Histoire: Une Touche de Couleur dans le Gris

Livre 1 : Nuancer le noir.

Date: 5 Juin 2018, corrigé en Mars 2022

Beta: Elda

Fandom: D Gray Man

Avertissement: Non, je ne possède pas D Gray Man et je ne fais aucun profit avec cette histoire.

Résumé: Après avoir atterri au XIXème siècle, Estelle, prenant le nom d'Ève, devient la dame de compagnie de Tricia Kamelott. Eve prend vite conscience de la différence niveau sociale et genre à cette époque et commence à avoir peur pour son avenir surtout lorsque débarque Road, les jumeaux, Tyki et même Allen. A force de les côtoyer, Eve devint plus ou moins ami avec eux, ce qui lui attire les foudres des autres employés du manoir. Et tout cela s'agrave lorsque Tyki découvre qu'une femme de ménage volait le courrier qu'Allen envoyait à Eve et décide de la renvoyer.

Trigger du chapitre: Sang et description d'une chute pas mortelle mais bien douloureuse quand même.


J'ai réussi mes exam :3 Je suis maintenant en vacan... !

BOUM

*devoirs d'été dans ta gueule*

Bon... ben c'est partit, écoutez, on dormira plus tard -_-'

Et vous comment ça se passe? :) Si pas bien, on a un presque-meurtre dans ce chapitre! Plus de 6000 mots pour évacuer quelques frustrations avant de s'y remettre X)

Bonne lecture!


Nuancer le Noir chapitre 21 : Joyeux harcèlements

Samedi 15 aôut 1885

Trois semaines.

Trois. Putain. De. Semaines.

Laissant échapper un souffle tremblant, je fermais mes poings, serrant mes doigts fermement, enfonçant mes ongles dans mes paumes. L'air totalement expiré de mes poumons, je restais comme ça quelques instants, jusqu'à ce qu'une brûlure agréable se développe dans ma poitrine, poussant jusqu'à ce que ma tête tourne puis j'ouvrais à nouveau les lèvres inspirant profondément jusqu'à ce que plus rien ne puisse entrer.

Réitérant l'opération à quelques reprises, je laissais mes épaules se détendre, penchant doucement la tête pour faire craquer mon cou. Me sentant assez calme, j'ouvrais alors les yeux et les fixait sur mon environnement.

Nope, toujours pas de changements.

« Ce n'est pas grave, tout va bien, tout va très bien… Qu'est-ce qu'un peu de crottin sur les draps, rien du tout. » je murmurais dans la chambre vide. Inspirant à nouveau profondément, je fronçais le nez à l'odeur et me dirigeais vers mon armoire, l'espoir serrant ma poitrine.

Espoir qui mourut très vite lorsque je vis que mes vêtements avaient subi le même destin que mes draps.

Alors, je n'étais pas très matérialiste d'ordinaire mais… j'aimais cette robe orange ! Tricia l'avait spécialement choisi pour moi et Road m'avait dit qu'elle mettait en valeur mes cheveux. Enfer, même Jasdero m'avait balbutié un compliment ! Heureusement que je portais ma robe violette préférée aujourd'hui… je m'en serais vraiment voulu si elle avait été abîmée avec les autres. Examinant tristement les vêtements pour voir si je pouvais sauver quelque chose, j'extirpais quelques sous-vêtements, une jupe et deux des vieilles chemises d'Eglantine miraculeusement épargnées par le carnage de la pile avant de fermer résolument le placard et d'ouvrir en grand la fenêtre. Heureusement, j'avais depuis longtemps caché mes vêtements masculins (utilisés lorsque je me faufilais en ville avec Tyki) en dehors de ma chambre, au cas où Road fouinerait, ou ils auraient subi le même sort.

Lançant un dernier regard navré à mon lit, je n'osais même pas poser mes yeux sur la petite table de la pièce avant de me tourner résolument vers le couloir. Fermant doucement la porte de ma chambre, je traversais le couloir en quelques enjambées nerveuses avant de me planter en face de la chambre des jumeaux. Inspirant une nouvelle fois, je plaquais un sourire joyeux sur mon visage avant de toquer à la porte.

Attendant patiemment, la porte fut bientôt entrebâillée, me laissant apercevoir un œil sombre encadré de mèches noir ébouriffées. « Eve ? Qu'est-ce qu'il y a ? » Demanda Jasdero en ouvrant la porte en grand lorsqu'il me reconnut sur le palier.

