Histoire: Une Touche de Couleur dans le Gris
Livre 1 : Nuancer le noir.
Date: 5 juin 2017, corrigé en septembre 2021
Beta: Elda et Kira
Fandom: D Gray Man
Avertissement: Non, je ne possède pas D Gray Man et je ne fais aucun profit avec cette histoire.
Résumé: Après avoir atterrit au XIXème siècle, Estelle se rend rapidement compte qu'elle s'est fait engager par la famille Kamelott, fondamentalement, les méchants de DGM. Prenant le nom d'Eve, elle devient alors la dame de compagnie de Tricia Kamelott et l'aide dans ses tâches quotidiennes. Maintenant que sa vie est un peu moins chaotique, Eve réfléchit à son arrivée dans ce monde et prend la décision de se faire son propre avis sur les personag... personnes de ce nouveau monde malgré sa connaissance du manga. Elle prend cependant vite conscience de la différence sociale des femmes à cette époque et commence à avoir peur pour son avenir surtout lorsque débarque Road et les jumeaux...
Trigger du chapitre: Agression dans la rue et cross-dressing mais tout finit bien !
Et là qui voilà...
Bonne lecture !
Chapitre 9 : L'enfant d'argent
Dimanche 1er Mars 1885
« Le Palace » comme l'indiquait le nom, était un restaurant Français luxueux qui ne semblait pas avoir peur des clichés. Avec ses plats minuscules et ridiculement chers ou la musique classique jouée par un quatuor au fond de la salle, on ne pouvait pas faire plus lourd comme ambiance et j'avais du mal à ne pas me tortiller sur ma chaise comme le faisait Jasdevit.
C'était la première fois que je mangeais avec Tricia, Road et Sheryl. Il m'arrivait de prendre le déjeuner avec Tricia ou le thé avec Road mais je n'avais jamais mangé aussi formellement avant. Mal à l'aise, je fixais le nombre beaucoup trop important de couverts qui encadraient mon assiette avant de lancer un coup d'œil rapide à mes hôtes. Sheryl mangeait tranquillement son poisson, son masque d'affaires fermement en place sur son visage, tandis que Tricia lui parlait joyeusement de la messe. A leur côté, les jumeaux mangeaient boudeusement et je ne pouvais m'empêcher d'être soulagée que Sheryl les aient réprimandés avant qu'ils ne puissent faire une scène. Enfin, Road dégustait son plat tout en écoutant ses parents. Sous le poids de mon regard, cependant, elle tourna la tête vers moi avant de la pencher sur le côté comme si me demandant pourquoi je ne mangeais pas.
Me remémorant rapidement toutes les leçons d'étiquette que ma grand-mère et Tricia avaient forcé dans ma tête, je pris lentement le couteau le plus à droite et imitais mes voisins. Entre deux coups de cuillères, (il faut prendre la soupe en ramenant l'ustensile vers moi et sans racler l'assiette), et de fourchette, (on pli la salade avec son couteau et sa fourchette, on ne doit pas la couper…) exécuté avec une concentration à toute épreuve, je tentais vainement de rester à flot avec la conversation.
« Qu'en penses-tu Eve ? » me demanda tout à coup Tricia en se tournant vers moi. Me dépêchant d'avaler ma bouchée, je faisais une note mentale d'en prendre de plus petite à l'avenir et hoquetait un « Excusez-moi ? » un peu trop aigu pour être normal.
« Je te demandais si tu avais une préférence pour le tailleur? » me rappela Tricia avec un regard étrange.
« Hum, non, je vous laisse choisir » je dis un peu rouge de gêne. Même si ma vie avait été en jeu, je n'aurais pas été capable de citer un seul nom de magasin de cette époque. Et pourtant c'était pas faute d'avoir écouté Tricia et Road s'exciter sur les dernières robes à la mode à l'heure du thé.
« Merveilleux ! Je sais tout à fait quel tailleur il faut aller voir pour les robes ! » dit-elle avec un sourire un peu trop large.
