Histoire: Une Touche de Couleur dans le Gris
Livre 1 : Nuancer le noir.
Date: 5 Mars 2017, corrigé en avril 2021
Beta: Elda et Kira
Fandom: D Gray Man
Avertissement: Non, je ne possède pas D Gray Man et je ne fais aucun profit avec cette histoire.
Résumé: Après avoir atterrit au XIXème siècle, Estelle se rend rapidement compte qu'elle s'est fait engager par la famille Kaamelott, fondamentalement, les méchants de DGM. Prenant le nom d'Eve, elle devient alors la dame de compagnie de Tricia Kamelott. Maintenant que sa vie est un peu moins chaotique, Eve réfléchit à son arrivée dans ce monde et prend la décision de se faire son propre avis sur les personag... personnes du manoir malgré sa connaissance du manga. Elle prend cependant vite conscience de la différence sociale des femmes à cette époque et commence à avoir peur pour son avenir surtout lorsque débarque Road et sa manie de tout transformer en quelque chose d'extrêmement flippant.
Triger du chapitre: Mention d'enfants maltraités et vertiges. Possiblement tentative de meurtre aussi, mais c'est à débattre...
Est-ce que ce serait... de l'action ?! Mais oui, je crois bien !
Pour trois paragraphe tout du moins...
Bonne Lecture!
Chapitre 6 : La honte ne tue pas (généralement...)
Mardi 3 février 1885
« Je m'inquiète pour eux. » Soupira Tricia en posant sa tasse de thé avec un petit clic audible. Je compris tout de suite à qui elle faisait allusion. Nul besoin de préciser qui étaient « eux », après tout, ils étaient l'unique sujet de conversation du manoir depuis trois jours.
« Laisse leur un peu de temps Tricia. » Je lui dis calmement avant d'avaler, le plus gracieusement possible, une gorgée de thé. La tasse fit un bruit horrible lorsque je la reposais sur sa soucoupe et je me retenais de grimacer. Tricia essayait de m'apprendre l'étiquette de la bonne société et c'était… un travail en cours, on va dire. Oh, je n'étais certainement pas un cas désespéré, et je ne revenais pas de si loin par rapport à un plébéien de l'époque donc ce n'était pas non plus un remake de "My Fair Lady" avec entraînement intensif et tout… Mais il y avait parfois des règles qui me paraissaient si insensées et en contradiction avec mon époque que j'avais du mal à les appliquer. Heureusement, Tricia était trop occupée pour me lancer son regard désapprobateur habituel lorsque j'oubliais d'appliquer une règle d'étiquette que j'avais déjà maîtrisée.
« Je sais bien… Mais ils ne sont pas sortis depuis que je les ai installés dans leur chambre… Ils ne touchent pas la nourriture que nous leur apportons… Ils avalent seulement un peu d'eau… je ne sais pas quoi faire. » Dit-elle, un air peiné sur le visage. Elle éclata tout à coup dans une crise de toux et je me dépêchais de poser ma tasse pour me précipiter à ses côtés et essayer de la calmer.
« Tu devrais aller te reposer Tricia, tu es toute pâle. » je lui dit lorsque sa crise fut terminée. Elle acquiesça de mauvaise grâce, et je l'aidais à revenir à se chambre pour qu'elle puisse dormir un peu.
Cela faisait deux jours que l'état de santé de Tricia dégringolait à toute allure et je commençais sérieusement à m'inquiéter. Ho, j'avais bien compris que sa santé dépendait de son humeur et que son inquiétude pour nos deux nouveaux résidents était la cause de sa fatigue… mais je ne savais pas quoi en faire non plus. Je ne les avais aperçu que pendant de brèves minutes, mais les jumeaux ressemblaient à des animaux sauvages pris au piège. Sheryl avait mentionné les rues... Ils devaient être très méfiants, peut-être croyaient-ils que la nourriture était empoisonnée ? Mais les Noahs n'avaient-ils pas tous une sorte de mémoire commune où, je ne sais pas, ils se comprenaient les uns les autres aussitôt ? Skin et Wisely avaient eu l'air de faire aussitôt confiance aux autres Noahs en se réveillant mais c'est vrai que Wisely était un cas particulier et qu'on ne savait pas trop ce qu'il s'était passé pour Skin avant et après...
