Histoire: Une Touche de Couleur dans le Gris
Livre 1 : Nuancer le noir.
Date: 5 janvier 2018, corrigé en janvier 2022
Beta: Elda
Fandom: D Gray Man
Avertissement: Non, je ne possède pas D Gray Man et je ne fais aucun profit avec cette histoire.
Résumé: Après avoir atterri au XIXème siècle, Estelle se rend rapidement compte qu'elle s'est faite engagée par la famille Kamelott, fondamentalement, les méchants de DGM. Prenant le nom d'Ève, elle devient alors la dame de compagnie de Tricia Kamelott et l'aide dans ses tâches quotidiennes. Maintenant que sa vie est un peu moins chaotique, Eve réfléchit à son arrivée dans ce monde et prend la décision de se faire son propre avis sur les personag... personnes de ce nouveau monde malgré sa connaissance du manga. Elle prend cependant vite conscience de la différence sociale des femmes à cette époque et commence à avoir peur pour son avenir surtout lorsque débarque Road et les jumeaux... Décidant de visiter Londres, Eve tombe, comme par hasard, sur Allen, puis sur Tyki et ils sympathisent. Quelques jours plus tard, les trois se séparent. Enfin pas pour très longtemps en ce qui concerne Eve et Tyki.
Trigger du chapitre: Racisme de l'époque (mais genre vraiment costaud, on va parler de l'exposition des colonies si ça vous dit quelque chose…)
De justesse, je sais, mais c'est ma faute! J'ai passé toutes mes vacances en famille du coup je n'ai pas écrit et je suis rentré aujourd'hui...
j'ai perdu tout mon avance T^T en plus, j'ai même pas écrit l'objectif de ce chap X) je sais pas pourquoi, y a cette idée qui a popé au milieu... mais bon c'est bien, ça permet de voir une nouvelle évolution dans les croyances de Eve et puis sa relation avec Tyki aussi.
Bah, ce sera pour le prochain chapitre!
Bonne lecture!
Chapitre 16 : Une visite à Paris
Vendredi 8 Mai 1885
« Pardon ?! » Je grinçais d'une voix bien plus aiguë que la normale, mon livre délaissé au profit de fixer mon compagnon avec de grands yeux incrédules.
« Le duc Campbell vient nous rendre visite cette semaine ? » répéta Tyki mais cette fois sous forme de question suite à ma réaction précédente.
« Mais... » Je gémis presque, mes yeux tombant sur mes genoux avec un regard perdu. « Il n'est pas venu depuis au moins quatre mois et, d'un coup, il vient deux fois en deux semaines ? »
Tyki me lança un regard étrange à cela. « Je ne comprends pas pourquoi tu veux le fuir à ce point… Les gens l'aiment bien d'ordinaire. Zut, ils seraient capable de lui confier leurs morts ! » Dit-il avec un petit rire à sa propre private joke que, pour le coup, je comprenais aussi.
« Il me rend mal à l'aise. » Je répondis en posant ma tête dans une main et fixant le feu, le regard dans le vague. L'euphémisme du siècle, sérieusement...Tyki humma en réponse avant de retourner à son propre livre.
Tout à coup, avec un BAM ! déglinguant la porte, une petite furie sprinta dans la salle, zigzaguant entre les étagères avant de se jeter sur le dos du fauteuil de Tyki, frappant la tête de ce dernier au passage. « Je suis rentréééée ! » Chantonna Road alors que son oncle sifflait des injures en se frottant le crâne de douleur. Plantant un baiser doux dans les cheveux bouclés de Tyki, elle se laissa tomber du dossier pour venir sautiller vers moi et me saluer avec une rapide étreinte. « Bienvenue à la maison. » Je répondis avec un sourire en l'étreignant à mon tour.
« Hey ! Pourquoi est-ce que je n'ai pas le droit à un câlin comme Eve ? » Demanda tout à coup Tyki avec un ton un peu envieux mais surtout amusé.
« Mais je t'ai fait un câlin ! » Répliqua le jeune fille avec un visage beaucoup trop innocent pour être véridique. « Tu en veux un autre ? » Demanda-elle en se rapprochant lentement de son oncle avec un sourire psychotique qui n'annonçait rien de bon.
