Histoire: Une Touche de Couleur dans le Gris

Livre 1 : Nuancer le noir.

Date: 5 novembre 2017, corrigé en novembre 2021

Beta: Elda (2017) et Kira (2022)

Fandom: D Gray Man

Avertissement: Non, je ne possède pas D Gray Man et je ne fais aucun profit avec cette histoire.

Résumé: Après avoir atterrit au XIXème siècle, Estelle se rend rapidement compte qu'elle s'est fait engager par la famille Kamelott, fondamentalement, les méchants de DGM. Prenant le nom d'Eve, elle devient alors la dame de compagnie de Tricia Kamelott et l'aide dans ses tâches quotidiennes. Maintenant que sa vie est un peu moins chaotique, Eve réfléchit à son arrivée dans ce monde et prend la décision de se faire son propre avis sur les personag... personnes de ce nouveau monde malgré sa connaissance du manga. Elle prend cependant vite conscience de la différence sociale des femmes à cette époque et commence à avoir peur pour son avenir surtout lorsque débarque Road et les jumeaux...

Trigger du chapitre: Dépression


Pourquoi est-ce que je poste ce chapitre aussi tard? Non, non, je l'ai fini depuis deux semaines, c'est pas le problème. En fait, je voulais absolument terminer mes devoirs avant.

J'ai pas réussi.

Et je ne vous parle même pas du reste...

Mais bref, à un moment, j'ai tout de même remarqué que "Ho diantre, il est 23h30 et je n'ai pas corrigé le chapitre!"

Et du coup me voilà :D

Bonne lecture!


Chapitre 14 : Discussion embarrassante

Samedi 11 Avril

« Dit, Eve... » demanda Jasdero timidement en poussant sa nourriture dans son assiette. Curieuse, je posais ma fourchette pour lui donner toute mon attention, attendant patiemment qu'il élabore. « Je te trouve un peu… bizarre ces temps-ci, 'fin j'veux dire, t'es pas comme d'habitude. » marmonna le jeune garçon.

Fronçant les sourcils, un peu perplexe, Jasdero s'empressa de bégayer une explication. « Pas en mal ! Chais pas, t'es… euh.. » Le jeune garçon lança un regard implorant à son frère qui leva au ciel mais exprima les mots que cherchait désespérément son jumeau. « Ouais, t'as l'air plus joyeuse » dit Devit, Jasdero acquiesçant furieusement à côté de lui.

« Ah oui ? » Je demandais, surprise de la remarque avant d'y réfléchir sérieusement. « Peut-être est-ce parce que j'ai enfin fait mon deuil... »

« Ton… quoi ? » marmonna Devit en croisant les bras, semblant tout à fait malheureux d'avouer son manque de vocabulaire.

« Le deuil, c'est quand on accepte enfin la disparition ou la mort d'un être proche. » J'expliquais en choisissant soigneusement mes mots. « Avant d'y arriver, on dit qu'il y a cinq étapes, le déni, la colère, la négociation, la dépression et, enfin, l'acceptation. » Et tiens, ça me rappelait Majora Mask… Urgh, non, lui non plus je pourrais jamais le finir ! Euh, mais attendez, quand est-ce que je l'avais même commencé ? Fronçant les sourcils en essayant de m'en souvenir, je fus tirée de mes pensées par une question innocente.

« Et, tu l'as fait ton "deuil" maintenant ? C'est pour ça que t'as l'air plus heureuse ? » Demanda Jasdero, véritablement curieux.

A ces mots, je ne pu m'empêcher de sourire tristement. « Je pense, ou tout du moins, je l'espère. Ça fait des mois maintenant, il est temps de passer à autre chose... »

Jasdero acquiesça, semblant réfléchir à mes mots. Attrapant le regard de Devit, je levais un sourcil lorsque je le sentis hésiter. « Et, t'as fait le deuil de qui ? » demanda-t-il finalement, et c'est là qu'on voyait tous les progrès qu'ils avaient fait ces derniers mois, car ce fut avec un certain soin, certes maladroit, mais tout de même présent, qu'il me posa la question. Deux mois plus tôt, j'aurais à peine eu de droit à une question, à peine intelligible, grogné à mon visage.