« Le chapelier de la rue Saint George serait tout à fait parfait je pense ! Mais j'hésite entre le cordonnier de Baker Street ou de Bedford Street… Les deux font de si jolies chaussures ! » renchérit Road en prenant une moue pensive.
« Tu as raison, ma chérie, nous pouvons toujours commencer par Mr Clément pour les chapeaux et aviser après. » conclut Tricia.
Attendez une seconde ! « Je pensais que nous allions acheter des robes… ? » je demandais faiblement à ma patronne.
« Bien évidemment, mais tu ne comptais tout de même pas faire l'impasse sur les accessoires ? » demanda Tricia, un air vaguement scandalisé sur le visage.
« Non… bien sûr que non. » Je marmonnais alors que Road se remettait à planifier notre futur voyage.
« C'est bien la première fois que je vois une femme qui n'est pas excitée à l'idée d'acheter une robe. » me dit calmement Sheryl, un sourire amusé sur ses lèvres.
« Peut être que je n'en suis pas une alors. » je marmonnais sarcastiquement en réponse.
Sentant le regard de Sheryl sur moi, je relevais la tête pour observer ses yeux surpris et évaluateurs. « C'était une blague » j'ajoutais précipitamment me rendant enfin compte de ce que je lui avais dit. Il faut vraiment que je fasse plus attention et que je limite le sarcasme dans cette époque moi…
« Bien sûr… » Dit-il lentement en me lançant un nouveau regard étrange. « Je ne comprends pas bien l'humour Français. » ajouta-t-il ensuite avec un sourire confus.
« Je ne comprends pas bien l'humour Anglais non plus » je répondis sur le ton de la confidence.
Sheryl ouvrit la bouche pour me répondre mais il fut coupé par Devit qui se plaignait du temps qu'il nous fallait pour manger. Soupirant, Sheryl accéléra le rythme et se leva bientôt en compagnie des jumeaux. « Hé bien mesdames, j'accompagne nos deux garçons, nous nous reverrons ce soir. » dit-il avant d'embrasser Tricia et Road et de partir, les jumeaux sur les talons. Quelques minutes plus tard, nous avions toutes les trois fini de manger et suivions le chemin des garçons vers la sortie où un fiacre attendait notre venue. Aux commandes se trouvait John , qui me sourit lorsque je descendais les marches. Joel Brenton était le cocher du manoir mais lorsque les maîtres sortaient séparément, c'est John qui faisait office de second coché. Aux instructions de Tricia, il fit claquer ses rênes amenant les chevaux à se diriger vers notre destination.
Après cela, l'après-midi fut un enchaînement de boutiques toutes plus colorées les unes que les autres et je dû retenir à grande peine Road et Tricia de dévaliser la boutique de chapeaux. Je fini moi-même avec un chapeau à bord large, enrubanné de beige et cousu de fleurs de tissus multicolores qui pouvait facilement s'associer à n'importe quelle tenue. Un peu plus tard, je découvrais Jacques, un tailleur français qui s'empressa de me parler dans notre langue en entendant mes origines. C'est étonnant comme le Français m'avait manqué ! Après des mois d'un anglais guindé, je dû me faire violence pour ne pas parler avec un bon vieux français du XXIème siècle. Mais après dix minutes où je cherchais activement mes mots, je parlais bientôt aussi vite que lui. Malheureusement, nous n'avions pas vraiment de sujet de conversation en commun excepté les vêtements que je venais me faire faire et donc on enchaîna rapidement sur ma commande.
Comme Tricia lui dit que nous étions pressées (car j'imagine qu'il nous restait un bon nombre de boutiques à explorer) Jacques me dit de me mettre sur la petite estrade et un assistant commença à prendre mes mesures tandis qu'il me montrait un tas de tissus aux motifs variés. Après m'être décidée sur un tissu violet, ma couleur préférée, et un tissu fleuri assorti, il me montra différents croquis de modèles de robe. Au grand désespoir de Tricia et Road, je ne choisis pas de respecter leurs conseils de mode et choisissais plutôt un style de robe un peu vieillot. Enfin, vieillot pour la fin du 19ème, de toute façon, tout semblait hors du temps pour moi.
