Histoire: Une Touche de Couleur dans le Gris

Livre 1 : Nuancer le noir.

Date: 5 octobre 2017, corrigé en septembre 2021

Beta: Elda (2017) et Kira (2022)

Fandom: D Gray Man

Avertissement: Non, je ne possède pas D Gray Man et je ne fais aucun profit avec cette histoire.

Résumé: Après avoir atterrit au XIXème siècle, Estelle se rend rapidement compte qu'elle s'est fait engager par la famille Kamelott, fondamentalement, les méchants de DGM. Prenant le nom d'Eve, elle devient alors la dame de compagnie de Tricia Kamelott et l'aide dans ses tâches quotidiennes. Maintenant que sa vie est un peu moins chaotique, Eve réfléchit à son arrivée dans ce monde et prend la décision de se faire son propre avis sur les personag... personnes de ce nouveau monde malgré sa connaissance du manga. Elle prend cependant vite conscience de la différence sociale des femmes à cette époque et commence à avoir peur pour son avenir surtout lorsque débarque Road et les jumeaux...

Trigger du chapitre: Dépression


Bonjouuuuuurs! Cette histoire à un an ! Quoi de mieux qu'une grosse déprime pour fêter ça ? :D

La partie psychologique est beaucoup moins longue que je ne l'avais prévu et ne montre peut-être pas la véritable prise de conscience qu'Eve à eu... dites moi ce que vous en pensez :)

Bonne lecture !


Chapitre 13 : Prise de conscience

Mardi 31 Mars

Le crayon entre les mains, je ne pouvais pas m'empêcher de penser que le moment aurait été tout simplement parfait avec un peu de musique… Presque n'importe quoi aurait fait l'affaire à cet instant. Même du jazz s'il le fallait.

Je poussais un soupir fatigué.

Trois mois que j'étais arrivée dans ce monde et rien n'avait vraiment changé depuis. Je ne me souvenais toujours pas de mon « accident », je déprimais toujours à des moments aléatoires lorsque quelque chose me rappelait mes proches et je n'avais toujours pas la moindre idée de comment est-ce que j'étais encore vivante et en bonne santé. Honnêtement, ma théorie la plus probable à ce jour était que le Destin était bourré et m'avait envoyé ici par erreur. Puis, quand elle s'en était rendue compte le lendemain en cuvant, elle avait au moins allégé ma souffrance en me trouvant une position stable et agréable. Bon, auprès des grands méchants de l'histoire qui voulaient éradiquer le genre humain… mais une vie confortable tout de même. Voyez par vous-même, au lieu de trimer toute la journée comme bonne ou pire encore, finir dans les rues comme prostituée, j'étais actuellement en train de dessiner tranquillement dans ma chambre pendant mon temps libre.

J'en étais là de mes merveilleuses pensées, lorsqu'on frappa à la porte. Posant mon crayon, je me levais pour aller ouvrir, assez curieuse de qui pourrait venir m'embêter en pleine après-midi. Tricia dormait, Road était à l'école, cela faisait une bonne semaine que les jumeaux acceptaient de voir un précepteur privé (Et Merlin, quel histoire cela avait été de leur faire accepter…) et Sheryl n'avais tout simplement aucune raison de grimper ici, d'autant plus qu'il était au Portugal pour la semaine. Ne restait donc plus que…

« Tyki. » Je saluais avec un sourire en lui ouvrant la porte plus grande pour ne pas le laisser sur le palier. « Je croyais que tu étais parti en ville régler des affaires avec un des avocat de Sheryl? » Je lui demandais, curieuse, alors qu'il regardait ma chambre. Heureusement pour moi, je n'avais pas beaucoup d'affaires, donc absolument rien à faire traîner.

« Ne m'en parle pas… » Dit-il avec un soupir. « Je n'ai jamais vu un homme plus incompétent, je le jure. »

« A ce point-là ? » Je ris en reprenant ma place à mon bureau, devant le dessin en cours.

« Peut-être pas, mais tout de même… » Dit-il avant de s'approcher de moi, observant mon carnet par-dessus mon épaule d'un air curieux. « C'est Road ? » A mon hochement de tête il continua. « C'est vraiment bien, j'ai l'impression que tu t'es encore améliorée. »

« Merci. » Je lui dis avec un sourire rayonnant. J'étais assez fière de ce dessin alors j'étais doublement contente de son compliment, surtout que je n'avais pas l'habitude de dessiner des portraits réalistes. « Alors, qu'est-ce qui t'amène ici ? » Je lui demandais avec curiosité.