« De ma famille. » Je répondis doucement, et je le vis lancer un regard illisible à Jasdero. Sans doute imaginait-il ce que cela ferait de perdre son frère ? « Mais, comme je l'ai dit, je pense que je l'ai accepté. Ça ne veut pas dire que ça ne fait plus mal et je vais surement être triste de temps en temps… Mais j'ai maintenant une autre famille bien différente de ma première pour m'aider! » Je dis et les deux jumeaux rougirent au sous-entendu.

« Pff, comme si je te voudrais dans ma famille. » répondit Devit en croisant les bras, le menton haut.

« Ho, vraiment ? » Je dis avec un sourire taquin avant de mettre les mains sur mon cœur dans une pose très exagérée. « Hélas ! Il ne me reste plus qu'à revenir à ma déprime... »

« Non ! » Cria Jasdero en se levant d'un bond avant de rougir d'embarras et de se rasseoir plus doucement. « Avant, même si tu souriais, tes yeux étaient tristes… alors, je suis content que t'ailles bien maintenant » murmura-t-il et je sentis une bulle d'émotions éclater dans ma poitrine.

« Merci beaucoup Jasdevit, je suis tellement heureuse de vous avoir rencontrés. » Je chuchotais en attrapant Jasedero pour lui faire un câlin d'une main, l'autre agitant les cheveux de Devit qui grogna mais ne frappa pas ma main pour autant.

Le progrès, je vous le dis!


La suite de la matinée se passa ensuite sans grand événement. En comparaison avec la semaine dernière, je veux dire. Le lundi après mon nouvel anniversaire, Ernest Impleton, l'intendant qui m'avait accueilli au manoir, avait pris sa retraite. C'était assez soudain pour moi, mais à priori l'idée était sur le tapis depuis un bout de temps. Jean me dit qu'Eliott était depuis deux ans en apprentissage sous ses ordres pour devenir intendant. Je ne sais pas trop comment je me sentais à ce propos… Pour tout avouer, je ne m'entendais bien avec aucun des valets de pied. Alphonse faisait trop le beau et me regardait avec dégoût à chaque fois qu'il me croisait aux cuisines et Hilton semblait constamment se moquer de moi avec Marie. Et Eliott… hé bien, comment dire… Si je devais parier sur un seul employé dans tout le manoir qui soit un akumas, Eliott serait mon premier choix, sans hésiter. Il était froid, mécanique, précis, efficace. Son sens de l'empathie semblait s'être fait la malle il y a belle lurette et je ne l'avais jamais vu esquisser une autre émotion qu'un léger agacement. Je sais que les akumas étaient souvent haut en couleur à partir du niveau 2, ou en tout cas, de ce qu'on en avait vu dans le manga. Eliade, Chomesuke, l'akuma de gravité, l'akuma 4… Mais je refusais de croire qu'un être si robotique pouvait être humain.

Autant dire que j'étais terriblement déçue de voir partir Ernest Impleton.

Pas que je le voyais beaucoup auparavant, mais Tricia m'envoyait de plus en plus parler avec les intendants pour donner son autorisation d'utiliser tels couverts pour tels invités ou se renseigner sur le menu pour tels autres. Et déjà que l'intendante, Eudora Landless, semblait me trouver stupide, je n'avais pas envie de me coltiner Eliott (le possiblement akuma) en plus.
Qui plus est… hé bien, je ne sais pas ce que je serais devenue sans la gentillesse d'Ernest. Je ne sais pas si c 'était un coup de chance cosmique ou autre mais même avec les recommandations de sa sœur Dolores, jamais il n'aurait dû m'engager. Mais d'une manière ou d'une autre, j'étais là et je m'étais épargner une possible carrière dans la prostitution en prime. C'est donc avec un sourire doux que je lui dit au revoir en compagnie des autres employés, lui demandant au passage de saluer et remercier sa sœur encore une fois.

