Histoire: Une Touche de Couleur dans le Gris
Livre 1 : Nuancer le noir.
Date: 5 mars 2018, corrigé en février 2022
Beta: Elda
Fandom: D Gray Man
Avertissement: Non, je ne possède pas D Gray Man et je ne fais aucun profit avec cette histoire.
Résumé: Après avoir atterri au XIXème siècle, Estelle se rend rapidement compte qu'elle s'est faite engagée par la famille Kamelott, fondamentalement, les méchants de DGM. Prenant le nom d'Ève, elle devient alors la dame de compagnie de Tricia Kamelott et l'aide dans ses tâches quotidiennes. Maintenant que sa vie est un peu moins chaotique, Eve réfléchit à son arrivée dans ce monde et prend la décision de se faire son propre avis sur les personag... personnes de ce nouveau monde malgré sa connaissance du manga. Elle prend cependant vite conscience de la différence sociale des femmes à cette époque et commence à avoir peur pour son avenir surtout lorsque débarque Road et les jumeaux... Décidant de visiter Londres, Eve tombe, comme par hasard, sur Allen, puis sur Tyki et ils sympathisent. Quelques jours plus tard, les trois se séparent. Enfin pas pour très longtemps en ce qui concerne Eve et Tyki.
Trigger du chapitre: Evanouissement
Je sais que certains reprennent les cours aujourd'hui, j'espère que lire les déboires d'Eve vous mettra un peu de baume au cœur :)
Bonne lecture!
Nuancer le Noir, chapitre 18: Premier Bal
Samedi 6 juin 1885
« ...22, 23, 24, 25... »
… et en soit, en y repensant, le voyage à Paris ne s'était pas si mal passé. Ho, certes, j'avais eu une panne émotionnel et une véritable révélation désagréable, Tyki m'avait également terrifié en me montrant son côté Noah et j'avais eu ma première gueule de bois… Mais j'avais rencontré Victor Hugo ! ...qui était mort plus tôt que dans mon monde original très certainement à cause de ce que je lui avais dit.
« ...32, 33, 34, 35... »
Bon, d'accord, je ne garderais sûrement pas notre voyage à Paris comme un très bon souvenir… n'empêche que ça m'avait apporté un bon nombre d'informations utiles et une certaine maturité d'esprit. Ou en tout cas je l'espérais dans les deux cas.
« ...39, 40, 41... » Mais c'est vrai, j'avoue, j'avais un peu paniqué en recevant le paquet du poète. Non parce que qu'étais-je censée faire, en temps que pseudo civile ignorante, d'un tas d'informations sur la guerre sainte dans le manoir des Noah ? Oui, oui, il ya avait bien mon carnet où j'avais écris la timeline de DGM mais il était crypté par un nombre infâme de références internet obscures. Et puis les dessins que j'avais fais avant n'était certainement pas aussi sensible que ça, et si Road tombait dessus sans faire exprès (hum, hum) je pouvais toujours l'expliquer… mais un tas de feuillets détaillants les akumas, la structure de pouvoir de l'Ordre Noir, leurs expériences et histoire et des théories sur le comte Millénaire ?
Ouais, non, mes mensonges à deux balles n'allaient pas suffire.
« ...48, 49, 50, 51... »
Et en même temps, je ne pouvais tout simplement pas les détruire, n'est-ce pas ? Alors, prenant une page dans les cachettes clichés, j'étais sortie de mon lit en pleine nuit pour étudier chaque latte de parquet en espérant en voir une décollé. En effet, près de la cheminée, l'une d'elle était un peu abîmé et avec un peu de tiraillements, elle avait finit par céder, me permettant d'y glisser en dessous plusieurs gros feuillets, le manuscrit et mon carnet temps que j'y étais avant d'y replacer la planche et de pousser le panier à bois au dessus.
Mais tout de même, l'affaire aurait été belle… euh, attendez une minute, c'était jusque 30 que je devais compter, non ? « … 63, 64, 65...euhm… 30 ! PRÊTS OU PAS, J'ARRIVE ! » J'appelais d'une voix forte, mais sans crier pour ne pas réveiller Tricia qui dormait à l'étage.
Rabattant ma tresse derrière mon épaule, je commençais à marcher en direction de la cuisine, tournant aléatoirement dans les couloirs sans but précis en tête. Ouvrant porte après porte, je fis bien attention cette fois à ne pas m'approcher du bureau de Sheryl, tant pis si un des enfants y était caché. Continuant vers les pièces plus adaptées à la réception, je m'arrêtais près d'un petit salon lorsque j'entendais des voix en sortir. Réfléchissant rapidement, je frappais à la porte. Sheryl était dans son bureau, Tricia dormais, donc au pire je dérangerais seulement les serviteurs. Entendant un « entrez » nettement masculin, je poussais la porte, prenant note que les voix s'étaient tues.
Il n'y avait visuellement qu'une personne dans la pièce… et c'était le Duc. Me retenant de gémir bruyamment, je plaquais un visage neutre en saluant légèrement. Calme et oubliable : ne vaut pas la peine ni de tuer ni de s'y intéresser. Je scandais intérieurement, façonnant mon masque pour correspondre à ma nouvelle ligne de conduite. « Bonjour Monsieur le Duc, je ne savais pas que vous étiez au manoir aujourd'hui ? » Je dis légèrement même si je voulais me carapater de la pièce. N'attire pas l'attention sur toi, je me répétais, entretiens une conversation fade et ennuyante pour qu'il te rejette de lui-même.
