Histoire: Une Touche de Couleur dans le Gris

Livre 1 : Nuancer le noir.

Date: 5 février 2018, corrigé en janvier 2022

Beta: Elda

Fandom: D Gray Man

Avertissement: Non, je ne possède pas D Gray Man et je ne fais aucun profit avec cette histoire.

Résumé: Après avoir atterrit au XIXème siècle, Estelle est engagée par la famille Kamelott, fondamentalement, les méchants de DGM. Prenant le nom d'Eve, elle devient alors la dame de compagnie de Tricia Kamelott et prend la décision de se faire son propre avis sur les personag... personnes de ce nouveau monde malgré le manga. Elle prend cependant vite conscience de la différence sociale des femmes à cette époque et commence à avoir peu pour son avenir surtout lorsque débarque Road, les jumeaux, Allen, Tyki... et bien sûr le Comte. Pour le fuir, elle se retrouve en France avec Tyki et Eve fait une dépression à l'exposition coloniale.

Trigger du chapitre: La dépressiooooon (encore et toujours) et, waw, la mort d'un perso secondaire!


Les gars, j'ai presque écrit 7000 mots pour ce chapitre.

C'est pratiquement 2000 de plus que d'ordinaire... Enfer, c'est le double du premier chapitre!

Qu'est-ce qu'il s'est passé?!

Eh bien, quoi qu'il en soit, juste un petit avertissement: on continue sur la déprime du dernier chapitre et même si ça a l'air d'aller un peu mieux au milieu, ça ne fais qu'empirer à la fin. Aussi, on assiste à la mort (que ce soit parce que j'ai complètement loupé sa caractérisation et aussi parce que je le tue vraiment dans l'histoire) d'un personnage secondaire, vous êtes prévenue.

Mais je suppose... Bonne lecture?


Chapitre 17: Victor Hugo

Jeudi 14 Mai 1885

Deux jours après l'exposition, l'ambiance était toujours aussi pesante.

J'eu beau essayer de reprendre mon air joyeux et mes taquineries faciles avec Tyki, tout sonnait faux et j'avais fini par retomber dans un mutisme aussi avait tenté de renouer le contact, mais je n'étais pas trop réceptive, complètement perdue dans mes pensées.

J'avais fini par accepter, avec un mauvais goût dans la gorge que, oui, si j'étais réellement née en 1867 dans une famille moyenne en Europe, j'aurais agi exactement de la même façon que tous ces gens à l'exposition.

Bien sûr, cette acceptation m'avait amené une foule d'autres questions existentielles.

Si avec une autre éducation j'aurais agi différemment et que cela m'aurait paru normal, comment est-ce que je pouvais savoir si les principes auxquels je m'accrochais actuellement et qui dépendait de mon éducation étaient justes ? Je savais, bien sûr, que le monde n'était pas en noir et blanc, qu'il n'y avait pas les « gentils » et les « méchants » mais tout de même… Comment est-ce que je pouvais juger les autres sur leurs principes, si je ne pouvais même pas expliquer logiquement les miens ? Cela semblait simplement... arbitraire, injuste, même. Alors, tournant et retournant furieusement la chose dans mon esprit, j'essayais de démêler le sujet, souhaitant ardemment trouver un rebord solide alors que je perdais mentalement pieds.

Entre-temps, je suivais Tyki et Eliott dans leur visite de Paris comme dans une brume opaque, la joie du premier jour étant depuis longtemps éteinte. Je n'étais même pas sûre de ce que nous avions fait pendant ces deux jours, ils auraient pu me laisser à l'hôtel que ça aurait été la même chose au niveau des souvenirs.

Et puis… le soir du quatrième jour arriva.

Ce jour-là, nous étions rentrés assez tôt à l'hôtel, Eliott nous abandonnant devant le nôtre avec un froncement de sourcil, comme pour nous prévenir de l'attendre le lendemain. Alors, remontant dans ma chambre le regard toujours dans le vague, Tyki avait attrapé doucement ma main et m'avait tirée dans un coin un peu à l'écart où nous pourrions profiter d'une relative intimité.

« Qu'est-ce qu'il se passe ? » Demanda-t-il alors, sa voix pas plus forte qu'un murmure.

Relevant la tête, je l'avais regardé dans les yeux pour la première fois depuis deux jours. Semblant y trouver ce que je pensais être une véritable inquiétude, mon regard tombait à nouveau sur le sol, mes épaules se voûtant et un soupir gonflant ma poitrine.

« Ce n'est rien, ce n'est pas toi, je… juste, je suis en train de remettre en cause toutes mes croyances et… hé bien, ce n'est pas facile, j'ai juste besoin d'un peu de temps. » Je répondis, mais je ne savais honnêtement pas si je disais cela pour le rassurer lui, ou pour moi-même.

« Tes croyances ? » Répéta Tyki en lâchant mon poignet, un mince sourire jouant sur ses lèvres. « Alors quoi, tu crois en Dieu maintenant ? C'est Tricia qui va être contente ! » Déclara-t-il toujours calmement pour ne pas attirer l'attention des autres clients de l'hôtel, mais toujours assez fort pour faire transparaître la taquinerie.