Le reste de la semaine avec Eliott au commande se passa heureusement sans encombre et voilà comment nous en étions arrivé là, ce matin, avec les jumeaux. Ensuite, comme à mon habitude, je rejoins Tricia dans sa chambre et l'aidais à se préparer pour la journée. Malheureusement, elle semblait encore plus fatiguée que d'ordinaire et on ne fit pas grand-chose de palpitant. En fait, on passa notre matinée entière dans le petit salon, elle, à dormir à moitié dans un fauteuil confortable et moi, à lui lire à haute voix un recueil de poésie quelconque. Hey, pour ma défense, elle avait insisté ! Sois disant que lire des poésies m'aiderait à améliorer mon anglais. Hé bien oui, c'est vrai, mais c'est tout de même assez fatiguant de buter sur chaque mot à cause du vocabulaire archaïque. Elle aurait pu me donner un poème en latin que ça aurait été le même résultat catastrophique. Heureusement qu'elle était beaucoup trop fatiguée pour m'écouter réellement...

Dès que l'horloge du salon sonna midi, je m'empressai de claquer mon livre fermé avec un soupir de soulagement et je me levai pour aller réveiller Tricia. Un peu hors d'elle, il lui fallut plusieurs minutes pour se réveiller correctement avant que je ne puisse la guider jusqu'à la salle à manger. Là, se trouvait déjà les jumeaux et Road en pleine querelle et Tricia se dépêcha de s'avancer vers eux pour les calmer.

On aurait pu penser que ce serait étrange que les jumeaux viennent de leur plein gré et à l'heure qui plus est, à un événement familial, et vous auriez eu raison si vous aviez fait cette hypothèse quelques semaines plus tôt. Cependant, depuis que les jumeaux voyaient un précepteur, ils profitaient de chaque instant pour sortir de ses griffes. Ainsi, au lieu de traîner dans leurs chambres jusqu'à ce qu'une servante insistante ou moi, ne les fassions venir à table, ils sautaient pratiquement hors de leur salle de cours aussitôt le premier gong de l'horloge retentit.

« Ho, Eve, pourrais-tu aller chercher Tyki ? Il a encore dû rester absorbé dans ses romans. » Me demanda Tricia, une main sur l'épaule de Road, une autre sur la tête de Devit, les empêchant physiquement (ou tout du moins en apparence, car ce n'était pas Tricia qui allait arrêter deux Noahs déterminés…) de se jeter à la gorge l'un de l'autre.

« Oui bien sûr. » Je souris avant de me diriger vers la bibliothèque, le premier endroit où je pensais pouvoir le trouver. En montant les escaliers, je croisais Rosina, la femme de chambre personnelle deTricia. Elle tenait dans sa main le courrier du jour qu'elle n'avait pas pu donner à Tricia au petit déjeuner à cause de sa fatigue. Échangeant quelques bonjours rapides, je la laissais pour continuer vers la bibliothèque et frapper à la porte. J'y trouvais bien Tyki dans un fauteuil confortable près de la fenêtre. Levant les yeux à mon arrivée, il jeta un coup d'œil à l'horloge avant de se lever en soupirant. « J'ai encore perdu la trace du temps, on dirait… »

« Oh, oui, c'est loin d'être la première fois et j'imagine que ce sera loin d'être la dernière. » Je répliquais avec un sourire amusé avant de lui tenir la porte ouverte. Descendant tranquillement les escaliers dans un silence confortable, on arriva finalement à la salle à manger où régnait une agitation bien différente que celle de quelques minutes plus tôt. En effet, dès que je posai un pied dans la salle, tous les regards convergèrent vers moi. Cela, en soit, n'était pas vraiment étonnant, tout le monde regardait lorsque quelqu'un entrait dans une pièce. Non, ce qui était étrange, c'était la longueur de ce regard mais aussi leur nature. Celui de Tricia semblait coupable alors que celui de Jasdero était empli de confusion. Mais ce fut surtout l'air mutin de Devit et la mine innocente de Road qui me mirent sur la défensive…