Les sourcils froncés, je me dirigeai aux cuisines pour me procurer quelque chose à manger. C'était ma seule idée et même si ce n'était pas le problème, de la nourriture pour des enfants affamés, c'était toujours une bonne idée, non ? Voyons, pour deux enfants sous-alimentés qui n'ont pas mangé depuis trois jours, si ce n'est plus, il faudrait mieux de la soupe… Dévalant les marches, j'arrivais dans la cuisine. Heureusement, à cette heure-ci, il n'y avait pas grand monde, seulement le personnel de cuisine en train de ranger après le déjeuner. Les autres employés étaient occupés à nettoyer le manoir mais ce serait une autre histoire lorsqu'il sera l'heure du dîner. A ce moment-là, tout le monde aidait, que ce soit les serviteurs personnels de maître de maison, les femme de chambre et les valets de pieds qui s'occupaient du service à table aux bonnes et hommes à tout faire qui aidaient à laver les couverts ou éplucher les légumes.
« Eve ! Qu'est-ce que tu fais-là si tôt ? C'est la jeune maîtresse qui veut encore des gâteaux ? Elle va se ruiner l'appétit, et moi qui préparait sa tarte préférée pour ce soir... » Se lamenta Berthe, la cuisinière en Cheffe lorsqu'elle me vit entrer.
« Et je suis sûr qu'elle en sera très heureuse » Je lui souris avant de saluer Christine et Shermann, les deux autres cuisiniers. « Mais non, pas cette fois. En fait je me demandais s'il restait de la soupe de ce midi ? Je voulais essayer d'en apporter à nos deux petits invités.»
« Oui, demande à la petiote mais Eliott a déjà essayé de leur apporter un plateau ce midi et ils n'y ont pas touché comme d'habitude… Enfin, tu auras peut-être plus de chance avec ton sourire d'ange !" Répondit Berthe avant de reprendre son rouleau. La remerciant, je passais la tête dans la petite pièce attenante où se trouvait généralement la fille de cuisine. Louise était bien là, accroupie sur le sol, à gratter un chaudron aux doux arômes de cramé. Ses yeux s'illuminant quand elle me vit, elle prit bien volontier la pause que je lui offrais et alla me transvaser un peu de bouillon dans un bocal de terre avant de rabattre un couvercle sur le dessus.
« Tu as de la chance qu'Auguste ne soit pas là, il en aurait fait toute une affaire, même si c'est pour les invités. » dit-elle en me tendant le pot, deux bols et des cuillères. C'était de simple couvert en fer, ceux avec lesquels mangeaient les employés, pas ceux en argent pour les maîtres de maison. Mais c'était normal, seuls Ernest Impleton et Eudora Landless, les deux intendants, disposaient des clefs et Eudora comptait scrupuleusement chaque article après le repas pour être sûr que personne n'en avait volé.
« Oui, heureusement. Je ne comprends pas comment quelqu'un peut être aussi... sévère comme ça tout le temps. » Je marmonnais en butant sur un qualificatif poli à employer pour le valet de chambre de Sheryl. Pour une fois, ce n'était pas mon mauvais anglais qui m'avait fait bégayer… Même si c'était pour les maîtres de la maison, mieux valait ne pas se faire prendre à piquer de la nourriture par Auguste ou même Alphonse. Ces majordomes étaient terrifiants et je les soupçonnais très fortement d'être des akumas. Remerciant Louise et lui promettant de faire une partie de carte avec elle ce soir, je me rendais à l'étage, dans les quartiers de la famille. Hésitant une seconde, je toquais à la porte de la chambre des jumeaux, le bocal et les couverts dans l'autre main. Ne recevant aucune réponse, je toquais une seconde fois puis une troisième et je m'apprêtais à toquer une quatrième fois lorsqu'un violent « La ferme ! » retentit de derrière la porte. Clignant des yeux, je répondis poliment que Tricia s'inquiétait pour eux et que je leur apportais donc de la soupe. La voix me répondit, décidément pas aussi poliment, que je pouvais me la carrer dans le cul et de dégager d'ici.