Évaluant ses paroles comme une nouvelle perche, je forçais un sourire sur mes lèvres, l'attrapant figurativement à pleine main. « Qu'est-ce que j'entends, Lord Mikk ? Douteriez-vous de mon dévouement au tout puissant ? » Et puis, un peu plus faiblement, ma voix lourde avec le rire qui menaçait de s'échapper de ma gorge, le moral bien meilleur que quelques minutes auparavant. « Taisez-vous, nous allons être traités d'hérétiques et portés au bûcher ! »

« Non, bien sûr que non, je n'oserais pas ! » Répondit Tyki, la main sur le cœur et le visage faussement outré. Plaquant rapidement une de mes mains sur mes lèvres pour m'empêcher de rire trop fort, il me fallut tout de même quelques minutes pour me calmer, le fait que Tyki continuait à faire des expressions bizarres avec ses sourcils n'aidant pas la chose…

Essuyant les larmes perlant au coin de mes yeux, le sourire toujours aux lèvres, je relevais la tête vers Tyki. « Merci. » Je dis simplement, essayant d'y insuffler toute ma reconnaissance.

« Avec plaisir. » Répondit-il du tac au tac, forçant un nouveau sourire sur mes lèvres. À ce point-là, j'étais pratiquement persuadée qu'il utilisait cette expression uniquement par ce qu'il savait que cela me faisait rire. Non, vraiment, en deux mois, son utilisation depuis notre rencontre avait décuplé et pourtant, je ne pouvais jamais cesser d'y sourire. « En fait... » repris-il ensuite rapidement avant de s'arrêter légèrement, comme s'il réfléchissait à un plan d'action. « Est-ce que tu voudrais venir au bar avec moi ce soir ? » demanda-t-il finalement avec un regard attentif mais compréhensif.

Dans une autre vie (lire : avant d'arriver en 1884) j'aurais sûrement souri puis fait une excuse boiteuse avant de filer dans ma chambre pour lire.

Maintenant, cependant, je n'avais vraiment strictement rien d'autre à faire et… et puis j'avais envie de compagnie, même si elle devait être non-humaine.

Cependant… « Tricia ne m'a pas vraiment laissée apporter quelque chose d'adapté. » Je lui fis remarquer en me mordant la lèvre inférieure. « Et je ne pense pas que ce soit une très bonne idée que j'y aille comme ça. » Dis-je en tirant un peu sur les jupons de ma trop belle robe. Après tout, le genre d'endroits où traînait Tyki étaient particulièrement mal famé, et même si j'avais un formidable garde du corps, encore fallait-il que celui-ci soit réellement dédié à son travail. Et, aussi triste que cela pouvait l'être, je n'étais pas sûre que Tyki se souciait assez de moi, une humaine qu'il connaissait depuis moins de trois mois, pour me protéger activement en cas de problème.

« Je peux te prêter des vêtements, 'Dieu' sait que j'en ai gagné assez ces deux derniers soirs. Je suis sûr que quelque chose devrait t'aller dans le tas. Et, promis, ils sont propres, je les ai fait nettoyer par les gens de l'hôtel, j'allais les déposer à un orphelinat avant de rentrer à Londres. »

« En même temps, nul doute que si Sheryl te voyait revenir avec, il en ferait une crise cardiaque. » Je ris doucement en le suivant dans le hall pour aller dans sa chambre.

Il avait raison, en quelques jours seulement, il avait accumulé une véritable pile de vêtements d'ouvriers. Évidemment, il n'y avait rien à ma taille, mais ce n'était pas plus mal. Un pantalon informe, une chemise ample, un manteau troué et un bonnet plus tard et je ressemblais à n'importe quel rat des rues. De son côté, Tyki s'habilla de manière semblable et on descendit en se faufilant par les cuisines, nul besoin de se faire remarquer après tout.


Paris la nuit en 1885 avait une atmosphère étrange.

D'une part, un doux vent soufflait et agitait les branches dans des murmures agréables, d'autre part, les lampadaires à huiles diffusaient une lueur blafarde et tremblotante qui semblait animer chaque ombre en un monstre terrifiant. J'avoue qu'à peine quelques minutes plus tard, j'avais accroché mes doigts au bras de Tyki, pas très rassurée par les ruelles sombres qui se tortillaient autour de nous.

Heureusement, en quelques minutes de plus, nous étions arrivés dans les quartiers un peu moins privilégiés et il ne nous fallut pas beaucoup plus de temps pour trouver un bar à l'air prometteur.

« Tu veux quelque chose à boire ? » Je demandais à Tyki alors que nous entrions.

« Oui, allons nous installer au comptoir. » Me répondit-il comme nous essayions de nous frayer un chemin entre les tables encombrées de fêtards.

« Tu ne vas pas jouer ? » Je demandais, curieuse.

« Pas pour l'instant, ou en tout cas pas avec eux. » Dit-il en tirant un tabouret pour s'y installer avant de lever la main pour attirer l'attention du barman. « Mais nous pouvons jouer aux cartes ? Pas de pari évidemment. »

Un peu sceptique mais prête à tester, je lui souris et le laissait commander nos boissons pendant que je distribuais les cartes. Rapidement, nos consommations arrivèrent et je fus un peu moins partante lorsque je vis ma pinte de bière. Je n'étais pas très fan de l'alcool et celle-ci semblait avoir un goût encore plus étrange que celles que j'avais goûté à mon époque mais bon, j'avais soif, il faisait chaud et on continua le jeu en buvant.