« Le majordome en chef a donné les clefs de la bibliothèque à Justin, mais bien sûr, ce dernier a oublié qu'il les avait et est parti avec John à Londres. » Expliqua Tyki en s'appuyant contre le mur. « Et comme je n'ai pas vraiment envie de m'introduire par effraction dans ma propre maison en escaladant les balcons… »

« Une très mauvaise idée, je confirme. » Je soufflais, mi-amusée, mi-terrifiée par le souvenir.

Tyki me lança un regard perplexe mais ne tarda pas à enchaîner. « … Je cherchais quelqu'un pour passer le temps. »

« Ho, vous me blessez Sieur Mikk, et moi qui pensais que vous vouliez vraiment profiter de ma compagnie. » Je déclamais avec un sourire amusé en croisant mes mains sur ma poitrine, là où reposait mon cœur.

Le bougre ne tarda pas à rejoindre le jeu et attrapa ma main pour me baiser les doigts. « Bien évidemment, ma Lady, comment pourriez-vous croire autre chose ? Tout était évidemment une excuse pour vous rencontrer en ces lieux. »

« Oh vraiment ? Dans ce cas, avez-vous pensé à une quelconque manière de passer notre temps si précieux ? »

« … Une partie de carte ? » Dit-il en reprenant son ton habituel, un paquet bien reconnaissable apparaissant miraculeusement dans sa main.

« Tant que ce n'est pas du poker… » Je dis en haussant les épaules avant de tirer ma chaise de bureau vers la table ronde où il distribuait déjà les cartes.

Dans les trois semaines depuis qu'il était arrivé au Manoir, et sans doute grâce à notre jeu stupide le premier jour, nous nous étions considérablement rapprochés. Le fait que nous soyons proche en âge, avions des intérêts communs et beaucoup trop de temps libre sur nos mains avait certainement aidé à la chose, et il n'était pas rare de nous trouver à lire ou à discuter dans la bibliothèque en pleine après-midi.

En fait, chose étonnante, j'avais même recommencé à agir comme je le faisais avec mes amis, c'est-à-dire beaucoup de sarcasme, de blagues idiotes et de jeux de rôles. Bon, il lui manquait les références internet… mais il n'avait pas tardé à prendre ma suite et nous avions déjà eu plusieurs fous rires au dépend des habitants du manoir. Notre dernier jeu consistait à agir comme des nobles de la haute société (ce qu'il était censé être) avant de rapidement enchaîner sur les manières du peuple (ce que j'étais censée être).

C'était amusant et idiot et Sheryl était déjà en train de me considérer comme une mauvaise influence pour son frère. Désormais, je n'étais même plus invitée le soir, lorsque la petite famille se réunissait et Sheryl me lançait un regard suspicieux dès qu'il me croisait avec son frère avant de lui donner un tas de boulot comme pour nous séparer.

Personnellement, les soirées en famille ne me manquaient pas vraiment. D'accord, c'était agréable de passer du temps devant la cheminée à jouer avec les enfants mais Road n'était pas vraiment la plus douce des personnes quand elle s'occupait de mes cheveux et Sheryl me filait des sueurs froides lorsqu'il me fixait. J'avais l'impression qu'il me disséquait mentalement pour décider de mon utilité et… en fait, à la réflexion, c'était peut-être exactement ce qu'il faisait.

« Merde… » Jura Tyki en regardant la carte qu'il avait piochée dans mon jeu. Avec un sourire, je prenais l'autre carte avant de jeter la paire ainsi formée sur la table. Tyki, se retrouvant avec le joker, le jeta sur la pile avec un soupire avant d'attraper les cartes pour les mélanger. J'étais toujours impressionnée lorsqu'il le faisait. Ses gestes fluides, rapides et gracieux donnaient l'impression que les cartes se mélangeaient comme par magie et c'était un assez joli spectacle à voir.

« Une idée de jeu ? » demanda-t-il, ne regardant même pas ses mains qui pliaient et retournaient les cartes machinalement.

« J'ai toujours des idées de jeux. » Je répondis faussement outrée avant de reposer ma tête dans ma main avec une expression neutre. « Mais je n'ai pas vraiment envie de jouer aux cartes… Je m'ennuie un peu, je te l'avoue. »

« Je te comprends. » répondit-il avec un ton conspirateur. « Mais que pourrions-nous faire d'autre ? La bibliothèque est fermée et les gamins sont en cours. » Dit-il en haussant les épaules.