« Oh rien, je me demandais juste si je pouvais cacher ça... » je dis en soulevant les vêtements dans mes bras. « Dans votre chambre ? Road n'aime pas mes vieux vêtements et veut s'en débarrasser mais j'y suis plutôt attachée... » Je répondis avec un sourire simple.

« Heu oui, entre. » Répondit-il avec un sourire timide avant de s'écarter pour me laisser entrer. Je le remerciais avec un sourire joyeux avant de fourrer mes vêtements dans un des buffets près de l'entrée avant d'aller taquiner Devit qui semblait s'arracher les cheveux sur un devoir de grammaire. Grimaçant lorsque je vis le sujet, je finis tout de même par rester et essayer d'aider les jumeaux jusqu'au dîner avant d'aller chercher Tricia et d'amener toute la petite troupe jusqu'à la salle à manger avant de prendre congé.

Avec un soupir fatigué, je grimpais l'escalier jusqu'aux chambres de la famille et remontais les manches de ma chemise avec un regard déterminé, le nez plissé en prévention avant d'ouvrir la porte de ma chambre.

Comme j'aurais voulu le faire aussitôt découvert ! Avec un peu de chance et les fenêtres grandes ouvertes, j'aurais même pu dormir là cette nuit, mais bien sûr, ce n'était pas une option. Le manoir grouillait constamment de serviteurs rendant l'action de se faufiler terriblement difficile. Il y en avait moins l'après-midi, vu qu'ils essayaient de se faire rare lorsque les maîtres de maisons se promenaient, et j'aurais pu le tenter mais… et si j'étais tombée sur Road ? Ou Tyki et Sheryl ?

Ma seule option, je l'avais appris ces dernières semaines, était de nettoyer les dégâts lors du dîner. Non seulement les Noahs, bien sûr, étaient tous attablés, mais les serviteurs étaient tout aussi occupés, le tiers faisant le service, un autre tiers en panique aux cuisines et le dernier tiers assigné à certaines pièces pour les nettoyer de fond en combles et prendre de l'avance sur leurs corvées du lendemain. J'avais donc une bonne heure de libre pour nettoyer la dernière tentative de certains serviteurs de me faire quitter les lieux.

Le seau à cendre dans une main, la pelle dans l'autre, j'essayais tout d'abord d'enlever le plus gros du purin. Heureusement, mon tortionnaire du jour n'avait pas été très diligent et n'avait même pas pris le soin d'étaler la chose.

Je ne m'en plaignais pas.

Attrapant les coins de mes draps avec un dégoût profond sur le visage, je le tirais en ballotin avant d'y faire un nœud et de le laisser tomber avec un bruit visqueux au centre de ma chambre. Tirant le drap du dessous qui avait malheureusement tout aussi souffert, je le glissais vers l'armoire et y faisait tomber les vêtements avant d'y faire un nœud également.

L'estomac retourné par l'odeur, j'attrapais les deux sacs de linge sale dans une main, le seau dans l'autre et je me dirigeais vers les écuries, prenant grand soin de faire un large détour loin des cuisines.

Jetant le contenu du seau sur une pile de ses congénères, dont il avait sûrement été pris en milieu de matinée pour être gracieusement étalé sur mon lit, j'entrais à l'intérieur des écuries. M'arrêtant pour caresser quelques étalons, je m'approchais de l'arrière où une grande bassine et une planche à laver se trouvaient. C'était généralement là que les garçons d'écuries nettoyaient les vieilles couvertures de cheval et je ne pouvais être on ne peut plus heureuse d'avoir pensé à l'endroit. C'était la première fois que je me trouvais avec quelque chose d'aussi extrême que de la merde de cheval sur ma literie, mais les serviteurs avaient une fabuleuse imagination et ce devait être au moins la cinquième ou sixième fois dans ces trois maudites semaines que je me retrouvais à devoir nettoyer mes vêtements en catastrophe.

Le dégoût plaqué sur mon visage, je laissais tomber le premier drap dans la bassine et attrapait une brosse me promettant de nettoyer à plusieurs reprises mes mains lorsque j'aurais terminé.

Malheureusement, je n'avais aucun doute sur mon incapacité à enlever les taches. Les draps odieusement blanc d'ordinaire tourneraient assurément d'une teinte jaunâtre dérangeante lorsque j'en aurais fini avec eux, mais ce n'est pas comme si je pouvais demander d'autres draps et nous étions déjà en septembre… je ne pourrais bientôt plus dormir sans couverture, il fallait bien que je me débrouille.