« Belle journée Miss Campbell ! Je viens d'arriver. J'étais en ville et je me suis dit que je pouvais venir prendre le thé avec Tricia comme elle me l'avait si gentiment proposé la semaine dernière. » expliqua-t-il alors que je fermais tristement la porte derrière moi avant de m'approcher légèrement de lui, politesse oblige.
Ah mais oui, je grognais presque, une autre raison contre le voyage à Paris, c'est qu'il n'avait absolument pas servi son but premier. Pas. Du. Tout. Parce que le Duc s'était mis à venir au manoir une à deux fois par semaine à des moments aléatoires et donc, évidemment, je ne pouvais pas me porter pâle à chaque visite. Ce serait ridicule. En fait, Tyki avait été terriblement utile avec ça, détournant efficacement l'attention du comte sur lui-même ou un des autres membres de la famille lorsque Tricia m'obligeait à rester avec eux. Pas que j'étais le centre obligatoire de l'attention, hein, mais le comte semblait prendre un malin plaisir à relancer une conversation sur moi après que Tricia ait fini de nous raconter tous les derniers potins sur la haute société. Le bon côté des choses, c'est que j'avais maintenant une histoire de vie complètement établie et particulièrement morbide. Enfin, du peu que je pouvais me 'souvenir'. Quoi qu'il en soit, malheureusement pour moi, Tyki n'était pas là, et cela voulait dire que je devais me débrouiller toute seul.
« Ha, oui, quel bonne idée, les enfants seront heureux de votre visite. » Je répondis avec la voix la plus plate possible. « D'ailleurs, je les cherchais, les auriez-vous vus par hasard ? » J'enchaînais sans manquer un battement, fière de ma transition.
« Ha, hé bien... » commença le duc mais il se fit rapidement coupé par un hurlement venant du derrière du canapé à ma droite. Moins de deux secondes plus tard, un poids s'abattit dans mon dos et ce ne fût que grâce à la force de l'habitude que je ne m'étala pas par terre comme une idiote.
« Tu m'as trouvé Vivi ! » Gazouilla Road en glissant sa tête sous mon bras. Ah oui. Vivi. Il s'avère que Road s'était senti terriblement outré lorsque Tyki avait commencé à m'appeler Ivy après Paris. Elle s'était donc sentit l'obligation de me trouver son propre surnom, et… benh voilà : Vivi. D'un côté, j'étais un peu heureuse d'avoir un surnom dans cette vie, n'en ayant jamais eue auparavant, mais d'un autre côté… urgh, Vivi. En plus, autant Tyki le disait de temps en temps, généralement pour me taquiner, autant Road l'utilisait vraiment à toutes les sauces. Même devant le foutu Comte Millénaire.
« Je dirais plutôt que tu m'as trouvé mais oh, bien. » Je répondis en roulant des yeux en essayant d'enlever ses mains de ma taille. Calme et oubliable je me répétais en tirant sur un autre des ses doigts. Calme et oubliable
Essayer est le mot clef.
« C'est à mon tour de compter maintenant ! » s'exclama joyeusement Road en enlevant finalement sa prise de fer.
« Mais je n'ai pas encore trouvé les jumeaux. » Je répondis confusément alors qu'elle commençait à me pousser vers un canapé confortable.
« Ce n'est pas grave, je vais les chercher ! Tu n'as qu'à rester là, d'accord ? » Dit-elle rapidement avec un sourire faussement innocent avant de disparaître par la porte avant que je ne puisse même ouvrir la bouche pour répliquer.
Me retenant de l'insulter, même mentalement, je tournais mon regard vers le Duc, qui sirotait tranquillement son thé sans sembler prendre soin de notre petit drame. « Thé ? » demanda-t-il et j'acquiesçai en le remerciant doucement, pas trop sûr de ce que je devais faire dans cette situation. Je n'avais jamais été seul avec lui depuis notre rencontre, comment étais-je censée agir ?
« Hum... » Je commençais maladroitement lorsque le silence s'étendit un peu trop à mon goût. Malheureusement, je n'avais aucune idée de quoi dire. Ou en tout cas, rien qui ne nous amènerait pas sur un terrain glissant. Comme les akumas. Ou les exorcistes. Ou la guerre sainte en règle générale.
« Il fait beau aujourd'hui, le temps se réchauffe. » déclara-t-il tout à coup m'amenant à jeter un regard surpris à la fenêtre.
« Bien sûr... » je répondis, dubitative, en observant la couche massive de nuages gris qui recouvraient le ciel. En ajoutant à cela qu'il avait déjà plu deux fois depuis que je m'étais levé ce matin, je n'étais pas certaine de la déclaration.
Le silence recommençant à s'installer, je jouais nerveusement avec la cuillère de ma tasse de thé, faisant sans doute un bruit affreux. Alors que je commençais à envisager sérieusement à déblatérer nerveusement mon histoire de vie, ne serai-ce que pour meubler le silence pesant, quelqu'un frappa à la porte. Tiens, tiens, mon chevalier en armure étincelante… je pensais sarcastiquement lorsque je vis Tyki passer sa tête dans l'encadrement. Me voyant sur le fauteuil, il m'envoya un sourire amusé auquel je failli tirer la langue, me retenant de justesse en voyant le Duc bouger dans le coin de ma vision.
