Sheryl quand est-ce qu'une certaine Lucie reviendrait de France. Cela attira aussitôt mon attention parce que hé bien, la France d'une part et d'autre part, c'était loin d'être la première fois que Tricia parlait de cette Lucie depuis la semaine que je la connaissais. Et je n'étais pas jalouse, d'accord ? C'est juste que, hé bien… d'après ce que j'avais compris, c'était la meilleure amie de Tricia, d'à peine un an sa cadette et l'exacte représentation cliché de la femme française élégante et rafiné. Et moi j'étais…benh... moi.

"Avec la mort si soudaine de son mari et maintenant son père qui ne se sent pas bien…" soupirait Tricia avec un air inquiet. "Peut-être devrions nous aller l'aider directement sur place ? Organiser la succession toute seule ne doit pas être facile…"

"Ne t'inquiète pas Tricia, les enfants tiennent compagnie à Adam et Lucie est plus que capable de s'occuper des affaires familiales. Après tout, c'est elle, et non pas feu le Baron Belle, qui les gérait." Répondit Sheryl avec un regard dédaigneux au nom de l'homme avant de revenir à sa paperasse. Tricia ne semblait pas tout à fait d'accord mais elle tient sa langue, inquiète avant de tout à coup s'illuminer.

"Nous sommes arrivés ! Regarde Eve." Dit-elle joyeusement, ne me laissant même pas le temps de considérer leur conversation. En effet, un énorme clocher dépassait des maisons devant nous et, bientôt, le cocher (Barenton ou Brenton ou un truc dans le genre...) s'arrêta près de l'église. Sheryl, tout aussi élégamment habillé que nous, nous aida Tricia et moi à descendre, avant de donner son bras à sa femme pour la guider. L'église était tout de même assez loin, et il nous fallut un peu de temps pour y arriver. Marchant derrière mes employeurs, j'observais les gens qui affluaient vers l'imposant bâtiment avec un regard curieux.

Assez bizarrement, toutes les classes sociales se mêlaient dans un mouvement confus. Ho, bien sûr, on distinguait bien les nobles, qui se pavanaient au milieu de la place menant à l'Eglise, comme s'ils étaient mieux que tout le monde. On remarquait aussi les bourgeois, qui tentaient par tous les moyens de se séparer des roturiers et d'attirer l'attention des nobles pour proposer par-ci, des affaires, par-là, d'unir leurs familles… Et puis enfin, le commun des mortels, qui se pressaient aux alentours pour dénicher les meilleures places restantes.

Prêtant plus attention à ce que faisaient Sheryl et Tricia lorsque je faillis les perdre dans la foule, je me pressais près d'eux et les suivis dans l'Eglise. J'avais peu, pour ne pas dire pas, d'éducation religieuse. J'avais certes été baptisée, ma sœur avait passé sa première communion et mon frère avait fait aussi du catéchisme, mais moi rien. Ma mère avait dit qu'elle n'était pas d'accord avec la philosophie du prêtre qui officiait ou un truc dans le genre lorsque je lui avais demandé pourquoi nous avions eu tous les trois une éducation religieuse si différente.

Mais bref, cela faisant, j'avais juste les bases qu'on pouvait apprendre en combinant deux, trois mariages, des visites d'églises avec mon père et l'Education civique. Vous me direz, c'était encore plus que ce que j'en savais sur l'Islam, le judaisme ou le boudhisme… J'aurais vraiment dû me renseigner plus tôt, je pensais sombrement en fixant le bassin de pierre devant moi. Trempant deux doigts dans ce que je pensais être l'eau bénite, je fis le signe de croix à la suite de Tricia. Sauf que… c'est le côté gauche ou le côté droit en premier ? Laissant filer mon regard espérant trouver la bonne réponse par la grâce divine, littéralement, je rencontrais celui de Sheryl qui haussa un sourcil lorsqu'il me vit m'arrêter en plein milieu de mon geste. Me dépêchant de finir, je le vis sourire d'un air amusé avant de secouer la tête et de marcher à la suite de Tricia.