Au bout d'un petit moment, voyant sûrement mon verre vide et ma morosité peinant à partir, Tyki interrompit notre jeu de cartes pour commander à nouveau. « Tiens, avale-ça. » Me dit-il en me poussant un petit verre dans les mains. Lui lançant un regard suspicieux, il leva les yeux au ciel mais leva son propre verre dans ma direction avec un petit signe de tête avant de l'avaler cul-sec.

Ne voyant aucun signe de gêne, j'haussais les épaules et fit de même… avant d'éclater dans une furieuse crise de toux.

« C'est quoi cette merde ?! » Je jurais en français, les joues rouges et la voix un peu trop grave à cause de la toux.

« C'est de l'absinthe » dit Tyki, répondant sans le savoir à la question que je venais de poser. « J'aime bien, ça réchauffe de l'intérieur. » Dit-il en levant la main en direction du barman pour reprendre un verre.

« Réchauffe ? Ça brûle, oui ! » Je marmonnais dans un anglais haché, la tête qui tourne et les boyaux emmêlés. « Urgh, j'ai envie de vomir. » Je gémis en posant ma tête sur la table alors que le bâtard de Noah riait doucement de ma misère en sirotant son second verre.

Étonnement, je ne tardais pas à le rejoindre dans sa joie, l'alcool aidant sûrement de ce côté-là. En fait, j'étais tellement perdue que ce fut une bonne heure plus tard, lorsque j'entamais ma seconde pinte sous les encouragements de Tyki que je commençais à me sentir vraiment bizarre. Mais ce n'était pas possible, je n'avais jamais réussi à être bourrée, j'avais toujours mal au ventre avant que ça n'arrive...

Quoi qu'il en soit, devenant un peu plus joyeuse que je ne devrais l'être, je demandais à Tyki de rentrer à l'hôtel, prétextant la fatigue. Agréant, il finit sa pinte et la mienne et me raccompagna en dehors du bar remplissant le silence pesant des ruelles sombres par quelques histoires amusantes.

« ...et je pense que c'est pour cela que Sheryl ne devrait pas laisser Road jouer avec des bougies. » Termina-t-il son anecdote alors que je riais un peu trop fort pour ne pas venir d'une personne complètement bourrée. « Et toi ? Tricia m'a dit que tu avais des frères et sœurs ? En fait, je ne sais même pas d'où tu viens vraiment. » Continua-t-il tranquillement en me jetant un regard innocent.

Attendez… Est-ce que Tyki m'avait fait boire pour me poser des questions sur ma vie privée ?

Naaaaaaaaan

Je suis sûr que c'est une question tout à fait hasardeuse.

Quoi qu'il en soit, j'avais beau savoir quelque part enterré dans les brumes de mon cerveau que je ne devrais vraiment pas en parler, ma bouche ne semblait pas avoir compris le message et déblatérait un flot de réponses joyeusement. C'était juste un tas de renseignements aléatoires sautant de ma famille à mes amis en passant par mes aliments préférés et mes désirs impossibles. Je priais juste pour qu'il n'y ait rien sur le possible voyage entre l'espace-temps ou le rêve extrêmement long et détaillé qui m'avait amené ici.

« Tykiiiii » Je gémis finalement juste après avoir terminé un discours décousu sur des baobabs et les voyages sur la lune. « J'ai besoin d'un câliiiiiin » Je dis en trébuchant sur lui lorsque je voulus attraper son bras. C'était étrange comme je semblais être mentalement consciente de tout mais… incapable d'y faire physiquement quoi que ce soit.

« Ouf ! Tu es lourde » Se moqua-t-il en m'attrapant, m'empêchant de planter ma tête dans les pavés.

« Noooon ! Moi je suis En… Este… Non pas le E… C'est le V…Vii… Ivy ! Moi c'est Iiiivy ! » Je balbutiais, la langue pâteuse avant de tout à coup crier mon nouveau nom, contente de l'avoir retrouvé. Ou un truc s'en approchant en tout cas.

« Oui, oui, pardon Eve. » Acquieça Tyki avec le pire ton complaisant possible.

« Noooon, c'est Ivy ! Iiiiivy ! » J'insistais en me détachant de lui, pointant un doigt dans ma poitrine à chaque 'Ivy'. Ou en tout cas c'est ce que j'essayais de faire mais sans support je recommençais à chanceler.

« Oui, bien sûr, Ivy » Tyki passa une main dans mon dos pour me soutenir. « Hé bien, je ne pensais pas te voir comme ça un jour. » Dit-il avec un sourire amusé. « J'ai bien fait de t'emmener au bar, tu sembles beaucoup plus joyeuse que ce matin. Et c'est bien plus amusant que ta morosité des derniers jours »

« Heureux les pauvres d'esprit ! » Je riais avant de tout à coup m'arrêter, forçant Tyki à faire de même. « Câlin ? » je redemandais avec les sourcils froncés, forçant mon regard à croiser celui de Tyki cette fois.