L'opération s'effectua deux fois de plus pour une robe bleu et argenté un peu plus habillé qui « mettent en valeur vos beaux yeux » et une autre orange foncé et brun qui soi-disant éclaircissaient « vos merveilleux cheveux » puis je pu enfin descendre de l'estrade et enlever les multiples patrons essayés. Par miracle, j'avais pu convaincre Tricia et Road de ne prendre « que » trois robes mais je n'avais pas pu passer outre le manteau et les accessoires. Je choisis donc un manteau jaune pâle et, merci Merlin, sans fourrure pour accompagner le chapeau et nous pouvions enfin partir. Après quelques autres boutiques pour un châle, des bottines et mille autres choses soi-disant « nécessaires » (les mots de Road, pas les miens) à ma garde robe on pu enfin revenir au fiacre pour rentrer à la maison. C'est épuisée que j'allais au lit ce soir, sans même avoir pu passer dans un magasin de fourniture de dessin…
Vendredi 6 Mars 1885
Un peu moins d'une semaine plus tard et peu après le déjeuner, je profitais que John aille acheter les fournitures du lendemain à Londres pour l'accompagner. Me laissant en bas de la rue qui contenait la boutique de robe, il me dit qu'il pourrait me ramener si je revenais ici vers 18 heures. N'ayant vraiment pas envie de tenter les soi-disant trois heures de marche jusqu'au manoir, je me préparais mentalement à tuer le temps jusqu'au rendez-vous assigné. Comme je trouvais ça un peu idiot de se trimbaler toute l'après midi avec un tas de robes, je décidais plutôt de me promener aux alentours et d'aller les chercher plus tard. Grand bien m'en fit d'ailleurs, car je découvris un peu plus loin… une boutique de fournitures d'art ! Enfin ! Dévalisant des yeux leurs marchandises et mes doigts me démangeant d'acheter le plus de choses possible, c'est avec peine que je me forçais à faire demi-tour pour trouver un endroit où acheter un sac.
Après avoir demandé des indications, je trouvais mon bonheur quelques rues plus loin. Choisissant de penser au futur, je pris un grand sac en cuire en bandoulière, qui ne devrait pas être trop difficile de modifier pour en faire un sac à dos et dont je rêvais sans osé me l'acheter dans l'autre monde avant de repartir en direction des crayons. Ma bourse se faisant de plus en plus légère, je limitais mon choix à un carnet et quelques crayons, me promettant de revenir plus tard avant de revenir flâner dans les rues. Allant chercher mes robes et manteau maintenant que je pouvais les porter dans mon sac, je partais en quête d'un nouvel objectif : des vêtements d'hommes. Je ne savais pas quand est-ce que je reviendrais à Londres et c'était tout de même plus facile de les acheter ici, dans cette grande ville où personne ne se souviendrait de moi, que dans le petit bourg non loin du manoir.
Descendant rue après rue à la recherche d'une boutique abordable, les quartiers riches disparurent rapidement. Longeant les ruelles en essayant de ne pas me faire remarquer malgré l'association assez bizarre d'une femme, très certainement bourgeoise, avec un aussi gros sac, je trouvais finalement une petite boutique chaleureuse remplit de vêtements dépareillés.
Poussant le battant amenant la cloche à raisonner dans tout le petit magasin, je souris maladroitement à la dame potelée qui semblait garder le comptoir près de la porte et je m'engageais dans les allées. Sans un regard pour le rayon des femmes, j'allais voir celui des adolescents, trouvant rapidement mon bonheur avec un pantalon brun foncé, des bretelles, une chemise blanche large et des chaussettes de laine. Dégotant une paire de grosse chaussures de cuire de secondes main bien plus agréable que tout ce que j'avais porté jusqu'à présent dans ce monde et un manteau brun claire qui cacherait sans problème la courbe de mes seins, j'attrapais une gavroche brune assortie pour cacher mes cheveux. L'ensemble faisait penser à un étudiant d'une famille moyenne, de quoi passer inaperçu dans les beaux quartiers comme les quartiers pauvres. Satisfaite, je payais le tout sous le regard sceptique de la commerçante.