« Nous pourrions aller en ville ? » Je proposais. « Comme ça tu pourras enfin jouer au poker contre des personnes sachant vraiment jouer. » Enfin, plus tricher.

« Je n'ai pas vraiment envie de passer une heure dans le fiacre et puis il est un peu tard, Tricia ne va pas tarder à se réveiller. » Dit-il en haussant les épaules. « Par contre, cela me fait penser, as-tu des nouvelles d'Allen ? »

« Non pas encore. » Je dis en secouant la tête. « Mais ça ne m'étonne pas, il m'a dit qu'ils allaient en Inde et que même s'ils feraient des escales de quelques jours, ils seront sûrement partit avant qu'une lettre leur arrive alors il m'a dit qu'il m'enverrait une lettre seulement lorsqu'il sera sûr de rester quelques semaines au même endroit. Cela ne fait que trois semaines, je ne suis même pas sûre qu'ils soient encore arrivés en Inde. »

« Ho… » laissa échapper Tyki, ayant l'air étrangement déçu. « J'espérais entendre parler de lui… Et ton lancé de couteau, il s'améliore ? » Je fis une grimace à ses mots et il rit en réponse. « Eh bien je crois que nous avons enfin trouvé ce que nous allions faire. Allez viens, tu seras capable de toucher la cible avant la fin de la journée ! » Dit-il en se levant avant de tendre une main vers moi.

« Waw, je vois que quelqu'un est certain de ses capacités. » Je le taquinais en mettant ma main dans la sienne, me laissant tirer sur mes pieds.

« Bien évidemment. » Dit-il avec un sourire avant d'agiter ses sourcils, me faisant rire. « Je suis tout de même un Lord, ne l'oublions pas. »

« He bien, 'Lord' Mikk, montrez le chemin ! » Je répondis en riant, le suivant dans le couloir.


« Et le pire, c'est qu'il avait raison l'imbécile... » Je maugréais en escaladant l'escalier quatre à quatre avec tout de même un mince sourire fier aux lèvres. J'avais réussi à toucher trois fois le centre ! À dix mètres de distance ! Cette victoire personnelle m'avait tout de même fallu beaucoup d'effort et donc, de sueur, surtout dans ma robe impraticable et j'avais donc laissé Tyki ranger notre petit coin près de la forêt pour aller prendre le bain le plus rapide de mon existence avant d'aller réveiller Tricia.

Tricia, justement, était dans une forme phénoménale. Cela faisait des mois, selon elle, qu'elle ne s'était pas sentit aussi bien et elle me proposa aussitôt, avec un air compatissant, d'aller à cheval dans mon village. Lorsque je lui avais demandé confusément de quoi elle parlait, elle m'avait répondu qu'elle pensait que, peut-être, j'aurais souhaité emmener des fleurs sur le site de l'incendie. Sans même réfléchir, un 'non' anxieux s'échappa de mes lèvres et Tricia n'insista pas davantage, posant aussitôt une main sur mon épaule, les yeux triste. Ce fut seulement après coup que je compris qu'elle parlait du village détruit où Dolores Impleton m'avait trouvé le lendemain de Noël, et sur ma vie, je ne pouvais pas comprendre pourquoi j'avais réagi si négativement. Est-ce que, inconsciemment, je me souvenais de quelque chose…? J'avais presque envie de finalement dire à Tricia que je voulais y aller mais lorsque j'ouvris les lèvres pour dire exactement cela, mon ventre se ressera violemment et une bile amère agrippa ma gorge. Expirant un souffle tremblant, je décidai sagement de ne pas continuer dans cette voie et mettait toute l'étrange scène de côté pour y repenser plus tard. Même si l'excursion fut aussi vite annulée qu'évoquée, Tricia décida tout de même promptement de profiter de sa santé retrouvée et du redoux extérieur pour aller faire du cheval.

Et qui savait que les Kamelott avaient une écurie…?

Quoi qu'il en soit, après notre thé bien plus rapide qu'à l'accoutumé, je suivi Tricia dans les jardins jusqu'à l'orée de la forêt, l'opposé de l'endroit où j'avais été avec Tyki plus tôt dans l'après-midi. Effectivement, à cet endroit, plusieurs grandes bâtisses de bois prenaient place, habilement cachées dans une clairière. Là, Tricia m'expliqua qu'ils disposaient d'une petite ferme dont s'occupaient quelques serviteurs et où reposaient, notamment, les chevaux.