« Je suis désolé, E-... euh… Ivy, je n'ai pas la moindre idée de ce que tu es en train de dire. » S'excusa Tyki et je me rendis enfin compte que j'avais tout simplement passé la dernière demi-heure à causer en français. N'ayant maintenant plus aucun filtre entre mes pensées et mes actes, je commençais rapidement à convulser de rire, m'accrochant à l'épaule de Tyki, sa main toujours enroulée autour de ma taille pour m'empêcher de m'écraser au sol. Au moins, même si j'avais dit quelque chose par mégarde, Tyki n'avait de toute façon rien compris...

« Chuis fatiguée... » Je marmonnais finalement, ma crise arrêtée.

« Je sais, je sais, nous sommes presque arrivés » M'assura gentiment Tyki en tirant mon corps tout à coup alourdi par le sommeil. « Et dire que quelques minutes plus tôt je devais t'empêcher de courir partout. » Soupira Tyki.

Marmonnant une énième bêtise, je m'appuyais un peu plus sur lui et…

...Et c'est à peu près à ce moment-là que mes souvenirs s'arrêtent.


Vendredi 15 Mai 1885

Tirant la couverture un peu plus fermement, j'essayais d'empêcher la moindre luminosité d'attaquer mes yeux tout en creusant mes souvenirs pour autre chose à me mettre sous la dent. Ce n'était pas agréable de savoir qu'on oubliait quelque chose. Bien sûr, j'en avais fait les frais ces derniers mois, ne me souvenant toujours pas de comment ni quand j'étais arrivé en 1884, mais la chose prenait beaucoup plus d'ampleur lorsque le laps de souvenir en question contenait assurément le Noah du plaisir. Même en me concentrant attentivement, tout le reste n'était que des flashs de couleurs ou de sensations sans le moindre lien reconnaissable entre eux.

Au moins, je songeais avec soulagement, les seules choses qui me manquaient par rapport à ma tenue d'hier étaient mon bonnet et mes bottes et je n'avais mal nulle part sauf à la tête, mais cela s'expliquait facilement par l'alcool. Alors, ça ne devait pas être trop grave, n'est-ce pas ?

M'accrochant à cette pensée, mes poings se resserraient tout de même autour de mes draps, le souffle un peu rapide et les paupières fermement closes. Prenant une grande inspiration, je forçais mes doigts à lâcher prise puis à pousser doucement l'épaisse couverture par-dessus ma tête. Malgré mes yeux fermés, la luminosité du matin était trop forte et je gémissais de douleur aux picotements sous mes paupières. Souffrant en attendant l'accoutumance, je m'assis lentement dans mon lit pour essayer de limiter mon mal de tête. Ouvrant enfin les yeux, je fus heureuse de découvrir que non seulement je me trouvais bien dans ma propre chambre d'Hôtel, mais qu'en plus, Tyki n'était nulle part en vue, contrairement au premier jour.

Me traînant difficilement au bord du grand lit, je me servais un verre d'eau, me souvenant vaguement avoir lu quelque part qu'il fallait boire de l'eau en cas de gueule de bois. N'ayant pas l'énergie de réfléchir à une explication scientifiquement plausible, je prenais mes souvenirs pour un fait et en buvais deux verres de plus. Ne pouvant plus rien avaler pour le moment, je trébuchais jusqu'à la salle de bain pour me laver, même si je n'avais envie que d'une chose : retourner au lit et dormir à travers toute l'épreuve.

Une bonne demi-heure plus tard, cette fois propre, mais toujours avec la tête dans le cul, je songeais à faire exactement cela lorsqu'on frappa à la porte. C'était Tyki, bien sûr, je réalisais en essayant de détendre mes muscles soudain raides, et il apportait avec lui le petit déjeuner. « Tu as l'air horrible. » Me dit-il en posant le plateau sur la table et en s'asseyant dans la chaise en face de celle où j'étais déjà affalée.

« Ne parle pas trop fort... » Je murmurais, la tête dans les mains et les coudes sur la table. Pour une fois, je le croyais sans problème : je ne devais pas faire un très joli spectacle.

« Première gueule de bois ? » Demanda-t-il un peu moins fort avec un ton que, si j'avais été de meilleure humeur, j'aurais pu évaluer comme compatissant. Maintenant cependant, avec un mal de tête de la taille de big ben, j'avais du mal à être objective, surtout que mon état était au moins à 50 pour cent sa faute. Mais, oui, première gueule de bois. Encore une fois, je n'avais jamais réussi à être bourrée. Même pas pompette. Bien sûr, je n'avais jamais essayé à fond, n'étant pas assez curieuse pour supporter l'état mais je n'avais bu, quoi ? Qu'une bière et demi et un shot d'Absinthe ? À moins que ce ne soit vraiment beaucoup plus fort que ce que je pensais, je ne devrais pas être dans cet état-là... Mais je n'avais vraiment pas le courage de mettre ce fatra en phrase intelligible alors, pour seule réponse, je laissais échapper un gémissement pitoyable.