Bon. Sans surprise, la façon polie n'avait pas marché.
Malheureusement pour eux, j'étais une fille du XIXème siècle et je n'avais pas passez encore assez de temps à cette époque pour apprendre la bonne conduite d'une Lady au grand désespoir de Tricia. Je n'avais donc aucune honte à passer au plan B : L'Effraction
Les yeux remplis de détermination, je posais la main sur la poignée… avant d'appuyer un grand coup. La porte ne bougea pas. "Dégaaaaaage !" Hurla Devit de l'autre côté du panneau et je gémissais péniblement avant de reprendre contenance. Bon. On dirait bien qu'Il ne restait plus que le Plan C: L'Effraction Bis.
« Eve ? Qu'est-ce qu'il y a ? » Me demanda Road curieusement en me voyant sur le pas de sa porte quelques secondes plus tard.
« Bonjour Road, je me demandais si je pouvais aller... zut, le mot... » Je marmonnais en tapotant le bocal de soupe. « Ah oui ! Si je pouvais utiliser ton balcon. » Clignant des yeux, un air de confusion plaqué sur le visage, Road ouvrit un peu plus grand la porte pour me laisser entrer.
« Tu sais qu'on est en Février, non ? Le balcon est encore gelé… » dit-elle en me regardant douteusement du regard. « Pourquoi veux-tu y aller ? » Suivant son regard, je gémis en voyant le verglas sur la rambarde de pierre. Jetant un coup d'œil au petit espace entre les deux balcons, je gémis de plus belle.
« Et merde… je ne peux pas escalader le balcon comme ça, je vais glisser, tomber, me rompre le cou, mourir… » je marmonnais avant de soupirer et de délasser ma jupe rapidement. La faisant glisser le long de mes jambes, je pensais mollement que même si je ne tombais pas il y avait de bonne chance que je meurs de froid. Frissonnant, je fis glisser mon regard vers Road, qui me regardait avec une expression convenablement choquée.
« Quoi ? » marmonnais-je mal à l'aise en me tortillant sous son regard. Ho c'est vrai, je ne lui avait pas dit ce que je voulais faire sur le balcon, ça devait avoir l'air étrange.
« Ça ne te dérange pas… ? » me demanda-t-elle encore un peu déboussolé, son regard faisant l'aller-retour entre mes jambes nu et la jupe abandonnée sur le sol.
« Ben non. » je lâchais en fronçant les sourcils d'incompréhension. Quel était le problè… Merde, Eve, pudeur du XIXeme siècle, bien sûr ! « Oh, je n'avais pas pensé que…! Excuse-moi, c'est juste que je veux aller sur le balcon d'à côté et ça serait vraiment difficile en robe.» Je m'excusais les joues rouges mais heureusement Road avait simplement l'air curieuse maintenant et elle me demanda pourquoi je voulais aller sur le balcon des jumeaux. Lui expliquant toute l'histoire avec Tricia et la soupe, j'enlevais mes chaussures dont le petit talon allait forcément me faire trébucher et reprenais le pot de soupe et les trois cuillères avant de m'introduire sur le balcon.
« Si je meurs, donne mes maigres possessions à un orphelinat s'il te plait Road. » Je blaguais nerveusement. Pas certaines que trois vieilles robes et quelques livres les aident beaucoup, mais enfin, c'était toujours ça de pris…
« D'accord ! » Gazouilla-t-elle, beaucoup trop joyeuse à ma possible mort très stupide à venir.