« Qu'est-ce qu'il y a ? » Je demandais brusquement en faisant deux petits pas dans la direction du groupe, prêt à décamper à tout moment… même si j'espérais que ce n'était pas le commencement d'une nouvelle bataille rangée entre les jumeaux et Road… Je m'étais retrouvée avec de la peinture rose dans mes cheveux la dernière fois et ça avait été un vrai casse tête à enlever. Je notais vaguement que Tricia était debout près de Road. C'était étrange, car elle se sentait tellement fatiguée depuis ce matin que j'avais dû la soutenir tout le chemin jusqu'à la salle à manger.

« Rien ! » Répondit trop rapidement Road et je sentit Tyki toussoter derrière moi pour cacher son rire. Levant un sourcil, je croisais les bras et pris ma pose de je-sais-que-tu-mens-tu-as-intérêt-à-me-répondre-tout-de-suite qui avait étonnement fonctionné à plusieurs reprises. Cependant, je n'eus même pas le temps de la tenir une seconde que Tricia enchaînait déjà.

« Road, ma chérie, s'il te plaît donne lui la lettre. » la pria Tricia avant de poser une main sur la table précipitamment lorsqu'un vertige la prit. Cependant, avant que je ne puisse voler à sa rencontre pour m'enquérir de son bien être, Jasdero m'avait battu à la tâche et semblait maintenant aider la maîtresse de maison à regagner son siège.

« La lettre ? » Je demandais, curieuse en gardant tout de même un œil sur Tricia.

Road soupira théâtralement avant de sortir une lettre de derrière son dos et de faire la moue. « Tu n'as jamais reçu une seule lettre depuis que tu es arrivée ici ! Je voulais savoir ce qu'elle disait... » geint-elle alors que Devit attrapait la lettre et me la donnait de mauvaise grâce. A priori, lui aussi était curieux… Moi, de mon côté, je me demandais si c'était une erreur. Après tout, je ne connaissais personne dans ce monde en dehors des gens de ce manoir, qui aurait bien pu m'envoyer une lettre ?

Ah.

Je suis stupide.

« C'est peut-être le gamin ? » Dit curieusement Tyki en se rapprochant de moi pour lire la lettre par-dessus mon épaule. Et n'était-ce pas excessivement mal poli ? Merlin, mes mauvaises manières déteignait sur Tyki, Sheryl allait nous faire une crise cardiaque…

« Oui, c'est lui. » Je répondis lorsque je vis l'écriture cursive. Étonnement, malgré sa lenteur en lecture, Allen avait une très jolie écriture… Fébrile, je déchirais l'enveloppe le plus proprement possible avant d'en extraire la lettre et de la parcourir du regard, le sourire au lèvre.

« Ah ! Il demandes comment je vais ! » s'exclama Tyki, un sourire nettement reconnaissable dans sa voix.

« Alors ? Qui est-ce ? Qu'est-ce que ça dit !? » Demanda Road accrochée à ma robe et se mettant sur la pointe des pieds pour essayer de lire la lettre. Cependant, même ainsi, elle était encore trop petite et je pouvais la garder hors de portée sans encombre.

« C'est un ami, Road, tu ne le connais pas. » Je répondis distraitement en parcourant toujours la lettre, le sourire aux lèvres.

« Comment Oncle Tyki peut le connaître, alors ? » Demanda-t-elle en tirant sur ma jupe pour que je lui prête plus attention. J'avais en règle générale beaucoup de patience pour les enfants, mais il fallait avouer que là, Road effilochait mes nerfs. Je n'avais qu'une envie, lire cette lettre et elle le savait très bien, mais comme elle ne pouvait pas savoir son contenu, elle faisait de son mieux pour m'en empêcher également.