« Allez, 'Ivy". » Se moqua-t-il en se levant et je lui lançais un regard confus avant de me souvenir honteusement que j'avais insisté que c'était mon nom hier soir. « Sheryl m'a donné des tâches à faire ce matin, tu pourrais aussi bien en profiter pour rester dormir ici. Il faut que tu sois en forme pour notre dernier après-midi. »

« Quelque chose de spécial ? » Je demandais curieuse en évaluant son ton de voix secret.

« Peut-être... » Sous entendit-il avec un sourire sournois avant de sortir de la pièce.

Intriguée maintenant, mais terriblement fatiguée, j'haussais les épaules et traînais des pieds jusqu'à mon lit avant de m'y affaler avec un soupir bien heureux. J'avais beau avoir dormi assez tard et vomit le contenu de mon estomac en me levant, je me sentais toujours aussi mal et une bonne sieste ne semblait pas de trop.

Plus jamais d'alcool. Plus jamais.


Ce fût beaucoup trop tôt, à mon humble avis, qu'on toqua à nouveau à la porte. Il était presque quatre heures dans l'après-midi et cela faisait bien une heure que je m'étais réveillée pour manger. Fort heureusement, je me sentais mieux, mais ça ne voulait pas dire que je respirais la vie. Mon mal de tête était certes maintenant bien plus supportable, mais mon ventre était encore bizarre et je me sentais tellement léthargique que je n'avais même pas pris la peine d'étendre mon bras pour attraper le livre sur la table de nuit.

Mais évidemment, la vie n'attendait pas et avec un gros soupir, je me levais pour répondre à la porte.

C'était Eliott, et je dû difficilement empêcher une grimace de déformer mes lèvres. Heureusement, il ne s'attardait pas. Il était juste venu me dire que Tyki était rentré et que je devais le rejoindre dans le petit salon dans quelques minutes, le temps qu'il se change.

« Alors... » Je commençais lorsque je le vis entrer dans le salon quelques temps plus tard. En effet, il ne portait pas les mêmes vêtements que ce matin, et je me demandais vaguement pourquoi il avait pris la peine de les changer. « Où allons-nous ? » Je demandais en le rejoignant.

« Hé bien, Tricia voudrait probablement que cela reste une surprise jusqu'au bout... » Dit-il tranquillement alors que nous sortions de l'hôtel pour appeler un fiacre. « Mais je sais que c'était plus une excuse qu'un véritable but. » Voyant mon regard expectatif, il rit doucement avant de me dire enfin ce que nous allions faire. « Tricia a organisé une rencontre avec Victor Hugo. »

Euh… quoi ?

Les yeux ronds, je fixais Tyki avec incompréhension. Parce que oui, nous étions au XIXème siècle et j'avais découvert que Victor Hugo existait dans cette dimension aussi. Et puis, oui, j'avais utilisé son exposition comme excuse pour éviter de voir le Comte. Mais… même à cette époque, Victor Hugo était déjà une sorte d'idole nationale, non ? Sheryl avait-il vraiment autant de pouvoir qu'il puisse (sous le commandement de Tricia) organiser une rencontre pour une « amie » avec une haute figure politique et culturelle d'un autre pays ?

Avalant difficilement, je me rendis compte que mon plan de fuir-comme-une-dératée-en-cas-de-problème risquait de ne pas être aussi efficace que prévu... Même en comptant les akumas, j'avais douloureusement sous-estimé leur force passive.

Alors, toujours bloqué dans un état réflexif, il me fallut quelques secondes pour m'en sortir lorsque le fiacre s'arrêta devant une barre de maisons typiquement haussmannienne. Toquant à la porte, une vieille femme à l'allure sévère ne tarda pas à venir nous ouvrir et nous laissa entrer après lui avoir dit que nous venions de la part du Marquis Kamelott.

Elle nous fit attendre dans un petit salon et quelques minutes plus tard, un vieil homme entra dans la salle. Il se tenait droit avec des vêtements noirs et de bonne qualité. Cependant, le poids des années était bien visible, surtout sur son visage où un nombre incalculable de rides s'amoncelaient autour d'un regard fatigué, le reste de son visage étant mangé par une barbe blanche bien coupée.

« Vous devez être Lord Mikk et Lady Campbell, je présume ? » Demanda-t-il dans un anglais légèrement accentué alors que nous nous levions pour le saluer. Hochant la tête, je laissais Tyki faire les salutations d'usages et tous les trucs politiques alors que je me rasseyais nerveusement sur le canapé. Hey, c'était Victor Hugo tout de même ! Un des plus grands écrivains français que je respectais personnellement pour ses travaux sur la peine de mort, les orphelins et les femmes. Bien sûr, je n'étais pas d'accord avec tout, mais dans l'ensemble, ce gars était un visionnaire en avance sur son époque et avait mon plus grand respect. Enfer, certains des profs de français que j'avais eu étaient de véritable fan boy/girl et je ne pus retenir un sourire suffisant en imaginant leur tête s'ils savaient que je l'avais rencontré en vrai.

« Le Marquis Kamelott n'était pas très clair sur la raison de votre visite. » Déclara plus tard l'écrivain, une fois que tout le monde fût installé autour d'une tasse de thé et que Tyki et lui avaient échangé des banalités.