« Hum, non, sans façon. » Répliqua nerveusement Tyki, quelque peu tendu dans son fauteuil, prêt à se lever à la moindre menace. Faisant la moue à sa réponse, Road gémit et croisa les bras avant de se laisser tomber par terre sur le tapis duveteux entre nos deux fauteuils. Essayant de désamorcer la situation, je lui proposais de jouer à quelque chose et elle sauta aussitôt sur ses pieds avec un grand sourire avant de courir en dehors de la pièce, me criant d'attendre là où j'étais.
« J'ai la quelconque impression que je viens de me faire totalement manipuler. » Je soufflais en clignant des yeux alors que Tyki m'envoyait un regard désabusé.
« Hé bien, ce n'est pas tout ça, mais j'ai de la paperasse à terminer, je ferais mieux d'y aller. » Dit-il tout à coup avant de fermer son livre et de se lever pour sortir de la bibliothèque en vitesse.
« Ho que non, tu ne me laisses pas seule avec ta nièce ! » Je répondis aussitôt en me levant prestement même si en toute logique, tout était contre moi, que ce soit mon rang, sa position dans la pièce ou ses aptitudes physiques.
« Ho, allez, ce n'est pas la petite bête qui va manger la grosse. » Répliqua-t-il en jetant un coup d'œil rapide en direction de la porte.
« C'est bien ça le problème. » Je répliquais en me rapprochant de la porte, et donc, de lui. « Je suis absolument certaine de ne pas être la grosse bête ici. »
Avant qu'il ne puisse répliquer, Road rentra dans la pièce, un tas de poupées et doudous serrés dans ses bras. Passant son oncle, elle lui en jeta une puis s'assit sur le tapis devant la cheminée, nous fixant du regard, attendant qu'on la rejoigne. Soupirant, Tyki posa son livre et vint s'asseoir à ses côtés avec la mine la plus ennuyée du monde et je ne tardai pas à les rejoindre avec un petit rire.
La soirée se passa ensuite assez calmement. Tyki et moi jouions avec Road une bonne heure avant qu'il ne faille réveiller Tricia pour le thé puis je les laissai dîner en famille alors que je retournais dans ma chambre dessiner. En fait, ce fut si calme que toute cette histoire de la visite du Duc Campbell me sortit complètement de la tête, en tout cas, jusqu'au lendemain.
Ce midi, Sheryl était comme à son habitude partie en vadrouille pour négocier avec tel ou tel noble Ce faisant, je mangeais avec toute la famille sauf lui lorsque Tricia nous dit, toute joyeuse, que le Duc viendrait prendre le thé cette semaine. « J'espère pouvoir vous présenter correctement cette fois, Eve, le Duc est très gentil et n'attache pas bien d'importance au rang, je suis sûre que vous vous entendrez très bien. » Ajouta la maîtresse de maison en découpant délicatement le morceau de bœuf dans son assiette et, d'accord, peut-être que j'extrapolais trop, n'empêche que cela ressemblait presque à une menace pour moi !
Posant mes couverts doucement pour me laisser le temps de réfléchir à une réponse intelligente, mon cerveau ne trouva rien de concret. Malheureusement, il me fallait parler au plus vite et je dis la première chose qui me vient à l'esprit. « Oh, Tricia, j'avais oublié de t'en parler ! Je pensais faire un petit voyage très bientôt, comme tu semblais aller bien ces derniers temps et que Lord Kamelott m'en avait touché deux mots plus tôt... » Je dis évasivement. Pour le coup, c'était vrai. La semaine dernière, Sheryl m'avait appelé dans son bureau pour un espèce de débriefing et m'avait dit que je pouvais prendre des jours de congés comme je ne m'étais pas absenté ni lors des jours fériés ni à Pâques contrairement aux autres serviteurs. Bien sûr, à l'époque je ne m'en étais pas trop occupée, ce n'est pas comme si j'avais nul part d'autre où être et je n'avais pas non plus besoin de jours de repos..
