Histoire: Une Touche de Couleur dans le Gris
Livre 1 : Nuancer le noir.
Date: 5 avril 2018, corrigé en Mars 2022
Beta: Elda
Fandom: D Gray Man
Avertissement: Non, je ne possède pas D Gray Man et je ne fais aucun profit avec cette histoire.
Résumé: Après avoir atterri au XIXème siècle, Estelle se rend rapidement compte qu'elle s'est faite engagée par la famille Kamelott, fondamentalement, les méchants de DGM. Prenant le nom d'Ève, elle devient la dame de compagnie de Tricia Kamelott. Eve prend vite conscience de la différence niveau sociale et genre à cette époque et commence à avoir peur pour son avenir surtout lorsque débarque Road et les jumeaux... Décidant de visiter Londres, Eve rencontre Allen puis Tyki et ils sympathisent.
Trigger du chapitre: Rien de ce que je peux voir
Ca devient de pire en pire X) j'avais complétement oublié que je devais poster un chapitre aujourd'hui jusqu'à ce que je reçoive le mail de MiaKoto avec un "Désolé du retard!" y a 5 min.
Je me demande si je m'en serais rendu compte aujourd'hui autrement...
Bonne lecture!
Nuancer le Noir 19 : Le piano
Mardi 7 Juillet 1885
Laissant échapper un soupir fatigué, je regardais rapidement si quelqu'un était dans les parages et, ne voyant personne, je tirais sur le devant de ma robe quelquefois, essayant de faire entrer un peu d'air frais dans ce cercueil de coton. L'été cette année était, d'après les serviteurs qui m'adressaient encore la parole, particulièrement affreux. Moi qui avais toujours entendu de sale blagues sur l'Angleterre avec ses « 360 jours de pluies » par an et ses « À 15 degrés en short » je ne pouvais qu'être en désaccord : c'était aussi horrible que dans le sud de la France.
Bon, d'accord, à ce point, j'exagérais peut être un peu, mais il faut dire que l'hiver avait été si rude dans ce manoir de campagne sans chauffage moderne que l'arrivée de la chaleur de l'été d'un seul coup une semaine plus tôt m'avait fait l'effet du coup du lapin. Mon corps ne s'étant pas encore habitué à la hausse soudaine de température, tout me semblait trop chaud et le manque de clim ou de douche à volonté n'aidait pas les choses. Avec seulement une bassine d'eau et un linge, j'avais impression de constamment baigner dans ma sueur et c'était franchement désagréable.
Encore plus quand il fallait interagir avec les Noah.
Peut-être était-ce dû à leur gênes et corps améliorés, mais aucun d'eux ne semblaient ressentir la moindre souffrance à l'égard de la chaleur. Road et les jumeaux couraient autant partout que d'ordinaire, Tyki lisait toujours au coin de la cheminée et Sheryl portait sans fléchir sa veste. Rien que de les voir j'avais envie de m'évanouir.
En parlant d'évanouissement, Tricia s'était déjà évanouit deux fois depuis le bal d'été et…
Urgh. Le bal.
Rien que de penser à l'incident, j'avais envie de soupirer. Encore maintenant, trois semaines après, Sheryl me lançait toujours un regard courroucé à chaque fois que je le croisais dans les couloirs. En même temps, j'avais réussi à casser une de ses siiii importantes règles qu'il avait pris temps de soins à intégrer à mon cerveau, c'est -à -dire la règle numéro un : « Une dame ne fait jamais de scène en public ». Sûr que mon évanouissement pouvait être nommé comme tel. Heureusement pour moi, les fangirls de Tyki étaient à deux pas de nous atteindre lorsque je commençais à tituber et nous entouraient déjà comme des hyènes affamées lorsque je m'étais évanoui. Non seulement, à court terme, Tyki avait pu échapper aux filles en prétextant m'amener me reposer mais cela avait aussi à long terme mit un sacré frein à l'harcèlement des filles du pauvre (sentez le sarcasme) Noah du plaisir. En effet, que ces jeunes filles se soient montrées si inconvenantes au point que je me sois évanoui (même si ce n'était pas à cause d'elles) leur avaient amené de sacrées réprimandes de leurs parents terrifiés. Au final, j'étais finalement sortie de toute l'épreuve comme une pauvre victime innocente plutôt que la source des ragots désagréables. Ce qui serait arrivée si je m'étais évanoui toute seule quelques secondes plus tôt.