Il était assez intéressant de noter que toute cette histoire avait créé une profonde division chez les employés. D'une part, il y avait les harceleurs, principalement constitués de femmes de chambres jalouses qui avaient été là plus longtemps que moi et qui étaient particulièrement outrées par tous les avantages que j'avais obtenu ces derniers mois. Dans leur rang, il y avait aussi quelques majordomes qui, même si moins zélés, soutenaient leurs homologues féminins, que ce soit par véritable conviction, simple tentative de se faire mieux voir ou juste pour suivre le mouvement. Heureusement, seulement trois étaient vraiment virulents, les quelques autres se contentant de suivre les ordres sans véritable chaleur. Ensuite, il y avait les serviteurs indifférents, jusqu'ici, j'avais pu en identifier cinq. Il était assez étrange de se dire que j'étais à peu près persuadée que quatre d'entre eux étaient des akumas, la dernière étant une jeune fille engagée seulement quatre mois auparavant qui semblait vouloir m'aider mais ne voulait pas être dans les mauvaises grâces des plus âgés.

Et puis il y avait ceux qui me soutenaient ouvertement, le palefrenier et son apprenti, John et Berthe la cuisinière en chef (et heureusement ou il y aurait eu une possibilité très inquiétante que je doive aussi m'inquiéter du poison...) Louise et Clarisse évidemment. Les factions étaient donc à peu près égales et des tensions n'avaient pas tardé à se faire sentir. Le manoir était pesant et j'étais à peu près sûre que même les jumeaux avaient remarqué l'ambiance lourde maintenant.

Tricia l'avait fait en tout cas, si ses questions détournées pour en savoir plus sur les employés étaient à prendre en compte. Et qu'étais-je censée lui répondre ? Ho noooon, tout va bien, j'ai simplement peur de me balader seule dans le manoir maintenant ! Après tout, un accident est si vite arrivé… et il serait juste tragiquement commode que cela laisse ma place on ne peut plus enviée de dame de compagnie vacante, n'est-ce pas ?

Urgh, arrêtez-moi, je commence à blaguer sur ma mort...

Très franchement, je ne savais pas vraiment ce qui me retenait de piquer une crise et d'aller me plaindre à Tricia.

Ce genre de chose ne m'était jamais arrivée dans mon ancienne vie… Peut-être un peu en primaire mais je n'avais honnêtement presque plus de souvenirs avant mes 14 ans alors c'était difficile de s'y accoutumer. J'avais toujours été partisane de la discussion plutôt que de la violence mais il fallait bien avouer que mes maigres capacités sociales semblaient avoir très peu d'effet et que je me retenais à peine de foutre un coup de boule à mes plus virulents tortionnaires…

Les choses n'avaient pas été fabuleuses avant que Tyki ne renvoie cette fille, mais cela avait été. Je pouvais faire face aux remarques mesquines et aux petites farces sans trop de méchanceté… mais maintenant ? J'étais simplement sacrément impressionnée d'avoir tenu trois semaines. Bien sûr, les choses n'avaient pas été tout de suite aussi graves, elles s'étaient empirées progressivement, mais tout de même ! J'étais un peu fière, il fallait l'avouer. Je ne sais pas si c'était tout le bordel saut-de-dimension-ou-folie mais je suis sûre que je n'aurais pas tenu deux semaines dans mon ancienne vie. Je pense que j'aurais craqué vendredi dernier en fait, le jour où ils avaient rempli ma chambre d'un tas de de bestioles aux yeux globuleux et au trop grand nombre de pattes. Et franchement, où avaient-ils trouvé le temps d'en attraper autant ?

Quoi qu'il en soit, j'avais ouvert ma porte, ce vendredi après-midi, pour trouver mon lit rempli de punaises, limaces, puces et autres joyeusetés. J'avais été à ça de m'affaler dans mon lit, ce n'était qu'un maladroit mouvement de cheville qui m'avait permis de m'écraser par terre plutôt que dans les draps piégés. Je suis assez persuadée que le son que j'avais laissé échapper à cet instant devait plus s'apparenter à un chien étranglé à mort plutôt qu'à une humaine, mais bon… Enlever les araignées et limaces n'avait pas été une partie de plaisir et j'avais frôlé la crise de nerf. J'avoue sans honte que j'avais éclaté en sanglots au milieu. Les puces par contre... Eh bien autant dire que je ne dormais plus dans mon lit depuis ce jour-là.

Les canapés de la bibliothèque étaient bien plus confortables de toute façon.