Maintenant cependant, cette proposition ressemblait à un bateau de sauvetage, surtout que je savais que Sheryl appuierait indubitablement ma proposition. Ne serais-ce que pour m'éloigner un peu de sa femme et ses tendances beaucoup moins sournoises ces derniers temps à vouloir me caser avec son frère.
« Oh, vraiment ? » Dit-elle d'un air déçu avant d'en adopter un plus contemplatif. « C'est vrai que tu n'as pas pris un seul jour depuis que tu es venue au manoir ! Tu travailles même le dimanche, oui cela te ferait du bien. Où comptes-tu aller ? » Me demanda-t-elle curieuse.
Sentant mon sourire se figer, je dû me retenir de ne pas regarder Tyki lorsque celui-ci toussa dans sa serviette pour cacher un rire. « Ah, je pensais faire un tour en France... » Je dis vaguement, priant pour qu'elle lâche le morceau. Malheureusement, son sourire était toujours concentré sur moi et, attendant clairement la suite, je lançais un regard aux alentours pour trouver une idée.
Puis, miracle, mes yeux tombèrent sur le journal du jour froissé sur la chaise à côté de moi, sûrement un vestige du petit déjeuné oublié par inadvertance. Les mots "Victor Hugo" me sautèrent au visage et je me retournai vivement vers Tricia en essayant de minimiser mon air satisfait.
« En fait, je voulais aller voir un peu Paris et aller à l'exposition des œuvres de Victor Hugo. » Je répondis avant d'ajouter le plus sérieusement du monde pour essayer de vendre l'histoire. « Je suis une grande fan. »
« Oh oui quelle bonne idée ! » S'exclama Tricia avant d'adopter une mine joyeuse qui me fit tout de suite plisser les yeux, soupçonneuse. « Paris, la ville des amoureux... » Murmura-t-elle, et si je ne lui avait pas prêté attention, je suis à peu près sûr que je ne l'aurais pas entendu. Mais justement, je faisais attention et je dû me retenir de gémir bruyamment à ses mots. A coup sûr, elle allait encore une fois essayer de nous pousser ensemble, Tyki et moi. Depuis que l'idée lui était venue en tête le jour où nous avions reçu la lettre d'Allen, elle n'arrêtait tout simplement pas d'y faire allusion.
Tous. Les. Jours.
À tel point que c'était devenu un jeu avec Tyki de qui pouvait changer de sujet le plus rapidement possible et sans qu'elle ne le remarque. Malheureusement, Road s'était mis en tête d'être dans l'équipe adverse et nous menait la vie dure… Je ne savais même pas pourquoi elles essayaient autant, ce n'est pas comme si c'était socialement possible de toute façon.
« Oh, mais Eve, je suis inquiète, ce n'est pas sûr pour une jeune fille de voyager seule… En tant qu'employeur, je ne peux décidément pas te laisser y aller ! » Ajouta Tricia avec une pause dramatique, nous fixant, attendant que je morde à l'hameçon.
Retenant avec peine mes yeux de se lever au ciel, je lui fis un sourire sec en lui priant de me laisser y aller.
Malheureusement, elle était tout à fait en droit de me refuser le voyage. D'une part, parce que c'était elle qui s'occupait de me donner mes congés, mais surtout parce qu'à l'époque, les femmes étaient mineures toute leur vie. Même moi, une orpheline sans aucune famille ni ami, je n'avais pas le droit de prendre mes propres décisions, elles revenaient à mon patron, même si c'était un parfait étranger. Et ce n'était pas dû au fait que je sois mineure. Certes, ça n'arrangeait pas mon cas, mais que j'ai 18 ou 21 ans, j'aurais tout de même été soumise aux décisions de Sheryl. Heureusement, donc, que nous nous entendions pas si mal que ça, et qu'il était assez respectueux ou plutôt dédaigneux du genre humain, pour ne me demander rien de… désagréable.