« Ah, Adam. » appela Tyki en fixant son regard sur le Duc, ouvrant un peu plus la porte pour se glisser dans la pièce. « J'ai croisé Road à l'instant, et elle parlait d'un bal… ? » exposa-t-il en s'installant dans le fauteuil directement en face de la porte, entre le Duc et moi lorsque l'homme lui fit signe de se mettre à l'aise.
« Ho, oui, cela fait assez longtemps que je n'en ai pas tenu un. Ce n'est pas la saison, mais un bal d'été est toujours apprécié. Je pensais faire cela pour le solstice, à l' occasion de l'anniversaire de Road, qu'en penses-tu ? » expliqua le Duc en reprenant une gorgée de son thé.
L'anniversaire de Road…? Enfin, sentant que je ne voulais pas être présente pour cette conversation, je laissais mon regard passer de Tyki au Duc. Normalement, je ne devrais pas les interrompre et attendre qu'ils me rejettent, mais dans un cas habituel, ils l'auraient déjà fait… Qu'est-ce que j'étais censée faire ? Indécise, je me mordais inconsciemment la lèvre et me tortillait légèrement sur le canapé, hésitant à me lever ou non.
« Ho, je pense que la date importe peu... » Répondit Tyki avec un regard sombre, semblant hésiter à demander quelque chose. « Est-ce que je devrais être présent ? » Demanda-t-il finalement avec un espoir certain dans ses yeux.
« Bien sûr Tyki » Répondit aussitôt l'homme, brisant ainsi les espoirs du jeune Noah. « Tu es dans la fleur de l'âge, tu ne peux pas te permettre de manquer un bal, au cas où une jolie jeune femme attirerait enfin tes faveurs. » déclara le Duc en prenant une nouvelle gorgée de thé. Je pouvais tout simplement sentir la taquinerie suinter de lui malgré son ton parfaitement calme.
« Ah.. » Soupira Tyki avec un regard douloureux avant de reprendre un peu contenance. « Bien sûr... » Marmonna-t-il. Me mordant les lèvres pour ne pas rire de son malheur (Hey, ne me jugez pas ! Il passe pratiquement son temps à faire la même chose, j'ai bien le droit à une vengeance inoffensive!) je butais sans faire exprès le pied de la table basse faisant cliqueter bruyamment la porcelaine au-dessus.
Oops.
Comme si se rappelant de mon existence à ce bruit, Tyki tourna sa tête vers moi, une lueur inquiétante prenant possession de son regard. « En fait... » commença-t-il, semblant rassembler ses pensées. « Je demandais cela, car n'ayant pas du tout participé à la dernière saison de bals, je redoute les réactions… excessifs que pourraient avoir certaines des mes potentielles partenaires de danses. » dit-il. « Et je me demandais, si, peut-être, je pouvais aller au bal accompagné pour une fois. »
« Je n'ai pas d'objections… pensais-tu à quelqu'un en particulier ? » demanda le Duc alors que je comprenais enfin avec horreur où allait Tyki.
Non, absolument pas. Je refuse de me faire engager dans un désastre pareille !
Me levant d'un coup avant que Tyki ne puisse à nouveau ouvrir la bouche, je balbutiais rapidement quelque chose en rapport avec ne pas vouloir déranger et je marchais vivement vers la porte, jetant la politesse par la fenêtre au passage.
Malheureusement, je n'avais pas fait trois pas qu'une main forte attrapa mon bras gauche, m'empêchant d'aller plus loin. Me retournant vivement avec un regard agacé, je voyais sans surprise Tyki debout derrière moi. « Oui, Eve serait idéal pour m'accompagner. Elle n'est certes pas de bonne famille, mais cela est un atout ici. » Commença-t-il et je pouvais juste entendre son cerveau mettre en place toute son histoire. « Si nous ne disons rien, ils croiront simplement qu'elle appartient à la bourgeoisie ou à la noblesse d'un autre pays mais comme elle n'a pas de liens avec la haute société d'Angleterre, ça ne contrariera pas de futur possibilité de mariage, non plus. »
« Oui, je peux voir les avantages... » Acquiesça le Duc avant de me jeter un regard évaluateur. « Mais Miss Campbell n'a pas l'air très enchantée du projet. »
C'était un euphémisme. Malgré tous mes efforts, je ne pouvais m'empêcher de tirer une gueule de trois pieds de long. « Écoute Ivy. » Commença à me chuchoter Tyki, se mettant devant moi pour bloquer nos deux visages au Duc. Il m'appelait vraiment de plus en plus comme ça depuis Paris. Et oui, j'aimais bien, j'avais l'impression d'être plus proche de lui. Mais zut, il avait tendance à m'appeler comme ça que lorsqu'il me taquinait ou allait m'entraîner dans une nouvelle galère. Et cette fois n'avait pas l'air d'y faire exception… « Tu me dois bien ça pour toutes les fois où je t'ai aidé ! » Dit-il en jetant un regard appuyé en direction du Duc, me faisant bien comprendre de quoi il parlait. « Et ce n'est rien, vraiment, il faut juste beaucoup sourire, faire semblant de s'amuser, complimenter les autres nobles et danser ! Nous n'aurons même pas à nous occuper des discussions politiques cette fois, il n'y a vraiment rien de difficile. »
Me mordant la lèvre, je lui lançait un regard conflictuel avant de soupirer légèrement et d'acquiescer lentement. Avançant d'un pas pour me remettre au niveau de Tyki, je m'adressais au Comte. « Ho non, ça ne me dérange pas d'aider dans la mesure du possible… mais... » et puis, comme si je réalisais tout à coup ce que je venais de dire, je m'empressais de revenir sur mes mots. Je m'étais certes beaucoup amélioré en étiquette mais je ne connaissais que celle en privé, certainement pas pour une soirée publique. Je n'avais foutrement aucune idée de comment agire à un bal et Sheryl allait m 'éviscérer si je portais préjudice à son frère chéri. Franchement, je n'allais pas jeter ma tranquillité, mon anonymat et possiblement ma vie par la fenêtre simplement pour les beaux yeux de Tyki, tout de même ! « ...mais il n'empêche, je ne suis pas sûr que ce soit une très bonne idée… » Je répondis avec un air faussement désolé, retenant une grimace lorsque la main de Tyki se resserra durement. « Je ne connais pas les bonnes manières de la noblesse, je ne ferai que vous ridiculiser. »
« Non-sens, si Sheryl et moi avons pu apprendre à Tyki à se comporter en bonne compagnie, je suis sûr que vous ne serez pas un problème. » répondit le Duc alors que je regardais Tyki son sourire gagnant laissant dangereusement place à une figure pâle et des yeux hantés.