En moins de temps qu'il n'aurait fallut à Allen pour dévorer un Sandwich, un gamin débrouillard, Pierrot si j'avais bien entendu le Palfrenier, nous amena deux chevaux tout apprêtés et c'est là que je me rendis compte que Tricia voulait que je monte avec elle. Alors évidement, vous devez vous dire, 'Mais elle est stupide, c'est une dame de compagnie, bien sûr qu'elle est censée faire ce genre de chose !' et oui, vous auriez raison, mais je n'avais pas l'habitude, dans mon ancien monde, de pouvoir chevaucher dès que l'envie m'en prenait. En fait, dans ma vie, je n'avais fait que deux stages d'une semaine et peut-être quelques balades disséminées et tout cela avant que je ne frappe mes douze ans. Autant vous dire que je n'avais pas touché à un équidé depuis pas moins de… quatre, cinq, six ans ? Et même si les bêtes avaient été plutôt dociles et les balades presque ennuyeuses tellement elles étaient dépourvues de toute vitesse, on ne pouvait pas dire que je savais vraiment monter.

Même si cela me faisait mal de lui annoncer la nouvelle tellement Tricia rayonnait de bonheur, ma vie était tout de même sur la ligne et je me résolus à lui annoncer mon manque de compétence.

« Tu n'as jamais monté ? » se désola-t-elle, la mine tout de même un peu perplexe.

« Si, quelques fois il me semble… mais j'étais vraiment jeune et je crains de ne plus m'en souvenir. » Je lui avouais, priant pour que ça n'altère pas ses projets. Elle était tellement rarement en aussi bonne santé, je ne voulais pas lui gâcher son moment.

« Est-ce que tu as peur ? » demanda-t-elle en caressant amoureusement le museau de la jument blanche à ses côtés. « Demeter est très douce je t'assure, même peut-être un peu trop molle, tu n'as pas de crainte à avoir, mais si tu le ressens tout de même, mieux vaut ne pas monter : Les chevaux sentent ta peur. »

Jetant un coup d'œil à la jument marron toujours tenu par le gamin, je réfléchis quelques instants avant d'approcher ma main du cheval. Lorsqu'elle n'eut aucune réaction négative, je la caressais et dit à Tricia que je voulais essayer. Rayonnante, elle me prodigua un tas de conseils et, bientôt, nous étions sur nos fiers destriers sur un chemin boueux en direction de la forêt entourant le manoir. Très franchement, ce n'était pas bien compliqué, en fait, je n'avais même rien à faire. Jamais Tricia n'augmenta la cadence et le cheval se baladait de lui-même en suivant les sentiers plus ou moins formés par d'anciennes balades. En une heure nous étions rentrées et je n'avais jamais vu Tricia aussi vivante, à part peut être lorsqu'elle était revenue d'une soirée à l'opéra avec Sheryl.

Pas loin d'une demi-heure après, alors que je m'occupais de tresser les cheveux de Tricia, la porte de sa chambre claqua, laissant entrer une Road boudeuse qui ne tarda pas à s'écrouler sur le lit de ses parents malgré l'air désapprobateur de sa mère et se plaindre de sa journée constituée, d'après elle, d'un effilement de précepteurs horribles et injustes. Moins de dix minutes plus tard, ce furent des jumeaux à la mine sombre, (même Jasdero !) qui traînèrent leurs pieds dans la pièce avant de se laisser tomber sur le grand tapis en marmonnant. D'ici là, j'avais fini de coiffer Tricia et il était presque l'heure du souper. Voyant leur mine lugubre, Tricia fit de son mieux pour leur remonter le moral, leur proposant même de manger dans la serre au lieu de la salle à manger comme son mari n'était pas là. Cela sembla égayer quelque peu Road qui se mit à gazouiller sa journée à sa mère alors qu'elles se rendaient en bas pour annoncer le changement aux serviteurs du manoir.

« Alors que se passe-t-il ? » Je demandais aux jumeaux en me rapprochant d'eux alors que nous suivions les deux Kamelott tranquillement.

« Villard est un sale bâtard » cracha Devit en fourrant ses mains dans ses poches. « Il arrête pas d'nous foutre des torgnoles pour un oui ou pour un non. » grogna-t-il alors que Jasdero acquiesçait vivement.

