Histoire: Une Touche de Couleur dans le Gris
Livre 1 : Nuancer le noir.
Date: 5 juillet 2017, corrigé en septembre 2021
Beta: Elda et Kira
Fandom: D Gray Man
Avertissement: Non, je ne possède pas D Gray Man et je ne fais aucun profit avec cette histoire.
Résumé: Après avoir atterrit au XIXème siècle, Estelle se rend rapidement compte qu'elle s'est fait engager par la famille Kamelott, fondamentalement, les méchants de DGM. Prenant le nom d'Ève, elle devient alors la dame de compagnie de Tricia Kamelott et l'aide dans ses tâches quotidiennes. Maintenant que sa vie est un peu moins chaotique, Eve réfléchit à son arrivée dans ce monde et prend la décision de se faire son propre avis sur les personag... personnes de ce nouveau monde malgré sa connaissance du manga. Elle prend cependant vite conscience de la différence sociale des femmes à cette époque et commence à avoir peur pour son avenir surtout lorsque débarque Road, les jumeaux et Allen...
Trigger du chapitre: Road étant creepy (pour changer) et des couteaux (mais juste pour les lancer à une cible, pas de description les utilisant sur quelqu'un ou quoi.)
Eeeeet... j'ai eu mon bac !
...
hum, bref
Bonne lecture !
Chapitre 10 : Le joueur de poker
Mardi 10 Mars 1885
« Eve ? Qu'est-ce que tu fais ? »
Tressaillant, je m'arrêtais en plein geste. Mes chaussures dans une main, mon sac dans l'autre, j'avais essayé de descendre l'escalier sans le moindre bruit parce que…
« Chuuut Road ! Tricia se repose » je lui chuchotais furieusement. Road plissa des yeux dans ma direction, croisant ses bras avant de me suivre jusqu'au grand hall alors que je suais à grosses gouttes.
En vérité, ce n'était pas vraiment pour Tricia que j'avais fait tout ce manège, je pensais en remettant mes chaussures pour gagner du temps. Ho bien sûr, lors de ses siestes de l'après midi, je faisais attention à limiter l'ardeur souvent bruyante des jumeaux pour ne pas la réveiller, mais de là à marcher pieds nu… les murs étaient bien assez isolant comme ça, pas besoin d'en faire des couches, non plus.
Non, cette fois, c'était tous les habitants du manoir que j'avais voulu éviter. Et notamment, la fillette suspicieuse actuellement devant moi.
« Hum, tu voulais me dire quelque chose Road ? » je lui demandais à la limite du balbutiement en me retenant péniblement de jouer nerveusement avec mes mains.
Cela sembla comme déclencher quelque chose en elle et une étincelle de je ne sais quoi naquit soudainement dans son regard. Tout à coup, elle déplia ses mains et un grand sourire joyeux étira ses lèvres alors qu'elle sautillait vers moi. « Oui ! Je voulais que tu joues avec moi à la marelle ! Et puis après, nous pourrions faire une partie de thé avec mère ! Nous pourrions même y convier papa lorsqu'il rentrera, ce serait merveilleux ! » Gazouilla-t-elle en s'accrochant à mon bras avec un regard malicieux. Essayant de chasser de mon esprit l'image mentale, un peu dérangeante, de Sheryl en train de boire du lait au miel entre Monsieur Fluffy et Madame Bearry, je plaquais un sourire sur mon visage, me demandant bien comment est-ce que j'allais me sortir de ce mauvais pas.
« Cela à l'air merveilleux Road, malheureusement, j'ai déjà pris des engagements ailleurs et je ne peuaargh-... » je m'étouffais, mes yeux perlant de larmes. Ses ongles beaucoup trop aiguisés s'étaient enfoncés dans mon avant-bras à mes mots.
