Histoire: Une Touche de Couleur dans le Gris

Livre 1 : Nuancer le noir.

Date: 5 décembre 2017, corrigé en novembre 2021

Beta: Elda

Fandom: D Gray Man

Avertissement: Non, je ne possède pas D Gray Man et je ne fais aucun profit avec cette histoire.

Résumé: Après avoir atterri au XIXème siècle, Estelle se rend rapidement compte qu'elle s'est faite engagée par la famille Kamelott, fondamentalement, les méchants de DGM. Prenant le nom d'Ève, elle devient alors la dame de compagnie de Tricia Kamelott et l'aide dans ses tâches quotidiennes. Maintenant que sa vie est un peu moins chaotique, Eve réfléchit à son arrivée dans ce monde et prend la décision de se faire son propre avis sur les personag... personnes de ce nouveau monde malgré sa connaissance du manga. Elle prend cependant vite conscience de la différence sociale des femmes à cette époque et commence à avoir peur pour son avenir surtout lorsque débarque Road et les jumeaux... Décidant de visiter Londres, Eve tombe, comme par hasard, sur Allen, puis sur Tyki et ils sympathisent. Quelques jours plus tard, les trois se séparent. Enfin pas pour très longtemps en ce qui concerne Eve et Tyki.

Trigger du chapitre: Des éternuements à répétition (sinon, aucun je pense ?)


Ce chapitre... Merlin ce chapitre... Uuurgh!

J'avais écrit onze pages. J'en ai effacé quatre. J'en ai réécrit deux.

J'ai cru que j'allais manger son chapeau tellement le nouveau personnage est horripilant à écrire

Quoi qu'il en soit... bonne lecture!


Chapitre 15 : Le duc Campbell

Vendredi 24 avril 1885

Refermant tout doucement la porte pour ne pas déranger Tricia qui était déjà tombée endormie, je me précipitais dans ma chambre, un sourire aux lèvres. Depuis que Tyki m'avait montré ce lac la semaine dernière, j'y étais déjà allée deux fois et je n'avais qu'une envie : m'y baigner !

Malheureusement pour moi, le vieil adage « en avril, ne te découvre pas d'un fil » était assurément vrai dans mon cas et il avait fait beaucoup trop froid ces derniers jours pour que je ne puisse même y songer. Pourtant, à ma grande joie, le ciel s'était éclairci hier et il n'avait cessé de faire de plus en plus chaud jusqu'à aujourd'hui où on profitait d'une température bien confortable pour un mois d'avril. À tel point même que je louais intérieurement Road de m'avoir fait acheter la robe orange car elle était bien plus fine que mes autres vêtements. Enfilant cette dernière, je pris bien soin de mettre mon pantalon de Robin en dessous ainsi que d'accrocher une serviette autour de ma taille sous la robe. Nul besoin d'attirer l'attention sur moi en portant un sac après tout…

Heureusement, cette précaution n'était pas nécessaire car je ne croisais personne d'autres que Louise sur mon chemin et encore, seulement du balcon, je doutais qu'elle m'ait vu. Impossible de rencontrer Road car elle était à l'école, ni les jumeaux, calfeutrés dans leur chambre avec un précepteur, ni Tyki qui était à Londres pour affaires avec Sheryl. Ce qui était plus étrange, c'était de ne même pas apercevoir un autre des serviteurs du manoir. Ni Rosina, ni Alphonse, ni Clarisse, rien, nada.

Après coup, je réalise que tout allait beaucoup trop bien pour que ça ne merde pas quelque part…

Mais à ce moment-là, je n'en savais rien, et je m'en allais par les chemins, un sifflement affreusement joyeux aux lèvres… La naïveté à son plus bel effort !