« Eve me l'a présenté lorsque tu étais à l'école. » Lui répondit Tyki en attrapant sa main, empêchant Road d'arracher ma jupe. Oh, merci, ce gars était un sain ! Techniquement, c'était vrai. En effet, le jour où nous avions rencontré Tyki avec Allen, Road était bien à l'école… Mais si la situation était correcte, quoique très allégée en explication, toute l'affaire de la rue et vagabonds momentanément oubliés, Road assumerait sûrement que la rencontre avait eu lieu après ma date officielle de rencontre avec lui, soit lorsque Tyki était revenu au manoir.

« Mais pourquoi tu ne nous l'as pas présenté ensuite ! Tu aurais pu le ramener au manoir, on aurait joué tous ensemble ! » se plaignit Road en croisant les bras sur sa poitrine.

Et moi, dans mon esprit…

NOP

Présenter un petit Allen innocent de treize ans à Road ?

Ahah,

Comme si.

Rien que le mot « jouer » me rappelait que Road ava… enfin non, elle avait pas du coup, elle ferait ? Hum bref, qu'elle poignarderait l'oeil d'Allen.

Et puis qu'elle l'embrasserait après.

Avant de le cribler une nouvelle fois de bougies….

Et puis de lui faire un gros câlin pour le calmer.

À deux ou trois reprises.

« C'est décidé, tu l'invites cette semaine pour le thé ! » déclara Road en frappant dans ses mains, ramenant efficacement mon attention.

« Oh oui, cela me plairait de rencontrer ton ami ! » acquiesça Tricia, ayant repris des couleurs.

Prenant mon air le plus désolé, je leur fis un soupir déchirant alors qu'à l'intérieur j'étais presque en train de pleurer de soulagement… j'avais failli envoyer la trame scénaristique du manga dans les orties et ça ne faisait même pas six mois ! « Ho, je suis vraiment désolée, mais ce n'est pas possible. Il est à l'étranger en ce moment, c'est pour cela qu'il m'envoie une lettre. »

« Il ? C'est un garçon ? » s'exclama Tricia, en s'approchant de moi, les yeux luisant de… quelque chose que je ne voulais vraiment pas savoir. AH! En effet, parlant en anglais tout du long, le genre n'avait pas été évoqué jusqu'à maintenant... Tout à coup, Road se mit à pousser un cri suraigu, amenant les jumeaux à plaquer leurs mains sur leurs oreilles, et donna un coup de coude dans le ventre de Tyki pour qu'il la lâche et puisse s'accrocher une nouvelle fois à ma robe.

« Il est mignon ? Il t'as fait la cour ? Il est de haute naissance ? Qu'est-ce qu'il t'as offert ? Est-ce qu'il… » Commença à gazouiller Road à toute allure avant que je ne puisse poser une main sur sa bouche. Ce n'était peut être pas l'étiquette à maintenir auprès de son employeur, mais c'était efficace alors…

« Road, non, stop ! Il a treize ans, c'est pratiquement mon petit frère ! » Je répondis, la coupant dans son élan. « Et de toute façon, ce n'est pas comme si je voulais me marier maintenant. » Ou jamais pour cette question… mais on ne sait pas, malgré mes aprioris, je pourrais peut-être trouver quelqu'un d'intelligent, drôle, pas sexiste…

Aaha

Comme si…

« Quoi ? Pourquoi? Tu es en âge pourtant. » demanda Road, Tricia acquiesçant à ses mots et les jumeaux se dandinant mal à l'aise derrière. Pour le coup, j'aurais plutôt eu tendance à faire comme eux… Pourquoi parlait-on de mon futur non-mariage, déjà ?

« Peut-être au yeux de la société, mais personnellement, je ne me sens certainement pas assez mature pour choisir une personne à qui m'attacher pour le reste de ma vie. » Parce que pas question de divorcer ici. « Et comme j'ai le choix... »

« Eh bien, techniquement, comme tu es orpheline, tu es sous la juridiction de ton employeur donc… Sheryl. » m'apprit tranquillement Tyki.

Je… pardon ?

Est-ce que je venais juste d'apprendre que mon futur dépendait exclusivement d'un gars qui, actuellement, n'avait pas l'air de me porter dans son cœur à cause de ma proximité avec son frère à qui il vouait un amour plus que suspect ?