« Mon frère a besoin d'une nouvelle tenue mais il déteste faire les boutiques. » Je lui dit rapidement avant d'emporter toutes mes affaires dehors.
Me cachant dans une ruelle sans issue, je changeais rapidement de vêtements et enfournais mes anciennes affaires dans mon sac. Vissant la gavroche sur ma tête et passant mon sac sur mon épaule, j'étais prête à explorer les bas-fonds de Londres. Je ne savais pas vraiment comment cette idée m'était venue à l'esprit, mais depuis que Tricia m'avait parlé de cette sortie à Londres, je ne pouvais m'empêcher de penser à explorer l'East End décrite dans livres et séries. C'est idiot, je sais, j'allais forcement voir des gamins décharnés, des putes ou des voleurs, mais je ne pouvais m'empêcher de vouloir y aller quand même.
Ne serait-ce que pour prendre conscience de ce qui aurait pu m'arriver.
Repoussant cette pensée terrifiante, je remontais la sangle de mon sac et je partais à l'opposé des beaux quartiers, faisant tout de même attention à l'heure. J'étais trop peureuse pour aller au milieu de l'east end seul, surtout avec ce gros sac qui devait sembler bien alléchant, mais je voulais au moins jeter un coup d'œil en début de ruelles. Comme ça, je saurais où elles sont et quel quartier éviter ! Dans ma nouvelle tenue, c'est comme si j'étais devenu invisible. Plus personne ne me regardait comme lorsque j'étais en robe. Maintenant, je n'étais plus qu'un gamin de classe moyenne comme un autre. Malgré ça, je gardais les yeux rivés au sol de peur que l'on reconnaisse que j'étais une femme.
Les bas quartiers de Londres étaient sales et sombres à cause de la pollution des usines mais étrangement, ils puaient moins que les beaux quartiers. En effet, la Tamise était à cette époque considérée comme une poubelle géante facile d'accès, le peuple y jetait ses détritus que ce soit ses poubelles… ou déchets corporelles. Beaucoup de pub à l'air crasseux parsemaient les rues et les gens s'y pressaient en masse après une longue journée de travail. Cependant, pour l'instant, il n'était même pas 16 heures et les rues étaient assez calmes contrairement aux quais un peu plus hauts qui débordaient d'animation.
Je m'étais bien promenée une demi-heure dans cet enchaînement de ruelles lorsque je décidais de faire une pause. Choisissant un café d'une pas trop mauvaise allure, je poussais la porte et laissais tomber mon sac avec soulagement sur le vieux plancher de bois.
Jetant un coup d'œil aux alentours, je repérais un attroupement au fond du bar. Curieuse, je m'approchais, me mettant sur la pointe des pieds pour observer l'affaire par delà les grands hommes. Là, à la table, trois messieurs se faisaient face, les yeux rivés sur leurs gains, ils semblaient disputer une partie de carte mémorable. Au milieu d'eux, sur la table, une petite pile d'objets aléatoires, dont un grand nombre de pièces, semblaient constituer la mise. Sous mes yeux, un des vieux gaillard jeta ses cartes avec un grognement et le jeune homme aux cheveux bouclés devant lui empocha la mise avec un sourire mauvais. N'ayant pas trop d'intérêt pour la suite du jeu, je me posais quelques minutes au bar pour boire un peu avant de repartir à nouveau à la recherche de l'East End.
Je n'avais pas fait trois rues cependant que des bruits de voix éclatèrent près de moi. Regardant rapidement aux alentours, je repérais la source venant d'une petite ruelle sans issues. Approchant de l'entrée, j'hésitais à aller voir de plus prêt lorsqu'un cri aigu se fit entendre. Mordillant ma lèvre d'inquiétude, je jetais un coup d'œil dans l'allée, prête à décamper à tout moment. Je n'avais vraiment pas envie de laisser quelqu'un mal en point si je pouvais l'aider, mais il fallait être réaliste, vu mes capacités physique abyssales, j'avais plus de chances de nous mettre tout les deux encore plus dans la merde que de l'en sauver.