Au cours des deux dernières fois, je m'étais rendue compte que Tyki nous avait fait faire un beau détour, et au lieu des une heure à cheval qu'on avait mis, je pouvais en fait le faire en trente minutes à pieds sans même trop me presser. Donc, environ une demi-heure après avoir quitté ma chambre, je gravissais la pente feuillue menant à la cuvette contenant le petit lac. Les deux dernières fois, j'avais péniblement descendu la côte à pas de fourmi, ma jupe se prenant dans chaque bout de branches possible… Mais cette fois, j'étais préparée et, enlevant ma serviette, je ne tardais pas à faire de même avec ma jupe et mon corset, me retrouvant en pantalon et chemise, un peu comme un pirate, mais en moins classe.
Dévalant la pente, je débarquais sur les rives herbeuses et posais mes vêtements sur les branches basses d'un arbre avant d'enlever mes bottes, frissonnant légèrement. On était tout de même en Avril après tout. Tout de même déterminée, je m'approchais de l'étendue calme et la touchais suspicieusement d'un de mes orteils, grimaçant à la température. On était loin du beau 30°C des piscines chauffées de mon époque… Hésitant à faire demi-tour et de me baigner une autre fois, je décidais tout de même de tenter le coup.

Relevant mes cheveux en chignon pour ne pas les mouiller, je m'agenouillais sur la rive pour plonger une main dans l'eau et me mouiller la nuque. Je n'avais absolument aucune idée de pourquoi il fallait faire ça, mais je me souvenais vaguement que mon père me disait que ça avait un rapport avec un choc dû à la différence de température… ou quelque chose comme ça… Entrant sans difficulté jusqu'à la taille, j'avoue qu'il me fallut un peu plus de temps pour le reste… Mais une fois lancée, je barbotais dans le lac avec bonheur. Moi qui privilégiais les bains, ces derniers mois avaient été durs… Les bains chauds étaient pour les plus riches et je devais en fait me considérer chanceuse que Tricia m'ait laissé en prendre un après que nous ayons joué dans la neige avec les enfants.
Sérieusement, je pouvais y rester des heures à lire jusqu'à ce que l'eau soit totalement froide. Et maintenant, c'était déjà bien si je pouvais prendre une douche tiède… Je ne voulais pas passer pour une fille privilégiée qui ne pouvait pas être contente de ce qu'elle avait, mais pour ma défense, je venais de perdre toutes les personnes que j'aimais auparavant, toutes mes possessions et rêves d'avenir, alors souhaiter un bain, en comparaison ce n'était pas bien méchant…

Me laissant flotter, je savourais la sensation de l'eau coulant sur mon corps et je nageais un peu plus loin dans le lac, jusqu'à ce que je n'ai plus pieds. Avisant le grand arbre me faisant face au bord, je me demandais si je pouvais y grimper pour sauter dans le lac. Un sourire sournois aux lèvres, je faisais quelques brasses maladroites dans sa direction (je n'avais jamais été une très bonne nageuse) avant de me hisser sur terre à l'aide d'une de ses racines…

… et de retomber aussitôt dans l'eau avec un grand bruit, mes dents claquant les unes contre les autres. Il faisait beaucoup trop froid ! Marmonnant des inepties dans ma barbe, je décidais de rester un peu plus longtemps dans l'eau avant de sortir.

Barbotant tranquillement, je ne vis certainement pas venir l'éternuement qui secoua mon corps quelques minutes plus tard ni le « Il y a quelqu'un ? » qui retentit faiblement derrière moi, me faisant sursauter de terreur. Les mains plaquées sur ma bouche, je reculais lentement dans l'eau, jusqu'à ce que mon dos soit collé au grand arbre. Lançant un coup d'œil derrière moi, je ne pus bien sur rien apercevoir, mais je savais que la personne qui avait prononcé ces mots n'était pas loin car j'entendais des traces de pas s'approcher.

« Il y a quelqu'un ? » Demanda à nouveau la voix, que j'analysais cette fois comme celle d'un homme. Son ton semblait curieux mais doux et je ne pouvais tout simplement pas placer la voix donc ça ne pouvait pas être celle d'un des serviteurs du manoir. Incertaine, je me demandais quelques instants si je devais annoncer ma présence mais je rejetais rapidement cette idée lorsque je réalisais que si c'était un habitant du manoir, la conversation qui s'en suivrait serait très maladroite, et si c'était quelqu'un de totalement inconnu…

Dans tous les cas, ce serait gênant.