« Excuse-moi Eve, je ne semble pas bien avoir entendu, qu'as tu dis ? » demanda-t-elle joyeusement, ses ongles creusant des sillons sanglant dans ma peau malgré ma robe. Même si je souhaitais ardemment respecter son vœu ce qui m'éviterait, au passage, douleurs physique et mentale et laisserais une Noah contente de moi, ce qui était toujours un grand plus à mon humble avis, je ne le pouvais malheureusement pas.
« J'ai dis… » je commençais en priant chaque dieux de l'Egypte ancienne dont je me souvenais le nom (ayant déjà prié les dieux viking la veille…) de me venir en aide. « … que je ne pouvais pas jouer avec toaaaiiïe ! » je sifflais de douleur, les larmes prêtes à couler. « …cette après midi, cette après midi ! Promis, je suis tout à toi ce soir ! On jouera au jeu que tu voudras, même à chat si tu veux ! »
A mes mots, elle sembla se calmer et enleva délicatement ses mains de mon bras. Des marques sanguinolentes me barraient la peau et je voyais déjà poindre un énorme bleu en forme de main.
« Promis ? » demanda-t-elle avec une voix menaçante.
« Promis ! » je jurais avec soulagement, priant pour qu'elle choisisse un jeu normal comme ceux que nous faisions généralement et pas, oh, je ne sais pas, la chasse aux humains par exemple ?
« Mais tout de même, qu'est ce que tu vas faire tous les après midi ? » dit-elle en mettant ses mains sur ses hanches. « Depuis que tu es allée chercher tes vêtements vendredi, tu disparais dès la fin du repas on ne sait où ! Tu ne nous as même pas accompagné à la messe Dimanche dernier même si tu es venu à Londres avec nous. » Dit-elle avec une moue boudeuse.
« Je vais juste voir un ami… » je répondis évasivement avant d'enchaîner rapidement sur autre chose pour la distraire. « De toute façon, est-ce que tu ne devrais pas être à l'école, jeune fille ? »
«L'école est ennuyante et les autres enfants sont idiots ! De toute façon, père n'est pas là, ce qu'il ne sait pas ne peux pas lui faire de mal. Et puis de toute manière, si les jumeaux n'y vont pas, je ne vois pas pourquoi je devrais y aller ! » Grogna-t-elle, une moue boudeuse sur le visage.
Laissant échapper un rire, j'allais lui répondre lorsque des pas se firent entendre derrière nous. « Eve, tu es prê-... Ho! Bonjour Maîtresse Road. » Balbutia tout a coup John de la porte derrière moi. C'est vrai qu'en temps que garçon à tout faire, il n'avait pas tendances à voir beaucoup les maîtres de maisons et encore moins leur parler.
« Ah, oui, merci beaucoup de me prévenir. A toute à l'heure Road ! » Je lui dis avec un sourire avant de filer vers la sortie, attrapant John au passage.
Redressant ma gavroche pour qu'elle prenne bien tous mes cheveux, je descendais rapidement les ruelles maintenant bien connues. Le jour où j'avais rencontré Allen, le garçon m'avait enmené là où il résidait, chez une femme charmante. Dans la quarantaine, elle nous avait accueilli avec inquiétude à notre air débraillé et s'était empressé de nous tirer dans l'escalier vers l'étage. J'avais à peine eu le temps de regarder curieusement le salon qu'elle nous poussait dans des fauteuils moelleux et allait nous faire un bon thé. L'intérieur de sa maison était étonnamment spacieux et bien meublé contrairement à ce qu'on aurait pu croire de l'extérieur. Devant mon air curieux, Allen m'apprit que Miss Taringan occupait le plus vieux métier du monde mais qu'elle gagnait aussi sa croûte comme dealer d'informations. En entendant des éclats de rires et des pas précipités au-dessous de nous, Allen me dit qu'elle hébergeait aussi des jeunes filles au rez-de-chaussée. Miss Taringan leur trouvait du travaille comme vendeuse dans le quartier d'affaire pour les sortir de la rue et en échange, les filles nourrissait son réseau d'information. D'après Allen, ils pouvaient rester là avec son maître parce que celui-ci était un client régulier… des deux métiers de la femme. N'ayant pas besoin de plus de détails pour imaginer Cross ici, j'étais tout de même sacrément impressionnée de ce qu'elle avait construit. Certes, elle n'aidait pas ces pauvres filles pour rien mais au moins, elle faisait quelque chose, elle, et vu l'agitation joyeuse en dessous et le grand respect qui illuminait les yeux d'Allen, ça n'avait pas l'air d'être une mauvaise alternative aux rues. Gagnant, gagnant on pourrait dire. Je traitais Miss Taringan avec la plus grande courtoisie lorsqu'elle vint nous apporter le thé. Même si il s'avérait qu'elle n'était pas aussi incroyable qu'il n'y paraissait, mieux valait tout de même ne pas s'en faire une ennemie.