Cependant, je n'eus pas vraiment le loisir de faire un choix car il se fit de lui-même aussitôt que je vis l'enfant. Là, devant moi, les yeux écarquillés de terreurs et tenu en l'air par deux hommes effrayamment baraqués se tenait un maigre petit garçon qui ne pouvait pas avoir plus de dix ans. Ce seul fait, déjà, aurait sûrement fait penché mon cœur dans une tentative maladroite pour l'aider, mais ajoutez à cela des caractéristiques bien reconnaissables et il n'y avait même pas matière à réflexion.
Repérant un tuyau de fer idéalement placé, j'abandonnais mon sac à l'entrée de l'allée pour aller le chercher le plus discrètement possible. M'approchant silencieusement des deux hommes, j'empoignais mon arme de fortune à deux mains, tremblante de peur.
« …dettes gamin ! L'patron du Bordel veux son argent et t'es la seul personne qui l'connais, tu vas d'voir raquer. » Grognait l'un des gorilles en secouant rudement l'enfant.
« Je ne le connais pas ! Je n'ai pas d'argent sur moi, je vous le jure ! » Cria désespérément le gamin en se tenant à la main de l'homme dans une tentative d'éviter l'étranglement. Soudain, nos regards se croisèrent. Avec un simple élargissement de ses pupilles, il reconcentra immédiatement son regard sur son ravisseur.
Je laissais presque échapper un soupir de soulagement à son geste, un peu plus et les gorilles auraient pu suivre son regard et me découvrir. Soulevant le tuyau, je visais les chevilles du deuxième homme qui ne tenait pas le garçon, me préparant à appliquer le plus fort coup que mes faibles bras pourraient fournir. Mon choix était mûrement réfléchi. Certes, la plupart des gens auraient frappé la tête de l'homme qui retenait le gamin, mais dans ce cas, le coup aurait pu le tuer et le deuxième aurait été aussitôt sur mon cas. Frapper le dos ou les bras n'aurait pas été plus intelligent, certes le risque de mort aurait été minime, mais vu ma force et leurs corps d'acier, je risquais surtout qu'ils ne le sentent même pas passer. Les chevilles, alors, seraient la meilleure idée. Je n'avais pas besoin de contrôler ma force au risque de le tuer et je pourrais même les ralentir s'ils leur prenaient l'envie légitime de nous poursuivre. Ou en tous cas, c'est ce que je pensais après coup pour rationaliser mon choix spontané. Expirant silencieusement, j'abattais le bâton sur les jambes de l'homme avec un craquement écœurant.
« AAHAAHRGH » hurla-t-il en se laissant tomber au sol. Je ne m'en occupais même pas cependant car dans un même mouvement, je claquais mon bâton, les yeux à moitié fermés dans la terreur, sur les bras du second homme.
L'effet fut immédiat. Le gorille s'empressa de lâcher l'enfant, qui alla s'écraser au sol, pour bercer sa main blessée sur son torse.
Attrapant la main du gamin je le tirais à ses pieds et courrais vers la fin de l'allée. « Prends-ça ! » je chuchotais en lui fourrant le tuyau dans les mains pour pouvoir attraper mon sac qui m'attendait bien sagement à l'embouchure.
L'adrénaline fait vraiment des miracles, car malgré le gros sac je fût capable de sprinter pendant plusieurs minutes à travers le dédale des ruelles, l'enfant sur mes talons et les cris de nos poursuivants à nos trousses.
Malheureusement, la chance ne pouvait pas durer et, épuisé, je pris un mauvais tournant dans une ruelle sans issue.
« Il faut revenir en arrière ! » chuchota rapidement mon petit compagnon en lançant des regards inquiets par dessus son épaule.