« Tu voudrais pas continuer à nous apprendre ? J'aime bien quand tu lis tes livres. » M'avoua Jasdero.

« Je ne suis pas sûre de pouvoir… » Je répondis aux jumeaux en me mordant les lèvres. Arf, je sentais que j'allais regretter ma prochaine proposition, mais ils avaient l'air si triste, c'était criminel de les rembarrer sans solution. « Je n'ai pas la qualification d'institutrice, surtout pas pour des enfants de nobles, Sheryl n'acceptera jamais, mais je peux lui rapporter ce que vous avez dit et lui demander de changer de précepteur lorsqu'il rentrera, si vous voulez ? » Jasdero regarda son frère, mi-incertain, mi-espérant. Devit semblait contre l'idée et je pensais que c'était parce qu'il ne voulait pas montrer de faiblesse à Sheryl mais il finit par acquiescer de mauvaise grâce.

Avec un sourire, je changeais finalement de sujet, les entraînent dans une conversation sur leur nourriture préférée et c'est avec le ventre grondant que l'on s'assit à table aux côtés de Road, Tricia et Tyki qui nous rejoint quelques minutes après. Le repas était amusant et on ne tarda pas à se déplacer dans un des petits salons agréables du manoir. Malgré le redoux de cette fin mars, les nuits étaient tout de même froides et c'est pelotonnés autour de la cheminée que vous auriez pu nous trouver.

Alors que je discutais tranquillement sur un canapé avec Tyki, Tricia faisait de la broderie dans un fauteuil confortable et les trois enfants étaient assis par terre sur le grand tapis en train de lire ou de jouer aux poupées. Lorsque Tyki me demanda le roman que j'avais le moins aimé, je ne tardais pas à faire une grimace avant de m'épancher sur pourquoi « Pierre et Jean » n'était pas mon coup de cœur. Voulant lui montrer un passage que je trouvais particulièrement ennuyant pour appuyer mes propos, je me levais pour aller chercher le livre dans la bibliothèque.

À la lumière d'une bougie, je frôlais les vieux volumes, appréciant l'odeur poussiéreuse rayonnant de la salle. Ayant déjà repéré l'emplacement du livre quelques mois plus tôt, il ne me fallut pas si longtemps, malgré la pénombre, pour le trouver. Le retirant avec un bruit de victoire, je ne tardais pas à souffler ma bougie et fermer la porte de la bibliothèque avant de dévaler les marches en direction du salon. Cependant, alors que je m'approchais de la pièce, des bruits indistincts bien plus forts qu'ils ne devraient l'être attirèrent mon attention. M'approchant de la porte entrouverte, je glissais un œil à l'intérieur pour observer la scène. Sheryl qui était rentrée deux jours plus tôt que prévu, encore en manteau et chapeau tenait sur sa hanche Road qui riait en l'étreignant et retenait de l'autre bras un Tyki plus que réticent. Sur le canapé, Tricia avait posé sa broderie pour observer, le regard plein d'amour, le trio, entouré des jumeaux qui semblaient un peu confus.

Un sourire aux lèvres, je les observais tous, appuyée contre le mur, ne voulant pas les déranger. Sheryl semblait tellement heureux d'être rentré et de voir sa famille ! Il n'avait jamais ce sourire-là lorsque les serviteurs ou même moi étions dans les environs… Et Tricia n'avait jamais paru plus rayonnante qu'à cet instant, entourée des gens qu'elle aimait. Et même si Tyki soufflait des malédictions en levant les yeux au ciel, je savais que ça ne le dérangeait pas vraiment d'être là et puis Road… et puis… et…

La gorge nouée, je passais un doigt sur mes joues humides, regardant ma main mouillée avec incompréhension avant de fixer une nouvelle fois mon regard sur la famille rayonnante.

Pourquoi est-ce que je…

OH.

Oh…

Comme si ma compréhension avait cassé un barrage, mes yeux devinrent flous et il parut bientôt difficile de retenir mes larmes. Posant rapidement le livre sur la table la plus proche, je plaquais ma main gauche sur ma bouche pour supprimer mes sanglots et laissait à ma main droite le soin de se cramponner à la rambarde de l'escalier. Chaque marche était comme une falaise qu'il fallait gravir et je dû me faire violence pour ne pas m'effondrer là, en plein milieu de l'escalier. Enfin arrivée en haut, je fixais mon regard trouble sur le bout du couloir où se trouvait ma chambre avant qu'un soupir tremblant ne m'échappe. C'était trop loin ! Je ne pouvais pas l'atteindre, il fallait que je m'arrête, que je cris, que je pleure, tout de suite, maintenant.