Oops

A priori, c'était l'autre côté…

Un peu rouge de gêne, je les suivis à mon tour et m'assis à côté de Sheryl, lui-même à côté de Tricia qui regardait avec impatience l'hôtel. Ça n'avait pas commencé, et j'avais déjà hâte que ça se finisse… Je n'étais pas contre me renseigner sur la chose mais les bancs de bois dur et les grands murs de pierre qui ne protégeaient rien du froid de février n'étaient pas des plus charmants, il faut l'avouer. Parmi les bavardages des fidèles, je laissais mon esprit vagabonder, essayant de me distraire de mes frissonnements malgré la lourde cape que m'avait prêté Tricia. L'Église était grande, on sentait qu'on se trouvait dans un beau quartier de la capitale. De style gothique, elle était très lumineuse et coloré grâce aux grands vitraux. A ma surprise, c'est en fixant le prêtre qui venait d'apparaître que je remarquais la grande croix, que j'associais naturellement aux exorcistes, surplomber l'autel. Est-ce que c'était comme Hakkenden ou 07Ghost et cette croix était en faite le symbole officiel, ou alors Sheryl avait le culot de se promener tout les dimanches (où Tricia se sentaient bien) dans une église régit par l'ordre Noir ? Envoyant un regard furtif à mon voisin Noah, je me dis qu'il en était clairement capable…

Enfin, la messe commença, et s'ensuivit pendant une heure une alternance de phases assis/debout et chant/écoute. Finalement, ce n'était pas si ennuyant que je le pensais. Ho, c'est vrai que j'aurais clairement préféré faire autre chose, mais c'était agréable de chanter après près d'un mois d'abstinence. Même si c'était du yaourt. Ben oui, je ne connaissais pas du tout les paroles et je n'avais pas de livres de chants comme certains, alors j'imitais globalement les sons et me rattrapait en chantant avec force les « Alléluias » et « Amen » au sommet de mes poumons. Mais même si mon imitation leurrait la plupart des gens, j'étais très consciente du sourire tremblotant de Sheryl à mes côtés. Et ce n'était pas juste mon imagination comme j'essayais vainement de me le faire croire, car au bout d'environ une demi-heure, il emprunta le livre de Tricia avec un murmure et me le tendit, toujours son stupide sourire aux lèvres.

Encore une fois, je ne savais pas si je devais être vexé ou soulagé.

Choisissant la positivité, je le remercie avec un chuchotement avant d'enfoncer mon visage dans les vieilles pages. Et puis, le moment tant redouté de l'eucharistie arriva. Ce moment où les fidèles doivent manger le corps du Christ… ce qui était… un peu morbide ? Dans les quelques mariages où j'étais allé, le prêtre demandait à ceux qui le voulait de venir prendre l'hostie car il savait bien que le nombre de chrétiens n'était plus aussi unanime qu'avant, surtout en France. Cependant, nous étions maintenant dans cet « avant » et j'étais vraiment paniqué sur ce que je devais faire. D'une part, me découvrir dans l'église ou écouter silencieusement le prêche c'était juste du respect envers une religion qui n'était pas la mienne. J'en aurais fait de même si j'avais été dans une mosquée ou dans un temple. D'autre part, participer à l'hostie, c'était plus de l'irrespect pour moi, car je n'étais pas pratiquante et que c'était le symbole de la foi pour les chrétiens. Cependant, vu comme tout le monde au dessus de dix ans se levaient, je n'avais pas vraiment l'impression d'avoir le choix de rester assise. Mais prendre l'hostie et de le jeter me paraissait encore pire...

« Eve, tout va bien ? » me demanda Tricia, debout à côté de moi, lorsque je ne bougeais pas. J'allais me lever pour la rassurer, mais Sheryl parla avant que je ne puisse esquisser le moindre geste.

« Je pense que Miss Campbell ne se sent pas bien, je vais rester avec elle pendant que vous allez chercher l'hostie. » dit-il à Tricia d'une voix qui ne souffrait pas de contradiction malgré sa douceur. Elle sembla encore plus inquiète mais acquiesça et passa devant nous pour aller faire la queue avec un dernier regard en arrière. Seule avec Sheryl, je me dit mal à l'aise que je n'aurais pas dû réfléchir autant et faire semblant d'aller le chercher en me mêlant à la foule.

« C'est drôle de penser qu'avec un prénom comme Eve, vous ne soyez pas chrétienne. » Dit Sheryl, coupant ainsi le silence pesant.

« Hum oui, merci de m'avoir excusé auprès de Tricia. » Je répondis à côté de la plaque. Sérieusement, mais qu'est ce qu'il m'a pris de choisir ce nom ? Moi et mes private joke à la noix… évidemment que ça allait me jouer des tours.

« Je savais que la laïcité avait pris beaucoup d'ampleur ces derniers temps en France, mais de là à ce que vous n'ayez aucune éducation religieuse… Ou peut-être que vous supportez une autre religion ? » dit-il nonchalamment comme si la réponse lui importait peu. Mais si c'était vraiment le cas, alors il ne poserait pas la question et c'est ce soudain afflux d'intérêt qui me mit sur mes gardes.