« En fait, je pense qu'Eve à raison, c'est une mauvaise idée, je vais simplement… » Commença-t-il avant que le Duc ne le coupe en se levant.
« Oui c'est parfait, je vais en parler à Sheryl, il faut que nous organisions tout cela. » Dit il en se dirigeant vers la porte et en moins d'une seconde, il était parti.
« He bien… » Dit Tyki solennellement alors que je me retournais vers lui avec horreur. « Bonne chance. » déclara-t-il et sa voix était tellement remplie d'excuses que j'eus soudain très peur pour ma santé mentale future.
Les prochaines semaines furent simplement... horrible. Je comprenais maintenant à quel point j'aurais été mal polie si j'avais été dans la haute société. Heureusement que les Noah (si on ne comptait pas Sheryl) n'étaient pas très portés sur les bonnes manières et que Tricia était tout simplement trop gentille pour m'embêter beaucoup avec ça.
Enfin ça c'était avant.
Tricia avait été totalement extatique à la décision du Duc et après s'être assurée que j'étais d'accord (comme si j'avais pu réellement dire non au Duc... c'est cela oui...) elle s'était évertuée à m'enseigner chaque matin les bonnes manières qui sied à une femme de la haute société. Elle prenait grand soin de m'inculquer les manières de buffets à coup d'éventail et la bonne façon de marcher avec de gros livres (j'avais pris un malin plaisir à choisir Pierre et Jean et souriait à chaque fois qu'il s'écrasait par terre.) Et oui,c'était totalement cliché, j'étais en fait assez stupéfaite lorsqu'elle m'avait présenté l'exercice.
Chaque après -midi, dès que Tricia partait se coucher, je traînais les pieds jusque dans la salle de bal pour rejoindre le Duc qui m'apprenait à danser. Heureusement, je n'étais pas seul avec lui, Tyki étant obligé d'être là comme partenaire. J'aimais bien danser d'ordinaire surtout le rock et la valse avec mon frère ou mon père aux mariages mais ce qu'ils m'apprenaient ici c'était... la quadrille.
Au bout du troisième après-midi à répéter les même pas lents et répétitifs, je commençais à nourrir une haine profonde pour cette danse et Tyki ne semblait pas mieux. Plus ennuyeux, tu meurs. Il fallait répéter les même dix secondes de pas tout au long de la chanson et c'était simplement de la marche un peu plus rythmé, aucune utilisation de la musique, rien qu'un pas monotone. En soit, j'aimais beaucoup le principe d'échanger de partenaires et de former des figures mais avec un peu plus d'entrain, ça ne ferait pas de mal...
Malheureusement pour moi, mon calvaire était très loin d'être fini.
Vous souvenez-vous de notre passage chez le couturier quelques semaines auparavant ? Nous étions aussi allés chez le chapelier et le cordonnier pour me procurer enfin une paire à ma taille. Pourtant, malgré la crise de Road, j'avais absolument refusé de prendre des chaussures à talon. Déjà que je n'arrivais pas à suivre Road et les jumeaux dans leurs jeux, mais mettre des talons c'était tout simplement demander une catastrophe. Et pourtant, c'était avec un sourire aigre que j'avais dû remercier Road et Tricia lorsqu'elles m'avaient offert une très belle paire de talons bleu clair ce matin-là. « Adam nous a dit que tu dansais assez bien maintenant, tu peux essayer avec des talons à présent ! » m'avait dit toute joyeuse Tricia alors que je marchais maladroitement dans la pièce, les nouvelles chaussures aux pieds.
Et donc bien sûr, mes « enseignants » étant assez intelligents pour se concerter, j'avais dû enfiler les engins de tortures pour les leçons de danses.