Ahah

Comme si… euh non, je l'ai déjà trop dit, changeons de registre.

C'était une blague… n'est-ce pas ?

Malheureusement pour moi, les filles acquiescèrent en arrière-plan.

« Il n'oserait pas ?! » je sifflais et, oui, ma voix était peut-être un peu plus aiguë que d'ordinaire.

« Je ne vois pas pourquoi tu es absolument contre, c'est merveilleux le mariage ! Regarde-moi, je suis tout à fait épanouie. » Me répondit Tricia, la discussion amoureuse lui ayant apparemment rendu des forces. Je dus me mordre la langue pour ne pas lui répondre qu'elle était peut être heureuse, mais que sa famille se constituait exclusivement de surhommes voulant détruire l'humanité donc, automatiquement, elle aussi. « Mais je comprends, ça n'a pas besoin d'être tout de suite… mais pense à considérer la chose. » Ajouta-elle avant de jeter un regard évaluateur à Tyki. « Tu es encore jeune après tout. Tyki, par contre, devrait commencer à y songer sérieusement, il a le bon âge, et je rêverais de neveux et nièces à gâter. »

Tyki, qui avait littéralement passé la conversation à sourire stupidement de mon malheur perdit tout à coup son rictus au profit d'une grimace douloureuse. Me lançant un regard agacé qui exprimait sans aucun doute que c'était de ma faute si on ramenait ce sujet sur le tapis, il se concentra à nouveau sur Tricia avec une mine plus douce.

« Comme Eve l'a si justement dit, je ne me sens pas assez mature mentalement pour choisir une seule femme à aimer à vie. » déclara-t-il avec finesse. Ho le con, il essayait de ramener l'attention sur moi. C'était traître, et je lui fit bien savoir mon mécontentement avec un regard appuyé auquel il répondit avec une courbure des lèvres assurant sa suffisance.

Avant que je puisse trouver un autre moyen de lui renvoyer la patate chaude cependant, Road s'écrasa une nouvelle fois dans la conversation avec grâce : « Ho, vous avez tellement en commun ! »

Ho.

Non.

Elle ne ferait pas ça ?

« Vous iriez tellement bien ensemble ! » ajouta-t-elle sadiquement en martelant pratiquement le mot 'tellement'.

Elle l'a fait…

Je vis alors le regard enchanté de Tricia et la mine diabolique de Road et je ne pu faire autre chose qu'échanger un regard paniqué avec mon compagnon d'infortune, j'ai nommé le sieur Tyki Mikk.

Ho, tiens, en parlant de Lord...

« Voyons, ce n'est pas possible, je n'ai clairement pas un rang acceptable pour me marier dans la noblesse, soyons raisonnable. » je répondit précipitamment essayant d'accrocher le regard de Tricia avec le miens.

« Oui, Road, ne dit pas de bêtises. » Ajouta Tyki vainement.

Mais le mal était fait, et même si la chose semblait impossible actuellement, Tricia avait ses moyens…

Suite à cela, le repas se passa dans un silence tout relatif, à peine entrecoupé de conversations sans grand intérêt entre Road et Tricia. Personnellement, j'avais préféré rester calme à ce repas et ne pas piper mot, ça ne servait à rien de relancer les filles après tout.

Sans grand étonnement, Tyki avait décidé de faire de même.

Finalement, sans rien d'autre pour nourrir son hystérie, Tricia se sentit à nouveau fatiguée et ne tarda pas beaucoup plus longtemps à la fin du repas. Prenant toutes les deux notre congé sans même un dessert (tarte aux citrons, je n'en aurais pas voulu de toute façon) je la guidais, la soutenant à moitié, dans les longs couloirs jusqu'à sa chambre où elle s'assit avec un soupir de soulagement sur son lit.

« Est-ce que tu veux que je te lise quelque chose ? » Je lui demandais en m'approchant de la petite bibliothèque près de la fenêtre qui contenait tous ses livres préférés.