« Eve est une grande admiratrice de votre travail et ma belle-sœur, la Marquise Kamelott pensait que vous rencontrer serait un bon cadeau d'anniversaire. » Lui répondit simplement Tyki alors que je lui jetais un regard surpris. C'était un cadeau de Tricia ? Waw, je ne m'y attendais pas du tout… C'est vrai que la question financière n'avait même pas été abordée, mais je pensais simplement que le coût serait retenu sur mon salaire à venir. Même si ça prenait plusieurs mois. Nous n'avions pas voyagé chichement, après tout, n'étais-ce pas un peu disproportionné comme cadeau pour une employé ? Je savais que Tricia me voyait comme une amie et je ressentais la même chose, mais malgré tous ses dons de manipulation, Tricia n'avait pas pu soutirer tout ça à Sheryl… n'est-ce pas ?

« Quoi qu'il en soit, je ne voudrais pas vous obliger à parler en Anglais durant toute cette réunion. » Dit finement Tyki alors que je le fusillais du regard, sentant bien où il allait avec ces mots. « Je vais vous laisser discuter, pendant ce temps, est-ce que cela vous dérangerait que je regarde votre bibliothèque ? » Demanda-t-il en se levant lorsque l'écrivain lui donna son accord.

Tyki maintenant à l'autre bout de la pièce, Hugo se tourna vers moi et j'attrapais ma tasse de thé, mal à l'aise, pour occuper mes mains. « Vous parlez donc français ? » demanda-t-il, ses yeux perçants semblaient passer à travers moi comme dans un livre ouvert.

« Oui, je suis française d'origine. » je lui répondis dans ma langue natale.

« Ah oui ? d'où venez-vous ? Je n'arrive pas à placer votre accent. » me demanda le vieil homme.

« De la banlieue Parisienne. » Je répondis légèrement, essayant de limiter les détails. Il semblait être un peu sceptique mais ne poussa pas et j'en étais très reconnaissante. Ce n'était pas tant à lui que je souhaitais cacher ces informations mais à Tyki. Il avait beau dire qu'il ne comprenait pas le français, je ne préférais prendre aucun risque.

Après cela, un silence un peu maladroit s'engagea. Je venais enfin de me rendre compte que, oui, j'étais en train de prendre le thé au XIXème siècle avec l'écrivain Victor Hugo et même si à l'extérieur je m'évertuais à ne rien montrer, à l'intérieur je criais complètement paniqué.

Qu'est-ce que j'étais censé lui dire ?!

Heureusement, le vieil homme ne tarda pas à engager la conversation en me demandant ce que je pensais de ses romans et, sans que je m'en rende compte, en quelques minutes, je parlais aussi vivement que dans nos débats avec Tyki. Même peut-être plus car je pouvais réellement utiliser tout mon vocabulaire si ce n'est toutes mes connaissances.

Je n'avais aucune idée du temps qui passait, mais je sais que Tyki partit quelque part au milieu et j'en profitais pour être encore plus libre dans mes propos. Quoi que pense Victor Hugo de moi, je n'en avais rien à faire. D'une part, parce que je ne le reverrais sans doute jamais et qu'il n'aurait pas l'occasion de parler de notre rencontre à mes proches et puis surtout parce qu'il devait rencontrer des centaines de fan tout les mois, quel étaient les chances qu'il se souvienne de moi en particulier ?

Peu importe la raison, je parlais comme je ne l'avais pas fait depuis des mois, argumentant, soupirant, riant, gesticulant et criant même. Avant que je ne le fasse, je ne m'étais pas rendue compte à quel point je me limitais inconsciemment, m'empêchant d'être trop « bizarre » pour les habitants du manoir. Avec comme un poids enlever de mes épaules, je versais tout mon cœur dans cette conversation.

A tel point qu'on en vint à parler de sujets bien plus profonds.

Des sujets qui nous touchaient chacun intimement. C'était des rêves, des désirs, des regrets… tout pleins de sentiments mêlés ensemble et… je lui parlais de ma famille. De ces personnes qui valaient tout pour moi et que je ne reverrai sans doute jamais.

Et en retour, il me parla de Léopoldine.

C'est étrange comme je savais si peu et à la fois autant de choses sur cet homme. Depuis le début de ma scolarité, j'avais étudié ses textes. D'abord avec des poèmes à apprendre par cœur en primaire, puis des nouvelles à lire au collège et ses romans à décortiquer au lycée. Et avec ses œuvres, nous avions appris sa vie, analysé les grands événements qui avaient forgé ce qu'il était devenu. Mais malgré tous ces faits et dates qui me tournaient dans la tête, en voyant ses yeux, j'avais impression de ne plus rien savoir.

Alors oui, je connaissais l'histoire de Léopoldine, je savais l'impacte qu'avait eu la mort de sa fille sur lui, les magnifique poèmes que ce drame avait créé.

Mais je ne connaissais pas la vie de Léopoldine, je ne savais pas ce que sa mort avait fait à son père, je ne comprenais pas les poèmes qui en avaient résultés.

Et puis…

« Hypothétiquement, si une chose était venue vous voir en vous proposant de ramener l'un de vos être chère à la vie… Auriez-vous dit oui ? »

Une question si innocente posée par un philosophe ayant déjà temps de fois théorisé sur la mort. Mais pour moi qui avait une connaissance que peu disposaient en ce monde, cette question m'avait fait l'effet d'un cri. Sursautant, j'avais relevé le regard, plongeant mes yeux dans les siens, essayant d'y trouver quelque chose, un je ne-sais-quoi qui m'aurait assuré que cet homme n'avait pas pris l'offre, que je ne parlais pas à une machine tourmentée.