Respirant profondément, je me levais de la chaise et faisais quelques pas un peu raide en direction de Tyki. Posant ma main sur son épaule, il se mit également en position et on regarda en direction du Duc pour le top départ. Précautionneusement, je répétais les pas. Un à droite, un arrière, demi tour gauche et... Tyki grimaça lorsque je trébuchai à cause des talons et lui écrasait le pied gauche.
Oh.
Merlin que c'était jouissif.
« Je suis terriblement désolé ! » Je dis vivement alors que le duc et Tyki m'assuraient que ce n'était pas grave.
Reprenant la danse, je continuais à faire attention aux pas jusqu'à ce que Tyki soit dos au duc et lorsque celui-ci nous lâcha une seconde du regard, j'en profitais pour écraser, cette fois délibérément, son pied droit.
« Oh, vraiment désolé, je ne l'ai absolument pas fait exprès. » Je murmurais à mon partenaire avec un sourire on ne peut plus ironique.
Et puis, quelques minutes plus tard, ma voix suintant de sarcasme « Ho, zut, comme je suis maladroite! Je m'excuse, vraiment...»
Alors que je lui écrasait 'malencontreusement' le pieds pour la quatrième fois, Tyki soupira et lors de la prochaine série de pas rapproché, il me chuchota à l'oreille : « Je m'excuse Eve, je ne pensais pas qu'ils te feraient faire tout ça, mais, s'il te plaît, s'il te plaît, pourrais-tu arrêter ta petite vengeance? »
Lui lançant un regard tranchant, je finis pas soupirer, morose, mais stoppait tout de même mes attaques puériles. « Je te jure Tyki, tu vas me devoir une si grande faveur quand nous en aurons fini avec cette idiotie. » Je lui sifflais quelques pas plus tard lorsque nous étions assez proches pour parler à nouveau sans que le Comte ne puisse nous entendre.
Il me lança un regard amusé avant d'attraper ma main pour me faire tourner. Les pas étant devenue un automatisme au cours des derniers jours et la conversation me détournant de ma peur de tomber à cause des talons, nous dansions rétrospectivement pas trop mal. « Ne faisais-tu pas ça justement pour effacer tes dettes ? »
« Oh, s'il te plaît!» Je répondis agacé, replaçant ma main sur son épaule et me laissant guider dans les prochains pas. « Rien que la première leçon avec ton frère valait bien tous les petits services que tu m'avais fait auparavant. » je murmurais avec un faux regard d'effroi, arrachant triomphalement un rire de mon partenaire.
Et en effet, malgré les leçons de courtoisie de Tricia et les cours de danse du Duc, rien ne pouvait se comparer aux atroces interrogations de Sheryl.
Heureusement pour moi, ces devoirs n'avaient pas lieu tous les jours, Sheryl étant bien trop occupé pour me gracier de sa présence. Mais cela voulait aussi dire qu'ils étaient sacrément aléatoire. Au moins cinq mois sans m'inquiéter de l'école avait fait un véritable carnage à ma mémoire et je passais maintenant chaque temps mort à réviser ce que j'avais appris sur les convenances avec une ferveur fiévreuse. Je passais mes soirées dans la cuisine à frotter des chaudrons en déblatérant tout ce dont je me souvenais à une Louise fascinée. Ensuite c'était au tour de Clarisse de m'interroger sans aucune pitié, la jeune femme ayant étonament une connaissance sans faille sur les bizarreries de la noblesse. John avait bien essayé de m'aider mais il s'y connaissait autant que moi alors à la place il occupait les autres employés. Ah oui parce que… hé bien, même moi qui n'était pas très doué pour remarquer ce genre de choses, j'avais bien vu que les discussions s'arrêtaient net maintenant lorsque je croisais d'autres employés. Et un espèce de chuchotement malaisant planait à table au dîner où un grand brouhaha joyeux régnait auparavant. Clairement, mon voyage à Paris avait fait quelques jaloux et pire encore, le bal semblait en charmer plus d'une. Je comprenais leur point de vue, ça faisait très clairement Cendrillon et se dire que ça aurait pu être n'importe qui d'autre que moi au bras du magnifique frère du Marquis, ça faisait tourner la tête. Ca n'aidait pas que je leur aurait bien laissé ma place, elles prenaient ça pour une insulte et moi ça m'agaçait d'autant plus. Heureusement, Louise et Clarisse ne se sentaient pas concerné et avec Jean, j'avais un joli coussin entre les colportages.
Quoi qu'il en soit, si avant Sheryl me mettait mal à l'aise, je pouvais aisément dire qu'il me terrifiait maintenant.
Bon, d'accord, c'était un peu fort comme terme, mais il n'empêche que je redoutais chaque séances avec plus de stresse que tous mes examens passés. Cela se passait généralement ainsi : si le maître de maison pouvait me mettre la main dessus seule, il passait alors la prochaine demi-heure au moins à me cracher des questions avec les sourcils froncés et les dents serrés. C'était un euphémisme de dire que Sheryl avait mal pris l'annonce du Duc que j'accompagnerais Tyki au prochain bal. Jamais je ne m'étais sentie aussi détesté par quelqu'un, un sentiment particulièrement néfaste, surtout lorsque notre précédente relation, même si loin d'être rose, n'était pas particulièrement négative non plus.