« Mais j'imagine, que je serais assez rassuré si quelqu'un t'accompagnait... » Continua Tricia avec une mine innocente avant de se tourner vers Tyki comme si elle venait d'avoir miraculeusement l'idée. « Oh mais j'y pense, tu n'as rien de prévu la semaine prochaine, n'est-ce pas Tyki ? Pourquoi n'accompagnerais-tu pas Eve en France ? Ce serait l'occasion de voir ce beau pays ! »
« Je ne suis pas sûr que... » Commença à répondre Tyki avec une mine contrite, essayant de se dédouaner du voyage sous ma mine mi-encourageante, mi-amusée. Cependant, il ne put même pas faire une phrase complète que Road le coupa aussitôt. Comme d'habitude, les jumeaux s'étaient tout à coup tus, mal à l'aise, lorsque le sujet était arrivé sur la table et Road avait évalué la situation, attendant le meilleur (ou le pire, vraiment) moment pour participer.
« Je pense que c'est une excellente idée au contraire. » Dit-elle délicatement avec un sourire trop grand. « Mais oui, c'est parfait, Papa se plaignait que tu ne sortais pas assez du manoir, et quel meilleur endroit que Paris pour se socialiser ? Surtout en agréable compagnie. » Dit-elle en me lançant un coup d'œil appuyé comme si nous n'avions pas compris le sujet de toute cette merveilleuse conversation.
Échangeant un regard avec Tyki, je sentais que toute cette histoire était en train de me glisser entre les doigts. Très franchement, Victor Hugo, c'était du pipo pure et simple. Ho, bien sûr, c'était un grand homme et si je n'étais pas une fan inconditionnelle de toute ses histoires, je ne les détestais certainement pas. En tout cas dans mon autre vie de lycéenne du XXIème siècle. Maintenant, coincée dans un pseudo XIXème siècle, sans la moindre histoire fantastique du second millénaire à me mettre sous la dent, ses histoires étaient franchement agréables, une belle alternative au dessin lorsque j'avais trop mal à la main pour le faire.
Mais bon, j'étais une flemmarde dans l'âme, ce n'étais pas pour un petit engouement que j'allais me traverser la Manche, surtout au XIXème siècle et ses trains pas très confortables et diablement long. Non, j'avais tout simplement prévu de voyager dans le patelin voisin et de m'y enfermer dans une chambre d'auberge avec un carnet de croquis pour la semaine.
Mais si Tricia poussait Tyki sur moi, ce plan n'était certainement plus viable… Enfer, maintenant je n'étais même plus sûre de pouvoir partir car Sheryl ne voudra jamais que j'embarque son frère pour une semaine ! Même avec les supplices de Tricia, je n'étais pas sûr que ça passerait… et je n'étais plus sûre de le vouloir non plus. Le regard morose, je me demandais s'il n'était tout simplement pas plus simple d'abandonner le voyage et de juste me porter pâle lorsque le duc se ramènerait au manoir…
Malheureusement, il n'en était plus question.
L'affaire prise de mes mains, Tricia commença à tout organiser, sautant même sa sacro-sainte sieste de l'après-midi. Vers 5h, lorsque Sheryl rentra à la maison, elle l'attendait de pied ferme, un dossier compilé dans ses mains et Tyki et moi deux pas derrière elle, épuisés de notre après-midi à lui courir après. Beaucoup de discussions plus tard, impliquant Tyki et moi recroquevillés sur un canapé pendant que Sheryl et Tricia se combattaient du regard debout devant nous, Sheryl admis sa défaite, mais arrachant tout de même quelques conditions.
Quelques-unes étaient franchement agréables, comme par exemple le fait que je n'avais absolument pas eu besoin de préparer mon voyage, ce qui aurait été profondément laborieux sachant que je ne savais pas me débrouiller sans internet… Une autre, c'est que je me trouvais actuellement dans un wagon première classe, deux jours après le conflit et donc que j'avais loupé encore une fois la messe avec bonheur dans le flot de préparations au voyage. Malheureusement, d'autres conditions étaient… dérangeantes. Déjà, Tyki était bien avec moi, et même si finalement, j'étais assez contente de ne pas avoir à traverser deux pays toute seule, surtout qu'il n'y avait pas plus fort comme garde du corps… enfin s'il ne voulait pas lui-même te tuer, bien sûr, j'étais moins heureuse de notre troisième roue.
Soit disant qu'il nous fallait un chaperon.