Glissant dans l'eau jusqu'à ce que seul le haut de ma tête ne dépasse, je me pressais contre la butte, résolue à me cacher et espérer que l'homme parte au plus vite…

Bien sûr, c'était sans compter sur mon magnifique sens du timing.

Alors que l'homme semblait repartir vers le champ derrière le lac et heureusement, à l'opposé d'où m'attendaient bien sagement ma robe, mes chaussures et ma serviette, un autre éternuement me chatouilla le nez et sorti dans un grand bruit sans même mon consentement.

Oops.

« ...Cette fois j'en suis sûr, qui est là ? » Redemanda la voix, curieuse mais prudente, en s'approchant dangereusement de l'arbre alors que je paniquais silencieusement tout en glissant doucement à l'opposé de la voix. Et alors que je pensais pouvoir rester caché, non pas un, ni deux, mais trois éternuements s'acharnèrent à secouer mon corps en succession rapide.

« Que dieux vous bénissent. » J'entendis la voix répliquer avec amusement, un peu en hauteur sur ma gauche. « Je vous proposerais bien un mouchoir, mais je pense que vous auriez plutôt besoin d'une serviette. »

Ne sentant pas de nouveaux éternuements venir, je cessais de plisser les yeux et relevais mon regard sur la butte à mes côtés. Là, un homme dans la bonne quarantaine était accroupi, un bras fermement accroché au grand arbre derrière ou sous lequel j'avais si désespérément essayé de me cacher.

« J'en ai une, mais merci. » Je répondis calmement avec un visage neutre alors qu'à l'intérieur de ma tête, c'était le chaos…. qu'est-ce que je devais faire ? qu'est-ce que je devais faire ?!

L'homme sourit et déplia ses jambes pour s'asseoir à côté des racines, ses chaussures brillantes frôlant le lac sans qu'il ne semble s'en soucier. On aurait dit qu'il s'installait confortablement pour une conversation et je me baissais d'un cran dans l'eau, seul le haut de mon cou et mon visage dépassant des flots maintenant. Certes, j'étais toujours en chemise et en pantalon, mais une chemise blanche mouillée n'étais pas une des meilleures protections… Heureusement pour moi, l'eau du lac était loin d'être claire comme du cristal.

« Alors... » Commença l'homme avec un doux sourire étrangement rassurant, semblant profiter des rayons de soleil comme s'il avait tout le temps dans le monde. « Que fait une jeune fille en pleine après-midi au milieu d'un lac ? Sur les terres des Kamelott qui plus est. »

« J'avais envie de me baigner... » Je répondis évasivement, éludant totalement la fin de la question et en me poussant légèrement en arrière dans l'eau, me retrouvant maintenant hors de la portée immédiate de l'homme. Enfin, à part s'il décidait tout à coup de sauter dans le lac.

« En plein mois d'Avril ? » Il demanda surpris avant d'aborder tout à coup un visage inquiet. « Ho, vous devez avoir froid, non ? »

Oui, terriblement.

« Non, pas vraiment. » Je mentis avant de continuer précipitamment lorsque je le vis ouvrir à nouveau la bouche. « Mais je dois y aller si je ne veux pas être en retard à la maison. » Là, j'insinuais que j'étais attendue et donc qu'il ne devait rien tenter de malfaisant. Même si je me sentais étrangement à l'aise, en fait, surtout parce que je me sentais étrangement à l'aise avec cet homme, mieux valait prendre les précautions nécessaires.

« Ho, oui, je ne voudrais pas vous retenir. » Dit-il avec un sourire d'excuse avant de se lever et d'épousseter ses vêtements. « Je suis enchanté de vous avoir rencontrée, je vais continuer ma promenade par là pour vous laisser à votre aise. » Dit-il en jetant un coup d'œil aux champs d'où il venait alors que je rougissais de honte.