En soit, je savais que Sheryl ne me détestait pas particulièrement. En fait, je pense qu'il était jaloux. Avec tout son travail pour s'élever dans la société, Sheryl voyait de moins en moins sa femme, son frère et sa fille et cela n'aidait pas que lorsqu'il dégageait un peu de temps pour eux, il ne pouvait pas les avoir pour lui tout seul car j'étais presque à coup sûr en leur présence. Bien sûr, c'était lui qui m'avait engagé pour faire exactement cela, c'est à dire, tenir compagnie à sa femme, mais je pense que cela le troublait que je me sois si bien intégré dans sa famille.
Et ainsi, tous les progrès relationnels que nous avions fait avant l'arrivée de Tyki s'étaient définitivement effondrés comme un château de cartes. Maintenant, j'essayais simplement de limiter les dégâts en me faisant le plus discrète possible, détalant et me cachant presque lorsque je croisais son chemin. Aucune raison de le provoquer inutilement après tout. Et dans l'ensemble, cela avait assez bien fonctionné ces dernières semaines. Lui laissant du temps pour réfléchir, le marquis avait fini par se calmer. Mais bien sûr, les choses ne pouvaient tout simplement pas être simples et il s'était mis dans l'idée que, s'il ne pouvait pas empêcher notre « relation » à Tyki et moi, je devais à tout le moins être sacrément parfaite pour faire honneur à la famille.
D'où les examens impromptus.
Comme par exemple aujourd'hui, où malgré tout mes efforts, le maître de maison avait réussi à m'embusquer alors que je l'évitais activement. Je soupçonnais très fortement Road de m'avoir trahie. Quoi qu'il en soit, cela faisait bien dix minutes que nous étions entrés dans le petit salon proche de son bureau pour prendre le thé. Malgré ma nervosité et son regard perçant, je ne pensais pas avoir fait d'erreur cette fois, mais il faut avouer que la longueur du silence ne me mettait pas particulièrement en confiance…
« Les cinq règles de comportement. » demanda tout à coup Sheryl me faisant sursauter. Reposant ma tasse sur sa coupelle, je prenais quelques instants pour rassembler mes esprits et les énonçais distinctement avec un calme apparent que je ne possédais pas vraiment:
« Une dame ne fait jamais de scène en public » Je commençais lentement, essayant d'utiliser un niveau de langage plus élevé que d'ordinaire. « Une dame ne lit pas le journal et ne parle jamais de politique » Je continuais en me retenant de renifler de désapprobation: tactique ordinaire, limiter la source d'informations et empêcher la réflexion sur les mains dirigeantes… « Une dame ne fume jamais et ne joue pas d'argent » j'ajoutais en essayant de limiter la grimace qui assombrissaient sûrement déjà mes traits. Personnellement, aucune de ces choses ne m'attiraient, mais il fallait savoir que c'était les principales sources d'amusement des 'gentlemen' à l'époque, l'interdire au femme était encore un autre moyen de les rabaisser. « Une dame ne doit jamais rester seule avec un gentleman plus de cinq minutes » je dû me retenir de rire à celle-ci. Je ne pensais pas que cette règle était souvent respectée, ou en tout cas, moi je ne l'avais pas du tout suivi ces longues après midi à lire avec Tyki à la bibliothèque où même cette fois au café avec Sheryl. Après, il est vrai que je n'étais pas considéré comme une 'dame' donc peut-être était-ce acceptable ? « Et… euh… » je balbutiais, cherchant furieusement dans ma mémoire criblé de trous la dernière règle.
Oops.
Pâlissant alors que je m'en souvenais enfin, j'essayais lentement de décroiser mes jambes tout en tenant le regard de Sheryl. « Uh-... une dame ne croise jamais les genoux mais les tient côte à côte. »
Il leva un sourcil et je baissai les yeux, me retenant de grimacer. Hé bien… j'étais bonne pour une nouvelle conférence sur les manières...
Dimanche 21 Juin 1885
Les jours suivants s'enchaînèrent dans un flou indéfinissable et puis le 'grand jour' arriva.
Enfin, presque, il y avait l'anniversaire de Road d'abord. Parce que oui, le bal était pour son anniversaire mais bien sûr qu'il y avait une fête de famille le jour même. M'enfin, pour le coup ça m'arrangeait. Pas convié à la fête de famille, j'avais pu profiter d'un jour sans leçon pour la première fois depuis toute cette débâcle !
Donc le samedi 20, la petite famille s'était joyeusement rendu à Londres pour une journée riche en émotion. De ce que m'avait raconté Road lorsqu'elle était venu me sauter dessus au lit le soir-même, ils avaient commencé par un déjeuner dans un restaurant luxueux puis une balade dans Londres qui faisait plus ou moins office de catalogue d'achat pour Road. Avant même qu'ils n'arrivent à leur troisième activité, une virée en bateau, Tyki avait déjà les bras chargés de jouets et bonbons qui avaient eu le malheur d'attirer l'attention de la jeune fille plus d'une milliseconde. Il ne fallait pas douter de la vitesse de Sheryl, c'est sûr… Road jura qu'elle ne savait pas comment mais Devit avait fini dans l'eau et Tyki avait jeté la moitié des paquets pour pouvoir plonger le récupérer. On aurait dit que Sheryl avait avalé tout un citronnier vu la gueule qu'ils tiraient lorsqu'ils étaient rentrés mais ce n'était pas étonnant vu comment les garçons gouttaient encore à grosse gouttes sur le carrelage. J'imagines que le frère du marquis se jetant à l'eau pour récupérer un des filleul sous leur soins n'était pas terrible pour leur réputation… Road avait ensuite ouvert sa multitude (d'autres) cadeaux (non mouillés) au dîner et tout le monde était allé se coucher tôt pour le bal du lendemain. En tout cas, heureusement que Clarisse m'avait proposé de participer au cadeau commun des employés pour Road autrement j'aurais été une Eve morte lorsque la petite folle m'avait ambusqué dans mon lit pour savoir où était son cadeau.