« Ho non, il fait tellement beau dehors, ne reste pas ici, va te promener ! Je ne vais rien faire d'autre que dormir de toute façon » Me répondit Tricia en s'installant sur la pile de coussins parsèment le lit.

« Ça ne me dérange pas, tu sais. » je lui assurais en m'asseyant sur la chaise idéalement placée à son chevet.

« Je le sais bien... » Dit-elle avec un sourire fatigué en prenant ma main. « Ho je sais ! Pourquoi n'irais-tu pas aux écuries prendre un cheval ? »

« Je suis assez sûr que je ne suis pas assez adroite pour monter seule... » Je lui répondis douteusement.

« Qui a parlé de monter seul, tu n'as qu'à y aller avec Tyki, c'est un très bon cavalier, tu sais. Il n'a pas monté depuis son retour, je suis sûre que ça lui ferait plaisir. »

Je levais un sourcil à cela. Je sentais qu'elle n'allait pas lâcher le morceau de sitôt… « Je ne pense pas que... » Je commençais à répondre avant qu'elle ne me coupe en voyant Marie passer dans le couloir.

« Marie ! Pourrais-tu aller demander à Tyki de rejoindre Eve aux écuries ? » demanda Tricia sans même écouter mes plaintes.

« Bien sûr, Maîtresse » s'inclina Marie avant de s'exécuter, me lançant un regard dédaigneux au passage. Marie… ne me portait pas dans son cœur. C'était la femme de chambre attitrée de Road mais la petite fille l'avait complétement délaissée à mon profit d'après ce que m'avais dit Clarisse. J'essayais de limiter la casse en forçant les sourires et en lui proposant mon aide mais ça ne semblait pas arranger les choses...

« Tu devrais te changer Eve, tu ne peux pas chevaucher dans cette tenue ! Prends celle que je t'avais prêté la dernière fois. Tu peux aussi bien la garder d'ailleurs, elle te va mieux de toute façon » commença à gazouiller Tricia jusqu'à ce qu'elle soit finalement assez épuisée pour me laisser partir.

Il n'y avait aucun moyen d'y couper de toute façon alors j'enfilais la robe à peine moins impraticable que la mienne et certainement peu adaptée au moindre effort sportif et je descendis aux écuries. Avec tout le temps qu'il avait fallu pour me changer (pour ma défense, les robes de l'époque n'étaient vraiment pas simples à enfiler seule lorsqu'on dépassait celle de piètre qualité des gens du peuple…) Je n'étais pas étonnée de trouver Tyki déjà en tenue et prêt à partir.

« Tu sais que j'avais autre chose de prévu... » soupira-t-il dès mon arrivée. Charmant. Enfin, je ne pouvais pas lui en vouloir, j'avais moi même prévu de finir ce portrait de Road que j'avais mis de côté et je devais bien tirer une tête de trois pieds de long.

« Plains-toi à ta belle sœur, je n'y suis pour rien. » Je marmonnais alors que je m'approchais d'un box contenant le même cheval que la dernière fois.

« Aucune chance » répliqua-t-il. « Elle en parlerait à Sheryl qui me ferait la morale pour le reste de la journée. » Dit-il en roulant des yeux avant d'hausser les épaules avec un sourire taquin. « Et puis de toute façon, ce n'est pas si mal une balade à cheval, surtout en agréable compagnie. »

« Hoo, je suis touchée. » Je ris avec une bonne dose de sarcasme pour arroser le tout. C'est ce moment que choisit Pierre, le jeune garçon d'écurie et le fils de Philippe le palefrenier, pour amener nos chevaux et je montais dessus non sans le moindre effort à cause de ces stupides robes. D'accord, c'était joli à regarder et agréable à porter lorsqu'on restait à la maison, mais faire du sport avec ces monstruosités ? Qui en plus étaient censés être des vêtements spéciaux pour monter ?

Mouais.

« He bien tu paraissais plus dégourdie lorsque tu étais Robin. » Se moqua Tyki, déjà sur son cheval, en me voyant galérer à monter sur le mien.