« Je ne peux… pas » j'haletais, ouvrant grand ma bouche pour attraper le plus d'oxygène possible. Les mains sur les genoux, j'essayais vainement de reprendre un rythme de respiration normal. Je n'avais jamais couru aussi vite de toute ma vie ! « Mais… tu peux y aller toi… » je lui dit doucement lorsque j'eu retrouvé mon souffle. Je ne voulais vraiment pas qu'il s'en aille, je voulais faire connaissance, l'aider, le soutenir car je savais à quel point sa vie serait horrible. C'était déjà incroyable de l'avoir rencontré ici… si je le laissais partir maintenant, quelle chance avais-je de le revoir ? Nous n'étions peut-être pas encore 7 milliards sur cette planète, mais on était encore beaucoup trop pour le recroiser un jour.
« Je ne peux pas te laisser là… » Murmura il, comme s'il se parlait à lui-même tout en regardant les recoins de la ruelle pour une cachette appropriée.
« J'ai une idée. » je dis tout à coup en fixant mon regard sur le sac dans mes mains. « Je ne suis pas sûr que tu aimes ça mais… remonte ton pantalon. »
« Quoi ? » s'étrangla le gamin en reculant d'un pas, un regard horrifié plaqué sur son visage.
« Ne fait pas l'enfant ! » je dis, un sourire taquin prenant place sur mes lèvres tout en avançant d'un pas.
« Hors de question ! » couina-t-il terrifié. A ce moment, on aurait presque dit qu'il songeait à retourner voir ses poursuivants plutôt que de rester en ma compagnie. Même si ça pouvait se comprendre, je m'en trouvais étrangement blessée.
« Ne t'inquiète pas, je veux juste que tu mettes ça. » je dis en fouillant dans mon sac jusqu'à en sortir mon manteau jaune que je lui jetais. « Mes autres robes sont trop grandes pour toi, mais le manteau devrait aller. » j'expliquais en sortant une jupe que j'enfilais rapidement au-dessus de mon pantalon avant d'enlever mon manteau marron au profit d'un petit chandail assorti. Enlevant ma gavroche, je m'agenouillai pour l'aider à enfiler mon manteau.
« Tu es une fille ?! » dit-il choqué, mon manteau ballant entre ses mains.
« Oui, et maintenant toi aussi. » je lui dit en enfonçant mon chapeau blanc fleurie sur sa tête en prenant soin de cacher ses cheveux à l'intérieure.
Hésitant seulement quelques secondes, il finit par soupirer et enfiler rapidement le manteau avant de rouler son pantalon jusqu'aux genoux pour qu'on ne puisse pas le voir sous sa robe de fortune. Sur lui, la cape s'arrêtait au mollet et avec le chapeau, il avait vraiment l'air d'une petite fille de bonne famille.
« Parfait ! Reste derrière moi et baisse la tête. Si quelqu'un nous adresse la parole, tu me laisses répondre, d'accord ? » J'instruisis en lachant mes cheveux. « Je vais nous ramener dans les beaux quartiers… à moins que tu ne connaisses un endroit plus prêt ? »
« Hum, oui, je reste dans une maison d'une vieille dame dans le quartier rouge avec mon mai…tuteur. On peut y aller, on n'est pas trop loin. » Dit il juste avant que nous entendions à nouveau les cris de nos poursuivants.
« D'accord, je te fais confiance, sortons d'ici. » je murmurais en empoignant mon sac d'une main, prêt à le cacher à toute instant même si je doutais que mes poursuivant l'aient vu, et tendant mon autre vers le gamin.
Hésitant un instant, il la prit tout de même et je le guidais en dehors de l'allée, le laissant prendre le contrôle de notre destination lorsque nous y étions.
Sortant de la petite ruelle, je dû me faire violence pour ne pas m'arrêter net. Devant nous, marchant d'un pas menaçant, se trouvaient les deux hommes qui avaient attaqué mon protégé quelques minutes plus tôt. Serrant le garçon près de moi, je le guidais rapidement dans la rue, priant pour que les hommes ne nous prêtent pas attention. Malheureusement pour moi, ma prière ne fût pas entendue et un des gaillards nous héla lorsque nous passions à son niveau.