Autant dire que je m'en sortais bien finalement.
Quoi qu'il en soit, ce moment de faiblesse avait amené au moins une bonne chose dans ma vie : Tricia ne m'imposait plus rien. Je me sentais un peu mal qu'elle se reprochait de m'avoir forcé à participer au bal alors que je ne voulais évidemment pas y aller mais si se le reprocher me permettait de ne plus dépenser mes dimanches matin à l'Église… Eh bien, c'était un petit sacrifice, n'est-ce pas ? C'était donc avec joie que je lui avais fait coucou du pas de la porte lorsqu'elle s'était rendue à l'église ces derniers dimanches. Derrière elle, engoncés dans leurs beaux habits, les jumeaux essayaient de me faire flancher avec des yeux suppliants à côté d'un Tyki au comble de l'ennui. J'avais tout de même limiter ma joie dans son exubérance parce que le regard que me lançait Road était positivement meurtrier. Heureusement, d'ici à ce qu'elle revienne dans l'après-midi, son père l'avait assez couverte de bonbons et nouveaux jouets pour qu'elle soit d'humeur clémente. Il n'empêche que je préférais ne pas remuer le couteau dans la plaie. Au cas où. Quoi qu'il en soit, je profitais grandement de mes dimanches dans un manoir étrangement vide. Avec tous les maîtres de maison partis et la majorité des employés au village pour faire des emplettes ou voir leur famille il ne restait que très peu de monde. J'en profitais généralement pour passer du temps avec Clarisse et Louise dans le jardin où la plus âgée nous apprenait à coudre avec de vieux vêtements. Après le succès (mitigé, je n'avais pas les connaissances nécessaires pour en faire de vrais, mais tout était mieux qu'un amas de jupons sanguinolent) des culottes de règles, je m'étais attelés à l'ajout de poches dans mes robes et la création de shorts de pyjama. Jean était généralement au village pour voir sa mère et ses frangins plus jeune mais les filles restaient au manoir. Clarisse, parce qu'elle venait de trop loin pour faire le voyage et Louise parce qu'elle ne s'entendait pas avec son père. J'avais même envie de dire qu'elle en avait peur, vu comme elle en parlait, mais je ne savais pas trop comment aborder le sujet alors je tenais ma langue temps qu'elle ne faisait pas mine de rentrer chez elle. Les débuts d'après-midi étaient franchement agréables, assises à l'ombre d'un grand arbre dans le jardin, nos ouvrages sur les genoux et les langues déliés. Il n'y avait pas de patrons devant qui se contenir ni d'autres employés aux yeux évaluateur et je découvrais de nouvelles facettes des filles que je ne soupçonnais pas.
Malheureusement, il était difficile de profiter de mes congés lorsque Road passait littéralement son temps à arpenter hargneusement le manoir de long en large. D'après Tyki, cela s'expliquait très facilement par le fait qu'à cette période de l'année, la famille serait normalement déjà partie en vacances dans un pays aléatoire. Cependant, la santé de Tricia s'étant encore plus dégradée à cause de la chaleur et Sheryl étant en pleine campagne électorale pour devenir premier ministre du Portugal l'année prochaine… eh bien, autant dire que tout le monde était coincé ici.
Se faisant, la jeune fille boudait terriblement au point même que j'hésitais très franchement à l'approcher. Comment ça c'était ridicule d'avoir peur d'une fillette de hui-… euh… maintenant neuf ans ? Hey, c'était une fillette, certes, mais une fillette Noah ! Destructeur de l'humanité, sadique, aimant briser les esprits des gens pour son plaisir, tout ça, tout ça.
Et voilà exactement pourquoi, je m'étais empressée de virer à gauche lorsque j'avais aperçue la jeune fille en question piétiner furieusement vers une paire de jumeaux en pleine fuite avant de commencer à leur hurler dessus. J'aurais voulu les aider mais… hé bien, j'étais bien plus à risque qu'eux.
Paix à leurs âmes.
Alors que je me traînait laborieusement dans un couloir aléatoire, j'entendis des sons harmonieux s'échapper d'une porte un peu plus loin dans le couloir. Suivant littéralement la musique, je ne tardais pas à arriver prêts de la salle du piano où j'avais eu ma crise existentielle deux mois plus tôt. Normalement, celle-ci était tout à fait insonorisée mais la porte était, semble-t-il, restée entrouverte. Curieuse, je jetais un coup œil dans la pièce pour voir Tyki et le Comte assis, dos à moi, sur le banc du piano. C'était le jeune Noah du plaisir qui jouait et le Duc semblait lui apprendre.