Prenant une grande inspiration, je calais les cuillères dans ma poche et donnais le pot de soupe et les bols à Road avant de monter sur la rambarde glacée. L'espace en lui-même n'était pas si grand, mais j'avais le malheur d'avoir le vertige. Certes, beaucoup moins fort que celui de mon père, mais toujours assez présent pour me faire trembler en voyant le petit mètre de vide par-dessus lequel je devais sauter.
« Je ne peux pas faire ça.» je chuchotais, les mains accrochées à l'encadrement de la porte.
« Mais siiiii » me répondit Road, beaucoup trop proche pour mon confort. Elle avait posé le pot sur le sol à ses pieds, et me regardait maintenant avec un sourire curieux, sa tête reposant sur ses bras. Avalant difficilement, j'essayais de me concentrer sur l'objectif à atteindre, c'est-à-dire, l'autre rambarde gelée et remplit de neige toute fraîche. Je grommelais presque à cela. Il faisait déjà très froid sur le balcon de Road mais il n'y avait pas de neige, le feu de cheminée constant dans la chambre l'ayant fait fondre avant même qu'elle ne s'installe. Le balcon des jumeaux, cependant, croulait sous une neige blanche et pure.
« Je pense que ce n'est pas une bonne idée finalement… Les garçons sortiront bien lorsqu'ils auront faim, non ? » Je répondis faiblement en reculant tout doucement, prête à passer ma jambe au-dessus de la rambarde et revenir dans la douce chaleur de la chambre de Road.
« J'ai peur que la santé de mère ne soit pas aussi solide que leur détermination. » Fit remarquer Road et je gémit en réponse. C'était mal de sortir la carte Tricia ! Comment se débiner après avoir dit ça… ce n'était qu'un petit mètre, je leur donnais la soupe et je partais. Simple, facile. Ahah… « Alors, tu y vas ? » demanda Road, perdant patience.
« Oui, oui… laisse moi juste quelques instaHaHaAHAHA ! » criais-je en sentant le sol se dérober sous mes pieds. Agitant mes mains dans tous les sens, j'attrapai je ne sais trop comment la rambarde d'en face et réussi à l'enserrer de mes bras.
« ROAD ! » je criais, les larmes perlant sous mes cils. Les jambes dans le vide, les bras crispés autour de la rambarde, je tremblais de tous mes membres et ce n'était pas à cause du froid.
Road m'avait poussé.
Dans le vide.
C'était une tentative de meurtre, merde !
« Qu'est ce que tu fais ? Hisse-toi sur le balcon ! » Dit elle, la voix plus confuse qu'inquiète de quelque part derrière moi.
« Je ne peux pas ! » je sanglotais terrifié.
La pire idée de ma vie.
Merde sérieux, qu'est ce qui m'avait pris de vouloir aider les jumeaux ou Tricia? Ils allaient très bien dans la suite du manga ! Ils n'avaient pas besoin de moi ! Et puis passer par le balcon ? Alors que j'ai le vertige ? Sérieusement Eve ? Mais qu'est ce qui m'était passé par la tête, merde !
« Comment ça tu ne peux pas ? » Demanda tout à coup Road, sa voix un peu plus aiguë que la normale.
« J'ai pas assez de… merde, c'est quoi le... force ! Dans mes bras ! » J'arrivais à dire, les yeux fermés pour ne pas voir le vide en dessous. Je n'avais jamais eu d'abdos moi ! C'est pas comme dans les films, c'est super dur de se hisser par-dessus un obstacle à la seule force de ses bras ! Et voilà, je commence à délirer… le stresse, le stresse… Focus Eve !