Avec un dernier salut, il récupéra une canne et un chapeau haut de forme du sol que je n'avais même pas vu auparavant et il s'en alla d'où il venait sans un regard en arrière.

... qu'est-ce qu'il venait de se passer ?

Avec la plus étrange sensation d'avoir mal compris quelque chose d'important, je traversais à nouveau le lac dans un état second avant de jeter un coup d'œil derrière mon épaule.

Personne.

Soupirant de soulagement, je me hissais hors du lac avec un gémissement dû au froid, grimaçant à ma chemise collante, et me précipitais tremblante jusqu'à ma serviette pour m'y réfugier. Regardant avec envie les rives du lac baignées de soleil, je me forçai à détourner le regard et arrachai mes vêtements de l'arbre avant de m'enfoncer, pieds nus, dans la forêt. Arrivé en haut de la butte, j'avisais quelques buissons touffus avant de m'y engouffrer et de m'habiller en vitesse, le corps encore tremblant de froid.

Partant d'un pas vivifiant, il ne me fallut seulement vingt minutes pour rejoindre le manoir. Mentalement, je me dis que ma vitesse était dû au froid… profondément à l'intérieur, j'avais dû mal à m'avouer que ça aurait pu être dû à autre chose.

Quoi qu'il en soit, arrivée à l'arrière du manoir, je me demandais par où je devais passer. À cette heure, il ne devrait pas y avoir grand monde dans la cuisine, mais on ne pouvait jamais être sûr. Comme c'était la pièce la plus chaude du manoir, il n'était pas rare d'y trouver des employés pendant leur temps de repos. Moi-même, la première semaine, je n'avais pas vraiment quitté l'endroit… Et puis, ça me faisait mal de le dire, mais je préférais presque croiser un Noah et faire face à une conversation maladroite que de rencontrer certains employés…

Très peu avaient bien pris ma promotion après tout…

Mais bon, je pouvais les comprendre… Une jeune fille, même pas majeure, était embauchée comme bonne et bim ! Une semaine plus tard comme dame de compagnie ? Alors que certaines filles travaillaient ici depuis le mariage des maîtres de maison ? C'est sûr que ça n'avait pas l'air très net… Je n'étais peut-être pas mieux payée, mais mes horaires étaient bien plus confortables et j'avais force de temps libre. Même si pour ma défense, je n'avais aucun jour de congé total ni de vacances jusqu'à présent contrairement aux autres serviteurs.

Mais, même si j'en avais eu, je n'avais plus personne à voir alors…

Décidant finalement d'éviter la cuisine, je prenais le petit chemin menant au jardin intérieur sans croiser grand monde. Prenant un des couloirs des serviteurs (un passage exigu menant du premier au second étage pour éviter de prendre l'escalier principal en cas d'invités), j'arrivais finalement sans risque dans ma chambre et je pouvais enfin souffler de contentement devant le feu. Avant que je ne puisse somnoler cependant, je me forçais à me lever pour faire chauffer de l'eau et prendre une « douche » rapide. Habillée de ma robe violette habituelle, et un mal de tête pointant son nez, je décidais de prendre une petite sieste comme il me restait quelques heures avant d'aller réveiller Tricia.

« Eveeeee ! » Hurla une voix que je ne connaissais que trop bien en catapultant la porte dans le mur. Sursautant, je m'assis d'un bond dans mon lit, les yeux ronds, prêts à boulonner au moindre danger.

« Que fais-tu au lit, tu ne te sens pas bien ? » Demanda tout à coup la voix que je reconnu enfin comme celle de Road alors que la jeune fille s'approchait de mon lit, la mine curieuse.

« Non, non, tout va bien, j'étais seulement un peu fatiguée... » Je répondis en me frottant les yeux avant de poser mes pieds au sol pour me lever. « Quelle heure est-il ? » Je demandais soudain inquiète d'avoir oublié de réveiller Tricia.