« Écoute, on échange de vêtements et on en reparle après, d'accord ? » Je répondis un peu sèchement lorsque je fus finalement installée. Tapotant de mes talons les flancs du cheval en essayant de rester le plus digne possible, ce dernier se mit en branle et marcha tranquillement sur le petit chemin de terre menant à la forêt. Derrière moi, Tyki fit un espèce de petit sifflement et son cheval trottina rapidement à ma hauteur.

Finalement, la balade fût plutôt agréable. L'air était assez doux pour un mois d'Avril et Tyki avait un tas d'anecdotes inépuisables sur les idioties qu'avait fait son frère. On rit donc toute l'après-midi aux dépens de Sheryl, nos conversations à peine entrecoupées par quelques agaçantes branches basses. Après sûrement une bonne heure de balade cependant, Tyki me dit qu'il avait quelque chose à me montrer et, abandonnant nos chevaux dans une clairière, il me guida à travers un bosquet d'arbres particulièrement touffus que je n'aurais même pas pensé à traverser autrement. Plus on avançait entre les arbres, plus la pente devenait ardue, au point même qu'il nous fallut grimper les derniers mètres.

Mais ça en valait totalement le coup, la vue était splendide.

Alors qu'autour de nous, les arbres restaient toujours aussi serrés, comme pour entourer ce petit coin de paradis, au milieu de la cuvette, la situation était tout autre. Devant nous, la végétation n'était plus qu'un bosquet d'arbres clairsemés descendant en pente douce jusqu'à un petit lac. Entourant la moitié de celui-ci, il cédait cependant rapidement sa place à un champs d'herbes folles. Seul un arbre massif, l'unique feuillu au milieu du champ, laissait courir ses branches au-dessus du lac et je n'avais qu'une envie : y fabriquer une cabane et sauter dans l'eau.

Cependant, Tyki était présent et je devais de toute façon revenir au manoir pour aider les jumeaux avec leurs devoirs comme je l'avais promis.

Me détournant à contre cœur, je remercie Tyki et le suivis pour continuer notre balade.

Mais je me fis la promesse d'y revenir au plus vite.


Spéciale dédicace à Kira pour le "feuillu" ("C'est quoi cet indice? on est dans une FORÊT!")

Autrement, je tiens à vous dire que Lyra a commencé la traduction de cette fanfic sous le nom de "Shading the Black" pour ceux souhaitant améliorer leur anglais ;) Dans le registre fanfic, il faut aussi absolument que je vous parle d'Elogane qui a écrit une side-fic "Nuancer les sentiments" (num: 12694194) que je confirme être canon! Le premier chapitre est super (et qu'est ce que c'est bizarre mais drôle de voir Eve écrite par quelqu'un d'autre X) et le bout du second qu'elle m'a envoyé promet un bon fou rire également!

Cette fanfic faisait partie de l'initiative d'octobre dont je remercie tous les participants très chaudement! Pour NlN, j'ai eu le plaisir de recevoir également un dessin d'Eve de Kazemarune, la représentation de la rencontre d'Eve et de Cross du chap 11 par Arya et la photographie du chap 10 redessiné par UtopiA! N'hesitez pas à voir tout ça sur mon tumblr (ennael également)

Enfin, je voudrais tous vous remercier avec un hug général Parce que je viens de réaliser qu'en pile deux ans... je suis passé de 118 vues et 48 visiteurs à 2031 vues et 675 visiteurs. Oui, vous avez plus de décupler en deux ans. Maintenant, ce que je faisais de vues en un mois, je le fais en une journée et je suis un peu en mode "Waw, au moins 675 personnes réels ont lu les conneries que j'ai écrit ce mois-ci O.o" Alors encore un grand merci à mes 666 lecteurs silencieux !

Pensez à laisser une review si vous avez aimé, on se revoit le 15 avec UAPV, le 25 avec Shading the Black et le mois prochain avec l'arrivée du... damnit il est presque minuit!