Optimisme, Eve, optimisme…

Tout ça pour dire que j'avais vraiment, vraiment, vraiment envie d'aller cafarder à Tricia, au diable ma morale. Il était après tout très difficile de s'inquiéter de l'avenir de quelqu'un lorsqu'ils faisaient de leur mieux pour te pourrir la vie… Et j'étais loin d'être une sainte. Je savais que si cela continuait comme ça, ce n'était qu'une question de temps avant que les choses n'aillent assez loin pour blesser quelqu'un. Très probablement moi. Et à ce moment-là, soit les choses seraient découvertes, soit mes tortionnaires auraient assez peur pour s'arrêter. (Et je choisissais de ne pas considérer une autre option) La chose évidente à faire à ce moment-là, était directement d'aller à une autorité concernée, n'est-ce pas ? Vu que la chose arriverait bien un jour ou l'autre, autant m'éviter un peu de douleur…

Mais je ne le ferais pas.

Parce que malgré tous mes meilleurs efforts, je n'arrivais pas à considérer ces gens sans les connaissances du manga. Bien sûr, j'avais ce qui semblaient être de bonnes relations avec eux mais… N'étaient-ils pas censés vouloir détruire l'humanité ? Et, hé bien, j'étais une humaine donc…

Ouais. Vous voyez le problème. J'avais beau essayer de me dire que, aller, ça faisait plus de la moitié d'un an que je traînais avec ces gens quotidiennement, ils ne peuvent pas faire semblant de m'apprécier pendant aussi longtemps… n'est-ce pas ? Et à cela, le mot « NOAH » me tournait en boucle dans la tête…

Alors, oui, j'aurais pu me plaindre à Tricia mais alors quoi ensuite ? Ce n'est pas comme si elle voudrait/pourrait faire renvoyer la moitié du manoir… Nous nous apprécions, certes, mais elle s'entendait également bien avec les autres employés. Enfer, notre toute première conversation avait impliqué à quel point les employés de Tricia étaient « Gentils » ! Bien sûr, il y en avait quelques-uns qui agissaient ainsi uniquement pour avoir de l'avancement, mais pour la plupart, j'étais juste persuadée qu'ils aimaient tout simplement leur maîtresse. Il était difficile de ne pas aimer Tricia après tout.

Mais bon, admettons que Tricia décide de rapporter le problème à Sheryl... alors quoi ? Sheryl restait le maître de maison et il était bien plus intelligent de faire partir la source du problème, soit moi, plutôt que la demi-douzaine de personnes qui le créait. Surtout que nous n'avions pas vraiment de sentiments positifs entre nous. Il y avait eu une possibilité de bien nous entendre au début, lorsque j'étais simplement là pour sa femme et sa fille et que j'arrivais à m'occuper des jumeaux ce qui lui enlevait une sacrée épine du pied… mais tout cela était quelque peu parti en enfer avec l'arrivée de Tyki et les insinuations de Road. On parlait souvent de son daughter-complex, mais il ne fallait sûrement pas sous-estimer son brother-complex, c'était quelque chose….

Quoi qu'il en soit, dans un cas comme dans l'autre, c'est-à-dire partir à cause des employés ou se faire renvoyer par Sheryl, le problème restait le même : la peur de l'inconnu.

Je l'avais déjà dit, mais j'avais eu une chance inouïe de me faire engager par les Kamelott. Qu'aurais-je fait autrement, moi, pauvre fille du XXIème siècle dans les bas-fond de Londres ? Je ne savais rien de la vie là-bas, à part des contes romancés, il était risible de croire que je m'en serais sortie sans heurt.

Alors d'accord, avec tous les voyages que nous avions faits avec Tyki et les histoires que m'envoyait Allen, j'étais beaucoup plus susceptible de m'en sortir maintenant… mais tout de même !

Je préférais supporter un peu de harcèlement plutôt que de me lancer dans les rues de Londres avec seulement les vêtements sur le dos.

Enfin, c'est ce que je m'étais dit en début de semaine dernière.

Maintenant cependant, je n'en étais plus si sûre… Chaque jour sans réaction de ma part, les « farces » devenaient de plus en plus violentes. À tel point que je n'osais plus rester seule trop longtemps. Au moins, Road et les jumeaux étaient contents de l'attention. J'en étais même revenue à assister à mes cours de piano presque quotidiennement ! Et merlin sait que je détestais le professeur… Tyki m'avait regardée bizarrement après que j'y sois retournée après seulement quelques jours de boycotte. Il m'a dit qu'il était persuadé que je l'ignorerait continuellement à moins d'un gros changement. En même temps, j'étais bien partie pour, mais les jumeaux avaient leurs cours l'après-midi, Road aussi et Tyki devait parfois s'absenter en ville pour Sheryl, il fallait bien que je me trouve un garde du corps pour ces jours-ci ! Et comme le professeur de piano venait au manoir que je me présente en cours ou non… He bien, autant dire qu'il avait retrouvé la joie de ma présence quelques après-midi par semaines.