« Un peu moins de 17h » répondit Road avec un regard illisible avant de me faire tout à coup un sourire penaud. « J'aurais voulu qu'on joue un peu, mais nous n'avons plus le temps, tu viens ? Allons réveiller mère. » Dit-elle en me tendant une main que je pris machinalement.

Road me tira à la porte voisine et l'ouvrit sans même frapper mais tout de même avec beaucoup plus de soin qu'elle ne l'avait fait avec moi. Nous entrions pour voir Tricia déjà réveillée et assise au coin du feu, un livre sur les genoux.

« Mère ! » Cria Road en lâchant ma main pour courir vers elle, s'appuyant sur les accoudoirs du fauteuil pour picorer un bisou sur les joues pâles de Tricia. « Vous avez dormi j'espère ! » Dit la jeune fille, un air étrangement autoritaire sur le visage alors que j'arrivais à leur hauteur.

Tricia me fit un sourire de bienvenue avant de se concentrer à nouveau sur sa fille et de lui caresser les cheveux. « Oui, ne t'inquiète pas, je viens à peine de me réveiller. »

« Où voudriez-vous prendre le thé, aujourd'hui ? » je demandais aux deux nobles en attrapant réflexivement Road lorsque celle-ci se penchait trop sur la chaise et risquait de tomber sur les genoux de Tricia.

« Le petit salon devrait être agréable maintenant, j'ai demandé à Mary d'allumer le feu en rentrant tout à l'heure. » me répondit Road alors que sa mère se levait sous mon regard attentif. Mais aucun vertige ne vint altérer son mouvement alors je concentrais mon attention sur Road.

« Oui, c'est une bonne idée » Je répondis après que Tricia ait approuvé, gazouillant fièrement sur sa petite fille prévoyante et déjà si adulte. Je dus me mordre la lèvre pour ne pas rire à ces mots.

« Nous devrions aller délivrer les jumeaux en passant, je suis sûr qu'ils n'en peuvent plus » J'ajoutais, un sourire toujours présent courbant mes lèvres alors que j'ouvrais la porte pour Road et Tricia.

« Ho, tu exagères ! » Répondit Tricia en riant avant de toquer à la porte des jumeaux. Et, oui, pour le coup, Tricia avait raison. Comme promis, peu après notre conversation avec les jumeaux, j'étais allée, la mort dans l'âme, voir Sheryl pour lui demander de changer de précepteur. La conversation avait été longue et éprouvante, mais finalement, avec un soupir agacé, Sheryl dit qu'il y réfléchirait et en parlerait avec les jumeaux. Une chose qu'on pouvait assurément dire sur Sheryl, c'est qu'il était efficace : le surlendemain, les garçons avaient un précepteur à leur goût.

L'homme en question était déjà parti depuis deux heures, mais il avait laissé une pile de devoirs assez conséquente pour que les jumeaux soient obligés de rester calfeutrés dans leurs chambres jusqu'à présent. Quoi qu'il en soit, Devit sembla terriblement heureux de nous voir, boulonnant vers nous dès l'ouverture de la porte, délaissant ses devoirs sans un remord. Il n'était même pas question de Jasdero qui, même s'il semblait plus apprécier l'étude que son frère, nous avait atteint bien avant lui, semblant décidé à raconter à Tricia et moi tout ce qu'il avait appris aujourd'hui. En détail évidemment. En moins de temps qu'on aurait pu penser, nous étions arrivés dans le petit salon et la fin d'après-midi se passa sans autres soucis et dans une bonne humeur réconfortante.


« Ils sont en retard... » Dit Tricia, la mine inquiète, sa broderie délaissée, en regardant la grande horloge du salon. Elle avait raison. Il était presque 19h et ni Sheryl, ni Tyki n'étaient rentrés. C'était rare qu'ils soient en retard. En fait, depuis que je le connaissais, Sheryl n'avait jamais été en retard après avoir pris un engagement avec sa femme, surtout le soir alors qu'un bon repas et une promesse d'un moment en famille l'attendait.