On resta bien une heure à papoter avec Allen et à un moment, Timcampy se glissa même en dehors de la chambre d'Allen. Le garçon paniqua un peu au début, essayant de repousser le ballon de plage à l'intérieur mais lorsqu'il vit que j'avais l'air plus fasciné que terrifié, il laissa le golem se balader autour de nous. Il s'empressa de me dire que son maître voyageait beaucoup et que c'était un oiseau exotique qu'il avait ramené d'Inde et je dû me faire violence pour ne pas le regarder avec incrédulité. Est-ce que c'était vraiment une excuse qui fonctionnait d'ordinaire? Quoi que… les gens n'avaient pas internet ou même beaucoup de photographies et livres ici. La seul chose qui permettait aux gens de la populace de voir un peu le monde en dehors de l'angleterre, c'était les zoo et, c'est sûr que pour des gens qui n'avaient pas beaucoup de point de comparaisons, il y avait déjà des choses là bas aussi bizarre que Timcampy. Un peu perturbé par la pensée, je posais plus de question à Allen sur son maître et ses voyages en caressant, fascinée, les ailes métalliques de Timcampy. Mais malgré nos discussions animées, il fallait bien que je rejoigne John un jour, et je me levais, indécise. Je n'avais pas envie de partir et de ne plus jamais revoir le garçon. Heureusement Allen me demanda aussitôt si je serais à Londres le lendemain et sans même pensé à comment faire cela, je répondais oui. Il me proposa alors de se rejoindre dans un bar dans les quartiers de classe moyennes qui appartenait à la grande sœur de Miss Taringan et c'est ce qu'on fit. Le lendemain… et le surlendemain… et le sur sur surlendemain… Au final, je pensais en poussant la porte dudit bar, ça faisait bien une semaine que je venais tous les jours ici. Laissant vagabonder mon regard, je le posais sur une table un peu plus loin. Avec un sourire, je m'approchais des joueurs et posais ma main sur l'épaule du garçon. « Hey Allen ! » je dis en aggravant ma voix.
Le garçon aux cheveux blanc me lança un sourire par-dessus son épaule avant de se tourner vers son jeu. Il hésita quelques secondes mais finalement jeta ses cartes au milieu de la table.
« On dirait que j'ai perdu… » dit il tranquillement en empochant le reste de ses gains en se levant pour me suivre, prenant seulement le temps de saluer un garçon aux cheveux noir dans la vingtaine. J'hochais également la tête dans sa direction et il me fit un sourire rapide en réponse avant de revenir à son propre jeu. Ce n'était pas la première fois que je le croisais. Je l'avais déjà vu le vendredi lorsque j'avais pour la première fois mis les pieds dans ce bar et je l'avais croisé chaque jour depuis en train de jouer au poker. Je me demandais bien ce qu'il pouvait faire comme travail… les après midi, on voyait souvent les gars qui jouaient avant de prendre le service de nuit et le soir, c'était les hommes qui sortaient d'un travail de jour qui fréquentaient la place. Pourtant, peu importe l'horaire, le jeune homme aux cheveux noir était toujours là à jouer. Même le dimanche matin, il avait été présent comme à son habitude.