Hé bien c'est vrai qu'à l'époque, on ne laissait pas deux jeunes gens de bonne famille seuls ensemble. Pas jusqu'à la nuit de noce en tout cas. Et en soit, cela ne m'aurait pas vraiment dérangé si cette troisième roue en question n'avait pas été… Elliot, vous savez, ce majordome robotique, qui avait une odeur d'Akuma. Ce mec ne cillait jamais des yeux, mangeait et buvait à peine, et gardait son regard fixé sur moi dès que nous étions dans la même pièce ! J'avais bien essayé de changer de chaperon en leur faisant remarquer que Eliott venait à peine de devenir intendant, qu'il ne pouvait décemment pas laisser le manoir comme ça. Sheryl m'avait alors répondu qu'Eliott était devenu intendant parce qu'ils lui faisaient le plus confiance. Et donc confiance aussi pour prendre soin de nous. J'avais des choses à répondre à cette logique mais… benh pas à Sheryl. Alors j'avais juste acquiescé et m'étais tû, préférant supporter tout cela plutôt que de me mettre Sheryl à dos.
Ainsi, dans le petit wagon certes, bien plus confortable, de première classe, je ne pouvais m'empêcher de me tortiller mal à l'aise, mes instincts me criant de sauter par la fenêtre malgré le train en marche. Pour le coup, je ne pouvais pas en vouloir à mon esprit… enfer, ça ressemblait au début d'une blague macabre : Alors, c'est une humaine, un Noah et un Akuma dans un wagon de train…
Quoi qu'il en soit, une calèche, un train, un bateau, un autre train et une seconde calèche plus tard, nous étions enfin à Paris ! C'est qu'il nous avait bien fallu une grosse journée quand même… on était loin des deux heures de mon XXIème siècle… Enfin bref, arrivés le lundi soir, pour ma part complètement épuisée, il nous fallut prendre des chambres dans un hôtel et je m'écrasais dans un lit jusqu'au matin. Heureusement, nous avions des chambres séparées, donc Tyki était libre de sortir en pouilleux jouer dans les coins mal famé de Paris pendant que je roupillais bienheureusement. De son côté, notre… chaperon était descendu dans une auberge un peu plus bas de gamme quelques rues derrières et je n'étais que soulagé de ne plus avoir son regard dérangeant fixé sur moi.
N'empêche, quand j'y pense, ce serait drôle mais aussi terriblement maladroit s'il s'avérait qu'il n'était, en fait, pas un akuma...
Le lendemain matin, je me réveillais difficilement à cause de la luminosité excessive. J'avais été trop fatiguée la veille pour fermer correctement les volets et mon erreur me revenait en plein visage. Gémissant, je me retournais sur le dos pour regarder le plafond d'un œil morose avant de soupirer et de tourner encore une fois… pour rencontrer violemment le sol avec mon visage.
Grognant, je glissais sans motivation mes mains en dessous de moi pour me pousser à quatre pattes. Les yeux encore à moitié fermés et les jambes toujours douloureuses du voyage, je rampais pratiquement sur un demi mètre avant de tâtonner jusqu'à trouver le haut du lit et me hisser debout. Me passant une main sur le visage en marmonnant des injures dans un bon vieil argot français bien de mon époque, je traînais des pieds jusqu'à la cruche et versait l'eau dans la bassine avant de prendre sans soin de l'eau dans mes mains et me la jeter sur le visage. Tâtonnant les yeux plissés pour trouver la serviette censé être placé non loin de la bassine, elle fût bientôt pressé dans ma main avec un « Tiens » et ce fut à ce moment-là que je me rendis compte avec horreur que Tyki avait été dans la chambre tout le long de ma routine matinal.
Le visage blanc, je pris la serviette avec un remerciement et je m'essuyais le visage proprement, profitant de ce moment pour me recentrer. Posant la serviette avec un soupir lorsque je dépassais le temps légalement alloué à une telle action, je me tournais vers mon compagnon de voyage.
« Je ne t'ai pas entendu entrer... » Je l'accusais, agacée, sautant totalement le bonjour d'usage au passage. Ca fait un peu peur de se dire qu'un Noah pouvait te regarder dormir sans que tu n'en sache rien… et puis ma dynamique de réveil n'avait pas été des plus gracieuse non plus, il faut l'avouer.