« Je suis sûre que ce n'est rien. La réunion a dû se prolonger, ils ne vont pas tarder. » je répondis de ma place sur le tapis, une poupée dans une main, une dizaine de cartes dans l'autre. Heureusement que je pouvais être multitâche, parce que les compromis, c'était loin d'être le point fort des jeunes Noahs…

« Mais oui, mère. À coup sûr papa a dû vouloir discuter avec Lord Delrich après la réunion et cela s'est éternisé. » M'appuya Road, se tournant à nouveau vers moi avec sa propre poupée lorsque Tricia nous fit un sourire reconnaissant. « Où en étions-nous ? »

« Il me semble que Mademoiselle Mary arrivait en ville et rencontrait la Princesse Prunelle sans le savoir. » Je répondis impassiblement, posant une seconde la poupée sur mes genoux pour jeter une paire de cartes sur la pile amenant un fort gémissement de Devit avant de la reprendre dans mes bras. Honnêtement, je ne pensais pas que les poupées en porcelaine étaient si lourdes, mais c'était aussi peut-être dû à l'énorme robe à froufrous qu'elle portait maintenant que j'y pensais.

« Oh oui ! Et ensuite Mademoiselle Mary demande à la Princesse Prunelle si le... » continua Road en agitant sa poupée avant de se faire couper tout à coup par deux coups sur la porte. Attirant efficacement l'attention de toute la pièce, la porte s'ouvrit pour laisser entrer Sheryl qui portait un sourire joyeux même si fatigué et… inquiet ? Je n'en étais pas trop sûre… Entrant rapidement dans la pièce, il embrassa Tricia et prit dans ses bras Road, la portant sur sa hanche avec un rire heureux. À côté de moi, les jumeaux se renfrognèrent quelque peu. Ils supportaient mieux Sheryl depuis qu'il leur avait trouvé un nouveau précepteur plus agréable, mais ce n'était toujours pas le grand amour.

« Un invité vient manger à la maison ce soir, je m'attends à ce que vous soyez sur votre meilleure comportement. » Déclara-t-il après les salutations d'usages, déclenchant une série de demandes curieuses de Road. Ça pouvait se comprendre, il était rarissime de recevoir un invité comme cela, sans réservation au préalable. « Oh non, c'est quelqu'un que vous connaissez très bien. » Assura Sheryl avant de poser Road au sol pour lui ouvrir la porte. La jeune fille fila dans le couloir sans demander son reste et au loin, on entendit des cris de joie. Entendant le remue-ménage, Sheryl parut soudain inquiet et courut dignement à la suite de sa fille dans le couloir, rapidement suivi par les jumeaux qui semblaient particulièrement curieux de la chose. Posant nos poupées sur le canapé et rangeant nos pauvres cartes abandonnées, je rejoins Tricia qui prenait soin de finir son point avant de poser son travail sur le petit meuble et je l'accompagnais dans le hall où toute l'action semblait se dérouler.

« Duc ! Quel plaisir de vous voir. » S'exclama soudain Tricia lorsque nous arrivions dans le hall. Un homme dans la quarantaine se retourna vers elle pour la saluer, Road accrochée à sa taille et les jumeaux non loin de lui, parlant avec animation.

Et là, je ne pus faire autre chose que me figer, écarquiller les yeux et redémarrer mon cerveau.

Parce que cet homme, non seulement je l'avais déjà croisé, cet après-midi qui plus est, mais si en plus Tricia l'appelait Duc, ça ne pouvait être que…

« Ho, Eve ! » Dit tout à coup la maîtresse de maison en passant son bras sous le mien pour me tirer élégamment vers le rassemblement de Noahs devant nous. « Je te présente le Duc Campbell ! »

...que le Comte Millénaire dans sa forme humaine.