Trébuchant à travers la porte la plus proche, j'eu à peine le temps de remarquer que c'était la salle de musique que je m'écroulais sur le sol contre le mur, le corps parcouru de tremblements incontrôlable. Le souffle court, paniquée, j'emprisonnai naturellement mes genoux de mes bras avant d'y cacher ma tête. C'était idiot, ridicule, c'était encore pire pour respirer, mais… ça me rassurait. Un sanglot passa mes lèvres pourtant serrées et je ne pu plus les retenir. Les uns après les autres, mes pleurs se firent entendre, se répercutant dans la salle vide. Même si je ne pouvais trouver en moi le soin de m'en préoccuper actuellement, heureusement mes gémissements étaient encore assez faibles et on ne pouvait sûrement pas les entendre du couloir.

Le cerveau confus, j'essayais de me calmer à coup d'expirations longues et régulières. C'était stupide, vraiment stupide, pourquoi est-ce que je craquais maintenant ? Cela faisait trois mois que j'étais là, et j'avais souvent vu des scènes familiales de ce genre mais pourtant, pourtant… Ma famille me manquait tellement ! Peut-être que mon cœur avait enfin assimilé ce que mon esprit avait compris tout de suite. Ce n'était pas un rêve, un jeu ou un voyage à durée déterminée…

C'était la réalité.

Comment est-ce que je pouvais même espérer retourner à ma vie d'avant lorsque je n'avais aucune idée de comment j'étais arrivée là ? C'était stupide, irréaliste, je ne faisais que fuir la réalité. Il fallait me faire une raison, je n'étais plus Estelle mais…

« Eve ? » Hésita une petite voix sur ma gauche.

Relevant la tête, le visage sûrement ravagé par les larmes, je vis une fine silhouette sombre se découper dans l'encadrement de la porte entrouverte.

« Road…? » Je murmurais d'une voix rauque et cassante avant de passer une main sur mon visage comme si je pouvais effacer aussi simplement toutes preuves de mes pleurs.

« Qu'est-ce qu'il y a ? » demanda-t-elle en faisant quelques pas délibérément lents vers moi.

« Ce n'est rien… rien du tout… Je suis juste un peu fatiguée. » Je répondis en forçant un sourire sur mes lèvres avant de poser une main sur le mur pour essayer de me pousser sur mes pieds. Mais avant que je ne puisse entamer mon mouvement, une petite main vient enserrer la mienne, me forçant à plonger mon regard dans celui de la petite fille.

« Eve, que se passe-t-il ? » demanda-t-elle une nouvelle fois, la voix calme et posée, bien loin de ce que l'on pourrait attendre d'une fillette de cet âge. Ce ne fût pas sa question qui relança la douleur, mais bien ce nom que je n'avais porté que trois mois et qui me définissait maintenant. Comme une marionnette à qui on aurait coupé les fils, je m'effondrais une nouvelle fois contre le mur, les yeux brillants de larmes et les lèvres résolument tournées vers le bas comme si un poids les empêchaient de remonter. Même pas une seconde plus tard, la petite fille s'installait dans mes bras, une main caressant mes cheveux et une autre enserrant mes épaules. Automatiquement, mes bras la serrèrent en retour, désespéré du manque de câlin au cours des derniers mois et comme si c'était le signal, mon corps se secoua à nouveau sous de violents sanglots.

Il aurait bien pu passer une minute ou bien deux, ou même dix avant que je n'ouvre une nouvelle fois la bouche, autrement que pour m'étouffer sur l'air.

« Je… je… ils me manquent tellement… » Je soufflai finalement, essayant de former mes pensées diffuses en phrases intelligibles.

« Qui ça ? » Murmura Road comme si n'osant pas élever la voix de peur que je me renferme.

« Ma… ma famille. » Je bégayais avant qu'un rire sans joie ne m'échappe. « J'ai… 18 ans… Maintenant… » Je dis, incrédule, en pensant à l'âge aléatoire que je leur avais sorti quelques semaines plus tôt. « Et je… je… maintenant…je ne fêterais plus jamais mon anniversaire avec eux parce qu'ils… » parce que je… « parce qu'ils… » …ne suis plus… « ne sont… » …plus là. « plus là. » Je murmurais enfin, ma voix se brisant sur les derniers mots.