Et ho, comme ma main souffrait…

Déjà que je n'étais pas pour le châtiment corporel dans l'éducation, mais qui peut penser que c'est une bonne idée de blesser les mains d'un joueur de piano ? N'est-ce pas, je ne sais pas… totalement contre-productif ?! Meh. Il faut croire que je n'ai pas la même logique…

J'avais envie d'un bain…

Le regard sombre, je lançais un coup d'œil désespéré à la pile de vêtements qu'il me fallait encore « nettoyer » avant de pouvoir espérer rentrer au manoir. J'aurais bien besoin de magie là, maintenant, tout de suite. Zut, cela prenait encore plus de temps que je ne le pensais, pour le coup j'avais été un peu trop optimiste… Le dîner serait bientôt terminé et même si je n'avais pas à m'inquiéter de voir quelqu'un de néfaste ici (les palefreniers n'étaient absolument pas touchés par toute l'histoire, on pouvait même dire qu'ils étaient un peu de mon côté, m'ayant laissé utiliser leurs installations et apporter parfois de la nourriture sans un mot) il faudrait tout de même que je fasse très attention en rentrant après.

Ruminant des pensées sombres, je finis tout de même par abattre la charge et me lever pour faire craquer mon dos en compote. Merlin que j'étais fatigué. Je ne dormais pas très bien ces derniers temps… La bibliothèque était certes confortable, mais j'avais toujours peur de me faire trouver par quelqu'un ou de ne pas me réveiller à temps le lendemain. Alors je tombais dans une sorte de demi-sommeil désagréable où le moindre bruit m'éveillait en sursaut. En fait, je crois bien que j'avais explosé mon nombre de sieste ces deux dernières semaines… ça devait être un peu suspect, mais c'était difficile de résister lorsque je me trouvais confortablement assise dans la bibliothèque, un livre en vieille anglais sur les genoux et Tyki qui, de part sa simple présence, montait la garde inconsciemment contre mes tortionnaires. Autant vous dire que je m'étais retrouvé plusieurs fois à me réveiller la bave aux coins des lèvres à cause d'une position maladroite ou, dans une occasion mémorable, la tête sur l'épaule de Tyki et le crâne de Road sur mes genoux. Il avait fallu tout mon sang-froid pour ne pas sursauter et réveiller Road (qui devait sans doute être déjà pleinement consciente d'ailleurs vu que, vous savez, Noah.)

Il faisait déjà nuit lorsque je poussais la porte de l'écurie, un panier de linge plus ou moins propre dans les mains. Ils étaient trempés bien entendu. J'avais fais de mon mieux pour les essorés, mais c'était beaucoup plus difficile seul et il faudrait que je les entende dans ma chambre entre deux chaises avant de pouvoir rejoindre la bibliothèque pour dormir.

Les portes extérieures étaient en train d'être fermées à cette heure, heureusement, il était facile de se glisser à l'intérieur par la grande fenêtre d'un des petits salons. Ironiquement, c'était celui où j'avais amené les jumeaux pour cette première blague sur Road. Bien d'autres avaient suivi depuis mais maintenant je faisais bien attention à ne pas me mêler. Fermant soigneusement la fenêtre, je prenais mon lourd panier avant de me glisser dans le couloir sombre en direction du grand escalier.

Le dîner était terminé maintenant, les Noahs devaient être dans un des salons familiaux à l'étage ou, à la rigueur, dans leur quartier, et les serviteurs évitait le plus possible les couloirs principaux, le choix le plus logique était donc d'emprunter ceux-ci. Qui plus est, cela m'amènerait plus rapidement à l'étage et ce serait vraiment à cet endroit qu'il faudra que je fasse attention.

La logique avait pourtant l'air valide… mais il faut croire que ce n'était vraiment pas mon truc, car à peine arrivé en haut de l'escalier, je me figeais en voyant ma tortionnaire en chef en train de placer une bougie neuve dans un chandelier du couloir. Marie Brown, la servante personnelle de Road et la première personne que je pensais pouvoir vraiment détester.

Avant même que je ne puisse esquisser un geste, elle m'avait repéré et son visage se plissa en un dégoût profond.