A ce point là, j'aurais simplement dû reculer silencieusement, me retourner et faire comme si je n'avais rien vu. Cela m'aurait éviter beaucoup de problèmes à l'avenir. Et lorsque je veux dire beaucoup, c'est vraiment beaucoup. Et pas des petits aussi. Mais, hé bien, ce n'est pas comme si j'avais pu imaginer que cette simple observation mènerait à ces catastrophes futures… qui plus est, cela faisait des mois que je n'avais pas entendu la moindre musique et même ce simple morceau de Piano semblait m'attirer sans que je ne puisse m'en éloigner.
Alors, mordant ma lèvre et me traitant mentalement d'idiote, je poussais timidement la porte le plus silencieusement possible pour entendre un peu mieux la musique. Pourtant, malgré mes précautions, je dû me faire remarquer d'une façon ou d'une autre car le Duc tourna sa tête vers moi et, avec un sourire et un hochement de tête, me donna la permission d'entrer.
Hésitant une seconde, je me glissais finalement dans la pièce. Ce n'est pas comme si je pouvais me détourner maintenant de toute façon. En tout cas pas socialement parlant. En cas d'urgence par contre... Je prenais soin de laisser la porte ouverte, on ne savait jamais. M'asseyant précautionneusement sur une petite chaise près du mur, je laissais échapper un soupir inaudible, profitant simplement de l'instant présent.
Merlin que la musique m'avait manquée.
Appuyant ma tête contre le mur derrière moi, je fermais les yeux, oubliant pendant un instant que je me trouvais dans une pièce avec deux Noahs. Petit à petit, mes muscles semblèrent se détendre d'eux même et je remarquais enfin à quel point j'avais été tendu ces derniers mois. J'avais beau avoir enfin accepté ma situation début Avril, tout ne s'était pas tout à coup amélioré en un claquement de doigt. Accepté, oui. Oublié ? Certainement pas. La douleur était encore vivace et ne disparaîtrait sans doute jamais. Mais peut-être… avec un peu de temps… je sortirais de cette brume morose qui semblait m'assaillir dès que je me retrouvais seule.
« Eve ? »
Ouvrant lentement les yeux comme si je sortais d'un rêve, je penchais ma tête vers Tyki qui s'était retourné pour me faire face, ayant terminé son morceau.
« Mon interprétation était-elle si mauvaise que tu t'es endormie ? » Me taquina-t-il mais je pouvais tout de même observer une petite étincelle qui tournait dans ses yeux.
« Au contraire ! » Je répondis avec un sourire alors que je me redressais. Sheryl m'aurait tout simplement éviscéré s'il m'avait vu comme ça. « Cela faisait longtemps que je n'avais pas été aussi détendue. C'était très beau. » Ces mots lui tirèrent un sourire alors qu'il se levait du banc pour s'approcher. Cependant, dans un merveilleux timing, le comte choisit ce moment pour nous rappeler sa présence.
« Oui, c'était bien Tyki. Il y a encore quelques petite choses à améliorer, bien sur, mais dans l'ensemble tu as fais de beaux progrès. » Dit il avec un regard sérieux alors que je voyais Tyki grimacer avant de lisser son visage et de se retourner vers le comte.
« Merci… Adam. » déclara-t-il simplement, butant un peu sur le nom après m'avoir jeté un coup d'œil.
« Bien sûr. » Souris le comte. « Tu peux partir Tyki. Et n'oublie pas, à demain matin. Miss Campbell » Salua-t-il alors que je me levais également pour sortir de la pièce. Aucune raison de rester maintenant qu'il n'y avait plus de musique, surtout pas seule avec le Comte. Heureusement, le comte ne me retiens pas et je pu sortir avec Tyki sans heurt. Alors que je fermais la porte, je pu entendre une musique familière s'élever de la pièce.
C'était la chanson du quatorzième mais… bien plus lente et triste que d'ordinaire.
Fermant doucement la porte, je rejoignis Tyki qui m'attendait un peu plus loin dans le couloir. « Bibliothèque ? » il me demanda et j'acquiesçai avec un sourire.