« Mais si ! Vas-y, tire Eve ! » Dit Road encourageante. Pourquoi d'ailleurs ? Elle ne voulait pas tuer tous les humains ? Je sais qu'on s'était bien amusées et tout pendant ces dernières semaines mais c'est quand même ELLE qui m'avait poussé ! Elle était bipolaire cette fille, ce n'est pas possible !
Ah.
Oui c'est vrai.
Noah.
Essayant tant bien que mal de faire comme dit, je desserrais la prise de ma main droite pour la passer par le dessus de la rambarde et postais mes pieds nus sur le bas du balcon. A mis parcourt cependant, mon pied gauche glissa à cause de la neige et je perdis l'adhérence sur la pierre avec un gémissement douloureux.
« Eve ! » Cria Road derrière moi d'une voix surprise. « Ça va, ne panique pas, même si tu tombes, ce n'est pas si haut. »
Jetant un coup d'œil en bas, je fermais aussitôt les yeux. Ça n'aidait pas du tout ! C'était bien assez haut ! Avec la neige, peut être que je ne mourrai pas si je tombais au sol mais Ho, Merlin, j'entendais d'ici mes os craqué et je ne voulais vraiment, vraiment pas expliquer à ou Sheryl pourquoi est-ce que j'étais écartelé en sous-vêtement sous le balcon de sa fille. Laissant échapper un petit cri terrifié, je remis tant bien que mal mon pied sur la corniche et je réussis à reprendre contact avec la pierre gelée. A ce moment-là, il se passa tout à coup quelque chose de bizarre. Je ne sais pas si c'est l'adrénaline qui me fit faire des miracles ou si Road avait fait quelque chose avec son pouvoir du rêve, mais j'eu soudainemant la force de me hisser par-dessus la rambarde et de tomber dans la neige froide qui nappait le balcon des jumeaux.
« Plus jamais. » Haletante, je me remis debout, tremblante et ne sentant déjà plus mes orteils. « Ne refais jamais ça. » je dis calmement à Road qui arborait un regard illisible.
Elle souffla de gêne et attrapa le pot à ses pieds, évitant mon regard. « Promis. Je… Je suis désolée. » Murmura-t-elle en se mettant sur la pointe des pieds, pour me le tendre par-dessus le gouffre sans croiser mon regard. J'attrapais le pot sans un mot, la scrutant des yeux. Elle semblait tout à fait sincère. Elle ressemblait à une enfant qui avait fait une bêtise et qui regrettait vraiment de l'avoir faite.
Ça ne cadrait pas vraiment avec la Noah sadique de mes souvenirs de lectrice.
Mais ça allait tout à fait avec l'image de la petite fille que je m'étais faite ces dernières semaines.
« Retourne à l'intérieur, tu vas attraper froid. » je lui murmurais, mes yeux s'adoucissant en la regardant jouer avec ses doigts nerveusement. Elle laissa échapper un petit rire à cela et me dit de ne pas trop tarder non plus avant de se glisser dans sa chambre. Prenant mon courage à deux mains et mon pot de soupe aussi, je m'approchais de la porte fenêtre pour l'ouvrir. Comme je l'espérais elle était bien déverrouillée..., et Merlin, qu'aurais-je fait si elle avait été fermée ?! Ce n'était vraiment pas mon truc la stratégie...
Soupirant de soulagement, j'enfonçais avec délice mes pieds dans le tapis moelleux de la chambre des jumeaux. Je ne pouvais pas voir grand-chose d'où j'étais, la chambre étant dans la pénombre, mais en réponse à mon soupir, je pu observer une masse sombre remuer près d'un coin. Tout à coup, la masse bougea très vite, des bruits de pas accompagnant le mouvement et avant même que je ne puisse cligner des yeux, un enfant se trouvait devant moi avec un gros morceau de miroir saillant dans les mains en guise d'arme.
« Qu'est ce que tu fais là ? » grogna-t-il en se recroquevillant sur lui-même, ses gencives apparentes dans une parodie d'un animal sauvage.