« Qu'avons nous là... » ricana-t-elle en marchant vers moi, un rictus sur le visage et la colère dans ses yeux. « Ne devriez-vous pas être dans votre chambre Mademoiselle Campbell ? Il n'est pas très indiqué de se promener seule si tard... » ajouta-t-elle avec un ton condescendant en s'arrêtant à quelques pas de moi.

« Justement, je revenais, si vous vouliez bien m'excuser... » Je répondis avec un sourire serré avant de précipiter quelques pas dans sa direction, bien trop consciente de l'escalier dans mon dos. Personne n'avait tenter un meurtre jusqu'à présent, mais il n'y avait aucune raison de tenter le diable…

« Ho, je n'y compterais pas trop. » Dit-elle aussitôt en faisant un pas de côté directement dans mon chemin me forçant à m'arrêter pour ne pas la percuter. Maudit soit ces couloirs trop petits… il n'y avait aucun moyen de la contourner facilement et mes mains occupées par le panier ne me rassurait pas beaucoup non plus. « Vous êtes tellement arrogante ! Me rejeter comme une vulgaire ordure alors que nous parlions simplement. Tellement consumé par votre rang que vous traitez les serviteurs comme de la terre sous vos chaussures ! Et Jean ne voit pas pourquoi je ne vous fais pas confiance ! Avouez-le, vous les charmez, n'est-ce pas ? Une putin, ah, vous me dégoûtez ! » Siffla-t-elle tout à coup, laissant échapper toute l'ire qu'elle avait accumulé à mon encontre.

La haine n'était pas belle à voir.

« Je n'ai aucun problème avec les serviteurs, le rang m'importe peu. » Je claquais tout aussi vite même si je savais malheureusement que rien ne convaincrait cette femme. « Vous êtes seulement jalouse car j'ai obtenu en une semaine le travail que vous vouliez pendant des années. Je ne vous connais pas et de ce que j'en ai vu ces dernières semaines, je n'ai pas envie de vous connaître, mais vous semblez être une femme bien âcre, un de ces être humain qui déshonore tous les autres. » J'exprimais distinctement avec une voix acide, les poings serrés autour de mon panier à tel point que les jointures étaient blanches. Peut-être, une semaine auparavant, j'aurais essayé d'être la meilleure version de moi-même et je lui aurais parlé, essayé de comprendre son problème et de l'aider mais maintenant ? Maintenant, j'étais juste fatiguée et je voulais que ces conneries se terminent. Tant pis pour la Eve compréhensive, j'étais loin d'être une sainte et ma patience avait atteint sa limite. « Ce n'est même pas que vous me dégoûtez, il serait inutile d'évoquer des sentiments aussi fort pour quelqu'un d'aussi pathétique que vous, non... vous me faites pitié. » Je terminais d'une voix forte avec un sourire tordu, la tête haute et le regard risible avant de forcer mon chemin devant elle.

Les bras tendus et les jambes tremblantes, je me forçais à ne pas me retourner vers elle, bien consciente que lui tourner le dos n'était pas la meilleure des idées, mais qu'étais-je censée faire d'autre ? Qui plus est, ce n'est pas comme si la femme était armée et ce serait terriblement stupide de sa part d'essayer une attaque à main nu alors que nous étions à peine à quelques mètres des chambres de la famille.

Il faut croire que j'avais trop de foi.

Je n'avais pas fait deux pas qu'une main agrippa mon col et me tira en arrière me faisant lâcher mon panier avec un faible cri surpris. « Tais-toi ! » siffla la femme aussitôt en me poussant au sol, la tête directement dans le panier de linge humide. La bouche et le nez obstrués par les draps, je ne tardais pas à me débattre violemment, tapant le panier et utilisant le nouvel espace pour me retourner et lui jeter un coup de pied dans les rotules. Criant de douleur, elle trébucha en arrière et je la vis avec horreur tomber en direction des escaliers. « Attention ! » je criais en me précipitant debout, la main tendue pour l'attraper.

Et je l'ai presque fait. Presque. Mais alors que ma main frôlait sa robe, deux petits bras s'enroulèrent autour de ma taille me clouant sur place avec une force que leur petite taille ne devraient pas contenir. « Laisse-la. » Ordonna froidement une voix derrière mon épaule mais ce n'est pas comme si j'aurais pu faire quelque chose d'autre de toute façon : elle était trop forte pour moi.

Et bien sûr, les yeux grand ouverts en horreur, je vis ma tortionnaire tomber dans les escaliers avec un halètement terrifié, ses épaules s'éclatant dans une marche avec un craquement écœurant avant de rouler jusqu'au rez de chaussés et de s'arrêter aux bas des marches, immobile.