« Je ne savais pas que tu jouais du piano. » Je dis un peu plus loin. Cela fait des mois que je suis ici et je ne t'avais jamais vu jouer ! »
« Ça ne m'étonne pas. » répondit Tyki en haussant légèrement les épaules. « Je n'ai joué à nouveau que lorsque le Duc a commencé à passer régulièrement et on fait généralement ça le matin lorsque tu es avec Tricia. » expliqua-t-il avant d'hésiter une seconde et de dire plus calmement. « Je n'aime pas vraiment jouer du piano mais le Duc insiste. C'est la seule chose qu'il m'ait réellement imposée avec les occasions sociales alors je le fais tout de même. Je lui dois bien ça. »
« Je comprends... » je murmurais en réponse, réfléchissant. Je sais que Tyki était pratiquement une copie conforme de Neah… Ce pouvait-il que le Duc projetait son frère sur le Noah du plaisir ? Ça ne m'étonnerais pas, mais c'était plutôt triste…
« Eve ! » Cria tout à coup Jasdero en courant dans notre direction et de piler devant moi. « Road et Devit se battent dans le jardin. » Dit-il un peu laborieusement mais avec beaucoup moins de timidité que quelques mois plus tôt. Jasdero ne sera sûrement jamais un homme de beaucoup de mots mais ce n'était pas un problème, j'étais déjà heureuse qu'il fasse autant d'efforts.
Soupirant, je posais ma main sur son épaule changeant déjà de direction vers la sortie la plus proche.
« Que s'est-il passé cette fois ? » Demanda curieusement Tyki en nous emboîtant le pas. C'était triste, mais c'était loin d'être la première fois que Jasdero venait me chercher pour arrêter une bagarre entre son jumeaux et sa sœur Noah. Et à chaque fois, le même rire incrédule menaçait de s'échapper de ma poitrine. Moi ? Eve Campbell ? Humaine réincarné sans aucun pouvoir et avec une condition physique un peu faible arrêter une dispute entre deux enfants surhumain Noah ? C'est cela oui… Et pourtant, comme les autres fois, j'amadouais simplement les deux petits monstres avec une voix douce et des promesses de gâteaux. Les mots étaient vraiment la plus effroyable des armes. Mais bon, il me faudrait encore un long moment avant de pouvoir dire que je la maîtrisais. En attendant, j'étais juste heureuse que les deux enfants m'aimaient assez pour m'écouter réellement alors que je n'avais littéralement aucun pouvoir sur eux.
« Et si nous allions au lac ? Nous nous sommes bien amusés la dernière fois, n'est-ce pas ? » Je demandais aux enfants lorsque je sentais une nouvelle dispute poindre. Heureusement, l'idée fit mouche et je passais l'après midi là où j'avais rencontré le Comte quelques semaines plus tôt.
Le reste de la journée se passa agréablement à patauger au bord du lac. Enfin, moi au bord. Les enfants passaient leur temps à sauter dans le lac et, découvrant ma réticence à l'eau froide, ils n'avaient eu aucune pitié à m'arroser. Mais heureusement j'avais pu rapidement les abandonner a leur batailles d'eau qui ressemblaient très frenchement a des tentatives de meurtre par noyade pour rejoindres Tyki. Il avait entrepris depuis la seconde fois où nous étions venu ensemble, la création d'une plateforme de saut dans le grand arbre surplombant le lac. Mais ce qui était au départ une simple échelle et plancher de bois avaient pris des aires de cabane plus nous avancions dans l'été. C'était potentiellement ma faute, ayant proposé d'ajouter une corde de tarzan, une balançoire et même un toboggan. Mais Tyki n'avait pas hésité longtemps et s'était aussitôt mis au travail, ajoutant des murs puis des petits étages séparés, des petits ponts et d'autres plateformes… Il se débrouillait très bien tout seul et n'avait pas vraiment besoin de moi mais j'avais pu l'aider à clouer quelques planches et sculpter quelques piquets et je m'atelais maintenant à peindre les murs et les décorés de motifs. Je me sentais un peu mal cependant, vu que outre les gros pots de chaux, le reste était soigneusement emballé dans de délicats flacon en verre ouvragé. Road avait demandé la peinture a son père et, le connaissant, il n'avait pris que le meilleure. Je devais donc m'empêcher de faire une crise existentielle à chaque fois que je faisais un trait sur le mur, me demandant combien de familles de Londres je pourrais nourrir avec le milligramme de pigment partie dans mon coup de pinceau. Quoi qu'il en soit, après s'être entretués une bonne heure, les trois autres avaient fini par nous rejoindre en haut de l'arbre. S'en était suivi un long moment où j'avais dû faire semblant de ne pas remarquer que Road installait des meubles dans la cabane que nous n'avions certainement pas emmener avec nous ou que Jasdevit avaient gelé les sauts de chaux en se disputant prêt du mur attenant. Ça en devenait si ridicule lorsque j'avais levé la tête pour voir Tyki à trois mètres au-dessus de moi en train de s'occuper du toit, les pieds littéralement sur rien, que je m'étais demandé une seconde s'ils ne le faisaient pas exprès. Mais il faut croire que non parce que à peine avais-je cligné des yeux que Tyki était inocement les deux pieds sur les planches et qu'une petite explosion se fit entendre, accompagné d'une généreuse rasade de blanc sur ma jupe. Me penchant pour jeter un coup d'œil, pas tellement inquiètes pour les jumeaux Noahs, je vis les pots de chaux complémenter exploser, la peinture blanche étalée à la Jackson Pollock sur le mur et les jumeaux couverts de la tête aux pieds.