« He bien, j'ai été élevé dans l'esprit laïc… » Coucou écoles publiques du XXIème siècle. « Mais je pense que je suis plutôt déiste. Je crois qu'il y a quelque chose, mais je ne peux vraiment pas dire quoi. » je lui répondit mal à l'aise. Sheryl avait l'art de me faire me sentir mal avec un regard...

« Alors pourquoi un nom comme Eve ? » demanda il véritablement curieux.

Alors là… « Parce que ça sonnait bien ? »

Et hop retour du regard surpris puis du sourire amusé. Est-ce que c'était les seules émotions que je provoquais chez lui ? Enfin bon, tant que ce n'était pas des envies de meurtres, je devais m'estimer heureuse.

« Vous savez, j'ai une fille, Road. Elle est un peu plus jeune que vous, mais je pense que vous pourriez très bien vous entendre. » Dit-il après quelques minutes de silence.

Je plissai les yeux en réponse. Mais pourquoi est-ce qu'il évoquait ça maintenant ? « Vraiment ? Je ne l'ai jamais vue, elle est en pensionnat ? » Je demandais attentivement.

« Non, elle est chez un ami à nous, le Duc Campbell avec mon frère. » Dit-il en scrutant ma réaction.

Le Duc Campbell ? il parlait du Comte non ? Mais attends, dans le manga tout le monde l'appelait le Comte et ils n'ont jamais dit qu'il s'appelait Campbell ! J'ai juste pris le nom parce que c'était le nom de Mana mais… Ho mince, Mana serait donc bien le Comte ? Non, là ça part dans tous les sens, je n'ai aucune information qui le prouverait ! Mais sérieusement, qu'est ce qui m'a pris d'aller dans le passé lorsque le manga avait enfin recommencé ?! Ho non, Sheryl ne me quittait pas du regard, il attendait une réaction? Peut être par rapport au nom vu que j'avais pris le même… Qu'est-ce que je devais faire ? Bon, quand on ne sait pas quoi choisir entre la gauche et la droite, on prend le milieu donc…

« Ho, vous avez un frère ? » Je demandais le plus innocemment possible.

«...Oui, un petit frère de huit ans mon cadet. » Dit-il en plissant les yeux.

« Oh, vous parlez de Tyki ? Je suis sûr que vous vous entendrez très bien avec lui, Eve. » dit Tricia derrière moi. Elle était revenue sans que ni Sheryl ni moi ne l'ayons remarqué. Je me levai pour lui permettre de passer et elle reprit sa place aux côtés de Sheryl.

« Vous vous sentez mieux ? »

« Oui, mais je pense que...le vent… hum... L'air frais me ferait du bien. » je lui répondis en souriant, trébuchant sur l'anglais. Heureusement, c'est une phrase que Tricia avait souvent utilisé.

« C'est presque fini, nous n'aurons qu'à aller nous promener dans le parc après la cérémonie, qu'en pensez vous ? Ce serait merveilleux, mon cœur ! » dit Tricia en regardant son mari.

Sheryl sembla hésiter quelques instants avant de lui demander si elle était sûre de se sentir assez bien et devant son obstination, fléchis et accepta à ma grande surprise. Il avait vraiment l'air de l'aimer. Pourtant dans le manga…

Non ! J'ai dit que je me ferais ma propre opinion !

Pris dans mon dilemme moral, la messe se finit ensuite sans autre heurt et je suivis Tricia et Sheryl à l'extérieur. Cependant, alors que nous descendions les marches menant à l'Eglise, mes employeurs furent abordés par un couple impeccablement habillé. L'homme tenant la main d'un garçon qui ne semblait pas avoir plus de deux ans et la femme semblait enceint.

« Marquis Kamelott! !» Cria presque la femme en s'approchant de nous. Elle me sembla de suite antipathique, mon impression étant renforcée par le raidissement de Sheryl et le sourire figé de Tricia.

« Monsieur et madame Drebber » Commença Sheryl avec une voix sucrée et un sourire charmeur qui me surprirent. Je ne l'avais encore jamais vu faire une expression aussi fausse auparavant.

« Nous ne vous avions pas vu depuis la naissance du jeune Maxime il me semble, comment allez vous ? »

En entendant Sheryl, Madame Drebber délaissa totalement Tricia, s'approchant de lui avec un air de hyène affamée collé au visage.

« Très bien merci. Comme vous le voyez, j'attends mon second enfant, sûrement un autre fils ! » dit-elle pleine de fierté en jetant un coup d'œil à Tricia qui aurait pu passer comme discret si nous nous étions tous aveugle. Tricia sembla alors encore plus mal à l'aise et baissa les yeux au sol de gêne. Ok, il devait sûrement y avoir une histoire de jalousie mal placée là-dessous. Sheryl regarda rapidement sa femme se décomposer avant de me jeter un coup d'œil appuyé qui aurait pu, ou non, me demander d'intervenir.