« Hypothétiquement... » Je commençais lentement, me mordant la lèvre en regroupant mes pensées, l'esprit paniqué et mon instinct me disant de courir, courir, courir. « Je n'aurais pas pris l'offre. » Je répondis, le corps tendu et les yeux fixes. J'étais prête à sauter du canapé à tout instant même si je savais qu'il y avait peu de chance que j'en réchappe. Mais, si ça se trouve je me montais la tête ? C'était un grand homme, un homme intelligent, il n'aurait pas pris l'offre du Comte ?

...n'est-ce pas ?

Mais profondément, je savais ce que pouvais faire faire l'amour à l'humain. Il n'y avait plus de logique et de droite pensés quand l'émotion intervenait.

« Pourquoi ? » Demanda-t-il simplement et il me fallut quelques instants avant de comprendre ce qu'il me demandait. Le problème… c'est que la question demandait une réponse que je ne pouvais pas lui dire. Parce que, si je ne savais pas ce qui allait arriver, si j'avais été assez désespérée et seule comme cette fois-ci dans la bibliothèque, est-ce que j'aurais vraiment refusé l'offre du Comte ?

J'aurais pu répondre quelque chose comme « ça aurait été trop beau pour être vrai » ou « les morts devraient rester mort » mais en voyant le regard dans les yeux du poète, je ne pu me résoudre à le nourrir de bonnes pensées pré-faite.

Et tant pis si je parlais à un akuma.

« Parce que je connais les conséquences. » Je répondis doucement et je vis ses yeux s'ouvrir un peu plus comme sous le coup de la réalisation.

« Vous l'avez rencontré ? » Murmura-t-il et c'était tellement faible que je n'étais pas sûr qu'il voulait le dire à haute voix.

He bien, techniquement… « Oui. Vous l'avez vu aussi ? »

Il me regarda un peu plus, se taisant puis, tournant son regard vers la fenêtre, il laissa échapper un soupir fatigué. « J'ai dit non. »

Ces simples mots me détendirent instantanément. Logiquement, je savais que cela pouvait être un mensonge mais instinctivement, je croyais que ce n'était pas le cas. Mais, avant même que je puisse laisser échapper un sourire fragile, il se retourna vers moi et ses yeux tenaient une tel tristesse qu'ils m'empêchèrent de respirer

« ...et c'est mon plus grand regret. » Dit-il, sa voix sans vie. « Ma Adèle a pris l'offre la nuit suivante. »

Retenant un halètement, je serrais mes poings dans mes jupes avec de grands yeux écarquillés. Adèle, la seconde fille de Victor Hugo, terriblement traumatisée par la mort de sa grande sœur mais qui malgré ses problèmes mentaux avait été la seule des cinq enfants à survivre à son père.

« Je.. que… comment… ? » Je balbutiais ne sachant même pas ce que je voulais vraiment demander.

« Je ne l'ai même pas remarqué. J'étais trop pris dans ma propre douleur pour voir que ma seconde fille m'avait aussi été prise. Un exorciste l'a abattue trois mois plus tard, mais cette chose avait déjà eu le temps de tuer ma femme et mon fils nouveau-né. »

Je laissais échapper un soupir tremblant, mes yeux me brûlant. Serrant les dents, j'avalais un sanglot et me força à ne pas pleurer. Je n'en avais pas le droit, ce n'était pas mon histoire et je ne voulais pas qu'il me réconforte alors que ça devait être à moi de le faire. Malheureusement… je n'avais jamais été bonne pour réconforter, laissant généralement la tâche à une de mes amies pendant que je laissais simplement de l'espace à la personne concernée. Cette fois, cependant, cette tactique ne pouvait pas fonctionner et je cherchais désespérément quelque chose à répondre. « C'est à ce moment-là que vous avez commencé à écrire Les Misérables, n'est-ce pas ? » Je murmurais tout à coup, moi même ne sachant pas pourquoi j'avais dit ça.

Heureusement, à mon grand soulagement même si à mon incompréhension totale, cela sembla le sortir quelque peu de son état et il me fit un sourire doucement amère. « Je pensais que cela correspondait bien à mon état. Le livre ne devait pas être comme cela à l'époque, enfin pas tout à fait. Il reprenait bien l'histoire de Jean Valjean et Cosette mais le Comte était au centre du récit. Je voulais prévenir le peuple, même si cela devait se faire par un conte que personne ne penserait vrai. »

« Qu'est-il arrivé ? » Je demandais. Car j'avais relu Les Misérables à mon arrivée ici et même si le livre me semblait quelque peu différent de celui de mon monde, il était loin d'être un roman sur le Comte.