Ah, là c'est sûr, les pots étaient bien degelés.
Autant dire que Road ne perda pas une seconde pour pousser à nouveau les jumeaux dans l'eau. S'ensuivit un nouveau tour dans le lac pour tout le monde, histoire d'essayer de cacher la catastrophe qu'étaient devenus nos vêtements à Tricia. Pas que ça avait changé grand chose et c'était donc un peu en opération commando que nous étions rentrés fissa au manoir. Malheureusement Tricia était déjà réveillée et prenait le thé dans le jardin arrière, un œil fixé sur la forêt comme si elle nous attendait. Il avait donc fallu faire tout le tour en restant sous le couvert des arbres pour demander à Jean qui déchargeait les courses dans la cour d'aller nous chercher des vêtements plus convenables, ayant peur que Sheryl ou un de ses loyaux serviteurs nous voient. Nous nous étions ensuite changés dans l'écuries après avoir demandé la permission à un Phillipe hilare. Ensuite, alors que les trois garçons aidaient le pauvre Jean a finir son boulot et que Road s'en allait occuper Tricia, j'avais courut avec les vêtements grisâtre jusqu'à la buanderie, manquant de trébucher sur un chat noir dont je n'avais aucune idée de ce qu'il faisait là, pour les confiés aux blanchisseuses. Supportant leur regard dédaigneux, je m'étais empressé de rejoindre les maîtres de maison dans le jardin et Tricia n'en avait jamais rien su. La journée plus ou moins terminée après le thé, je montais, aussitôt Tricia déposé à la salle à manger, pour étudier les livres de Victor Hugo.
J'avais rapidement appris qu'il ne valait mieux pas tenter de les lire dans la journée ou en soirée, les enfants ayant tendance à valser dans ma chambre n'importe quand sans même frapper. J'avais pourtant essayé de leur faire respecter ma vie privée en jouant sur la pudeur de l'époque, leur disant qu'ils pourraient me voir nu mais Road s'en foutait comme de sa première chaussette et les jumeaux même si horrifiés sur le moment semblaient oublier complètement le risque dès la fois suivante. En bref, le seul moment où je pouvais relativement être sûr de ne pas être dérangé étaient après minuit ou lors du souper. Et comme j'avais vraiment besoin de mon sommeil réparateur avec tout ce que me faisait subir les enfants, ça ne me laissait pas beaucoup de choix.
Quoi qu'il en soit, les livres étaient terriblement intéressants. Même si cela faisait des semaines que je les étudiaient une heure tous les soirs, j'étais encore loin de les avoir terminé. Ce n'était pas temps dû au fait qu'il y en avait beaucoup même si, évidemment, cela jouait, mais c'était surtout parce qu'en plus du langage archaïque, les rapports contenaient beaucoup de néologisme difficile à deviner et en plus de ça, des couches et des couches de faux semblants. Je devais étudier chaque phrase à la loupe, décortiquer chaque mot, étirer chaque syllabe rien que pour espérer comprendre ne serait-ce que la moitié des implications. Et je suis assez persuadé que je loupais encore des détails. Malgré ma passion pour les mystères, les dizaines de Sherlock et le bon millier d'épisodes de Conan n'avaient jamais vraiment réussi à percer un bon processus d'analyse dans ma tête.