Ahaha, j'avais rencontré le Comte Millénaire, le destructeur de l'humanité, le faiseur d'Akuma, le pire cauchemar des exorcistes… en lui éternuant dessus ! Au moins, je pensais en faisant un sourire assurément maladroit alors que je tentais de récupérer les lambeaux de ma santé mentale, j'étais à peu près sûre que ma rencontre avec lui était… unique.

Ce qui veut dire qu'il pourrait s'en rappeler.

Oh, diantre, tuez-moi.

« Miss Campbell, je présume ? » Dit le Comte avec un regard aiguisé et évaluateur mais, je ne sentais aucune reconnaissance à mon grand soulagement. « Ma famille ne semble avoir que du bien à dire de vous. »

« C'est trop d'honneur. » Je dis avec un sourire sans aucun doute crispé avant de m'incliner légèrement face à lui puis de répéter l'opération à Tricia. « Le repas va bientôt être servi, avez-vous encore besoin de moi ? » Je demandais en essayant de calmer ma voix. Normalement, j'aurais dû attendre que Tricia me congédie d'elle-même, mais je sentais encore le regard du Comte et donc assurément des autres Noahs sur moi et je n'avais qu'une envie : me carapater dans ma chambre.

Heureusement, mon service s'arrêtait avant le repas du soir lorsque la famille recevait des invités alors il ne me restait seulement quelques secondes à endurer cette étrange situation.

Ou pas.

Car en effet, au lieu de me renvoyer avec un sourire comme Tricia l'aurait fait d'ordinaire, à la place, elle envoya un regard hésitant au Comte puis à Tyki et enfin à son mari avant de fixer à nouveau son regard sur moi. « Pourquoi ne mangerais-tu pas avec nous pour une fois ? » Dit-elle finalement, son regard osant littéralement quelqu'un de la contredire.

Heureusement pour moi, si Sheryl comprit le mémo, il décida de ne pas en tenir compte et s'approcha précipitamment, complétant notre petit cercle lâche en se glissant entre le Comte et Tricia, directement en face de moi avant de se tourner vers sa femme. « Voyons Tricia, nous avons un invité et Mademoiselle Campbell n'est pas... » Commença-t-il à dire avant de sembler hésiter sur le mot à employer à la fin.

Sautant sur l'occasion d'essayer de me dépêtrer de cet affreux nœud coulant qui se resserrait autour de mon cou, je m'empressais de compléter ses mots avant que Tricia ne puisse enchaîner. « Monsieur à raison, ce n'est certainement pas de mon rang, et je m'en voudrais d'empiéter sur votre réunion de famille. »

« Ho, ne t'inquiète pas pour ça, tu fais déjà pratiquement partie de la famille, Eve. » Répondit Road, attirant le regard de tout le monde. Lorsqu'elle fut totalement le centre de l'attention, elle jeta un coup d'œil évocateur à Tyki, avec ce que je qualifierait être un sourire sadique, amenant ce dernier à faire une belle impression d'un cerf devant des phares et arracher un gémissement digne du dit cerf mourant de Sheryl. Alors que le maître de maison s'engageait dans une discussion sérieuse avec une Tricia excitée, une Road joueuse et un Tyki défendant, je reculais de quelques pas, songeant à faire ma retraite stratégique. Le Comte était certes proche de moi, mais il semblait avoir les mains pleines avec les jumeaux. Mais bien sûr, ce fût à ce moment-là que mon corps sembla soudain se rappeler mon tour au lac cette après-midi et j'éternuais légèrement dans mon mouchoir coupant court à la conversation.

Karma de merde…

« ...Que dieu vous bénissent. » dit tout à coup une voix sur ma droite et, réflexivement, ma tête se leva précipitamment pour voir le Duc. Où avant se trouvait un regard poli, évaluateur, mais tout de même pas très intéressé, maintenant, on pouvait y voir la réalisation s'y développer. Je me forçais à ne pas gémir à voix haute. Sérieusement ? Je m'étais faite reconnaître à cause d'un éternuement ? C'était terriblement gênant…

« Tu as attrapé froid, Eve ? » Me demanda timidement Jasdero, se renfrognant à peine, lorsque tous les regards se tournèrent vers lui. Une belle évolution, ça c'est sûr.