« Devit ? » je demandais, en essayant de garder ma voix aussi stable que possible. Il acquiesça soupçonneusement et j'apportais, sans mouvement brusque, le pot de soupe bien en vue.
« Je suis une employée du manoir. Tricia m'a dit que ça fait trois jours que vous n'avez pas mangé et que vous refusez d'ouvrir la porte, alors je vous ai apporté de la soupe. » je lui dis maladroitement lorsqu'il laissa glisser son regard sur moi avec un air incrédule. En même temps, ça pouvait se comprendre… Pas besoin de me regarder dans un miroir, je savais déjà à quoi je ressemblais. Une pauvre fille échevelée, mouillée et jambes nu, sans chaussures ni manteaux … vraiment, je devais plus avoir l'air d'une clocharde trempée qu'à un domestique d'une maison noble.
« T'es la fille de t'alheure ? J'tavais dit de dégager ! Qui t'dit que j'vais manger ta bouffe ? » dit-il sans véritable hargne. Ses yeux oscillaient entre la soupe et mon visage, comme s'il hésitait simplement à prendre la soupe et me pousser par la porte fenêtre encore ouverte.
« De quoi as-tu peur ? » je lui demandais. Il ouvrit sa bouche, sûrement pour rétorquer qu'il n'avait pas peur, mais je le coupai avant qu'il ne puisse laisser échapper un mot. « Je peux goûter la soupe devant vous si vous voulez. Comme ça vous verrez qu'elle n'est pas empoisonnée. Ou si vous ne voulez simplement pas voir d'autres personnes pour l'instant, mangez au moins quelque chose. Vous pouvez même cacher la nourriture sans la manger, je m'en fiche, mais faites quelque chose. Tricia s'inquiète pour vous et son état de santé s'aggrave. » je finis aussi fermement que je le pouvais malgré mes dents tremblantes à cause du froid.
Il m'observa encore quelques secondes avant de jeter un coup d'œil rapide à la masse sombre toujours dans le coin de la pièce puis de me refixer du regard. Il croisa ensuite les bras, son morceau de miroir reposant sur son coude et me regarda d'un air expectatif. Comme je ne réagissais pas, il finit par faire des allers-retours du regard entre le pot de soupe et moi.
« Ho ! tu veux que je la goutte ? euh, ouais attends deux secondes… » je marmonnais en m'accroupissant pour ouvrir le pot et attraper une des cuillères. Je plongeais l'ustensile dans la soupe encore fumante et je l'enfournais dans ma bouche. Vraiment délicieuse, je pensais en avalant, mais pas aussi bonne que celle de ma grand-mère… Quelque peu démoralisé, il me fallut quelques secondes pour remarquer le regard fixe de Devit toujours sur moi. Et là, je ne sais pas ce qu'il me prit. Ne pouvant m'en empêcher, je fis tomber ma cuillère et je me mis tout à coup à agripper mon cou en toussant.
« Ca… ça va ? » demanda tout à coup Devit en s'accroupissant à côté de moi. « De l'eau, il faut de l'eau ! » dit-il paniqué, en commençant à regarder frénétiquement autour de lui.
« Ici ! » dit une nouvelle voix en tendant une jolie cruche ouvragée pleine d'eau dans mon champ de vision.
Devit l'attrapa avant de tout a coup avoir l'air encore plus terrifié qu'avant. « Il n'y a pas de verre, Jasdero ! » Les deux garçons se regardèrent, leurs yeux écarquillés et ce fut trop pour moi, j'éclatais de rire. « Ahaha ! Je suis désolé, ahaha ! » je dis en me prenant le ventre, hilare.
« Quoi ? » laissa échapper Jasdero complètement perdu, tandis que Devit me regardait bouche bée.