N'empêche, je pensais en relisant pour la troisième fois la même phrase essayant de comprendre pourquoi mon instinct me criait qu'il y avait anguille sous roche, je me demandais bien comment Hugo avait réussi à se procurer ne serait-ce que le quart de ces documents. Les témoignages et listes de capacités d'Akuma et leurs fonctionnement, je peux comprendre, même si c'était dangereux, il suffisait de discutions ou d'analyse pour ça… mais des rapports de missions de l'Ordres Noir ? La curiosité me tuait et je regrettais tellement de ne pas pouvoir en parler à l'écrivain. Ne serait-ce que pour profiter un peu de sa sagesse sur certaines questions. C'est évident qu'il aurait bien mieux gérer la situation que moi à ma place. Mais, en même temps, je ne pouvais tout simplement pas souhaiter qu'il soit encore là. Notre réunion avait peut-être été brève, mais il était évident que Hugo était fatigué de vivre. Il avait accepté la mort à bras ouvert et il méritait son repos.
Soupirant, et sentant que ça n'irait pas mieux pour ce soir, je cachais à nouveau soigneusement les documents avant de m'écrouler sur le lit. Enfonçant la tête dans l'oreiller, je repoussais d'autres pensées contemplatives sur la vie et fermais les yeux. Bercé par la flamme vacillante des bougies sur ma table de nuit, il ne me fallut pas beaucoup plus de temps pour tomber endormie.
Le lendemain, alors que je suivais Tricia en direction des jardins après le petit déjeuné, on croisa Tyki et le Duc qui marchaient vers nous. Après une petite conversation vide entre les deux adultes alors que Tyki et moi nous tenions maladroitement en retrait, attendant que ça passe, les deux groupes se séparèrent à nouveau et Tricia et moi continuions notre chemin alors que les deux hommes entraient dans la salle de musique.
Comment est-ce que je n'avais pas remarqué ça ? Bien sûr, j'avais bien vu que le Comte venait de plus en plus régulièrement au manoir et, évidemment, j'avais plus passé mon temps à le fuir qu'autre chose mais tout de même, ne pas remarquer sa disparition régulière avec Tyki…
Quoi qu'il en soit, la fin de la mâtiné se passa sans problème. Je n'étais toujours pas une fan des promenades, surtout lorsqu'à ce point, je pouvais naviguer dans les jardins les yeux fermés, mais Tricia était tellement heureuse que je ne pouvais pas trouver la force de mettre ma façade boudeuse habituel en de tels situations (et c'est mon père qui serait jaloux… Lui qui devait me tirer de mon bureau pour me traîner en balade...) A midi, je déposais Tricia dans la salle à manger avant de détaler prestement. Sheryl mangeait avec eux cette fois, donc je n'avais pas ma place à table normalement mais le Comte étant aussi présent, je ne préférais pas tenter le diable (littéralement). Il semblait toujours prendre le partie de Tricia ces derniers temps après tout et comme elle souhaitait que je puisse manger avec eux… eh bien, mieux valait éviter les sources de conflits.
Étant bien consciente de la rancune toujours croissante à mon égard de la part de certaines femmes de chambre, je mangeais le plus rapidement possible en cuisine avec Louise avant de me diriger vers ma chambre. Cependant, alors que je passais devant la salle de musique, j'hésitais. Celle-ci était parfaitement insonorisée, n'est-ce pas ? Et Tricia m'avait à plusieurs reprises répété que je pouvais aller dans les salles de détentes comme il me plaisait (même si à l'époque, elle devait surtout penser à la bibliothèque.) Alors…
Jetant un rapide coup d'œil autour de moi pour vérifier qu'il n'y avait bien personne, j'entrais rapidement dans la salle de musique avant de refermer doucement la porte derrière moi.
Frôlant les divers instruments des doigts, je me dirigeais avec envie vers un violon exposé fièrement. J'avais toujours voulu apprendre le violon, mais... disons que je n'avais jamais eu l'occasion. Le décrochant du mur, je m'asseyais dans une chaise à dossier droit parfaitement inconfortable et commençais à pincer les cordes.