Laissant s'échapper ces pensées triviales, je me tournais vers Allen. « Tu aurais pu rester jouer, ça ne me dérangeais pas de regarder. » je lui assurais avec un sourire alors que nous nous engouffrions dans la rue.
« Non, ça va. De toute façon, j'avais déjà beaucoup gagné, il valait mieux que je perde pour que je puisse rejouer avec eux plus tard. » Me dit-il avec un sourire joyeux avant de prendre un air plus malicieux et de sortir quelques billets avec un air victorieux. « J'ai gagné un peu plus que prévu… ça te dit une glace ? » Avec un sourire, j'hochais la tête et je le menais vers les allées supérieures.
Et voilà essentiellement comment s'étaient passées mes quatre dernières après-midi. Chaque jour depuis vendredi, je profitais que John aille ravitailler le manoir pour l'accompagner à l'aller comme au retour. De 14h à 18h, j'avais donc quartier libre pour explorer Londres de fond en comble avec Allen. Nous avions déjà trouvé notre bar préféré, celui de Madame Carley, la grande sœur de Miss Taringan. La patronne ne s'occupait pas de notre âge et permettait donc à Allen de jouer sans le moindre ennui au poker. Mme Carley m'avait confié, lorsque j'avais exprimé mon étonnement au nombre d'adolescents traînant dans la boutique qu'elle accueillait les enfants pour les empêcher d'avoir des ennuis dehors. Mieux encore, lorsque certains adultes imbibés devenaient trop rustre, le fils aîné de la patronne les dégageaient dehors sans sommation. Nous avions aussi débusqué notre glacier favori, qui rajoutait toujours des bouts de noix sur nos glaces, et notre square rêvé, à la limite entre le quartier commerçant et les bas quartiers.
C'était presque devenu une tradition de commencer par une glace dans le square avant d'aller explorer une nouvelle région de Londres. Et qu'est ce que c'était amusant de comparer cet ancien Londres à celui dont je me souvenais ! Une des premières choses que j'avais faite lorsqu'Allen avait proposé que l'on parcourt Londres c'était lui demander d'aller à Baker Street. Bien sur, contrairement à notre époque, il n'y avait pas de faux policier en uniforme devant le 221B qui proposait de visiter le musée Sherlock Holmes ni de statue du grand détective, mais le voir me fit tout de même sourire, surtout lorsqu'Allen me demanda sceptiquement qu'est-ce qu'il pouvait y avoir d'intéressant à cette bar d'immeubles tout à fait insipide.
Aujourd'hui, après avoir visité tous les grands monuments déjà construits qui feront la renommée de Londres, Allen avait proposé de m'apprendre quelques tours utiles. Déjà la veille, il m'avait timidement montré comment cacher ses objets importants sur soi, allant même jusqu'à m'aider à découper le talon de ma chaussure pour pouvoir y glisser quelques billets d'urgence. Puis, dans le temps qu'il nous restait, il m'avait montré les endroits où frapper pour pouvoir incapacité quelqu'un ou quel était le moyen le plus efficace de sortir de la prise d'une personne plus forte que soit.
Cependant, le programme d'aujourd'hui était un peu moins innocent : j'allais apprendre à lancer des couteaux.
Installé dans une ruelle non loin de notre bar, il sortit une paire de fortes lames et me montra comment les lancer avec précision. « Je travaillais dans un cirque avant et j'ai souvent observé les artistes lorsque je nettoyais les roulottes. » m'expliqua Allen en ajustant ma prise sur le couteau. « Si tu vas dans un cirque, tu remarqueras que le lanceur peut prendre son couteau par la pointe et le faire tourner pendant le lancer. C'est bien pour impressionner la foule, mais pour une meilleure vitesse, mieux vaut les jeter directement comme ça. » dit-il en attrapant le second couteau et en le lançant avec un mouvement fluide de son poignet vers l'affiche qui nous servait de cible. A une vitesse presque trop importante pour que je le suive des yeux, le couteau alla se planter profondément dans la tête du clown du poster.