Ne sachant vraiment pas quoi faire pour rabattre le caquet à la mégère, je levais les sourcils dans sa direction et il ferma les yeux comme s'il réfléchissait quelques secondes avant de les rouvrir et de placer sa main dans le bas de mon dos puis de me pousser quelque peu à l'avant. Oh non, non, non… cela ne faisait même pas deux semaines que j'étais arrivé dans ce monde, je n'avais absolument aucune idée de comment naviguer dans ce cercle social ! Et si je disais quelque chose qu'il ne fallait pas ?! Sheryl allait me tuer… Mais prête ou pas, il ne me laissait pas le choix, j'étais déjà à ses côtés et le couple tournait leur regard vers moi. Me remémorant tout ce que mes plus de dix ans de théâtre avaient réussi à m'apprendre, je collais un jolie sourire incroyablement faux sur mes lèvres, me préparant à improviser. Mais avant que je puisse faire quoi que ce soit, mon dos se redressa de lui même, mon sourire devint plus serré et mes épaules se détendirent dans une pose que je voyais régulièrement Tricia prendre. Qu'est-ce que… est-ce que… est-ce que Sheryl était en train d'utiliser son pouvoir sur moi ?! La panique commençant à monter en moi j'essayais de bouger mes doigts alors même que mon visage restait impossiblement détendu. A mon grand soulagement, je pouvais toujours serrer le poing, ou bouger d'un pied sur l'autre et des petits mouvements étaient même possibles sur mon visage mais c'est comme si les ordres de mon cerveau mettaient des heures à arriver à mes membres et perdaient de leur force en chemin. Mais aussitôt que je l'avais remarqué, la sensation disparut et ce fût un miracle que je ne perdais pas la position dans laquelle m'avait forcé Sheryl. Enfin, je croyais que c'était Sheryl… ça avait été si bref que peut-être, je ne sais pas… je l'avais simplement rêvé ?

« Les félicitations sont de mises ! Ho, Monsieur Drebber, Madame Drebber, vous ne connaissez sûrement pas Lady Campbell, la fille d'un de nos très bons amis. » Dit Sheryl en appuyant avec force sur le Monsieur et Madame. Leur manque de noblesse devait très certainement être une affaire douloureuse alors, bon à savoir. Sheryl sera mon bras, me forçant à choisir entre une révérence peut-être bâclée où à tendre ma main comme j'avais vu faire Tricia à plusieurs reprises avec leurs invités. Choisissant la dernière option, je me redressais, gagnant quelques bons centimètres et pris l'air aussi supérieure que je pouvais réaliser sans tomber dans la parodie. Je tendis ma main en direction de Monsieur Drebber, snobant sans la moindre gêne Madame Drebber qui plissa aussitôt les lèvres.

Celui-ci s'empressa de me faire un baise main tout en complimentant ma beauté. "Enchantée" Je répondis mais il était évident à mon ton que je n'en pensais rien. Un froid s'installa sur le groupe et j'aurais pu entendre les corbeaux croasser. Je ne savais pas quoi faire d'autres mais Tricia fixait toujours le sol et la main de Sheryl ne quittait pas mon dos. Le silence s'étira, encore et encore et il fallait toute ma maîtrise de soi pour ne pas me balancer d'un pied sur l'autre. N'y tenant plus, je me tournais vers Sheryl en espérant ne pas empirer les choses.

« Sheryl, ne devrions nous pas nous dépêcher ? Nous allons être en retard. » Je me plaignais, infiniment heureuse de ne pas avoir trébuché sur les mots même si mon accent français devait être évident. Oh Merlin, c'était la première fois que j'appelais Sheryl par son prénom hors de ma tête… Espérons que mon audace ne me fasse pas renvoyer...

Mais je n'avais aucune raison de m'inquiéter, car Sheryl enchaîna tout de suite sur le même ton que moi, en faisant grand cas de regarder sa montre à gousset de la main droite, son autre bras tenant celui de Tricia qui nous regardaient à présent d'un air surpris.

« Regardez l'heure ! Vous avez tout à fait raison Eve, nous ne voudrions pas faire attendre le Duc. Monsieur et Madame Drebber, bonne journée. » Dit il d'un ton froid avant de se tourner vers le Fiacre qui nous attendait en bas des marches et de nous aider à monter dedans.

Dès qu'il eut fermé la porte, le cocher démarra et je me détendis, mon dos redevenant courbe plutôt que tendu comme un piquet. Par la fenêtre du Fiacre, je pu voir que madame Drebber avait l'air particulièrement de mauvaise humeur et regardait notre fiacre avec colère.