Me forçant à me calmer, je m'installais plus confortablement avant de poser la soupe au milieu de notre petit cercle, les deux garçons me regardant toujours sans rien dire. « Tout va bien, je n'ai rien. » Je leur dit, un sourire toujours présent aux lèvres. « Désolé, c'était trop tentant… Mais je vous assure qu'il n'y a rien de mal avec cette soupe, elle est même très bonne ! » Je leur dit en rapprochant le pot d'eux. Devit grogna et était sur le point de se lever, son poing serré autour du bout de miroir plongeant déjà en avant vers mon cou lorsque Jasdero le plaqua au sol.
« Non ! Il nous a dit de ne faire de mal à personne au manoir Kamelott ! On lui a promis ! » Cria Jasdero alors que je les regardaient, complètement figés au sol, ayant vu toute ma vie passer devant mes yeux. Avalant difficilement, je respirais un peu plus facilement lorsque Devit me lança un regard sombre mais ne fit pas d'autres mouvements pour m'attaquer. Okaaay… j'admet que c'était de mauvais goût mais tout de même... Un peu inquiète de leur réaction maintenant, je m'empressais de pousser les deux cuillères restante vers eux et prenais une autre cuillerée de soupe en prenant bien garde à tenir leur regard avec le miens. Au bout de cinq cuillères, le ventre de Jasdero grogna et il approcha timidement sa main du bocal malgré le regard noir de Devit. Malgré sa réticence et avec un grognement dans ma direction, Devit fini par manger la soupe lorsque rien ne sembla arriver à Jasdero. A eux deux, les garçons s'empressèrent de récurer le pot, faisant une grimace mécontente lorsqu'ils n'eurent plus rien à manger.
Sentant à nouveau leur regard sur moi maintenant qu'il n'y avait plus rien pour les distraire, je me levais d'un coup. « Bon, et bien… euh… je vais y aller ? Je commence à avoir un peu froid, il faudrait vraiment que j'aille me changer. Et, vous devriez allumer la cheminée aussi, il ne fait vraiment pas chaud ici. » Je balbutiais en me dirigeant vers la porte. Cependant, je fus arrêtée dans mon élan par une main qui attrapa le coin de mon chemisier. Me retournant, je vis Jasdero qui, le visage un peu rouge, évitait mon regard.
« Tu ramène d'la nourriture demain aussi ? »
Je le regardais confusément à ses mots. « Vous n'aurez qu'à ouvrir la porte lorsque vous aurez faim. Les serviteurs laissent un plateau devant. » je lui dit, me demandant un instant s' ils avaient même remarqué qu'on leur amenait à manger. Mais oui, c'était obligé, Sheryl avait bien assez tambouriné sur la porte, le premier jour, pour leur demander de descendre manger. Et je me souvenais distinctement qu'il avait fini par abandonner à la demande de Tricia en leur criant à travers la porte qu'il laissait de la nourriture dans le couloir.
« J'en veux pas d'leur bouffe. » grommela Devit en croisant les bras avec un air de défi. Je n'eut pas le courage de lui dire que je leur ramènerait exactement la même chose...
« D'accord » je soupirais en me frottant les tempes. « Je vous apporterais à manger demain, mais seulement si vous m'ouvrez la porte ! Je ne repasse pas par le balcon ! » je les préviens avant de faire volte-face et de déguerpir de leur chambre. Mais pas assez vite pour manquer le petit sourire maladroit de Jasdero.
Oh moins, toute cette désastreuse aventure amusait quelqu'un...
C'est assez difficile de donner un caractère aux jumeaux car ils ont dû beaucoup évolué et c'est ce que j'essaie de montrer dans mon histoire. Donc, pour l'instant, les mots d'ordre sont "Méfiants" et "protecteur" pour Devit et "Timide" et "Espoir" pour Jasdero. Et pour les deux: "Maladroit socialement". Mais ne vous inquiétez pas, ils vont évoluer petit à petit.
Pensez aux reviews et rendez-vous le cinq du mois prochain !