Le lendemain matin, je fixais le plafond une bonne demi-heure avant même d'esquisser un geste. Je n'avais pas envie d'affronter cette journée. Pas. Du. Tout. A ce point là, plus de deux semaines après le début de mon apprentissage, je n'avais plus qu'une envie: que tout cela se termine. D'une humeur massacrante, je ne parlais plus depuis des jours de peur d'insulter un de mes employeurs Noah. Et donc de précipiter ma mort. Mais heureusement, la matinée se passa relativement bien. L'après-midi, par contre, se traîna en longueur, m'amenant à dévorer mes lèvres sans lendemain. Tricia s'était seulement levée quelques heures le matin pour manger quelque chose puis était aussitôt retournée au lit pour être en pleine forme pour le soir. Vers 15h, elle s'était levée à nouveau et m'avait entraînée dans une véritable frénésie de préparation bien, bien pire que ce que nous avions fait pour la première messe. En fait, c'était la seule chose de bien de la journée, que le bal nous ait donné une excuse de ne pas aller à la messe, je veux dire. Après moult bains, soins, coiffure, maquillage… il avait enfin été temps d'enfiler les lourdes robes de bal au-dessus des jupons étouffants mais surtout… du corset.
Ce truc était l'invention du diable.
J'avais déjà mis des corsets, dans ma vie d'avant, en soirée. En fait, avant que je ne coud une tentative passable de brassière, j'étais même obligé d'en mettre tous les jours, étant ce qui se rapprochait le plus d'un soutien gorge ici. J'y serais bien allé en amazone, comme je le faisais parfois dans l'autre monde, mais les robes étaient vraiment coupées d'une façon particulière qui faisait que, à part recouvert d'un gros châle, ça se voyait vraiment si on en portait pas. Quoi qu'il en soit, ceux-là étaient généralement en coton et je n'avais pas besoin de les serrer jusqu'à étouffement si vraiment je devais en mettre. Mais celui que Tricia m'avait timidement commandé pour le bal ? C'était une monstruosité à froufrou et armatures, très clairement de haute qualité et donc passablement impossible à enfiler seule. Il avait fallu pas moins que Rosina et Clarisse pour le fermer alors que j'embrassais presque le poteau de lit de Tricia pour me garder debout. Evidemment, elles ne m'écoutèrent pas lorsque je leur assurais que si, si, c'était bon, pas besoin de serrer plus. Et lorsque cela fut enfin fini… je me rendis compte que le calvaire ne venait en fait que de commencer. La chose immonde servait bien son but premier, c'est-à-dire, me rendre plus mince, mais pour cela, elle comprimait chaque once de corps mou contre les os rendant la moindre respiration douloureuse et difficile. J'avais l'impression de me noyer hors de l'eau et il me fallut tout mon sang froid pour que je ne me mette pas à convulser sur le sol, la bave aux lèvres.
Si Tricia n'avait pas été aussi poli, elle aurait roulé des yeux et même Road osa dire que j'exagérai ! Et… Bon, d'accord, peut-être un tout petit peu… Il n'empêche que je me sentais tout de même pas très à l'aise dedans mais, je suppose que c'était comme tout, on s'y faisait avec le temps ? Le truc, c'est que justement, je ne voulais pas m'y faire. Le corset n'était sûrement qu'un bouc émissaire pour mes frustrations et… oui, mes peurs aussi. Mais bon… au moins je ne hurlais pas sur un Noah.
Et puis, ce fut le moment.
Heureusement, en temps qu'hôte, nous n'avions pas besoin de nous faire annoncer au grand escalier. Assis dans un petit salon attenant à la salle de bal, nous avions simplement attendu qu'assez de monde soit arrivé pour nous glisser discrètement dans la foule. Par contre, si vous vouliez savoir de quoi Tyki et moi avions discuter à ce moment-là, je serais tout simplement incapable de vous répondre. La musique qu'on entendait à travers les murs n'aidait pas à calmer mes nerfs et même si je m'étais quelque peu habituée, j'avais toujours des difficultés à respirer. Même si j'étais assez sûre que Tyki m'avait complimentée sur mon apparence en bon gentleman qu'il se forçait à être.
Ce à quoi j'avais peut-être répondu par une menace de vivisection.
Hum, bref, quoi qu'il en soit, nous n'étions même pas dans la salle de bal depuis cinq minutes que le Duc réussit à nous couper dans notre élan vers le buffet. Après nous avoir complimentés, il nous indiqua pas si subtilement de se dépêcher d'aller chauffer la piste de danse. Alors, ce fut la mort dans l'âme et les nerfs en pelote que j'attrapais la main réticente de Tyki et que nous nous dirigions comme des guerriers vers le milieu de la salle, prêts à mettre en pratique nos innombrables séances de tortu… danse.
Étonnement, tout se passa très bien.