Le souffle coupé, je sentis à peine les mains se retirer de moi alors que je m'élançais dans l'escalier, trébuchant pratiquement à mon tour dans mon empressement à me rendre auprès de la femme. Me laissant tomber sur mes genoux à ses côtés j'essayais, paniquée, de me souvenir de mes cours de secourisme, les yeux flou de larmes à peine retenu. Évitant résolument de regarder son bras gauche qui reposait à ses côtés dans une position improbable, j'entourais son poignet d'une main et soulevait sa paupière de l'autre, m'affalant presque de soulagement lorsque je sentais un pouls. « Elle est vivante » Je soufflais soulagée tout en me creusant le cerveaux pour savoir ce que diable j'étais censé faire ensuite.

« Malheureusement. » retentit une voix désolée derrière moi et je sursautais dans sa direction pour voir Road descendre les dernières marches de l'escalier lentement.

« Road ? » Je murmurais d'une voix tremblante alors que la jeune fille arrivait à ma hauteur avant de se pencher sur le corps de la femme avec un dégoût profond sur le visage.

« Tu as raison tu sais. » Dit-elle au lieu de me répondre. « Ce n'est vraiment pas un très bel exemple de l'espèce humaine… » Road s'accroupit, ses coudes sur ses genoux et sa tête dans ses mains. « C'était amusant de voir ses piètres tentatives à améliorer son statut ces dernières années, tu es loin d'être la seule personne qu'elle a embêtée tu sais, mais ça ne l'est plus maintenant, je n'aime pas qu'on touche mes affaires. » ajouta-t-elle en tournant son regard perçant sur moi. « Aaaah… Je suis déçue, Eve, j'aurais aimé que tu me le confies toi-même... J'ai attendu des semaines, tu sais, toute cette histoire aurait pu se terminer bien plus tôt. »

Le cerveau pataugeant dans la semoule, je regardais la jeune fille avec confusion. C'était… Road, n'est ce pas ? La petite fille que j'avais appris à connaître ces derniers mois ? Celle avec qui j'avais fait des bonhommes de neige et aidé aux devoirs et jouer aux...poupées.

Poupées.

Je l'avais déjà pensé, n'est-ce pas ? Je m'étais toujours dit que je n'étais qu'une poupée pour Road, un nouveau jouet favori dont elle prenait soin, essayant de ne pas le casser. Je l'avais dit et pourtant… pourtant j'avais espéré que c'était plus que ça, que j'avais réussi à dégeler un peu le cœur de la Noah… Mais ce n'était qu'une illusion, hein ? Je n'aurais pas dû me leurrer, que pouvait bien faire la petite Estelle, cette fille si bizarre, complètement déconnectée de ses sentiments ? Empathie ? Ah ! Je m'étais menti à moi-même, j'avais toujours été terriblement nul pour réconforter les gens et ce n'était pas pour rien ! je n'étais pas capable de reconnaître des sentiments s'ils me frappaient aux visages. Je pouvais les imiter, oui, je pouvais faire semblant, oui, mes nombreuses années de théâtre avaient vu à cela, mais il m'était impossible de savoir si c'était réel ou non.

Les yeux écarquillés, j'ouvrais les lèvres sans même savoir ce que j'allais dire mais les referma bien vite lorsque j'entendis un bruit venir du haut de l'escalier. Soudain, se levant d'un seul coup, l'expression de Road changea du tout au tout et elle se mit à hurler en pleurant « Aidez-nous ! Il y a eu un accident, quelqu'un est tombé ! Papa ! » Bien vite, les pas se rapprochèrent laissant apparaître Eliott en haut de l'escalier. Toujours avec son air vide habituel, il jeta un coup d'œil sur Road, hocha la tête, puis se retourna et disparut dans le couloir sous mes yeux abasourdi.

Euuh… quoi ?

Sentant enfin le sang s'infiltrer dans ma jupe, je m'empressais d'enlever ma veste pour le presser contre la tête de la femme ne sachant pas quoi faire d'autres. Road n'avait toujours pas l'air décidé à m'aider, en fait, elle regardait toute la procédure avec un ennui notable. « Je ne comprends pas pourquoi tu l'aide, elle l'a mérité… Heureusement que nous n'avons pas de tapis dans le hall, tout ce sang aurait été impossible à enlever ! » Gémit-elle, revenant à la petite fille que je connaissais mieux même si elle se plaignait de la mort d'un humain au lieu d'une poupée.