« Hé Mam'zell ! » Cria-t-il en trottinant vers moi, son copain traînant malheureusement sa jambe derrière lui pour s'appuyer à un mur, son visage figé dans la souffrance. Vicieusement, je remarquais que sa cheville avait doublé de volume. Il ne pourrait sans doute pas marcher pendant un bout de temps, je pensais un peu honteuse lorsque la colère s'apaisa. Redirigeant mon regard sur le gars qui m'avait parlé, j'observais son bras ballant à ses côtés, sans doute rendu douloureux par mon coup. Pourtant, l'homme ne montrait aucune sensation de douleur au contraire, tout son langage corporel impliquait la fureur et je sentais mes mains trembler en réponse.
« Z'avez vu un gamin bizarre, à peu près cette taille… » dit il en levant sa main à sa taille. «… avec un connard d'adolescent ? Ils doivent d'l'argent au patron du ch'val rouge » Grogna il comme si le nom devrait me faire partir en courant de terreur après leur avoir avoué tout ce qu'ils voulaient savoir. Et bien maintenant, que faire ? Mentir et les envoyer dans l'autre sens ? Ou mentir et leur dire que je ne les avais pas vus ? D'une part, l'idée d'une piste les ferait surement partir beaucoup plus vite mais d'autre part, si un jour je les recroisait et qu'ils se souvenaient de moi…
« Je…je n'ai rien vu. » Je dis tremblante, ne pouvant pas m'empêcher de bégayer. A mes côté, le petit garço… fille, la petite fille, resserra son emprise sur ma veste, se faisant le plus petit possible pour ne pas être remarquée.
« Allez Mam'zelle… » dit-il d'un ton menaçant en s'approchant de moi, m'amenant à trébucher en arrière, beaucoup trop proche du mur pour mon confort. « Ils sont forcément passés par là, savez, du coup t'a dû les voir, non ? »
« Non, je n'ai rien vu, maintenant si vous voulez bien m'excuser… » Je dis un peu plus fermement en relevant mon menton et en guidant mon petit protégé vers la prochaine ruelle.
Mais je n'avais pu faire trois pas qu'une grande main m'empoigna l'avant bras, me forçant à me tourner vers son propriétaire. « Pas d'ça avec moi, tu va m'dire où ils sont partis maintenant ! » grogna-t-il, son haleine fétide se répercutant dans mon visage.
« Lâche-moi ! » je criais en essayant de décrocher sa poignée de fer sans grand succès. Et puis, dans un moment magistralement exécuté, la petite forme à côté de moi décocha un coup de pied dans la rotule du gros crétin qui me tenait. Jurant sous la douleur, le gros homme me lâcha pour empoigner son pied meurtri. A mes côté, le petit garçon attrapa ma main et je m'élançais après lui dans les ruelles ralentissant quelques rues plus loin pour s'engouffrer dans une maison branlante.
« Me-erc-uhi » j'haletais en tenant mon ventre en essayant de limiter mon point de côté. Il fallait vraiment que je fasse du sport…
« No-non, merci à toi. » Me dit-il en lâchant ma main. Et puis il semblait hésiter un petit peu avant de lever sa main dans ma direction. « Je m'appelle Allen, Allen Walker. »
J'avais tellement envie de lui crier un fracassant. « JE SAIS ! ». Dans cette ruelle, avec ses cheveux blancs et sa cicatrice, comment ne pas le reconnaître ? Honnêtement, même Azy qui n'aimait pas DGM s'en serait souvenu ! Même s'il avait l'air plus petit, frêle et inconstant que dans le manga, il n'y avait aucun doute que cet enfant devant moi était Allen Walker.
Ou en tout cas le deviendrait.
Et voilà Allen! (alors qu'on a même pas encore croisé les Noahs ou les exorcist dans UAPV -_-' ça arrive, je vous promet que ça arrive! doucement, mais surement...) et dans le prochain chapitre, Eve rencontre à nouveau quelqu'un d'une certaine importance à l'histoire :) Que de rebondissements tout à coup :p
Allez, la prochaine fois qu'on se voit, je serais en train de convulser devant mon ordi après 4h intensive de philo, en redoutant les prochaines épreuves, souhaitez moi bonne chance :)
Pensez aux reviews et rendez-vous le cinq du mois prochain !