« J'ai frappé pourtant, et comme j'ai entendu ta voix, j'en ai déduis que je pouvais entrer. » Me répondit-il avec un sourire ennuyant avant de se tourner vers la petite table dans un coin de la chambre où se trouvait un plateau repas bien garni et un journal ouvert. L'une des assiettes était déjà à moitié consommée et je lui demandais combien de temps il avait été là. Lorsqu'il me répondit « une quinzaine de minutes » je fis la grimace mais ne dit rien. Pourtant ça me démangeait de lui demander où étaient partis se carapater ses manières. C'était pas un grand non-non pour un gentleman de s'introduire dans la chambre d'une lady ? Fallait pas être bien malin pour se dire que si tu vois quelqu'un dormir tu le réveilles ou tu pars, tu ne manges pas tranquille dans sa chambre en lisant le journal. On ne se connaissait même pas si bien !
Secouant la tête, je m'asseyais devant la seconde assiette et commençais à manger, mal à l'aise. Encore une fois, j'avais été trop fatiguée la veille pour faire autre chose que m'écrouler sur le lit, j'étais donc encore dans mon ancienne tenue. C'était tout de même moins gênant que d'être en chemise de nuit mais je n'étais pas vraiment très présentable. Disant adieu à mon restant de dignité, je mangeais le plus vite possible pour pouvoir me changer aussitôt. Attrapant une des tenues que Tricia avait forcées dans ma valise (« Paris est la ville du bon goût, Eve, tu ne peux pas y aller comme ça ! ») je me changeais dans la salle de bain en un temps record. Revenant dans la chambre, je brossais mes cheveux en une tresse simple et efficace. Si besoin, elle pourrait facilement s'enrouler en chignon pour acclimater un chapeau
« Alors... » je commençais en accrochant un ruban coloré à la fin de ma tresse avant de la jeter derrière mon épaule. « Pourquoi es-tu déjà là ? »
« Elliot n'est pas encore venu nous chercher alors je pensais que nous pouvions partir maintenant. » me répondit-il tranquillement.
« On s'éclipse ? » Je demandais avec un sourire sournois. « Tu en as déjà marre du chaperonnage ? » Je le taquinais en reprenant place à la table.
« Oh, allez, tu as été terriblement silencieuse tout le voyage, avoue, tu as peur de lui. »
« Peur n'est pas le terme… il me met juste un peu mal à l'aise…» Je me défendis, gêné.
« Comme le duc ? » Demanda Tyki en fronçant les sourcils et je marmonnais un 'Je suppose' maladroit.
« C'est étrange… » Murmura-t-il, son regard fixé sur moi. « Enfin quoi qu'il en soit, tu conviendras qu'il n'est pas vraiment de bonne compagnie, et quoi que dise mon frère, je ne compte certainement pas rester avec lui pour toute notre visite de Paris. » Dit-il avec un air ennuyé avant qu'un sourire taquin n'étire ses lèvres. « Ho bien sûr, si tu as peur de rester seule avec moi… »
« Non c'est très bien ! Faisons comme cela. » Je dis rapidement, terriblement soulagée de ne plus souffrir de la compagnie d'Elliot. Au moins, j'avais l'habitude d'être seule avec Tyki au manoir. « Nous sommes là pour quatre jours. » Je poursuivis en me levant pour observer la magnifique tapisserie représentant Paris accrochée à côté de la salle de bain. « Un lieu précis à l'esprit ? Où veux-tu aller ? » Je demandais curieuse en me retournant vers lui. Je connaissais assez bien le Paris haussmannien des années 2000, mais même si la structure ne devait pas avoir trop changé, je n'en étais pas trop sûr pour les activités. J'étais assez certaine que la Tour Eiffel était encore en construction mais je n'avais aucune idée si le parc des Tuileries était accessible ou même si le Louvre était déjà un musée.
« Nous pouvons simplement nous balader pour aujourd'hui. » Dit-il, semblant aussi motivé que moi, c'est-à-dire, vraiment pas beaucoup. « Après, si tu veux vraiment faire quelque chose, j'ai entendu dire qu'il y avait une exposition assez populaire sur les colonies, au bar hier soir. »
Je fredonnais en réponse, essayant de trouver où nous étions sur la carte. « Tu sais où cela se trouve ? » Je demandais en plaçant mon doigt où devait approximativement être notre hôtel et essayant de repérer les monuments les plus proches.