Une fois, mon ancien baby-sitter avait ramené son violon pour mon anniversaire et il m'avait appris « A la claire fontaine » mais cela faisait des années, impossible de me souvenir des notes. Pourtant, fredonnant la musique, j'essayais de recréer la chanson en tâtonnant. Étonnement, lorsque je posais le violon quelque temps plus tard, un passant malchanceux aurait pu reconnaître l'air en faisant abstraction des fausses notes suraigu. J'étais assez fière de moi pour le coup.
M'étirant, je laissais mon regard valser dans la pièce. Tant de possibilités de jeux ! Jetant un regard contemplatif à une trompette, je choisit finalement de m'asseoir au grand piano à queue. Au moins, avec celui-là, je pourrais faire quelques aires, ne serait-ce que d'une main.
Fixant les touches, je me demandais laquelle des trois chansons que je connaissais j'allais essayer lorsque j'entendis un bruit derrière moi. Me retournant, je vis le comte dans l'embrasure, un regard surpris sur le visage.
« Ah, je suis désolé ! » Je disais précipitamment en me levant du banc à toute vitesse. « Je vais vous laisser. »
« Non ! Non, ne vous dérangez pas, je venais juste chercher ma veste. » Répondit aussitôt le comte, m'arrêtant dans mon mouvement. La cherchant du regard, je la vis en effet sur un fauteuil derrière le piano. Si je l'avais vu plus tôt, nul doute que je ne me serais pas attardé dans la pièce… Je pensais en retenant l'air sombre de se montrer sur mon visage. « Vous jouiez du piano ? Je suis triste de vous avoir dérangé, j'aime écouter les musiciens. » Dit il finalement lorsque le silence s'épaissit un peu trop.
« Ah non, pas du tout ! Je ne sais pas jouer. » je niais de suite, essayant de ne pas trop théoriser sur la phrase du comte.
« ...voudriez vous apprendre ? » demanda-t-il tout à coup, son regard perçant s'enfonçant dans mes yeux. Surprise, je le regardais sans savoir quoi répondre. Finalement, jetant un regard d'envie au piano avant de retourner sur le Duc, je soupirais mentalement.
« C'est gentil, mais je ne veux pas vous déranger... » Je murmurais, faisant de mon mieux pour ne pas le froisser d'une quelconque manière.
« Ne vous en faites pas ! j'aime jouer au professeur. » Dit il tout à coup joviale avant de me dépasser pour s'installer au piano. « Allons, venez me rejoindre ! » Un peu perdu, je fis exactement comme il le dit et m'asseyais timidement à ses côtés sur le banc.
« Jouez vous d'un autre instrument ? Connaissez vous le solfège ? » Demanda-t-il excité et j'avais tout à coup l'impression de parler avec un adolescent de mon âge. On était très loin du vieille homme sage mais amusé dont j'avais plus souvent l'habitude, mais ce n'était pas la première fois que je voyais cette partie de lui. En effet, j'avais eu la même impression à quelques occasions mémorables. Ce n'était pas seulement son attitude, mais tout son langage corporel qui changeaient à ces instants et c'était on ne peut plus terrifiant car contrairement à mes camarades lors de mes cours de théâtre, il ne jouait pas un rôle : c'était également lui.
« J'ai joué un peu de flûte plus jeune, mais simplement pour m'amuser, je n'ai jamais eu de cours formel. » je dis, hésitante, pensant à l'ocarina. Ça pouvait se qualifier de flûte, non ?
« Nous nous passerons du solfège pour l'instant. Nous pourrons bien l'apprendre plus tard si cela vous plaît. » Dit le comte avec un sourire en passant ses mains sur les clés froides du piano. « Je pense que je vais plutôt vous montrer comment jouer une musique simple, c'est bien plus amusant ainsi de toute façon. » Réfléchit-il avant de se tourner un peu vers moi pour m'expliquer rapidement mais efficacement les gammes et quelques autres choses utiles. Puis, lorsque je répéta son information sans lacune, il hocha la tête d'un air satisfait et fit rapidement un petit enchaînement de six notes avant de me le remontrer à nouveau plus lentement et de me demander de le faire. Et cela donna le ton pour la suite de la séance.
Comme lorsque j'apprenais une poésie plus jeune, il me montrait quelques notes, me faisait les répétés puis me montrait un autre groupe de notes et une fois que je les connaissais parfaitement, me demandait de les enchaîner. Même si l'exercice n'était pas très difficile et que je n'avais pas vraiment de problème à faire ce qu'il demandait, je pouvais bien voir qu'il semblait avoir une patience infinie, en tout cas en ce qui concerne le piano, et son attitude heureuse mais calme était on ne peut plus agréable.