« Impressionnant, Allen ! » je m'exclamais en me retenant avec peine d'applaudir joyeusement. Le garçon rougit et baissa la tête avec un petit sourire timide « Merci, mais j'ai beaucoup d'entrainement derrière moi. En tout cas, ces couteaux ne sont pas très bons, la garde l'empêche de fendre l'air à pleine vitesse. C'est peut être plus joli comme ça, mais mieux vaut que l'on t'achète plusieurs couteaux plus petits et sans garde. » M'assura-t-il en allant détacher la lame du mur pour me la tendre. « A ton tour ! » dit-il en souriant.
Avalant difficilement, je levai le premier couteau et le lançais avec concentration. A ma grande surprise, il alla se ficher dans le mur non loin de l'affiche. Avec les conseils et encouragement d'Allen, je fis rapidement des progrès, même si j'étais loin de l'égaler, que ce soit au niveau de la force, de la vitesse ou de la précision. Un peu plus tard, nous abandonnions notre stand de tir improvisé pour migrer vers une des tables ombragées de l'auberge. Une partie de poker était en cours à quelque table de nous, et accueillait encore et toujours l'homme aux cheveux noir qui nous fit un signe de main en passant. Installé dans notre coin, je sortais un livre de mon sac pour le poser entre nous deux. Le lendemain de notre rencontre, Allen m'avait avoué que même s'il avait quelques notions de lecture, il avait toujours des difficultés sur certains mots et il ne lisait pas très vite. Je lui avais alors proposé de l'aider et cela faisait trois jours que nous lisions péniblement « le tour du monde en 80 jours » de Jules Verne.
Une heure plus tard, nous observions les périlleuses aventures de Phileas Fogg à Hong Kong lorsqu'une bagarre éclata entre les joueurs de poker un peu plus loin. D'un seul coup, la table qui soutenait nos tasses de thé fut violemment renversée par l'écrasante arrivée d'un jeune homme sur elle.
Ma tasse au bord des lèvres, le livre dans les mains d'Allen, je regardais avec les yeux ronds le jeune homme aux cheveux noir se relever péniblement des débris de la table, le bras gauche en sang.
« Tricheur ! » hurla un vieil homme corpulent, rapidement épaulé dans ses propos par un homme dégarni et un autre filiforme.
« J'vous assure Messieurs, j'n'ai rien fait de tel… z'êtes juste mauvais » dit l'homme devant nous, l'amusement clair dans sa voix. Avec ses mains dans les poches d'un pantalon trop large, une vieille veste grise qui avait sûrement vu des jours meilleurs sur les épaules et une cigarette entre les dents, le jeune homme était l'image de la nonchalance et était clairement un habitant de l'East End.
« Petit crétin, tu vas voir ce qu'on fait aux voleurs comme toi ! » Grogna le plus grand en s'approchant dangereusement du jeune homme pour le frapper, rapidement suivi par ses deux compères.
Avec un geste rapide, le garçon prit la tasse de mes mains avec un clin d'œil et la jeta dans les yeux du Haricot qui hurla de douleur. « Voyons m'sieur, z'allez faire peur aux p'tits gars. » rit-il avant d'éviter adroitement le coup de poing du chauve. Je ne pu continuer à regarder la lutte cependant car une main empoigna ma veste et me jeta au sol. Grognant de douleur, je relevais la tête pour voir Allen lutter contre le gros homme qui le tenait par sa chemise, un couteau beaucoup trop proche de son cou pour mon confort.