« Merci beaucoup pour votre aide Miss Campbell, Madame Drebber est généralement une femme… persistante. » Dit Sheryl.

« Hum, bien sûr... » Je répondis vaguement, ne croyant toujours pas à ce que je venais de faire, avant de me reconcentrer sur Tricia qui semblait toujours un peu mal à l'aise. « Est-ce que vous allez bien ? »

« Oui, je suis juste un peu fatigué c'est tout. » Dit-elle toujours un peu pâle.

« Ce n'est pas grave, nous irons nous promener une autre fois. » Je la rassurais mais elle se mordit la lèvre, se tournant vers Sheryl qui sembla comprendre aussitôt le problème.

«Ne t'inquiètes pas très chère. Je vais appeler pour annuler les billets de ce soir, nous irons le week-end prochain.» Assura-t-il d'une voix douce. «Ta santé est plus importante.» Insista-t-il lorsqu'il vit que Tricia était sur le point d'ouvrir les lèvres. La marquise se tut d'un air coupable et le reste du voyage se fit dans un silence sombre, Tricia n'ayant clairement pas la tête à parler et Sheryl ayant à nouveau sorti de la paperasse pour continuer à travailler. Une éternité plus tard, le Fiacre ralentit dans l'allée menant au manoir et quelques minutes plus tard, nous mangions avec Tricia dans le petit salon, Sheryl nous ayant laissé quelques instants plus tôt.

« Madame Drebber était l'une des prétendantes de Sheryl. » Dit tout à coup Tricia. « Sa famille n'avait pas beaucoup d'argent mais elle était noble alors elle espérait trouver un bon parti. Cependant, elle ne pouvait léguer son titre de noblesse contrairement à moi qui suis fille unique alors j'ai épousé Sheryl à sa place. » Elle prit alors une grande inspiration fragile alors que je la regardais sans trop savoir quoi dire. « Je me suis mariée il y a deux ans, et je suis tombée enceinte quelques mois après, tu portes l'une des robes que Sheryl m'a offertes lorsqu'il a appris la nouvelle. Mais j'ai toujours eu une santé fragile, et il y a eu des complications et j'ai… perdu le bébé. » fini elle d'une voix cassée. « Le médecin a dit que je ne pourrais plus jamais avoir d'enfants, Eve. » sanglota-t-elle « Et un homme comme Sheryl à besoin d'un héritier… J'ai déjà eu beaucoup de chance de me marier avec un gentleman comme lui, mais je ne peux même pas accomplir mon rôle... »

« Mais vous avez une fille, Road. » je murmurai en la prenant dans mes bras, ne sachant pas trop quoi dire pour lui remonter le moral. Je n'avais jamais été trop bonne pour réconforter les gens...

« Nous l'avons adoptée. C'est une enfant si douce… mais les enfants adoptés ne peuvent hériter du titre...» Répondit-elle. « Sheryl a été si gentil. Il aurait pu me rejeter et se marier à quelqu'un d'autre, mais il m'a gardé auprès de lui et je me sens si coupable… » Chuchota-t-elle, son visage humide reposant dans le creux de mon cou.

Je me tu.

Je ne savais vraiment pas quoi dire pour arranger les choses. Pour moi, elle était beaucoup plus à plaindre que Sheryl et personnellement, je savais que je serais totalement dévastée si je perdais mon enfant. Mais les mœurs étaient très différentes et la femme n'avait encore pas vraiment d'autre rôle que celui de « mère » dans ce XIXeme siècle. Alors je me contentais de la tenir dans mes bras en me demandant quel genre d'avenir je pouvais bien espérer ici, avec cette société fermement opposée à tout ce en quoi je croyais…


Le thème de la religion est vraiment difficile à traiter, surtout par les temps qui courent :( (Edit2021: chapitre posté pas loin des attentats) Je ne pouvais cependant pas objectivement passer outre, alors j'ai fait de mon mieux pour retransmettre mes idées, en espérant que je n'ai pas causé de problème... Comme je l'ai dit, je n'ai pas vraiment eu d'éducation religieuse, je m'excuse donc si j'ai offensé quelqu'un de quelque façon que ce soit par mon ignorance, ce n'était pas mon intention. J'espère tout de même que vous avez apprécié :) j'ai essayé de rendre ça un peu gai, mais il faut bien qu'Eve retombe sur terre... les perspectives d'avenir ne sont pas très bonne (Edit2021: HUM HUM)

Pensez aux reviews et rendez-vous le cinq du mois prochain !