C'était étrange à dire, mais le comte millénaire était un très bon professeur.
« Bien ! » s'exclama-t-il joyeusement lorsque je finissais la dernière série de notes de la main droite. Nous n'avions pas attaqué les deux mains en même temps et j'en était assez soulagé car c'était quelque chose que j'avais rarement réussi dans ma vie d'avant. Pour ma défense, j'avais accès à un piano cinq minutes deux fois pas ans lorsque j'allais chez des amies qui en avaient un, ce n'était donc pas scandaleux que la coordination des deux mains au piano ne soit pas encore acquis, surtout en autodidacte et je ne m'en étais jamais inquiété. Mais maintenant, devant le possible destructeur de l'humanité, il était difficile de ne pas faire de son mieux et prier pour l'excellence. Le gars changeant d'humeur comme de chemises, je préférais faire le moins d'erreurs possible.
Alors, lorsqu'il me dit « Eh bien que dirais-tu de tout enchaîner maintenant ? » Alors que de n'importe quel autre personne, j'aurais reconnu le ton blagueur, à cet instant j'entendis plutôt 'Joue. Sans faute. Ou tu vas souffrir.' Déglutissant, j'hochais vaguement la tête avant de poser mes mains sur le piano. Aucun problème pour me souvenir de la musique, le rythme était simple mais entraînant et joyeux et collait bien en tête.
Les notes cependant…
Inspirant une longue bouffée d'air, j'appuyais sur ce que je pensais être la première note. C'était elle. Prenant un peu plus d'assurance, je frôlais la seconde, puis la troisième, puis la quatrième… et soudainement, devant mon regard extrêmement confus, mes mains continuèrent à enchaîner les notes sans aucune faute. Arrivé à la fin, je regardais mes mains sans comprendre avant de lever le regard vers le comte qui semblait tout aussi perplexe que moi.
« Je croyais que vous ne saviez pas jouer du piano... » Dit-il faiblement, ses yeux fixé sur mes mains.
« Je le pensais aussi. » Je grinçais. Ce n'était pas normal, je n'avais jamais eu de talent pour la musique, je n'aurais pas dû pouvoir jouer du piano comme ça, je… non… ça ne pouvait pas être… ?
« Hé bien, c'était très impressionnant ! Vous devez avoir un don, Miss Campbell, il serait dommage de la gâcher, nous devrions continuer les cours. » S'exclama-t-il tout à coup, son visage se cassant en un sourire étrange avant qu'il ne prenne un air réfléchi. « Je ne peux pas certifier un horaire exact alors faisons cela comme avec Tyki. Je vous donnerais des devoirs lorsque je ne pourrai être là. Qu'en pensez-vous ? »
« Hu… je… hum. » Je balbutiais complètement prise de court. Tout allait trop vite ! Que ce passait-il ?
« Fantastique ! » dit-il en se levant sans attendre que je puisse formuler quelque chose d'intelligible. « Je vous verrai donc demain, bonne après midi, Miss Campbell. » Et il attrapa sa veste, marcha vers la porte, l'ouvrit et disparut avant même de pouvoir former une pensée consciente.
« Hu ? » je m'étranglais deux secondes plus tard en trébuchant hors du banc. Est-ce que je venais juste de 'gagner' des leçons de piano avec le comte Millénaire ? Oui, je réalisais avec un gémissement déchirant, oui, parce que j'avais joué une musique du premier coup comme une crétine.
Ce pourrait-il que je sois… ?
Mordant ma lèvre jusqu'au sang pour empêcher mon cerveau de terminer cette pensée terrifiante, je marchais comme un zombie jusqu'à la porte avant de jeter un œil au piano derrière moi. Rien. Pas d'envie inexplicable de m'approcher de l'instrument. Repensant à la tête du comte lorsque j'avais croisé son regard à la fin de la chanson, je laissais échapper un nouveau soupir digne d'un animal mourant avant de fermer la porte de la salle de musique derrière moi.
Adieux jours paisible...
Attention~ la vérité n'est pas aussi évidente qu'elle semble l'être :3
Pensez aux reviews et rendez-vous le 5 du mois prochain !