Et tout à coup, comme si le dire à haute voix m'avait fait accepter le fait que je ne les reverrais plus jamais, mes pleurs se calmèrent, évoluant à de simples reniflements inélégants.

Les bras de Road se resserrèrent autour de moi, et je savourais cette chaleur humaine, ou enfin presque humaine, qui m'enserrait comme un cocon protecteur. Finalement, mes pleurs se calmèrent jusqu'à ce qu'il ne me reste plus que leurs ravages sur mon visage pour montrer leur présence. Dénouant mes bras de la jeune fille, je la laissais reculer alors que je soufflais très profondément pour retrouver un semblant de calme.

C'était peut-être cliché, mais j'avais l'impression qu'un poids que je n'avais jamais remarqué venait d'être ôté de mes épaules.

« Merci. » Je murmurais avec un sourire sans doute trop fragile alors qu'elle serrait ma main en réponse.


Encore à moitié endormie, je m'enfournais un peu plus profondément dans mes couvertures. Je savais que j'allais devoir bientôt me lever… mais je ne pouvais tout simplement pas m'en faire. Soudain, la porte claqua avec un bruit à réveiller les morts et un démon de l'enfer atterrit avec un cri inhumain sur mon lit, un coude mal placé s'enfonçant dans mon ventre et me coupant le souffle.

« Joyeux anniversaire ! » Cria une voix suraiguë beaucoup trop proche de mon oreille pour mon confort. Gémissant, je tentais d'attraper quelques gorgées d'air alors que…

Attendez…

Quoi ?

« Quoi ? » je m'étranglais en me retournant pour pouvoir observer le diable, alias Road, dans les yeux.

« Joyeux anniversaire Evy ! » répéta-t-elle en gazouillant alors que la porte de ma chambre s'ouvrait une nouvelle fois à la volée pour laisser apparaître une Tricia inquiète, un Sheryl ennuyé, un Tyki baillant et des jumeaux curieux.

Evy ? Anniversaire ? Mais qu'est ce qu'elle avait prit...? Me disant que, peut-être, cette soudaine exclamation devait être dû à notre conversation d'hier soir, je me creusais la tête pour essayer d'en retrouver la cause. Ah. Je pensais savoir d'où venait le problème. Dans mon discours sans queue ni tête, elle avait dû comprendre, lorsque j'avais mentionné mon anniversaire, qui était juste une manière d'évoquer l'absurdité de la situation vu que je ne connaissais même plus mon âge, que j'étais dans cet état-là à cause de mon anniversaire. Qui n'était pas du tout à cette période de l'année soit dit en passant. Soupirant, je jetais un coup d'œil sur ma table de nuit, découvrant ma nouvelle date de naissance imprévue.

Hum...

Le premier avril.

Si ça c'était pas une intervention divine de mauvais goût...


Alors, tout au long de ce mois d'octobre, il y aura un tas de petits événements! Donc je vous mets les dates ci-dessous pour que vous puissiez être paré!

5 octobre: Bien entendu, le chap 13 de NlN, qui marque le premier anniversaire de la fic, on applaudit! Un chapitre qui marque un tournant décisif pour le personnage principal et aussi la fin des chapitres d'introductions :)

10 octobre: La mise à jour des 7 premiers chapitres de UAPV corrigée par Arya avec un nouveau chapitre 1 (presque) entièrement réécrit!

15 octobre: Le chap 30 de UAPV, qui marque notre entrée dans la troisième dizaine et les deux ans de publications mensuelles! (3 ans en tout et 4 ans que je l'écris) Et le moment que vous attendez tous avec Allen, les exorcistes, les Noahs et Cross!

20 octobre: La mise en ligne sur mon Tumblr des fanart et fanfic m'ayant été envoyé au préalable. Pour les OS ou autres dessins postez-les sur votre compte vers cette date, envoyez moi juste le lien !

25 octobre: La publication du premier chapitre de Shading the Black! Et oui, la version anglaise de NlN, traduit par Lyra !

30 octobre: La mise en ligne sur mon Tumblr des Fanart d'Anima et d'Eve

31 octobre: L'OS crack spécial d'UAPV, "Au temps pour nous" !

Pensez aux reviews et rendez-vous le cinq du mois prochain !