« L'église l'a censuré. » Répondit-il simplement. « Je ne sais pas comment ils l'ont su, je n'avais fais lire le manuscrit qu'à de proches amis, mais ils se sont présentés à ma porte et m'ont bien fait comprendre que je ne devais en aucun cas le publier. » Dit-il en se penchant légèrement en avant, ses yeux perdant leur fatigue pesante pour la première fois de notre conversation et prenant une lueur furieuse. « Si vous deviez retenir une seule chose de cette conversation, Mademoiselle Campbell, ce serait de faire bien attention d'avec qui vous abordez ce sujet. Lorsqu'une entité aussi puissante que l'Église cherche à lier vos lèvres, cela n'augure rien de bon. » Dit-il avant de se pencher un peu plus vers moi, murmurant cette fois : « Cela fait quarante ans que je remue ce purin et seul des problèmes en sont sortis. Il n'y a rien de blanc dans cette histoire, ce n'est qu'une bouilli infâme. Je vous conseille de ne pas vous impliquer plus que vous ne l'êtes déjà. »

Avalant difficilement, je pensais à Sheryl en train de travailler dans son bureau, à Tyki jouant aux cartes avec Allen, aux jumeaux embêtant Road, à Tricia en train de discuter avec le Duc Campbell et… « Je ne vais pas faire de promesse que je ne peux pas tenir » Je répondis, et si ma voix était un peu plus aiguë que la normale, ça ne devait être qu'un effet auditif.

« Eve ? » demanda tout à coup Tyki en frappant à la porte du bureau. Sursautant, l'ambiance mystique totalement rompu, j'échangeais un regard complice avec le vieil écrivain. « Avez-vous bientôt fini ? » Dit-il en entrouvrant la porte lorsque je lui demandais ce qu'il voulait.

« Ah, oui, je pense. » Je dis en regardant l'homme et lorsqu'il me fit un hochement de tête, je me levais pour le saluer. « Merci beaucoup pour cette discussion, c'était très... instructif. » Je dis toujours un peu tendu, ma tête tournant sous les implications de ce qu'il m'avait appris.

« Je vous en prie, j'ai beaucoup apprécié également. » Dit-il d'une voix neutre en se levant également avant de se tourner vers sa bibliothèque et d'attraper un gros livre. Il se dirigea ensuite à son bureau et, trempant sa plume dans l'encre, signa le livre avant de me le tendre. « Pour vous rappeler ce à quoi nous avons échappé dans les jours sombres. »

Attrapant le livre en le remerciant doucement, je baissais la tête pour lire le titre et fit un sourire ironique en voyant les belles lettres bouclées Les Misérables s'étaler sur la couverture. « Je me le rappellerais. » Je lui répondis en plongeant mes yeux dans les siens avant d'hésiter quelques instants « Merci pour tout et… s'il vous plaît faites attention, une maladie est si vite arrivée. » Il hocha la tête avec un regard curieux et me raccompagnait à la porte d'entrée.


Cinq jours plus tard, confortablement installé dans le petit salon du manoir avec Tricia, je laissais tomber ma tasse de thé lorsque qu'elle m'annonça avec une mine triste que le grand écrivain Victor Hugo était mort de maladie la nuit dernière et quel chance j'avais eu de le rencontrer avant!

C'était trois jours plus tôt que dans mon ancien monde.

Les mains tremblantes, j'avais parcouru le journal, laissant échapper un soupir soulagé lorsque je lis qu'il n'avait que très peu souffert, partant même avec un sourire sur son lit de mort. Il ne s'était pas battu contre sa maladie, d'après les médecins, il avait juste déclaré que son temps était venu, avait réglé ses affaires en cour et s'était couché sur son lit pour ne plus jamais se réveiller. Une mort bien plus paisible que celle que j'avais connue et je ne pouvais m'empêcher de me demander si c'était de ma faute.

Je passais les prochains jours dans une brume d'hébétude, ne pouvant m'empêcher de réfléchir à ce qu'il s'était passé. Un matin, six jours après l'annonce de la mort de Victor Hugo, je recevais un paquet de France expédié une semaine plus tôt contenant plusieurs carnets de recherches sur la guerre sainte. Un manuscrit contant l'histoire d'un homme réveillant les morts y était également mêlé. Une note y était attachée, me priant dans une belle calligraphie cursive de ne pas me mettre en danger.

Mordillant ma lèvre, je m'étais demandé une seconde si je serais capable de suivre le dernier souhait du poète.

Le destin n'avait vraiment pas besoin de m'envoyer une Road pleurnicheuse à cet instant précis pour que je sache que c'était un rêve pieux.


Elo arrête pas de dire que je suis en train d'instaurer un ship entre Tyki et Eve, elle appelle ça le TykEve XD Mais je veux paaaas.

En tout cas... Ouf ... eh bien c'était un sacré morceau ... Presque 7000 mots de pensés sur la condition humaine et la mort avec une caractérisation de Victor Hugo, je demande grâce. J'ai vraiment cru que je n'arriverais pas au bout et je me suis pratiquement arraché les cheveux sur cette conversation. Maintenant que j'ai la tête au repos, j'en suis bien plus contente. Vu ma motivation et mon bloque d'auteur, ça aurait pu être bien pire. Là au moins, j'ai pu passer tous mes indices pour la suite de l'histoire et Victor Hugo n'a pas l'air trop bizarre ... enfin je crois?

Pensez aux reviews et rendez-vous le cinq du mois prochain !