« Allen ! » je criais en me relevant rapidement. Mais merde, où était le fils de la patronne quand on avait besoin de lui ? Il aurait déjà arrêté le combat depuis belle lurette s'il avait été là !
« Bougez plus ! Sinon j'taille l'gosse » grogna l'homme en appuyant un peu plus son couteau sur le cou d'Allen, faisant perler son sang. Figée dans mes mouvements, je regardais avec de grands yeux la scène, ne sachant pas quoi faire pour l'aider. J'avais bien encore le couteau que j'avais utilisé pour pratiquer tout à l'heure mais… est-ce que je serais capable de l'utiliser ? Déglutissant, j'avançais doucement ma main vers ma poche de manteau, éraflant la lame.
« Hé là mon gars ! Implique pas des gars au hasard, j'veux pas d'problèmes moi. » Dit le jeune homme d'une voix inquiète en levant ses mains devant son torse, les deux autres compères du kidnappeur commençant tout juste à remuer.
« Qu'est ce que tu racontes ? j'croyais qu'tu les connaissais ? » Demanda confusément le gros homme en desserrant légèrement sa prise sur Allen. Le petit garçon ne se fit pas attendre et enfonça ses dents dans la main qui portait le couteau, faisant hurler le gros homme qui le lâcha de surprise.
« Venez ! » Cria le bouclé en attrapant Allen lors de sa chute puis en courant avec lui jusqu'à la porte. Attrapant mon sac à l'instinct, je le glissais au-dessus de ma tête en pleine course et je les rejoignais sans me faire prier. Les suivant dans leur course folle vers les quartiers un peu plus chics de la capitale Anglaise, j'avais un étrange sentiment de déjà vue. Dérapant autour du coin, je me heurtais à un obstacle imprévu et je serais tombé si des mains fortes ne m'avaient pas stabilisé.
« Chhhut ! » siffla le jeune homme en m'entrainant dans une ruelle proche avant de déposer Allen devant une échelle de sécurité à demi cachée derrière des poubelles malodorantes.
« Grimpe, nous y sommes presque. » l'assura le garçon devant le regard perdu d'Allen. Me lançant un coup d'œil, j'haussais les épaules, un signe clair que je n'avais aucune idée de ce qu'il se passait. Résolu par je ne sais quel miracle, Allen grimpa à l'échelle, rapidement suivi du garçon, puis de moi. Malgré le temps ensoleillé, les toits étaient couverts par le brouillard de pollution de Londres et c'est dans une véritable purée de poix que je suivais les garçons en priant pour ma vie. Enfin, le jeune homme nous arrêta. Devant nous, entre deux toits, des planches de bois et des débris formaient un habitat de fortune qui avait l'air assez solide pour résister à la plupart des intempéries londoniennes.
« Bienvenu chez moi ! » Dit le garçon en poussant les planches qui en fermait l'entrée. « J'ai pas vraiment l'habitude de montrer à d'parfaits étrangers mon repère, mais bon, j'allais pas vous laisser avec les idiots et c'est pas comme si je resterais encore longtemps ici donc bon… » nous dit il sur le ton de la confidence, sa cigarette oscillant au gré de ses paroles.
« Alors, c'est quoi vos noms ? » demanda-t-il en s'appuyant sur le mur de fortune, un sourire joueur ne quittant jamais ses lèvres.
Échangeant rapidement un regard avec Allen qui regardait l'endroit d'un air mal à l'aise, je me reconcentrait sur l'homme. « C'est Allen » Je dis en ne parlant pas plus fort qu'un chuchotement pour masquer ma voix. Je l'avais déjà crié tout à l'heure, aucun intérêt de mentir maintenant… « Et je suis… » je commençais avant de me rendre compte que non, définitivement, je ne pouvais pas utiliser le nom Eve. Et mon vrai nom, Estelle, était encore pire. Alors quoi, le nom d'un ami ? ou de mon parrain ? De mon père, d'un oncle, d'un cousin ? Décide-toi, décide-toi…
« Robin. » me coupa Allen, ses yeux plongés dans ceux de l'homme.