« Je peux trouver. » Me répondit-il tranquillement avant de jeter un coup d'œil malheureux au journal déplié à ses côtés. « Crois-tu qu'il serait possible d'obtenir quelque chose de lisible ? »
Je lui jetais un regard étrange avant de comprendre son dilemme. « Oh, tu ne parles pas du tout Français ? » Je demandais en m'approchant de la table pour attraper le journal. Je laissais échapper un sourire aux mots vieillots qui s'étalaient sur la page.
« He bien, Sheryl m'a fait prendre des cours, mais je ne suis pas très bon. » Admit Tyki avec une grimace.
« Je pense surtout que tu n'avais pas envie, c'est tout. » Je me moquais avant de lâcher le journal. « Bon ! Allons-y avant qu'il vienne nous chercher. » On discuta un peu plus mais tout se régla finalement à l'amiable et je guidais rapidement Tyki dans la ville.
Honnêtement, tout se passa très bien. C'était même étonnant, moi qui m'étais inquiétée de me retrouver seule avec lui aussi longtemps. Mais finalement, on s'entendit aussi bien que d'ordinaire et la balade était sympathique. Même si c'est vrai que je me serais passée de ses moqueries. Je savais me repérer au Paris du XXIème siècle, oui, mais surtout parce qu'il était tapissé de cartes et de métros ! Autrement, je n'y allais pas si souvent que ça, alors je n'avais aucun moyen de m'y retrouver uniquement au nom des rues. Enfer, le métro n'existait même pas encore, et qu'est-ce que mes jambes souffrirent à cette découverte… Heureusement, grâce au pédigré de Tyki, nous pouvions prendre un fiacre comme bon nous semble, un transport bien utile, surtout avec le nombre beaucoup moins important de véhicules à l'époque.
Donc, comme je le disais, tout se passait très bien. Enfin… jusqu'à la visite de l'exposition sur les colonies. Elle se passait dans un parc, à ciel ouvert et même s'il faisait un peu froid, ce n'était pas désagréable. Faisant la file comme tout le monde, il nous fallut un peu de temps pour pouvoir entrer dans l'enceinte. Et plus nous avancions, plus j'avais un mauvais sentiment qui me tordait l'estomac. Les sourcils froncés, j'écoutais, inquiète, les conversations excitées de nos compatriotes visiteurs, mais tout se mêlait dans une confusion indistincte et je ne pu rien en tirer. Entrant finalement dans le parc, je compris enfin mon mauvais sentiment lorsque j'atteins la première 'attraction.'
C'était une cage.
Une cage remplie d'enfants noirs aux cheveux sales et à la mine malheureuse.
Reculant d'un pas, mes yeux s'agrandissant et ma bouche migrant dans une grimace incrédule, je restais, interdite, les pieds figés devant les barreaux, entourée des cris terrifiés mais aussi amusés des autres visiteurs.
« Eve ? Tout va bien ? » Me demanda tout à coup Tyki, une main sur mon épaule me sortant efficacement de mon hébétude. Tressaillant, je me retournais violemment vers lui, croisant son regard curieux avec mes propres yeux choqués. « Tu as peur d'eux ? Ils te dégoûtent ? » Me demanda-t-il en lâchant mon épaule, son regard brillant de curiosité.
« Non ! » Je criais presque, se faisant retourner brièvement les gens les plus proches de nous. « Non… » Je dis plus doucement en fixant à nouveau mon regard sur la cage. « Pourquoi sont-ils là dedans… » Je murmurais sous mon souffle. Ce n'était pas vraiment une question, bien sûr que je savais pourquoi ils étaient là. Ils étaient une ' attraction', des bêtes de foires destinés à amuser d'autres bêtes. Mais Tiki répondit tout de même à ma question.