« Ce serait étonnant, il a fait particulièrement doux aujourd'hui. » Lui répondit calmement le Comte avant que je ne puisse même ouvrir la bouche.

« Ce n'est rien Jasdero (« Jasper » grommela Sheryl en arrière-plan) je dois juste être un peu déboussolée à cause du changement de temps, justement. » Je lui répondis avec un sourire, faisant bien attention à ne pas croiser le regard du Comte.

« Le temps peut faire ça ? » Demanda Devit, sceptique.

« Oh oui, si le corps alterne entre un environnement chaud, puis froid etc., il peut même être malade. » Répondit le Comte sans un regard dans ma direction, mais je savais juste qu'il me tendait une perche. « Mais la différence de température n'était pas si importante, ce n'est pas comme si elle avait sauté dans un lac glacé, Miss Campbell ira bien, aucune inquiétude à avoir. »

Attendez…

Mais c'est qu'il se foutait de ma gueule en plus… ?

Moquée par le Comte Millénaire… qu'est devenue ma vie, sérieusement...

« Oui, évidemment... » Je répondis avec un sourire peut-être un peu trop figé alors que je sentais le regard amusé du Comte sur moi. Puis, réalisant que je pouvais totalement utiliser ça pour effectuer ma retraite stratégique : « Mais, tout de même, c'est vrai que je me sens un peu fatiguée... » Je laissais la phrase en suspens avant de fixer Sheryl.

Comme je l'espérais, le Marquis sauta sur l'occasion avec grâce amenant un grognement agacé de Road. « Vous devriez aller vous reposer, votre travail est terminé de toute façon » Dit-il en lançant un regard appuyé à Tricia qui se mordit les lèvres, en conflit. Mais je savais que c'était tout à fait bullshit, parce que Sheryl était toujours heureux de jeter les enfants sur moi l'après-midi, alors je n'étais pas censée m'en occuper.

« Oui, Eve, Sheryl à raison, allez vous reposer. » soupira finalement Tricia, lançant un coup d'œil déçu à Tyki. Oh. Vraiment ? Elle essayait toujours ? Enfin quoi qu'il en soit… YES ! Ne me sentant plus de joie, je dû tout de même me retenir et remercier Tricia avec un léger salut avant de marcher vers les escaliers, passant Tyki au passage.

« Bien joué. » Murmura-t-il avec un ton amusé mais tout de même terriblement soulagé. Lui non plus n'avait pas dû vouloir jongler avec les insinuations de Tricia toute la soirée. Je lui souris mais, je gardais tout de même les sautillements de joie jusqu'à ce que je sois enfermé dans ma chambre car je sentais encore le regard évaluateur du Comte Millénaire enfoncé dans mon dos.

Et à mon grand désespoir, je ne pus m'empêcher de penser que ce ne serait très certainement pas la dernière fois...


Pfiou... c'était pas de la tarte ce morceau là... je n'étais vraiment pas contente de la première version, celle là est mieux mais… faudrait que je réécrive totalement autre chose pour en être contente je penses X) Mais, hey ! La flemme !

Alors, que pensez vous de la rencontre du Comte Millénaire et d'Eve Campbell? Plus de 5000 mots et le Comte Millénaire ! C'est un bon cadeau de noël :3 Non ? et attendez de voir la suite ! Je suis en train d'écrire UAPV (oui du coup j'ai pris un peu de retard, je ne l'ai toujours pas finit) et je pense qu'on va faire un bon gargantuesque dans l'intrigue au prochain chapitre! (à peine deux chapitres après les exorcistes !)

Pensez aux reviews et rendez-vous le cinq du mois prochain !