« Hooo, Allen et Robin, hein ? » dit le garçon d'un air intéressé en enlevant la cigarette de ses lèvres, son regard nous scrutant à tour de rôle. « Dites donc les garçons, ça vous dirait une petite partie de Poker ? » dit-il tout à coup en retirant un paquet de cartes de sa poche puis en les battant d'une main experte. « Mais ce n'est pas drôle s'il n'y a pas d'enjeux n'est-ce pas ? Que diriez-vous que le gagnant pose une question de son choix aux deux autres ? »
« Ça ne me dérange pas » dit Allen en croisant ses bras, l'air nullement impressionné. « Mais la moindre des choses serait que tu nous donnes un nom. » fit-il remarquer en acceptant ses cartes.
« Vous n'avez qu'à gagner une partie et me poser la question. » dit le garçon malicieusement.
« Défi accepté. » dit Allen avec un sourire correspondant. Je savais à quel point il était fier de ses compétences de poker, après tout.
« Je ne sais pas jouer au poker. » je les préviens en le voyant me distribuer des cartes. En réalité, j'avais certaines notions de bases, mais je n'avais certainement pas envie de jouer avec Allen ou l'autre. Je les avais bien assez regardés jouer ensemble ces quatre derniers jours pour me rendre compte que c'était du suicide mental de s'interposer entre leurs jeux.
« Pas d'problème, j'vais t'expliquer ! C'est surtout un jeu de hasard, et puis c'est pas comme si on pariait de l'argent. » Dit-il en posant la pioche au milieu et en plaçant trois cartes sur le sol. Je lançais un regard désespéré à Allen, mais il était déjà plongé dans son jeu et semblait étudier les cartes avec attention.
Soupirant, je prenais à mon tour mes deux cartes, qui n'offraient malheureusement qu'un misérable 2 et un valet. Le garçon commença alors à m'expliquer les règles puis retourna les trois cartes qui étaient sur le sol.
Ca ne m'aidait pas davantage.
Lançant un regard désespéré à mon paquet, je me couchais avec un soupir, laissant le soin à Allen de gagner la partie pour que l'on puisse enfin connaître son nom.
« Brelan » déclara finalement Allen avec un sourire satisfait tout en posant ses cartes sur le sol.
« Hum, bien jouer, mais… Suite. » Dit paresseusement le garçon en posant ses cartes sur le sol et en aspirant une bouffée de cigarette.
Allen fronça les sourcils mais accepta de bonne grâce et écouta sa question. « Hum… Robin s'est couché donc la question n'est que pour toi… Est-ce que vous êtes vraiment frères ? 'Fin, vous avez la même peau pâle et yeux gris mais chais pas… »
« Non » répondit simplement Allen avant d'élaborer devant le regard attentif de l'homme. « Mais on peut se faire passer pour si la situation le demande. »
Quelques manches plus loin, j'avais complètement abandonné mon mince espoir de gagner un jour. Et Allen en était presque au même point. Les sourcils froncés, il écornait ses cartes machinalement alors que l'homme le regardait avec un sourire amusé.
Allen n'avait pas gagné une seule partie.
Moi qui étais pourtant persuadé de sa suprématie au poker, je tombais de haut. Mais il fallait toujours se rappeler que nous étions quelques années avant les évènements canon et qu'Allen n'avait peut-être pas encore appris ses futures techniques de triche qui feront sa fierté. Ou alors peut être que le garçon aux cheveux noir était juste très fort ? Arf, et moi, fervente partisante du Friend !Poker Pair, qui rêvait qu'Allen ne puisse uniquement être vaincu par…
…
Nooooon.
Quand même pas ?!
Quelles seraient les chances ?