« L'Homme est cruel » Dit-il calmement mais avec une telle conviction, que je dû me retenir d'acquiescer. Glissant son bras autour du mien, il me tira loin de la foule, m'éloignant de la cage vers un banc assez isolé. « Si quelque chose est différent de lui, s'il en a peur, il le rejette et l'humilie. » Continua Tyki, ses lèvres prenant un pli ironique. « Je pensais que tu le savais. C'est dans sa nature. »
Je serrais les dents, relevant la tête pour croiser son regard. « Non, tout le monde n'est pas comme ça. » Je dis en repensant à toutes ces personnes merveilleuses de mon XXIème siècle. Et même aux nouvelles personnes que j'avais croisé ici. Clarisse, John, Louise, Berthe... « Je ne veux pas être comme ça. » Je continuais, ma voix tremblante de toutes les émotions conflictuelles qui tournaient dans ma tête.
S'arrêtant, Tyki plongea à son tour son regard dans le mien, le fouillant comme pour y trouver quelque chose. Finalement, ses lèvres se plissèrent dans un sourire un peu trop large, et pour la première fois depuis notre rencontre, j'eus vraiment peur.
Elle apparaissait enfin : Sa partie Noah.
« Peut-être, dans ce cas, devrais-tu abandonner ton humanité. » dit-il, son ton affreusement doux. Reculant précipitamment d'un pas, je fus pourtant retenu dans mes efforts par sa main, tout à coup enroulé autour de mon poignet dans une prise de fer.
« Lâche-moi Tyki. » Je demandais, la voix oscillant vers les aigus.
« Est-ce que tu as peur de moi, Eve ? » demanda-t-il tranquillement, comme si nous étions au manoir en train de jouer aux cartes.
Mordillant ma joue jusqu'à sentir le sang, je fixais ses yeux. Ils étaient indéniablement dorés. Mais c'était Tyki. C'était toujours le même, en fait, ça l'était plus encore. Avalant difficilement ma peur, je chuchotais un petit « Oui ». Ne le lâchant pas du regard, je continuais doucement, la voix tremblotante avant de prendre de l'assurance. « Mais… je te fais confiance. »
Il fit un petit sourire bien plus humain en me lâchant enfin. « Tu es vraiment étrange, Eve. » Dit-il avant de prendre mon bras et de marcher tranquillement vers la sortie. Me laissant guider, je jetais un regard illisible derrière mon épaule, croisant le regard d'un des enfants enfermé. Il ne pouvait pas être âgé de plus de six ans. Comment ces gens pouvaient-ils passer devant cet enfant sans réagir autrement que par le rire ? Juste à cause de la couleur de sa peau ? J'étais dégoûtée, complètement dégoûtée.
Encore plus, lorsque je me rendis compte que sans mon éducation du XXIème siècle, j'aurais sûrement réagi comme eux.
Retournant mon regard devant moi, je resserrais mon bras autour de celui de Tyki sans même m'en rendre compte. Même au XXIème siècle, ces problèmes persistaient encore. Pire encore, même si les conditions s'étaient améliorées pour les noirs à mon époque, ce n'était pas optimal et le problème n'avait fait qu'évoluer, pénalisant les Arabes à cause des derniers attentats ou les migrants à cause de la crise. Peut-être… Tyki avait-il raison ? C'était peut-être dans la nature de l'Homme d'être cruel ? Je ne voulais pas y croire dans ma vie d'avant, j'étais trop à l'abri dans ma famille aimante et mon petit village sans danger mais… et s'il avait vraiment raison ?
Ce fût dans un mutisme empli de pensées sombres et de doutes que je continuais ma visite de Paris, les mains accrochées à celle d'un diable qui me semblait pourtant bien plus humain que tous ceux autour de nous.
Je me souviens que j'avais été absolument dégoûté lorsqu'on avait appris comment étaient géré les colonies en histoire au lycée. Je cherchais ce que pouvaient bien faire Eve et Tyki à Paris au XIXeme siècle et c'est venu comme ça. Je n'ai voulu offenser personne mais le sujet est casse gueule et je suis aussi pomé qu'Eve alors je ne doute pas que ça a pu arriver. Toutes mes excuses :/
Voilà, je vous souhaite une super année 2018, pensez aux reviews et rendez-vous le 5 du mois prochain !