Pas de chute ou d'écrasement de pieds inopportun, aucune interruption par quelques nobles désireux de faire la conversation, rien, nada.
En rétrospective, j'aurais dû me douter que les emmerdes n'allaient pas tarder à pleuvoir…
Mais à cet instant, j'étais encore béatement innocente et ce fut après deux passes de quadrille et une valse que d'un commun accord, Tyki et moi détalions de la piste de danse en direction du buffet. Nous avions atteint notre quota minimum promis et même si le Duc semblait agacé, il leva les yeux au ciel, laissa échapper un soupir douloureux et se tourna dans l'autre sens, ce qu'on décida être une autorisation de faire ce que nous voulions pour le reste de la nuit. Ou alors ça aurait pu être une demande active de retourner danser mais, franchement, nous ne pouvions pas savoir, l'erreur était honnête… Ou en tout cas c'est ce qu'on décida de lui dire s'il venait nous demander des comptes le lendemain matin.
Pour notre défense, nous avions essayé (même si avec très peu de bonne volonté) de continuer à danser mais je me sentais de plus en plus mal et Tyki était suspect de ma pâleur. Alors, se réfugiant près de la longue table non loin d'une porte menant à un petit salon privé (au cas où une retraite stratégique serait de mise), on entreprit la difficile tâche de jouer à cache-cache en pleine vue. Très franchement, je pense que nous nous débrouillions assez bien… nous bougions au gré des foules, se glissant derrière un autre convive dès qu'un membre de la famille était en ligne de mire, prenant bien garde de ne pas se faire remarquer ou de paraître bien trop occupé à dévaliser le buffet si nous échouions.
Malheureusement, malgré tous nos durs efforts, ce ne fut finalement pas assez. Alors que je testais suspicieusement un espèce de scone verdâtre, Tyki m'attrapa tout à coup le bras, un air étrangement paniqué sur le visage. Suivant son regard, je tombais sur un attroupement de jeunes filles naïves, allant de l'âge des jumeaux à celui de Tyki, aux joues roses et aux gloussements agaçants. La jeune fille typique de bonne famille en somme. Levant un sourcil désabusé en direction de Tyki, ce dernier leva ses mains en face de son torse comme pour se défendre. « Je te ferais dire que ces demoiselles sont absolument terrifiantes. » chuchota-t-il d'une voix qui ne laissait pas place à la négation.
« Ho, je n'en doute pas. » Je répliquais amusée en observant une des jeunes fille devenir rouge tomate sous le gloussement des autres lorsqu'un jeune homme l'invita à danser. Soudainement, sentant peut-être nos regards sur elles, une des jeunes fille du groupe laissa errer son regard qui tomba naturellement sur nous. Ou plutôt sur Tyki. Donnant un violent coup de coude à sa voisine sans pour autant lâcher du regard le Noah, le groupe fut bientôt pleinement conscient de la présence de Tyki et, fébriles, elles entreprirent de venir vers nous, leur précédent air mièvre migrant tout à coup en des regards affamés.
Hu
Ok, j'ai rien dit, j'avais oublié tout le truc de 'ne pas juger sur les apparences.'
Échangeant un regard troublé avec Tyki, j'essayais de redémarrer mon pauvre cerveau privé d'oxygène à cause de ce maudit corset pour penser à un plan d'échappement. J'en voulais peut-être beaucoup à Tyki de m'avoir emmené dans cette galère, mais je n'allais tout de même pas l'abandonner à cette meute de hyène affamée! Quoi que...
Malheureusement, mon cerveau ne semblant pas du tout avoir de bonne priorité, il choisit ce moment pour rapatrier à l'avant de mon esprit touuuuute les histoires d'horreurs que j'avais entendu dans ma vie passé sur les corsai qui serait tellement le corps qu'une côte avait percé un poumon. Et même si, intérieurement, je savais que c'était faux (… c'était faux, n'est-ce pas ?) mon corps ne sembla pas recevoir le mémo et je commençais à hyperventiler et à avoir une attaque de panique. Bien sûr, cela n'arrangerait certainement pas les choses et en moins de deux, je faisais le poisson, essayant désespérément d'inspirer. Je respirais et je sentais l'air entrer dans ma trachée mais c'était comme s'il n'y avait pas d'oxygène dedans. ma gorge se serrant et refusant dans avaler plus, des points noir jouant déjà dans le coin ma vision.
Bien sûr, Tyki était bien trop pris dans son propre drame pour remarquer ce qui m'arrivait. Enfin bref, tout ça pour dire que lorsque monsieur se tourna enfin vers moi pour me murmurer un : « On a besoin d'une distraction ! » j'eu à peine le temps de lui marmonner un « pas besoin. » avant de m'évanouir dans ses bras.
Et le reste... he bien, comme on dit, c'est de l'histoire.
J'ai cette envie de bal depuis la première fois que j'ai cherché des idées pour cette histoire :) Le chapitre ne se déroule absolument pas comme je l'imaginais à l'époque cependant... je ne pense pas que c'est plus mauvais, juste différent, mais je suis un peu déçu que je ne semble plus arriver à faire des truc drôle ces derniers temps :'(
J'espère que vous avez aimé ce chapitre! N'oubliez pas qu'Elogane a écrit des OS canon pour NLN, ça s'appelle "Nuancer les sentiments"
Pensez aux reviews et rendez-vous le cinq du mois prochain !