He bien, encore une fois, c'était sensiblement la même chose pour elle…

Heureusement, à peine quelques secondes plus tard, on entendit à nouveau des bruits de courses et Sheryl apparut en haut de l'escalier flanqué de Tyki et Tricia.

« Mon Dieu ! » haleta Tricia les yeux écarquillés en se couvrant la bouche des mains, son mari et son frère déjà en train de dévaler l'escalier.

« Qu'est-il arrivé ? » Demanda Sheryl alors que Road se précipitait dans ses bras.

« Ho c'était horrible, j'ai tout vu ! » Se mit à geindre Road avec un drame excessif. « Marie était méchante avec Eve et puis elle a essayé de la pousser dans l'escalier mais heureusement j'ai attrapé Eve avant ! Marie, par contre, a été entraînée dans son élan et elle est tombée à la place. » Pleura Road et maintenant que j'y réfléchissais, c'était sensiblement vrai. Enfin, je remarquais tout de même qu'elle avait complètement éludé le fait qu'elle m'avait empêché d'attraper sa servante…

« Eve ? » murmura Tricia juste à côté de moi. Surprise, je sursautais et tournais ma tête dans sa direction. J'étais toujours agenouillée dans une marre de sang grandissante auprès de Marie, les mains tremblantes pressées sur sa tête et les yeux dans le vague : je ne devais pas faire un très joli tableau. « Viens avec moi, chérie. » dit- elle tout doucement en posant une main sur mon épaule.

« Mais… je… elle a besoin d'aide... » je balbutiais pas très sur que je sois compréhensible. Des mains chaude se superposèrent tout à coup aux miennes et je tournais la tête pour voir Tyki agenouillé à son tour auprès de la femme, ses yeux fixés sur Tricia. « Je m'en occupe, emmène Eve et Road, Tricia. » dit-il avant de se tourner vers Sheryl « Sheryl, appelle le médecin. »

Sheryl hocha la tête et poussa doucement Road vers Tricia et moi avant de se précipiter vers son bureau, Eliott déjà agenouillé auprès de Tyki pour l'aider.

« Allons dans ma chambre, je ne pense pas que vous devriez rester seul ce soir... » murmura Tricia, ses mains enroulées protectivement autour de nos épaules et j'étais tout simplement émerveillée qu'elle prenne autant soin de moi que de sa fille.

Alors que nous grimpions l'escalier, Tricia nous lâchant une seconde pour murmurer un ordre rapide à une des femmes de chambre qui venait d'arriver à cause du raffut, je tournais la tête pour observer la scène en contrebas.

Les mains toujours tremblantes, j'observais de plus en plus de serviteurs se presser avec des fournitures médicales ou tout simplement pour observer le tout avec une curiosité morbide.

Certes, la voir tomber dans l'escalier et s'écraser au sol avait été terrifiant mais…

Une petite main se glissa possessivement autour de mes doigts sanglants, me forçant à tourner la tête pour plonger mes yeux dans ceux inhabituellement dorés de Road. Un sourire de contentement sur ses lèvres, bien loin de la petite fille éplorée qu'elle avait joué à peine quelques instants plus tôt, elle me tira doucement vers Tricia sans jamais me quitter des yeux.

...Mais ce qui me faisait le plus peur, c'est que je réalisais enfin le plein sens du mot « Noah ». Mentalement, j'avais su ce qu'ils étaient, j'en avais même eu un bref aperçu par Tyki à Paris mais maintenant, il était évident que je ne l'avais pas bien intégré. Car ça aurait très bien pu être moi la personne baignant dans son propre sang en bas de cet escalier.

Frissonnant, je resserrais instinctivement ma main autour des petits doigts de Road alors que je la suivais dans les couloirs. J'avais beau savoir toutes les horribles choses auxquelles j'avais échappé de peu dans ce XIXème siècle, il faut croire que j'avais encore trop pris le tout à la légère.

Toute cette histoire de peut-être-saut-dimensionnel prenait tout à coup une allure bien plus sinistre...


N'est-ce pas un peu pathétique que je ne me souviens pas la dernière fois que j'ai écrit une scène d'action? X) en fait, je ne sais même pas si on peut qualifier ça de scène d'action, ya littéralement seulement deux phrases qui décrivent la chute d'escalier d'un personnage à peine mentionné auparavant.

Enfin bon! J'espère encore une fois que tout se passe bien pour vous :) Dites vous que si ce n'est pas le cas, la prochaine fois que vous lirez les déboires d'Eve, tous vos examens seront terminés!

Pensez aux reviews et rendez-vous le 5 du mois prochain !