Non, improbable.
Définitivement impossible.
Scrutant tout de même le garçon aux cheveux noirs, je finissais par me traiter d'idiote et me couchais machinalement en observant ma pitoyable paire, seule combinaison que je puisse espérer faire avec mon jeu.
A mes côtés, Allen regardait son jeu avec un regard noir, il ne devait pas avoir grand-chose de mieux que moi… Je me demandais tout de même l'heure qu'il était. John serait susceptible de m'attendre 5 minutes si j'étais en retard mais je n'en étais même pas sur…
« Dites, vous avez l'heure ? » je demandais aux deux garçons, un peu gênés de couper l'atmosphère quasi électrique qu'il y avait entre eux. Relevant sa manche, le garçon jeta un coup d'œil à sa montre. Que ce soit à cette époque ou mon ancienne, je ne m'y connaissais pas des masses en montre, mais elle avait l'air quand même sacrément chic pour un garçon des bas quartiers qui n'avait même pas de quoi se payer un vrai toit. Il l'avait volé ?
« Un peu plus de 17h30. » me dit-il avant de me faire un sourire taquin. « He bien Robin, un rendez-vous galant avec une donzelle ? »
« Mais non, je dois juste rencontrer quelqu'un à 18h. Il ne va pas falloir que je tarde d'ailleurs… Vous pensez que je peux partir sans que tes compagnons du bar me cours après? » Je soupirais et le jeune homme haussa les épaules, disant qu'il ne pensait pas qu'ils auraient tourné dans le coin tout une heure. Allen me jeta un coup d'œil à mes mots avant de regarder ses cartes avec un soupçon d'hésitation. Il sembla prendre une décision cependant car bientôt il jeta ses cartes sur le sol entre nous.
« Carré » déclara-t-il avec un sourire beaucoup trop large.
Le garçon ouvrit sa bouche comme pour dire quelque chose mais rien ne sortit. Les yeux ronds, les sourcils hauts et sa cigarette se balançant dangereusement sur sa lèvre inférieure, il était la représentation de la surprise. Finalement, au bout d'un temps qui semblait beaucoup plus long qu'il ne devait l'être vraiment, sa cigarette tomba sur le sol, ses cartes suivant peu après. « Full » dit il dans un soupir avant que ses yeux ne prennent une étrange lueur et qu'un sourire beaucoup trop large n'étire ses lèvres. « Bien joué gamin ! Je me disais bien que les dispositions des cartes étaient étranges… Tu les triais depuis trois parties déjà et je n'ai rien remarqué ! » Dit il dans un éclat de rire en frottant les cheveux d'Allen avant de se pencher en arrière, les cartes complètement éparpillées dans toute l'habitation.
« Comme promis » dit-il en attrapant nos deux regards avec des yeux noirs profonds. « Vous pouvez m'appeler Tyki. »
…
He bien…
Le destin avait un sacré sens de l'humour…
Et donc voilà, Tyki join the battle :)
Alors j'ai quelques petites nouvelles! Lors du dernier chapitre d'UAPV, nous avons dépassé les 100 review! cela étant, je vais faire un chapitre bonus comme promis :) Cependant, lors du brainstorming dessus, je suis allé un peu loin et ça à l'air de se transformer en une fic à part entière... Du coup, comme je ne peux pas mettre une troisième fic en mise à jour mensuelle, elle fonctionnera par mise à jours review! Toute les 100 reviews sur UAPV, vous aurez un nouveau chapitre, ça devrait me laisser le temps de les écrire X')
J'aime bien l'idée donc je vais surement faire la même chose pour NLN ! Le point de vue des Noahs sur l'histoire d'Eve, ça vous dit ? :3
Voilà ! Bonne journée à vous :D Moi je m'en vais fêter ma presque mention bien (erf, il me manquait deux points de physique...)!
Pensez aux reviews et rendez-vous le cinq du mois prochain !
